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Opinions

La place 0-5 ans: une vraie farce

OPINIONS / «Je suis enceinte!» Avant même d’en informer la famille, on s’inscrit sur le site la place 0-5ans pour se mettre sur les listes d’attente des garderies.

Attente est bien le bon mot… Est-ce que mon milieu de travail est affilié au CPE? Non. Est-ce qu’un frère ou une sœur fréquente ou a déjà fréquenté le service de garde? Non. Est-ce que je l’ai moi-même fréquenté? Non. Est-ce que j’ai un statut d’immigration me plaçant dans une position précaire? Non. Est-ce que mon enfant a des besoins particuliers? Je dirais que oui… il a été hospitalisé sept fois en 2018 pour son asthme, donc je cherche une garderie sans tapis, sans animaux et non-fumeur. Mais il n’y a nulle part pour faire valoir ce besoin particulier.

Pierre Jury

Andrew Scheer: le geste honorable

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a posé le geste honorable, jeudi, en quittant ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada. Les pressions étaient très, très fortes pour qu’il laisse son poste bien avant le prochain congrès du parti.

Finalement, il a cédé et ce congrès en deviendra un de leadership. Avec un gouvernement libéral minoritaire, les prochaines élections pourraient survenir rapidement et il faudra que le Parti conservateur soit prêt, peu importe les aléas du calendrier. Les candidats se feront connaître rapidement au cours des prochaines semaines, mais dans ces considérations politiques, les leaders expérimentés partiront favoris, plutôt qu’un candidat vert, sortant de nulle part.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Point de vue

Mieux seul que mal accompagné

POINT DE VUE / Noël. Synonyme d’un tourbillon de réjouissances. Le point culminant d’une course aux cadeaux hyper-effrénée, hélas typique de sa commercialisation à outrance. Comme si le mot «joie» rimait avec «brouhaha», «hâte folle» et surtout «opulence». Plutôt qu’avec «paix», «pause» et «réflexion». Pour les premiers, on festoie en bonne compagnie. Pour les autres, le recueillement en soi-même est salutaire. Un but commun : le positif!

C’est ma résolution d’il y a presque un an. Et bien qu’il ne reste que deux semaines avant de défoncer 2020, je n’entends point y déroger d’un iota. Je veux bâtir sur ce même positif. M’entourer de son énergie. Et la prêcher à mon tour. Le mantra de «donner au suivant», que je m’étais fixé. Ai-je réussi? Assez bien, quant à moi. C’est selon!

Mes proches le pensent-ils aussi? Sûrement ceux que j’ai connus cette année. Et avec lesquels je tiens à faire route. Ce pour quoi je jubilerai en solo ou presque à Noël. Ma famille? Leur vouer docilité, sous prétexte que je ne suis que leur cadet? Les écouter causer de leur confort, flanqués de leurs clans bien à eux? Me parler du «besoin vital» (sic!) de poches creuses, pour cotiser à un REER?

«En ai-je vraiment besoin?» dirait Pierre-Yves McSween. Des gens plus empathiques et terre-à-terre n’ont pas de tels privilèges! En cette Nativité, j’ai une pensée pour ceux-là. M’isolerai-je pour autant? Je suis une bête de scène qui se nourrit du contact humain. J’irai à la Messe de Minuit la plus proche de chez moi. J’y piquerai une jasette avec les fidèles sur place. Et après, j’irai au lit. Point.

Cette solitude est-elle bien indiquée pour moi, homme isolé par l’intimidation en tous genres? Y succomberai-je réellement? Me morfondrai-je véritablement? Ma vie d’artiste m’a fait rencontrer des personnes formidables. Ainsi en sera-t-il, au réveillon. Une soirée comme une autre, quoi!

Mieux seul que mal accompagné, dit-on.

Opinions

La sécurité est une priorité au CIUSSS de l’Estrie - CHUS

Le texte intitulé « Un résident violent sème la terreur au CHSLD Horace-Boivin » publié dans votre édition du 10 décembre dernier a suscité de nombreuses réactions.

Comme établissement, nous avons l’obligation de protéger la confidentialité des dossiers de nos usagers. Il nous est impossible de révéler de quelque façon que ce soit des renseignements permettant l’identification d’une personne qui reçoit des soins chez nous. Cela fait partie intégrante des Droits des usagers et de la Loi sur les services de santé et les services sociaux (LSSSS).

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Opinions

La responsabilité de Power Corporation

Messieurs Desmarais, Confrontés à la terminaison de leur régime de retraite en date du 15 décembre prochain, les retraités du journal La Tribune de Sherbrooke joignent leurs voix à leurs ex-collègues des autres journaux du Groupe Capitales Médias pour demander à Power Corporation de s’engager à garantir la continuité des régimes de retraite des ex-employés, qui étaient sous la responsabilité de Gesca avant la vente à Martin Cauchon, en mars 2015.

Avec la faillite de GCM, les retraités de La Tribune font face à une perte de leurs rentes de l’ordre de près de 30 pour cent.

Pierre Jury

La CAQ et son nouveau credo

ÉDITORIAL / Pour ce gouvernement qui n’a pas été élu pour son credo environnementaliste, la Coalition avenir Québec concrétise une série de projets. Il a pris parti pour l’électricité et la colporte comme le meilleur des vendeurs d’Hydro-Québec. Il appuie les projets de transport collectif comme le REM à Montréal, des projets de tramway à Montréal, Québec et sur la rive-sud de Montréal. Voici que le gouvernement caquiste a laissé entendre, dans des documents obtenus par La Presse, qu’il lancerait cet hiver un programme de consigne pour les bouteilles de vin ainsi que les bouteilles d’eau en plastique.

C’est ce même gouvernement qui appuie le troisième pont dans la région de Québec pour relier Lévis et Québec, et qui est ouvert au projet de GNL Saguenay pour la liquéfaction du gaz naturel. Ces deux projets ne plaisent pas aux environnementalistes.

Mais somme toute, alors que ces deux ne sont toujours qu’à l’étape de l’ébauche, ceux pro-environnement se concrétisent plus rapidement. Pour une Coalition avenir Québec qui n’avait que si peu à offrir en campagne électorale, il s’agit d’un virage souhaité par une majorité de Québécois. C’est d’ailleurs de telles majorités qui appuient la consigne sur les bouteilles de vin (92 % des Québécois !) ainsi que celle sur les bouteilles d’eau (84 %), selon un sondage SOM de février 2019.

Le Québec, il faut le dire, traîne de la patte dans le domaine. Il n’y a que deux provinces au Canada qui n’aient pas mis en pratique la consigne des bouteilles de vin, le Manitoba et le Québec. Et le Canada n’est pas le pionnier dans le secteur. Ce recyclage est donc dû depuis longtemps. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard l’avait d’ailleurs proposé en 2015 à l’époque du ministre David Heurtel, mais il n’avait pas donné suite à son engagement. Souhaitons que cette fois soit la bonne.

Qui dit consigne dit dépôt en argent. 

Les Québécois devront payer la consigne lorsqu’ils achèteront leurs bouteilles d’eau, et recevront la même somme lorsqu’ils la recycleront. Des sources internes parlent de 10 cents par bouteille. À l’achat de bouteilles à l’unité, 10 cents ne feront pas une grosse différence. À l’achat d’une caisse souvent soldée à 3 $, cela fera 1,20 $ de plus pour la consigne. Cela marquera un pas significatif. Il faudra s’y habituer.

Après tout, il se vend plus de 1 milliard de ces bouteilles à chaque année au Québec, et la croissance est forte. Mais surtout, ce sont les problèmes environnementaux graves qu’elles provoquent. Recyclées à 40 % seulement, on en retrouve partout et elles sont fortement dommageables pour la nature. Elles mettent des décennies à se décomposer. Il fallait faire quelque chose et la consigne est la route à suivre pour hausser les taux de recyclage et freiner ses effets délétères sur l’environnement.

C’est d’ailleurs une mesure transitoire bien plus sage que leur interdiction pure et simple, avec laquelle jonglent plusieurs municipalités. 

Quant aux bouteilles de vin, c’est plutôt la contamination qui est le problème. Dans les centres de tri, elles se retrouvent avec d’autres matières, ce qui rend leur recyclage impossible. Certaines sociétés doivent même s’approvisionner en verre recyclé en Ontario, au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis : elles se réjouiront de la consigne des bouteilles de vin qui permet du recyclage de verre de première qualité. Cela fera exploser le taux de recyclage qui n’était que de 28 %, en 2018. 

Quel revirement pour la CAQ qui n’avait que trois fois rien dans son programme électoral de 2018 !

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Opinions

Qu’est-ce qu’on applaudissait à la fin du gala Les Olivier?

Mike Ward vient de recevoir le prix de l’Olivier de l’année. Il utilise le micro comme une plateforme publique pour justifier sa position dans l’affaire Jérémie. Est-ce que le gala Les Olivier est l’espace normal pour justifier sa position dans un procès en Cour suprême alors que la contrepartie n’a pas de micro comme lui devant des millions de téléspectateurs?

Il demande qui fait de l’acharnement? Il proclame haut et fort que son combat n’a rien à voir avec sa joke sur Jérémie et que son combat c’est pour la liberté d’expression. Je suis un humoriste, les humoristes sont des artistes, les artistes ont le droit de dire tout. Tout se justifie par le contexte et l’intention, selon lui.  

Le contexte : je donne mes spectacles devant des auditoires de 16 ans et plus, et cela sous-entend que j’ai le droit de dire n’importe quoi. Les artistes doivent avoir la liberté d’expression totale! 

Mais le contexte, c’est aussi que la joke est faite sur le dos d’un adolescent avec une infirmité. Et la joke va jusqu’à dire qu’on devrait le tuer tellement « y’é let »!

Oui, un ado! Un ado handicapé physiquement! Tous les ados ont des questions et des problèmes avec leur image corporelle. Le contexte, c’est aussi les centaines d’articles dans les médias. Le contexte, c’est aussi la violence dans les médias sociaux, particulièrement chez les jeunes. Des jeunes se suicident à cause de cette violence. Jérémie a affirmé avoir eu des pensées suicidaires. 

Le vrai contexte, c’est plus qu’une salle de personnes de 16 ans et plus. Le contexte, c’est aussi le fait de répéter la même joke (très discutable, puisqu’il y a eu des centaines d’articles) pendant trois ans, devant des milliers de personnes.  

Tout cela fait partie du contexte. 

Et Mike Ward s’étonne qu’on parle d’acharnement. « ... tout se justifie par le contexte et l’intention... »  

Selon lui, l’intention n’était pas de blesser, mais de faire rire et de repousser les limites de ce qui est tabou. La liberté d’expression totale et sans discernement parce qu’on est un artiste...

Si on est vraiment convaincu qu’un artiste a le droit de tout dire et si on suit la logique de Mike Ward, alors il serait tout à fait correct de faire dans un spectacle d’humour, un bon numéro comique, avec plein de jokes supposément drôles... sur la tuerie de Polytechnique à l’occasion du 30e anniversaire. 

Est-ce vraiment concevable? Est-ce que les Québécoises et les Québécois se lèveraient pour applaudir ce type d’humour, pour applaudir cette belle liberté d’expression, pour applaudir de faire reculer ainsi les limites de ce qui est tabou? 

Si une telle chose ne semble pas acceptable, c’est donc que la liberté d’expression sans restriction ne l’est pas non plus. 

Après le plaidoyer de Mike Ward, la salle était debout et applaudissait. 

Qu’est-ce qu’on applaudissait? La qualité de son humour? Sa contribution exceptionnelle à l’enracinement des valeurs d’humanisme et de compassion dans notre société comme l’a fait Yvon Deschamps? Sa défense du droit sans limites de faire rire à tout prix? Sa défense du droit sans limites de dire n’importe quoi, peu importe le sujet et les conséquences, parce qu’on est un humoriste, parce qu’on est un artiste?  

Qu’est-ce qu’on applaudissait tant?

J’étais mal à l’aise!


Pierre Matton

Sherbrooke

Le monde de Jean Isabelle

Le monde de Jean Isabelle

Point de vue

Inquiétudes pour l’avenir de l’instruction publique

POINT DE VUE / Au Québec, les dernières décennies ont été marquées par des politiques d’austérité et des compressions budgétaires importantes. Cela s’est inévitablement traduit dans le quotidien des élèves et des parents : les écoles tombent en ruines et les élèves peinent à obtenir les services auxquels ils ont droit.

Les travailleuses et travailleurs — dont les employé(e)s de soutien, que nous représentons — portent le réseau à bout de bras et sont épuisés. Or, plutôt que de s’attaquer à ces problèmes criants, le gouvernement a décidé de bouleverser des structures, certes imparfaites, mais utiles, en mettant la hache dans la démocratie, en centralisant plusieurs pouvoirs au sein du ministère de l’Éducation et en exacerbant les iniquités sociales en place. La CSN est inquiète des conséquences du projet de loi 40 pour l’avenir de l’instruction publique au Québec. Iniquités enchâssées dans la loi. Le projet de loi 40, dans sa forme actuelle, viendra accentuer les problèmes d’iniquités et de ségrégation sociale que nous connaissons déjà avec l’école à «trois vitesses»: écoles publiques «ordinaires», écoles publiques à programmes sélectifs et écoles privées. Il favorise en effet plus de concurrence entre les écoles, en éliminant les restrictions territoriales lors de l’inscription. Le gouvernement permet déjà aux écoles de mettre en place des programmes sélectifs, souvent onéreux, dans les écoles publiques, instituant ainsi des frais de scolarité pour l’école publique ! L’addition de ces deux mesures aura des conséquences directes sur la qualité de l’éducation, sur l’accessibilité et sur l’équité de notre système public. Pourtant, en 2016, lorsque le Conseil supérieur de l’éducation affirmait que nous risquions «d’atteindre un point de bascule et de reculer sur l’équité», le ministre de l’Éducation, alors député de l’opposition et porte-parole en matière d’éducation, s’était insurgé de cette situation jugée lamentable.

Qualité des services menacée

L’autre aspect particulièrement inquiétant de ce projet de loi est le partage de ressources et de services qui pourra être imposé par le ministre. Nous ne pouvons cautionner des regroupements de services imposés qui pourraient se faire au détriment de la qualité des services offerts et qui, de surcroît, favoriseraient les inégalités, selon qu’une région est plus ou moins éloignée du point de service. Le projet de loi ouvre aussi la porte à davantage de sous-traitance. Il nous est incompréhensible que le ministre ne reconnaisse pas l’importance d’assurer le maintien d’expertise au sein du secteur public. 

Des scandales dans d’autres ministères, nous ont prouvé dans le passé que maintenir une expertise interne est gage de succès. Des fusions sans consentement des régions. Par ailleurs, le projet de loi facilite la fusion des territoires des futurs centres de services en faisant disparaître la notion de « territoires limitrophes» et en affaiblissant la notion de «consentement» qui sont contenues dans l’actuelle Loi sur l’instruction publique. Le ministre Roberge affirme ne pas vouloir effectuer de fusions, alors pourquoi faciliter les décrets qui permettraient à un futur ministre de l’Éducation de rejouer dans les structures sans le consentement des régions ? Les décrets de fusion risquent d’éloigner les décisions de la population tout en déstabilisant le personnel. Déjà, l’abolition du suffrage universel pour l’élection des dirigeants des futurs centres de services viendra affaiblir la légitimité d’un des rares paliers décisionnels encore entre les mains des régions. Bref, le projet de loi 40 contient toute une série de mesures qui mettent en péril l’accessibilité, l’équité et la stabilité du réseau public d’éducation au Québec. Et, tout cela, alors qu’aucune des mesures suggérées dans le projet de loi ne favorise la réussite des élèves, ne refinance le réseau ou ne soulage la surcharge de travail que vivent les employé(e)s au quotidien. Ainsi, pour la CSN, les modifications majeures que propose le projet de loi ne sauraient légitimement se faire sans une réelle consultation publique.

Chronique

Acte de foi réclamé pour les «trop-perçus»

CHRONIQUE / Il faut avoir la foi pour croire que les consommateurs québécois d’hydro-électricité épargneront 1,5 milliard $ grâce à l’adoption cette fin de semaine du projet de loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs d’Hydro-Québec.

En commission parlementaire, plus tôt cet automne, les associations de consommateurs et de défense des entreprises, ainsi que la plupart des experts, ont soutenu qu’un tel retour d’argent ne se matérialiserait jamais.

L’été dernier, nous avions parlé dans ce journal de poudre de perlimpinpin pour décrire le projet de loi finalement adopté sous bâillon législatif. Le débat avait alors déjà cours depuis le printemps — depuis la présentation de la pièce législative du ministre Jonatan Julien.

La proposition gouvernementale s’appuie entre autres sur la remise en début d’année prochaine par Hydro-Québec de 500 millions $ à ses clients. Or, ces dollars, constitués du solde des «comptes d’écart», auraient de toute façon fini par être retournés aux consommateurs, a rappelé le chef libéral par intérim, Pierre Arcand, vendredi. 

Autre rappel : le projet prévoit un gel des tarifs l’an prochain, suivi d’une indexation tarifaire arrimée au taux d’inflation les quatre années suivantes. Le gouvernement calcule que ce volet fera économiser 1 milliard $ aux consommateurs. Or, rien ne dit que la Régie de l’énergie n’aurait pas autorisé des hausses en deçà de l’inflation. Elle l’a fait ces dernières années.

Ils ont fait bloc

À l’Assemblée nationale, les partis d’opposition ont fait bloc contre le projet du ministre Julien. Leurs représentants ont martelé qu’il ne permettrait nullement de retourner le «trop-perçu» de 1,5 milliard $ d’Hydro-Québec — un «trop-perçu» sur lequel la Coalition avenir Québec avait cogné fort lorsqu’elle était dans l’opposition.

Samedi, en marge du processus accéléré d’adoption, on a entendu l’affable péquiste Sylvain Gaudreault sortir de ses gonds. C’est rare. «C’est juste de la “bullshit”», a-t-il dit. Poursuivant sur sa lancée, il a même affirmé que le ministre de l’Énergie «s’est laissé embobiner comme un pauvre type dans la farine par une puissante machine qui s’appelle Hydro-Québec».

«Les fleurs en 2020, puis le pot, les quatre prochaines années», a pour sa part politiquement résumé la solidaire Ruba Ghazal à minuit quinze dimanche, tout juste après l’adoption du projet de loi.

Une honte?

Il faut distinguer le fond du projet gouvernemental comme tel du processus d’adoption par bâillon législatif. 

Samedi, les règles habituelles de l’Assemblée nationale ont été suspendues pour forcer son adoption. Une honte?

Soutenir que ce projet de loi n’aurait jamais dû exister ou qu’il aurait dû être amendé — voire scindé, comme cela a aussi été proposé —, c’est une chose. C’est même une chose tout à fait valable.

Mais après les refus réitérés par le gouvernement Legault de l’abandonner ou de le modifier fondamentalement, et après 100 heures de débats en commission parlementaire, celui-ci pouvait légitimement exiger que les députés votent. Oui, quand tout a été dit, à un moment, il faut procéder au vote final.

Les bâillons législatifs nous ramènent toujours à la question du temps de délibération parlementaire. Jusqu’où le poursuivre? Jusqu’où le pousser?

En mars 2018, avant de quitter la politique, le ministre libéral Jean-Marc Fournier avait déclaré que «l’Assemblée nationale mériterait une bonne réingénierie en termes de temps passé à la délibération». Souvent, «on est dans une délibération qui cherche simplement à étirer le temps», avait-il ajouté en visant les partis d’opposition. Il estimait que des «cadres temporels devraient être associés à des projets de loi».

Même si elle peut paraître tentante pour tout gouvernement, l’exploration de cette avenue ne conduirait qu’à restreindre encore plus les débats.

Il s’agirait d’une solution sans doute pire que la situation que l’on tenterait de corriger.

Il vaut mieux accepter le cas par cas, quitte à ce que les partis d’opposition freinent le processus législatif des quatre fers. Et qu’un gouvernement décide à un moment de recourir au bâillon, qui est un outil qui existe dans l’arsenal parlementaire.

Chacun d’entre nous peut ensuite juger des manières de faire et de l’attitude des uns et des autres.

Opinions

La montée d’un nationalisme antiaméricain en Chine

ANALYSE / Depuis le rétablissement des relations sino-américaines durant les années 1970, les États-Unis et la Chine avaient constamment cherché à développer des relations cordiales. La stratégie américaine était limpide : amadouer la Chine pour contrebalancer la Russie. Les États-Unis ont conséquemment accordé à la Chine dès 1979 la clause de la nation la plus favorisée lui permettant d’accéder librement au marché américain. De plus, ils parrainèrent l’entrée de cette dernière à l’OMC en 2001.

Sous l’administration Obama, Washington prit acte que la Chine pourrait éventuellement menacer la suprématie américaine dans le monde. Constatant l’émergence de l’Asie comme le nouveau grand pôle des affaires internationales, Obama devisa une stratégie consistant dans le déploiement de 50 % de la flotte américaine dans la région et la négociation du Partenariat Trans-Pacifique. Cette politique, décrite comme le pivot américain en Asie, misait sur la puissance douce : endiguer la montée de la Chine sans la heurter directement.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Sécurité ferroviaire : faut-il attendre une autre tragédie pour agir?

Devant l’inertie de l’industrie ferroviaire et de Transport Canada en matière de sécurité ferroviaire, Québec solidaire Estrie exige du Ministre Marc Garneau qu’il intervienne promptement pour assurer un milieu de vie sécuritaire aux communautés vivant à proximité du corridor ferroviaire de la Central Maine & Quebec Railway (CMQR).

Toutes les circonscriptions estriennes étant traversées par cette voie ferrée délabrée, l’ensemble des associations de Québec solidaire dans la région ajoute leurs voix à celles des intervenant.es qui ne cessent de réclamer des actions concrètes pour des chemins de fer dignes du 21e siècle en matière de gestion de la sécurité.

Nous constatons que l’industrie ferroviaire ne cesse de faire le plein de colère autour d’elle et de rendre la population, les élu.es

locaux ainsi que les responsables des mesures d’urgence des municipalités très inquiets par le manque flagrant d’entretien de leurs infrastructures. C’est ce qui explique qu’un grand mouvement au sein des régions s’organise autour de l’enjeu de la sécurité des voies ferrées.

Le Comité sur le transport ferroviaire de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) s’est donné comme mandat d’accroître l’intermodalité, l’efficacité et la sécurité du transport ferroviaire. Dans une vidéo que l’on retrouve sur leur site web, on apprend que le réseau canadien ferroviaire est le 3e plus grand au monde, mais le 16e au monde pour la qualité de ses infrastructures, soit entre le Qatar et l’Azerbaidjan.

Suite au déraillement à Bolton-Ouest le 16 novembre dernier, l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie-Montérégie (ACFEM), regroupant des élu.es municipaux et de MRC, a interpellé les autorités pour que des actions soient posées pour rendre sécuritaire le corridor ferroviaire reliant Saint-Jean-sur-Richelieu à Lac-Mégantic.

Depuis la tragédie de Lac-Mégantic, le porte-parole de la Coalition des citoyens et des organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, Monsieur Robert Bellefleur, ne cesse de sonner l’alarme sur les pratiques irresponsables de la CMQR. Au début du mois de mai 2019, les autorités ont inspecté un segment ferroviaire à Nantes et ont identifié une section de rail dangereuse. Le 12 août, rien n’avait été réparé par la CMQR et le 24 août, le train a déraillé à l’endroit ciblé par la Coalition.

Le groupe de M. Bellefleur s’est rendu jusqu’à Ottawa pour sensibiliser les élu.es à l’état du réseau, mais le Ministre du transport du Canada s’en est tenu à répéter que la sécurité ferroviaire s’était améliorée.

Pourtant, le Comité des citoyens pour la sécurité ferroviaire du secteur Deauville-Magog, représenté par Mesdames Isabelle Dionne et Anne Lebel, rappelait au ministre Garneau que le nombre d’accidents ferroviaires, chiffré à 1172 selon les données du Bureau de la sécurité des Transports du Canada, était en hausse de 7 % en 2018.

Le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE) a réclamé un suivi plus rigoureux de l’état et de l’entretien du réseau ferroviaire pour éviter les risques environnementaux liés au déversement de matières dangereuses qui seraient particulièrement sérieux pour les milieux fragiles comme les rivières, les forêts et les terres agricoles.

Bien que l’achat de la CMQR par le Canadien Pacifique (CP) semble rassurer plusieurs intervenant.es du milieu municipal, Québec solidaire rappelle que son bilan en matière de sécurité n’est pas sans taches. Cette année, deux déraillements se sont produits à l’intérieur d’un mois en Colombie-Britannique dont un a coûté la vie à trois employés. Le CP est cette même compagnie qui avait transporté le pétrole jusqu’à Montréal en juillet 2013 et sous-traité à la MMA la poursuite de la livraison jusqu’au Nouveau-Brunswick avec la conclusion que l’on connaît : 47 pertes de vies à Lac-Mégantic qui a laissé une communauté dévastée. Le CP n’a jamais reconnu sa responsabilité dans cette terrible catastrophe.

Notre demande est claire : le Ministre du transport du Canada, Monsieur Marc Garneau, doit reprendre immédiatement les commandes de la réglementation dans l’industrie ferroviaire. La tragédie de Lac Mégantic nous a appris comment l’industrie est davantage préoccupée à faire toujours plus de profits pour contenter ses actionnaires. Les vies humaines, la protection de l’environnement, la sécurité des équipements et des voies ferrées semblent le dernier de leur souci. Il est temps que le Ministre assume son rôle de leader pour prioritairement protéger la population puis l’environnement en encadrant cette industrie dépassée. Sur le site du gouvernement du Canada, il est clairement indiqué que « Transport Canada est responsable des politiques et des programmes en matière de transport du gouvernement du Canada. Le Ministère élabore des cadres législatifs et réglementaires et il assure la surveillance du transport au moyen d’activités liées aux lois, à la réglementation, à la surveillance et à l’application de la loi ».

Il faut que les compagnies ferroviaires comprennent que ce n’est pas à elles d’écrire leur propres règles, mais bien au Ministre d’imposer une véritable réglementation à laquelle l’industrie ferroviaire devra se conformer. Monsieur Garneau, il ne faut pas attendre une autre tragédie pour agir, il y a déjà eu trop de victimes.


Alexandre Legault 
QS, Brome-Missisquoi

Andrée Larrivée
QS, Mégantic

Annabelle Lalumière-Ting
QS, Orford

Colombe Landry
QS, Richmond

Kevin Côté
QS, Saint-François

Ludovick Nadeau 
QS, Sherbrooke

Nicolas Dionne-Pelletier
QS, Estrie

Point de vue

Les municipalités réclament une stratégie ferroviaire pour le Québec

POINT DE VUE / Nous sommes des mairesses et des maires de toutes les régions, à la tête de municipalités de toutes les tailles. Si nous prenons aujourd’hui la plume, c’est que nous fondons beaucoup d’espoir dans le Sommet sur le transport ferroviaire que tiendra le gouvernement du Québec le 9 décembre prochain à Drummondville. Le défi climatique, le développement économique régional et la mobilité demandent que nous nous réappropriions collectivement ce qui a soutenu pendant des décennies le dynamisme de notre pays: le rail.

Le transport ferroviaire a joué un rôle déterminant dans le processus d’industrialisation, l’ouverture de nouveaux marchés et le rapprochement des régions du Québec. Peu à peu délaissé au bénéfice de l’auto solo, il n’est maintenant plus que l’ombre de lui-même.

Effectivement, selon un sondage CROP réalisé l’an dernier pour le compte de l’UMQ, 87 % de la population du Québec utilise l’automobile pour se déplacer au Québec pour un trajet de 100 kilomètres et plus, comparativement à 4 % pour le train. Pire, il ne représenterait une alternative à la voiture que pour 22 % des répondants. Il n’est donc pas étonnant que ce désintérêt ait encouragé un désinvestissement des gouvernements à un point tel que le Canada ne se situe plus qu’au 16e rang mondial pour la qualité de ses infrastructures ferroviaires. Pourtant, le contexte québécois force désormais les décideurs publics à regarder le rail sous un nouveau jour.

Après tout, alors que les bouchons de circulation sont devenus le quotidien de bien des citoyennes et citoyens, le train offre un transport de masse, sur de longues distances, tout en générant une faible empreinte écologique. Peu énergivore, le rail constitue un choix logique pour diminuer la présence de camions sur nos routes et contribuer de fait à diminuer la congestion routière, et en conséquence, les émissions de gaz à effet de serre.

Opportunité économique, le transport ferroviaire est aussi un levier de développement. Il permet aux entreprises de gérer leur chaîne logistique et de rejoindre de nouveaux marchés et ressources. Il assure la mobilité interurbaine et favorise l’offre touristique régionale.

Le Québec est à un moment décisif en matière de mobilité, et le transport ferroviaire peut redevenir un véritable mode de transport structurant et concurrentiel pour les régions, pour autant qu’on y mette collectivement les ressources. Avec ses 6302 kilomètres de rails traversant plus de 500 municipalités, le train constitue un puissant levier économique. Plusieurs pays l’ont compris et ont misé avec succès sur les voies ferrées pour se développer et connecter les villes et les régions entre elles. Nous proposons au gouvernement de s’en inspirer. 

Pour redonner à la locomotive ses lettres de noblesse, l’Union des municipalités du Québec (UMQ), porte-parole des gouvernements de proximité, réfléchit depuis plusieurs années sur l’avenir du transport par voie ferrée et sur les façons de le situer au cœur d’un virage modal au bénéfice des citoyennes et des citoyens. C’est en ce sens qu’elle a adopté le 9 novembre 2018, la déclaration de Trois-Rivières qui dressait des constats lucides sur l’état du transport ferroviaire et sur l’avenir du train.

D’abord, pour le monde municipal, le gouvernement du Québec doit d’urgence dresser un portait précis de l’état du réseau ferroviaire québécois, des équipements nécessaires à l’exploitation et des investissements requis pour opérer d’une façon optimale et sécuritaire les activités ferroviaires. Ensuite, fort de ces constats, il doit se concentrer sur la connexion des entreprises au réseau ferroviaire.

L’UMQ propose à cet effet de favoriser les embranchements ferroviaires dans les parcs industriels et de mettre un poste de transbordement par région. Cette priorité s’avérera particulièrement stratégique pour les municipalités. Autre priorité, le transport des personnes devrait recevoir une attention particulière du gouvernement. Il faut favoriser l’interconnectivité en diminuant les ruptures de charges pour les passagers qui empruntent le train. Principale source de frustration chez plusieurs usagers, les marchandises doivent mieux cohabiter avec les citoyennes et les citoyens sur le même réseau. 

À condition qu’il demeure sécuritaire en tout temps, le transport ferroviaire constitue donc une opportunité à fort potentiel de croissance. C’est pourquoi le monde municipal se donne rendez-vous au Sommet sur le transport ferroviaire avec espoir qu’il se conclue sur des mesures concrètes qui contribueront à refaire du rail un mode de transport concurrentiel. Le monde municipal attend du gouvernement une stratégie ferroviaire sérieuse, ambitieuse et complémentaire avec les autres modes de transport.

Mme Suzanne Roy, présidente intérimaire de l’UMQ, présidente du Comité sur les changements climatiques de l’UMQ et mairesse de Sainte-Julie;

M. Jean-Maurice Matte, président du Comité sur le transport ferroviaire de l’UMQ et maire de Senneterre;

Mme Sylvie Beauregard, mairesse de Cowansville;

M. Jean Bouchard, maire de Mirabel;

M. Claude Corbeil, maire de Saint-Hyacinthe;

M. Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or;

M. Daniel Côté, premier vice-président de l’UMQ et maire de Gaspé;

M. Sabin Côté, maire de Roberval;

Mme Manon Cyr, mairesse de Chibougamau;

Mme Diane Dallaire, mairesse de Rouyn-Noranda;

M. Éric Dubé, maire de New Richmond;

M. Jean Lamarche, maire de Trois-Rivières;

M. Jérôme Landry, maire de Matane;

M. Rémy Langevin, maire de Montmagny;

M. Benoît Lauzon, maire de Thurso;

M. Yves Lessard, maire de Saint-Basile-le-Grand;

M. Steve Lussier, maire de Sherbrooke;

M. Denis Martin, maire de Deux-Montagnes;

M. Yves Montigny, maire de Baie-Comeau;

Mme Julie Morin, mairesse de Lac-Mégantic;

M. Marc Parent, maire de Rimouski;

M. Serge Péloquin, maire de Sorel-Tracy;

M. Jean-Michel Pepin, conseiller de Delson;

M. Alain Poirier, maire de Lebel-sur-Quévillon;

M. Donat Serres, maire de La Prairie;

M. Martin Soucy, maire de Mont-Joli;

M. Pierre-David Tremblay, maire de La Tuque;

M. Gaétan Vachon, maire de Sainte-Marie;

Mme Sylvie Vignet, mairesse de Rivière-du-Loup;

M. Louis Villeneuve, maire de Bromont.

Opinions

Où est passée la morale de Power Corporation?

Je suis un retraité de Groupe Capitales Médias. Comme un millier d’autres, je me retrouve le bec à l’eau et avec une coupure de 30 % de mes rentes.

Pendant 24 ans, j’ai travaillé à La Voix de l’Est de Granby, filiale de Gesca, propriété de Power Corporation. J’en étais heureux, presque fier. Parce que Power Corporation était une entreprise solide, dirigée par un homme, Paul Desmarais, qui avait la réputation de respecter ses contrats et ses employés, conscient sans doute, que ceux-ci participaient à son enrichissement.

C’est le passé. Cet héritage moral, sa succession a décidé de le refuser. On a le droit de refuser un héritage. Encore plus quand il est d’ordre moral. Par un tour de passe-passe, tout à fait légal, faut-il préciser, la Power Corporation nouvelle s’est débarrassée de ses journaux et d’une caisse de retraite, sûrement jugée encombrante. Mission accomplie.

Cette caisse de retraite a été administrée pendant des décennies par Power Corporation, beaucoup moins bien que ses affaires personnelles qui ne cessent jamais de croître.

Petite parenthèse : je suis loin d’être un spécialiste des choses économiques et administratives, mais il me paraît anormal qu’un fonds de retraite soit géré uniquement par l’employeur, même si cela semble être la règle. Fin de la parenthèse.

L’écart entre riches et pauvres s’élargit, dit-on. On remerciera Power Corporation, ses millionnaires et ses quelques milliardaires d’y avoir apporté leur contribution.

La CSN a tenté une approche auprès de Power Corporation pour le soutien du régime de retraite de ses anciens employés. Réponse négative et un peu effrontée, si j’en crois une représentante syndicale. Et je la crois.

Power Corporation n’a aucune obligation légale à cet égard. L’obligation morale? 

Elle est disparue en même temps que son fondateur.


Richard Plante 

Magog

Opinions

Un centre-ville pour tous

ÉDITORIAL / Les travaux de démolition du stationnement à étages de la rue Wellington sud, qui seront suivis par ceux de l’Hôtel Wellington et du chic défunt Studio Sex, sont le prélude d’un projet majeur de revitalisation du centre-ville, ce qui devrait contribuer à la relance économique de ce secteur en désuétude.

Alors que les millions $ vont bientôt pleuvoir sur cette portion du centre-ville, la Ville de Sherbrooke doit toutefois se préoccuper davantage de l’impact qu’aura ce projet sur la population démunie de ce quartier et sur le coût du logement.

On y retrouve en effet des familles à faible revenu, des personnes seules, parfois désœuvrées, de même que des personnes sans véritable domicile fixe et plusieurs petits commerces.

Le projet « Espace Centro » du Quartier Well Sud est ambitieux, avec des investissements de 80 millions $ du Groupe Custeau et Services EXP, dont une participation de la Ville de 25 millions $. 

Il transformera radicalement le paysage urbain avec deux tours où logeront le Quartier général de l’entrepreneuriat, des bureaux, des commerces et des logements, de même qu’un stationnement souterrain de 715 cases et une place publique.

À cela s’ajoute le vaste chantier de huit millions $ de la rue Galt Ouest, entre Belvédère et Alexandre, piloté par la Ville de Sherbrooke, où une série de vieux immeubles à logements seront démolis pour permettre la construction d’un immeuble de 116 logements sociaux, en collaboration avec l’Office municipal d’habitation, l’agrandissement du parc Alfred-Élie Dufresne et un réaménagement de Galt Ouest où on retrouvera une piste multi-fonctionnelle.

Il faut se réjouir qu’après des années d’espoirs déçus et de faux départs, la Ville de Sherbrooke ait enfin en main un projet concret qui implique des investisseurs locaux pour transformer et relancer ce secteur du centre-ville qui en a grand besoin.

Mais pour ce qui est du sort des résidents du secteur, les organismes communautaires craignent avec raison un embourgeoisement qui se traduirait par une hausse du prix des loyers, l’exode des résidents actuels et la fin d’une vie de quartier.

L’Association des locataires de Sherbrooke se dit très inquiète et compte interpeller à nouveau la Ville pour demander des mesures concrètes afin de protéger une population vulnérable.

Son porte-parole, Normand Couture, donne l’exemple de la revitalisation du quartier Saint-Roch, à Québec, devenu un secteur « branché » mais d’où on a « chassé les personnes à faible revenu et où le revenu médian des ménages a augmenté de 43 % en quelques années ».

S’il se réjouit de la construction de 116 logements sociaux sur Galt Ouest, il estime que cela ne sera pas suffisant pour répondre aux besoins des futurs déplacés.

La Ville de Sherbrooke construit 100 logements sociaux par année depuis 10 ans en partenariat avec les coopératives d’habitation et l’Office municipal d’habitation.

Le directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire, Yves Tremblay, reconnaît que le projet « Espace centro » aura un impact chez les locataires à faible revenu mais rappelle qu’en vertu d’une nouvelle loi provinciale les villes ont maintenant le pouvoir d’imposer la présence de logements sociaux dans les secteurs où elles le souhaitent.

« C’est sûr qu’il va y avoir du mouvement mais, à contrario, on va s’assurer qu’on puisse garder des gens via les coopératives d’habitation et les coopératives », dit-il, ce qui risque de ne rassurer qu’à demi l’Association des locataires. 

 Le projet de revitalisation du secteur de la rue Wellington Sud est vital pour l’avenir du centre-ville de Sherbrooke.

Mais il doit être inclusif et faire en sorte que les résidents actuels y trouvent leur compte. 

Il appartient à la Ville de Sherbrooke d’y voir.

Pierre Jury

Un discours du Trône rassurant

ÉDITORIAL / Le discours du Trône, lu jeudi par la gouverneure générale Julie Payette, passera comme une lettre à la poste. Seuls les conservateurs, de toute évidence, s’y opposeront, mais les autres partis d’opposition y ont trouvé suffisamment d’éléments à appuyer pour voter en faveur.

Il faut dire que le premier ministre Justin Trudeau a fait des pieds et des mains depuis son élection, le 21 octobre dernier, pour aplanir les différences qui le démarquent des chefs de partis d’opposition, ainsi que des premiers ministres des provinces, qu’il a rencontrés individuellement. Ces échanges étaient une première au fédéral, et étaient bienvenus. M. Trudeau dirige un gouvernement minoritaire et il doit soutirer des majorités de votes à la pièce. Il aurait pu se contenter de s’asseoir avec le Nouveau Parti démocratique, et peut-être le Bloc québécois. Il est allé plus loin que le client n’en demande en ajoutant à l’équation tous les chefs provinciaux afin de bien passer le message d’une collaboration future. Est-ce que ce sera suffisant? Il est presque assuré que le gouvernement n’aura pas de problème à faire accepter son discours du Trône, mais davantage aussi. Il met en place toutes les pièces d’un casse-tête qui lui assurera d’un vote positif lors de son budget, en mars ou avril, et au-delà. À moins d’une catastrophe d’ici là, M. Trudeau peut entrevoir l’avenir avec un enthousiasme, mais un enthousiasme prudent.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Pour un plan de conservation (et vite!)

Plusieurs citoyens et citoyennes ont été témoins, depuis quelques années, des aberrations auxquelles a mené, à Sherbrooke, notre course insensée aux revenus de taxes et notre insouciance généralisée à l’égard de la préservation des espaces verts.

Le conseil municipal a accepté il y a à peine deux ans, à Ascot, un développement en bordure du mont Bellevue en plein cœur d’un corridor écologique et d’un milieu naturel d’une valeur sans pareille. 

La Ville a aussi été complice, en 2017, par le biais d’un échange de terrains, du développement d’une station-service fantôme à l’intersection des rues Dunant et Thibault : une manœuvre honteuse de l’administration municipale et de l’ancien conseil municipal dont plusieurs membres occupent encore des postes stratégiques. 

Plus récemment, on a tenté (tout bonnement) de vendre un magnifique parc riverain à Brompton. Il aura fallu l’efficace mobilisation coordonnée par Catherine Boileau et la chef de Sherbrooke Citoyen pour que le conseil recule. 

Plusieurs élus, dont Nicole Bergeron, ont tenté de diminuer la valeur de ce parc en soulignant qu’il était petit. Pendant ce temps, la présidente du comité de l’environnement, Karine Godbout, n’a fait que le strict minimum et ce, seulement après que les médias (et la population) aient commencé à s’intéresser à l’affaire. 

À ces erreurs historiques s’ajoute l’ordinaire incurie de la Ville en matière de gestion de sa réserve foncière. La conseillère Beaudin dénonçait il y a quelques mois la vente d’un terrain boisé appartenant à la Ville pour... l’agrandissement du stationnement d’un quadruplex. 

Et dire que certains remettent encore en question l’utilité d’une opposition à Sherbrooke!

Ces absurdités s’expliquent très simplement par le fait que la Ville n’a aucune stratégie de conservation de son territoire. Malgré les orientations du Schéma d’aménagement sur la supposée volonté de « protéger et mettre en valeur les milieux naturels », la Ville n’a tout simplement pas de plan.

Pourtant, plusieurs juristes le disent depuis longtemps : les villes disposent de pouvoirs considérables en matière de protection des milieux naturels. Depuis une vingtaine d’années, la jurisprudence a clairement remis en question les droits supposément acquis des promoteurs aux profits de l’intérêt collectif.

Mais cet intérêt collectif pour la protection de nos boisés et de nos milieux humides, qui commencent à se faire rares, doit être clairement mis en avant par la municipalité. 

Sans une planification sérieuse de la protection de tous nos milieux naturels de valeur, sans une caractérisation rigoureuse de nos espaces verts et sans une volonté claire du conseil municipal de protéger coute que coute son territoire contre un développement sauvage, il devient plus difficile pour la Ville d’intervenir (à la pièce) sans se faire accuser d’expropriation déguisée.

La Ville a déjà trop trainé à se mettre au travail dans cet important chantier. 

Les élu. e. s doivent rapidement exiger qu’un plan de protection avec des critères clairs soit mis au point. C’est un outil essentiel pour un développement ordonné et durable de notre ville.

Jean-Christophe Racette
Sherbrooke

Chronique

Rire dans un pays libre

CHRONIQUE / La cause opposant Mike Ward et Jérémy Gabriel ne devrait pas se déplacer au gala Les Olivier, dimanche. Comme dans n’importe quel party de famille, il y a des sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder pour ne pas indisposer les invités et gâcher la fête.

«Le gala Les Olivier est une fête où nous célébrons les succès de la dernière année, les accomplissements de nos pairs. Pour cette soirée, nous voulons faire une trêve des causes juridiques des dernières années et [nous] concentrer sur cet heureux événement annuel où les artisans comme les artistes sont récompensés pour leur travail et leur persévérance», a déclaré l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour. «Affaire Mike Ward-Jérémy Gabriel. Pas de coup d’éclat prévu au gala Les Olivier», titrait mardi La Presse.  

Cela reste à voir. Mike Ward est en lice pour des prix.

La situation est délicate pour l’industrie. 

Les professionnels de l’humour ont beau craindre que leur liberté d’expression soit réduite à la suite d’une décision des tribunaux, ils doivent néanmoins prendre soin de ne pas heurter inutilement les Québécois qui suivent le gala et achètent des billets de spectacle.

La Cour suprême aura à décider si elle se penchera sur le dossier et clarifiera comment peuvent se conjuguer liberté d’expression et droit à l’égalité. Est-il vraiment nécessaire de mettre de l’huile sur le feu en attendant?

Comme les juges de la Cour d’appel qui ont rendu la semaine dernière leur décision dans l’affaire Mike Ward-Jérémy Gabriel, les Québécois sont divisés. 

Il y a des pro-Ward et des pro-Jérémy. 

Les Québécois raffolent des humoristes.

Mais, ils n’estiment pas tous pour autant que la liberté d’expression de ceux-ci est absolue, qu’ils peuvent faire à répétition et impunément des blagues sur un adolescent handicapé pour prouver qu’ils n’existent pas de personnalités publiques intouchables. 

Des humoristes réussissent très bien à faire rire et à étonner leur public sans s’acharner sur le handicap d’un enfant et rendre la vie de ce dernier insupportable.

«L’humour n’est pas un crime», a écrit Mike Ward, sur Facebook, à la suite du jugement de la Cour d’appel. «Dans un pays “libre”, un juge ne devrait pas dicter ce qui est faisable ou non en humour.»

Selon les juges Claudine Roy et Geneviève Cotnam, l’époque où l’on exploitait le handicap de certaines personnes pour divertir la population est révolue. 

«Loin de nous l’intention de restreindre la créativité ou censurer l’opinion des artistes. Les humoristes doivent cependant réaliser que la liberté artistique n’est pas absolue et qu’ils sont, comme tout citoyen, responsables des conséquences de leurs paroles lorsqu’ils franchissent certaines limites», écrivent les deux juges. 

Elles rappellent que Mike Ward dit lui-même qu’il veut constamment repousser les limites, voir jusqu’où il peut aller. «Cette fois, il est allé trop loin.»

La juge Manon Savard n’arrive pas à la même conclusion. 

Celle-ci fait souvent référence à ce qu’une personne raisonnable retient des propos de l’humoriste, de l’interprétation qu’elle en tire.

Une personne raisonnable aurait mis les propos de Ward dans le contexte où ils s’inscrivent dans le cadre d’un spectacle d’humour noir caractérisé par l’exagération, la généralisation abusive, la provocation et la déformation de la réalité. 

Une personne raisonnable n’aurait pas interprété au premier niveau les expressions subwoofer, lette, boîte de son sur la tête, utilisées par Mike Ward pour décrire Jérémy Gabriel. 

Une personne raisonnable n’aurait pas non plus imaginé un seul instant que l’humoriste avait l’intention de tuer l’adolescent lorsqu’il  indiquait avoir tenté de «le noyer» dans un Club Piscine. 

Le hic est que sur les réseaux sociaux, les gens ne se comportent pas toujours comme des personnes raisonnables. Bien au contraire. Jérémy Gabriel en sait quelque chose. Il est la cible depuis neuf ans de gens qui garrochent leur fiel sur lui.

Comme le juge Scott Hugues du Tribunal des droits de la personne, les juges Roy et Cotnam estiment que les propos de Mike Ward ont outrepassé les limites de ce qu’une personne raisonnable doit tolérer au nom de la liberté d’expression.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Chronique

Trudeau serait fou de passer à côté

CHRONIQUE / Le Canada se dirige vers une réunion interne cruciale. Elle réunira en début d’année prochaine le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, et tous ses vis-à-vis des provinces et des territoires. Elle accroîtra ou apaisera les tensions canadiennes.

Pour s’y préparer, le deuxième gouvernement de Trudeau-fils aurait intérêt à se pencher avec le plus d’ouverture possible sur les éléments sur lesquels les premiers ministres des provinces et des territoires viennent de s’entendre.

D’abord, parce que, désormais minoritaire, son gouvernement n’a pas les moyens de se payer une guérilla politique sur tous les fronts avec ses homologues des provinces et des territoires. Ensuite, parce qu’il doit très certainement vouloir contenir les forces centrifuges qui se sont réveillées.

Justin Trudeau commettra une faute s’il ne s’appuie pas sur les éléments faisant réellement consensus entre les provinces. Il passera à côté d’une main tendue si l’ordre du jour qui accompagne l’invitation qu’il lancera sous peu à ses homologues en fait fi.

Ce serait politiquement fou de sa part.

Surtout que c’est un front fixé au plus petit dénominateur commun que les premiers ministres des provinces et des territoires ont établi entre eux à l’issue de leur rencontre en banlieue de Toronto, lundi. Ils n’ont pas dressé une liste de revendications à n’en plus finir. Et pour cause : les sujets qui les divisent sont plus nombreux que ceux qui les rassemblent. Ils ont bien sûr naturellement et diplomatiquement passé les premiers sous silence dans leur communiqué final.

Après les querelles ayant opposé François Legault et plusieurs autres premiers ministres sur la loi sur la laïcité et sur le programme de péréquation — pour ne prendre que ces deux exemples —, le communiqué qu’ils ont signé témoigne de la délicate diplomatie à laquelle ils ont dû se livrer.

Expression éculée, mais...

Une des priorités communes qu’ils ont établies n’ira cependant pas bien loin. Il est d’ailleurs difficile de comprendre que le gouvernement du Québec ait accepté qu’elle figure dans le communiqué final, puisqu’elle appelle non seulement à la poursuite de l’exploitation des ressources naturelles, mais à des décisions permettant d’«assurer un accès aux marchés pour les produits canadiens».

Si le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, et d’autres y voient presque la promesse qu’un oléoduc pourrait un jour traverser le Québec, ce n’est pas ce que voit François Legault... Cet élément étant pour le moins sujet à interprétation, on ne peut pas dire qu’il fait partie des consensus solides établis lundi.

Les premiers ministres des provinces et des territoires s’entendent toutefois plus sincèrement sur les autres éléments figurant dans leur déclaration finale. Et c’est sur ceux-ci que le gouvernement Trudeau devrait sérieusement se pencher et s’appuyer.

C’est le cas de l’application «du principe ‘un projet, une évaluation’», soit  l’élimination de la «nécessité de procéder à une évaluation environnementale fédérale obligatoire pour les projets qui relèvent de la compétence des provinces et des territoires».

Les premiers ministres des provinces et des territoires veulent aussi que le futur régime canadien d’assurance médicaments soit élaboré «en partenariat» avec eux; qu’Ottawa respecte scrupuleusement leurs compétences et leurs pouvoirs, et que le financement fédéral des infrastructures soit plus flexible, plus rapide et réalisé selon leurs priorités.

Ils s’entendent aussi sur la modernisation du Programme de stabilisation fiscale, une proposition visant à donner un coup de pouce financier à l’Alberta. Ainsi que sur l’augmentation du financement du Transfert canadien en santé «selon un facteur de progression annuel de 5,2%». Ce dernier élément est un classique. Il représente beaucoup d’argent. Mais Ottawa doit faire plus que ce qu’il a promis à cet égard.

C’est très clairement un front commun fixé au plus petit dénominateur commun. Voilà pourquoi le deuxième gouvernement de Justin Trudeau devrait sérieusement tenir compte des éléments solides qu’il contient (tout en sachant que chacun des signataires n’abandonne pas pour autant les revendications et demandes qui lui sont propres). L’expression est éculée, mais la balle est dans son camp.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Opinions

Dépanner les quatre coins du monde

ANALYSE / Le succès de Couche-Tard ne relève pas du hasard. La bonne gestion de ses acquisitions a évidemment favorisé sa croissance. Mais son habileté à convertir les ventes d’essence en ventes de produits alimentaires et connexes a sans contredit constitué la pierre angulaire de son triomphe planétaire.

Alimentation Couche-Tard (ACT) veut dominer le monde, et pourquoi pas. La chaîne de dépanneurs administre 16 000 points de service, emploie au-delà de 130 000 employés et génère des revenus de 60 milliards de dollars. Après une soixantaine d’acquisitions depuis 2004, la chaîne veut maintenant s’attaquer à l’Asie et doubler sa taille d’ici cinq ans. Vu le palmarès fort reluisant de l’empire canadien des dépanneurs, difficile de croire que l’entreprise n’y parviendra pas.

L'actualité sous la plume de Bado

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Bado

Chroniques

Les fantasmes de la droite

CHRONIQUE / Un texte circule ces jours-ci sur les réseaux sociaux. Je n’en connais pas l’auteur, je le prierais donc de se manifester s’il le souhaite, mais je tenais tout de même à vous en partager quelques extraits qui, à mon sens, illustrent parfaitement ce qui ne va pas avec la droite politique et idéologique. Si j’ai bien compris, ce texte prétend démontrer en quoi et pourquoi la droite serait « meilleure » que la gauche.

Je vous expliquerai brièvement pourquoi je ne suis pas d’accord, mais d’abord voici quelques extraits :