Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
Vos taxes à l’œuvre

Opinions

Vos taxes à l’œuvre

ÉDITORIAL / Les observations de la vérificatrice générale Andrée Cossette, dans son rapport annuel 2019 sur la gestion financière et organisationnelle de la Ville de Sherbrooke, sont sévères et même révoltantes, à tout le moins sous certains aspects, pour les contribuables.

Le compte-rendu à ce sujet du journaliste Jonathan Custeau, il y a quelques jours dans La Tribune, est fort éloquent.

Car les lacunes dans la culture organisationnelle, la gestion des priorités, l’organisation du travail et le contrôle des dépenses ont ultimement un impact sur le compte de taxes des citoyens, comme l’observe avec lucidité la conseillère Annie Godbout. 

Ce n’est certes pas d’hier que la Ville de Sherbrooke a de la difficulté à contenir ses dépenses en raison de manquements dans sa discipline budgétaire et, il est vrai, de revenus insuffisants.

Et elle n’est pas la seule au Québec.

Toutefois, les constats de la vérificatrice démontrent l’urgence d’un changement de cap dans la gestion des fonds publics, voire d’une nouvelle philosophie basée sur davantage de rigueur et d’imputabilité.

Car les faits relevés par la vérificatrice sont à la limite inexcusables pour les payeurs de taxes sherbrookois qui, pour une grande partie, ne roulent pas sur l’or. Loin de là!

Ainsi, près d’un employé municipal sur quatre dispose d’une carte de paiement au nom de la Ville de Sherbrooke pour effectuer des transactions aussi variées que l’achat de matériel ou de services auprès de fournisseurs, des chèques-cadeaux à l’occasion du départ d’un employé, ou pour des repas.

Ainsi, entre 2015 et 2018, 100 000 transactions ont été effectuées pour un total de 23,3 millions $.

Or, note Andrée Cossette, bien que les détenteurs de ces cartes ne doivent pas dépenser plus de 2000 $ par jour, 112 transactions ont dépassé ce montant en 2018.

De plus, certaines factures ont été fractionnées pour répartir les montants, de sorte qu’on a vu par exemple neuf fois le même montant, la même journée, sur trois cartes distinctes, pour un même fournisseur.

Et dans un cas, signale la vérificatrice, la carte d’un employé qui a quitté la Ville depuis 14 mois est toujours valide.

Autre constat : le manque de rigueur dans l’actualisation du rôle d’évaluation foncière pour des travaux de construction ou de rénovation priverait la Ville de revenus annuels de 300 000 $.

La raison? De 2015 à 2019, des inspections ont été effectuées pour seulement 17 % des permis accordés.

Autre dossier : la vérificatrice générale recommande de revoir la gouvernance du centre de tri des matières recyclables Récup-Estrie, qui n’a pas été mise à jour depuis 2010, afin d’assurer l’atteinte de ses objectifs et l’efficacité des mesures de contrôle.

La Ville a tout de même rectifié le tir dans certains domaines : ainsi, elle parvient maintenant à bloquer les factures produites en double avant de les payer deux fois, comme cela s’est produit à maintes reprises dans le passé, et a récupéré ou évité de dépenser 1,5 million $ depuis l’an dernier.

À la suite du dépôt du rapport de la vérificatrice générale, le maire Steve Lussier affirme que des améliorations vont continuer à être apportées aux façons de faire et que des gains en efficacité sont déjà observés dans les différents services.

C’est le minimum auquel peuvent s’attendre les contribuables.

On ne peut tolérer que ces derniers se retrouvent depuis quelques années à payer pour les pots cassés, comme on l’a vu l’an dernier avec une hausse de taxes de 5,74 % en raison du laxisme dans la gestion du centre de valorisation des matières résiduelles Valoris.

Pour mettre en œuvre la transition écologique

Opinions

Pour mettre en œuvre la transition écologique

Éric Pineault
Professeur, Institut des sciences de l’environnement, UQAM
POINT DE VUE / Depuis maintenant plusieurs mois, des voix s’élèvent au Québec et au Canada, comme partout dans le monde, pour que la relance économique d’après COVID soit verte. Il faut profiter de la nécessité d’intervenir massivement dans l’économie pour stimuler un changement de cap dans notre mode de développement et se lancer dans la transition écologique.

L’argument des artisans et experts qui ont travaillé à formuler les «101 idées du Pacte pour la transition» est que nous sommes ici, au Québec, comme ailleurs sur la planète, convoqués devant un choix historique comparable à celui qui mena au New Deal, l’ambitieux plan de réforme que proposa Roosevelt pour sortir les États-Unis de la grande crise des années 1930. Nous devons, comme Roosevelt, redéfinir nos rapports économiques par le biais de réformes radicales et importantes, et nous pouvons le faire parce que l’État doit intervenir massivement dans l’économie pour la relancer.

Certes, comme l’a souligné le gouvernement Trudeau dans son discours du trône, il est difficile de prévoir la trajectoire que prendra la reprise de l’activité économique dans un contexte sanitaire incertain, le gouvernement devant d’abord assurer la sécurité et la santé de sa population. Mais, tôt ou tard, Québec et Ottawa devront intervenir massivement. Ces interventions peuvent pousser l’économie plus loin dans sa trajectoire insoutenable actuelle ou, au contraire, la diriger ailleurs. L’objectif du Pacte et des 101 idées est de proposer un ailleurs compatible avec les engagements que le Canada et le Québec ont pris dans divers forums en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de maintien de la biodiversité.

Les propositions pour une transition que l’on retrouve dans les 101 idées du Pacte réitèrent des solutions et réponses aux enjeux environnementaux qui sont déjà connues. Certes, elles sont radicales, dans le sens où elles heurtent de plein fouet cette conviction rassurante que tout peut changer sur le front environnemental – que nous pouvons sortir du pétrole, régler le problème des émissions de GES, restaurer la santé des écosystèmes et laisser foisonner la biodiversité – sans que rien ne change sur le plan économique et politique. Nos embouteillages seront électriques, les power centers seront des hubs de l’économie circulaire, notre croissance sera propre et le gaz naturel qui fournira nos usines en énergie sera vert. Ces illusions sont le premier frein à un changement économique et social profond. Tant que nous pensons que le business as usual est compatible avec la résolution de la crise environnementale, nous demeurerons prisonniers de la crise écologique et climatique.

Composante sociale

Si tout doit changer, alors nous devons nous donner un espace pour discuter, planifier, accompagner et débattre des réformes importantes nécessaires pour enclencher cette transition profonde de notre économie. C’est une composante essentielle du deal qui doit accompagner la transition. Une composante sociale et démocratique plutôt qu’uniquement technologique. Car, ce qui doit changer, ce n’est pas uniquement telle technologie de chauffage ou de motorisation, l’usage de telle matière ou l’extraction de telle ressource, ce sont également les rapports sociaux, habitudes, attentes et aspirations économiques qui encadrent nos manières de produire, de consommer et de subsister. C’est peut-être là, l’innovation la plus importante que proposent les 101 idées du Pacte, une idée qui converge avec des revendications portées par plusieurs acteurs au Québec, dont les mouvements syndicaux et environnementaux: la transition écologique est plus qu’une simple question d’électrification ou de modernisation technologique. C’est une occasion de revoir le développement économique du Québec et de toutes ses régions en se donnant des espaces démocratiques capables d’orienter ce développement par le biais de la concertation, et ce, en vue d’une transition porteuse de justice sociale.

C’est en ce sens que Le Pacte demande que les investissements massifs que requiert «la relance par la transition» soient un levier pour un développement économique orienté par des «chantiers régionaux de la transition» qui fonctionnent par la concertation. Ces chantiers sont un espace de planification et de délibération des options économiques qu’implique la transition. Ils accompagnent également les communautés dans une transition qui renforce l’autonomie et la résilience des régions et localités, tout en contribuant à une démocratisation de l’économie et à la lutte aux inégalités. Ces chantiers prioriseront des formes d’entreprises ancrées dans les communautés, comme les coopératives, les entreprises d’économie sociale, les petites entreprises familiales ou du secteur public, plutôt que les multinationales qui ne connaissent d’autre ancrage que les marchés financiers globalisés.

Le Québec a longtemps bénéficié de structures régionales et locales qui ont balisé son développement par le biais d’une concertation entre acteurs socio-économiques. Ce n‘est que récemment qu’elles ont été détruites et marginalisées par les réformes d’austérité du gouvernement Couillard. Nous croyons, avec d’autres, que la relance par la transition doit reposer sur la renaissance de telles instances et la concertation démocratique qui les anime et fonde leur légitimité publique. La COVID nous a appris que tout peut changer soudainement, et que l’État a la capacité de remodeler profondément nos modes de vie et attentes. Si tout doit changer profondément, et pour longtemps, mieux vaut que ce changement soit orienté et balisé par des institutions qui reposent sur une participation démocratique élargie. Pour que les débats se fassent, les points de vue se confrontent et les décisions se prennent de la manière la plus éclairée possible. Éclairée par la science et l’expertise, certes, mais également par l’expérience et les savoirs locaux et ancrés dans la vie des collectivités qui sont amenés à changer. Tel est le «Deal» que propose Le Pacte pour la transition.

Éric Pineault est membre du regroupement Des Universitaires
Dernier article d’une série de 13 sur les «101 idées pour la relance» du
Pacte pour la transition

Affronter la deuxième vague sans revivre une deuxième crise économique

Points de vue

Affronter la deuxième vague sans revivre une deuxième crise économique

Charles Milliard, MBA
Charles Milliard, MBA
Président-directeur général, Fédération des chambres de commerce du Québec
POINT DE VUE / Alors qu’on amorçait résolument la relance économique, le Québec replonge malheureusement dans une deuxième vague de COVID-19. Nos entrepreneurs qui commençaient à peine à sortir la tête de l’eau ont de quoi s’inquiéter.

Les leçons tirées de ce premier épisode et certaines mesures déjà annoncées permettront certainement d’amoindrir les impacts économiques, mais d’autres gestes devraient également être posés rapidement par nos gouvernements.

La première vague avait frappé de façon très différente les régions du Québec. Certaines régions étaient au cœur de l’épidémie, alors que d’autres étaient relativement épargnées. Néanmoins, le confinement généralisé à tout le Québec qui avait été décrété a porté un dur coup à l’ensemble de l’économie. Le système d’alerte du gouvernement du Québec et son code de couleurs allant du vert au rouge permettent la mise en place de mesures sanitaires ciblées sans pénaliser l’ensemble des régions. C’est un élément important qui permet d’assurer une plus grande prévisibilité aux entreprises, notamment pour la gestion de leur personnel et de leur chaîne d’approvisionnement.

Le projet de loi 66 présenté cette semaine sera un élément essentiel pour relancer notre économie et s’assurer que nous serons bien outillés pour traverser les secousses de cette deuxième vague. Les projets d’infrastructures et la réduction des délais de réalisation, ainsi que l’ajout de mesures d’allègements réglementaires aux bénéfices des entreprises, demeurent des facteurs clés pour stimuler l’économie du Québec et de ses régions. Ajoutons à cela l’importance à accorder au financement mixte privé-public, afin d’encourager le secteur privé à accélérer la mise en œuvre de projets grâce à des prises de participation par le gouvernement.

La recette du succès ne pourra cependant pas se limiter à des investissements en infrastructures, comme le soulignent d’ailleurs de plus en plus d’économistes. Il faut également investir de façon importante en formation afin de permettre la requalification et l’augmentation des compétences des travailleurs. Les milieux de travail ont changé, le tissu industriel aura été modifié, et le bassin de main-d’œuvre disponible doit pouvoir suivre cette transition. Il faut également rehausser la collaboration entre les milieux d’enseignements et les milieux de travail.

Même si certains ont vu dans l’augmentation temporaire du taux de chômage causé par la pandémie une occasion d’abaisser le niveau d’immigration, nous croyons au contraire qu’il faut maintenir et même accélérer le rehaussement des seuils d’immigration. Malgré la crise, la population vieillissante du Québec nous ramènera rapidement dans une situation de rareté de main-d’œuvre pour les années à venir.

Les mesures pour favoriser la transition énergétique sont une autre avenue incontournable pour soutenir des entreprises de l’ensemble des secteurs d’activités. Le dépôt cet automne du Plan pour une économie verte est une occasion à ne pas manquer pour le gouvernement du Québec, qui aura de grandes décisions à prendre en matière de développement durable. Les contrats publics auront ici aussi un rôle à jouer pour stimuler l’innovation ainsi que pour favoriser une relance verte.

Enfin, malgré la reprise des activités cet été, on constate que les milieux du tourisme, de la restauration ou de la culture demeurent particulièrement vulnérables et subiront probablement encore davantage les contrecoups des nouvelles mesures sanitaires. Des programmes d’aide ciblés pour les entreprises de ces secteurs sont donc plus que jamais nécessaires, autant en région que dans les grands centres.

Si malheureusement la deuxième vague semble inévitable, il faut s’assurer de mettre en œuvre tous les éléments afin de ne pas revivre une deuxième crise économique et poursuivre sur la relance économique entamée il y a quelques mois déjà.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
Les épidémies d’influenza (grippe) au Moyen-Âge

Opinions

Les épidémies d’influenza (grippe) au Moyen-Âge

CHRONIQUE / La grippe est une grave maladie qui affecte l’humanité depuis des milliers d’années. Transmise aux humains lors de la domestication des animaux, ses traces remontent à plus de 6000 ans. Toutefois, jusqu’au 15e siècle, les chroniqueurs et les médecins avaient tendance à utiliser communément la peste pour décrire cette contagion.

Le terme « influenza» pour décrire les symptômes de la grippe fut utilisé la première fois à Florence en 1357. Le chroniqueur italien décrivit la maladie qui frappait la population locale comme le résultat d’une influence froide: « influenza di freddo». Néanmoins, on continua jusqu’au 18e siècle à la confondre avec la coqueluche. 

Quant au mot grippe, c’est un dérivé du vieux français signifiant « attraper ». Ce n’est qu’en 1743 que le terme prit un sens médical définissant une « maladie virale ». Le mot grippe pour décrire cette maladie contagieuse devint alors courant.

Jusqu’à la fin du 19e siècle, la communauté scientifique a pensé que la grippe était causée par un miasme provenant d’un mauvais air. En fait, le virus de la grippe ne fut isolé qu’en 1933 par trois scientifiques britanniques. Plus encore, une particularité de la grippe vient du fait qu’elle est causée par un virus en constante évolution. De légères mutations provoquent chaque année une altération des propriétés de ses antigènes H et N. Par conséquent, il est impossible d’acquérir une véritable immunité complète et globale, même en recourant à un vaccin antigrippal.

Les virus qui provoquent la grippe chez les humains font partie de la famille des trois virus orthomyxoviridae. Les virus A et B sont responsables des épidémies de grippe saisonnière, tandis que le virus C, relativement rare, cause une maladie respiratoire bénigne sans provoquer d’épidémie. Le virus A infecte également les oiseaux, les porcs, les chevaux et autres animaux, tandis que le virus B comporte deux lignées ayant des souches strictement humaines.

La grippe se propage de plusieurs façons. La forme la plus commune consiste en une toux ou des éternuements aériens. Mais elle le fait aussi par le contact avec des surfaces contaminées, telles que les poignées de porte ou les claviers, par des poignées de main ou la salive d’autrui. Une fois contaminée, il est conseillé à la personne de rester chez elle pour éviter la propagation de la maladie.

La grippe consiste en une infection respiratoire virale, mais si ses symptômes semblent être similaires à ceux du rhume, ils sont néanmoins plus graves. Ceux-ci peuvent inclure une toux, une forte fièvre soudaine, un écoulement nasal et un grand malaise. Bien que cette maladie soit avant tout respiratoire et non gastrique ou intestinale, elle peut aussi provoquer une inappétence, des vomissements, des nausées et de la diarrhée.

Ses symptômes apparaissent d’un à quatre jours après qu’un individu a été contaminé. Les malades n’ayant reçu aucun traitement médical prennent habituellement deux semaines pour se rétablir. Toutefois, la grippe peut parfois entraîner des complications, telles que des infections des oreilles et des sinus ou encore dégénérer en pneumonie et en bronchite.

La première épidémie de grippe aurait été signalée par Hippocrate. Une maladie hautement contagieuse, comportant tous les symptômes de la grippe, survint vers 410 avant J.-C. dans le nord de la Grèce. La deuxième épidémie connue de grippe, rapportée par des moines, balaya l’Angleterre en 664.

L’hiver 875-876 fut marqué par une fièvre importante qui affecta toute l’Europe et dont les symptômes indiquent que celle-ci résultait d’une épidémie de grippe. Des pestes similaires survirent en 926 et en 1105. Des témoignages médiévaux révèlent qu’une pandémie de grippe aurait frappé l’Angleterre, la France et l’Italie en 1173-1174. Un chroniqueur français décrivit cette importante infection virale sommairement: « En mai, un fléau inflammatoire s’est répandu dans tout l’Occident «.

Valesco de Tarente, un médecin de Montpellier, rapporta en 1387 la présence d’une importante épidémie touchant les voies respiratoires des gens de la région qui affectait 90 % de la population. L’épidémie était «si importante que seule une personne sur dix pouvait échapper à la maladie». Il nota un taux élevé de mortalité parmi les personnes âgées. L’épidémie de 1411 qui toucha toute l’Europe et qui eut des effets similaires sur les personnes âgées de Montpellier est aujourd’hui considérée comme étant une épidémie de grippe.

Des chroniqueurs français rapportèrent qu’une très importante épidémie débuta en février 1414. Selon leurs dires, l’épidémie résultait d’un «vent puant et tout plein de froidure» qui infectait tout le monde, autant les clercs et les nobles que les gens ordinaires. Environ 100 000 des 275 000 habitants de la ville en seraient tombés malades. 

La toux était si grave que les autorités décidèrent de fermer les écoles, les universités et les tribunaux. Quant aux malades, ils « ont perdu le goût de manger et de boire. Ils ne pouvaient rien faire d’autre que se reposer; ils avaient une fièvre très élevée avec des frissons et une toux…»

L’épidémie qui frappa la France et l’Angleterre en 1427 fut longtemps considérée comme une épidémie de coqueluche. Toutefois, les épidémiologistes pensent que celle-ci fut en fait une épidémie de grippe. L’épidémie qui débuta en février était particulièrement contagieuse. Elle «a envahi tout le peuple et a tellement infecté les personnes âgées ainsi que ou par les plus jeunes qu’elle a emporté un grand nombre dans la tombe».

Les médecins et les chroniqueurs du Moyen-Âge recouraient régulièrement au terme général de peste, puis de coqueluche, pour décrire les épidémies de grippe. Cette façon de faire a rendu plus difficile l’identification des épidémies de grippe au Moyen-Âge. Elle ne permettait pas aux historiens d’affirmer hors de tout doute que telle ou telle épidémie en était une de grippe. Tout cela ne rappelle-t-il pas la pandémie actuelle ?


Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Indulgent? Je plaide coupable

Chronique

Indulgent? Je plaide coupable

CHRONIQUE / Tout serait beaucoup plus clair si tout était fermé. Mais ce serait socialement, humainement et économiquement catastrophique. Tout serait beaucoup plus clair s’il n’existait aucune restriction ni aucune consigne des autorités gouvernementales et sanitaires. Mais on ferait déjà face à un terrible bilan mortel si c’était le cas, et nos gouvernements devraient être sanctionnés pour cela; pour leur coupable inaction.

Tout serait beaucoup plus clair si c’était tout l’un ou tout l’autre, tout fermé ou tout ouvert!

Mais dans la mesure où le gouvernement de François Legault veut — et doit — agir au plus près possible de la réalité du terrain, cibler le plus possible les interventions, il se fera inévitablement toujours accuser d’en faire trop ou pas assez. C’est pareil pour à peu près tous les gouvernements d’États semblables à ceux du Québec et du Canada.

Cette approche ciblée est et restera imparfaite par nature. L’équilibre parfait n’existe pas en la matière. On n’est pas dans des mathématiques.

Autant il faut critiquer les incohérences du gouvernement Legault dans sa lutte contre le virus, épingler son code de couleurs (ce que recoupe ou pas chacune d’elle), ainsi qu’une certaine confusion dans ses prescriptions et ses messages; autant il faudrait chaque fois systématiquement rappeler que sa mission, à l’instar de celle des autres gouvernements, est aussi difficile que périlleuse.

Il est inadmissible que des citoyens de bonne volonté doivent attendre des heures pour obtenir un test de dépistage et parfois des jours pour en connaître le résultat. Ce segment de la chaîne est celui pour lequel j’ai eu jusqu’ici le moins d’indulgence en raison de ses ratés (lesquels n’ont rien à voir avec le dévouement des gens qui y oeuvrent).

Sans efficacité avérée à ce niveau, l’adhésion de la grande majorité des citoyens aux prescriptions gouvernementales pourrait s’étioler. Mieux rodé et mieux pourvu en personnel, guidé par des protocoles plus précis, ce système devrait toutefois s’améliorer. Heureusement.

La semaine dernière, les députés libéraux avaient raison de dire que le Québec entrait dans la deuxième vague. Le péquiste Pascal Bérubé n’avait pas entièrement tort de dire que le code des couleurs correspondait plus à un degré d’inquiétude qu’à n’importe quoi d’autre.

Bien des critiques que l’on entend sont fondées en tout ou en partie. On voit des décisions et des actions imparfaites. Il faut réclamer plus de clarté. Mais attention : on n’a vu aucune décision ou action foncièrement ou volontairement irresponsable. D’où ma relative indulgence à l’égard des autorités publiques au milieu du concert de critiques.

Le tir gouvernemental devra être réajusté en permanence, ce qui ne participera pas à la clarté immédiate des choses, qu’on le veuille ou non. Le constat devra en être établi — c’est essentiel si l’on veut que les rouages s’améliorent —, mais il faudrait idéalement toujours pouvoir rappeler du même souffle qu’il n’existe pas de réponse ou de contre-attaque parfaite contre ce virus.

Il ne faut pas être complaisant envers l’action gouvernementale. Mais on peut être indulgent s’agissant de cette bataille. Ou être de bon compte et voir avec les deux yeux plutôt qu’avec un seul (si on trouve le terme indulgent trop complaisant).

Oui, être de bon compte. Parce que le risque est grand d’élargir petit à petit non seulement le nombre des «anti», mais celui des sceptiques et celui de tous ces citoyens de bonne volonté qui se demanderont à quoi tout cela sert et si tout cela en vaut la peine. Ce risque se matérialisera si l’idée s’installe dans l’opinion publique que tout ce qui est mis en place est ridicule ou tout croche, si de plus en plus de gens en viennent à oublier les difficultés inédites qui confrontent nos gouvernements dans cette lutte. Le risque est même grand que ceux-ci, avec le temps, finissent par baisser les bras.

Pour éviter cela, je veux bien être à la fois critique et indulgent. Même envers des messages parfois confus sur le coup. 

Ce qui vaut pour la lutte contre le virus ne vaut pas à la même échelle dans d’autres matières. Pas pour la nouvelle mouture du projet de loi sur la relance économique que présentera le gouvernement Legault, par exemple. Ce texte législatif ne devra pas être analysé avec la même mansuétude que la bataille contre la COVID-19. (Le nouveau projet de loi «concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure» devrait être dévoilé ce mercredi par la ministre Sonia LeBel.)

Sur la lutte comme telle contre le virus, on pourrait conclure en disant que le gouvernement Legault cherche aussi à faire en sorte que sa popularité ne soit pas écorchée. Mais il faut parallèlement comprendre que l’adhésion de la population en général aux mesures visant à éviter que ce virus jette par terre le système de soins dépend en partie de sa popularité.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
La température monte en flèche à la Ville de Sherbrooke

opinions

La température monte en flèche à la Ville de Sherbrooke

Point de vue
Point de vue
La Tribune
En novembre prochain, ça fera 2 ans que les élu-es de la Ville de Sherbrooke auront signé la Déclaration d’Urgence Climatique (DUC). Plusieurs citoyen-nes avaient du même souffle mis du temps et de l’énergie dans des rencontres avec la conseillère municipale Karine Godboult et la division de l’environnement. L’objectif était de proposer à la Ville de Sherbrooke d’unir les forces de citoyen-nes investi-es, de l’Université de Sherbrooke (leadership et savoir-faire dans le domaine) et de tout autre partenaire motivé à travailler ensemble pour réduire les émissions de GES sur le territoire de Sherbrooke. Le résultat fut de nous annoncer qu’une grande consultation citoyenne sur le sujet serait organisée.

Le temps a passé et les rencontres avec les élu-es et les fonctionnaires ont fini par être plus démobilisantes qu’autre chose. Une œuvre de l’artiste Nan avec un nombre impressionnant de signatures d’enfants a même été offerte de bonne foi aux élu-es pour leur rappeler leur engagement de mettre l’environnement en priorité dans leurs décisions il y a un an. L’idée d’intégrer au sommaire décisionnel un point qui tient compte des impacts environnementaux leur avait été soumise à ce moment. Idée qui n’a pas été retenue. 

Nous apprenons par l’entremise du journal La Tribune que la commission des arts visuels recommande de ne pas exposer cette œuvre dans la salle du conseil. Ce haut lieu des décisions politiques municipales qui n’a vraisemblablement pas comme priorité de revoir son « Plan d’action visant la réduction des émissions de GES » échu depuis 2015. 

Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, je me sens face à une institution et à des élu-es qui adoptent une posture d’immobilisme. Ces êtres figés dans leur conformisme et soumis au politiquement correct ne semblent pas avoir le réel désir ou la capacité d’être des leaders dans l’élaboration d’avenirs viables pour les générations qui leur succèderont. Ils et elles semblent reproduire ce qu’ils connaissent en limitant toute initiative qui les sortirait de leur zone de confort.

Quand nos choix politiques en viennent à être soumis à d’innombrables règles rigides, l’éthique tant à disparaître. C’est ce qui est démontré par ces expert-es de la Commission des arts visuels de la Ville de Sherbrooke avec cette proposition absurde d’exposer l’œuvre au bureau de l’environnement. Au sens moral, ces 1917 enfants se sont adressés aux élu-es qui ont un réel pouvoir d’en faire plus et non aux fonctionnaires du bureau de l’environnement, déjà convaincu par l’urgence d’agir. 

Pour ce qui est de cette fameuse consultation citoyenne qui avait été promise, ce n’est toujours pas prévu à court terme. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, je commence à trouver que la température monte en flèche à la Ville de Sherbrooke.

Louis-Philippe Renaud, citoyen
Sherbrooke

Deuxième vague: je suis inquiet, et vous?

Point de vue

Deuxième vague: je suis inquiet, et vous?

Luc Mathieu
Luc Mathieu
Président de l’OIIQ
POINT DE VUE / Tout comme moi, vous avez sans doute entendu que plusieurs infirmières et infirmiers quittent leur poste dans les établissements de santé du Québec. Ce mouvement touche particulièrement la région de Montréal, qui a été fort éprouvée par la première vague de la pandémie de COVID-19. Sans nous tromper, nous pouvons donc dire que la profession infirmière a un urgent besoin de reconnaissance.

Nous le savons : la deuxième vague est à nos portes mais, cette fois, la COVID-19 frappera aux quatre coins de la province. Certaines régions sont déjà aux prises avec des ruptures de service. Par conséquent, nous devons agir collectivement afin de préserver l’accès aux soins.

À titre de président du plus grand ordre professionnel du Québec réunissant plus de 78 000 infirmières et infirmiers, dont 85 % œuvrent dans le réseau de la santé, je suis inquiet! Je me soucie beaucoup de l’état de santé et d’esprit de mes collègues infirmières et infirmiers, ces professionnels de la santé que nous avons tant chéris collectivement au printemps dernier allant jusqu’à leur donner le titre d’anges gardiens. En fait, je le mentionne, ce ne sont pas des anges gardiens, mais bel et bien des professionnels de la santé possédant une expertise unique et essentielle en matière de soins de proximité.

Notre mandat de protection du public m’interpelle sérieusement aujourd’hui. C’est pourquoi je m’adresse à la population en général en l’invitant à prendre soin à sa manière des équipes soignantes, c’est-à-dire en adhérant aux consignes de la santé publique, de sorte que la prestation de soins de qualité et sécuritaires se poursuive sans heurts.

Julie Myre-Bisaillon
Julie Myre-Bisaillon
La preuve est dans la sauce tomate : faire ses devoirs (ou pas)

Opinions

La preuve est dans la sauce tomate : faire ses devoirs (ou pas)

Changer, c’est difficile. Individuellement, collectivement, institutionnellement. Changer, c’est long. Force est de constater que l’école, comme institution, n’a pas beaucoup changé. Les approches non plus d’ailleurs. Je crois qu’Émilie Bordeleau ne serait pas tant dépaysée si elle devait enseigner aujourd’hui. On fait du calcul, des dictées, on remplit des cahiers d’exercices. On fait nos devoirs. J’exagère peut-être. Mais peut-être à peine. Je sais aussi qu’on fait des choses extraordinaires dans les écoles. 

Les temps ont changé. Le temps a changé. La famille a changé et le temps dont disposent les familles pour faire des trucs (j’utiliserai encore volontairement ce terme flou) en famille est de plus en plus restreint et donc, précieux. 

Même si certaines écoles ont fait le pas collectif, institutionnel, de ne plus donner de devoirs, une majorité (trop) d’enfants ont toujours des devoirs. Beaucoup (trop) de devoirs. 

On n’a plus le temps de faire des devoirs. C’est ce que je pense. Pour vrai. 

Et, même si je travaille avec mes étudiantes à regarder les avantages et les désavantages de donner des devoirs (disons davantage les désavantages), même si elles ressortent de nos discussions largement convaincues, elles devront s’intégrer à une culture école. Culture qui n’a pas beaucoup changé. Et dans laquelle s’inscrivent encore des devoirs. 

Je réfléchis donc à leur utilité. Je pense tout haut. Et, j’ai souvent l’impression qu’on donne encore des devoirs, parce qu’on a toujours donné des devoirs.  

*****

Je me revois à l’adolescence. Complètement désemparée devant mon manuel de math au secondaire, le soir à la table de la cuisine. Je n’y comprenais pas grand-chose. Faut dire que j’essayais davantage d’arriver à la bonne réponse indiquée à la fin, dans le corrigé. Au lieu d’essayer une démarche quelconque. Démarche que je n’avais pas comprise en classe et qu’il m’était donc difficile de reproduire dans les numéros 1 à 10 de mon cahier. 

Je me revois, copiant le devoir d’une amie dans la rangée des casiers le matin, en vitesse, avant le cours où je devais remettre le document.

Je me rappelle avoir appelé des amis un soir pour savoir ce qu’ils avaient inscrit à tel numéro et à tel autre numéro. Après plusieurs appels à plusieurs amis, j’arrivais à compléter mon devoir d’histoire. Subterfuge. 

J’ai aussi compté les bureaux pour savoir quand arriverait mon tour de répondre à la question… et faire rapidement le problème sur lequel j’étais pour tomber (et avec les profs imprévisibles, valait mieux faire le numéro avant et après). Donc, je n’écoutais pas, mais ça marchait. 

J’ai fait tout ça et, je n’ai pas si mal viré. 

*****

Je me revois comme enseignante. Donner des devoirs, en corriger en grand groupe, en corriger seule le soir, contrôler les devoirs faits et non faits, punir les devoirs non faits. Gérer plus qu’enseigner. 

C’était long. C’était plate. 

*****

Je me revois (et me vois encore) comme parent, mettre ma relation affective avec mes enfants en péril, insistant sur les devoirs à faire, me chicanant avec elles parce qu’on n’y comprend rien, ni elles ni moi, parce qu’elles ont oublié de les faire et que je reçois une note à leur dossier. Des fois, le devoir était fait, mais en tapon dans le fond de leur sac d’école. Je me revois oublier que j’haïssais ça et que je trouvais toutes sortes de façons de ne pas les faire. 

Je me revois, maman, passer beaucoup trop de temps à faire des devoirs avec mes enfants à la table de la cuisine, cette même table où j’étais désemparée devant mon manuel de math, à n’y rien vouloir comprendre (voyez ici que la formule a changé — non seulement je ne comprenais pas, mais je ne voulais pas comprendre). 

Je me revois brasser la sauce tomate pour le souper tout en préparant les lunchs pour le lendemain, en demandant à ma plus jeune d’épeler les mots de la liste de mots pour la dictée du vendredi (dont je vous reparlerai). Me battre (au sens figuré) avec elle pour qu’elle s’installe convenablement pour se mettre à la tâche. Même à 18 h. Elle épelait finalement les mots sans trop d’attention de ma part, occupée à brasser ma sauce tomate et à me défâcher de la situation. Sommes-nous des parents indignes pour autant? Non. La preuve est dans la sauce tomate. Elle aurait tout aussi bien pu apprendre à couper des légumes et à suivre la recette avec moi. Mais au lieu de ça, on suivait la recette de l’école. 

J’aurais aimé faire autre chose avec mes enfants, de ce précieux temps. Parce qu’on n’a plus le temps de faire des trucs en famille! 

Parce qu’il y a le travail, l’école et le parascolaire. Je vous reparlerai peut-être du parascolaire (aussi) qui est devenu quasi envahissant parce qu’on ne peut plus juste jouer. Ce n’est plus assez, juste jouer.  

*****

Les enfants passent beaucoup de temps à l’école, en classe, au service de garde, en parascolaire. Les parents passent beaucoup de temps au travail. Les familles passent beaucoup de temps entre les deux, sur la route. À aller de l’école, au travail, aux activités parascolaires. À faire des allers-retours. 

Et si notre devoir était celui de passer du temps en famille, de se raconter nos journées, de s’intéresser à, de jouer à un jeu de société, de faire une activité physique (loin des cubes énergiques), etc. 

Et si quand on rentrait à la maison on fermait les manuels pour ouvrir des livres? 

Julie


P.S. 1 : Je ne crois pas que les enfants développent leur autonomie en faisant des devoirs, seuls dans leur chambre. Je ne crois pas non plus qu’ils développent des méthodes de travail en faisant des devoirs, seuls dans leur chambre. Pas même à la table de cuisine. Et je me demande aussi pourquoi nos jeunes du secondaire ont maintenant une période de devoirs dans leur horaire et toujours, encore, des devoirs à faire à la maison. Il me semble que le temps, ce temps, gagnerait à être mieux utilisé. En famille. 

P.S. 2 : Pour les élèves en difficulté, c’est encore pire. 


La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté
Un manque d’égard envers les entraîneurs

Opinions

Un manque d’égard envers les entraîneurs

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
La Tribune
Les récentes décisions du ministre Jean-François Roberge et de la santé publique, qu’on nous livre au compte-goutte, me rappellent des années de frustration à titre d’entraîneur dans le sport étudiant.  

Pendant les années au cours desquelles j’ai œuvré comme entraîneur-chef de football au secondaire et les quelques années universitaires à titre d’entraîneur adjoint, j’ai souvent eu l’impression que les directions, certains enseignants, membres du personnel ou gestionnaires percevaient les élèves athlètes et leurs entraîneurs un peu comme des « p’tits » enfants à qui on permet d’avoir un carré de sable. 

Quand il ne fait pas beau, on leur retire le carré de sable; « ce n’est pas ben ben grave, ils pourront jouer plus tard. » On ne semblait pas nous prendre au sérieux. On semblait banaliser les bienfaits des activités parascolaires pour les élèves-athlètes et pour l’établissement d’enseignement.

Lorsque je prends connaissance des récentes décisions du ministre Roberge et de la santé publique, j’ai le même sentiment. 

Ils veulent bien gérer la pandémie et réduire les risques, j’en conviens et je ne remets aucunement en doute leur bonne foi à cet égard. Mais on nous sort des lapins du chapeau à la dernière minute, des décisions incohérentes, comme si ce n’était pas bien bien grave; « ils pourront retourner jouer dans leur carré de sable plus tard. » 

Or, ils ignorent et ne comprennent pas toute l’organisation qu’implique la gestion d’équipes sportives, particulièrement dans le contexte scolaire.  

En fait, j’ai l’impression qu’ils n’y croient pas. Comme s’ils se disent qu’on exagère avec nos petits loisirs.  

Ça me rappelle une direction d’école qui avait décidé qu’on se collerait aux décisions de la Ville pour la fermeture des terrains en raison de leur état. Nous pouvions leur expliquer de long en large que nous ne pouvions pas nous coller aux décisions de la municipalité en lien avec leurs terrains pour plusieurs raisons de logistique, on ne nous croyait pas. Jusqu’au jour où la direction m’annonce à 15 h 30, alors que j’étais au travail, que je dois déplacer l’entraînement prévu à 16 h 30 sur le terrain d’une autre école. J’ai tenté d’expliquer qu’à si courte échéance, il n’était pas possible de déplacer l’entraînement, mais ils en doutaient. Ils ne comprenaient pas que de devoir communiquer avec plus de 75 joueurs, 12 entraîneurs, les parents et devoir transporter les équipements d’entraînements, les équipements des joueurs, en l’espace d’une heure, c’était impossible. Que serait-il arrivé si la municipalité avait décidé de fermer les terrains sportifs un samedi alors qu’une équipe d’une école située dans une autre ville et les arbitres étaient en route pour la partie? Le problème n’est pas dans la décision ou dans son bien-fondé. 

L’ancien enseignant et ministre Roberge me rappelle des années de frustration que nous avons eues face à l’ignorance et parfois même le manque de respect que nous affichaient certaines directions ou certains gestionnaires et membres du personnel scolaire face à notre engagement. On semblait les ennuyer avec notre carré de sable sur leur belle pelouse.


Marc-Antoine Joseph, ancien entraîneur scolaire de football

SHERBROOKE

La controverse repart

Opinions

La controverse repart

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
La Tribune
Le 28 août dernier j’envoyais une lettre au quotidien La Tribune en me demandant si le réseau sportif en milieu d’éducation ne subissait pas une injustice tout à fait inacceptable en comparaison avec le sport « civil » qui, lui, pouvait poursuivre ses activités normalement avec, je le conçois, certaines règles sécuritaires eu égard à la pandémie actuelle. Quelques minutes plus tard, le ministère de l’Éducation venait toute juste d’annoncer que la pause d’un mois dans les activités du sport étudiant qui touche plus de 220 000 élèves au Québec serait ramenée à deux semaines, soit le 14 septembre au lieu de la fin du mois. Ma lettre devenait, par le fait même, caduque. 

Or voici que la controverse repart de nouveau puisque le milieu d’éducation voit de la confusion dans les annonces du MEQ en laissant poindre, de nouveau, qu’il pourrait y avoir une autre pause en sport étudiant alors que les activités viennent à peine de reprendre.

À titre d’ex-directeur du sport étudiant durant 34 ans et engagé sur de nombreux conseils d’administration en rapport avec le sport tant civil que scolaire, je crois honnêtement, comme l’a d’ailleurs affirmé le directeur du Collège du Mont-Ste-Anne, Olivier Audet, dans une entrevue accordée à un animateur de radio de Sherbrooke ce 18 septembre dernier, qu’il y a totale incohérence en ce moment dans les décisions gouvernementales qui porteront assurément préjudice aux jeunes dans nos écoles. 

Que ce soit bien clair : je ne conteste pas le bien-fondé des décisions concernant le devoir d’assurer une sécurité face à cette pénible situation dans laquelle nous nous trouvons avec la COVID-19; je suis toutefois abasourdi devant la confusion totale dans laquelle se retrouvent toutes les personnes impliquées de près ou de loin en sport éducatif.

Je me joins à tous les intervenants et intervenantes qui utilisent l’activité physique et le sport en milieu d’éducation pour contribuer à former des jeunes équilibrés aux plans intellectuel, moral et physique pour leur souhaiter bon courage dans les circonstances. Est-il nécessaire de rappeler ici que le sport en milieu d’éducation n’a pas pour objectif de développer le sport comme tel mais de l’utiliser comme moyen d’éducation dans un milieu le plus adéquat en termes d’encadrement des élèves et des étudiants?

Guy Vézina, Racine 


Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
Le succès canadien dans l’aplanissement de la courbe du coronavirus

Opinions

Le succès canadien dans l’aplanissement de la courbe du coronavirus

Différents médias américains, y compris le Washington Post, remarquent depuis six mois que le Canada a su juguler la pandémie du coronavirus. De fait, les États-Unis, avec 4 % de la population mondiale, avaient toujours au début de septembre plus de 23 % des cas d’infection du coronavirus et 22 % des décès dans le monde. En contrepartie, le Canada, avec 0,04 % de la population mondiale, présente un dossier du nombre cas d’infection proportionnellement à sa population à l’échelle mondiale et moins d’un pour cent des décès mondiaux.

Dès la fin mars, les données concernant la gestion de la pandémie entre les États-Unis et le Canada étaient saisissantes. Le Canada effectuait alors proportionnellement 3,8 fois plus de tests de dépistage du coronavirus que les États-Unis. Aussi, le pourcentage d’hospitalisation n’était que de 6 % au Canada et le taux de mortalité moins de 1 %, alors que les États-Unis enregistraient un pourcentage d’infection de 15,5 %, un taux d’hospitalisation de 16,5 % et un nombre de décès quatre fois plus élevé proportionnellement qu’au Canada. 

Or, ces différences de données dans la gestion de cette crise n’avaient guère changé au début de septembre. Le Canada avait réussi à réduire à la fin août de 85 % son nombre de cas d’infection quotidien par rapport au sommet qu’il avait atteint au début de mai. En contrepartie, le nombre de cas est passé aux États-Unis d’une moyenne de 20 000 par jour en mai à une moyenne quotidienne de plus de 50 000 en août, après avoir même atteint les 70 000 cas. 

De plus, à la fin août, 88,5 % des malades de la COVID-19 au Canada s’étaient rétablis, alors que le pourcentage aux États-Unis n’atteignait pas les 60 %. Si 7,3 % des 90 millions de tests effectués aux États-Unis s’avèrent positifs, le pourcentage au Canada est réduit à 2,1 % sur 6 millions de tests. Plus encore, dans la seconde semaine de septembre, le Canada enregistra seulement 26 décès, alors que le nombre dépassait les 5300 aux États-Unis.

Dans la foulée des révélations de Bob Woodward, l’attitude de Donald Trump est ahurissante. Il dévoila au début février qu’il était très conscient que la pandémie pourrait causer des centaines de milliers, voire des millions, de morts uniquement aux États-Unis. Néanmoins, il choisit pour des raisons strictement électoralistes de sous-estimer la gravité de la situation et de mentir au public américain.

Cette attitude contraste de manière significative avec celle des autorités canadiennes. Celles-ci ne comprirent que vers le 10 mars, soit un mois plus tard que Trump, la gravité de la crise en développement. Mais contrairement à Trump, qui choisit de faire l’autruche, elles se mirent immédiatement à la tâche, certaines que chaque jour comptait.

Elles décrétèrent un confinement complet du pays. En plus d’arrêter toutes les activités économiques non essentielles, de fermer les écoles, les collèges et les universités, de suspendre indéfiniment les activités sportives et culturelles, de fermer les frontières et de limiter les rassemblements familiaux à moins de 10 personnes, les autorités canadiennes imposèrent le port du masque. Ces différentes mesures, drastiques, eurent les effets escomptés. 

En dépit de quelques contestations et un certain relâchement dans l’application des consignes au sein de la population canadienne, le message concerté des autorités canadiennes eut un effet bénéfique. La population en général a collaboré pour limiter la propagation du virus en respectant les directives de santé publique. Aussi, à partir de la mi-mai, les gouvernements ont pu atténuer le confinement et permettre une reprise graduelle de l’activité économique.

Les observateurs américains constatent une différence marquée avec ce qui se passe aux États-Unis. Au Canada, les messages de santé publique sont à la fois directs et bien coordonnés entre les différents paliers de gouvernement. De plus, les avertissements parentaux ont un puissant effet dissuasif sur les jeunes. Ces éléments contrastants expliquent pourquoi le Canada a proportionnellement cinq fois moins de cas de COVID-19 que les États-Unis.

Cette différence de comportement reflète une divergence de mentalité. L’attachement des Américains à l’individualisme est inscrit dans la Déclaration d’indépendance selon l’expression « la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur ». Cet individualisme donne le droit à un Américain de tuer d’autres personnes en refusant de porter le masque.

En contrepartie, les Canadiens sont adeptes des règles. Ils perçoivent la devise de « paix, ordre et bon gouvernement » qui fut inscrite dans la Constitution de 1967 comme l’obligation de se montrer plus dociles que les Américains. Or, cette expression désigne aussi le devoir d’assurer le bien-être de la population. Selon cette perspective, dans l’attente d’un service, les Canadiens acceptent habituellement de faire la queue sans rechigner. Il en va de même dans l’application des consignes et des directives émanant des bureaux de santé publique.

Par ailleurs, le gouvernement canadien, en plus d’annoncer un report d’impôts et de paiements hypothécaires, s’est montré beaucoup plus généreux que le gouvernement fédéral américain dans son assistance salariale aux travailleurs, ses allocations aux personnes âgées et ses subventions aux entreprises. Cette attitude de soutien collectif qui a accru la dette fédérale de 30 % a permis aux Canadiens d’accepter plus facilement les contraintes du confinement.

Un dernier élément important dans la gestion de la pandémie provient du fait que les autorités canadiennes, tant fédérales que provinciales, ont donné, contrairement à l’administration Trump et aux républicains, la priorité à la science pour expliquer aux Canadiens l’importance de porter le masque, de se laver les mains, de maintenir la distanciation physique, etc. Plus encore, le gouvernement canadien a mobilisé la communauté scientifique en vue de la recherche d’une solution.

Alors que les États-Unis arrivent bons derniers parmi les nations les plus développées dans la gestion de la COVID-19, le Canada a si bien réussi à aplanir la courbe qu’il se situe maintenir en peloton de tête. Décidément, un retour à la normale n’a pas la même signification aux États-Unis qu’au Canada.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
Toujours là

opinions

Toujours là

ÉDITORIAL / Il y a parfois des anniversaires que l’on préférerait ne pas souligner.

Mais cela n’empêchera pas les militants sherbrookois de tenir vendredi prochain, devant l’édifice de l’hôtel de ville de Sherbrooke, leur 300e vigile hebdomadaire en soutien au prisonnier d’opinion Raif Badawi, dont la conjointe et les enfants vivent à Sherbrooke.

L’homme de 36 ans est incarcéré depuis juin 2012 en Arabie saoudite pour avoir animé un blogue sur la liberté d’expression.

Accusé notamment d’« insulte à l’islam », il avait été condamné à 10 ans de réclusion, à 1000 coups de fouet (il en a reçu 50 jusqu’ici) et à 300 000 $ d’amende.

De plus, il ne pourra quitter son pays pendant les 10 années suivant sa libération.

Il faut saluer la détermination et le courage des dizaines de Sherbrookois qui, depuis la fin de 2014, se donnent rendez-vous chaque vendredi midi pour réclamer la libération de Raif Badawi, victime d’un régime totalitaire et obscurantiste qui n’a que mépris pour les droits humains et traite les femmes comme du bétail.

Avec Vienne, en Autriche, qui tiendra également sa 300e vigile vendredi prochain, Sherbrooke est l’une des rares villes au monde à tenir ces rassemblements avec une telle assiduité. 

Malheureusement, il faut bien le dire, très peu d’informations sont disponibles sur l’état de santé et le moral du prisonnier qui, on le devine, vit dans des conditions sordides.

Sur le plan diplomatique rien ne semble bouger : le gouvernement Trudeau, qui avait pourtant fait de la défense des droits de la personne l’une de ses priorités au moment de son élection en 2015, répète depuis des années qu’il est « préoccupé » par le sort de Raif Badawi, sans plus.

De plus, il ne donne pratiquement aucune information au sujet de ses démarches auprès du régime du prince héritier Mohamed ben Salmane, s’il y en a.

Pourtant, lors d’une rencontre avec Ensaf Haidar, la conjointe de Raif Badawi, à Sherbrooke en janvier 2019, le premier ministre Justin Trudeau lui avait dit qu’il agirait en faveur du blogueur et qu’il avait discuté de son cas avec le prince héritier.

Depuis? Silence radio. Du moins officiellement.

Malgré les vigiles ici, en Europe et dans les pays scandinaves, les pressions d’Amnistie internationale et d’Avocats sans frontières, les dirigeants des démocraties occidentales semblent avoir moins à cœur la cause du blogueur saoudien. 

Pire : c’est l’Arabie saoudite qui sera l’hôte du Sommet du G20, en novembre prochain, la « grand-messe » des pays riches, ce qui est totalement hallucinant compte tenu du bilan horrible de ce pays en matière de droits de la personne et de liberté d’expression.

Les pays participants, dont le Canada, auront-ils la décence d’au moins aborder la question des droits de la personne lors de cette rencontre ou feront-ils comme si de rien n’était?

« Comment peut-on tenir une telle rencontre avec l’Arabie saoudite. Les droits humains sont à la base de tout! » lance Mireille Elchacar, chargée de la coordination Pays du Golfe-Arabie saoudite pour Amnistie internationale, section canadienne francophone.

À quelques jours de la 300e vigile à Sherbrooke, elle souligne l’importance pour Amnistie internationale « de montrer aux autorités canadiennes qu’on est encore là et qu’on n’abandonnera pas ».

Le cas de Raif Badawi offrait et offre encore une occasion au gouvernement Trudeau de prendre les devants dans la défense des droits de la personne. 

Pourquoi n’agit-il pas avec davantage d’énergie et de conviction? On ne peut plus se contenter de belles paroles!

Le gouvernement libéral, empêtré dans l’affaire UNIS, l’épidémie de COVID-19 et une situation budgétaire quasi catastrophique, en a-t-il encore au moins la volonté?

Mon ami Raif

opinions

Mon ami Raif

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
La Tribune
Le 25 septembre prochain, vendredi, se tiendra comme les 299 vendredis précédents, devant l’hôtel de ville de Sherbrooke, une vigile en soutien au blogueur saoudien Raif Badawi emprisonné dans son pays pour avoir alimenté un débat sur la pluralité d’opinions, les droits des femmes, l’œcuménisme religieux et autres sujets à tendance libérale. On pourrait simplifier en qualifiant cela de liberté d’expression.

Une 300e semaine où des sympathisants sherbrookois et autres se rassemblent le plus souvent avec sa compagne Ensaf Haidar et ses enfants pour exiger sa libération. Dans un curieux rituel de 50 battements de percussions évoquant les 50 coups de flagellation que Badawi a reçus en début d’incarcération, ses amis sont là. Ainsi, depuis des années, des citoyens ordinaires comme des personnalités politiques, artistiques ou militantes répondent à cet étrange rendez-vous qui n’a de sens qu’à travers l’universalisme de sa cause et la solidarité face à l’injustice.

Évidemment, je ne connais pas personnellement Raif Badawi, mais côtoyer des gens qui eux me sont devenu familiers dans la constance et la répétition du geste engagé, me lie directement à ce prisonnier d’opinion dans sa geôle à l’autre bout de la planète. En commençant par Mme Haidar, qui nous transmet avec émotion les salutations de son mari et des détails sur son état de santé physique et psychologique, lorsqu’elle peut accéder à quelques rares minutes de conversation téléphonique avec lui. Dans ces moments, ma connexion avec ce sacrifié me semble directe et je peux ressentir le désespoir que j’éprouverais moi-même en pareille situation. Je serais réconforté de savoir que chaque vendredi, depuis des années, des inconnus bienveillants et assidus dans une ville régionale du Canada, à l’instar de beaucoup d’autres villes nord-américaines, européennes et autres, maintiennent leur pression dans un engagement indéfectible envers moi.

Ces gens ordinaires, j’aimerais vous les présenter et souligner leur opiniâtreté face à l’indifférence qui tue et permet de continuer sa vie sans se sentir concerné. Ce groupe d’indignés sans organisation formelle maintient le cap, bien sûr, grâce à Ensaf Haidar et un noyau de soutien tissé serré autour d’elle, mais aussi grâce à des indéfectibles comme Jane, Richard-Gilles, Monia, Nadine, Louis, Noemi, Mireille, Yenny, Robert, Nicole, Serge, Luc, Suzanne, Christine, Caroline, Michel, Marie-France, Sylvie et beaucoup d’autres qui n’hésitent pas, hiver comme été, pendant leur heure de lunch, pendant leurs vacances, sous la pluie, dans le blizzard, à exprimer leur soutien. Tout ceux-là et tant d’autres, dont je ne connais pas les noms, mais qui sont devenus mes amis, pas seulement sur Facebook mais en chair et en os, me permettent d’espérer qu’on peut faire la différence pour mon ami Raif…

Vivement qu’on ne souligne pas la 350e. 

Pierre Côté
Sherbrookois participant aux vigiles réclamant la libération de Raif Badawi

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté
Transport aérien régional: l’obligation de se dépasser

Point de vue

Transport aérien régional: l’obligation de se dépasser

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Quotidien
POINT DE VUE /  Les régions du Québec ont été ébranlées par l’annonce soudaine d’Air Canada d’abandonner plusieurs dessertes aériennes. On sait, en effet, que l’occupation et la vitalité de notre territoire sont impossibles sans une desserte aérienne adéquate. L’enjeu existe depuis des décennies et il faut admettre que le Québec n’a jamais déployé une solution pérenne et efficace.

L’histoire du transport aérien régional au Québec démontre malheureusement que la précipitation ou la tentation de reproduire les mêmes modèles mèneront assurément, à terme, à l’échec. Par conséquent, il faut avoir le courage d’innover, les régions ne pouvant plus accepter qu’on répète sans cesse les erreurs passées.

La Californie brûle et notre laitue aussi

Point de vue

La Californie brûle et notre laitue aussi

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
POINT DU VUE / La Californie brûle. Même si la grande majorité du territoire affecté par les feux n’est pas lié à l’agriculture, l’intense fumée pourrait endommager plusieurs récoltes. Pour le Canada, à l’aube de l’automne, les feux californiens pourraient affecter notre offre alimentaire pour les prochains mois. À l’instar des problèmes de production maraîchère qu’ont éprouvés certains producteurs canadiens cet été, ce n’est certainement pas une bonne nouvelle.

Chaque année, le Canada importe pour environ 3,1 milliards de dollars de denrées alimentaires de la Californie, selon le California Department of Food and Agriculture. À part le vin, les denrées que nous importons le plus sont la laitue, le chou-fleur, les amandes, fraises, oranges, raisins, pistaches, oignons, épinards et carottes. Nous importons une panoplie de produits. Pour les mois d’automne et d’hiver, les États-Unis, et surtout, la Californie, jouent un rôle clé pour renflouer nos paniers d’épicerie. Avec notre climat nordique, il nous faut des options à l’importation afin de maintenir le coût de nos denrées à un niveau raisonnable.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La tendance lourde des élections américaines 2020

Opinions

La tendance lourde des élections américaines 2020

Chronique / Tenant compte de l’incapacité des maisons de sondage, des analystes et autres observateurs à prédire correctement les résultats des élections présidentielles américaines en 2016, ces derniers se montrent très prudents en 2020. Toutefois, ceux-ci ne tiennent pas compte de l’influence que James Comey eut sur les élections de 2016. Avant qu’il annonce la réouverture de l’enquête sur les courriels de Clinton à deux semaines des élections, cette dernière devançait Trump par sept points. Lors des élections, elle n’obtint finalement que 2 % de plus que Trump. Ce fut la surprise d’octobre.

Or, Joe Biden n’est pas Hillary Clinton. Il ne tient rien pour acquis. Il est un batailleur de rue qui sait comment confronter un intimidateur. Il répond du tac au tac aux charges de Trump. Il est capable de mettre à nu l’empereur. Plus encore, alors que Trump ne fait que jouer un rôle dans une sorte d’émission de télé-réalité et qu’il ne se préoccupe que de sa petite personne, Biden a démontré toute sa vie qu’il était quelqu’un d’authentique recourant à un ton très humain pour exprimer constamment une véritable empathie devant les présentes difficultés affectant les Américains. 

En ce sens, il n’est pas surprenant que Joe Biden soit l’adversaire que Trump craignait le plus. En choisissant Biden, les électeurs démocrates indiquèrent que leur priorité consistait d’abord à battre Trump, avant de proposer un programme de réforme sociale. Les sondages indiquent très clairement qu’ils ont fait le bon choix.

En plus d’attirer une portion importante des électeurs indépendants, Biden obtient le soutien d’un éventail de groupes d’anciens républicains (le projet Lincoln, deux douzaines d’anciens membres républicains du Congrès, une centaine d’anciens hauts fonctionnaires républicains, 75 anciens responsables républicains de la sécurité nationale, des centaines de collaborateurs républicains aux campagnes de George W. Bush, John McCain et Mitt Romney, des centaines de jeunes républicains universitaires, des centaines de jeunes républicains de la génération Z, etc.). 

La liste de grandes personnalités républicaines appuyant Biden est impressionnante. Cette liste inclut Colin Powell, secrétaire d’État, Michael Hayden, CIA et ASN, John Negroponte, ambassadeur à l’ONU, Ann Veneman, secrétaire à l’agriculture, Carlos Gutierrez, secrétaire au commerce, William Cohen et Chuck Hagel, deux anciens secrétaires à la défense, William Webster, FBI, Charles Fried, solliciteur général, Christine Todd Whitman, EPA, ainsi que Jeff Flake, John Warner et Gordon Humphrey, trois anciens sénateurs.

Tous ces républicains se reconnaissent plus en Joe Biden, qui représente les valeurs qu’ils préconisent. Le nombre de défections de républicains qui renient Trump et affirment ne plus se reconnaître dans le parti républicain est déjà significatif. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que la large majorité de ces renégats républicains indiquent déjà ouvertement leur appui à Biden et leur intention de voter pour ce dernier. Ce phénomène est inhabituel. L’histoire politique américaine démontre ainsi que 2020 pourrait signaler une rupture durable dans la coalition républicaine.

Les professionnels des campagnes et les politologues américains notent qu’habituellement les élections consistent surtout à motiver sa base pour faire sortir le vote en faveur de son candidat. Le réalignement politique des partisans, marqué par un transfert d’un bloc d’électeurs vers un autre parti, est un phénomène rare.

Trump a cherché sans succès à dépeindre Biden et les démocrates comme de dangereux socialistes qui menacent les valeurs américaines. Or, les électeurs et anciens fonctionnaires républicains qui penchent vers Biden accordent plus de crédibilité aux propos de Biden qu’à ceux de Trump sur cette question.

Plus encore, beaucoup de vétérans des campagnes républicaines, considèrent que Trump est non seulement un personnage grossier, imbu de lui-même et cherchant à diviser les Américains, mais qu’il est incompétent et inapte à diriger la plus grande puissance du monde. « Par ses actions et sa rhétorique, Trump a démontré qu’il manquait de caractère et de compétence pour diriger cette nation et a adopté un comportement corrompu qui le rend inapte à exercer la présidence ».

Déterminés à empêcher Trump d’obtenir un deuxième mandat, ces derniers se sont aussi mobilisés pour recruter d’anciens collaborateurs républicains et les encourager à travailler à l’élection de Biden. Plus encore, ils ont lancé une campagne de financement visant à encourager les républicains à voter pour Biden.

Ces individus donnent raison à Biden de dire que l’élection de 2020 représente un combat fondamental pour restaurer l’âme de la nation américaine. Comme ils l’affirment, ils ne veulent pas être complices des tactiques politiques racistes et misogynes de Trump et rejettent son manque de respect et son message de haine.

Les défections républicaines en faveur de Biden promettent d’être encore plus significatives à long terme. Une multitude de sondages démontrent que Biden est en mesure d’attirer 60 % des titulaires blancs d’un diplôme universitaire, ainsi que les professionnels des banlieues. Même le soutien des électeurs évangéliques commence à vaciller. Dans chacune de ces catégories, aucun candidat démocrate n’avait réussi cet exploit depuis plus de 40 ans. 

Ces différentes défections montrent le degré d’aliénation que Trump a suscité au sein du parti républicain. La situation est telle que, si l’élection avait lieu présentement, Trump serait confronté à un véritable balayage en faveur de Biden. Mais il reste encore sept semaines avant l’élection.

Néanmoins, de manière calme et sans faire de vagues, Biden est en train de créer une vaste coalition arc-en-ciel débordant largement de sa base démocrate. 2020 pourrait facilement représenter un réalignement majeur de la politique américaine, similaire à ceux de 1896, 1932 ou 1980. Alors que le parti républicain devient essentiellement un parti d’hommes blancs provenant des régions rurales ou de membres des classes ouvrières non scolarisées, le parti démocrate se montre très inclusif par un discours rassembleur relativement aux communautés ethniques et raciales, aux minorités sexuelles ou transgenres, aux habitants des grandes villes, ainsi qu’aux femmes et aux professionnels des banlieues, etc.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


L’autonomie alimentaire, pour les générations futures

POINTS DE VUE

L’autonomie alimentaire, pour les générations futures

Marcel Groleau
président général de l'Union des producteurs agricoles (UPA)
POINT DE VUE / Le Québec possède un territoire immense, qui s’étend de la frontière américaine au sud jusqu’à l’Arctique au nord. Il est traversé par un fleuve majestueux, qui représente avec les Grands Lacs quelque 20 % des réserves d’eau douce mondiales. Il regorge de ressources naturelles incroyables, de forêts à perte de vue, de gisements miniers et de rivières avec un grand potentiel hydroélectrique.

Ce grand espace est situé en zone tempérée et principalement nordique, ce qui limite grandement sa production agricole. Seulement 4 % du territoire est réservé à l’agriculture, mais les agriculteurs n’ont accès qu’à environ la moitié de cette superficie. C’est d’ailleurs dans cette même zone que sont concentrées la population, les grandes villes ainsi que les activités industrielles et commerciales. Dès la fin des années 1970, il est devenu évident qu’il fallait protéger cette ressource limitée et non renouvelable.

La Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA) a vu le jour à cette époque. Cette législation ainsi que la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme sont les lois phares de l’aménagement du territoire et de la protection des terres agricoles au Québec.

Dès l’adoption de la LPTAA, l’UPA s’est vue confier le rôle de gardien de cette loi, qui forçait les municipalités et les promoteurs à obtenir une autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) pour changer la vocation d’une terre. En raison de sa présence sur le territoire via ses fédérations régionales et syndicats locaux, c’est à l’UPA qu’a été octroyée la responsabilité d’émettre des avis à la Commission sur les demandes qui lui sont soumises. L’organisation s’acquitte de ce mandat de façon professionnelle et au nom de la collectivité, avec comme seule préoccupation la protection des terres et des activités agricoles.

L’Union ne négocie pas son appui envers tel ou tel projet en fonction des intérêts municipaux, privés ou corporatifs des promoteurs. Elle n’a pas d’influence sur la Commission, autre que par les analyses et les avis qu’elle lui soumet sur les divers projets. Il est important de rappeler que la CPTAQ accomplit sa mission en fonction de ses propres analyses, grâce à son équipe de professionnels en aménagement.

Les quatre régions du Québec où le territoire agricole subit le plus de pression sont les Basses-Laurentides, la Montérégie, la Capitale-Nationale et la Chaudière-Appalaches. Ces régions, qui possèdent les meilleures terres agricoles de la province, sont aussi celles où la population continue de se concentrer, où le réseau routier s’agrandit continuellement et où l’étalement urbain est le plus prononcé. Elles possèdent aussi de grandes superficies en zone blanche (non agricole), qui devraient être priorisées pour tout nouveau projet avant de solliciter des dérogations en zone verte.

C’est ce principe qui guide la CPTAQ lorsqu’elle prend une décision. Y a-t-il des superficies disponibles en zone blanche? Si la réponse est oui, il faut alors des arguments très solides pour qu’elle autorise une dérogation. Les promoteurs et les villes qui croient accroître leurs chances d’obtenir une dérogation en exerçant de la pression politique sur la Commission ou l’UPA font fausse route.

L’Union continuera de remplir son rôle de gardien de la LPTAA. C’est dans son ADN. Elle le fait au profit des générations futures, pour qu’elles disposent d’un territoire qui, au-delà des grands espaces et des richesses qu’on y trouve, continuera d’assurer à ses citoyens et aux générations qui se succèdent une grande autonomie alimentaire. C’est une question de responsabilité vis-à-vis de nos enfants et petits-enfants.

Au plus fort la <em>puck</em>: pour le développement intégral des jeunes

POINTS DE VUE

Au plus fort la puck: pour le développement intégral des jeunes

Valérie Laflamme-Caron
Animatrice de pastorale
POINT DE VUE / Quand je suis arrivée à l’école, ce vendredi, la rumeur courait comme quoi le parascolaire pourrait reprendre dès lundi. Pendant un instant, j’ai eu l’œil humide. J’étais soulagée.

Comme l’ensemble de mes activités mobilise des élèves de classes-bulles différentes, je ne peux rien annoncer depuis la rentrée. Je tourne en rond. On sourira sans doute en lisant que je suis animatrice de pastorale. J’en suis plutôt fière : près de 20 % des élèves du collège où je travaille participent, chaque année, à l’une ou l’autre des activités que je propose.

Puisque la vie spirituelle et la participation citoyenne peuvent prendre différentes formes, j’ai facilement élaboré une programmation qui respecterait les consignes générales de la santé publique : récoltes en plein-air au profit des banques alimentaires du Québec, visite guidée du Vieux-Québec sur la présence noire en Nouvelle-France, retraite de silence au monastère où les élèves sont, de toute façon, déjà isolés les uns des autres. Et plus encore.

Ma joie a rapidement laissé place à la stupeur. J’ai compris qu’encore une fois, le ministre Roberge avait fait des annonces dont il n’avait prévu les implications pratiques. Comme d’habitude, au lieu d’éclairer la situation, il a suscité davantage de confusion.

Le service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire (SASEC) a été créé il y a près de 20 ans par François Legault, alors ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport. À travers leurs activités, les animateurs (AVSEC) participent à faire de nos écoles de véritables milieux de vie. Nous développons la conscience sociale de nos jeunes et en faisons des citoyens à part entière, accomplis et engagés. On tend à croire qu’il n’y a que les élèves marginaux qui s’intéressent à ce genre d’activités, mais il n’en est rien. L’être humain est multidimensionnel, et les élèves qui se démarquent et performent le mieux sont généralement engagés dans toutes sortes d’activités.

Cet automne, de ce que j’en comprends, ils devront choisir quelle partie de leur être ils souhaitent développer. Ils pourront jouer au badminton ou faire partie de l’équipe d’impro ou amasser des fonds pour financer le forage de puits en Inde. Par exemple, Anne, la première ministre de notre Conseil des élèves, devra choisir entre la démocratie étudiante, le théâtre et le club de course. Son amie Géraldine, qui est engagée depuis cinq ans dans un projet d’entrepreneuriat étudiant, devra délaisser le comité de solidarité internationale dans lequel elle est impliquée depuis deux ans. Benjamin, Mathis et Anthony, qui jouent tous au football, ne pourront participer à notre sortie annuelle à la Vieille Prison de Trois-Rivières. Anne et Géraldine non plus. Même si dans toutes ces situations, les règles de distanciation sociale pourraient être appliquées de façon rigoureuse.

Je suis très heureuse pour tous ces élèves qui pourront reprendre les activités de leurs programmes de sports-arts-études ainsi que pour leurs enseignants dont la vie se retrouve facilitée.

Mais je reste déçue pour Anne, Géraldine et tous les autres. Pendant que leurs camarades sportifs s’entraîneront en prévision des parties à venir, parties qui les mettront en contact avec des élèves d’autres écoles, sport interscolaire oblige, ces dernières ne pourront s’asseoir plus d’une journée par semaine pour changer le monde, une réunion à la fois.

Elles qui sont habituées d’être occupées devront trouver autre chose à faire. Peut-être iront-elles rejoindre ceux qui flânent autour de la crèmerie du coin, en compagnie des élèves d’autres écoles, qui se rassemblent par dizaines, se chamaillent et s’enlacent.

Les élèves impliqués dans les activités communautaires ont parfois l’impression que seul le sport est valorisé dans les écoles.

Le ministre Roberge nous le confirme : tant pis pour la cohérence, au plus fort la puck.

Un test du niveau de français discriminatoire et injuste

Points de vue

Un test du niveau de français discriminatoire et injuste

Idrissa Diallo
Doctorant en biologie cellulaire et moléculaire de l'Université Laval
POINT DE VUE / Lettre ouverte au Directeur du Service régional d’admission au collégial de Québec (SCRACQ)

Cher Directeur du SCRACQ,

Ma nièce, qui se trouve au village, à 700 km de Dakar la capitale sénégalaise, m’a fait savoir, toute confuse, qu’on lui demande de justifier qu’elle maîtrise le français dans son dossier de candidature au CÉGEP.

Au début, cela m’a paru normal puisque je sais par expérience que pour les besoins du Certificat de Sélection pour le Québec (CSQ) on exige à tous un test du niveau de français, mais aussi que la question de la maîtrise de la langue française est très présente au Québec.

Mais en allant sur votre site Internet, je découvre que cette demande est ciblée et qu’elle vise spécifiquement les étudiants en dehors des pays comme la France, la Belgique et Monaco.

Je précise d’emblée que ma langue maternelle est le pulaar (ou fulani) et que ce français dans lequel je m’exprime et que j’aime, je l’ai appris à l’âge de sept ans (pas avant) sur les bancs d’une petite école d’un petit village (Thilogne, Nord du Sénégal) où l’on parle bien français. Dans votre site Internet (ICI) vous exigez un test de connaissance de la langue française pour les besoins d’admission dans vos établissements membres. Jusque là tout me semble parfaitement légitime et cohérent comme je l’énonçai plus haut.

Cependant, à partir du moment où vous rentrez dans les critères «de qui doit passer ce test?», vous faites preuve d’une véritable discrimination à l’endroit de tous les francophones non originaires de France, de la Belgique ou de Monaco.

Vous vous êtes appuyés sur quelles études ou données scientifiques pour considérer que les étudiants des autres pays francophones sont moins bons en français à tel point qu’ils doivent justifier un niveau suffisant?

Sur quelle base avez-vous exempté les Français, les Belges et les Monégasques d’une telle justification de niveau?

Dans sa charte constitutive signée à Hanoi, la francophonie ambitionnait de promouvoir le rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle et le renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale et jamais il n’a été question de hiérarchisation des pays francophones par le PIB (?), par l’accent (?) ou par la couleur de la peau (?).

En discriminant l’Afrique du centre et de l’Ouest (principales cibles de cette exclusion ou plutôt cibles de cette exigence de justification d’un niveau de français) vous allez à l’encontre de la charte de la francophonie, mais aussi à l’encontre même des ambitions d’un Québec qui se veut défenseur et ambassadeur de la langue française.

Contrairement à ce que l’on peut s’attendre ou croire, près de 60 % des locuteurs francophones vivent en Afrique et c’est en Afrique que le français progresse le plus rapidement (+ 20 % environ). Le Québec, n’ayant pas de passé colonial avec l’Afrique et étant plutôt bien vu dans ces contrées, a tout intérêt à développer des liens plus forts et plus solidaires avec le véritable vivier de la francophonie. Ce que représente la forêt amazonienne et les océans pour la planète, c’est ce que représente l’Afrique pour la Francophonie : le poumon!

Je n’exige rien, je ne demande rien, je ne vous reproche rien, mais je vous invite cordialement à revoir cette politique en concertation avec les établissements membres. C’est une invitation également adressée à toute l’administration publique du Québec, ses institutions et ses établissements d’enseignement.

Conscient de l’attention avec laquelle vous daignerez examiner ma réflexion, je suis persuadé de pouvoir compter sur vous pour éliminer de votre site ce critère discriminant et discriminatoire.

Je souhaiterais par ailleurs vous rencontrer pour un échange amical autour de ce sujet qui me tient à cœur. Vous n’êtes pas à convaincre, vous me comprendrez sûrement à la lecture de ce message, mais mieux vous pouvez participer à ce que ce critère, présent dans de nombreuses démarches administratives au Québec, puisse être banni.

Recevez mes salutations les meilleures.

Idrissa Diallo est un francophone d’Afrique, du Sénégal, de Thilogne.

Le télétravail, une alternative à long terme?

Points de vue

Le télétravail, une alternative à long terme?

Nicole Lévesque
Nicole Lévesque
Ex-directrice des ressources humaines de la fonction publique
POINT DE VUE / En complément à la chronique «La lune de miel du télétravail» de Brigitte Breton, parue le 3 septembre.

En tout respect des apologies d’ordre environnemental et économique déjà soutenues par différents pro-moteurs du télétravail, d’emblée je salue la chronique de Mme Breton qui aborde ce sujet sous l’angle des droits, obligations et enjeux pour les travailleurs eu égard aux différentes et complexes bases légales, conventions tous azimuts et facteurs de risques qu’il représente. Une étape cruciale et incontournable, il va sans dire! C’est d’ailleurs dans cette même optique que Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, s’est engagé à assurer une meilleure protection aux employeurs et travailleurs en bonifiant d’ici peu, les lois encadrant les relations de travail, du moins par le biais d’amendements jugés essentiels.

À LIRE AUSSI : «La lune de miel du télétravail»

Cela étant, le télétravail est loin d’être un phénomène nouveau. «Le tiers de la main-d’œuvre mondiale le pratique» selon Éric Brunelle, qui enseigne l’exercice du leadership en contexte de télétravail, à l’école de gestion HEC Montréal. Le contexte pandémique dans lequel évoluent actuellement les employeurs et les travailleurs de tout horizon en intensifie la nécessité et génère de nouveaux enjeux d’ordre législatif, or-ganisationnel et de gestion. D’autant plus que la facilité d’accès aux nouvelles technologies que sont l’Internet, les collecticiels et les systèmes de communication mobile, leur simplicité d’utilisation, de même que leurs coûts relativement abordables contribuent à rendre inévitable à long terme ce mode d’organisation du travail.

Modèle hybride

C’est donc en prévision d’un modèle de travail hybride, qui se profile sur la table à dessin du ministre Boulet, que j’ai recueilli de sources anonymes quelques préoccupations de gestionnaires et employés de la fonction publique québécoise, officiellement parachutés dans le télétravail ces derniers mois, sur une base plus ou moins volontaire. D’où le besoin d’une définition renouvelée de la notion de télétravail afin d’éviter tout désengagement professionnel.

Bien qu’à présent tout un chacun soit en période d’apprentissage et d’adaptation, on serait porté à croire que ce sont surtout les gestionnaires ayant le moins d’expérience qui manifestent le plus d’appréhensions. Cela est compréhensible considérant que la gestion à distance représente un défi de taille pour les ges-tionnaires sur qui repose essentiellement la responsabilité de ce nouveau métier à apprendre. Apprendre à créer une synergie d’équipe favorisant la participation, la coopération, la solidarité et la confiance. Bien qu’en y regardant de plus près, force est de constater que parfois même les plus expérimentés peinent à y arriver. Une difficulté s’il en est, exacerbée d’autant par la coordination des travaux d’équipes dispersées et la protection des informations sensibles.

Isolement et reconnaissance des acquis

Du côté des employés, quelques jeunes recrues craignent l’absence d’appartenance, l’isolement, d’être tenu à l’écart des décisions, de ne pas avoir accès à toutes les ressources organisationnelles, de ne pouvoir satisfaire les attentes, et de voir se transformer ou modifier leurs conditions de travail et sécurité d’emploi.

Pour certains gestionnaires et employés d’expérience, les préoccupations professionnelles semblent da-vantage associées à la reconnaissance de leurs acquis, à leur progression de carrière, à l’exploitation de leur plein potentiel, au respect de leur vie personnelle et familiale, à l’ouverture aux modalités du travail flexibles, au droit à la déconnexion lors des congés ou en dehors des horaires de travail, et aux investisse-ments reliés à l’aménagement d’un nouvel environnement de travail.

Sans être exhaustifs, la plupart de ces constats ne représentent pas d’obstacles insurmontables, bien qu’ils puissent nécessiter une transformation des rôles et des pratiques de gestion actuelles, indispen-sables au succès de l’implantation d’un programme de télétravail durable, jumelée à une formation préa-lable et complète des intéressés.

Dans cette perspective, peut-être bien qu’il faille revisiter le «Référentiel de compétences du gestion-naire-leader de la fonction publique québécoise» afin de l’adapter à la gestion d’équipes virtuelles, sollici-tant du coup d’autres savoir-faire et habiletés interpersonnelles permettant de continuer d’offrir aux ci-toyens des services rapides, soutenus par une transformation numérique innovante, efficace, transparente et sécuritaire. Par exemple, la plupart des télégestionnaires gagnent déjà à délaisser le contrôle des ab-sences et des comportements au profit d’une plus grande flexibilité, de l’adaptabilité, de l’établissement d’un climat de confiance, de la responsabilisation, du partage des décisions organisationnelles, de l’établissement et du suivi des plans de carrière, du mentorat, de la formation, de la reconnaissance des performances, du développement de réseaux de communication professionnelle, permettant aux téléem-ployés de développer leur autonomie, leur proactivité et leur assurance.

À temps partiel

De plus, afin que la relation de supervision opère, il importe que la haute direction des organisations pu-bliques (notamment les présidents et sous-ministres) envoie un message clair en appui au télétravail, pour éviter qu’il soit considéré, entre autres, comme un privilège aux yeux de collègues dont la nature des tâches ne s’y prête pas ou dont la situation personnelle ne leur permet pas. Considérant la probabilité d’implantation de ce nouveau mode d’organisation du travail, la plupart des ministères et organismes privi-légient déjà la présence du personnel à leur milieu de travail habituel, à raison d’une à trois journées par semaine, notamment afin de maintenir les rapports sociaux et les échanges avec leur gestionnaire et col-lègues.

D’autant plus que les recherches démontrent que le télétravail, bien géré, engendre généralement une augmentation de la productivité et une réduction du taux d’absentéisme, une diminution du taux de rou-lement, des gains de temps et d’espaces de bureaux, de véritables atouts pour l’employeur.

Enfin, lorsque les pratiques du télétravail seront rendues adéquates, à l’instar de quelques ministères qui ont déjà consulté l’ensemble de leur personnel sur leurs craintes, leurs besoins, leurs attentes, etc., et mis à la disposition de chacun une boîte à outils (répertoires de res-sources, articles, formations, conseils de gestion, ergonomie, santé, etc.), les gestionnaires comme les employés pourront vivre le télétravail comme une occasion incontournable de créer un meilleur équilibre entre leur vie privée et professionnelle, une alternative à long terme, que ce soit à la maison, au bureau ou dans un tiers lieu.

La santé au cœur de la transition

Points de vue

La santé au cœur de la transition

Marie-Jo Ouimet
médecin spécialiste en santé publique à l'École de santé publique de l’Université de Montréal
Éric Notebaert
médecin urgentologue à l'Université de Montréal
Dre Claudel Pétrin-Desrosiers
résidente en médecine familiale et candidate à la maîtrise en développement durable à l'UdeM
POINT DE VUE / Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la crise climatique représente la plus grande menace à la santé du 21e siècle1. Elle contribue aux inégalités croissantes, aggravant les maladies chroniques et les problèmes de santé mentale largement associés à notre mode de vie2. Devant ces imposants défis, la transition écologique doit devenir un réel projet de société. L’implication active du milieu de la santé y sera essentielle.

11e d’une série de 13 articles sur les 101 idées pour la relance 

Étonnant peut-être, la santé humaine est déterminée, avant tout, par les politiques publiques, l’environnement, la cohésion sociale, l’éducation et les conditions de vie3,4. Le système de soins arrive au tout dernier rang! Ainsi, une société en santé se doit d’intervenir en amont (en prévention), bien avant que les problèmes ne surviennent. En ce sens, la crise climatique représente une opportunité sans précédent.

La pandémie du coronavirus nous révèle à quel point notre monde est fragile. Le fardeau des catastrophes touche bien souvent les personnes déjà fragilisées, en raison de leur âge, de leur niveau socio-économique ou de leurs conditions/maladies préexistantes. 

Les changements climatiques ne sont guère différents; leurs impacts, liés notamment aux vagues de chaleur, aux maladies chroniques engendrées par la pollution, au stress grandissant et aux nouvelles maladies, se feront davantage sentir auprès des plus vulnérables. Résultat? Un système de santé de plus en plus engorgé.

L’État doit donner l’exemple

Pour protéger la santé, l’État doit saisir toutes les opportunités pour rencontrer l’exigence écologique : les investissements, notamment dans les infrastructures, les entreprises et les transports, doivent nourrir ce virage radical vers une société résiliente et sobre en carbone.

Soutenu par sa propre Politique gouvernementale de prévention en santé, le gouvernement du Québec doit, dans ses décisions quotidiennes, agir afin «d’améliorer l’état de santé et la qualité de vie de la population et de réduire les inégalités sociales de santé». Pour y arriver, toutes ses décisions doivent être analysées en fonction de leurs conséquences et de leurs impacts sur l’environnement, et indirectement, sur notre santé.

Assurer la santé publique et environnementale

Afin d’assurer la résilience des communautés tout en réduisant leur empreinte écologique, le plan de transition gouvernemental doit considérer la santé, et y allouer les ressources financières et humaines nécessaires pour y nourrir une expertise scientifique.

Soutenir la santé publique

La santé publique est au cœur des grands défis qui nous touchent. La pandémie du coronavirus l’a confirmé. Le réseau de la santé publique doit donc être doté d’un financement beaucoup plus important5. Ceci permettra d’anticiper et de suivre les impacts des changements climatiques sur la santé, en portant une attention particulière aux populations vulnérables (populations autochtones, milieux urbains défavorisés, etc.), et de mieux se préparer à répondre aux événements climatiques extrêmes qui seront plus fréquents (vagues de chaleur, inondations), question de minimiser les conséquences néfastes sur notre santé et notre société.

La santé publique possède une expertise en santé environnementale, ainsi que sur les mesures permettant d’accroître la résilience des populations. Son leadership doit être reconnu. Elle doit être au cœur de la conception et la réalisation des plans de transition. Ainsi, tout projet ou politique devrait être soumis au regard de la santé publique : ceci est, par ailleurs, déjà prévu par notre système de loi (article 54 de la Loi sur la santé publique6,7 pour les curieux), mais reste peu appliqué.

Renforcer notre système de soins

La première ligne du système de santé a été fragilisée dans les dernières décennies. Pourtant, son optimisation et sa disponibilité sont requises pour la prise en charge des problèmes croissants de santé physique et psychologique liés à la crise écologique. Des investissements massifs en première ligne, et une formation accrue de soignant-e-s, seront nécessaires pour l’outiller à faire face aux prochaines crises. Ainsi, une main-d’œuvre abondante pourrait être mobilisée plus facilement. En période d’accalmie, ces professionnels de la santé pourraient s’intégrer en prévention et en promotion de la santé, restant à l’écoute des priorités des communautés. Jardins communautaires, activités brisant l’isolement social, projets structurants en transport actif, réseaux d’échange de services et d’objets : nous pouvons penser grand. Cette vision porteuse est la clé de la transition sobre attendue et de l’amélioration de notre qualité de vie.

Cette main-d’œuvre bonifiée pourrait également œuvrer dans le réseau des services à domicile, lui aussi négligé, identifier les populations à risque et offrir des services appropriés. Ceci réduirait l’engorgement du système de santé et les coûts associés.

Le réseau de santé a également son rôle à jouer dans la transition écologique. Responsable annuellement d’environ 4,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), il doit devenir un élève-modèle8. Ainsi, il faut adopter des standards de gestion environnementale élevés dans tous les établissements de santé, et non seulement pour les nouveaux bâtiments : gestion des déchets, de la demande énergétique, et des émissions de GES; approvisionnement médical et non médical; réduction d’examens et de tests médicaux non nécessaires; verdissement des établissements de santé.

Enfin, il est indispensable de financer la recherche sur les impacts des changements climatiques sur notre santé, et de soutenir le développement d’initiatives innovantes permettant de faire face à la crise climatique tout en améliorant la santé et la résilience des communautés.

Le défi climatique est colossal. Toutefois, la pandémie du coronavirus a mis en lumière l’importance collective accordée à la santé. Nous disposons au Québec des ressources, des services, des communautés et des cerveaux nécessaires pour réussir cette transition nécessaire vers une société verte, juste, et en santé. Alors, amorçons là!

Les auteur.e.s sont membres du regroupement Des Universitaires

Références

1. OMS (2018). COP24 special report on health and climate change. Retrieved May 22, 2020
2. Bélanger, D., Gosselin, P., Bustinza, R., Campagna, C. (2019). Changements climatiques et santé: Prévenir, soigner, s’adapter. Québec: Presses de l’Université Laval.
3. Health Canada (2001). Population Health Promotion: An Integrated Model of Population Health and Health Promotion. Retrieved May 18, 2020
4. Dahlgren, G., & Whitehead, M. (1991) Policies and strategies to promote social equity in health. Stockholm: Stockholm Institute for Further Studies.
5. Guyon, A., Hancock, T., Kirk, M., MacDonald, M., Neudorf, C., Sutcliffe, P., Talbot, J., & Watson-Creed, G. (2017) The weakening of public health: A threat to population health and health care system sustainability (Editorial). Can J Public Health 108(1): e1–7. 6. Gouvernement du Québec (2020). Public health act. Retrieved May 22, 2020
7. Benoît, F. et al. (2012) Implementation of Section 54 of Québec’s Public Health Act. National Collaboration Centre for Healthy Public Policy, Institut National de Santé Publique du Québec, Québec.
8. Synergie santé environnement 2020.

Le télétravail: accélérateur d’un mouvement de dispersion territoriale en puissance

Points de vue

Le télétravail: accélérateur d’un mouvement de dispersion territoriale en puissance

Bernard Vachon
Bernard Vachon
Professeur retraité du département de géographie de l’UQAM
POINT DE VUE / Le confinement pour contrer la propagation du virus a entraîné chez les employeurs publics et privés un boom du télétravail. La COVID-19 a fait davantage progresser le télétravail en une nuit qu’en cinq ans.

Parmi les effets de cette nouvelle façon de travailler, il y a la désertion des centres-villes qui cause de sérieux problèmes financiers à l’activité commerciale. Avec seulement 10 à 15 % des travailleurs de retour au bureau, Montréal appelle désespérément ceux-ci à revenir en ville, une démarche qu’endosse le gouvernement. À cette désertion s’ajoute chez plusieurs le choix de vivre en dehors des grands centres. Pour les télétravailleurs, il y a désormais moins l’impératif d’être collé sur son emploi. Avec la perspective de poursuivre le télétravail sur une base à temps plein ou à temps partiel (formule hybride privilégiée par plusieurs employeurs et employés) après la pandémie, le choix de vivre hors de la Cité prend de l’ampleur. Le travail à distance élargit le territoire de résidence des travailleurs.

Une étude de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec révèle que de juin à août, il y a eu 41 % plus de transactions dans les régions qui entourent la métropole, qui elle n’a connu qu’une hausse de 20 %. Les municipalités situées à environ une heure ou une heure et demi de route du centre-ville de Montréal ont connu une véritable explosion des transactions. Sainte-Agathe, Saint-Sauveur et Saint-Adèle dans les Laurentides sont en tête du classement. La Rive-Sud ne fait pas exception. À Granby, par exemple, l’activité immobilière a augmenté de 72 %.

Le télétravail n’est pas un épiphénomène

Tous les sondages, tant auprès des employeurs (secteur public et secteur privé) que des employés, démontrent l’engouement en faveur du télétravail. Certes, il y a des irritants à corriger mais l’État, le patronat et les syndicats s’appliqueront à trouver des solutions pour optimiser la pratique du télétravail, car il y a consensus sur le fait que les avantages surpassent les inconvénients, dont certains ne sont que transitoires. Le 7 septembre, le ministre du Travail, Jean Boulet, annonçait le lancement d’un grand chantier pour mieux encadrer le télétravail.

On est à l’étape de l’apprentissage à travailler autrement dans plusieurs secteurs de l’activité économique. Ce qui n’a rien d’inusité en soi considérant les technologies d’information et de communication dont on dispose en ce début du XXIe siècle, et les applications numériques complémentaires qui ne cessent d’être créées ou de s’améliorer. C’est le contraire qui serait surprenant. Le télétravail est une manifestation, voire un pas majeur, d’une société qui passe de l’ère industrielle à l’ère postindustrielle avec un nombre croissant d’activités qui se dématérialisent et qui se prêtent au télétravail.

Le travail à distance : de la concentration à la dispersion

Si le télétravail permet l’exécution de tâches à distance, soit à domicile, dans un lieu de coworking ou sur la route (travailleurs nomades), tout le sens de la distance se pose ainsi que ses incidences territoriales. Dans les faits, il s’agit d’une «délocalisation» des emplois concernés. Le télétravail élargit les bassins d’emploi. La géographie du travail se modifie et avec elle l’occupation du territoire. La proximité physique à l’égard de son entreprise n’est plus une nécessité. Ainsi, effectué en dehors de l’entreprise, à des horaires favorisant une plus grande implication dans la vie personnelle et familiale, le travail perd peu à peu sa centralité physique et sociale, du moins pour les télétravailleurs. Après des décennies de concentration à travers un processus de métropolisation continu qui a appauvri les régions, les signes d’un mouvement de dispersion et de reconquête territoriale se manifestent.

Causes profondes de l’éclatement des lieux de travail

Si la relation est vite faite entre le boom du télétravail et la demande résidentielle accrue dans les couronnes périphériques et les régions, il faut chercher au-delà du télétravail les raisons fondamentales qui conduisent plusieurs travailleurs et leurs familles à opter pour un milieu de vie en dehors des limites de la grande ville.

Il y a tout d’abord les fragilités des centres métropolitains associées à des dysfonctionnements qui érodent la qualité de vie des résidents : coût de la vie trop élevé, congestion routière, diverses formes de pollution, insécurité de certains quartiers, éloignement des services de proximité, espaces verts insuffisants, stress de la vie quotidienne, anonymat, etc. Les villes moyennes et les petites villes et villages en région exercent une attractivité reconquise du fait des avantages qu’offrent ces milieux: coût moins élevé de l’habitation, proximité des services, plus grande facilité de déplacement, milieu propice à élever une famille, accès aisé aux milieux naturels, meilleure qualité de l’environnement, facilités pour l’autonomie alimentaire (potager et petits élevages), perception d’un esprit communautaire et d’entraide… autant d’atouts qui se conjuguent pour une qualité de vie améliorée.

Ce tandem répulsion/attraction explique le phénomène d’exode urbain qui affecte les grandes villes depuis une dizaine d’années, une réalité constatée dans plusieurs pays. Montréal a perdu 178 067 personnes dans ses échanges interrégionaux entre 2010-2011 et 2018-2019, dont 27 890 pour la seule année 2018-2019. À Québec, sans être négatifs, les soldes migratoires sont faibles, soit une moyenne annuelle de 582 pour la même période. Pendant ce temps, plusieurs régions connaissent un bilan migratoire interrégional positif que révèlent les données de l’Institut de la statistique du Québec. Longtemps terres d’exode, les régions redeviennent des terres d’accueil.

Le télétravail apparaît à la fois comme révélateur et accélérateur du mouvement d’exode urbain amorcé depuis quelques années. Puisque la concentration n’est plus nécessaire pour nombre d’activités économiques et d’emplois et qu’une installation dans une ville petite ou moyenne ou un village devient viable et désirable à plusieurs égards, il est désormais loisible de penser que la croissance économique et démographique du Québec sera mieux partagée entre les grandes villes, notamment Montréal, et les villes et villages en régions.

À travers ce mouvement de rééquilibrage territorial, l’idéologie de la métropolisation est remise en cause. Le plan de relance économique de l’après-COVID doit inclure la relance des régions qui se traduira par la mise en œuvre d’une stratégie de renforcement de l’attractivité et de la capacité concurrentielle des villes moyennes et des chefs-lieux des MRC, faisant de celles-ci des bassins de vie, d’activité économique et d’emploi dotés d’un haut niveau d’autonomie administrative et financière. Ainsi parviendra-t-on à combler la fracture territoriale entre les agglomérations métropolitaines de Montréal et de Québec et les régions.

Bernard Vachon est aussi spécialiste en développement local et régional

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté
La peur et le gaspillage alimentaire

Collaborateurs

La peur et le gaspillage alimentaire

Dr Sylvain Charlebois
Dr Sylvain Charlebois
Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Université Dalhousie
COMMENTAIRES / Le gaspillage alimentaire à la maison cumule des frais cruellement invisibles. Pour nous tous, c’est une facture qui n’arrive jamais, mais que l’on doit acquitter chaque jour. Avant la pandémie, chaque ménage canadien gaspillait environ 140 kilos de nourriture par année, soit l’équivalent d’environ 1766 $, jetés à la poubelle ou compostés. Dans le contexte actuel où l’inflation alimentaire dépasse 3 %, payer de la nourriture carrément pour rien est insensé. On le sait tous, mais notre vie de nomade nous pousse à agir ainsi.

Avec l’arrivée de la pandémie, les choses ont bien changé. Étant donné que nos vies s’en trouvent modifiées et que la majorité des Canadiens passent davantage de temps à la maison depuis le mois de mars, beaucoup se demandent si l’on gaspille plus qu’avant. Une enquête récente de l’Université Dalhousie nous offre un portrait de ce qui se passe dans nos maisons et nos cuisines. Au-delà de 8000 Canadiens ont été interrogés récemment au sujet du gaspillage.

Quand la classe vient en option!

opinions

Quand la classe vient en option!

Point de vue
Point de vue
La Tribune
Au temps des Romains, les hommes politiques étaient caractérisés selon le niveau de « gravitas » qu’il dégageait dans la vie publique, ce qui comprend la dignité, la majesté, l’autorité et la prestance. Depuis son accession à la mairie, M. Lussier n’a pas tellement brillé en faisant ressortir ces qualités, loin de là.

Dès le début de son mandat, on se souviendra qu’il a tenté d’intimider Mme Beaudin en demandant à des citoyens, dont moi, de l’accabler sur son budget de fonctionnement, budget dont les oppositions municipales peuvent bénéficier selon la loi. Toute cette affaire de « cornecul » comme disait Rabelais dans Pantagruel ou « abracadabrantesque » pour une employer une expression chère à Jacques Chirac s’est lamentablement terminée dans les mensonges et la confusion la plus totale. Néanmoins, le ton du mandat était donné. 

Hier encore, en apprenant la démission de Mme Beaudin du comité de développement économique, le maire, au lieu de prendre acte, s’est exclamé : « c’est la meilleure nouvelle de la soirée! »   Il a poursuivi en disant : « Mon cadeau du ciel a été votre démission du comité. C’est tellement un beau cadeau. Je vous remercie sincèrement, parce que ce qu’on veut, c’est travailler dans le bon sens. En sortant d’ici, je vais aller me chercher un 6/49. » 

Après une telle tirade, on viendra se demander pourquoi les élus municipaux ont si mauvaise réputation. On se posera encore des questions sur le faible taux de participation de la population aux élections municipales.

Steve Lussier a un beau sourire, mais pour la classe, ou le gravitas pour employer une expression latine, on repassera. Ce n’est pas le genre de chose qui se commande au service à l’auto.

Pascal Cyr 
Sherbrooke

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La grande peste de Londres de 1665-1666

opinions

La grande peste de Londres de 1665-1666

CHRONIQUE / L’épidémie qui ravagea Londres en 1665-1666 fut causée par la même bactérie qui avait été à l’origine de la peste justinienne de 541 et de la peste noire de 1347. Cette bactérie, le Yersinia pestis, se propagea par des rats contaminés.

Depuis un siècle, Londres était périodiquement touché par des épidémies de peste. Par exemple, celle de 1625 fit plus de 40 000 victimes. La particularité de la grande peste de 1665-1666 fut d’être la plus dévastatrice, mais aussi la dernière épidémie de peste à frapper les Londoniens.

Les historiens estiment que la peste bubonique arriva à Londres à la fin de 1664 en provenance d’Amsterdam. Cette dernière avait subi une telle épidémie en 1663-1664, qui avait fait 50 000 morts. Or, les premiers décès à Londres furent répertoriés sur les quais du port. Enregistrés d’abord comme suspects, ce ne fut que lorsque la peste s’étendit au reste de Londres que les autorités comprirent qu’elles étaient confrontées à une épidémie de peste.

La peste débuta au printemps 1665. L’épidémie tuait à la fin juin 1000 personnes par semaine. En septembre 1665, le taux officiel de mortalité atteignait même 7000 victimes par semaine, nombre considéré comme largement inférieur au taux réel. Tout le monde savait alors que la ville était frappée par une épidémie de peste. Aussi, dès juillet 1665, le roi Charles II choisit de fuir Londres avec sa sœur. Ils n’y revinrent qu’en février 1666. Entre-temps, le parlement tint une courte session à Oxford.

À l’instar de la cour royale, les riches marchands de Londres fuirent la ville pour échapper à la peste en allant s’établir dans leurs maisons de campagne. Des postes de contrôle furent installés tout autour de la ville pour s’assurer que seulement des personnes disposant d’un certificat de bonne santé quittaient la ville. Ces certificats devaient porter la signature du maire et devenaient donc très difficiles à obtenir. Les personnes sans certificat étaient systématiquement refoulées. Le gouvernement royal ne voulait pas que l’épidémie s’étende au reste du royaume.

En 1665, on estimait la population de Londres à 460 000 habitants. Or, les archives de la ville enregistrèrent la mort de 68 596 personnes pendant l’épidémie de 1665-1666. Toutefois, comme beaucoup de personnes n’étaient pas comptées, les historiens estiment que le nombre de morts survenu durant l’épidémie se situait davantage autour de 100 000. D’ailleurs, les observateurs contemporains tels que Daniel Defoe, qui décrivit le sort horrible des Londoniens, estiment que la peste tua près du quart de la population de la ville.

Conditions insalubres

Durant les années 1660, la population londonienne vivait dans des conditions insalubres. Les rues étaient étroites. Les maisons étaient petites, souvent humides et non ventilées. Les carcasses d’animaux, les ordures ménagères et les eaux usées étaient simplement jetées dans la rue. La ville ne possédait aucune méthode généralisée de collecte et d’élimination des déchets. Dans cet environnement sale et nauséabond, les mouches et les rats régnaient en maîtres.

Aussi, les maladies contagieuses étaient alors monnaie courante à Londres. Certains quartiers pauvres situés en périphérie de la ville, tels que Stepney, Shoreditch, Clerkenwell, Cripplegate et Westminster, étaient très surpeuplés et furent particulièrement ravagés. Ces quartiers pauvres et surpeuplés se transformèrent ainsi en foyers de contagion. 

Dans ces quartiers, il était difficile de ne pas être en contact avec les rats et les individus ayant été infectés. La maladie en vint à terrifier la population de ces quartiers, d’autant plus que l’on peignait des croix rouges sur les portes des maisons où se trouvait une personne infectée. Dans ce dernier cas, toute la famille de l’individu était forcée de rester enfermée chez elle pendant 40 jours. Seules des « infirmières » locales sans formation étaient autorisées à y entrer.

Des « chercheurs » de morts étaient payés pour ramasser les cadavres, les transporter sur une charrette et aller les déposer dans une fosse commune. D’ailleurs, Defoe raconte que beaucoup de victimes étaient mortes « en tas et ont été enterrés en tas; c’est-à-dire sans être comptées ». Dans une telle atmosphère, la panique et le désordre régnaient. Des preuves archéologiques découvertes en 2018 à Crossrail, soutenues par des tests d’ADN, confirmèrent l’importance de ces charniers.

Durant l’hiver 1665-1666, le nombre de morts chuta drastiquement avec l’arrivée du froid. Mais l’épidémie reprit au printemps 1666. Elle se poursuivit jusqu’en septembre, alors que la ville subissait un autre cataclysme. Ce fut le Grand incendie de Londres, qui détruisit 13 000 bâtiments, soit le quart de la ville, et qui laissa plus de 100 000 personnes sans abri.

Paradoxalement, l’incendie aurait mis fin aussi à la peste en chassant les rats qui peuplaient la ville. L’Angleterre n’allait plus connaître de grande épidémie de peste. Toutefois, pour certains historiens, cela est un mythe. Les rats auraient pu simplement se réfugier dans les autres quartiers non incendiés. Il semble en fait que le roi ait cherché à tourner le Grand incendie en victoire politique. Ce mythe n’aurait ainsi été qu’un simple jeu de propagande. 

En fait, les historiens ont de la difficulté à expliquer la disparition de la peste et que cette dernière ne soit pas revenue. Bien sûr, le Grand incendie amena graduellement un renforcement des codes du bâtiment poussant à recourir à la brique au lieu du bois. Mais les améliorations sanitaires et hygiéniques, ainsi que les mesures de quarantaine, ne survinrent que des décennies plus tard.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.