Opinions

Ite missa est ou le retour de la messe

C’est avec joie que j’ai assisté le 8 décembre dernier - fête de l’Immaculée-Conception - à la messe traditionnelle en l’église Sainte-Jeanne d’Arc, rue Galt, à Sherbrooke.

Grâce à la Fraternité Saint-Pie X, cette église retrouve sa première vocation qui est celle de la liturgie catholique, la plus vénérable. J’en remercie ses prêtres dévoués et son supérieur, l’abbé Daniel Couture, un Sherbrookois d’origine et lointain ami. 

Érigé en 1940-41 par l’abbé Alfred Chassé, selon les plans de l’architecte Jean Royer, ce temple de style Dom Bellot accueille à nouveau les fidèles attachés à nos profondes valeurs religieuses. J’ai remarqué la présence réconfortante de jeunes familles dans une nef remplie et recueillie. 

La chorale sobre et digne exécute avec art les très beaux chants grégoriens. J’ai donc retrouvé la messe de ma tendre enfance, sous une voûte à la fois moderne et élégante, parfumée d’encens. Les riches couleurs des vitraux, dédiées à saint Louis et sainte Jeanne, ajoutent à la beauté des lieux. Tant de familles ouvrières sont passées dans ces murs, élevées grâce à leur labeur et leur foi généreuse. Il est heureux que ce monument du patrimoine sherbrookois ait été sauvegardé et sauvé d’une destination profane.

Au pied du Mont-Bellevue, son fier clocher est comme un phare dans la ville. J’espère que la jeunesse estudiantine de Sherbrooke saura ainsi retrouver la grandeur de la Foi. Et l’écho du magnifique carillon de Sainte-Jeanne d’Arc, jadis béni par Mgr Cabana, redira encore les bontés et les largesses du Seigneur.

Denis Côté, Montréal

Éditorial

D’autres frais à surveiller

Les frais accessoires ont été abolis il y a un an, mais des cliniques auraient par ailleurs revu à la hausse, voire de façon abusive, les frais administratifs exigés pour remplir des formulaires ou obtenir copie d’un dossier médical. Des frais d’examen pour le soin des yeux soulèvent aussi des questions. N’attendons pas 10 ans pour apporter des clarifications et déterminer ce qui est juste et ce qui est abusif.

Le comité de lutte en santé de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles a instauré un registre de surveillance lorsque les frais accessoires ont été abolis en janvier 2017. L’analyse qu’il tire de ses premières données, et dont il a fait part dimanche en conférence de presse à Montréal, devrait toutefois inciter à la vigilance les patients — de toutes les régions —, le Collège des médecins, la Régie de l’assurance-maladie du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Il faut éviter que la facturation de frais administratifs et d’examens non couverts par le régime public prenne l’ampleur du dossier des frais accessoires où les parties concernées ont tergiversé et procrastiné pendant des années. 

Des patients atteints de dégénérescence maculaire ont dû batailler longtemps pour que Québec assume le coût du Lucentis. Un exemple parmi d’autres. 

Il a fallu des pressions populaires, la menace de recours judiciaires et d’une diminution du financement provenant d’Ottawa pour que le gouvernement du Québec et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, décident enfin qu’un médecin ne pourrait plus exiger à ses patients des frais supplémentaires pour des soins médicalement requis.

Le problème n’était pourtant pas récent. Le ministère de la Santé avait en main depuis 2007 un dossier complet sur les frais accessoires, le rapport Chicoine. 

Plus d’un gouvernement a fermé les yeux, continuant de refiler une partie de la facture des soins de santé aux malades, alors que des soins auraient dû être couverts par le régime public. Ottawa a également fermé les yeux sur des pratiques qui contrevenaient pourtant à la Loi canadienne sur la santé. 

En 2016, le ministre Barrette avait estimé les frais accessoires réclamés aux patients à plus de 80 millions $. Une note d’autant plus difficile à justifier dans un système public qui rémunère bien ses médecins spécialistes et ses omnipraticiens. Québec, et Ottawa, devaient d’agir. M. Barrette a pourtant d’abord prétendu que l’abolition des frais accessoires pouvait limiter l’accès aux services et entraîner une hausse d’impôt… 

« […] il n’y aura plus de gouttes ni à 200 $, ni à 1 $, ni à 0,50 $, il n’y aura plus de frais. […] C’est donc, ici, l’abolition complète des frais accessoires», soutenait-il enfin à l’automne 2016.

Le comité de lutte en santé de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles constate que la facturation de médicaments et d’agents anesthésiques a «pratiquement disparu» des cliniques médicales. Une bonne nouvelle. Selon le comité, des cabinets fixent en revanche des prix plus élevés pour remplir des formulaires. D’autres n’affichent pas la liste des frais facturés aux patients. Des cliniques réclameraient aussi des «montants exorbitants», plus de 500 $, pour différents examens pour le soin des yeux.

Le ministre Barrette invite la population à porter plainte, jugeant qu’il a fait le travail qui était de son ressort.

La direction des enquêtes du Collège des médecins examine présentement la pratique de certains ophtalmologistes. Le gouvernement a aussi apporté des changements législatifs en 2016 pour accorder plus de pouvoir et plus de leviers à la Régie de l’assurance-maladie du Québec, dont le travail avait été critiqué par le Vérificateur général. À suivre.

Point de vue

Pas de répit pour les parents d’enfants autistes

Vous avez une fille de 5 ans et des jumelles de 4 ans. Jusqu’à l’âge de 7 ou 8 mois, vos jumelles se développent normalement. Un jour, vous remarquez certains détails qui mettent vos sens en alerte. Une des jumelles est moins attentive à ce qui l’entoure, ne dit pas un mot et agit comme si elle était dans une bulle.

Après plusieurs consultations, vous apprenez que votre fille souffre de troubles du spectre de l’autisme. Vous l’aviez deviné.

Vous avez consulté une foule d’intervenants directement concernés : médecin, psychologue, pédopsychiatre, orthophoniste, ergothérapeute, vous avez soumis votre enfant à plusieurs tests de dépistage. Votre fille est toujours autiste, vous n’avez toujours pas de répit.

Votre fille autiste a aujourd’hui 4 ans. Votre quotidien se résume à gérer ses crises de colère, en plus de répondre aux besoins de vos deux autres filles, d’être présente pour votre conjoint, de préparer les repas, de voir à l’entretien de votre maison et de prendre du temps pour vous, quand il en reste.

Vous recevez de l’aide financière gouvernementale, mais pas l’aide dont vous avez un besoin criant. Vous ne pouvez jamais prendre ne serait-ce qu’une demi-journée de congé pour vous, aller au resto avec votre conjoint ou vous offrir une simple soirée au cinéma.

Vous êtes pieds et poings liés dans ce quotidien qui ne vous laisse aucun répit. Une gardienne? Elle se sauverait dès la première crise. Un membre de votre famille? Une amie proche? Comment pourraient-ils gérer?

Où sont les ressources pour les enfants autistes d’âge préscolaire et leur famille? Vivons-nous au tiers monde? Pourquoi existe-t-il des ressources pour les nouveaux arrivants, par exemple, mais aucune aide pour les parents qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts d’un simple horaire quotidien?

J’ai compris : on vous donne de l’argent mais arrangez-vous avec votre problème.

Une page Facebook a été créée : « Aide aux parents d’enfants autistes  ». Une pétition et un questionnaire sont en ligne via cette page.

Louise Davis, grand-mère d’une enfant autiste
Sherbrooke

Point de vue

Produits bio: une norme en péril

L’espace de plus en plus important consacré aux produits biologiques dans nos supermarchés signale une tendance de fond.

Selon l’Association pour le commerce des produits biologiques du Canada, quelque 66 % des consommateurs canadiens achètent des aliments «bios» sur une base hebdomadaire. L’évolution positive du réseau des fermiers de famille d’Équiterre, qui facilite la vente directe de légumes et autres produits biologiques (paniers bio), est un autre exemple qui témoigne de la croissance du secteur. Il y a lieu de s’en réjouir, d’autant plus que la valeur ajoutée de la production biologique engendre des retombées positives pour nos milieux ruraux, contribuant ainsi au développement durable de l’économie.

La Norme biologique canadienne (NBC), mise en place par le gouvernement fédéral en 2006, contribue grandement à ce succès. Elle en est même la pierre angulaire, car elle est à la base de l’ensemble du système de réglementation entourant les produits biologiques au pays, tant pour les produits vendus hors de leur province d’origine que pour les produits importés.

Plus précisément, le «Régime Bio-Canada» balise les exigences que doivent respecter les producteurs agricoles et les transformateurs alimentaires canadiens, assure la certification des produits, garantit aux consommateurs d’ici et d’ailleurs que les allégations sont véridiques et permet à nos entreprises d’accéder aux marchés internationaux. Pensons notamment aux filières canadiennes des canneberges, des bleuets et de l’érable, dont les produits biologiques s’illustrent à l’étranger.

Malheureusement, la NBC est en péril. Comme toutes choses relevant du vivant, les systèmes alimentaires entourant les produits biologiques évoluent dans le temps. C’est pourquoi les exigences gouvernementales prévoient une révision obligatoire de la NBC d’ici 2020, faute de quoi elle devra être archivée et deviendra caduque. 

Pour assurer le respect du processus, les producteurs et les consommateurs doivent être consultés, des comités mis en place, des validations agronomiques effectuées et des consensus au sein de l’ensemble de la chaîne de valeur atteints. Or, le gouvernement fédéral n’a prévu aucun budget pour assurer cette révision, même s’il en est responsable. La facture serait alors refilée directement aux entreprises, même si celles-ci paient déjà la certification.

Cette charge financière additionnelle est fortement dénoncée par les producteurs agricoles et les transformateurs alimentaires. D’autant plus que d’autres juridictions, comme les États-Unis et l’Union européenne, financent entièrement le maintien de leurs normes biologiques respectives. Il appartient en effet à l’État d’assurer l’intégrité des normes et de protéger les consommateurs contre la fraude alimentaire.

Le gouvernement fédéral a donc une décision importante à prendre: continuer de protéger l’intégrité, la légitimité et la crédibilité des produits biologiques au Canada en assumant pleinement ses responsabilités financières ou transmettre aux entreprises du secteur les frais liés à la révision de la NBC, mettant de facto en danger la viabilité du secteur biologique canadien, constitué en grande partie de très jeunes entreprises.

Étant donné l’ampleur de l’enjeu, les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les détaillants et les consommateurs canadiens sont en droit de demander au gouvernement du Canada d’assurer entièrement le financement des travaux de révision de la NBC. Il appartient aussi au gouvernement du Québec d’exercer le leadership approprié pour que ce financement soit assuré. Grâce à notre système réglementaire rigoureux, l’appellation biologique canadienne est fiable et reconnue partout dans le monde. Le gouvernement canadien doit ainsi décider dès maintenant s’il souhaite en assurer la pérennité ou s’il préfère être complice d’une plus grande confusion chez les consommateurs et freiner le développement du secteur.

Marcel Groleau, président général, Union des producteurs agricoles

Daniel Dubuc, président de la Filière biologique du Québec

Caroline Poirier, présidente de la Coopération pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ)

Sidney Ribaux, directeur général d’Équiterre

Point de vue

Hausse de 75 cents : un pas dans la bonne direction

Les membres du comité estrien de la campagne 5-10-15 considèrent que le gouvernement a fait montre d’un peu plus de souplesse en haussant le salaire minimum de 75 cents, plutôt que les 50 cents prévus. C’est un pas dans la bonne direction, mais il faudra augmenter la cadence si nous voulons atteindre le seuil minimum du 15 $ et joindre les rangs de l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Pourquoi notre gouvernement tarde-t-il à emboîter le pas?

Bien sûr, toute augmentation de revenu pour les bas salariés représente une amélioration de leurs conditions de vie et leur permet de souffler un peu mieux. Cependant, pour permettre à une personne qui travaille au salaire minimum à temps plein d’avoir un revenu viable et de sortir de la pauvreté, il faudrait un salaire à 15 $.

L’augmentation du salaire minimum doit aussi être analysée du côté des retombées économiques. Chaque dollar supplémentaire dans les poches des travailleuses et des travailleurs, c’est de l’argent qui retourne directement dans l’économie locale, pas dans les paradis fiscaux.

Est-ce que le gouvernement commence à comprendre que les arguments avancés par les associations patronales sont des épouvantails à moineaux? Il y a fort à parier que celles-ci brandiront à nouveau la menace de pertes d’emploi. Pourtant, l’économie et le marché du travail se portent très bien, encore mieux que ce que le gouvernement avait anticipé malgré une hausse de 50 cents l’année dernière.

De plus en plus d’employeurs ont changé leur fusil d’épaule et sont favorables au 15 $. D’autres ont déjà augmenté les salaires à 15 $ comme un incitatif à l’emploi. Ceci démontre que le mythe du Québec en faillite est erroné. Le gouvernement peut mettre de l’avant des mesures pour les petites et moyennes entreprises pour faciliter la transition.

Le gouvernement prévoit une révision de la Loi sur les normes du travail. Dans ce contexte, nous voulons lui rappeler que le salaire n’est pas le seul déterminant de la précarité économique.

Les absences pour maladie ou pour prendre soin d’un proche représentent des pertes de revenu importantes, particulièrement pour les femmes et les personnes faiblement rémunérées. Nous demandons le droit de disposer de 10 jours de congé payé pour ces absences.

Actuellement, rien n’oblige l’employeur à remettre un horaire de travail à l’avance. Les travailleuses et les travailleurs se retrouvent avec un casse-tête d’organisation pour répondre aux besoins des employeurs et se retrouvent avec des revenus irréguliers et imprévisibles. Nous demandons aussi le droit d’obtenir l’horaire de travail 5 jours à l’avance.

La campagne 5-10-15 poursuivra sa lutte en ce sens.

Manon Brunelle, Illusion-Emploi

Line Marcoux, Comité régional estrien pour un Québec sans pauvreté

Denis Beaudin, Conseil central des syndicats nationaux de l’Estrie

Opinions

Seul verdict possible

Après neuf jours d’âpres délibérations, le jury dans le procès des accusés de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic a rendu son verdict. Thomas Harding, Jean Demaître et Richard Labrie sont acquittés des lourdes accusations qui pesaient contre eux. Dans les circonstances et compte tenu de l’impossibilité d’établir une preuve hors de tout doute raisonnable, il s’agit du seul verdict possible.

Le juge Gaétan Dumas avait donné une bonne indication de l’issue probable de ce procès. Il a répété que la preuve dans ce dossier était pour le moins assez faible. Or, les accusations de négligence criminelle sont très graves et peuvent être lourdes de conséquences pour un accusé. En contrepartie, la preuve se doit donc d’être solide parce que la démonstration de cette négligence, tous les juristes en conviennent, n’est vraiment pas une chose facile à établir.

Dans le cas d’une négligence ayant entraîné la mort, il est essentiel d’illustrer que les auteurs ont agi sans discernement, de manière irréfléchie, désordonnée et désorganisée, sans se soucier des conséquences de leurs actes. En somme, tout le contraire d’un bon père de famille qui effectue son boulot de manière honnête en respectant les consignes de son employeur.

Bien sûr, il peut être légitime de croire que justice n’a pas été rendue pour certains. Il est effectivement ardu de penser qu’il y a eu un accident en 2013 qui a coûté la vie à 47 innocentes victimes et que personne ne soit reconnu coupable. Les employés de la funeste compagnie Montréal, Maine & Atlantic (MMA) auraient-ils pu être plus prudents et déployer plus d’efforts pour sécuriser le convoi ferroviaire à Nantes avant sa folle descente vers Lac-Mégantic? À vous de juger. Si oui, cela n’en fait pas des criminels pour autant.

Les membres du jury ont effectué un travail exemplaire. Ils se sont acquittés de leur devoir avec patience et minutie. C’est sans doute ce qui leur a permis de sortir de l’impasse dans laquelle ils se sont retrouvés cette semaine. L’expérience, l’assurance et les encouragements du juge Dumas leur ont été salutaires. On ne saura sans doute jamais pourquoi ils lui ont réclamé un dictionnaire. Peut-être voulaient-ils justement vérifier le sens et toute la portée du mot « négligence ». Encore une fois, ce jury fournit l’exemple à quel point il est capital de voir la justice rendue par ses pairs.

À la suite de ce procès, il serait pour le moins étonnant de voir la Couronne porter le verdict en appel, à moins d’autres éléments de preuve. Il lui importait de faire la démonstration de la culpabilité des accusés. Les avocats de la défense ont ainsi vite compris que le témoignage de leurs clients devenait inutile. Me Thomas Walsh a d’ailleurs mentionné que ce procès n’aurait pas dû avoir lieu.

À vrai dire, les vrais responsables de cette tragédie n’ont jamais été inquiétés. Au premier chef, il s’agit du propriétaire de cette compagnie de broche à foin qui a profité du laxisme des autorités pour instaurer une culture d’entreprise discutable. 

Les divers gouvernements qui se sont succédé à Ottawa depuis les années 1980 ont aussi leur part de responsabilité en ayant permis la déréglementation des activités ferroviaires et l’autorégulation des compagnies. L’État a un rôle de surveillance à jouer et ne doit pas leur céder un pouce.

Pour que justice soit pleinement rendue, les gouvernements ont maintenant l’obligation de construire une voie de contournement afin d’exclure à jamais les trains de Lac-Mégantic.

Point de vue

Déplacement d’élèves : des impacts importants pour les familles

Je suis contre le transfert des élèves de Bury qui fréquentent présentement l’école du Parchemin d’East Angus vers l’école St-Paul de Scotstown, comme rapporté dans l’article publié dans La Tribune « Des écoliers de Bury déplacés vers Scotstown? »

La Commission scolaire des Hauts-Cantons, après l’analyse de quelques scénarios, souhaite transférer une soixantaine d’élèves de Bury.

Objectivement, qui peut être contre des faits? C’est facile de s’en tenir à des chiffres lorsqu’on ne regarde pas plus loin. L’école du Parchemin d’East Angus est pleine. L’école Saint-Paul de Scotstown n’a qu’une vingtaine d’élèves et ceux de Bury sont l’opportunité de rentabiliser une école qui a parfois besoin de la contribution financière de la CSHC.

Subjectivement, qui va avoir à vivre avec les conséquences? Parents et municipalité. Je suis très consciente qu’il n’est question que de parents mécontents pour plusieurs. Nous ne valons pas tout l’argent qu’il y a en jeu dans le cas où les élèves de Bury restaient à East Angus. C’est d’un agrandissement dont l’école aurait besoin. L’école de Scotstown est dans le sens inverse de nos vies.

L’école d’East Angus est sur notre chemin lorsque nous allons travailler, faire des courses, allons à des rendez-vous, des activités parascolaires, des urgences.

La municipalité de Bury, nous l’avons choisie... Cela veut aussi dire avec sa proximité avec East Angus et le fait que nos enfants fréquentent l’école du Parchemin avec tous les services, professionnels, programmes qui y sont accessibles.

La municipalité a beaucoup à perdre de ce changement. Depuis plusieurs années, de nouvelles familles francophones viennent s’y établir, de jeunes familles avec plusieurs enfants. Nous allons à East Angus, car notre école de village est anglophone. Nous ne pouvons y aller à cause de la loi 101.

Alors que le gouvernement dit travailler à développer les régions et à y améliorer les services et que la municipalité de Bury voulait justement se doter d’un plan de développement en 2018, ce transfert va vraisemblablement aider à dévitaliser notre municipalité. Déjà, des familles se questionnent sur la pertinence de rester à Bury ou sont déçues de venir tout juste de s’y établir.

Le fait de devoir aller à contresens de tout pour aller à l’école, c’est comme si on nous enlevait notre école de village. C’est autour d’une école que tout se développe. Bury a beaucoup à perdre. Qui viendra s’installer à Bury alors que nous n’y avons pas d’école de village et qu’on veut nous transférer plus loin?

Annie Duhaime
Représentante d’un groupe
de parents s’opposant
au transfert d’élèves
Bury

Denis Dufresne

La voix des citoyens

La participation des citoyens est essentielle en démocratie municipale et, à cet égard, la demande du conseiller Marc Denault pour que soit revu à la baisse le nombre de signatures requis dans le mécanisme d’approbation référendaire est fort à propos.

Si tout va comme prévu, le conseil municipal de la Ville de Sherbrooke adoptera une résolution en ce sens à l’intention de l’Union des municipalités du Québec et du ministère des Affaires municipales.

Cette démarche, qui reçoit l’appui du maire Steve Lussier, fait suite à la tenue d’un registre, la semaine dernière, sur un règlement d’emprunt de 26 millions $ pour Well inc., le projet de revitalisation du centre-ville.

En vertu de la loi 122, sur la reconnaissance des municipalités comme gouvernements de proximité, pas moins de 8702 signatures en cinq jours, un chiffre équivalent à 10 pour cent du nombre de logements à Sherbrooke, étaient exigées pour déclencher un référendum.

Seulement 462 personnes ont signé le registre de sorte qu’il n’y aura pas de référendum.

Aux yeux des opposants au règlement d’emprunt et de certains conseillers municipaux, un tel seuil apparaît non seulement inatteignable, de surcroît en si peu de temps, mais également contraire à l’esprit de la loi 122 qui vise notamment à rapprocher le gouvernement municipal des citoyens et à favoriser leur participation à la prise de décision.

La loi 122, adoptée en juin dernier, donne davantage de pouvoirs aux municipalités, notamment en matière de gouvernance, d’aménagement du territoire et de référendums.

Elle cadre avec la philosophie voulant que les municipalités forment le palier de gouvernement le plus proche des citoyens et qu’elles doivent avoir l’autonomie et les pouvoirs requis en ce sens.

Mais pour ce qui est du nombre de signatures nécessaires pour déclencher le mécanisme d’approbation référendaire, le gouvernement du Québec a placé la barre trop haut.

La loi vise notamment à éviter qu’un petit groupe de citoyens puisse bloquer un projet, qu’il s’agisse d’un changement de zonage ou d’un règlement d’emprunt, au détriment de la collectivité.

Mais exiger la signature de 8702 personnes pour la tenue d’un référendum, comme ce fut le cas la semaine dernière à Sherbrooke, ressemble à un déni de démocratie.

Il est impératif que les citoyens soient entendus et soient partie prenante du processus décisionnel.

On ne peut donner davantage de pouvoirs aux municipalités et en enlever en même temps aux citoyens.

« Lorsqu’il faut plus de 8000 signatures pour bloquer un règlement d’emprunt (…), c’est beaucoup alors que seulement 46 ou 48 pour cent des gens vont voter aux élections municipales. Là, on s’éloigne des citoyens », juge le conseiller Marc Denault.
Diverses avenues pourraient être explorées, qu’il s’agisse de revoir à la baisse le nombre de voix requis pour obtenir un référendum ou d’élargir les zones où les citoyens sont habilités à voter.

S’il a pu y avoir dans le passé des situations où des citoyens ou ont tenté faire passer leurs intérêts avant ceux de la collectivité en se mobilisant contre un projet, il ne faut pas en revanche que les élus aient le monopole du processus décisionnel ou, pire, soient de connivence avec des promoteurs.

On ne peut placer les citoyens devant un fait accompli.

Ceux-ci ont le droit d’être informés des enjeux liés aux projets de changements de zonage ou d’emprunt.

Car si l’immense majorité des élus et des promoteurs sont intègres, la Commission Charbonneau a démontré que certains ont contourné les lois et abusés des fonds publics.

D’où l’importance de maintenir une voix citoyenne forte.

Opinions

Une stratégie au goût amer

Année électorale oblige, le gouvernement Couillard ne fonctionne plus en mode austérité. Après avoir mis au régime sec notre réseau scolaire – avec des coupes de un milliard de dollars en cinq ans en éducation –, il investit enfin pour soutenir les enfants de 0 à 8 ans sur le chemin de la réussite éducative.

Nous le disions depuis longtemps : plus nous intervenons tôt auprès des enfants et meilleures sont leurs chances de réussir. Jusqu’à tout récemment, le gouvernement n’avait rien voulu entendre. C’est fou comment un échéancier électoral peut ramener du gros bon sens chez les politiciens.

On ne peut qu’applaudir cette volonté d’assurer l’égalité des chances en éducation. Le personnel de soutien scolaire contribue d’ailleurs, quotidiennement, à l’atteinte de ce noble objectif, en assurant des services directs aux élèves, au personnel et aux familles. Mais pour que tous les besoins criants soient comblés et que cette égalité des chances puisse réellement se concrétiser, nos écoles doivent fourmiller, par exemple, de personnel en éducation spécialisée, en travail social, en services de garde ou auprès des élèves handicapés.

Or, l’austérité – que l’on veut maintenant nous faire oublier – a créé des déserts de services dans des pans entiers du soutien scolaire. Nous nous souvenons de ces cafétérias, exploitées par des employés des commissions scolaires, qui offraient, à coûts modiques, des repas du midi, et parfois du matin, à tous les élèves, de milieux défavorisés ou non.

Cela n’existe plus aujourd’hui. Seuls les enfants les plus défavorisés auront droit à des repas, et ce, uniquement durant les 200 jours du calendrier scolaire. Pour les 165 autres jours, ils devront demeurer sur leur faim… Qu’attend le gouvernement pour s’attaquer aux racines de la pauvreté? Cette question va bien au-delà du cadre d’action du ministère de l’Éducation, mais elle relève tout de même des responsabilités du gouvernement. (...)

Le beau « show » de Philippe Couillard et Sébastien Proulx me laisse un goût amer. Ils ont beau jeu de se présenter aujourd’hui comme des progressistes visionnaires, préoccupés par le développement et la scolarisation des enfants de 0 à 8 ans. Or, c’est leur gouvernement qui n’a eu aucune gêne à couper la somme astronomique de un milliard de dollars en éducation ni aucun remords quant aux conséquences pour ces jeunes. Quand l’éducation est la véritable priorité d’un gouvernement, on ne se comporte pas ainsi.

Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

Pierre Jury

Un appel à la prudence

ÉDITORIAL / Plus la Banque du Canada relève son taux directeur, plus les consommateurs doivent être sur leurs gardes. Et modifier leurs comportements, s’ils ne l’ont pas fait. Mais nous pouvons déjà prédire que ce ne sera pas facile.

Cela fait 10 ans que le taux directeur navigue en deçà du 1,5 %. Toute une nouvelle génération de consommateurs n’a jamais connu des taux hypothécaires de 6, 7 ou 8 % qui étaient considérés « normaux » à une époque. Pour ces gens de 30 à 40 ans qui ont acheté des maisons après la crise financière de 2008, la perspective d’une hausse des taux d’intérêt demeure un concept bien vague. 

Oui, on sait que ça a déjà existé, mais ça fait si longtemps...

Pour bien des gens, résolument confiants en l’avenir, il n’y a vraiment pas encore raison de paniquer parce que la Banque du Canada a relevé le taux préférentiel... à 1,25 %, hier. Les hypothèques, qui sont le principal exemple concret de ce taux préférentiel pour la population, se négocient encore autour de 5 % (contrat fermé, 5 ans). Il y a encore beaucoup de marge de manœuvre.

Cette conclusion hâtive est pourtant à côté de la plaque. Parce que le taux d’endettement des ménages canadiens a atteint des niveaux records ces dernières années. Il se chiffre à environ 165 % du revenu. Donc si votre revenu familial est de 100 000 $, la moyenne canadienne affirme que vous avez accumulé des dettes de 165 000 $ : l’hypothèque de la maison, l’auto « sur la finance », un prêt étudiant qui traîne, des meubles achetés à crédit, etc. C’est sûr que la bulle immobilière qui a ravagé Vancouver et Toronto a déséquilibré les statistiques vers le haut pour tout le reste du pays, mais faites le calcul de vos finances. Vous verrez. Et grosso modo, le tiers de cette dette est détenu à court terme, et donc encore plus vulnérable à la hausse des taux d’intérêt.

Quand on a moins de 40 ans, on se dit que ce n’est pas catastrophique, une dette de cette ampleur, qu’on a encore bien des années de revenus pour s’en débarrasser. Ce qui est vrai en bonne partie. Mais si les taux d’intérêt se mettaient à grimper, grimper, grimper ? Comme entre 1974 et 1990, le Canada a traversé des années de forte incertitude qui ont débuté avec la crise du pétrole. À l’automne 1981, le loyer de l’argent a atteint un taux record de 22,75 % ! C’était une anomalie, certes, mais pendant ces 15 années que les baby-boomers ont durement encaissées, les taux habituels des hypothèques tournaient entre 8 et 12 %. 

Alors le message aujourd’hui, à la lumière de cette leçon d’histoire et de l’annonce de la Banque du Canada, c’est... et si votre hypothèque doublait ? Que feriez-vous ? 

Outre la panique des premiers instants ? 

Répétons-le, nous n’en sommes pas là. Avec un taux directeur qui passe de 1,00 à 1,25 %, on se calme. Mais le message de la Banque du Canada est clair : préparez-vous parce que la décennie de taux d’intérêt modiques est probablement derrière nous pour de bon. La décision du gouverneur Stephen Poloz de pousser le taux à la hausse est sa troisième en six mois. Les économistes prévoient d’autres hausses en 2018. 

S’il n’y avait pas l’incertitude quant à l’avenir de l’Accord sur le libre-échange nord-américain remis en question par le président Donald Trump, les taux d’intérêt seraient déjà plus élevés. 

L’économie canadienne roule fort, il est facile de présumer que cela sera toujours ainsi. Car ça ne sera pas le cas. Les consommateurs canadiens devraient prendre des habitudes de prudence financière, ou les retrouver. Cela est encore plus vrai aujourd’hui que depuis 10 ans !