Crimes sexuels: l’ex-skieur Dominique Laroche espère un arrêt des procédures

Capture d'écran tirée de l'interrogatoire filmé de Dominique Laroche, le 2 juin 2021.

L’ex-skieur acrobatique Dominique Laroche, accusé de plusieurs délits sexuels, espère l’arrêt de ses procédures judiciaires. Il estime que ses droits ont été bafoués en raison d’une «ruse policière». Le jour de son arrestation, le sexagénaire a été interrogé pendant 11 heures.


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«Utiliser le mandat d’arrestation visé afin d’effectuer un interrogatoire est une ruse policière qui contrevient constitutionnellement au choix de l’accusé de garder le silence», insiste Me Stéphanie Pelletier-Quirion, qui représente l’ex-skieur.

La requête en arrêt des procédures sera entendue pendant quatre jours devant la juge Marie-Claude Gilbert, au palais de justice de Québec.

Dominique Laroche a été arrêté le 2 juin 2021 à son domicile. Il est notamment accusé de contacts sexuels, incitation à des contacts sexuels et agression sexuelle sur une personne d’âge mineur. La plaignante avait 13 ans lorsque les gestes déplacés ont commencé. Elle avait 25 ans lors des derniers rapports sexuels. Son identité est protégée par une ordonnance de non-publication.

«Je ne réponds à rien»

Le matin du 2 juin, Dominique Laroche est rencontré puis arrêté chez lui à 7 h 48 par le sergent-détective Pierre-Luc Morin et un collègue. Les trois enfants de Laroche avaient quitté la maison au moment de l’intervention. Les policiers lui permettent de faire quelques appels pour son travail, puis de saluer sa conjointe, avant de lui passer les menottes.

Laroche est ensuite amené au poste de la Sûreté du Québec de Lac-Beauport vers 9 h 10, où il a un premier appel avec son avocate. L’ex-skieur est ensuite conduit vers le quartier général de la SQ vers 10 h 10, avec un arrêt au Tim Hortons pour un déjeuner et un café.

L’interrogatoire commence officiellement vers 10 h 15. Toutes les 11 heures de l’interrogatoire seront entendues en salle de cour.

Dès les premières minutes, Dominique Laroche manifeste son intention de ne rien dire.

«Je ne réponds à rien. Absolument rien», dit-il d’un ton clair.

L’enquêteur Morin lui indique qu’il peut poser des questions à tout moment. «Il n’y en aura pas», répond Laroche, rapidement.

Le sergent parlera pratiquement seul pendant plusieurs heures. Il explique d’abord tous les détails des accusations déposées contre lui, même si Laroche ne demande rien. Les définitions du consentement, d’une agression, de l’exploitation, de l’âge mineur ou d’une position d’autorité sont abordées, ainsi que toutes les nuances et exceptions possibles.

Les bras croisés la plupart du temps, de marbre, Dominique Laroche écoute l’enquêteur, sans poser une seule question. Parfois, il hoche la tête et répond par l’affirmative.

«Est-ce que t’as bien compris? Tu as des questions?» lui demande souvent le sergent.

«Je pense que là-dessus on perd notre temps complètement. […] Je vais attendre de discuter avec mon avocate», répète Laroche.

Me Stéphanie Pelletier-Quirion plaide que son client a manifesté son intention de garder le silence à «plus de cinquante reprises» pendant les 11 heures d’interrogatoire. Plus rondement, Laroche a été avec les policiers pendant 13 heures, le 2 juin 2021.

«Il semble clair qu’une détention aussi longue à la suite d’une arrestation planifiée malgré le type de mandat d’arrestation octroyé brime les droits du requérant. Il s’agit d’une pratique ancrée et systémique employée par les enquêteurs, pourtant dénoncée dans les dernières années», maintient Me Pelletier-Quirion dans sa requête.

Selon elle, rien n’autorisait les policiers à détenir son client aussi longtemps. Elle voit même un abus de la part des policiers, sachant que l’arrestation puis le long interrogatoire étaient prévus et qu’ils ont fait preuve d’insistance.

Perquisition

La poursuite justifie quant à elle le long interrogatoire par différentes étapes d’enquête qui se déroulent simultanément. Des objets sont saisis, du matériel informatique est analysé puis des témoins sont rencontrés, le 2 juin.

Même après le dépôt des accusations, les policiers peuvent toujours amasser des preuves, soulève Me Michel Bérubé, avocat de la Couronne.

La responsable de l’enquête sur Dominique Laroche, Karine Cyr, a témoigné à ce sujet lundi matin. Elle a expliqué que les policiers ont offert «l’opportunité» à l’accusé de donner sa version des faits. Cette opportunité se traduit par un interrogatoire. Selon elle, le droit au silence a été respecté.

Dans l’éventualité que le Tribunal accepte la requête de Laroche, Me Bérubé demande à la juge Gilbert d’imposer une réparation «moins draconienne» que l’arrêt des procédures.

ADN sur des jouets sexuels

Lors d’une précédente étape judiciaire, Me Bérubé a déjà révélé plusieurs détails de l’affaire.

L’ex-skieur acrobatique avait une «chambre du sexe» barrée à clé dans sa résidence, avance la poursuite. Elle était réservée aux relations sexuelles entretenues avec une plaignante d’âge mineur, dont Laroche avait la garde.

Lors de la perquisition à son domicile en juin 2021, des jouets sexuels auraient été saisis. Ils étaient rangés dans une armoire verrouillée à l’aide d’une attache, installée dans la fameuse «chambre du sexe». Après plusieurs analyses, l’ADN de la victime alléguée a été retrouvé sur les jouets sexuels. Ces preuves relieraient donc l’accusé à sa victime alléguée.

Ces faits n’ont pas encore été débattus devant un juge.

Une carrière notable

Dominique Laroche est bien connu à Québec, il fait partie de la célèbre famille olympienne de skieurs acrobatiques, les quatre frères Laroche.

Le sexagénaire est considéré comme l’un des pionniers du sport. De 1980 à 1983, il cumule notamment neuf podiums, une médaille d’argent et huit de bronze, en Coupe du monde de ski acrobatique.

Après sa retraite du sport, Laroche est resté aussi très près du ski acrobatique dans sa région. Il a notamment participé à la construction de la rampe de sauts à Lac-Beauport.

L’ex-skieur, qui travaille maintenant comme courtier immobilier, demeure en liberté pendant les procédures judiciaires. Il assiste attentivement à toutes les étapes de la requête.

Judith Desmeules

Judith Desmeules, Le Soleil

Judith travaille comme journaliste depuis 2018, d’abord à Sherbrooke pour La Tribune, puis au Soleil après un retour à Québec. Elle a développé une passion pour les affaires policières et judiciaires; tout ce qui entoure les services d’urgence.