Les tirages moitié-moitié à la rescousse du hockey québécois

La directrice générale de la Fondation des Saguenéens de Chicoutimi, Iris Tremblay.

La conquête d’un premier championnat éliminatoire en 32 ans a insufflé une bonne dose d’optimisme aux Saguenéens de Chicoutimi, le printemps dernier. Mais la lancée des Bleus s’est entamée à l’extérieur de la glace, bien avant le lever du trophée Gilles-Courteau.


0:00Écouter la version audio

L’essor, financier celui-là, s’est passé dans les séries 2025 lors d’une série de deuxième tour que les Sags ont pourtant perdue contre Rimouski.

Le soir du troisième duel de la série face à l’Océanic, les ventes du moitié-moitié ont frôlé le cap des 190 000 $. Cinq jours plus tard, la cagnotte dépassait le plateau des 850 000 $, un record qui a marqué l’imaginaire de bien des gens.

Le reste, c’est de l’histoire, comme on dit.

La folie a tellement pris de l’ampleur, que lors du dernier match de la finale contre les Wildcats de Moncton, le 17 mai 2026, les héros du Centre Georges-Vézina ont écoulé pour plus d’un million de dollars de moitié-moitié.



Les impacts se font sentir

La folie du moitié-moitié s'est emparée du Saguenay depuis deux ans.

Les ventes de la dernière saison se sont élevées à plus de 10 millions, laissant ainsi près de 5 millions à la Fondation des Saguenéens, une somme devant être dépensée selon les règles de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ).

Il y a tellement d’argent dans les coffres de la fondation chicoutimienne qu’elle a multiplié les mesures de redistribution. Celle-ci se dédie d’abord et avant tout à la réussite scolaire des joueurs du club local, mais elle investit maintenant dans une foule d’organismes voués à la promotion du développement du sport et de l’activité physique dans la région.

La Fondation des Saguenéens procèdera d’ailleurs à l’annonce de nouvelles initiatives majeures dans la communauté dans les prochains jours. «Ça va avoir un impact régional vraiment le fun», promet sa directrice générale, Iris Tremblay.

La Fondation des Saguenéens distribue des dizaines de milliers de dollars à des organismes de toutes sortes.

Jusqu’à ce que la «LotoSags» ne s’enflamme, cette dernière était la directrice du marketing de l’équipe de hockey junior du Saguenay–Lac-Saint-Jean. La dynamique gestionnaire des Sags a assisté ni plus ni moins qu’à une révolution dans les dernières années.

Si bien que plus souvent qu’autrement, la LotoSags dépasse les ventes de moitié-moitié des matchs du Canadien au Centre Bell, des tirages auxquels elle n’a pas le droit de participer avec une poignée d’autres membres de la Fondation.

«J’en achète ailleurs!»

—  Iris Tremblay

Un changement de paradigme complet alors que les équipes de hockey junior de la province cherchent par tous les moyens à rester attractives face à la pluie de dollars que déversent les universités américaines de la NCAA pour convaincre les hockeyeurs québécois de quitter pour les États-Unis.

Les Sags sont de plus en plus équipés pour veiller tard. L’équipe propriété de la Ville de Saguenay couvre non seulement tous les besoins scolaires de ses joueurs, mais elle égale aussi la bourse universitaire annuelle de 7000 $ versée par la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ).

Des ajouts concrets

La classe-école des Saguenéens au Centre Georges-Vézina.

Pour les joueurs dirigés par Yanick Jean qui choisissent l’université locale (l’UQAC), le soutien financier passe à 21 000 $ par année. C’est sans compter la classe-école moderne qui a été rénovée l’an dernier, et le MacBook offert à tous les joueurs, ce qui n’aurait jamais été possible auparavant.

«Ça nous offre les moyens de faire le plus de petits ajouts possibles, se réjouit Iris Tremblay. Je peux te confirmer que notre classe-école est très populaire auprès des joueurs, ils l’apprécient vraiment!»

Tout cela ne ne serait jamais arrivé si le gouvernement du Québec n’avait pas annoncé la modernisation de la réglementation encadrant l’offre de jeux caritatifs au printemps 2022. L’autorisation des achats de billets en ligne a complètement changé la donne.

Des récipiendaires du trophée Marcel-Robert remis au joueur-étudiant de l'année dans la LHJMQ.

Les Sags ont déployé toutes les stratégies de marketing numérique inimaginables pour propulser leur «50/50»: infolettres, canal Messenger, achat de publicité sur Facebook, messages SMS et autres.

Le «million» du printemps dernier n’a été que la cerise sur le gâteau. «Le bouche à oreille a fait son œuvre et les médias traditionnels ont eu leur rôle à jouer aussi, reconnaît la dirigeante de la Fondation des Saguenéens. Un moment donné, tout le monde ne parlait que de ça!»

Depuis l’an dernier, les champions en titre offrent aussi à leur public la possibilité de s’abonner aux tirages par prélèvements automatiques. Un membre obtient ainsi plus de numéros pour le même prix, participe automatiquement à tous les tirages et il court la chance de remporter des prix hâtifs.

Comme une bonne sauce à spag

Iris Tremblay avec le trophée Gilles-Courteau le printemps dernier.

Ils sont maintenant autour de 9000, ce qui explique que la base de tous les tirages avoisine les 100 000 $. Près de 20 % des ventes proviennent de l’extérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean, une manne économique incroyable en ces temps économiques difficiles.

Le fournisseur technologique des Bleus (Ascend Fundraising Solutions) les cite maintenant en exemple aux équipes professionnelles du continent, notamment celles de la Ligue nationale de football (NFL) et du baseball majeur (MLB).

Pas surprenant, alors, que les équipes du circuit Cecchini frappent à la porte d’Iris Tremblay pour voir ce qu’il y a de si puissant enfoui dans les profondeurs du fjord!

«Ce que je dis tout le temps, c’est que je peux bien leur montrer comment faire une sauce à spaghetti, mais qu’il est hors de question que je donne tous les ingrédients secrets de ma recette!» dit-elle en riant.

Des règles strictes

Oser, varier et essayer, voilà ce qu’elle conseille quand on lui demande ses meilleurs trucs.

Les règles de la RACJ sont strictes. Les détenteurs de licences doivent faire approuver leur plan de promotion des mois d’avance et leur bilan doit être est consigné dans un rapport annuel détaillé.

De plus en plus d’équipes obtiennent de bons résultats. À Québec, les Remparts aimeraient bien répéter leur récolte record de 648 245 $, du printemps 2023.

On échange, on se félicite. Pas question de laisser les rivalités sur la glace prendre le dessus dans les différents départements marketing. «On s’entraide, je suis contente quand ça se passe bien pour eux, de dire Iris Tremblay. On veut tirer tout le monde vers le haut!»

Mikaël Lalancette

Mikaël Lalancette, Le Soleil

Mikaël Lalancette est journaliste depuis 2009 et responsable des sports au Soleil depuis 2023. De la presse écrite à la télé en passant par la radio, ce natif du Saguenay a couvert les grands rendez-vous de notre sport national, tant ceux de la LHJMQ que de la LNH. Il suit avec passion la nouvelle génération d'athlètes québécois.