Opinions

Urgence d’agir

L’augmentation des taux d’obésité et d’embonpoint chez les Estriens, dévoilée mardi par la Santé publique, est à la fois inquiétante et surprenante alors que l’on multiplie les campagnes de sensibilisation pour l’activité physique et une alimentation saine.

L’augmentation des taux d’obésité et d’embonpoint chez les Estriens, dévoilée mardi par la Santé publique, est à la fois inquiétante et surprenante alors que l’on multiplie les campagnes de sensibilisation pour l’activité physique et une alimentation saine.

Selon l’Enquête de santé populationnelle, ce taux est passé de 54,9 % à 58 % entre 2014 et 2018 chez les hommes et les femmes.

La Santé publique observe également une hausse des cas d’hypertension et de diabète, deux conséquences de l’obésité. Celle-ci peut aussi être en partie liée au vieillissement de la population.

Le problème touche aussi les jeunes : selon Statistique Canada, le taux de surpoids a augmenté de 30 % chez les Québécois âgés de 5 à 17 ans entre 2004 et 2015.

Il est reconnu que le phénomène du surpoids est lié à la mauvaise alimentation, à la sédentarité, au manque de temps pour préparer des repas à la maison et aux inégalités socio-économiques.

Et il est très préoccupant en raison de son impact sur la santé et la qualité de vie des personnes touchées et des conséquences socio-sanitaires, dont le risque accru de maladies cardio-vasculaires.

Malheureusement, ce n’est pas nouveau : les statistiques démontrent une hausse constante du taux de surpoids tant au Québec que dans la plupart des autres pays occidentaux depuis quelques décennies.

Un indice parmi d’autres : alors que le nouveau Guide alimentaire canadien prône une plus grande consommation de fruits, de légumes, de grains entiers et d’aliments avec des protéines d’origine végétale, la Santé publique note que de plus en plus d’Estriens mangent moins de cinq fruits et légumes par jour.

L’insécurité alimentaire et les « déserts alimentaires », ces quartiers et ces villages souvent défavorisés où l’accès aux aliments sains et nutritifs est restreint, voire inexistant, peut également contribuer aux problèmes de surpoids puisque les individus se rabattent alors sur les dépanneurs et les resto-minute, donc sur des aliments riches en gras, en sel et en sucre.

Une étude de la Santé publique de 2014 révélait que 7 % des Estriens âgés de 12 ans et plus vivaient une situation d’insécurité alimentaire en raison d’un faible revenu, de leur situation (personnes seules, familles monoparentales) ou encore d’une immigration récente.

La même étude identifiait une douzaine de « communautés » à risque d’insécurité alimentaire où on retrouvait au moins un désert alimentaire : Grands-Monts, Immaculée-Conception, Sainte-Jeanne-d’Arc et Saint-Jean-Baptiste, à Sherbrooke, l’Est de Magog, de même que dans les secteurs des monts Mégantic et Gosford.

Il est évident que l’accès à des aliments frais et de qualité doit être amélioré tant en ville qu’en milieu rural, mais est-ce une priorité pour les décideurs municipaux et les investisseurs?

Combien de quartiers et de villages ont perdu le seul marché d’alimentation dont ils disposaient en raison de décisions strictement économiques?

On ne peut blâmer les seuls individus pour leurs problèmes d’embonpoint ou d’obésité.

Il faut aussi lutter contre les inégalités socio-économiques et donner un meilleur accès aux aliments sains.

Les municipalités, par exemple, ont un pouvoir au plan du zonage et de l’aménagement du territoire pour favoriser l’installation de commerces d’alimentation de proximité et de marchés publics pour l’achat de produits locaux.

Parallèlement, les élus et les personnes en autorité (réseau scolaire, milieux de travail et municipalités) doivent être sensibilisés à la nécessité de favoriser l’activité physique et de sortir la malbouffe de leurs installations (arénas, cafétérias, événements publics, etc.).

S’attaquer aux mauvaises habitudes de vie, à la malbouffe et aux inégalités socio-économiques représente un immense défi à la fois individuel et collectif.

Les données de la Santé publique nous rappellent l’urgence d’agir.

La caricature de Côté du 23 février

La caricature de Côté du 23 février
André-Philippe Côté

Point de vue

Au bistouri les commissions scolaires…vraiment?

Au lendemain de la sortie publique des élu.e.s scolaires dénonçant le manque de collaboration du gouvernement actuel envers son réseau public d’éducation et présentant les besoins urgents du réseau en matière de financement, la réaction de certains fut spontanée, la même que celle formulée il y a plus de 10 ans : au bistouri, les commissions scolaires.

Vous avez des citoyennes et des citoyens mobilisés pour le service à l’élève, soucieux de sa réussite, préoccupés par la valorisation du personnel scolaire, œuvrant à tisser des liens avec la communauté, cherchant à développer la formation professionnelle au diapason des besoins de chaque région du Québec, et la première réaction est : « commissions scolaires : au bistouri »? 

Une commission scolaire, c’est la voix citoyenne en éducation. C’est un gouvernement local dédié entièrement et uniquement à la réussite des enfants. Le conseil des commissaires garantit une éducation apolitique et se dresse, tel un rempart, devant les nominations et les politiques partisanes. Le conseil des commissaires porte l’expression des enjeux locaux à travers l’engagement de toute citoyenne et de tout citoyen désireux de faire une différence et choisis par la population locale. 

Au bistouri l’opinion locale, au bistouri l’engagement citoyen, au bistouri la neutralité politique?

La répartition égale des ressources ne représente pas l’enjeu central des décisions du conseil des commissaires, car le conseil sait fort bien ajuster l’offre de service aux besoins variés des élèves, aux demandes formulées par les directions d’établissement. Il consultera, analysera, délibérera et décidera, utilisant le bien commun et l’équité comme boussoles. Ainsi, selon les politiques qu’il se donne, le conseil des commissaires choisira, par exemple, de maintenir ouverte une petite école de village malgré le faible nombre d’élèves ou encore développera des politiques favorisant la fréquentation d’une seule école pour tous les enfants d’une famille nombreuse (...)

Au bistouri l’équité des chances, les services ajustés aux besoins spécifiques, les politiques locales?

Et que restera-t-il après? L’ablation du corps politique local provoquera un vide favorisant la centralisation des pouvoirs autour d’une seule personne : le ou la ministre de l’Éducation. De nouvelles politiques viendront de Québec rythmer la marche du réseau public d’éducation, sans aucune voix pour en questionner le bien-fondé. Comment pourra-t-il prendre en délibéré des situations particulières et irrégulières provenant de 3000 établissements scolaires? 

L’idée du bistouri se traduit dans les faits par vouloir abolir les voix des citoyennes et des citoyens, parfois opposées aux politiques centrales. Mais, pouvez-vous me dire, dans quel type de pays cherche-t-on à démobiliser ses citoyennes et ses citoyens? Dans quel type de pays cherche-t-on à faire reculer la démocratie?

Alain Fortier

Président

Fédération des commissions scolaires du Québec

Chronique

Quand on bouscule

CHRONIQUE / Quand un gouvernement bouscule, il est probable qu’il se fasse bousculer.

Le recours intenté par l’Association québécoise des avocats et des avocates en droit de l’immigration contre Québec n’est pas surprenant. Le regroupement veut forcer le ministère de l’Immigration à traiter quelque 18 000 dossiers que le gouvernement Legault a décidé de passer à la trappe.

Pas surprenant... Même dans cette rubrique, on s’étonnait la semaine dernière que ces dossiers ne soient déjà plus traités, alors que le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette n’est pas adopté et qu’il ne le sera pas avant plusieurs semaines.

Est-ce que ce recours est la meilleure voie pour les candidats concernés? Pas nécessairement, cela dit. Car, à moins que le gouvernement renonce à son plan, la loi sera à un moment ou l’autre adoptée et tous les dossiers n’auront pas été traités — si un juge donne raison à ce regroupement d’avocats.

N’empêche que cette affaire est un caillou dans la chaussure du gouvernement. Si la Cour supérieure du Québec le somme de traiter les dossiers jusqu’à l’adoption de la loi, c’est une gifle qui lui sera administrée.

Étonnement

Des caquistes s’étonnent de voir autant de levées de boucliers contre des projets qu’ils présentent. Mais qu’ils se rassurent : aucun des partis d’opposition ne rivalisera avant longtemps avec le niveau de soutien dont ils jouissent.

Les appuis dont ils bénéficient dans la population ne fondront pas comme neige au soleil. Même les libéraux avec qui ils sont à couteaux tirés l’admettent. Les caquistes jouissent aussi de la légitimité conférée par les urnes.

Mais insistons sur l’aspect suivant : tout gouvernement doit apprendre à arrondir les angles. Ou alors, apprendre à composer avec de fortes oppositions. C’est l’un ou l’autre.

Vite!

Le gouvernement Legault s’expose aux coups entre autres parce qu’il gouverne vite. Répétons que c’est parce qu’il a annoncé que moins d’immigrants s’établiront au Québec cette année qu’il veut que ceux-ci répondent en plus grande proportion aux besoins du marché du travail. D’où sa volonté de s’appuyer rapidement sur le nouveau système visant à mieux arrimer des candidats à des emplois.

Jusqu’à présent, il a présenté 10 projets de loi, dont quelques-uns sont controversés. Celui, assez consensuel, sur l’étendue de la gratuité scolaire déposé jeudi est le 10e, même s’il porte le numéro 12. Trois autres projets législatifs seront déposés au Salon bleu en début de semaine prochaine. C’est pas mal en si peu de temps.

Concertation

Ce n’est pas l’annonce précipitée de nouvelles places en garderies subventionnées qui calmera les inquiétudes de ceux craignant des effets pervers de la généralisation des maternelles 4 ans.

Le gouvernement n’a pas à mettre de côté ses objectifs pour autant. Il a par contre le devoir d’éviter de bousculer, et donc celui de s’appuyer sur les écoles et les centres de la petite enfance pour les concrétiser le plus harmonieusement possible.

Pour ce faire, la commission parlementaire qui se déroulera sur ces maternelles devra être une opération sincère de grande écoute — à l’inverse de celle sur le cannabis. Pour le ministre Jean-François Roberge, la concertation devra être un mot clé.

La caricature de Côté du 22 février

La caricature de Côté du 22 février
André-Philippe Côté

Chronique

Le mauvais exemple du «pot»

CHRONIQUE / Citoyens et représentants de corps intermédiaires, ne vous laissez pas décourager par la commission parlementaire resserrant les règles sur le cannabis, qui a conclu ses travaux mercredi. La posture rigide adoptée par le ministre Lionel Carmant et son gouvernement relève davantage de l’exception que de la norme dans ce genre d’exercice.

C’est important de le dire parce que ces commissions parlementaires constituent un rouage essentiel de nos débats démocratiques au Québec. Et que les ministres s’appuient régulièrement sur ces instances pour améliorer leur projet de loi; pour trouver des «voies de passage».

Ces dernières années, c’est ainsi que les choses se sont la plupart du temps passées, en tout cas.

Il ne faudrait pas que le mauvais exemple donné par la commission parlementaire sur le cannabis se répète trop souvent. Des citoyens et des corps intermédiaires pourraient alors finir par ne plus prendre la peine d’y participer en se disant que les jeux sont faits, qu’aucune proposition même périphérique ne sera étudiée.

Ceux qui estiment que l’on passe déjà trop de temps à discuter et qu’un gouvernement est là pour décider devraient se demander à quoi tout cela ressemblerait au bout de quelques années s’il n’y avait plus de consultations du genre — ou si elles devaient systématiquement être inutiles. Ce serait une perte démocratique.

D’entrée de jeu, le ministre Carmant a clamé que son projet ne serait pas amendé. Pour qualifier cette attitude par rapport aux personnes venues en commission parlementaire, on hésite entre le fameux Parle parle, jase jase de feu Réal Giguère et une expression ressemblant à «causez si vous le voulez...»

Insistons là-dessus : cette attitude ne reflète pas ce qu’est cet exercice de consultations publiques en général. Il ne faudrait pas que quiconque commence à croire que les commissions parlementaires ne servent à rien. Elles permettent généralement — et elles permettront encore, osons-le penser — aux responsables gouvernementaux d’être mieux éclairés sur un ou des aspects d’un dossier et d’en tenir compte à des degrés divers.

Miser sur les villes

Un gouvernement plie rarement complètement devant ses opposants. Personne ne pouvait sérieusement penser que le gouvernement Legault reculerait sur sa volonté de faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis. Et personne ne doit le croire encore aujourd’hui.

Il est par contre étonnant qu’il soit demeuré à ce jour à ce point réfractaire à toutes les autres propositions qui lui ont été faites, y compris en provenance des «gouvernements de proximité» que sont les municipalités.

En toute logique, leurs voix devraient être écoutées. Les villes demandent à pouvoir elles-mêmes déterminer les lieux publics où il serait permis ou interdit de consommer du cannabis. Faire fi de leur requête, c’est faire un pied de nez à l’autonomie municipale et s’immiscer dans des compétences qu’elles assument.

Les travaux de cette commission parlementaire sont terminés. Mais il n’est pas trop tard pour apporter des amendements au projet de loi. En adoptant cette proposition des municipalités, le gouvernement ne dénaturerait pas son projet, lequel s’appuie d’abord sur la barre des 21 ans.

Il doit faire confiance aux élus municipaux pour déterminer les lieux où le cannabis serait interdit ou autorisé. Il rappellerait ainsi de surcroît que ces consultations démocratiques ne sont pas vaines.

Le monde de Jean Isabelle

Le monde de Jean Isabelle
Jean Isabelle

Pierre Jury

Le convoi frappe un mur à Ottawa

ÉDITORIAL / Le convoi « United We Roll » a fait son entrée à Ottawa, mardi. Il a passablement dérangé les habitudes des gens de la capitale... et c’est très bien ainsi. On ne peut avoir un Parlement en plein centre-ville et ne pas s’attendre à certaines perturbations ! Le cœur du gouvernement est à Ottawa et il est normal que les différents groupes viennent dans la capitale pour faire entendre leurs doléances.

Le contraire serait bien étonnant.

Mais qu’en est-il au juste, de ce convoi ? 

Fort d’environ 200 véhicules dont une majorité de gros camions (énergivores), les manifestants ont quelques éléments à leur plateforme politique. D’abord et avant tout, la construction de pipelines qu’ils veulent voir traverser le pays d’ouest en est. Puis, ils veulent la fin des projets de loi C-69 et C-48, liés à l’interdiction de voir des pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique et à l’obligation de consultation des groupes, particulièrement autochtones, affectés par les projets de développement. Enfin, il y a la taxe sur le carbone, dont ils espèrent la disparition.

Selon leur porte-parole, Glen Carritt, un élu municipal d’Innisfail, en Alberta, ce convoi a été bien accueilli partout où il est passé. De son point de départ à Red Deer, en Alberta, jusqu’à Ottawa, ils ont été accompagnés par des feux d’artifice et des sympathisants qui se sont joints à eux. 

Mais ils ont dû naviguer avec soin pour éviter les dérapages. Ils étaient partis avec l’idée d’imiter les gilets jaunes de la France qui protestaient contre la hausse du prix du carburant, au départ. Mais ce mouvement sans réels chefs de file a connu des dérapages identitaires notamment, où des gens militaient contre les immigrants, contre les musulmans. C’est ainsi que le nom du convoi, de « Yellow Vests », est devenu « United We Roll ». Ils ont tenté de prendre leurs distances d’avec les intolérants, quoique certains pourraient s’être faufilés malgré tout.  

À Ottawa, l’accueil a été plus mitigé. Ils ont été rapidement confrontés à un groupe de contre-manifestants qui militaient pour l’environnement. Car le convoi, en traversant le pays d’ouest en est, couvre aussi plusieurs régions où leurs doléances sont moins bien partagées. 

Et encore, ils n’ont pas mis les pieds au Québec où l’opposition aux pipelines s’y avère le plus fort de tout le pays... 

Idem pour leur opposition à la taxe sur le carbone. Si cela est un programme populaire en Alberta et en Saskatchewan, notamment, c’est bien moins le cas en Ontario où elle semble généralement acceptée, comme dans l’est du pays et en Colombie-Britannique. Et surprise, c’est là que le Parti libéral du Canada y a ses plus fortes assises.

Le mouvement « United We Roll » ne roule donc pas rondement partout...

Le convoi se colle aux conservateurs et autres tenants de la droite au Canada. On les devine associés à Jason Kenney et son United Conservative Party qui tentera de déloger les néo-démocrates de Rachel Notley lors de l’élection en Alberta, ce printemps. En Ontario, le premier ministre Doug Ford, fortement opposé à Justin Trudeau et sa taxe sur le carbone, les a salués. Et le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, est venu les appuyer à Ottawa.  

Le convoi « United We Roll » quittera Ottawa cet après-midi. Il a fait valoir son message. Mais nous sentons bien qu’en filigrane derrière se dressent les forces politiques du pays : conservateurs anti-carbone d’un côté, libéraux pro-taxe sur le carbone de l’autre. Il y aura élection fédérale cet automne : ce n’est définitivement pas un hasard.

La caricature de Côté du 20 février

La caricature de Côté du 20 février

Chronique

La fin du carcan médical?

CHRONIQUE / Ça semble trop beau pour être vrai. Les médecins seraient prêts, du moins selon la ministre de la Santé Danielle McCann, à faire plus de place aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Attendons de voir quelle est cette place avant de crier enfin et bravo.

Les pourparlers et les négociations sont toujours très longs et très ardus lorsqu’il est question de revoir qui fait et qui pourrait dorénavant faire quoi dans le réseau de la santé. 

C’est vrai entre les médecins et les infirmières praticiennes spécialisées et pour toutes les autres professions. Les médecins veillent sur leur champ de pratique et résistent si les pharmaciens en veulent une partie. Les infirmières protègent leur territoire si les infirmières auxiliaires veulent s’y aventurer.

La ministre se donne un an pour que le cadre permettant aux IPS de poser des diagnostics soit en place.

Si elle y parvient, on pourra parler d’un miracle.

De nouveaux règlements et de nouvelles directives de pratique pour les IPS sont en place depuis seulement l’an dernier et découlent d’un accord, après de longues discussions, entre le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. 

Et là, seulement parce qu’elle leur demande gentiment, la nouvelle ministre de la Santé obtiendrait le consentement des médecins qui ne verraient plus d’obstacles à ce que les IPS posent des diagnostics sans devoir nécessairement se référer à eux? 

Le fruit de l’interdisciplinarité attendu depuis des décennies au Québec serait enfin mûr et Danielle McCann n’aurait qu’à le cueillir. 

Nouveau gouvernement, nouvelle ministre de la Santé, nouveau président au Collège des médecins, nouveau président à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et hop, toutes les résistances tombent.

Ce qui était impossible il y a moins de deux ans le devient.

Les patients pourraient plus rapidement avoir accès à certains soins avec une «super infirmière» sans attendre d’obtenir un rendez-vous avec un médecin.

Le système de la santé qui accapare environ 50 % du budget de la province pourrait ainsi freiner un peu la croissance de ses dépenses puisque la formation de l’IPS est moins onéreuse que celle du médecin, et que ce dernier gagne plus cher. 

À écouter lundi les propos des présidents du Collège des médecins et de la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ), il apparaît évident toutefois que les ficelles du projet de Mme McCann ne sont pas toutes attachées. 

Il ne suffit pas de formuler un vœu pour qu’il se réalise et que le Québec compte enfin lui aussi sur l’apport des IPS comme le font d’autres provinces au Canada.

Les médecins ne ferment pas la porte mais ne l’ouvrent pas non plus toute grande en disant «Bienvenue les IPS, il y a des malades et de l’ouvrage pour tout le monde».

Le Collège des médecins se dit prêt à collaborer, à développer un partenariat, à faire des avancées. Mais, son président Mauril Gaudreault affirme du même souffle que son rôle est de protéger le public et que les médecins sont encore les seuls qui ont la formation nécessaire pour poser un diagnostic dans une autonomie complète. 

Louis Godin, à la tête de la FMOQ, se dit aussi convaincu que «le diagnostic est quelque chose de médical et c’est quelque chose qui appartient vraiment aux médecins». 

La ministre McCann n’exclut pas de recourir à un projet de loi pour modifier la loi médicale. Vraiment?

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement caquiste durcit le ton devant les médecins, estimant que les libéraux ont été beaucoup trop généreux à leur égard.

Les troupes de François Legault voulaient revoir l’entente avec les médecins spécialistes et récupérer 1 milliard $.

La ministre souhaitait également que la Régie de l’assurance maladie du Québec soit plus sévère et divulgue le nom des médecins qui lui réclament des sommes en trop.

Tant Mme McCann que ses collègues du conseil des ministres ont reculé et changé de ton. Le même scénario va-t-il se répéter une autre fois?

Si Québec veut davantage que les divers professionnels de la santé travaillent en interdisciplinarité, le mode de rémunération des médecins doit être revu et prévoir une mixité de modalités (à l’acte, capitation, salariat) recommandait le Commissaire à la santé et au bien-être, en 2009. 

Faudra-t-il compter un an ou encore 10 ans pour y parvenir?