À cette occasion, plus d’une centaine de citoyens se sont déplacés à l’église de Wotton pour entendre ce qu’avaient à dire les promoteurs d’un parc éolien projeté dans la région. Un consortium formé de BluEarth Renewables et Plan A Capital souhaite en effet développer un projet de 150 mégawatts comprenant une trentaine d’éoliennes dans les secteurs de Wotton et Saint-Georges-de-Windsor, comme le rapportait récemment La Tribune.
Ce projet vise à répondre à l’appel du gouvernement du Québec, qui lancera, par le biais d’Hydro-Québec, un appel d’offres en septembre pour acquérir 1500 MW d’énergie éolienne.
Pour bien des gens présents mardi soir, la rencontre d’information, qui n’était pas une consultation publique à proprement parler, il s’agissait d’une première occasion de bien cerner le projet.
« On en a besoin de cette électricité-là, mais c’est sûr qu’on aurait aimé être consulté ou averti avant. On se sent poussé dans un coin et c’est ça que je n’aime pas », observe Robert Couture, de Wotton, partageant ce constat avec deux de ses amis qui ont préféré ne pas se nommer.
C’est que ce projet particulier n’a été évoqué à la MRC que le 23 août. La date de l’appel d’offres d’Hydro-Québec se situant le 12 septembre, M. Couture et ses amis jugent que le tout se fait un peu trop rapidement.
« On ne peut pas cracher sur l’électricité, c’est la manière qui dérange », assure l’un des amis de M. Couture.
Une opinion qui trouve écho chez Jérôme Bédard, un citoyen de Ham-Sud. Il indique qu’il ne s’attendait pas à ce que le projet déboule aussi rapidement.
« Je ne suis pas contre en soi, mais je veux mieux comprendre ce qui en découle et j’aurais aimé avoir cette opportunité plus tôt », estime-t-il.
En entrevue sur place, la préfet de la MRC des Sources et maire de Val-des-Sources, Hugues Grimard, soutient que les citoyens ont été mis au courant dans les délais les plus brefs possible.
« On aurait aimé ça être au courant avant nous aussi. [...] Le promoteur est venu nous voir au mois de juillet avec un projet et on a dit à ce moment que ça nous intéressait et qu’on irait voir la population », note-t-il.
« Il faut se préparer, il faut être prêt à venir présenter le projet, il faut se faire une tête, donc je juge que le délai a été assez rapide en pleine période estivale », ajoute M. Grimard.

Opposition
De son côté, le maire de Saint-Camille, Philippe Pagé, voit la situation d’un autre oeil. Sa municipalité est la seule de la MRC à ne pas s’être positionné en accord avec le projet.
« Le 18 janvier, la MRC a été informée par le directeur général que la FQM (Fédération québécoise des municipalités) offrait un service de développement de projets éoliens. [...] Le 25 janvier, on a donné un contrat à la FQM et, depuis ce temps-là, on se cache derrière des termes comme “c’est pour un projet potentiel”, “on explore”, “on fait juste se tremper les orteils pour voir si la température est bonne”. C’est là qu’il y a un problème de communication », dit-il.
« On donne l’impression aux gens, continue M. Pagé, que le train avance et eux croient qu’ils sont en train de le manquer. La réalité, c’est que ça fait depuis janvier que c’est dans les cartons. »
Par ailleurs, si la majorité des citoyens rencontrés sur place se disaient en accord avec le projet, certaines personnes s’inscrivaient plutôt en faux face à celui-ci.
« Au départ, je voyais ça d’un bon oeil les éoliennes. Néanmoins, ce genre d’éolienne de plus de 200 mètres, c’est plus haut que tous les bâtiments au Québec. On veut en implanter à plein d’endroits. La puissance est aussi considérable. L’Organisation mondiale de la santé recommande qu’elles soient à 1500 mètres des maisons, alors qu’ici on les prévoit à minimum 500 mètres », lance la citoyenne Sylvie Berthaud.
« 500 mètres, c’est la distance minimale qui nous sert à définir la zone où on peut placer des éoliennes. Par contre, les éoliennes vont être placées dans ces zones-là, sans être à la limite de 500 mètres des maisons. Elles vont être placées en accord avec les propriétaires, les études et le BAPE à venir si le projet est accepté. En fin de compte [...] la grande majorité, vont être à plus de 500 mètres des maisons », nuance le partenaire-directeur de Plan A capital, Hugo Bouchard.
Pour sa part, la Dre Anne-Marie Joyal, qui réside à Saint-Georges-de-Windsor, se dit personnellement contre le projet. Elle est d’ailleurs à l’origine du groupe Facebook Éoliennes MRC des Sources - Halte là!, qui compte, au moment d’écrire ces lignes, 74 membres.
« Une fois que ça, c’est dit, je crois qu’il y a moyen de penser ce projet-là pour minimiser les effets négatifs. Il y a moyen de minimiser les impacts sur la santé de la population en raison de ce projet en le pensant et en l’expliquant bien, mais ça prend plus que dix jours », lâche-t-elle.
Comme médecin, elle s’inquiète à l’effet que l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) s’est déjà prononcée pour affirmer qu’un parc éolien a des effets secondaires sur la santé des populations, notamment en raison de la nuisance due au bruit.
« Même l’INSPQ dit clairement qu’on manque d’études pour documenter l’impact des champs magnétiques de ces parcs. [...] Il y a aussi un risque de dysfonction des pacemakers qui commence à être documenté, en plus d’un risque de courant parasite dangereux pour le bétail », énumère-t-elle.
Citant un article de Radio-Canada paru en 2015, la Dre Joyal évoque que 30% des citoyens qui résident non loin du parc éolien de Saint-Ferdinand se disaient incommodés par le bruit. D’après le consortium parrainant le projet, les éoliennes émettront un maximum de 40 dB, ce qui, au minimum, peut incommoder 10% de la population, selon la médecin.
« La nuisance due au bruit peut causer des dépressions ou des troubles du sommeil », explique-t-elle.
Comme propriétaire d’un verger dans le secteur, elle s’inquiète aussi de l’impact des éoliennes sur les chauves-souris et les oiseaux de proie, qui l’aident à réguler la population d’insectes et de rongeurs.

Le projet en bref
Toutes les municipalités de la MRC des Sources, sauf Saint-Camille, et les communautés autochtones de Wôlinak et Odanak investiront dans ce projet à la hauteur de 50% pour en être partenaires s’il va de l’avant. Ce projet est évalué à 500 M$.
« On va pouvoir investir à l’intérieur du projet, mais tout est conditionnel à ce que les municipalités concernées par ce projet l’acceptent », précise M. Grimard, faisant référence à Wotton et Saint-Georges-de-Windsor.
Si le projet va de l’avant, les promoteurs verseront 6 227$ du mégawatt installé sur le territoire aux communautés locales. Cela représente 930 000$ par année sur 30 ans, selon les chiffres présentés.
La Dre Anne-Marie Joyal espère que, si le projet va de l’avant, une partie de ces redevances sera utilisée pour des projets écologiques qui balanceront les impacts plus négatifs du parc éolien.
Pour la construction du projet, les promoteurs prévoient la création de 160 à 190 emplois.
Une deuxième rencontre d’information aura lieu mercredi soir à Saint-Georges-de-Windsor.



