La culture transmise par l’École est un fait social. Or l’Autre, l’absence des interlocuteurs de Facebook et de Twitter, laisse isolé dans sa bulle l’internaute.

Sur le plagiat au cégep

POINT DE VUE / La nouvelle culture mondiale de la Toile et des réseaux sociaux retentit indirectement sur les cultures nationales de l’enseignement public, comme de toute fonction sociale de reproduction, institution innervée dans les rets de la Toile et des réseaux sociaux où la privauté, sous couvert d’anonymat affiché, la liberté individuelle, les normes sociales de l’évaluation, de la qualification, du fonctionnement de la justice sociale sont dévoyées et mises à mal.

Aussi le Cegep (le corps enseignant et l’administration) serait dans son bon droit, à cette échelle impérativement, de s’inscrire en faux contre ces modalités du plagiat.

Précisons. Cette novlangue de la culture mondiale sous-tend le cas de plagiat, « phénoménal », « très complexe et très étendu » les téléchargements des fichiers de toutes informations dans toutes les disciplines et les terminaux qui les décryptent présentent cette abolition des distances comme une économie dématérialisée où le sujet-corps de l’auteur, soit de tout internaute, sombre dans l’anonymat, la déresponsabilisation. Par exemple, cette menace plane sur les métiers du livre, instruments séculaires de la diffusion de l’échange, de l’édification de la culture, comme sur les métiers de l’enseignement.

La culture transmise par l’École est un fait social. Or l’Autre, l’absence des interlocuteurs de Facebook et de Twitter, laisse isolé dans sa bulle l’internaute. Qui dit quoi? À qui? Dans quelles circonstances concrètes? En quelle situation? La dissertation philosophique est un acte social du sens critique, soumis à la lecture, au jugement d’un autre explicite, qui existe. Quand je ponctionne ici ou là telle ou telle donnée du fichier, une phrase ou un paragraphe, un tout fait, je transfère, sans vraiment comprendre, je signe et je triche. Dans la logique actuelle de la circulation Internet, ce décrochage du réel dilue la personne, le droit d’auteur, libéralise - car tout est permis, tout est possible - libéralise l’échange, le vol, le pillage, le piratage, émousse abolit le sens critique dont c’est précisément l’objet de la formation en philosophie. Cette défense acquise le plus tôt serait le mieux, chez tout jeune aguerri.

Il s’agit donc de mesurer la tâche bien concrète, immédiate du cégep et notamment de la classe de philosophie, à rebours, contre la pression de ce vaste courant de la nouvelle culture alimentant, banalisant le plagiat.

Pierre Sallenave et André Gauthier
Enseignants retraités de français aux cégeps de Champlain-Lennoxvile et Granby-Haute-Yamaska