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La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Jean-Marc Salvet

N’ajoutons pas au malheur

CHRONIQUE / Quelques voix s’élèvent pour réclamer que des employés de la fonction publique québécoise et canadienne, qui doivent rester chez eux actuellement et qui ne peuvent faire de télétravail, soient privés de leur salaire, voire mis à pied. La Ville de Québec devrait-elle servir d’exemple? Non, absolument pas. Ce serait une grave erreur.

Le gouvernement Legault résiste à cet appel. Avec raison. «C’est le temps de s’aider, ce n’est pas le temps de couper», a dit le premier ministre du Québec, mercredi.

D’abord, il convient de ne pas exagérer la situation dont on parle. Beaucoup, beaucoup d’employés de la fonction publique travaillent à distance — lorsqu’ils ne se rendent pas à leur bureau.

Ensuite, il faut tout de suite dire que les gouvernements n’ont pas à ajouter au malheur du monde.

Où se retrouveraient ces employés de l’État privés de salaire? À faire la file sur Internet pour recevoir l’aide des gouvernements?

On ne serait pas plus avancé en termes de finances publiques, même si les sommes déboursées n’étaient pas tout à fait les mêmes en bout de ligne. On ne le serait pas au regard des centaines de milliards de dollars que coûtera la pandémie aux trésors publics québécois et canadien.

Le maintien du lien d’emploi entre employés et employeurs est d’ailleurs ce que préconisent les représentants du monde de l’entreprise pour le secteur privé. La Fédération des chambres de commerce du Québec et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain demandent aux gouvernements d’offrir aux entreprises des subventions pour qu’elles gardent leurs employés. Un programme de subvention salariale temporaire, insistent-elles, aurait le mérite de maintenir le lien d’emploi entre les travailleurs et les employeurs et, donc, de faciliter le redémarrage de la société lorsque ce sera possible.

C’est, au fond, l’approche des gouvernements du Québec et du Canada pour leurs employés dans l’incapacité d’accomplir leurs tâches habituelles.

«Actuellement, il n’y a aucun scénario de mises à pied ou de ne pas payer les employés qui travaillent pour le gouvernement du Québec», a déclaré François Legault, cette fois jeudi. Il faut souhaiter que Québec et Ottawa maintiennent ce cap même si de plus en plus de voix devaient s’élever pour réclamer un changement d’approche à cet égard. Il vaut la peine d’insister là-dessus tant les situations changent vite.

À preuve, la (bonne) décision du gouvernement Trudeau, mercredi, de finalement remplacer les deux prestations d’aide aux individus par une seule, la Prestation canadienne d’urgence, laquelle offrira un versement mensuel de 2000$ à toute personne ayant perdu ses revenus. Le succès du programme se mesurera à la capacité d’Ottawa de livrer ce soutien financier dans les délais prévus.

Concernant les employés de la fonction publique québécoise ou canadienne actuellement dans l’impossibilité de travailler, on peut ajouter que si la crise liée à la situation sanitaire devait se prolonger plus longtemps que ce que l’on peut craindre aujourd’hui, il sera toujours temps de voir si les tâches et les fonctions de certains peuvent être temporairement modifiées pour répondre à des urgences ou à des besoins particuliers.

Mais il est essentiel que tous les liens d’emploi et les salaires soient maintenus par les gouvernements.

Une grande partie de la renaissance passera par ces derniers; donc, par leurs employés.

Un fait de société

On aura compris cette semaine que la Société des alcools du Québec (SAQ) et la Société québécoise du cannabis (SQDC) constituent des services essentiels par les temps qui courent.

La SAQ est une vache à lait pour les finances publiques québécoises. Ceci peut en partie expliquer cela. Mais dans la situation actuelle de dépenses, les revenus qu’elle générera ne pèseront pas bien lourd dans la balance. Il y a donc plus que ça.

François Legault a expliqué qu’il ne veut «pas voir le chaos dans les épiceries avec des gens qui s’y précipitent pour obtenir de l’alcool si on ferme la SAQ. Des gens, malheureusement, ont besoin d’alcool et je ne veux pas qu’ils se retrouvent dans le système de santé. Afin de réduire le stress, il faut faire de l’exercice. Mais, parfois, un verre de vin, ça fait du bien».

Deux remarques : le tout doit se faire dans le respect des employés de la SAQ et de la SQDC; de manière à ce que leur sécurité soit assurée en tout temps. Et, bien sûr, le «verre de vin, ça fait du bien», mais avec modération. Surtout en cette époque de confinement.

Une conclusion : la décision du gouvernement Legault à ce chapitre a été prise, là aussi, pourrait-on dire, pour ne pas ajouter au malheur du monde. C’est très bien.

Quoi qu’il en soit, le maintien des activités de la SAQ demeurera un fait de société.

Point de vue

À nos dirigeants, de la part des entrepreneurs

POINT DE VUE / On a raison de féliciter tous les travailleurs de la santé qui sont dédiés à la tâche dans la lutte au coronavirus. On a raison de féliciter ceux qui travaillent à nourrir la population. On a raison de féliciter nos dirigeants qui gèrent avec beaucoup de dévouement une crise sans précédent et dont les incidences touchent en profondeur toutes les sphères de la société.

Maintenant, il y a des anges dont on parle moins ou qu’on ne voit pas comme tels : les entrepreneurs. Avec mes collègues de l’École d’entrepreneurship de Beauce, je suis aux premières loges depuis le début de la crise pour entendre toute l’énergie et les moyens qu’ils déploient pour survivre, protéger leurs employés, leurs entreprises et leurs familles. 

Depuis le 19 mars, nous organisons des séances d’entraide dans le monde virtuel avec nos clients, qu’ils soient passés par chez nous il y a 10 ans ou qu’ils soient actuellement inscrits à nos programmes. Notre École a dû cesser ses activités régulières, et comme c’est le lot de beaucoup d’entreprises actuellement, elle ne génère plus aucun revenu. Malgré tout, elle offre ce filet de sécurité aux entrepreneurs, pour leur permettre de ventiler, de trouver des solutions et de trouver du réconfort pour traverser l’épreuve. 

Au cours de ces séances, je suis témoin des larmes de ceux et celles qui ont la lourde responsabilité de mettre des gens à pied pour protéger la survie de leur entreprise. C’est contraire à la nature de l’entrepreneur et, croyez-moi, c’est un geste qu’ils posent en tout dernier recours; le cœur en miettes, après des nuits d’insomnie. J’entends aussi leur difficulté à comprendre des mesures comme le travail partagé, qui vient avec un lot inouï de paperasse. J’entends leur peur devant l’incertitude et l’endettement! Car jusqu’à présent, la plupart des mesures annoncées pour les entrepreneurs ne sont que ça : reports de paiements et possibilités d’emprunt accrues. Mais que feront-ils avec un surplus de dettes et une économie qui redécollera au ralenti? Car il n’y a pas à se faire d’illusion, certains secteurs d’activités vivront pendant une longue période les impacts de la crise, notamment le tourisme.

Ce matin, je recevais un mot d’un membre de notre communauté d’entrepreneurs qui nous priait de livrer jusqu’à vous le message : les entrepreneurs ont besoin de votre aide! Beaucoup plus d’aide! Ces mots sont venus d’un homme habituellement réservé. Ils ont résonné encore plus fort dans mon cœur : quand même les silencieux se lèvent, c’est que le désespoir se pointe. 

Oui, la priorité ce sont les vies humaines. Très rapidement, cependant, il faut penser à la survie des entreprises pour qu’il existe encore des emplois après la tempête. Pour que la santé mentale de nos entrepreneurs ne soit pas en déroute. Pour qu’ils aient aussi des moyens d’assurer leur propre subsistance. Une amie entrepreneure me disait qu’en tant que chef d’entreprise, elle n’a pas le droit à l’assurance-emploi ni à aucune aide. Pourtant, c’est le zéro client et elle n’a pas de conjoint pour prendre la moitié de l’hypothèque. 

Messieurs Legault et Trudeau, au nom de toute notre communauté d’entrepreneurs, nous vous prions d’agir pour protéger les piliers de notre économie : les PME. Adoptez des mesures simples et efficaces dans leur application. Quand nous sortirons de notre confinement, nous aurons besoin plus que jamais du dévouement, de la créativité et du leadership des anges-gardiens de nos emplois. 

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Opinions

La COVID-19 changera à jamais l’industrie alimentaire

OPINIONS / La COVID-19 va probablement redéfinir l’épicerie de plusieurs façons. Avant la crise, peu de gens commandaient des aliments en ligne et de nombreux Canadiens se questionnaient sur les raisons d’acheter ainsi de la nourriture. Depuis le début de la crise, 9 % des Canadiens qui n’ont jamais acheté de produits alimentaires en ligne, le font maintenant.

L’expérience d’achat en magasin évolue rapidement pour répondre à de nouvelles normes. La plupart des épiciers ont réduit leurs heures d’ouverture pour offrir un temps de repos aux employés et permettre un nettoyage rigoureux des magasins, comptoirs et caisses libre-service. Certains établissements se munissent même de barrières de protection en plexiglas afin de protéger les gens en magasin. En effet, selon un récent rapport publié par l’Université Dalhousie, seulement 24 % des Canadiens sont à l’aise avec l’idée de faire l’épicerie ces jours-ci. Autrement dit, au-delà des trois quarts de la population canadienne considèrent la visite à l’épicerie comme un risque inhérent. Alors, ne soyez pas surpris de voir les supermarchés devenir aussi propres qu’une salle d’opération dans un hôpital. Nouvelles normes obligent, plusieurs employés reçoivent même une prime salariale jusqu’en mai, du jamais vu dans le secteur.

La caricature de Côté

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COVID-19

Superhéros et pigeons voyageurs

BILLET / J’ai rendez-vous avec eux chaque jour. Le phare dans la nuit québécoise du coronavirus.

«Horacio, notre héros», clame une populaire page Facebook.

Dans un parlement de Québec déserté, le premier ministre, François Legault, et le directeur national de la Santé publique du Québec, Horacio Arruda, rencontrent les journalistes au quotidien, à 13h pile. Batman et Robin flanqués d’un troisième superhéros. Souvent une héroïne, Danielle «Superwoman» McCann, la ministre de la Santé.

Mais ici, pas de cape ni masque ou superpouvoir. Que des chiffres, statistiques, courbe à aplanir et des réponses à nos questions. Ou ce qui s’en rapproche.

C’est devenu une habitude. Vers 12h30, je pars du bureau parlementaire du Soleil, situé au deuxième étage de l’édifice André-Laurendeau. Immeuble maintenant presque fantôme logé entre le parlement et le complexe G, sur la colline Parlementaire. De là, on peut traverser «de l’autre côté» sans voir le jour.

Par un système de tunnels pas secrets du tout. Mais qui nécessite quand même une carte d’accès magnétique et un code à tapoter sur un clavier, le doigt protégé par votre manche de chemise.

En réalité, le point de presse journalier du premier ministre ne se tient pas dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale. Plutôt dans l’édifice Pamphile-Lemay, juste à côté. Bâtiment planté entre le parlement et l’édifice Honoré-Mercier, qui abrite le bureau du premier ministre, et relié aux deux par des passerelles intérieures.

Les journalistes entrent par l’arrière dans la salle Evelyn-Dumas, nommée en l’honneur de la première femme courriériste parlementaire. Une belle grosse bouteille en verre de gel aseptisant pour les mains est posée sur une petite table au sommet des quelques marches à gravir. L’invitation est claire.

Au début, c’était un peu le free for all. Plusieurs journalistes des mêmes médias, nombreux membres du personnel politique, la salle d’une quarantaine de places se remplissait vite pour ce moment attendu et regardé par tant de Québécois et Québécoises sur toutes les plateformes.

Mais depuis mercredi dernier, entre autres à cause de l’intervention du DArruda lui-même, chaque média doit se limiter à un seul journaliste dans la salle. Les attachés politiques, conseillers et autres gens des cabinets ministériels n’y sont plus admis. Certaines entreprises médiatiques obligent aussi leurs journalistes à travailler de la maison.

Nous ne sommes plus que 8 ou 10 journalistes présents dans la salle : Le Soleil, La Presse, Le Devoir, Radio-Canada, La Presse canadienne, TVA, Journal de Québec, Cogeco, CBC. Un ou deux photographes, autant de caméramans. Chacun à deux bancs de distance, minimum.

À l’extrême gauche de la petite scène, le responsable du son et de la transcription. Au bout à droite, le modérateur, d’ordinaire le président de la Tribune de la presse, un journaliste. Qui gère aussi des questions acheminées par courriel par des collègues campés à domicile.

Entre eux, entrant par une porte de côté, les trois héros prennent place chaque jour sans faillir, à la même heure. Pour s’adresser aux journalistes, mais surtout aux millions de Québécois qui attendent avec anxiété ce moment privilégié en direct.

Le Dr Arruda a appelé les journalistes ses «pigeons voyageurs», lundi. On porte les nouvelles. On s’élève, à notre façon. Pas comme les membres du personnel de santé, que M. Legault ne rate pas d’appeler «nos anges gardiens». Encore moins comme des superhéros.

Mais le rôle des journalistes sur place s’avère fondamental, surtout en temps de crise. Des questions doivent être posées, certaines plus difficiles que d’autres.

Et un autre petit coup de Purell en sortant. Pour repousser le supervilain une fois de plus et revenir demain. Même bat-heure, même bat-salle.

Pierre Jury

Trump sur sa planète

ÉDITORIAL / Il y a un tel fossé entre le discours des élus du Canada et celui de Donald Trump qu’on se demande bien qui a raison.

D’un côté, des premiers ministres qui, comme celui du Québec François Legault, rappelle que nous ne sommes pas sortis de l’auberge et qu’il faut redoubler de précautions si l’on ne veut pas que la pandémie de la COVID-19 se propage de manière incontrôlée. Le message de M. Legault est à peu près identique à celui de son homologue fédéral Justin Trudeau, et à celui de tous les premiers ministres des provinces. Même Doug Ford, que l’on a accusé, peu après son élection, d’être une version édulcorée de Donald Trump.

Pierre Jury

Ottawa : la marche à suivre

ÉDITORIAL / Le plan d’aide fédéral, que la Chambre des communes devait approuver mardi, s’est montré beaucoup plus difficile à faire passer qu’anticipé. On ne sait pas trop, finalement, ce qui en est arrivé.

Au cœur de ce plan reposait l’aide financière de 82 milliards $ annoncé par le gouvernement de Justin Trudeau la semaine dernière afin de contrer les premiers effets de la pandémie de COVID-19. Cette enveloppe se divisait en 27 milliards $ d’aides directes aux Canadiens (appui aux soins d’urgence, allocation de soutien d’urgence, bonification de l’Allocation canadienne pour enfants, etc.) et 55 milliards $ en reports d’impôts pour les entreprises.

Carrefour des lecteurs

Les fameux examens du ministère!

OPINION / Ce texte a été rédigé par Nicole Monney et Stéphane Allaire, professeurs au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Dimanche, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé que les examens du ministère étaient annulés en raison de la crise du COVID-19. Les élèves de cette année seront-ils pénalisés par cette situation ? Nous en doutons ! Pour comprendre, il est nécessaire de faire un retour sur le rôle de l’évaluation des apprentissages au quotidien, et plus particulièrement celui des examens du ministère.

Point de vue

SVP, n’annulez pas ce qu’il reste de l'année scolaire

À François Legault, Premier ministre du Québec et Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Nous, les directrices et directeurs des écoles du Québec, observons le courage de notre gouvernement et la solidarité des Québécois depuis le début de la crise actuelle.

Nous sommes fiers de la mobilisation et des sacrifices dont font preuve les Québécois pour protéger la santé et le bien-être de leurs concitoyens, tout particulièrement de nos aînés, parce que nous les aimons, comme vous l’avez si bien dit. 

Nous représentons la grande majorité des directions des écoles primaires et secondaires du Québec, publiques et privées. Ensemble, dans ce même esprit de solidarité, nous vous implorons de ne pas annuler ce qu’il reste d’année scolaire au Québec et de nous permettre de mettre en œuvre une continuité de services éducatifs à distance durant la fermeture des écoles. 

Toutes les études démontrent qu’une longue période d’inactivité scolaire a un impact négatif sur la réussite des élèves, particulièrement celle des élèves en difficulté. Imaginons l’impact de cinq mois ou plus, si nous laissons nos élèves à eux-mêmes sans le moindre accompagnement du système scolaire. Nous avons été heureux d’apprendre que de premières mesures seraient officiellement mises en place pour l’apprentissage à la maison. 

Il est effectivement réalisable de mettre en œuvre une continuité de services éducatifs pour les enfants du préscolaire, du primaire et du secondaire d’ici la réouverture de nos écoles. Nos enseignants, orthopédagogues, techniciens en éducation spécialisée, etc., peuvent être mis à contribution pour mettre sur pied des formules créatives. Il ne faut pas laisser tomber les élèves du Québec. Si l’Ontario et d’autres juridictions à travers le monde peuvent le faire, nous en sommes aussi capables au Québec. Cela est primordial pour la réussite de nos enfants. Nous réalisons qu’il y aura des défis et des embûches, mais en assurant des services éducatifs à distance cette année, en débloquant des fonds lors de la prochaine année scolaire pour venir en aide encore davantage aux élèves en difficulté d’apprentissage et en ajustant les programmes l’an prochain pour tenir compte de cette réalité, nous considérons que nous pouvons minimiser les risques d’échec et de décrochage qui pourraient être causés par cette crise exceptionnelle. 

Avec des directives claires, laissez-nous faire preuve de leadership pédagogique et mobiliser nos équipes pour réussir ce défi. Nous offrons de collaborer ensemble, écoles publiques et privées de tous milieux dans une mobilisation historique du système scolaire québécois pour le bien de nos enfants. Nous offrons de partager nos meilleures pratiques et nos plateformes pour qu’un enseignement à distance efficace puisse se réaliser. 

M. le Premier ministre, nous sommes capables, ensemble, de relever ce défi. Nous avons vu le gouvernement du Québec, le système de santé et la société entière se mobiliser pour protéger nos concitoyens et nos aînés parce que nous les aimons. Laissez-nous nous mobiliser à notre tour pour protéger nos élèves, nos enfants, parce que nous les aimons. 

Hélène Bourdages, présidente, Association montréalaise des directions d’établissements scolaires 

David Bowles, président, Fédération des établissements d’enseignement privé 

Carl Ouellet, président, Association québécoise du personnel de direction des écoles 

Nicolas Prévost, président, Fédération québécoise des directions d’établissement

L'actualité sous la plume de Bado

L'actualité sous la plume de Bado
Bado

Pierre Jury

Retrait des Jeux olympiques: le Canada, un pionnier

ÉDITORIAL / Le Canada n’ira pas aux Jeux olympiques de Tokyo, s’ils ont toujours lieu cet été. Ainsi en a décidé le Comité olympique canadien, dimanche. L’Australie a suivi la décision controversée du Canada, lundi.

La raison ? Le coronavirus, bien sûr, qui remet en question tout sur son passage. Même si ces Jeux ne devaient pas s’ouvrir avant le 24 juillet, il y avait toute une période préalable qui était remise en question à cause de la COVID-19: essais olympiques, championnats nationaux, camps d’entraînement, etc. Tous ceux-là étaient aussi dans les airs et s’avéraient même plus en danger que les Jeux olympiques eux-mêmes. Car si on pouvait considérer que le virus mortel serait chose du passé dans les quatre mois qui nous séparent de la cérémonie d’ouverture, c’était une tout autre affaire des camps d’essais et des compétitions.

Opinions

Les conséquences dramatiques du déni de la science

ANALYSE / Dans les milieux ultraconservateurs en Occident, mais plus particulièrement aux États-Unis, il existe une forte tendance à rejeter les études scientifiques et les analyses des experts sur une variété de tragédies appréhendées. Dans cette guerre à la science, les conclusions scientifiques deviennent tout simplement de fausses nouvelles et des canulars inventés par des partisans démocrates ou des penseurs libéraux. Cela apparaît très clairement dans le déni du réchauffement climatique. La présente pandémie est en partie aussi le résultat de cette attitude de l’autruche.

Or, depuis trois ans, cette tendance s’est accentuée avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Ce dernier, un adepte des théories du complot, n’a pas hésité à affirmer à plusieurs reprises que le réchauffement climatique était un canular chinois et que la présente pandémie du coronavirus était une invention des démocrates. Ses déclarations ont été sans cesse reprises par les ténors du parti républicain, Fox News et de célèbres animateurs de radios conservatrices comme Russ Limbaugh.

La caricature de Côté

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Point de vue

Un seul filtre à café en temps de pandémie!

POINT DE VUE / Lors de mon dernier passage à mon épicerie, un commis m’attendait à l’entrée, muni de gants de plastiques. Il me tendit une petite serviette en papier hygiénique jetable, afin que je puisse me laver les mains. Ce que je fis sans hésitation et avec plaisir, de même qu’à ma sortie de magasin.

Alors je me suis dit: ça y est, le ton est vraiment donné, nous sommes en temps de guerre mondiale sanitaire, comme l’a dit Emmanuel Macron à la télé dernièrement, en empruntant un air grave qui en disait long.

Alors, prochaine étape, quand je reviendrai faire mon épicerie, qui sait si ce n’est pas moi qui porterai des gants pour manipuler les fruits et les légumes. Nous en sommes là en ce moment avec le coronavirus.

Comme je devais m’y attendre, plusieurs étagères de mon épicerie étaient à moitié vide, surtout celles des aliments de boîtes de conserve. Ça en dit long. Aussi j’ai l’habitude d’aller faire mes emplettes en début de soirée autour de 19h30, ce qui n’aide pas ma cause, faut dire. Mais je me dis qu’il y a moins de monde et, en cette période de distanciation sociale, cela compte, non?

De surcroit, il n’y avait plus ma sorte de filtres à café. Là, je me suis dit que la situation devenait vraiment critique. Mais je me suis consolé en me disant qu’il m’en restait tout de même peut-être quatre ou cinq à la maison. Mais à mon retour, j’ai constaté qu’il ne m’en restait plus qu’un seul. Triste constat!

Alors pendant cinq jours, croyez-le ou non, j’ai réutilisé mon unique petit cône de filtre à café à cinq reprises, en le nettoyant chaque fois et en le faisant sécher rapidement au-dessus d’un rond de poêle.

J’avoue après coup que j’aurai eu, au final, du plaisir à m’adonner à cet accomplissement personnel. Voilà un petit geste pour l’environnement auquel je n’aurais jamais pensé. Un geste imprévu, dû en grande partie au fait que nous sommes en ce moment en pleine pandémie de la COVID-19.

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

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André-Philippe Côté

opinions

Continuez de nous supporter

Dimanche soir passé, après 10 heures de sommeil en trois jours, je me suis résignée à faire les valises de mes enfants pour un temps indéterminé. Nous sommes dans l’urgence d’agir et nous nous préparons depuis jeudi soir (le 12) à affronter le tsunami qui cogne à notre porte. À ce moment-là, je me suis demandé de combien de temps nous disposions avant d’être prêts. Deux jours? Une semaine au mieux?

Je suis inhalothérapeute, mon conjoint est médecin et nous n’avons pas eu le choix. Tous les jours, assignés ou non, nous nous présentons au travail afin de mettre les bouchées doubles pour accueillir tous ces gens malades. Nous révisons ce qui s’est fait ailleurs, nous construisons des algorithmes de soins, nous épluchons les possibilités cachées de l’hôpital, nous réinventons son intérieur.

Et quand je dis nous, je dis TOUS. Les préposés, les infirmières, les résidents, le personnel de l’entretien, le personnel de l’installation matériel, les ingénieurs, les secrétaires, les acheteuses de matériel, le personnel d’informatique, les perfusionnistes, les chefs de service, les médecins, toutes spécialités confondues.

TOUS ces gens forment une équipe. Je tiens à les nommer tous, car je me suis adressée à chacun de ces professionnels pour avancer, pour arriver à être prête à soigner et à être protégée en même temps. 

Ma réalité? Oui j’ai peur. Viscéralement. Pour mes enfants, pour moi, pour les gens que j’aime. Cependant, je veux essayer et je veux réussir. 

Et de nous voir agir ainsi, j’y crois. 

Les prochaines semaines seront décisives. Nous serons, vu notre spécialisation, dans les corps de métier les plus exposés biologiquement au virus. Vous irez lire ce que fait un inhalothérapeute au bloc opératoire, aux soins intensifs, à l’urgence. Grosso modo, on se met la face exactement là où c’est le plus dangereux. Et malgré tout cela, je crois que nous allons réussir. Vraiment. 

Continuez de nous supporter comme vous le faites actuellement en respectant les mesures de sécurité. 

Merci à chacun de vous. 

Catherine Provencher Martineau

Inhalothérapeute

Sherbrooke

Opinions

À la guerre comme à la guerre

ÉDITORIAL / Lieux publics et maisons d’enseignement fermés, parcs municipaux désertés, aînés confinés à domicile, commerces au ralenti et un calme presque surréaliste dans les rues : qui aurait cru que la COVID-19, ce virus respiratoire apparu en Chine, viendrait chambouler à ce point nos habitudes de vie?

Les Sherbrookois, comme leurs concitoyens ailleurs sur la planète, doivent apprendre à vivre au ralenti, à restreindre leurs contacts avec autrui et à retourner à l’essentiel, lire, bricoler, écouter de la musique et prendre soin les uns des autres.

Et, aussi, avoir une pensée pour les aînés seuls, les personnes démunies, les employés des commerces de détail et les travailleurs de la santé sursollicités.

La vie doit continuer même si les mesures sanitaires et de réclusion volontaire décrétées par les autorités gouvernementales ont un impact négatif sur l’économie et les emplois.

Sans parler d’une vie sociale réduite au minimum, en ces premiers jours de printemps… Pour certains, c’est bonjour la solitude et l’anxiété.

Ce qui semblait improbable est devenu une réalité : la crise du coronavirus impose un changement radical dans nos façons de vivre pour au moins quelques semaines.

L’Estrie est d’ailleurs la deuxième région la plus touchée au Québec, derrière Montréal, pour le nombre de cas avec 26 personnes infectées.

À ce jour, le Québec compte 139 cas et un décès liés à cette maladie infectieuse.

Heureusement, toutefois, le gouvernement du Québec semble avoir la situation bien en main.

Et, chaque jour, le trio formé du premier ministre François Legault, de la ministre de la Santé Danielle McCann et du directeur de la Santé publique Horacio Arruda le démontre avec clarté, simplicité et empathie.

Les Sherbrookois peuvent aussi compter sur le coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke, Stéphane Simoneau, dont l’appel au calme et à la solidarité doit être une source d’inspiration pour tous en cette période de crise.

En outre, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a ouvert quatre centres de dépistage sur son territoire pour effectuer des tests et ralentir la propagation.

Cela dit, cette crise sanitaire devrait nous faire réfléchir sur notre sens de la solidarité humaine et planétaire, sur l’interdépendance des peuples et des nations.

Et si — on peut toujours rêver! — cette pandémie était le déclencheur d’une prise de conscience collective d’une autre crise qui menace notre planète : celle de l’environnement, de la destruction du vivant et des changements climatiques?

Pourquoi pas un référendum ?

Le projet du Bonaparte, une tour d’habitation de 17 étages au coin des rues Claire-Jolicoeur et du Pacifique, ne fait pas l’unanimité, mais devrait néanmoins être soumis à un référendum comme le demandent le promoteur Robert D. Côté et six conseillers municipaux.

Le comité consultatif d’urbanisme a unanimement recommandé de bloquer un amendement au zonage nécessaire à la réalisation du projet, notamment parce que le volume et la hauteur de l’immeuble projeté ne s’intégreraient pas avec ce secteur où on retrouve principalement des unités d’habitations de deux à six étages.

La Ville craint également que la vue sur le mont Bellevue soit altérée par le Bonaparte, notamment à partir du parc Jacques-Cartier.

En revanche, ce projet permettrait de densifier la population du secteur et de limiter l’empiètement sur les espaces verts, comme le fait valoir M. Côté.

Le promoteur avait obtenu en 2013 l’accord du conseil municipal pour un immeuble de 9 étages à cet endroit avant de modifier son projet.

Une solution de compromis serait-elle envisageable?

Laissons d’abord la parole aux citoyens du secteur avec la tenue d’un référendum.

Jean-Marc Salvet

Rééquilibrer la mondialisation

CHRONIQUE / La COVID-19 ne marquera pas la fin de la mondialisation de l’économie. Elle modifiera cependant probablement pendant assez longtemps celle, toujours plus débridée, que l’on a connue ces dernières décennies. 

Cette épidémie galopante conduira vraisemblablement à un rééquilibrage des échanges internationaux — ne serait-ce que par un ralentissement de la croissance à cet égard au cours des prochaines années.

Le choc qu’elle provoque aiguise des consciences.

La quête d’un meilleur équilibre serait logique. 

Établissons d’abord que la mondialisation des échanges — économiques, mais pas seulement — est un phénomène lié à l’évolution des êtres humains. La mondialisation est ancrée dans l’histoire, dans la vie. Voilà pourquoi les échanges économiques et autres entre les nations du monde demeureront toujours importants — et qu’il le faut.

Tous ces échanges sont d’ailleurs primordiaux à plusieurs égards. Voilà pourquoi la mondialisation ne disparaîtra pas. Et qui pourrait le souhaiter? La mondialisation est source de très nombreux bienfaits, cela va sans dire. Elle est source d’évolution. Et comment être contre l’idée de l’ouverture sur le monde?

Ce n’est pas d’extrême dont nous avons besoin — de sa réduction à peau de chagrin (ce qui n’arrivera de toute façon pas) —, mais tout simplement d’un meilleur équilibre.

Or, la volonté d’un rééquilibrage se répand. Elle existait déjà de plus en plus en raison du souci à l’égard des questions environnementales.

La crise sanitaire internationale charpente et charpentera davantage cette volonté. On se dirige vers un changement de vision globale. 

Le rééquilibrage qui pourrait se matérialiser un jour par un aplanissement de la courbe de croissance de la mondialisation ne se décrétera pas. Il s’effectuera touche par touche, au fil du temps.

Voilà ce que l’on peut ajouter à ce qu’a glissé, jeudi, le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, lors d’une conférence de presse à laquelle participaient le premier ministre François Legault et son collègue des Finances, Eric Girard. C’est la perspective que l’on peut donner à ce qu’il a indiqué en trois phrases, alors qu’il dévoilait des mesures d’aide pour des entreprises forcées d’entrer en «hibernation» en raison du coronavirus.

«Je constate, a dit M. Fitzgibbon, qu’il n’y a pas si longtemps on disait que, dans la mondialisation, les distances physiques n’avaient plus aucune importance. Certes, c’est encore vrai, et plusieurs entreprises feront fi de la localisation pour continuer à attaquer tous les marchés, mais le nouvel environnement géopolitique favorise une forte économie domestique. Le stress dans les chaînes d’approvisionnement mondiales va nous faire focaliser sur les approvisionnements locaux.» Une forte économie domestique, oui, voilà.

Tout comme M. Legault, il a invité les Québécois à «acheter localement» lorsque c’est possible.

Il serait fou de tenter de jeter la mondialisation avec l’eau du bain. Nous en avons besoin. Elle est indispensable. Mais ce serait fou de ne pas tendre vers un meilleur équilibre. Surtout si ce n’est pas contre les autres, mais avec eux et pour soi.

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

Votre opinion

COVID-19: lettre à mes élèves et aux autres

OPINION / Cher élève, toi que j’ai accueilli chaleureusement tous les matins depuis septembre.

Tout d’abord, sache que je pense à toi. Je pense à ta soif d’apprendre insatiable, à ta persévérance quotidienne, à ta curiosité intellectuelle, à tes yeux pétillants, à ton sourire contagieux et à ton amour pour l’école, car, oui, je sais que même s’il ne te tente pas toujours de faire un travail, tu aimes occuper ta place au sein de la classe.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Chronique

Ni voyage, ni party, ni bingo

CHRONIQUE / Si la date du retour en classe demeure incertaine au Québec, une chose est sûre cependant : des jeunes devront mettre une croix sur les sorties éducatives et les voyages de fin d’année. Des directions scolaires ont déjà décidé d’annuler le séjour à Québec, à Montréal, à Ottawa, à New York ou à Boston que devaient réaliser des écoliers en mai ou juin.

La COVID-19 a peut-être, selon certains, l’avantage d’épargner présence en classe, devoirs et leçons pendant deux semaines, voire plus. Mais, elle a aussi des conséquences négatives pour les jeunes. 

S’éloigner de la maison et des parents pendant quelques jours, explorer une autre ville avec les amis, le voyage de fin d’année est un moment fort attendu des adolescents. Cette année, plusieurs devront en faire leur deuil.

Étant donné qu’elles ignorent quand les risques de propagation du coronavirus disparaîtront, quand les cours débuteront, quand les rassemblements pourront reprendre et quand la circulation redeviendra normale, des directions scolaires ont préféré annuler sorties éducatives et voyages pendant qu’il en est toujours temps.

Elles évitent ainsi aux parents et à l’organisation de payer en vain pour du transport, de l’hébergement ou des entrées à des musées ou à des activités dont les enfants ne pourront profiter si la COVID-19 menace toujours la santé publique en avril, mai ou juin.

Les commissions scolaires des Navigateurs, de la Capitale, et de la Beauce-Etchemin sont de celles qui ont pris une telle décision par précaution. «Il y aura si possible des sorties, mais sur le territoire de la commission scolaire de la Beauce-Etchemin», précise le porte-parole Jacques Légaré.

Décevant et triste pour les enfants dont les sorties et les voyages scolaires sont parfois l’unique occasion dans l’année de sortir de leur quartier, de leur ville, de leur province.

Propage l’info, pas le virus

Mardi, à son point de presse quotidien, le premier ministre François Legault a par ailleurs indiqué que divers scénarios étaient envisagés pour la réouverture des établissements scolaires. Un scénario pessimiste la prévoit pour l’automne, voire décembre. Une si longue pause est pas mal moins amusante qu’une «relâche de trois semaines».

Si le premier ministre et le directeur national cherchent une façon de joindre les jeunes et de les inciter à ne pas propager la COVID-19, ils devraient leur dire — ou suggérer aux influenceurs de leur dire — que l’année scolaire risque d’être perdue si le virus n’est pas contenu rapidement.

Depuis le début de la crise, le trio François Legault, Danielle McCann et Horacio Arruda font un travail efficace et remarquable. Ils l’ont démontré une fois de plus mardi en faisant appel aux artistes, sportifs, personnalités publiques, influenceurs du Web et youtubeurs pour les aider à sensibiliser les jeunes du Québec. 

Si les interventions du trio sont jusqu’à maintenant bien accueillies par la population adulte, MM. Legault et Arruda reconnaissent que leur profil n’est pas le meilleur pour capter l’attention des jeunes et leur livrer un message. Les jeunes n’écoutent pas suffisamment leurs consignes. Ils font appel aux talents des autres pour que le message porte. Bravo.

On l’a constaté dans d’autres campagnes de sensibilisation, notamment contre le tabac et la vitesse au volant. On ne peut s’adresser de la même façon ni tirer sur les mêmes ficelles pour convaincre les jeunes d’adopter un comportement plutôt qu’un autre. Dire que la cigarette nuit à la santé ne convainc pas un ado d’arrêter de fumer. Il y a plus de chance qu’il mette la cigarette de côté en lui montrant des photos de dents jaunies par le tabac et en lui soulignant que la cigarette donne mauvaise haleine. 

À 15 ou 20 ans, on se sent invincible. Le tabac ne tue pas, la vitesse au volant non plus. La COVID-19? C’est dangereux pour les vieux et pas pour les jeunes. J’ai très hâte de voir comment les influenceurs réussiront à formuler leur message de prévention et d’appel à la «distanciation sociale».

Le trio n’avait pas mardi qu’une remontrance pour les jeunes. La ministre de la Santé et des Services sociaux a pointé du doigt d’autres citoyens qui ne se sentent pas concernés par le combat contre le coronavirus : ceux des villages.

«Même si on vit dans un village plus retiré, il faut que tout le monde suive. Il n’y a pas de bingo, il n’y a pas de rassemblement». Elle rapporte qu’il y a des cas d’infection dans des villages plus retirés. «Ce n’est pas dans les grands centres nécessairement». 

La distanciation sociale doit s’appliquer, peu importe l’âge et peu importe la région. Compris?

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Science

Le «vrai» nombre de gens infectés par le coronavirus

BLOGUE / C'est la question à 1000 $ par les temps qui courent : combien y a-t-il réellement de personnes infectées par le coronavirus ? Pour vrai, là, pas seulement ce que disent les statistiques officielles, car il est absolument certain que c'est pas mal plus que les quelque 153 000 «cas confirmés en laboratoire» de l'OMS. Mais par combien, au juste ? Est-ce cinq fois plus que le nombre «officiel» ? Ou 10 fois plus ? Ou davantage encore ? Écoutez, un texte qui circule abondamment ces jours-ci sur le web avance même le chiffre atterrant de 27 fois plus !

La vérité, c'est qu'on n'en sait encore rien de manière définitive. On ne sera pas vraiment fixé avant d'avoir complété des études «sérologiques», qui regardent la présence ou non d'anticorps dans le sang d'un grand nombre de personnes. Mais des travaux comme ça prennent pas mal de temps à réaliser alors, en attendant, on en est réduit à se contenter d'estimés, de modèles mathématiques, parfois même de vulgaires règles de trois. Les résultats sont très variables et, comme c'est à peu près toujours le cas dans de ce genre de situation, ce sont les chiffres les plus spectaculaires — mais pas forcément les plus solides — qui ont le plus grand retentissement sur le web. Malheureusement...

Le plus bel exemple est sans doute ce texte qui est paru sur le site Medium la semaine dernière et qui a connu un succès littéralement planétaire, ayant été traduit dans 26 langues et comptant plus de 28 millions de «visites» (views) — sans compter d'innombrables mentions dans des médias, blogues et sites du monde entier. Une de ses principales conclusions, c'est que la véritable ampleur de l'épidémie, en termes de nombre de personnes infectées, serait 27 fois plus grande que ce que montrent les chiffres «officiels». Vingt-sept fois !

Son auteur, un certain Tomas Pueyo, a manifestement fait un sérieux effort de documentation et, de toute évidence, il sait jouer avec les chiffres. Le hic, c'est que ses compétences en la matière s'arrêtent là : il maîtrise les maths (ayant deux diplômes en génie) et il a fait beaucoup de lecture sur internet. Pour le reste, il ne connait pas particulièrement bien l'épidémiologie et ses conclusions diffèrent fortement d'analyses menées par des vrais experts — mais qui ne sont jamais devenues virales, j'y reviens tout de suite.

Son texte est un peu confus, au sens où il présente plusieurs approches différentes pour estimer le nombre réel de cas, et qu'il lance beaucoup de chiffres différents sans toujours expliquer quel chiffre a été obtenu avec quelle méthode. Mais en ce qui concerne le «fois 27», c'est assez clair. M. Pueyo est parti du cas de la ville de Wuhan, là où se trouvait le fameux marché public où sont apparus les premiers cas d'infection. Il a pris le 23 janvier (quand elle fut placée en quarantaine) comme date butoir, puis il a comparé deux stats : le nombre total de cas qui avaient été diagnostiqués avant le 23 janvier (444 cas) et le nombre de cas dont la date estimée d'infection était avant le 23 janvier (environ 12 000). Cela signifie donc qu'au 22 janvier, la Chine avait identifié 444 malades à Wuhan alors qu'en réalité, il y en avait 27 fois plus.

C'est une manière habile de procéder, qui ne méritait sans doute pas d'être qualifiée de «ramassis d'âneries» comme certains l'ont fait. Mais le problème est qu'elle ne sort pas des chiffres de cas confirmés, elle ne fait que comparer les cas confirmés comptés de deux façons différentes. D'une part, ce n'est pas ça qui nous intéresse, c'est le nombre réel qu'on veut savoir. D'autre part, c'est une méthode qui peut être biaisée pour la peine si l'effort de dépistage n'est pas constant — or justement la Chine a accru ses efforts avec le temps, ce qui a logiquement gonflé les résultats de M. Pueyo. Et puis celui-ci laisse entendre que son multiplicateur est applicable au reste de la planète, ce qui est très contestable parce que les mesures de surveillance varient d'un pays à l'autre (ce qu'il admet aussi par ailleurs).

Mais quoi qu'il en soit, si ce n'est pas 27 fois plus, alors c'est quoi ? Si je devais faire mes propres calculs de coin de table (et le reste de ce paragraphe n'est rien de plus que ça, je le souligne), je comparerais simplement le taux d'infections bénignes avec le taux d'infections graves/critiques. D'après des chiffres de la Santé publique chinoise, 81 % des gens atteints ne feraient pas grand-chose de plus qu'une grippe sans complication particulière (ni de raison d'aller consulter), mais la maladie dégénèrerait en pneumonie sévère dans 14 % des cas et mènerait le 5 % restant aux soins intensifs. C'est assez grossier, mais ça nous donne déjà ce que nos voisins du sud appellent un ballpark estimate : on peut raisonnablement supposer que la plupart des gens faisant une pneumonie sévère (ou pire) vont au moins consulter un médecin, et que ces cas-là ont une chance relativement mince de passer inaperçus. Il y en a certainement là-dedans qui échappent malgré tout aux statistiques de santé publique, mais a priori le nombre réel de malades ne devrait pas, en principe, être énormément plus élevé que ça : 20 % de cas graves, ça laisse entrevoir un taux de détection qui doit tourner autour de 1 sur 5.

Pour avoir un taux de 1 sur 27, il faudrait que la majorité des gens dans un état grave ou critique décident de ne pas aller voir de médecin et de se soigner tout seul chez eux. Cela ne me semble pas très vraisemblable.

Dans ce que j'ai pu trouver, il y a deux études sérieuses sur cette question qui ont été faites par de vrais épidémiologistes avec de vrais et solides modèles — et non des calculs de coin de table. L'une est disponible depuis ce matin sur le site de Science et elle estime qu'à Wuhan avant la quarantaine du 23 janvier, 1 cas sur 7 a été «documenté» et que les autres sont passés inaperçus. Ce ratio peut varier selon le degré de surveillance, mais de manière générale, ce serait un «scénario du pire» puisque pratiquement tous les gouvernements du monde sont en alerte depuis des semaines, voire des mois.

L'autre est disponible sur merRxiv, qui est un site de prépublication où des articles paraissent sans passer par la révision par les pairs. Ses résultats sont donc à prendre avec un certain grain de sel, mais mentionnons qu'une équipe de statisticiens l'a revue et jugée solide. Cette étude-là estime que les cas «officiels» représentaient le quart des cas totaux dans la province de Hubei au 11 février, donc un ratio 1 sur 4.

Ajoutons à cela que l'épidémiologiste Trevor Bedford du Centre Fred Hutchinson de recherche sur le cancer (Seattle) a évoqué des «taux de détection de grosso modo 1 cas sur 10» sur son compte Twitter. Encore une fois, on n'en saura rien avec certitude avant d'avoir fini une couple de grandes études sérologiques, mais tout cela nous donne une fourchette — entre 4 et 10 fois les cas officiels — qui est très, très probablement beaucoup plus proche de la réalité que le facteur de 27 qui fait tant jaser depuis la semaine dernière.

Pour être tout à fait juste, il faut préciser ici que M. Pueyo ne parle pas explicitement de taux de détection (les cas détectés vs les cas réels, sans égard au temps que cela prend pour les trouver), mais d'un ratio à un point précis dans le temps. Mettre tous ces résultats en parallèle comme je le fais ici a donc quelque chose d'un peu artificiel. Mais il faut dire que le texte de Medium n'est pas toujours clair à cet égard, et qu'il a été très largement interprété comme un taux de détection — c'est ce qui me semble le plus problématique.

Opinions

Conviction et compassion

ÉDITORIAL / S’il y a une chose qui n’est pas loin de faire l’unanimité depuis le début de la crise du coronavirus, c’est l’efficacité avec laquelle le premier ministre du Québec, François Legault, gère cette exceptionnelle situation d’urgence.

Il faut reconnaître que ses messages teintés d’humanité, de fermeté et d’authenticité contribuent à rehausser le niveau de crédibilité et, du même coup, à augmenter le niveau de sensibilisation et de participation de la population aux mesures visant à freiner la propagation du coronavirus.

L'actualité sous la plume de Bado

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Bado

Opinions

Un échec en leadership

CHRONIQUE / Traditionnellement, les politicologues et autres commentateurs politiques évaluent le leadership d’un président américain par sa capacité à gérer une crise internationale. Donald Trump n’avait pas été confronté, encore, à une véritable crise. En janvier, il fut près d’en vivre une avec l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani. Mais cette crise était provoquée par lui-même. La riposte militaire iranienne, montrant que Téhéran pouvait frapper directement des bases américaines, amena Washington à y penser deux fois avant d’enclencher un conflit avec l’Iran.

Aujourd’hui, avec l’arrivée d’une pandémie de coronavirus, l’administration Trump est confrontée à sa première véritable crise mondiale. Or, à l’exception de Fox News et de quelques stations de radios conservatrices, tous les médias américains à l’unisson critiquent fortement la performance de Trump dans la gestion de cette crise depuis le début de 2020. Selon eux, le président américain a démontré un leadership complètement inepte et contreproductif.