Chronique

«La bibitte Pierre Fitzgibbon»

CHRONIQUE / Puisque le ministre Pierre Fitzgibbon se dit prêt à démissionner si sa présence au conseil des ministres devient un boulet, il faudra surveiller les conclusions des enquêtes lancées à son sujet par la Commissaire à l’éthique et à la déontologie. Elles pourraient être déterminantes pour son avenir politique. Mais si j’étais membre d’un parti d’opposition à l’Assemblée nationale, je ne miserais pas trop là-dessus.

J’imagine très bien la commissaire Ariane Mignolet établir toute une série de recommandations découlant du cas très particulier de l’homme d’affaires devenu ministre de l’Économie. Mais je ne l’imagine pas le blâmer comme tel.

Commençons par l’enquête lancée l’automne dernier concernant ses actions dans Héroux-Devtek, un fournisseur de Bombardier.

C’est Mme Mignolet qui établira la vérité, mais tout semble indiquer que Pierre Fitzgibbon s’est conformé aux règles en vigueur en confiant ses actions à un mandataire indépendant.

Comment, de surcroît, pourrait-on soutenir qu’il existe un lien entre sa situation personnelle et des aides gouvernementales à l’industrie aéronautique? Tous les gouvernements n’ont-ils pas été présents pour Bombardier et compagnie?

Les apparences peuvent jouer contre le ministre, mais de là à croire que des règles ont été enfreintes, c’est une autre paire de manches.

C’est un peu la même chose pour les parts qu’il détenait dans l’entreprise MOVE Protéine, propriété du fils de Guy LeBlanc. Ce dernier vient d’être nommé à la tête d’Investissement Québec.

Mais nulle part dans le Code d’éthique et de déontologie de l’Assemblée nationale n’est-il prévu qu’un ministre doive se départir de parts de sociétés non cotées en Bourse.

Il faut toutefois que l’entreprise dans laquelle il possède des parts «s’abstienne de faire, directement ou indirectement, quelque marché avec le gouvernement, un ministère ou un organisme public». Or, cette ligne rouge n’a pas été franchie.

«La bibitte Pierre Fitzgibbon vient avec un bagage», a commenté le principal intéressé en parlant de lui-même.

Le fait qu’il ait nommé un ami à la tête d’Investissement Québec n’a rien à voir avec le Code d’éthique, mais avec la politique. Il paraît s’être organisé pour que Guy LeBlanc, un homme par ailleurs jugé compétent, en devienne le patron.

Le problème n’est pas qu’il connaisse très bien M. LeBlanc ni même, à mes yeux, que les deux hommes aient été des partenaires d’affaires, mais que la Coalition avenir Québec se soit toujours étranglée d’indignation sur les nominations des «p’tits amis» du temps des libéraux.

Page blanche, suite

Partons chez les libéraux. La nouvelle directrice générale du Parti libéral du Québec, Véronyque Tremblay, invite les sympathisants et les militants libéraux à alimenter leur parti de leurs idées.

Je note qu’il existe une continuité de pensée entre elle et André Fortin. Lorsqu’il a annoncé qu’il renonçait à se lancer dans la course à la direction, le député de Pontiac avait laissé tomber que «c’est un peu une page blanche en ce moment, le Parti libéral».

Mme Tremblay dit vouloir «mettre de l’avant» les militants et «leurs idées». En cette matière, elle trouvera de quoi alimenter sa réflexion dans un rapport produit par un ex-président de la Commission politique du parti, Jérôme Turcotte.

En 2016, il écrivait que le Parti libéral du Québec était en train de devenir une simple «marque de commerce», un «éteignoir à l’engagement citoyen» et déplorait qu’il faisait de plus en plus fi de ses militants. Ouf!

C’était bien avant les dernières élections générales. Mais il était déjà trop tard.

Devant les catastrophes

Impossible de conclure ce carnet politique de la semaine sans dire encore un mot des crues récurrentes. Le gouvernement Legault a été bien avisé de présenter son nouveau programme d’indemnisation le 15 avril, tout juste avant les inondations. Celui-ci devra probablement être ajusté, mais il constitue un point de départ intéressant.

Cela dit, le précédent gouvernement n’était pas aveugle. Il avait bien vu que le programme d’aide qui vient d’être jeté à la poubelle ne pouvait faire face à des situations de grande ampleur. L’ex-ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, avait reconnu qu’il devait être simplifié, particulièrement en ce qui a trait aux remboursements des réclamations des sinistrés. L’actuel gouvernement a fait aboutir le chantier.

Malgré tout, la période «post-sinistre» demeurera difficile à vivre pour les sinistrés et difficile à gérer pour les autorités publiques.

Plus globalement, après le retrait des eaux, il faudra peut-être songer à doter l’Organisation de la sécurité civile d’un vrai mandat portant sur le réaménagement en milieu rural et urbain.

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle

Pierre Jury

Un cadeau des Américains

ÉDITORIAL / Le maire de New York a profité de la Journée de la Terre, lundi, pour annoncer qu’il misait une partie de l’avenir énergétique de la ville sur l’hydro-électricité. Bill de Blasio est même allé plus loin en annonçant des négociations avec Hydro-Québec !

Alors qu’Hydro-Québec célèbre ses 75 ans, il s’agit d’un cadeau inespéré pour le gouvernement de François Legault et en fait, pour tous les Québécois qui profiteront grandement de cette entente lorsqu’elle sera ratifiée. Nous parlons d’un contrat d’une durée de 20 ans qui pourrait atteindre les 10 milliards $. M. Legault jubilait devant les caméras : on comprend que cela s’aligne parfaitement avec son objectif de créer de la richesse et des emplois rémunérateurs pour le Québec.

Cette entente est la troisième à être négociée par Hydro-Québec avec les régions du nord-est des États-Unis. En 2012, la société d’État avait conclu un partenariat avec le Vermont, d’une durée de 26 ans et d’une taille modeste de 225 mégawatts, à un prix de 4,5 cents le kilowattheure. Puis, l’an dernier, Hydro-Québec avait ouvert la porte toute grande : 1100 mégawatts sur une durée de 20 ans, à un tarif de 8,8 cents du kilowattheure.

S’entendre avec la ville de New York, ce serait la consécration et confirmerait le rôle d’Hydro-Québec comme véritable option énergétique pour tout le nord-est des États-Unis. 

Par la suite, il y a plein d’autres États, villes et régions qui pourraient être intéressés à se connecter à Hydro-Québec pour leurs propres besoins énergétiques. 

Un gros obstacle demeure : les voies d’acheminement de l’énergie vers le nord-est américain. D’ailleurs, New York doit être approvisionné par une nouvelle ligne d’interconnexion longue de 570 km qui sera enfouie. Elle coûtera 2,5 milliards $... à partir de la frontière américaine. Par chance, toutes les autorisations gouvernementales sont déjà ficelées. 

Reste que le transport jusqu’à la frontière coûtera un autre 500 millions $...

Cette négociation avec la ville de New York s’avère une grande victoire pour le Québec, car cela devance l’option hydro-électricité sur les alternatives que sont le nucléaire et tout récemment, le gaz de schiste. La menace environnementale du nucléaire est bien connue, quoique légèrement surfaite. Mais celle du gaz de schiste est bien pire, car cela contribue au passif environnemental. 

Un gouvernement qui veut être vert ne doit pas favoriser le gaz de schiste. C’est une réalité qui a ralenti les efforts d’Hydro-Québec depuis 10 ans. Mais l’accord de Paris sur les changements climatiques, en 2015, est venu rappeler cette menace aux acheteurs. Cela a sans doute été un facteur pour la ville de New York.

Tout cela, c’est du bonbon pour Hydro-Québec qui entrevoit une autre hausse de ses exportations. En 2017, la société d’État a exporté 16 % de son électricité... ce qui lui a rapporté à peu près le tiers de ses 2,9 milliards $ de profits. La seule part de la ville de New York pourrait représenter un autre 100, 150 millions $ de profits nets. 

On comprend François Legault de faire le tour de ses homologues canadiens et des gouverneurs américains. Ce sont des sommes mirobolantes qui sont en jeu, et pour longtemps. Il y a même là de quoi raffermir ses positions environnementales, qui ont besoin d’un coup de pouce. Déjà, il parle de redémarrer le projet d’éolienne d’Apuiat, un projet de 200 mégawattheures que le premier ministre a mis sur la glace il y a six mois à peine. 

Comme quoi le rêve de Robert Bourassa, dans les années 1970, avait du bon.

L'œil de Lacroix

L'œil de Lacroix

Point de vue

Ces fameuses cartes des zones inondables

POINT DE VUE / On en parle à l’occasion, surtout au printemps, mais pas longtemps parce que lorsque vient le beau temps, on préfère les oublier. Pas à jour, qu’on dit quand elles ne nous y montrent pas dans une zone inondable et qu’on est inondé. Veux pas les voir, qu’on dit quand on y est et que notre propriété perd de la valeur à cause de ce qu’elle démontre. Pas précises, qu’on dit quand on est une municipalité et qu’on est bien tenté de donner des permis de construction ou de rénovation pour des propriétés situées en bordure d’une rivière.

Elles sont pourtant là, depuis des décennies pour la plupart, qui attendent qu’on s’intéresse à elles et qu’on y prête attention. En format papier depuis le programme de cartographie des risques d’inondations, sur lequel j’avais été embauché par le ministère des Terres et Forêts en 1979, qui a duré une bonne dizaine d’années et était financé par les deux paliers de gouvernement.

Ce ministère a eu le temps de changer de nom plusieurs fois, pendant et après mon départ. Les municipalités ont changé d’administration, des quartiers complets sont apparus, qui n’y figuraient pas. Une seule chose n’a pas changé, ce sont ces fameuses courbes de niveau, qui y dessinent avec précision le niveau du sol. On en choisit une et on la suit avec un crayon rouge, ça va dessiner sur la carte où l’eau va se rendre si un jour elle monte jusqu’à la hauteur représentée par la cote d’altitude qui lui correspond. Les experts ne font ensuite qu’y indiquer jusqu’à quelle cote le niveau de l’eau pourrait monter, à partir de statistiques sur les comportements passés des rivières. On sait tous maintenant qu’il faut rehausser ces niveaux et se donner plus de marges de sécurité. Ça a certainement contribué à dire qu’elles n’étaient pas précises et à les discréditer, mais il faut tout de même avouer que le terrain n’a pas monté ni descendu, c’est juste l’eau qui est montée plus haut que ce qu’on aurait espéré. Et ça, ce n’est pas à mon avis un manque de précision, mais plutôt une erreur d’interprétation sur l’ampleur des catastrophes pour lesquelles elles étaient pourtant destinées à nous prémunir.

Jusqu’à tout récemment, une grande partie de celles-ci ont accumulé la poussière dans le sous-sol de plusieurs municipalités, victimes de ce syndrome «cachez cette carte que je ne saurais voir». Bon, on les a mises à jour, les nouvelles constructions y figurent, les zones inondables ont été étendues à des niveaux qui tiennent compte des historiques récents et, surtout, on les a rendues accessibles en ligne (geoinondations.gouv.qc.ca). Plus question de les cacher et au diable si ça nuit aux développements domiciliaires, à la transformation de vieux chalets riverains en résidences permanentes avec sous-sols et à l’évaluation des propriétés. Les Québécois sont tannés de payer pour cet aveuglement volontaire collectif qui nous a coûté si cher dans le passé et qui se poursuit presque d’année en année avec les changements climatiques.

Le monde de Jean Isabelle

Le monde de Jean Isabelle

Votre opinion

Serions-nous en partie la cause des inondations ?

OPINION / Les inondations s’annoncent de plus en plus fortes, de plus en plus fréquentes. Serait-ce dû uniquement aux changements climatiques ?

Bien sûr que nous avons à nous adapter rapidement à cette nouvelle réalité planétaire. Mais localement, les diverses interventions que nous faisons sur notre territoire ont aussi un impact majeur sur l’écoulement trop brutal des eaux de fonte et des pluies torrentielles. N’aurions-nous pas inconsciemment « causé » l’augmentation de l’ampleur et de la fréquence de nos inondations ?

Opinions

Guillaume II comme prototype de Donald Trump

Beaucoup d’observateurs américains et étrangers avaient tendance à comparer Donald Trump à Adolf Hitler en 2017. Après deux ans de pouvoir, ils se sont ravisés. Ils préfèrent désormais comparer le président américain au dernier kaiser allemand, Guillaume II, qui a abdiqué en 1918. Pour soutenir cette comparaison, ils avancent des arguments très convaincants.

En effet, leurs analyses indiquent des similitudes troublantes. Comme Guillaume II, Trump possède une personnalité erratique et surdimensionnée. Tous deux étant à la fois peu profonds, arrogants et violents, ils affichent clairement des comportements narcissiques et agressifs. Leurs humeurs changeantes montrent qu’ils ont le potentiel d’être sociopathes.

Bénéficiant tous deux d’une vie privilégiée à leur naissance, ils apparurent très tôt comme des personnes indisciplinées et émotionnellement arriérées. Aussi, leurs parents les envoyèrent dans des académies militaires comme moyen de contrer leurs tendances violentes et d’aplanir certains de leurs comportements antisociaux. Néanmoins, ils sont demeurés les deux d’éternels adolescents indisciplinés dont l’image publique est minée par un comportement d’enfant gâté.

Tous deux étant pompeux et impulsifs, ils se montrent en public à la fois exubérants et imprévisibles. Leur comportement erratique est grandement marqué par une immense arrogance et une évidente superficialité. Incapables de suivre une discipline de travail, ils refusent de lire les mémos et rapports produits à leur intention. Agités sans cesse et n’ayant aucun sens de la sobriété, ils sont incontrôlables et incapables de tirer des leçons des expériences passées.

Manquant de stabilité et dissimulant ses insécurités profondes par des discours intempestifs, Trump partage avec Guillaume II une « combinaison de sensibilités paranoïaques et de mégalomanie ». En conséquence, les deux personnages affichent non seulement une confiance sans bornes en eux-mêmes et une ignorance étonnante de l’histoire et des dossiers, mais leur complaisance personnelle est rehaussée par un surdéveloppement du sens du théâtre.

À l’instar de Trump, Guillaume II était une sorte de twitteur avant le temps. Il envoyait sans cesse des lettres, télégrammes et ordres sans prendre la peine de s’interroger si ces derniers avaient ou non du sens ou s’ils n’étaient pas en contradictions avec des dépêches précédentes.

Comme Guillaume II, Trump rejette la rectitude politique et est indifférent aux critiques. Tous deux considèrent la démocratie comme un obstacle à la réalisation d’objectifs immédiats. Alors que Guillaume II affirmait que la social-démocratie était un « ennemi de l’empire et de la patrie », Trump qualifie les médias américains « d’ennemis du peuple américain ».

Alors que Guillaume II affichait ouvertement ses ambitions de redonner « sa place au soleil » à l’Allemagne en rétablissant sa gloire antique, Trump fait appel aux mêmes sentiments avec son slogan sur « l’Amérique en priorité » et son désir manifeste de redonner sa grandeur à l’Amérique. Plus encore, Guillaume II déclarait ouvertement qu’une guerre raciale avec les peuples slaves ne pouvait être évitée. Or, Trump mène une croisade similaire contre les immigrants, particulièrement les Hispaniques. 

Winston Churchill, un expert dans l’art de gouverner, décrivait Guillaume II comme étant constamment en mouvement et incapable d’apprendre son métier de chef d’État. Joueur et opportuniste, il ne possédait pas la cohérence, le caractère et la prévoyance nécessaire pour assumer la fonction de kaiser. En somme, manquant de prudence, son modus operandi consistait à créer un chahut pour voir ce qu’il allait se produire. Or, Trump, un adepte de la théorie du chaos, fonctionne exactement de la même manière.

Comme Guillaume II, Trump gouverne en suivant son instinct. L’impulsion remplace le calcul. Comme avec le kaiser, les intuitions momentanées et les impulsions de Trump préoccupent au plus haut point ses proches conseillers. Comme cela survint avec Guillaume II, de hauts fonctionnaires américains discutèrent en 2018 de l’opportunité de destituer le président.

À l’instar de Guillaume II, Trump adore péter les plombs. Sa compulsion est d’autant plus évidente qu’elle est alimentée par un besoin insatiable d’attirer l’attention et une sensibilité fragile. Trump a démontré depuis deux ans qu’il n’avait pas la sagesse pour fournir la stabilité dont le monde a besoin. Tous les experts en politique étrangère avaient prévenu les républicains en 2016 sur l’inaptitude de Donald Trump à assumer la fonction de président des États-Unis.

Tout en état anglophobe, Guillaume II parvint à coaliser contre l’Allemagne, par des propos malencontreux, les Français, les Russes et les Japonais. De même, Trump, par ses sorties intempestives sur des sujets sensibles sans avoir consulté ses plus proches conseillers, s’est mis à dos les alliés traditionnels des États-Unis.

À l’instar de Guillaume II, Trump a fait fi des grands systèmes d’alliances mis en place par ses prédécesseurs. Guidé par ses pires instincts, Trump a déclaré caduque la politique américaine de patience stratégique. Plus encore, il a retiré les États-Unis de l’accord de Partenariat transpacifique, dénoncé l’accord de Paris sur le climat, abrogé l’accord nucléaire iranien, mis fin aux grands exercices militaires avec la Corée du Sud, ordonné le retrait des troupes américaines de Syrie et d’Afghanistan sans donner de préavis, menacé de se retirer de l’OTAN, déplacé sans consultation l’ambassade américaine à Jérusalem, etc.

Comme le président américain est beaucoup plus puissant que l’ancien kaiser, ses dérapages peuvent avoir des conséquences beaucoup plus graves. Or, le comportement chaotique et agressif du kaiser est en bonne partie du dérapage qui mena à la Première Guerre mondiale. Avec des armes ultrasophistiquées placées dans les mains de Trump, le monde est décidément devenu beaucoup plus dangereux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

L'actualité sous la plume de Bado

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