Opinions

Des bémols au virage technologique de la STS

Le Regroupement des usagers du transport adapté de Sherbrooke métropolitain (RUTASM) reçoit depuis près de trois mois, pratiquement chaque jour, des commentaires, plaintes et informations sur les changements apportés au transport adapté à la suite du nouveau virage technologique et les nouvelles façons de faire au transport adapté de la STS.

Peu d’informations sont données au RUTASM malgré les nombreuses situations rapportées à la Société de transport de Sherbrooke (STS) dans plusieurs « rapports préliminaires » et les demandes d’améliorations. Le renouvellement en 2018 des conventions collectives du personnel de la STS peut expliquer en partie le contexte de non-partage d’informations du transporteur à l’organisme. Une rencontre avec le comité transport adapté obtenue grâce au nouveau président de la STS (Marc Denault), où nous avons fait des recommandations, n’a pas assuré la réalisation d’un véritable « partenariat », comme celui vécu avant les années de compressions de 2014-2017.

Malgré les nouveaux fonds annoncés lors du dernier budget provincial de 110 M$ au transport adapté sur 5 ans, une nouvelle « façon de gérer » le transport adapté est en train de se mettre en place.

Le RUTASM s’interroge en effet sur les tendances actuelles du transporteur à vouloir transformer la nature du transport adapté avec ses particularités « québécoises » en un service pratiquement « régulier de taxibus » pour un bon nombre de personnes handicapées ambulantes, dans des conditions souvent difficiles reliées à leurs divers handicaps. En effet, des tournées jusqu’à 10 personnes handicapées sont parfois montées avec le nouveau logiciel, puis remises à un seul chauffeur de taxi, plutôt que de donner plusieurs commandes comme autrefois de 3 à 4 personnes par taxi, selon la clientèle et en tenant compte des handicaps des personnes, de leur lieu d’origine et de destination, et des horaires de leur travail, cours et rendez-vous.  

Aussi, même si l’on a rajouté des chauffeurs de minibus, il semble que les minibus soient surtout réservés aux personnes en fauteuil roulant, ne tenant pas compte des personnes ambulantes qui pourraient, sans véritables coûts supplémentaires, embarquer dans ces minibus, parce qu’allant aux mêmes endroits, et ne nécessitant pas de taxis à cause de leur handicap. Cela questionne beaucoup le RUTASM, et plusieurs usagers et intervenants responsables de groupes de personnes handicapées.

Une nouvelle mobilisation est-elle possible en 2018? Le récent comportement d’un Walmart a révélé qu’on pouvait toucher « facilement » aux acquis (minimaux) durement gagnés dans le milieu des personnes handicapées. La qualité du transport adapté développé depuis « 40 ans » est-elle en danger? Sa fragilité sera-t-elle protégée avant qu’un mal soit fait de façon irréversible? Le RUTASM mise sur le « cœur » des divers responsables : élus, fonctionnaires et syndicats.

Opinions

Le mauvais exemple

ÉDITORIAL / Les accusations d’agression sexuelle en groupe portées contre trois adolescents de la région de Sherbrooke, tout comme la triste affaire du député libéral Yves St-Denis, qui aurait envoyé en 2014 une photo porno à une employée politique, suscitent avec raison un haut-le-cœur.

Ces deux histoires démontrent que beaucoup reste à faire dans la lutte contre le harcèlement et les violences sexuelles, même en 2018, même auprès des jeunes et même dans les hautes sphères du pouvoir, puisque la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) aurait été informée du comportement de son député il y a quatre ans, mais aurait fermé les yeux, selon le quotidien La Presse.

Opinions

Prochain lac-à-l’épaule du conseil : aires écologiques et environnement?

En 2007, les élus de Sherbrooke, dont plusieurs sont encore en poste aujourd’hui, confient au comité Dialogue citoyens le mandat de faire le point sur les aires écologiques, l’un des sujets qui ont mené au rejet du plan d’urbanisme cette même année.

Pour faire suite au rapport du comité remis en 2008, les élus adoptent en 2009 un plan d’action afin de mettre en œuvre une grande partie des recommandations du comité.

Cela a permis, entre autres, de faire adopter le nouveau plan d’urbanisme de la Ville de Sherbrooke. Et depuis, plus rien. Cela constitue un manque de respect envers tous les bénévoles sherbrookois qui ont travaillé à l’élaboration du rapport ayant mené à l’adoption du plan d’action.

Un des objectifs visés était la conservation de 12 % en aires écologiques de qualité, ratio mondialement reconnu à l’époque et qui a été revu à la hausse depuis. Où en sommes-nous avec ce fameux 12 % et le plan d’action adopté par les élus en 2009? 

Est-ce que l’environnement fait encore partie des préoccupations de nos élus? Ces dernières années, on a aboli la division environnement de la Ville de Sherbrooke, et cela malgré que l’Université de Sherbrooke forme 73 % des étudiants de 2e cycle en environnement au Québec.

La Ville a mis sur les tablettes sa politique et son plan d’action en développement durable, bien qu’il s’agissait d’un modèle à suivre dans ce domaine. Elle a aussi aboli CHARMES qui était devenu une référence pour les autres municipalités.

Lors de la dernière campagne électorale municipale, on a promis d’augmenter la qualité des eaux des lacs et des rivières de Sherbrooke. Comment entend procéder la Ville à ce sujet? Quelles sont les orientations de nos élus actuels? La division environnement va-t-elle retrouver son autonomie et ne plus relever de l’urbanisme? Mettront-ils à jour le plan d’action en développement durable? Souhaitent-ils faire renaître CHARMES?

Il est aberrant de constater que des plans d’action adoptés par nos élus prennent la direction de la poubelle lorsque de nouveaux membres arrivent au conseil municipal. Les consultations et le travail bénévole des citoyens, est-ce complètement bidon? Est-ce que cela sert uniquement à la municipalité pour arriver à ses fins? Maintenant que le nouveau plan d’urbanisme a été accepté, pourquoi se donner la peine d’aller plus loin? Désolant.

Éditorial

Merci Ottawa

ÉDITORIAL / L’attitude et les façons de faire du directeur du Musée des beaux-arts du Canada ont pu ces derniers jours irriter et déplaire à plusieurs Québécois. Si Québec et le Québec réussissent à conserver le tableau Saint-Jérôme entendant la trompette du jugement dernier du peintre français Jacques-Louis David, ils le devront en partie à… Marc Mayer.

«S’ils y parviennent, je dirai bravo, c’était le temps que vous vous réveillez!» 

M. Mayer a fourni cette réponse au journaliste de La Presse qui lui demandait quelle serait sa réaction si le Musée de la civilisation de Québec, avec l’aide du Musée des beaux-arts de Montréal, réussissait à amasser les fonds nécessaires pour acheter le «trésor national» qu’il convoite pour le musée d’Ottawa. Pas question pour lui de nourrir une surenchère. 

Il est temps en effet que le Québec se réveille et prenne les moyens pour conserver cette pièce sur son territoire. Le Musée des beaux-arts du Canada a beau être «à cinq minutes à pied de la quatrième plus grande ville du Québec», comme l’affirme Marc Mayer, il serait désolant qu’une œuvre appartenant depuis 1938 à la Basilique Notre-Dame de Québec quitte la province parce que la fabrique a besoin d’argent. 

Le réveil est brutal et le temps presse. Date limite : 11 juin.

Le dossier est digne d’un roman avec ses intrigues et ses personnages qui défendent leur «vocation». Il soulève maintes questions. Il est rare que le public est témoin de querelles entre musées pour la vente et l’achat de tableaux. Comment en sommes-nous arrivés là? Manque d’argent? Manque d’intérêt?

Le Musée des beaux-arts du Canada jouit d’un important budget d’acquisition. Son directeur pensait-il qu’il pouvait ainsi damer le pion au Musée de la civilisation qui possède un droit de premier refus en cas de vente de l’œuvre appartenant à la paroisse Notre-Dame de Québec?

Le Québec et ses musées ont-ils manqué d’intérêt jusqu’au jour où le risque que le tableau se retrouve à l’étranger ou chez le voisin ontarien est devenu bien réel? Tâter le marché international s’avérait-il le moyen le plus efficace pour la paroisse Notre-Dame d’attirer l’attention- et les fonds- du gouvernement, des musées et de leurs mécènes? 

Si les médias n’avaient pas fait état que le Musée des beaux-arts du Canada était prêt à se départir d’un Marc Chagall pour acquérir une œuvre mystère — le tableau de Jacques-Louis David—, s’ils n’avaient pas montré le bras de fer que se livrent les directeurs du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée de la civilisation de Québec et la directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, c’est à se demander si le ministère de la Culture et des Communications serait intervenu dans le dossier. 

La ministre Marie Montpetit a finalement indiqué mardi avoir entrepris la semaine dernière des démarches pour protéger par classement patrimonial le tableau peint en 1779 et pour lequel le Musée des beaux-arts du Canada est prêt à verser les 6,3 millions$ demandés par la fabrique. Si la démarche mène à un avis d’intention de classement, la toile de Jacques-Louis David ne pourra être transportée hors du Québec sans l’autorisation de la ministre. 

Le problème demeure : qui l’achète et paie la note? Le Musée de la civilisation de Québec et le Musée des beaux-arts de Montréal prônent un partenariat pour l’achat de l’œuvre. Une position à privilégier lorsque des fonds publics sont concernés. Mais si l’apport des mécènes s’avère insuffisant, Québec devra verser la somme manquante. En ce domaine aussi, le gouvernement Couillard ne voudra pas s’en laisser imposer par Ottawa.

Opinions

Une ouverture sur le monde

Le Carrefour de solidarité internationale est un organisme sans but lucratif œuvrant en solidarité internationale à travers des projets de développement en partenariat avec des ONG du Sud, l’envoi de stagiaires à l’international et différentes activités d’éducation à la citoyenneté mondiale en Estrie. Depuis maintenant 20 ans, le CSI organise la Simulation de l’assemblée générale des Nations unies (SAGNU), qui rassemble chaque année plus de 100 jeunes des écoles de l’Estrie. Pour ce 20e anniversaire, nous avons le plaisir de faire publier les écrits de jeunes journalistes ayant suivi les travaux de la SAGNU.

En février dernier se déroulait la simulation de l’assemblée générale des Nations Unies, qui réunissait plus de 130 adolescentes et adolescents provenant de 11 écoles différentes partout dans l’Estrie. L’année 2018 marque la 20e édition de cet événement, qui se veut un premier pas vers la politique internationale pour nos jeunes.

Chaque pays est représenté par deux jeunes diplomates qui ont fait des recherches approfondies sur les conditions économiques, sociales ainsi que sur les limitations de leur pays respectif pour être prêt à un éventuel débat. Tout au long de la journée, les jeunes ont participé activement à l’élaboration de résolutions dans leur commission respective. La première commission portait sur la reconnaissance des droits des autochtones tandis que la deuxième commission portait plutôt sur la lutte aux changements climatiques afin de favoriser la sécurité alimentaire. À la fin de la journée, un consensus a été obtenu par les jeunes.

Le projet de la simulation a vu le jour en 1998. Il y a eu très peu de changements dans le déroulement de la journée de la SAGNU en 20 ans. Le concept est resté le même pendant toutes ces années. Depuis le tout début, l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke est associée avec le Carrefour de solidarité internationale pour la réalisation de cette journée. Par contre, avec les années, la formation des jeunes et l’organisation de la journée sont devenues de plus en plus efficaces, surtout avec l’arrivée de l’informatique.

Suite à leur expérience d’un jour dans la peau d’une déléguée ou d’un délégué, les jeunes n’hésitent pas à partager leur expérience avec leurs pairs ce qui augmente la crédibilité du projet. Chaque année, les organisateurs doivent malheureusement refuser de plus en plus d’écoles qui désirent participer à cet événement enrichissant vu le nombre limité de places. Ces raisons expliquent la continuité de ce projet depuis 20 ans. Pour plusieurs élèves, cette journée a semé un goût particulier à la politique internationale et à la diplomatie. Aussi, la journée a permis aux jeunes d’apprendre à négocier et à s’exprimer aisément devant un public.

Jasmine Beaudet et Sarah Mazouzi, secondaire 5
Collège du Sacré-Cœur

Opinions

Une escalade dans les tensions commerciales sino-américaines

ANALYSE / Lors de la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump expliquait de manière simpliste l’importance du déficit commercial américain vis-à-vis la Chine par une présupposée pratique commerciale déloyale de cette dernière. En conséquence, il promettait qu’une administration Trump corrigerait rapidement la situation. Or, le déficit commercial, loin de se corriger, s’est accru en 2017 pour atteindre 375 milliards de dollars.

Conscientes des prises de position de Trump et désirant éviter une guerre commerciale, les autorités chinoises s’engagèrent lors de la visite du président américain à Beijing en novembre dernier à acheter 300 avions de Boeing pour 38 milliards en plus d’investir 250 milliards dans des entreprises de haute technologie et de ressources naturelles situées aux États-Unis.

Opinions

Nos soldats bâtisseurs

Dans son livre à succès intitulé Servir, l’ancien chef d’État-major français Pierre de Villiers évoque le rôle de « soldat bâtisseur » qui incombe aux hommes et aux femmes qui servent sous les drapeaux et qui prennent part au développement des communautés à l’échelle locale et internationale, en plus d’exécuter des manœuvres militaires.

Depuis 108 ans, la communauté sherbrookoise peut s’enorgueillir de la présence bénéfique du régiment des Fusiliers de Sherbrooke, dont les membres contribuent justement à remplir la mission de « soldat bâtisseur ».

Éditorial

Migrants: dans la cour d’Ottawa

ÉDITORIAL / Répondre à ses engagements humanitaires et s’assurer de dispenser un niveau de services convenable aux demandeurs d’asile qui risquent d’affluer de nouveau au Québec cet été n’est pas l’unique objectif du gouvernement Couillard dont quatre ministres ont interpellé lundi le gouvernement fédéral. Les libéraux veulent aussi prévenir les coups de l’opposition et éviter de faire les frais de ce dossier chaud à quelques mois des élections. Ils dirigent les tirs vers Ottawa.

C’est en effet au gouvernement fédéral qu’incombe la responsabilité de gérer les frontières et les demandes d’asile. Le gouvernement Couillard élève enfin le ton devant celui de Justin Trudeau qui a fait preuve d’insouciance et d’improvisation dans ce dossier.

C’est une chose de twitter «Bienvenue au Canada» comme l’a fait l’an dernier M. Trudeau et de répéter que le Canada est un pays ouvert et accueillant. C’en est une autre de faire face à une arrivée massive de migrants sur le chemin Roxham en Montérégie, de combler leurs besoins d’hébergement, de santé, d’éducation et de leur accorder des permis de travail temporaires en attendant de traiter leur demande puis, par la suite, de s’assurer de l’intégration réussie de ceux qui pourront rester ici.

Souhaitons que Québec ne se dégonflera pas et qu’il ne se laissera pas berner par de vagues promesses à la rencontre de mercredi du groupe de travail intergouvernemental spécial sur la migration irrégulière.

Le gouvernement Couillard devra également préciser ce qu’il adviendra des migrants irréguliers lorsque ses centres d’hébergement temporaires seront occupés à 85 %. L’an dernier, il avait ouvert le Stade olympique pour eux, mais cette année, son ministre de l’Immigration dit qu’il avisera Ottawa qu’il n’a plus de place. Mais encore? 

Québec veut le paiement d’une facture de 146 millions $ qu’il a transmise à Ottawa en mars, et il lui réclame aussi, et avec raison, un nouveau plan de match. 

Contrairement à l’an passé, les migrants ne seraient pas des Haïtiens qui quittent les États-Unis à la suite d’une décision du président Trump. David Heurtel indique que bon nombre de demandeurs d’asile qui se sont présentés ces derniers mois sont d’une douzaine de provenances et que leur demande n’est pas liée à la fin des statuts temporaires spéciaux aux États-Unis. Il évoque même la possibilité d’un réseau de passeurs de migrants.

Raison de plus, pour les libéraux, de ne pas se faire prendre de court par l’opposition avec ce dossier et de ne pas susciter la méfiance de citoyens qui estiment que le Québec accueille déjà trop «d’étrangers».

Les ministres québécois ont parlé lundi de saturation des services. Devant une hausse de 700 % des demandes d’asile en sol québécois, cela est fort possible. On ne peut toutefois s’empêcher de penser que le gouvernement Couillard veut éviter de subir les mêmes critiques que l’été dernier lors de l’arrivée des migrants haïtiens.

Le chef péquiste Jean-François Lisée parlait des «invités de Justin Trudeau». Il demandait combien coûterait l’accueil de ces milliers de personnes alors que le Québec manquait de fonds pour donner un deuxième bain aux malades des centres d’hébergement de soins de longue durée. 

François Legault, le chef de la CAQ, affirmait pour sa part que le Québec ne devait pas devenir une passoire et que le Québec n’avait pas la capacité financière d’accueillir «ces gens-là».

Les risques de dérapage et de récupération partisane en alimentant les peurs d’une partie de la population sont bien réels. Au Québec comme ailleurs au Canada.

Le gouvernement Trudeau se rendrait à lui aussi un grand service s’il répondait positivement aux doléances du gouvernement Couillard et assumait pleinement ses responsabilités.

Point de vue

Quand le Code est à côté de la plaque

Récit d’une petite expérience désagréable : une contravention, à vélo! J’ai fait un « arrêt Idaho » sans respecter le feu rouge (NDLD : cette pratique consiste à simplement considérer un arrêt obligatoire comme une obligation de céder le passage lorsqu’on est à bicyclette). Je le dis tout de suite, je n’ai pas contesté le fait et je ne contesterai pas la contravention.

Avant que le policier rédige la contravention, j’ai rapidement souligné que de passer devant le flot d’automobiles là où il y a arrêt après avoir exécuté l’« arrêt Idaho » améliore la sécurité des cyclistes. Sous-entendu : en se permettant ainsi d’être vu sans être oublié par les automobilistes pendant l’attente à l’arrêt, peut-être dans un angle mort pour certains d’entre eux. Combien d’accidents mortels de cyclistes se sont passés ainsi?

J’ai ensuite répondu aux questions du policier sans discuter. L’agent m’a signifié que je semble en savoir plus que lui, mais souligne qu’ici c’est ça le code, qu’il y a eu des plaintes à l’égard des cyclistes qui n’appliquaient pas le code. Quant à son acolyte, il me signifie que c’est la SAAQ et ainsi la société dans son ensemble qui paie s’il y a accident.

J’ai donc récolté 48 dollars d’amende et 3 points d’inaptitude. On reviendra sur le non-sens de ce démérite. Qu’est-ce qui rend si audibles les plaintes à l’égard des cyclistes qui ne respectent pas le code et beaucoup moins les cyclistes qui assument leur sécurité?

À partir de là, la « vérité pratique » est de l’ordre des statistiques.

Est-ce que le respect du code, fait semblable pour tous les types de déplacements, est ce qui est le plus à même d’assurer la sécurité de tous?

Est-ce qu’un code adapté aux types de véhicules ne serait pas plus à même d’y arriver?

Est-ce que l’« arrêt Idaho » s’avère plus sûr que l’arrêt fait selon les normes actuelles?

Dans tous les cas, il y aura éventuellement des accidents, mais le code, devenu abstraction, pourrait bien s’être détaché de l’observation des faits et du réel de la sécurité des cyclistes et de tous. Les plaintes des automobilistes reviendraient à être un attachement à une abstraction, qui vaut raisonnablement pour eux compte tenu de leur poids et de leur vitesse mais qui, souvent, est décalé pour la sécurité des cyclistes.

Face à de puissants poids lourds que sont les automobiles et leurs conducteurs, les cyclistes expérimentés se sont adaptés. Cette expérience est un savoir sur leur sécurité, généralement inconnu des automobilistes.

C’est ici que le démérite se fait blessant, travestissant la compétence en son contraire et en une mise à risque accrue. Les cyclistes occasionnels ont de fortes chances d’être plus conformistes et se replieront sur le code tel qu’il est.

De ce démérite je demande remboursement. Pratiquer l’« arrêt Idaho » est à notre mérite.

Dans un milieu où la pratique cycliste est appelée à augmenter et à devenir plus régulière, pour des raisons écologiques et de santé (écologie de soi), l’expérience des cyclistes réclame un code de la sécurité routière non uniforme, adapté aux divers usages. D’enfin donner un avantage à la fragilité et à l’expérience de la fragilité.

De ce fait, réclamons de la SAAQ et du MTQ que le vélo, soulevable à force humaine, soit l’étalon du « véhicule léger » face auquel une petite auto est reconnue comme « véhicule lourd ». Il en va de l’amélioration de la sécurité de tous.

Alain Vézina
Sherbrooke

Opinions

Bombardements inutiles

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont bombardé la Syrie en guise de représailles aux récentes attaques chimiques du régime de Bachar Al-Assad contre son peuple. « Mission accomplie », a claironné le président américain et chef des armées Donald Trump. Cette nouvelle démonstration de force aurait réduit considérablement la capacité du dictateur syrien d’utiliser des armes chimiques. De nature à plaire au lobby militaro-industriel, cette riposte s’avère pourtant impuissante à mettre un terme final à cette guerre qui perdure depuis trop longtemps déjà.

Les frappes dites de précision ont ciblé trois centres de recherches et de production d’armes chimiques. Interdites, leur utilisation doit bien sûr être condamnée. Faute de pouvoir en produire, Damas trouvera bien une façon de s’en procurer si tel est son vœu. Tout comme l’an dernier, ces bombardements punitifs n’auront malheureusement que peu d’impact sur l’issue de ce conflit. Par contre, un fait apparaît indéniable, le régime de Bachar Al-Assad a remporté la guerre contre Daech. Soutenu par la Russie, le dictateur semble bien en selle et la communauté internationale n’aura peut-être d’autre choix que de négocier avec ce diable.

Amnistie internationale note avec justesse que le peuple syrien a déjà trop souffert de ce conflit, aussi inutile que dévastateur, qui déchire le pays depuis mars 2011. L’organisme presse les États-Unis et leurs alliés de prendre toutes les précautions pour minimiser le tort causé aux civils durant les actions militaires de représailles. Les recommandations semblent avoir été suivies, même s’il est aujourd’hui trop tôt pour en connaître les pertes réelles.

Par ailleurs, aucun militaire russe ne semble avoir été touché par l’attaque. Quelques heures auparavant, le président américain aurait eu un échange téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine. On peut facilement imaginer qu’il a été prévenu de tenir ses troupes à bonne distance des centres de recherche syriens. Même si Moscou a joué les vierges offensées et prévenu que d’éventuelles actions allaient entraîner des conséquences, cette avenue apparaît peu probable, du moins militairement et de manière à aggraver le conflit.

Pour sa part, le gouvernement canadien a choisi d’appuyer les États-Unis et ses alliés. Depuis Lima au Pérou où il prenait part au Sommet des Amériques, Justin Trudeau a réitéré qu’il s’agit d’une mesure « malheureuse, mais nécessaire ». Permettez-nous d’en douter et de rappeler au premier ministre que les actions pour la paix, du moins à ce stade du conflit, sont davantage susceptibles d’y mettre fin comparativement à des frappes militaires. Le Canada a d’ailleurs plus de chance de réintégrer un jour le conseil de sécurité des Nations-Unies en se faisant l’apôtre de la paix plutôt que d’appuyer indistinctement une administration américaine belliqueuse et fort contestée.

Il est particulièrement troublant d’entendre le vice-président américain Mike Pence remercier le Canada de son soutien et d’ajouter du même souffle que les négociations pour renouveler l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) progressent. Une nouvelle entente serait même à portée de main.

L’ALENA est bien sûr essentiel à l’économie canadienne. Le huard supporterait très mal de voir ralentir des échanges de plus de deux milliards de dollars par jour. La question n’est pas là. Que le Canada cède au chantage odieux des Américains et flatte du bon bord les ailes de l’aigle laisse par ailleurs un goût étrange dans la bouche. Trop d’êtres humains sans défense ont inutilement perdu la vie dans le conflit syrien. Le prolonger indûment pour sauver un accord commercial laisserait du sang sur les mains des Canadiens.