Brigitte Breton
À l’hôtel pour l’examen final

Chronique

À l’hôtel pour l’examen final

CHRONIQUE / Trois jours dans une chambre d’hôtel d’une grande ville canadienne. Ceux qui aspirent au titre de comptable professionnel agréé (CPA) ne peuvent refuser cette offre. C’est la solution retenue par CPA Canada pour l’examen final commun (EFC) de septembre prochain.

Depuis le début de la pandémie, on a souvent parlé de la créativité et des efforts déployés par les cégeps et les universités pour permettre aux étudiants de terminer leurs études et leurs stages. 

Les ordres professionnels doivent faire face au même défi et aux mêmes maux de tête pour évaluer ceux et celles qui veulent obtenir un permis et joindre leurs rangs.

CPA Canada a fait le choix de ne pas repousser l’examen de septembre et de ne pas le dispenser à distance. 

Au lieu de regrouper les candidats dans une grande salle commune comme au centre des congrès de Québec, CPA Canada les réunira dans différents hôtels où chacun sera installé dans une chambre pour répondre aux questions d’examen.

«Chaque candidat se verra assigner une chambre pour les trois jours de l’examen, où il aura accès à sa propre salle de bain et à une table de travail». Un ordinateur portable sera fourni ainsi que les logiciels nécessaires.

CPA Canada précise de plus que «toutes les portes des chambres devront rester ouvertes; les tables de travail seront placées de façon à être visibles du corridor. Seuls le candidat et, au besoin, son surveillant pourront accéder à la chambre».

L’an dernier, quelque 9000 personnes étaient inscrites à l’EFC à travers le Canada.

Ginette Bourbonnais, directrice des affaires publiques à l’Ordre des comptables professionnels agréés du Québec, signale que la situation est en constante évolution à cause de la crise sanitaire.

Les étudiants doivent espérer que CPA Canada est cette fois en contrôle et a prévu divers scénarios en cas de pépin.

La séance d’examen de l’an dernier avait connu des ratés techniques à cause de l’utilisation d’un logiciel. Une situation qui a entraîné une dose supplémentaire de stress et d’anxiété chez les aspirants. Les résultats des examens ont pu être dévoilés seulement au début de janvier plutôt qu’à la fin de novembre.

La pandémie a aussi forcé l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) à faire les choses autrement cette année. Il a dû renoncer à l’examen prévu en mars. Pour septembre, il se retrouve donc avec deux cohortes. 

«Les milieux de travail ont besoin des diplômés», signale Colette Ouellet, directrice à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Pour faire passer l’examen à 3500 personnes dans le contexte de pandémie et de distanciation physique requise, l’ordre professionnel devra donc les répartir par petits groupes sur plusieurs sites. 

Les examens se dérouleront les 12 et 19 septembre. «Le retrait d’un si grand nombre de personnes des unités de soins nous oblige à tenir l’examen sur deux journées», explique Mme Ouellet.

L’École du Barreau a dû aussi revoir ses façons de faire. En mai, elle a opté pour un examen en ligne qui a connu des difficultés, soulevé des critiques parmi les 900 étudiants et commandé une analyse externe. L’évaluation finale de reprise, prévue pour le 13 juillet, se fera cette fois en personne, dans les centres de formation.

Qu’importe la profession, les personnes qui doivent se soumettre à l’examen d’un ordre professionnel se souviennent habituellement toute leur vie du jour de l’épreuve et de celui où elles ont obtenu leurs résultats. 

Celles qui ont vécu ce passage obligé en 2020, en période de pandémie, auront un «petit plus» à raconter.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
Prévention de la COVID au travail: un système à deux vitesses

Opinions

Prévention de la COVID au travail: un système à deux vitesses

Dominic Lemieux est le directeur québécois du Syndicat des Métallos

On apprenait cette semaine que le nombre de plaintes à la CNESST a explosé pendant la pandémie. Plusieurs travailleurs et travailleuses se sont tournés vers la CNESST pour rendre leurs milieux de travail sécuritaires, avec des résultats souvent mitigés puisque l’organisme a été débordé.

Claude Villeneuve
Économie sociale et développement durable

Environnement

Économie sociale et développement durable

CHRONIQUE / Le système économique dans lequel nous vivons, basé sur le capitalisme, la propriété individuelle et la liberté d’entreprise, a démontré sa capacité à produire de la richesse. Malheureusement, il favorise bien des travers de l’espèce humaine. En valorisant l’appât du gain, l’égoïsme, l’ostentation, le superfétatoire et l’instantané, il accentue les inégalités et entraîne des impacts insoutenables sur l’environnement. Bien sûr, l’indicateur de la croissance économique est une donnée simple et facile à communiquer, mais lorsqu’on pose le problème en termes de développement durable, le rôle de l’économie dans la société est beaucoup plus complexe.

Contrairement à ce que propose l’idée simpliste de la décroissance, il reste encore beaucoup de place dans la société pour le développement de diverses formes d’économie. L’économie sociale est un de ces secteurs qui devrait bénéficier de l’attention des gouvernements de tous les niveaux.

Faut-il vraiment de tout pour faire un monde?

Point de vue

Faut-il vraiment de tout pour faire un monde?

POINT DE VUE / C’est pourtant ce que dit l’adage, ancêtre du concept de la biodiversité. Les comportements humains devant le risque de transmission de la COVID-19 en sont un bel exemple, parce qu’actuellement, on voit beaucoup d’extrêmes et peu de cohérence.

Des gens seuls portant un masque en marchant à l’extérieur ou en conduisant leur voiture, jusqu’aux fêtards qui se regroupent en se vantant de ne pas avoir peur d’attraper la maladie, il y a là une très belle variété. Un peu trop peut-être?

Gilles Vandal
Le mythe de la méritocratie à l’ère de Donald Trump

Opinions

Le mythe de la méritocratie à l’ère de Donald Trump

Chronique / La méritocratie représente un principe très en vogue aux États-Unis au 20e siècle. Selon ce système, le pouvoir politique, l’avancement professionnel et la redistribution des biens économiques sont accordés aux individus sur la base de leurs talents, de leurs efforts et de leur réussite. Ce serait la façon dont la mobilité sociale est maintenue et les élites se renouvellent. Il s’agit d’un beau système, du moins en théorie.

Le mythe de la méritocratie a été inventé pour justifier l’image d’une société basée sur la mobilité sociale. Selon ce mythe, les États-Unis ont pu échapper à la perpétuation d’un système de castes qui permettait la concentration et la transmission de la richesse au sein des mêmes familles sous une forme dynastique. La méritocratie permettait ainsi d’éviter la rancune et la division sociale, les individus sachant que les règles sont équitables.

La fausseté de la méritocratie réside dans la présomption que, grâce au système de méritocratie, le pouvoir, les promotions et les privilèges sont attribués selon le mérite individuel, et non les origines sociales. Cette fausse équation consiste essentiellement à affirmer que QI + effort = mérite. En ce sens, la société américaine reposerait non sur une ploutocratie de la richesse découlant de ses origines sociales, mais sur une aristocratie de talents.

L’image classique de la méritocratie porte sur le développement de la Silicon Valley. Dans cette perspective, les États-Unis, grâce à leur système de mobilité sociale basée sur la méritocratie, ont pu devenir une superpuissance en innovation et en compétence technologiques. Il en a résulté la création de compagnies comme Microsoft, Apple, Google, Facebook, etc. Or, cette image ne tient pas compte des immenses fortunes que des milliers de familles américaines se transmettent de génération en génération.

Si l’on se fie à son pedigree, c’est l’image que Donald Trump projette de lui-même depuis 40 ans. Il serait devenu milliardaire uniquement grâce à ses talents. Son père lui aurait prêté un million de dollars à l’âge de 21 ans, somme qu’il a dû lui rembourser ensuite. Une vaste enquête du New York Times montre toutefois que cette histoire, à l’image de l’individu, est complètement fausse. 

En effet, Trump a bénéficié de l’équivalent de 413 millions de dollars venant de son père avant d’avoir atteint ses 21 ans. Sa réussite, il la doit d’abord à son père, et non à son talent. Plus encore. Quant à ses présumés talents financiers, on repassera. Il a fait pas moins de six faillites.

Or, le cas de Trump n’est pas unique. La même histoire se répète partout aux États-Unis parmi les grandes familles. Non seulement les enfants de ces familles bénéficient du transfert de l’héritage familial pour assurer leur réussite, mais ils bénéficient aussi de passe-droits pour être admis dans les meilleures universités. 

Le père de Donald Trump a donné l’équivalent d’un million de dollars pour que le jeune Donald soit admis à la Penn State. De même, le père de Jared Kushner, gendre de Trump, a versé une contribution importante à Harvard pour que son fils, qui avait un dossier académique simplement acceptable, soit admis à cette prestigieuse université.

D’ailleurs, depuis deux ans, des enquêtes et des inculpations relatives à l’admission dans les meilleures universités américaines montrent que des dizaines de parents riches ont eu recours à la fraude et à la corruption pour faire admettre leurs enfants. Et cela ne serait que la pointe de l’iceberg. La moyenne des contributions illégales atteindrait le 1,2 million de dollars. 

Il existe cependant des stratagèmes plus subtils consistant à verser de l’argent à des tuteurs d’essais ou à embaucher des conseillers d’admission ou encore des membres de comités de sélection pour des cours d’enrichissement. Ces gestes ne sont pas éthiques, mais ne violent pas à proprement dit les lois. Les familles riches font tout pour déjouer les jeux de coulisses en ce qui concerne les admissions dans les universités huppées.

Le paradoxe du populisme de Trump découle du fait qu’il attise la haine de l’élite chez ses partisans, alors qu’il fait partie intégrante de celle-ci. Devenu président, il a d’ailleurs renforcé les privilèges de l’élite en réduisant substantiellement les impôts des plus riches et en élargissant le recours aux paradis fiscaux.

Après avoir bénéficié sans vergogne du système des privilèges accordés aux plus riches, il utilise de manière démagogique la rancœur des classes moins instruites qui se sentent discriminées et méprisées par les élites libérales qui ont réussi à se tailler une place dans le système en dépit de cette concurrence déloyale des plus riches.

Ce faisant, au lieu que la rage politique des millions de Blancs plus démunis soit dirigée contre la nouvelle aristocratie américaine, elle est dirigée par Trump d’abord contre les élites libérales de la classe moyenne et ensuite contre les immigrants, qu’il décrit comme menant une concurrence déloyale.

Somme toute, en attisant la colère des Blancs plus démunis contre les minorités raciales ou ethniques et les immigrants, Trump préserve les privilèges octroyés aux plus riches. Néanmoins, les observateurs attentifs, tant américains qu’étrangers, ne se font pas leurrer par Trump.

Or, dans la foulée de la crise du coronavirus, une minorité de partisans appuyant Trump commence à se réveiller. Ils découvrent que la volonté de Trump et des républicains de détruire l’Obamacare les laissera sans aucune assurance maladie. Par ailleurs, ils comprennent enfin que les États-Unis devraient être une société dans laquelle les opportunités appartiennent vraiment à ceux qui les ont gagnées, sans accorder de privilèges indus aux plus riches.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

La caricature de Côté [REPRISE]

La caricature de Côté [REPRISE]
André-Philippe Côté
Nous n’avons pas à payer pour le Cirque du Soleil

Carrefour des lecteurs

Nous n’avons pas à payer pour le Cirque du Soleil

Les payeurs de taxes du Québec n’ont pas à payer pour le laisser-aller, la désinvolture et la mauvaise gestion des dirigeants du Cirque du Soleil.

Nous apprenions que le gouvernement du Québec, par son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, avait prêté plus de 270 millions de $ CAD à l’entreprise qui a demandé la protection des tribunaux contre ses créanciers. Auparavant le gouvernement du Québec via la Caisse de dépôt avait racheté le dernier les 10% des actions que Guy Laliberté détenaient.

Ce n’est pas la pandémie qui a causé le problème car le Cirque du Soleil avait une dette de plus d’un milliard de dollars avant cette crise du coronavirus. Ce sont une fois de plus les simples salariés qui paieront le prix de cette mauvaise gestion et les dirigeants empocheront le magot. Ces mêmes gestionnaires ont annoncé le congédiement permanent de près de 3500 employés.

Oui la pandémie a durement frappé le Cirque du Soleil l’obligeant à annuler 44 représentations dans le monde, mais bon nombre de Québécois auraient besoin de cet argent. On a qu’à penser à certains artistes Québécois qui en arrachent et qui ne voient pas la lumière au bout du tunnel.

Jocelyn Boily, Québec

Denis Dufresne
De mal en pis

opinions

De mal en pis

ÉDOITORIAL / Sept ans après le déraillement d’un convoi pétrolier à Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts, Transports Canada donne la plupart du temps l’impression de travailler d’abord pour les transporteurs de pétrole et de matières dangereuses plutôt que pour la sécurité des citoyens.

Car malgré l’immense traumatisme vécu par la communauté méganticoise, les multiples interventions et dénonciations de la Coalition des citoyens et organismes pour la sécurité ferroviaire au sujet du mauvais état des rails, à l’époque sous la responsabilité de la Montreal Maine & Atlantic (MMA), puis de la Central Maine & Quebec Railway (CMQR), avant de passer aux mains du Canadien Pacifique en novembre dernier, le réseau ferroviaire apparaît toujours boiteux.

En septembre dernier, la Coalition avait même adressé une mise en demeure à Transports Canada, à la suite du déraillement partiel d’un convoi à un passage à niveau de Nantes, pour faire cesser le transport de matières dangereuses sur le réseau tant que toutes les réparations ne seraient pas effectuées.

Malgré les propos rassurants du ministre des Transports, Marc Garneau, à l’effet que les rails avaient été remis en état par la CMQR et que tout était conforme aux exigences du gouvernement, un autre convoi déraillait deux mois plus tard à Bolton-Ouest.

Cela ne s’invente pas!

Et même si les propres rapports d’inspection de Transports Canada démontrent que le nombre de rails défectueux sur la voie ferrée entre Farnham et Lac-Mégantic a augmenté entre 2015 et 2018 (de 115 à 253) et que l’état de plusieurs traverses se dégrade, très peu de choses changent, selon la Coalition.

Tout cela alors que les convois ferroviaires au pays sont de plus en plus longs et lourds.

L’attitude du ministre Garneau lorsqu’il est question de sécurité ferroviaire apparaît largement en deçà des attentes que l’on peut avoir d’un gouvernement censé réglementer l’industrie du transport ferroviaire pour protéger la population.

Comment comprendre que malgré les très nombreuses lacunes observées par la Coalition, témoignages, photos et vidéos à l’appui, ce ministre n’ait jamais mis le poing sur la table et exigé des transporteurs ferroviaires qu’ils assument leurs responsabilités? 

Ottawa a certes resserré certaines règles de sécurité, ordonné le retrait des wagons-citernes DOT-111, en cause dans la tragédie de Lac-Mégantic, embauché davantage d’inspecteurs et réduit la vitesse des convois sur certains réseaux ferroviaires problématiques.

Mais pourquoi y a-t-il encore autant de convois qui déraillent et de trains qui partent à la dérive? Et pourquoi tant de manquements de la part de Transports Canada dans la surveillance des compagnies ferroviaires, une situation dénoncée par le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, dès 2014?

Dans un reportage percutant de Radio-Canada Estrie, diffusé il y a quelques jours, la journaliste Mélissa Fauteux a rencontré d’ex-employés de la MMA et de la CMQR qui affirment avoir avisé à deux reprises leur employeur d’anomalies à la traverse de Nantes, où a eu lieu le déraillement partiel d’août 2019.

À la même époque, Transports Canada avait aussi observé la dégradation de plusieurs passages à niveau et demandé à la CMQR de corriger la situation.

La journaliste Fauteux a tenté de poser des questions au nouveau propriétaire du réseau, le Canadien Pacifique, qui a décliné sa demande, se contentant de dire par courriel que la compagnie prévoit investir 90 millions $ d’ici trois ans sur les 870 kilomètres de ce tronçon au Canada et aux États-Unis.

Pour l’heure l’impression demeure que Transports Canada fait le strict minimum pour ne pas embêter les compagnies de chemin de fer au lieu de prendre réellement à cœur sa mission de protéger les citoyens.

Faut-il s’étonner, alors, que la Coalition puisse annoncer dès lundi son intention d’entamer de nouvelles procédures contre les autorités responsables en raison du laxisme persistant qu’elle dit observer depuis 2013?

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
101 idées pour une relance verte et juste

Point de vue

101 idées pour une relance verte et juste

OPINIONS/ Le regroupement Des Universitaires a établi une collaboration avec Le Pacte pour la transition pour la publication d’une série de 13 articles, qui visent à faire connaître au grand public la synthèse des 101 idées pour la relance, les bases d’un plan d’action pour une transition verte et juste, préparée par des expert.e.s, scientifiques et économistes qui collaborent avec Le Pacte

Après un an de travail, le Pacte pour la transition a lancé  «101 idées pour la relance», suite à une vaste consultation populaire tenue auprès de milliers de personnes dont la synthèse a été confiée à une équipe de scientifiques et d’économistes chevronnés. Ce généreux bouquet d’idées jette les bases d’un véritable plan de transition pour une relance verte et juste de notre économie. Ce que 83 % des Québécois souhaitent, selon un récent sondage.

Lors de la Fête nationale, Fred Pellerin a lancé l’appel d’un «nouveau nouveau monde» en disant: «il ne faut pas manquer notre coup, c’est le temps de choisir ce qu’on veut mettre dedans.» C’est là tout le sens de notre proposition. Il y a urgence d’agir et il y a des solutions en masse. L’heure des gestes concrets a sonné. Souffler dans la voile des meilleures pratiques, des idées les plus porteuses, pour allier un mode de vie en meilleure santé à la nécessaire réduction de nos émissions polluantes et de notre surconsommation.

Pour tous ceux et celles qui préparent la relance, il y a là de quoi s’inspirer. Pour reprendre confiance dans l’avenir, dans le respect de la vie, un nouvel art de vivre est déjà en marche. Pour conjuguer efficacement nos efforts individuels et collectif,  la rencontre de l’exigence écologique et la recherche de l’harmonie entre les êtres humains et le monde qui nous entoure doivent être au cœur des décisions politiques en cours.

Les investissements de la relance économique seront à ce point déterminants pour les 10 prochaines années que l’ensemble des décisions de l’État doit passer le crible de leurs impacts sur l’environnement et sur la santé des citoyens. La science est très claire : nous avons dix ans «pour procéder à des changements radicaux de nos façons de faire, sous peine de conséquences désastreuses».  Nous avons un but commun à atteindre : réduire de 45 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et atteindre la carboneutralité avant 2050. Cet impératif doit nous servir de guide dans nos gestes individuels mais surtout dans nos actions collectives.

Notre appel est simple : écoutons notre soif de vivre dans un monde viable ! Aplatissons la courbe de l’emballement climatique qui nous menace! Dotons-nous d’une loi climat qui nous oblige à respecter les limites d’émissions fixées par la science, adoptons un budget carbone qui encadre nos choix économiques dans le sens d’une économie viable, libérons-nous des énergies fossiles, réduisons nos besoins énergétiques en produisant et en consommant autrement. Investir l’avenir, c’est investir dans les chantiers d’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, l’écoconception, l’économie circulaire, l’économie sociale, l’alimentation saine, l’agriculture de proximité, la mobilité durable, la rénovation et la construction écologiques, le verdissement de nos milieux de vie, la protection des milieux naturels ! Il y a un monde de possibilités. Il faudra aussi avoir le courage de refuser les mauvaises pratiques et les projets qui contribuent à la dégradation de notre monde. Il faut encourager ce qui doit croître et décourager ce qui doit décroître. Les changements qui s’imposent pour bâtir ce «nouveau nouveau monde» ont le potentiel de nous rassembler dans un grand projet de société pour la prochaine décennie !

Le Québec vient de connaître un important réveil de sa capacité à agir collectivement. Pour coordonner nos efforts, nous avons besoin d’un plan crédible et convaincant. Et d’un leadership politique inspiré, sage et clairvoyant, qui sache nous rallier. Cela commence par la concertation, dans toutes les régions du Québec, autour des meilleures pratiques à soutenir et des meilleures actions à mettre en œuvre. À Québec, le premier ministre a été à l’écoute de notre appel et il a invité le ministre de l’Environnement à la table de la relance économique. À Ottawa, nous avons eu un échange que nous espérons fructueux avec les ministres Wilkinson de l’Environnement, McKenna des Infrastructures et Guilbeault du Patrimoine. Chaque fois, nous réitérons l’appel d’une volonté politique forte, en phase avec la volonté populaire d’une majorité de citoyens qui réclament qu’on relève le défi, avec un financement à la hauteur.

Nous avons répertorié une série d’idées que les experts et scientifiques jugent parmi les plus porteuses en matière de réduction de GES. Les articles qui suivront au cours des prochaines semaines dresseront un portrait de chacun des principaux champs d’action à privilégier. Il sera question de lois sur le climat, d’énergies, de transport, d’industries, de bâtiments, d’agriculture et d’alimentation, de déchets et de matières résiduelles, de biodiversité et de protection des milieux naturels ainsi que de santé et d’éducation. Nous vous invitons à consulter les 101 idées sur le site, à vous approprier ces idées et à les communiquer à tous et celles qui dans votre entourage œuvrent à la relance. À commencer par nos dirigeants politiques ! La démocratie a besoin de nous, les citoyens de tous les horizons, pour exercer une saine et ferme pression pour la suite de notre monde.

Dominic Champagne et Anne-Céline Guyon, porte-paroles du Pacte pour la transition

Regroupement Des Universitaires


Les enfants du Québec, épargnés par la pandémie… Vraiment?

Point de vue

Les enfants du Québec, épargnés par la pandémie… Vraiment?

POINT DE VUE / À l’heure du déconfinement généralisé, il est temps de nous pencher sur les nombreux dommages collatéraux, silencieux, mais insidieux de cette pandémie.

Les enfants symbolisent la seule bonne nouvelle des derniers mois. Ils sont peu touchés par la COVID : ils l’attrapent moins, développement rarement des symptômes et ne propagent que très peu le virus. Ils sont en quelque sorte protégés.

La caricature de Côté [REPRISE]

La caricature de Côté [REPRISE]
André-Philippe Côté
Le déconfinement

opinions

Le déconfinement

Serait-il possible de ne pas trop se presser pour remettre le Québec dans l’état où il se trouvait avant l’arrivée de la pandémie qui a bouleversé et tué des milliers d’hommes et de femmes avant que les Québécois décident sous la gouverne de François Legault de ralentir la marche funèbre à laquelle nous avons été conviés depuis presque quatre mois?

Au sud de notre frontière, sous la tutelle de Trump, pour favoriser les succès économiques, c’est avec passion que le pays autrefois si puissant a déconfiné l’ensemble de son territoire.

Résultat : des dizaines de milliers de morts, et ce n’est pas terminé. 

Nous nous trouvons devant un adversaire plus fort que nous. La nature prend sa revanche et pas à peu près. Voilà des siècles que nous la poussons dans ses retranchements. Il va de soi qu’elle se défende et se venge. 

Si nous rouvrons la machine à sous trop rapidement et sur les mêmes bases qu’auparavant, il est normal que nous nous frappions de nouveau à un mur. Il n’y a rien de mystique ou de très compliqué à comprendre dans cette équation. Ralentissons notre mode de vie, respirons par le nez. Cessons de courir à notre perte. De combien de voitures, maisons, chaque individu a-t-il besoin pour être heureux? Quel est le prix du bonheur? Quand trop sera-t-il assez? Je ne suggère pas le dénuement total. Je suis de ceux qui pensent que nous les humains sommes à détruire la seule Terre que nous ayons.

Cette pandémie qui nous tombe dessus est un avertissement. Nous devrions le prendre au sérieux.

Jean Chenay
Sherbrooke

Gilles Vandal
Les épidémies de typhus depuis le 16e siècle

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Les épidémies de typhus depuis le 16e siècle

CHRONIQUE / Avec la peste, le typhus fut au cours des siècles une des maladies les plus redoutées. Au fil des siècles, la maladie porta pas moins de 40 noms, allant de typhus, typhus tacheté, typhus des Arabes, typhus de guerre, typhus irlandais, typhus de Hongrie, fièvre militaire, fièvre des camps, fièvre des hôpitaux, fièvre des prisons, fièvre typhoïde, etc.

Bien que beaucoup de personnes mélangent le typhus et la fièvre typhoïde, ce sont pourtant deux infections bactériennes bien distinctes. Alors que la fièvre typhoïde représente une pestilence similaire à la salmonelle et est transmise par une nourriture contaminée, le typhus est une maladie infectieuse qui se propage par les poux et les puces. C’est d’ailleurs pourquoi le typhus fut souvent décrit comme la maladie des poux. Sans traitement, la mortalité liée à cette infection varie habituellement de 10 % à 60 % selon l’âge des individus.

Le typhus affiche comme symptômes courants de la fièvre, des maux de tête, des éruptions cutanées et autres symptômes pseudo-grippaux tels que des courbatures et douleurs articulaires. Habituellement, les symptômes apparaissent une à deux semaines après une exposition à ce parasite. De cinq à neuf jours après l’apparition des premiers symptômes, la victime voyait une éruption cutanée couvrir le tronc pour ensuite se propager aux restes du corps. Les seules parties épargnées étaient le visage, les paumes et la plante des pieds. Après deux ou trois semaines, des signes de méningo-encéphalite se manifestent accompagnés d’une sensibilité à la lumière. Puis, le patient voit son état mental s’altérer avant de sombrer dans le coma.

La maladie est connue depuis l’antiquité. Toutefois, Hippocrate, Galien et Celse ne la distinguent pas vraiment des autres fièvres. La première description de la maladie fournie au Moyen-Âge se trouve dans un manuscrit de 1083 à un monastère de Salerne, au sud de Naples. La maladie fut officiellement reconnue comme une importante épidémie en Occident pour la première fois lors de la conquête du royaume de Grenade par la reine Isabelle de Castille. L’épidémie éclata en 1489 pendant le siège de Baza et toucha essentiellement les troupes espagnoles. Lors de ce siège, l’armée espagnole ne perdit que 3000 hommes au combat, mais 17 000 de 25 000 hommes à cause du typhus. Cela donna un répit de trois ans aux troupes maures.

La deuxième grande manifestation d’une épidémie de typhus survint à Naples en 1527, alors qu’une armée française de 35 000 hommes assiège 11 000 soldats impériaux. Les hommes de Charles Quint sont dans une situation très difficile, avant que n’éclate une épidémie au sein de l’armée française. 25 000 soldats français meurent rapidement du typhus, forçant François 1er à revenir bredouille en France.

À l’automne 1552, Charles Quint lance avec une armée 62 000 soldats une invasion du nord de la France qui est alors défendu par seulement 7000 hommes concentrés à Metz. La France est en péril et Paris est menacée. Mais, Catherine de Médicis, alors régente, trouve un allié dans une épidémie de typhus qui décime l’armée impériale. Charles Quint doit se replier après avoir perdu 10 000 hommes.

En 1560, Maximilien II d’Autriche, roi de Hongrie et futur empereur du Saint-Empire, résiste vaillamment à une armée ottomane qui cherche à envahir la Hongrie. Toutefois, son armée doit finalement se replier après avoir perdu 30 000 hommes en trois mois à cause du typhus. Les Ottomans conservent ainsi le contrôle d’une grande partie de la Hongrie.

Durant la guerre de Trente Ans, 1618 à 1648, le typhus fut responsable de la mort de 10 millions de personnes, alors que 350 000 soldats seulement perdaient la vie au combat. En 1632, une épidémie de typhus empêcha la tenue d’une bataille entre le roi Gustave-Adolphe de Suède et le maréchal Wallenstein, commandant les armes impériales. Alors que les deux armées s’apprêtaient à engager le combat, le typhus ravagea les deux armées. Les commandants décidèrent alors de se retirer.

La défaite de Napoléon dans la campagne de Russie de 1812 fut largement due au typhus. N’écoutant pas son commandant des soins médicaux de la présence de foyers endémiques de typhus en Pologne et à l’ouest de la Russie, Napoléon lança une armée de 600 000 hommes contre la Russie. Ce fut une erreur fatale. Moins de 20 000 hommes survécurent à cette expédition. Dès le premier mois de l’invasion, 80 000 soldats français mouraient du typhus. L’épidémie continua de décimer fortement l’armée impériale. En arrivant à Moscou à la mi-septembre, Napoléon disposait moins de 90 000 soldats. L’hiver russe allait compléter la défaite française.

Déjà affaiblis par la famine, 20 000 Irlandais moururent du typhus presque à leur arrivée au Québec en 1847 et 1848. Ils étaient alors assujettis à une période de quarantaine à la Grosse Île. D’ailleurs, plusieurs centaines de milliers d’Irlandais moururent alors du typhus durant cette fameuse grande famine.

Que cela soit lors de la guerre de Crimée, les différentes guerres des Balkans ou les deux guerres mondiales, le typhus continua de faire des ravages tant dans les populations civiles, dans les armées régulières que dans les camps de prisonniers. Dans ce dernier cas, il s’avéra particulièrement un ennemi redoutable. Le typhus représenta aussi un ennemi mortel dans les guerres civiles. Lors de la révolution russe, au moins 3 millions de personnes y succombèrent. 

Un vaccin fut finalement découvert par Charles Nicolle qui travailla à l’Institut Pasteur et identifia le vecteur du typhus épidémique en 1909. La découverte d’un vaccin lui mérita le prix Nobel de la médecine en 1928. Mais ce ne fut qu’en 1938 que le vaccin put être produit en masse. En dépit de cela, le typhus persiste encore aujourd’hui dans certaines guerres civiles et dans les camps de réfugiés.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

La caricature de Côté [REPRISE]

La caricature de Côté [REPRISE]
André-Philippe Côté
Reconstituer la famille québécoise, une priorité pour le PQ

Point de vue

Reconstituer la famille québécoise, une priorité pour le PQ

POINT DE VUE / Le Parti québécois est officiellement en campagne à la chefferie. Les quatre candidats, Gaudreault, St-Pierre Plamondon, Bastien et Nantel, tous valables et intéressants, seront-ils capables d’insuffler un supplément d’âme à ce parti moribond? 

Ce sera difficile. Car pour y arriver, ils devront mettre l’accent sur la nécessité de reconstituer la grande famille québécoise, en lui offrant un plan crédible pour retrouver sa pleine reconnaissance nationale au Canada, mais expliquant aussi qu’en cas d’échec, la seule option restante et digne sera l’indépendance. 

Il faudra au PQ, et à ses quatre aspirants à la chefferie, d’abord le reconnaitre. Notre grande famille traditionnelle a été divisée en 1982 par le rapatriement de la Constitution canadienne sans le Québec, lequel fut le fait des nôtres, Pierre-Eliott Trudeau en tête. Appuyé par ses 74 députés fédéraux, sauf un, il nous a, en fait pour 1000 ans, comme il l’a dit à l’époque, conféré un statut de province au Canada, plutôt que celui de nation, lui et ses députés choisissant dorénavant d’appartenir à une nouvelle famille, laquelle est appelée avec fierté, aujourd’hui, par son fils Justin, et premier ministre, la post-nation canadienne. 

Notre nation ainsi écrasée, cette famille brisée a tenté de se réunir à nouveau avec Bryan Mulroney et Robert Bourassa forts de l’appui de René Lévesque en 1987. Mais ce fut l’échec de cette tentative de réconciliation «dans l’honneur et l’enthousiasme» en 1990, avec ce qu’on a appelé la mort de Meech.

La dernière tentative, mais cette fois-là, de vivre en tant que famille monoparentale uniquement, fut le fait de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Mario Dumont, avec un référendum sur l’indépendance en 1995. Malheureusement, ce fut un autre échec laissant nos esprits troublés, entre l’impression de vol mais aussi d’amertume inopportune. 

Chanter en français au Québec, demeure un acte de résistance!

Point de vue

Chanter en français au Québec, demeure un acte de résistance!

POINT DE VUE / À la suite du spectacle de la Fête nationale du Québec qui s’est déroulé le 23 juin sur la belle scène de l’Amphithéâtre de Trois-Rivières, plusieurs Québécois ont déploré le fait qu’il n’y avait eu aucun drapeau du Québec visibles sur scène. Oui effectivement, cela fut déplorable. Je ne veux pas revenir sur la polémique soulevée par cet impair. Mais je dirai ceci: il ne faudrait pas oublier que le Québec fut tout de même à l’honneur lors de ce spectacle. On y a chanté uniquement en français. Ainsi donc, la langue française fut à l’honneur.

Pendant le spectacle du 23 juin, j’y ai entendu une chanson de Félix. J’en aurais demandé plus, mais tout de même. J’ai entendu vibrer les mots de nos grands paroliers, ceux entre autres de Robert Léger, de Danièle Faubert (Repartir à zéro, chanson popularisée par Joe Bocan), les mots aussi de Pierre Huet qui a écrit pour Beau Dommage et le groupe Offenbach. Ceux de Plamondon également .

L'actualité sous la plume de Bado

L'actualité sous la plume de Bado
Bado
Les personnes handicapées exclues de la technologie numérique

Opinions

Les personnes handicapées exclues de la technologie numérique

Monsieur le Premier Ministre, dans 24 heures, nous célébrerons la Fête Nationale du Canada. Ce sera à n’en point douter une très belle programmation dans laquelle les activités proposées s’inspirent « des grandes forces du Canada : la diversité culturelle, l’excellence sportive et artistique, la culture et les langues autochtones ainsi que l’esprit d’innovation » comme on peut le lire sur le site internet du gouvernement.

Malgré la crise de la COVID-19 et les mesures sanitaires en vigueur, en votre qualité de Premier Ministre du Canada vous n’auriez certainement pas envisagé d’annuler les festivités entourant la Fête Nationale. Vous avez fait preuve d’innovation en choisissant la voie numérique et virtuelle pour être « ensemble d’un océan à l’autre ». 

Cependant, pour participer, ensemble, à cette fête, les Canadiens et les Canadiennes devront avoir accès à une technologie de communication (ordinateur, téléphone intelligent, tablette) et à une connexion internet.

Dès le début du confinement en avril dernier, nous avons mis en lumière que les personnes handicapées faisaient partie de cette minorité surreprésentée dans les statistiques de pauvreté et de faible littératie numérique pour lesquelles la virtualisation de l’information, des services, des liens sociaux et du soutien devenait un obstacle insurmontable, voire dangereux pour leur santé physique et psychologique. 

Nous avons donc interpellé votre gouvernement avec une proposition facile à opérationnaliser et relativement peu coûteuse puisque relevant de l’adaptation d’un programme fédéral existant : Familles branchées. Nous avons interpellé votre gouvernement en lui exposant que sans un soutien financier et technique aux personnes handicapées pour accéder à ce nouveau monde virtuel, nous accentuerions l’exclusion de millions de Canadiennes et Canadiens vivant en situation de handicap et en contexte de pauvreté. 

Notre proposition est restée lettre morte. Pourtant dans le même temps, le Canada s’est préoccupé, certes à raison, des travailleuses et de travailleurs de tous les secteurs, des familles et des aînés, des entreprises et des commerces, des étudiantes et des étudiants tenant pour acquis qu’en 2020 tous étaient égaux dans l’accès à la technologie. Ce n’est pas le cas des personnes handicapées!

Monsieur le Premier Ministre, habituellement nous privilégions le dialogue et la coconstruction de solutions innovantes à l’action de revendication dans l’espace public. Malheureusement le silence de votre gouvernement nous a poussés à lancer, il y a quelques jours une pétition au gouvernement (https://petitions.noscommunes.ca/fr/Petition/Details?Petition=e-2673) et nous contraints aujourd’hui à vous interpeller directement et publiquement.

Monsieur le Premier Ministre cautionnerez-vous cette nouvelle exclusion dont sont victimes les personnes handicapées au Canada? 

Pour notre part, nous penserons à elles en regardant les feux d’artifice virtuels de la Fête du Canada auxquels vous nous conviez. Et vous?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Patrick Paulin

Directeur général

Regroupement d’organismes de personnes handicapées, Centre-du-Québec

Jean-Marc Salvet
Pas besoin de «crisette»

Chronique

Pas besoin de «crisette»

CHRONIQUE / On a déjà assez de la crise sanitaire et du coup de frein économique. On n’a pas besoin d’une «crisette» constitutionnelle par-dessus tout ça.

Qui détient les clés pour l’éviter? Le premier ministre Justin Trudeau.

Pour éviter cette «crisette», et faire tourner le moteur rondement, M. Trudeau doit renoncer à imposer des conditions aux 14 milliards $ que son gouvernement entend distribuer aux provinces. Cette somme doit les aider à poursuivre la relance des activités tout en prémunissant mieux les citoyens contre les conséquences d’une deuxième vague de la COVID-19.

Mais voilà, pour avoir droit à sa part, chaque province doit par exemple s’engager à investir la somme qu’elle recevra à l’achat d’équipements de protection, à l’ajout de congés de maladie payés, à l’amélioration des soins dans les résidences pour personnes âgées en perte d’autonomie, ainsi qu’à apporter une aide aux municipalités.

Or, on est ici en plein dans des compétences provinciales. On est dans leurs champs de juridiction. Voilà pourquoi ces transferts n’ont pas à être «ciblés» par le gouvernement canadien.

Le gouvernement de M. Trudeau n’a pas à exercer un droit de regard et de contrôle sur la destination précise de ces sommes. De toute façon, les gouvernements provinciaux ne veulent pas moins que lui soutenir les entreprises, les familles, les personnes vulnérables et les municipalités.

Mais pourquoi faudrait-il refuser ce droit de contrôle à Ottawa? En raison des champs de compétence des uns et des autres. Et parce que des provinces — le Québec en tête — le refusent et le refuseront. À bon droit et avec raison.

S’obstiner à imposer des conditions, c’est mener tout droit à une «crisette» de nature constitutionnelle. Le terme «crisette» n’est pas ici utilisé pour dire que ce bras de fer serait ridicule, car il n’est pas absurde de défendre le respect des juridictions des uns et des autres.

La défense de ces principes est même nécessaire au bon fonctionnement de la fédération canadienne. C’est ce qu’il faut comprendre.

Imposer des conditions aux provinces, c’est non seulement faire fi de leurs compétences et de leurs responsabilités, c’est jeter du sable dans l’engrenage canadien.

C’est nuire inutilement aux relations fédérales-provinciales.

Le mot «crisette» est employé pour signifier que cela demeurerait malgré tout un problème fort relatif au regard de la crise pandémique et de ses conséquences.

Et c’est parce que la situation sanitaire actuelle et appréhendée, et ses conséquences sociales et économiques, sont au coeur des préoccupations — et parce qu’elles doivent le demeurer — qu’on n’a pas besoin d’une bien inutile «crisette» dans les relations fédérales-provinciales! Y foncer tête baissée serait un comble.

Ottawa doit reculer. Pour l’y aider sans qu’il perde la face — car il faut toujours penser préserver la dignité politique des protagonistes —, il suffirait pour les provinces de dire que ces 14 milliards $ seront dépensés en «lien avec la pandémie». Rien de plus.

Elles sauront bien elles-mêmes déterminer où précisément les investir.

La caricature de Côté [REPRISE]

La caricature de Côté [REPRISE]
André-Philippe Côté
Gilles Vandal
La diplomatie chinoise du loup guerrier

Opinions

La diplomatie chinoise du loup guerrier

Chronique / Traditionnellement, la diplomatie chinoise est réputée pour être subtile, discrète, indirecte et énigmatique. Durant les années 1980, Deng Xiaoping a adopté une stratégie consistant pour la Chine à « cacher ses capacités et à attendre son heure ». Par conséquent, dans les capitales occidentales, et plus particulièrement à Washington, les autorités ne savent pas toujours comment l’interpréter. C’est pourquoi celles-ci embauchent des sinologues pour déchiffrer les signaux émis par Beijing.

Cette ère est toutefois révolue. Ce changement de cap est évident surtout depuis l’éclosion de la pandémie du coronavirus. Pour contrer ceux qui remettent en question la version chinoise de l’origine du coronavirus et sa propagation, Beijing a déployé un groupe de diplomates de haut rang dans le monde pour défendre sa gestion de cette crise.

La diplomatie chinoise s’est adaptée à l’ère des médias sociaux. Ces hauts diplomates ont pour tâche de répondre à toutes les accusations lancées sur ces nouveaux médias. Ils réagissent sans retenue à la multitude de tweets et de messages attaquant la Chine. Ils ont recours à un langage très peu diplomatique qui abonde en salves de contre-tweets intégrant à la fois sarcasme et injures.

Cette attitude est nouvelle pour Beijing. À la suite de la parution de deux films extrêmement populaires sur un Rambo chinois surnommé le Wolf Warrior, les médias chinois ont adopté l’expression « diplomatie du loup guerrier » pour décrire la technique utilisée par Beijing afin de répondre aux attaques américaines suggérant que le coronavirus aurait son origine dans un laboratoire chinois.

Ce revirement de stratégie est important. Par le passé, les autorités chinoises cherchaient à projeter une image positive de leur pays en prônant l’amitié. Dorénavant, les émissaires de Beijing remplacent la courtoisie par l’intimidation. La nouvelle stratégie reflète un durcissement du ton de Beijing qui répond par ricochet à la montée d’un nationalisme très exacerbé.

En effet, le slogan du Rambo chinois est très virulent : « Quiconque offense la Chine, quel que soit son éloignement, doit être exterminé. »

Pour démontrer que ce changement n’est pas accidentel, le Global Times, le journal du Parti communiste chinois, affirmait dans un éditorial en avril dernier que le peuple chinois « ne se satisfaisait plus d’un ton diplomatique flasque » et que l’Occident devait prendre acte de la nouvelle approche de la diplomatie chinoise inspirée du « Wolf Warrior ».

Fonctionnant à la méthode de Trump, Zhao Lijian, un jeune porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, représente le « loup guerrier » idéal.

À l’allégation américaine selon laquelle le coronavirus aurait son origine dans un laboratoire de Wuhan, ce jeune fonctionnaire contre-attaque en affirmant que ce seraient les Américains qui auraient amené le virus en Chine. Lijian passe ses journées à tweeter et à retweeter pour défendre la Chine. Plus de 600 000 abonnés le suivent assidûment sur Twitter.

Dans la foulée de ses tweets et de ses contre-tweets, une multitude d’autres hauts diplomates chinois imitent Lijian. Leurs déclarations dépassent le consensus habituel selon lequel les deux parties perdraient au change dans une confrontation entre Washington et Beijing. Certains n’hésitent pas à accuser le président Trump d’être raciste. D’autres se moquent du président américain en affirmant que certaines personnes auraient avantage à se gargariser au Lysol. Cela leur permettrait peut-être de propager moins de mensonges et de haine lorsqu’ils parlent.

En effet, la problématique chinoise est au cœur de la campagne présidentielle américaine, alors que Trump cherche à masquer son incompétence en blâmant la Chine pour la présente pandémie. En durcissant le ton diplomatique envers les États-Unis et l’Occident, Beijing risque d’aggraver la méfiance à son égard.

Toutes ces tensions diplomatiques accrues pourraient facilement dégénérer en une confrontation plus sérieuse. Les dangers d’une escalade sont évidents. Tout le monde aurait avantage à coopérer afin de trouver le plus vite possible un vaccin contre le coronavirus; mais aussi de relancer l’économie mondiale. Néanmoins, le climat de méfiance est devenu tel que cette coopération a peu de chances de réussir.

La stratégie du loup guerrier n’a pas attendu le coronavirus pour se mettre en place. Dès 2012, lorsque Xi a pris le pouvoir, il a affirmé que la Chine ne devait plus avoir peur de montrer sa puissance. De fait, il a pris note de la politique américaine de rééquilibrage en Asie mise en place par l’administration Obama. Il y a vu une tentative d’endiguement. Or, cette méfiance s’est accentuée avec l’arrivée de Donald Trump. Ce faisant, un climat de rivalité et même d’hostilité s’est développé de part et d’autre.

Avec la stratégie du loup guerrier, Beijing déclare que l’époque d’une Chine soumise est révolue. Prenant acte de sa place croissante dans le monde, elle affirme la politique de promotion sans équivoque de ses intérêts nationaux. Ici, le danger découle de la tentation des États-Unis et de l’Occident de parer à leur déclin relatif en Asie en recourant à une diplomatique hystérique. Cette tentation est d’autant plus grande que les États-Unis et l’Europe croient avoir le haut du pavé moral, oubliant les affres de quatre siècles d’impérialisme occidental.

En dépit de la mise en place de la stratégie du loup guerrier, la Chine ne cherche pas à remplacer les États-Unis comme grande puissance. Beijing privilégie simplement une redéfinition de la mondialisation basée sur la coopération multilatérale et la reconnaissance de son rôle grandissant dans l’ordre international. En somme, la Chine veut mettre fin à l’hégémonie américaine pour la remplacer par un ordre international multilatéral.

La montée de la tension dans les relations sino-américaines est palpable. Depuis la mi-mars, la marine américaine conteste le contrôle chinois des îles Paracel et Spratly en mer de Chine. Par ailleurs, Trump a menacé Beijing de représailles le 29 mai. Tout est de savoir jusqu’où ira l’escalade.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Denis Dufresne
Avec les moyens du bord

opinions

Avec les moyens du bord

ÉDITORIAL / L’été sherbrookois ne sera en rien comparable à ceux des années précédentes en raison de l’annulation de la plupart des événements culturels et sportifs grand public, pour cause de COVID-19, ce qui nous contraint collectivement à faire preuve d’imagination, à composer avec les moyens du bord.

Avec l’annulation de la Fête nationale, de la Fête du lac des Nations, du festival Sherblues & Folk, des Concerts de la cité, du tournoi de balle lente Classique Pif et du Festival des traditions du monde, sans compter le démantèlement de la Place Nikitotek, l’été va tourner au ralenti.

Et l’industrie touristique risque fort d’en pâtir.

L’impact de l’après COVID-19 est certes difficile à prévoir, notamment parce que les mesures de déconfinement touchant entre autres les salles de spectacle ne sont pas encore connues, ce qui oblige pour le moment les exploitants à restreindre à 50 le nombre de personnes par représentation, même si cela n’est pas très rentable.

Suzanne-Marie Landry, directrice générale du Théâtre Granada, déplore, sans doute avec raison, que le gouvernement du Québec ne fasse pas la distinction entre la scène culturelle de Montréal, où la COVID-19 demeure très problématique, et les régions « froides » comme l’Estrie pour la capacité autorisée dans les salles de spectacle.

Pour l’heure, le Théâtre Granada doit donc composer avec la limite de 50 personnes, ce qui ne l’empêchera pas de présenter deux soirées d’humour « avec des gros noms », les 24 et 25 juillet, à raison de deux représentations par soir.

Alors que les commerces du centre-ville reprennent leurs activités, les restaurants et les bars doivent eux aussi composer avec les mesures de distanciation physique entre les clients, ce qui n’a rien d’évident.

De nombreux restaurateurs ont démontré beaucoup de résilience pour affronter la crise, notamment avec les repas prêts à emporter, mais la règle des deux mètres en incite plusieurs à ne pas rouvrir leurs portes pour l’instant.

Par ailleurs, la Ville de Sherbrooke, Destination Sherbrooke, Commerce Sherbrooke et le Théâtre Granada mijotent quelques projets pour animer le centre-ville, notamment une « oasis urbaine » sur la rue Wellington Nord (entre Albert et Meadow), où il sera possible de manger et de boire, et le réaménagement du carré Strathcona avec du mobilier urbain.

Dommage toutefois que la Ville de Sherbrooke n’ait pas profité de la situation actuelle pour fermer complètement la rue Wellington Nord à la circulation automobile, du moins les week-ends, afin de permettre aux citoyens de mieux s’approprier cette très belle rue.

La conseillère Danielle Berthold a pour sa part indiqué au début du mois que la Ville prévoit aménager d’autres « oasis » pour les restaurateurs situés à l’extérieur du centre-ville. Une excellente idée.

Commerce Sherbrooke va aussi annoncer sous peu diverses initiatives pour l’animation du centre-ville, avec le défi de trouver l’équilibre entre attirer les visiteurs tout en respectant la règle de distanciation physique de deux mètres.

Malgré son impact dévastateur sur la santé de dizaines de milliers de personne au Québec, et plus de 5000 décès, sans compter un coup très dur pour l’économie, la pandémie a permis aux citoyens de redécouvrir la marche et le vélo, et a démontré la nécessité de leur donner davantage d’espace.

Nous marchons tous sur des œufs, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) observe un rebond du nombre de cas de COVID-19, notamment en Chine, dans certains pays européens et dans plusieurs États américains.

Cette pandémie doit néanmoins être l’occasion de repenser l’aménagement des villes en faveur des piétons, cyclistes et personnes à mobilité réduite, de créer des lieux de convivialité et de permettre aux citoyens de se réapproprier l’espace public.   

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté
Télétravail, exode urbain et reconquête des territoires

Point de vue

Télétravail, exode urbain et reconquête des territoires

Le télétravail, issu de la révolution numérique et des progrès des technologies d’information et de communication, est largement utilisé durant la crise sanitaire du Covid-19 tant dans le secteur public que privé. Il permet de maintenir un niveau substantiel d’activité économique et ainsi d’éviter des conséquences plus graves. Considéré jusqu’à ce jour comme marginal, ce mode de travail aura été mis à l’épreuve sur une base élargie.

Tout au cours des mois de confinement, employeurs et employés ont pu tester les avantages et les inconvénients de cette pratique et envisager les adaptations et ajustements qui s’avéreront nécessaires. Le télétravail doit gagner en souplesse pour constituer une véritable avancée. On est en train d’apprendre à travailler autrement.

D’après certains sondages, d’ici et d’ailleurs, un pourcentage élevé de télétravailleurs souhaite continuer le télétravail après la crise et plusieurs employeurs, publics et privés, déclarent lui accorder désormais une place plus grande dans leur organisation. 

0n va de plus en plus travailler ailleurs que dans les immeubles à bureaux, mais cela ne veut pas dire la fin du bureau. L'entreprise sera le lieu où l'on vient pour des réunions, le partage, l’innovation, la stimulation, ce que ne peuvent faire adéquatement des outils de communication virtuelle tel Zoom.

Le travail à distance a un bénéfice environnemental qui n’est pas à négliger : il réduit les déplacements pendulaires quotidiens entre la résidence et le lieu de l’entreprise, contribuant ainsi à diminuer la circulation automobile, à réduire les émissions de GES et à atténuer la pression sur la gestion de la mobilité urbaine.

Éclatement des lieux de travail et nouvelle dynamique territoriale

Le télétravail qui a pour premier mérite de pouvoir effectuer des tâches professionnelles à distance devient un moteur de déconcentration de l’activité économique et de l’emploi. Il décloisonne les lieux de vie des personnes qui le pratiquent et génère une nouvelle géographie du travail. À trois ou quatre jours de télétravail à domicile par semaine, il est désormais possible pour des travailleurs de s’établir avec leurs familles dans une ville ou village en région, à 100 ou 150 km d’une grande ville. Allongez le temps consacré au télétravail et vous élargissez d’autant les bassins d’emploi. La concentration ne fait plus loi. Des territoires éloignés des centres pourront tirer avantage de cet éclatement des lieux de travail. Les municipalités devront toutefois satisfaire les besoins et les attentes des PME et des télétravailleurs et leurs familles en quête d’un lieu d’établissement.

L’exode urbain et les facteurs explicatifs

Au télétravail, s’ajoutent trois autres facteurs pour expliquer l’exode des grandes villes et la nouvelle attractivité des régions: la qualité de vie, le cadre de vie et l’autonomie alimentaire. Conjugués, ces quatre facteurs viennent amplifier le mouvement de reconquête des villes et villages en région dans la perspective, chez plusieurs, de vivre autrement.

La grande ville ne fait plus rêver autant qu’avant. Le phénomène d’exode urbain a fait perdre 178 067 personnes à Montréal dans ses échanges interrégionaux entre 2010-2011 et 2018-2019, dont 27 890 pour la seule année 2018-2019. À Québec, sans être négatifs, les soldes migratoires sont faibles soit une moyenne annuelle de 582 pour la même période.

Les couronnes périurbaines et les régions voisines de Montréal et de Québec (Montérégie, Lanaudière, Les Laurentides, les MRC de Charlevoix et de Bellechasse) sont largement bénéficiaires de ces mouvements de population, mais pas exclusivement. Les régions intermédiaires et éloignées tirent aussi profit de cet exode qui frappe les grands centres. Les écarts entre entrants et sortants ont ici une évolution variable mais généralement positive pour la plupart d’entre elles. Quatre des huit régions-ressources parviennent même à renverser la tendance négative du début des années 2000 et trois autres enregistrent de réels progrès.

Une Fête nationale sans ses piliers fondateurs

Point de vue

Une Fête nationale sans ses piliers fondateurs

POINT DE VUE / Félix Leclerc (1914-1988), Jacques Labrecque (1917-1995), Gilles Vigneault (1928-), Raymond Lévesque (1928-), etc. Comme notre mémoire identitaire est courte et nos racines peu profondes! Pourquoi suis-je obligé de prendre la plume aujourd’hui revendiquer notre devoir de mémoire?

J’ai bien aimé le grand spectacle de notre Fête nationale du 23 juin et tous conviendront combien ce spectacle n’était pas évident en cette période si exceptionnelle et historique de cette pandémie qui continue à hanter nos lendemains!

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Je suis Mont Orford et je n’appartiens à personne

opinions

Je suis Mont Orford et je n’appartiens à personne

M. le préfet de la MRC Memphrémagog,

Je suis une montagne parmi d’autres. Je ne vous appartiens pas. Je n’appartiens à personne.

Je suis nature, par définition non appropriable.

Je suis aussi parc national. Un statut que votre gouvernement m’a décerné, il y a presque 100 ans. Un rare privilège accordé à peu d’espaces au Québec et qui vient avec une garantie de respect de mon intégrité et de mon accessibilité à tous. Je suis disponible à tout le monde, jeunes et moins jeunes, de toutes les classes sociales et je dois le rester, et ce, en tout temps. 

Je ne suis pas une marchandise que l’on peut donner au plus offrant. Je ne pourrai jamais l’être. Votre gouvernement a dû corriger cette erreur il y a 10 ans, à la demande de ceux qui l’avaient élu. Ils n’accepteront pas davantage que l’on cherche à tirer profit de moi au-delà de ce que la loi a prévu pour garantir à tous de bénéficier de ce que je peux offrir.

Soyez conscient de ce je représente pour ceux qui dépendent de moi pour leur bien-être. Je suis pour eux, l’ivresse du grand air, une question de santé, de pur bonheur, de liberté, un hymne à la vie… 

Dans leurs regards renouvelés, je deviens une œuvre d’art. Devenu œuvre d’art, j’appelle leur respect et je réponds à leurs besoins.

Vous ne les connaissez manifestement pas. La marche en montagne est pour eux, un des exercices physiques les plus accessibles, les moins coûteux, pouvant se faire avec peu d’équipement, et ce, à tout moment de la journée et de l’année. 

Les randonneurs ou raquetteurs, tout comme les skieurs, éprouvent ce besoin de jouer dehors avec cette lumière dans les yeux et les fourmis dans les jambes. Que ce soit le temps d’une montée ou d’une descente ou pour emprunter de plus longs parcours. Sous le charme des quatre saisons, j’aiguise leurs habiletés, agilités et stimule tous leurs sens. 

Je le sais, parce que j’y suis à chaque fois.

J’ai vu des milliers de marcheurs venir à ma rencontre, jeter leur regard dans le lointain du haut de mes 853 mètres, contempler un levé de pleine lune ou simplement quand le besoin se fait sentir et non à la discrétion des gestionnaires de la station de ski, comme le mentionne leur site internet. 

J’entends la colère de ceux et celles que vous brimez dans leur droit d’accès. 

J’ai vu vos préposés renvoyer les gens en raquettes l’hiver en dehors des heures d’ouverture de la station, leur interdire l’accès prétextant qu’ils abîmeraient les pistes, alors que c’est bien peu de traces à côté de celles laissées par les skis alpins, snow-boards, motoneiges et surtout les 12 tonnes d’une dameuse… Ces mêmes préposés, quelques mois plus tard, refusaient encore l’accès aux marcheurs, cette fois sous prétexte d’érosion causée par leurs bottes ou que les terrains mouillés et boueux posaient des risques à leur santé…

Je le sais, parce que j’y étais encore une fois.

Par contre, je ne me rappelle pas, monsieur le préfet, vous avoir vu monter ni en raquette, ni en botte de marche.

Sinon, vous sauriez que marcher sur mes flancs et mes crêtes implique que les sentiers peuvent être parfois rocheux, escarpés, boueux et mouillés, que les parcours présentent des dénivelés positifs et négatifs, sur des surfaces de neige, de glace ou de roche et dans des températures et conditions météorologiques variant de froides, à chaudes, à humides, à venteuses… Ces conditions font parties de ce que je suis. Les randonneurs les connaissent et s’y adaptent. 

Prendre prétexte de ces réalités pour contrôler l’accès à la montagne est hypocrite. Le plus frustrant pour les marcheurs, est qu’ils sont dans leurs droits, contrairement à ce que vous cherchez à leur imposer. 

Je le répète, car vous l’avez clairement oublié, je suis aussi un parc national. 

Au mépris de vos obligations de préserver le paysage, comme il se doit dans tout parc national, vous avez érigé des clôtures dignes de « Jurassique parc » pour diriger dans un entonnoir ces mêmes randonneurs et ce, dans le seul but de les tarifier doublement. Ces mêmes clôtures vous permettront également, comme il est mentionné sur le site du Mont-Orford, de cadenasser la montagne afin de restreindre l’accès des marcheurs à la montagne sept mois sur 12. Oui, sept mois sur 12, alors que la majorité d’entre eux ont payé à la SÉPAQ, pour un accès au parc national de 12 mois « garantie » par la loi. 

Je suis choqué. Pour ma part, ce n’est rien de moins qu’une appropriation de ma nature. La violation de l’accès à un patrimoine commun qui sort à peine d’une lutte pour résister à la privatisation. 

Privatiser ou fermer l’accès plus de la moitié de l’année est tout aussi condamnable.

Vous avez sans doute fait de bons coups dans votre vie, M. le préfet, mais celui que vous tramez depuis des mois dans votre agenda secret, soit de chercher à rentabiliser vos investissements sur les dos des randonneurs qui n’engendrent aucuns frais significatifs, est tout simplement un coup bas qui vous déshonore.

Il semble y avoir une chose qui vous a échappé. Vous connaissiez le contexte en acceptant de devenir locataire d’équipements de ski et de golf, contexte que vous avez toutefois délibérément ignoré, soit celui de vous trouver en plein cœur d’un parc national, par définition accessible à tous. Votre mandat n’était que de gérer ces installations, ce qui commandait de planifier prudemment vos investissements, plutôt que de dépenser 11 millions de dollars et tenter par la suite d’en refiler la facture à tous ceux et celles qui pouvaient se présenter devant vos nouvelles clôtures.

Vos interdits castrant et infantilisant ont réveillé la colère de plus de 17 000 personnes par le biais d’une pétition. C’est un cri du cœur! L’avez-vous entendu?

Je trouve déplorable de voir que toutes ces personnes doivent se battre à nouveau pour moi, pour un accès à ma nature. Ils ne comprennent tout simplement pas comment vous tous, qui avez été élus, avez présumé que votre mandat impliquait de réduire l’accès à la montagne. Cela n’a jamais été annoncé lors de vos élections, mais si je me fie à ce que j’entends en montagne, soyez certain que vous porterez les stigmates qu’auront laissé vos décisions.

Je suis Mont Orford et je n’appartiens à personne. 

Marie-Josée Savard
Orford