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Pierre Jury

L’amitié d’Obama opère encore

ÉDITORIAL / L’implication de l’ex-président Barack Obama en appui à la campagne de Justin Trudeau dérange. Sinon, les autres leaders n’en auraient fait aucun cas. Le simple fait qu’ils commentent cet encouragement à gagner un second mandat est la preuve que cela les dérange... même s’ils ne peuvent rien y faire.

Le président américain a envoyé un tweet, mercredi, où il se dit « fier d’avoir travaillé avec Justin Trudeau ». Il ajoute que le premier ministre sortant est « un leader travaillant, efficace, qui s’attaque à des enjeux importants comme les changements climatiques. »

Qu’il vante le travail efficace du chef libéral est assez anodin. Mais qu’il parle des changements climatiques est plus étonnant. Les États-Unis sont l’un des pires acteurs sur la planète dans le domaine, même après huit années de présidence de Barack Obama. Ses gestes pour l’environnement furent assez timides, finalement. Le Canada était un aussi mauvais joueur de l’époque de Stephen Harper, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quoiqu’on dise sur l’achat du pipeline Trans Mountain...

À LIRE AUSSI : Barack Obama invite les Canadiens à appuyer Justin Trudeau

M. Obama n’en est pas à ses premières armes en ce qui concerne l’implication américaine dans les affaires intérieures à l’étranger. Dans le passé, il a appuyé Emmanuel Macron dans sa course à la présidence de la France, et il aussi encouragé la chancelière Angela Merkel en Allemagne. 

Quand on voit tout le brouhaha à propos de l’influence probable de la Russie dans l’élection de Donald Trump en 2016, voilà qui est proprement renversant de voir M. Obama se promener et multiplier les interventions à l’étranger. 

Cela dit, les Canadiens sont sensibles à ce genre d’appui de Barack Obama envers un leader canadien. C’est un genre d’imprimatur de notre voisin du Sud envers un des nôtres. Même si le geste demeure répréhensible. Imaginerait-on l’inverse, un premier ministre canadien endosser un candidat à la présidence des États-Unis ? Ou de la France ? Quand on voit les efforts de Justin Trudeau à se tenir loin de ce qui se passe en Espagne, avec la réémergence du mouvement séparatiste de la Catalogne, c’est carrément improbable, cette immixtion canadienne dans les affaires internes d’un autre pays. Pourquoi devrait-on la tolérer ? Juste parce qu’il s’agit de Barack Obama, l’un des présidents les plus appréciés... au Canada ?

Les adversaires du chef du Parti libéral auront beau dire que l’intervention de M. Obama dans la campagne électorale canadienne ne les dérange pas, c’est de la bouillie pour les chats. Ils sont profondément dérangés par ce coup de chapeau.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a voulu réagir par un haussement d’épaules, en rappelant qu’il ne se « préoccupe pas de l’opinion d’anciens leaders étrangers ». Mais la vraie réponse est venue de l’ex-chef de cabinet de M. Harper, Ian Brodie : « J’attends une réponse de l’équipe de réaction rapide du fédéral sur l’ingérence étrangère... »

Et de la bouche du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a admis « être un peu envieux »...

Quoiqu’on en pense, l’appui de Barack Obama sonne comme un geste de désespoir de l’équipe de Justin Trudeau. Si elle n’en avait pas eu besoin, M. Obama serait demeuré tranquille, à la maison. 

Justin Trudeau cherche des encouragements où il peut, et au nom de la « bromance » qu’il entretient avec M. Obama, c’est le moins que ce dernier pouvait faire pour son « ami » canadien...

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Sports

Je suis un traître!

POINT DE VUE / Depuis que j’ai publié ma lettre sur les propos de Claude Forgues (NDLR : qui a publié du contenu anti-islam sur sa page Facebook), je suis maintenant le Judas, le Bénédict Arnold du mouvement souverainiste à Sherbrooke.

Je l’aurais poignardé dans le dos. Comme le disait Talleyrand, je n’ai jamais trahi une personne qui ne se soit pas d’abord trahie elle-même. Dans son ensemble, le mouvement souverainiste ne cesse de se tirer dans les pieds, de se donner en spectacle depuis plus d’une décennie en s’entre-égorgeant à la face des Québécois et du reste du Canada qui se gausse de nous. Le mouvement souverainiste, ce n’est plus qu’un carré de sable rempli d’ego meurtrier.  

Lorsque j’ai écrit ce texte, je n’ai fait qu’exprimer mon opinion, ce que je ressens vraiment. Ceux qui me connaissent et qui me lisent savent que je suis contre la loi sur la laïcité. J’estime qu’il s’agit d’une forme de ségrégation envers une minorité. Alors bien entendu, lorsque je lis que Claude Forgues a partagé une publication islamophobe sur sa page, que d’autres candidates ont publié des textes inacceptables sur leur profil, je ne peux pas rester insensible, voire me taire pour des considérations électoralistes.

Depuis les propos malheureux de Jacques Parizeau le soir du référendum de 1995, nous avons l’étiquette de racistes et, depuis quelques années, celle d’islamophobes. S’ils veulent l’indépendance du Québec, les souverainistes vont devoir faire leur examen de conscience et s’interroger sur les préjugés qui minent notre mouvement. En attendant, j’aime mieux être un traître qu’un intolérant. J’aime mieux être un traître et demeurer fidèle à mes convictions. Dans ces conditions, oui, je suis un traître. En terminant, je termine sur une citation de Jacques Chirac qui disait : « On ne trahit pas ce qui n’existe plus. »   

Pascal Cyr
Sherbrooke


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Voter positivement 

Il faut être « bloqué » idéologiquement pour annuler son vote à cause de propos islamophobes de son candidat du Bloc québécois. Faisant abstraction de ce parti politique, c’est peut-être le NPD qui a le plus sincèrement respecté l’identité des Québécois dans le passé et les autres partis politiques du Canada ne sont pas si loin derrière à ce chapitre.

S’isoler dans la négation ne fait pas avancer la place du Québec sur l’échiquier mondial.

Louis Lemieux
Sherbrooke

Opinions

Cash City ? Pas pour les femmes...

CHRONIQUE / «Selon un nouveau rapport, en 2018, seulement 16 % de toutes les entreprises du secteur agroalimentaire comptaient au moins une femme cofondatrice et seulement 7 % des projets financés étaient dirigés par des femmes fondatrices. Ces pourcentages ont à peine changé au cours des cinq dernières années. Si nous voulons plus d’innovation au sein de notre industrie alimentaire, il faut que cela change, et vite. »

Ce récent rapport sur le financement des entreprises en démarrage du secteur agroalimentaire a quasiment passé inaperçu et pourtant il nous fournit des chiffres convaincants. Les entrepreneurs du secteur ont accès à un montant grandissant de capital de risque. Une bonne nouvelle. Mais apparemment, on laisse pour compte certains groupes, surtout celui des femmes. Bien que le rapport provienne des États-Unis, on peut penser que le même scénario se produit ici au Canada. 

Ce rapport constitue en quelque sorte la toute première enquête sur les disparités de financement entre certains groupes démographiques dans le secteur agroalimentaire. Le rapport qui s’intitule Money Where Our Mouths Are, publié il y a quelques jours, mentionne que le degré de soutien offert aux hommes qui désirent démarrer une nouvelle entreprise diverge grandement de celui offert aux femmes. En 2018, seulement 16 % des entreprises financées de ce secteur comptaient au moins une femme cofondatrice et seulement 7 % des projets financés étaient dirigés exclusivement par des femmes fondatrices. Selon le rapport, ces pourcentages ont à peine changé au cours des cinq dernières années.

Certains pourraient expliquer cette disparité en affirmant que les projets dirigés par des hommes sont plus nombreux que ceux représentés par des femmes. Peut-être, mais probablement que certaines candidates se découragent avant même d’aller au front, avant même qu’elle ne demande un seul sou. Certes, dans la plupart des secteurs, les femmes ont du mal à trouver un soutien financier. Mais en alimentation, les enjeux diffèrent énormément. La nourriture représente la base de nos cultures et se retrouve au cœur de nos communautés. L’alimentation nous interpelle tous, d’une manière ou d’une autre, plusieurs fois par jour.

Avec peu ou pas de diversité de pensées dans le système, le secteur de la transformation, longtemps dominé par les hommes, peinait à innover depuis de nombreuses années. Ce n’est que depuis quelques années que des perturbateurs redéfinissent complètement notre relation avec l’alimentation. Qu’il s’agisse de protéines, de notre volonté de gérer notre empreinte biologique par le biais de nos choix alimentaires, de la façon d’atteindre les consommateurs ou de nouveaux canaux de distribution, tout change. 

La plupart de ces changements ont été motivés par des individus provenant de l’extérieur des sphères normales du secteur alimentaire. Sur le marché, nous constatons de plus en plus de produits prêts à consommer de haute qualité et l’émergence d’un portefeuille très intéressant de produits à base de protéines végétales. Mais aussi, des aliments produits en laboratoire se pointent maintenant à l’horizon. Les investisseurs non traditionnels du secteur agroalimentaire ont essentiellement une vision différente de l’agriculture et de la manière dont nous devrions produire des aliments, que ce soit pour répondre à nos attentes contemporaines en matière de bien-être animal, d’environnement ou de nutrition. Ce constat s’applique certainement aux femmes. 

Comparativement aux hommes, les femmes gèrent les risques différemment et voient le marché dans plusieurs dimensions et les résultats financiers le prouvent. Selon le rapport, les entreprises alimentaires créées par des femmes génèrent des revenus plus élevés, soit plus du double par dollar investi. Les femmes ont également tendance à mieux faire travailler leur capital, offrant à leurs investisseurs un retour sur investissement supérieur de 35 %. Malgré des résultats probants à l’appui, les différences en matière de financement subsistent.

Les investisseurs, principalement des hommes, savent tous bien maîtriser l’art de la finance, étant motivés par leur évolutivité. Ceux-ci comprennent mal que les femmes ont tendance à apprécier certaines nuances alimentaires ce qui les mène à comprendre plus facilement les subtilités financières liées aux investissements dans le secteur. Les femmes donnent aussi souvent des évaluations plus honnêtes des défis et des occasions d’affaires qui se présentent pour leur entreprise. Les équipes dirigées par des femmes se concentrent sur la réussite à long terme. Pour le secteur agroalimentaire, la patience est une vertu, contrairement aux industries de haute technologie par exemple, et la contribution des femmes est tellement précieuse.

De plus, le rapport suggère que les femmes entrepreneures dans le secteur alimentaire remboursent leurs prêts beaucoup plus rapidement que les hommes. Les femmes ont également tendance à réinvestir leurs nouvelles richesses dans leurs communautés, y compris les familles, la santé et l’éducation, rien de moins. Les hommes peuvent faire des choses exceptionnelles, mais les femmes aussi. 

Le capital de risque reste un système très fragmenté et insulaire, en particulier dans le secteur alimentaire. Nous pouvons penser que les décisions d’investissement étaient rationnelles, mais elles ne le sont pas. Il s’agit de savoir qui vous connaissez, point final. Nous devons avoir plus de femmes impliquées et favoriser un processus inclusif pour tous les cycles de financement.

L’enjeu sort du contexte de l’égalité des sexes dans le secteur de l’alimentation, il revêt une importance majeure pour sortir l’innovation d’un coma qui perdure. Certains diront que le secteur innove sans cesse, mais en se comparant à d’autres coins du monde, notre situation est anémique. Ce dernier rapport a examiné le rôle de la femme, mais différents groupes ethniques peuvent également contribuer à la croissance de notre économie alimentaire. Une diversité relevée ne consiste pas seulement à avoir davantage de groupes sous-représentés dans les écoles, les entreprises et les classes, il s’agit également de créer un monde dans lequel notre société multiculturelle se reflète dans nos assiettes, tous les jours.

Sylvain Charlebois est professeur titulaire à l’Université Dalhousie

Joël Martel

Histoire d’Uber

CHRONIQUE / Marc qu’il s’appelle. Un jeune musicien qu’on a immédiatement envie d’inviter à venir boire une bière.

Ce soir-là, on partageait la même affiche lors d’un concert à Saint-Prime, et comme Flap nous avait tous invités chez lui, je me suis retrouvé sur son patio à griller des clopes et à boire une bière en discutant avec ce bon vieux Marc.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Roger Blackburn

La légalisation, un an plus tard

CHRONIQUE / Il y a un an, le gouvernement de Justin Trudeau rendait légale la vente de cannabis au Canada. Cette légalisation a engendré de nombreuses discussions dans les chaumières un peu partout au pays. Alors que dans plusieurs villes du Québec, des consommateurs de cannabis faisaient la file dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC), les fumeurs de pot du Saguenay-Lac-Saint-Jean devaient s’approvisionner en ligne sur le site Internet de la nouvelle société d’État.

Il aura fallu attendre plus d’un an pour que des succursales ouvrent à Alma (940 avenue du Pont Sud) et à Chicoutimi (317 rue Montcalm). La succursale d’Alma devrait ouvrir dans quelques jours alors que la marchandise commence à prendre place sur les tablettes. À Chicoutimi, les ouvriers, qui complètent l’aménagement intérieur, m’ont indiqué, lors d’une brève visite mercredi après-midi, que les corps de métier doivent libérer la place en fin de semaine pour une ouverture prévue à la fin du mois d’octobre.

La caricature de Côté

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Jean-Marc Salvet

Catalogne: de l’entêtement à l’ignominie

CHRONIQUE / En Catalogne, la judiciarisation d’un problème politique a conduit à une ignominie. Des leaders indépendantistes ont été condamnés à des peines de 9 à 13 ans de prison pour sédition et malversation de fonds publics. Triste jour pour nos démocraties occidentales.

Un tel procès n’aurait jamais dû se tenir dans un pays démocratique. C’est d’autant plus vrai qu’il n’y aura d’autre issue à cette crise politique qu’un règlement politique. Mais avec quelles secousses graves et avec quels dérapages d’ici là, si les grands partis politiques espagnols, actuellement engagés dans une campagne électorale, ne proposent jamais aucun dialogue?

Chaque camp est dans sa logique, certes, mais l’attitude butée des hautes autorités espagnoles n’a fait que jeter de l’huile sur le feu au fil des ans. Cet entêtement fou à tenter de régler un problème politique par la voie judiciaire a été, pour dire le moins, contre-productif.

Ce sont les autorités espagnoles et personne d’autre qui ont amplifié le mouvement indépendantiste catalan depuis 2010 — mouvement qui ne fait pas l’unanimité au sein de la société catalane, mais qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Ce sont les autorités espagnoles qui l’ont fait croître.

L’Union européenne devrait sortir de sa torpeur et regarder au-delà des malaises de certains de ses États membres. Et comprendre que, malgré les fautes politiques commises par certains leaders indépendantistes catalans, elle a le devoir de se porter en médiatrice. Elle doit concourir au dialogue entre les parties.

Comme l’ont dit près de 100 maires du département français des Pyrénées-Orientales (qualifié de «Catalogne nord» par certains), les leaders indépendantistes doivent être libérés, les exilés doivent être autorisés à revenir chez eux, les élus catalans du Parlement européen doivent être pleinement habilités à exercer le mandat que leur ont confié les électeurs, les libertés fondamentales doivent être rétablies et un dialogue constructif permettant de trouver des solutions politiques à un problème politique doit s’engager.

Les différents gouvernements espagnols auraient dû depuis des années déjà ouvrir des discussions avec les représentants élus de la Generalitat de Catalunya, à Barcelone. La faute originelle, celle à l’origine de l’amplification de cette crise, réside dans ce refus.

Nombreux sont ceux qui dans les villes de Gérone et de tant d’autres cités catalanes n’acceptent pas et n’accepteront pas ces sentences, peu importe bien évidemment qu’elles soient moins lourdes que celles réclamées par le parquet.

Résonance

Tout ce qui touche à Madrid et à Barcelone a une résonance particulière chez nous. On a pu s’en apercevoir très rapidement après le prononcé de la sentence lorsque le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a exhorté ses adversaires, au premier rang desquels Justin Trudeau, à condamner ce verdict. 

Justin Trudeau n’est pas seul dans son camp. Ces dernières années, presque toutes les capitales occidentales ont préféré regarder ailleurs. Elles ont préféré éviter de condamner Madrid de crainte, pour parler uniquement de l’Europe, d’alimenter les régionalismes et de se retrouver aux prises, un jour, avec un problème interne semblable.

Cela étant, les réalités entre l’Espagne et le Canada sont bien différentes. Ottawa reconnaît la possibilité de la sécession. Il existe un chemin pour y parvenir. Madrid ne reconnaît nullement ce droit. Le gouvernement espagnol n’admet aucun chemin pour l’indépendance de l’une de ses 17 communautés autonomes.

Assemblée nationale

On rappelle souvent au Québec que l’Assemblée nationale s’est déjà exprimée unanimement sur la situation en Catalogne. C’est vrai, mais cette façade cache des lézardes. En 2017, ce n’est qu’après un long et dur bras de fer que les partis politiques québécois étaient parvenus à s’entendre. Les libéraux n’appréciaient pas le premier libellé présenté par le Parti québécois (PQ).

Des lézardes? Beaucoup plus récemment, en février dernier — et bien que la chose soit passée inaperçue —, le gouvernement de François Legault a repoussé une proposition de résolution parlementaire du PQ sur la Catalogne.

Le gouvernement caquiste ne s’est pas exprimé sur son refus. La motion proposée par le PQ se lisait ainsi : «Que l’Assemblée nationale réaffirme sa volonté exprimée unanimement le 4 octobre 2017 appelant au “dialogue politique et démocratique entre l’Espagne et la Catalogne”; qu’elle reconnaisse le droit universel d’autodétermination des peuples tel que reconnu par l’Organisation des Nations unies et le droit international; qu’elle affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques; que l’Assemblée nationale appelle à un dialogue pacifique pour une résolution durable du conflit.» Ces élus sont emprisonnés depuis près de deux ans déjà.

J’avais soupçonné à ce moment-là, en février, que le refus du gouvernement caquiste d’appuyer cette résolution parlementaire était motivé par le paragraphe demandant que l’Assemblée nationale «affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques».

J’en ai en tout cas conclu que la Coalition avenir Québec jugeait l’affaire plus délicate au pouvoir que dans l’opposition.

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

Opinions

Islamophobe, raciste ou manque de jugement ?

POINT DE VUE / C’est du pareil au même, Monsieur Forgues. La Tribune de samedi nous faisait part de vos excuses, à titre de candidat du Bloc québécois... pour manque de jugement dans une de vos déclarations électorales.

Ce mea culpa, je veux bien l’entendre, mais permettez que je doute de votre sincérité. En effet, vous et les autres bloquistes ne manquez jamais, dans cette campagne électorale, de débusquer certains dérapages dans la vie personnelle des autres candidats, dont les chefs Trudeau avec son blackface et ses déguisements, de même sur ses parades de mode en Inde. 

De même pour M. Scheer que les vôtres et vous ne cessez de harceler pour ses croyances morales et religieuses personnelles qui n’affectent en rien sa sincérité et son intégrité d’homme politique. Deux poids, deux mesures : la sainteté pour vous, l’enfer pour les autres, ce qui me rappelle de bien tristes prêches. Manque total de jugement, Monsieur Forgues.

Vous qui prétendez vous aligner sur votre axiome « Le Québec, c’est nous! », je vous incite à réfléchir sur l’envergure de ce NOUS, auquel vous semblez adhérer. 

Il y a, oui, oui, Monsieur Forgues, de nombreuses appartenances au Québec, ce que vous devriez savoir prioritairement comme candidat aux présentes élections. Indice de racisme que vos déclarations? Je n’accuserai point ici, puisque vous êtes aussi de ce NOUS. Disons que, à cet égard encore, vous manquez de jugement.

Pour dire simplement, je ne suis pas certain que vous puissiez être ce candidat de tout le monde du comté de Sherbrooke et du Québec.

Yvon Côté
Sherbrooke

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

Opinions

Les aînés revendiquent le droit à un revenu décent et à des logements abordables

Aux candidates et aux candidats des circonscriptions de Brome-Missisquoi, Compton-Stanstead, Mégantic-L’Érable, Richmond-Arthabaska, Shefford, Sherbrooke

Dans le cadre de la campagne électorale fédérale, l’AQDR Sherbrooke tient à rappeler aux candidates et aux candidats de la région de l’Estrie ses revendications en défense collective des droits pour les personnes préretraitées, retraitées et aînées.  

Nous voulons porter à votre attention deux de ces revendications. La première est un revenu décent pour couvrir les besoins de base d’une personne seule (logement, transport, alimentation, habillement, loisirs et soins de santé). Plusieurs n’y ont pas accès, ayant pour seule source de revenus la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Supplément de revenu garanti (SRG). Ce revenu combiné donne environ 18 360 $ par an pour une personne seule recevant le maximum de SRG. Comment feriez-vous pour vivre avec ce montant par année? Pensez-vous réellement qu’une personne aînée peut subvenir à tous ses besoins avec ce montant? 

Selon l’IRIS (Institut de recherche et d’information socioéconomiques), une personne vivant seule à Sherbrooke doit disposer de 24 037 $ pour atteindre le seuil de faible revenu (revenu viable mesuré en 2019). Nous sommes loin de la coupe aux lèvres! C’est la raison pour laquelle nous demandons une bonification de SV et du SRG afin d’atteindre ce minimum pour assurer une meilleure qualité de vie à nos aînés.  

Pour aider à y répondre davantage, l’inscription automatique pour tout le monde (même pour les gens nés avant 1954) à la SV et au SRG de même que l’allocation pour les épouses et les époux qui reçoivent une pension doit être réalisée dans les plus brefs délais.  

La deuxième revendication est l’augmentation substantielle de logements abordables, salubres et adaptés aux besoins des aînés. Nous savons que plusieurs consacrent plus de 30 % de leur revenu pour se loger avec pour conséquence qu’une saine alimentation ou l’achat nécessaire de médicaments en souffrent. En réponse à ces lacunes, le gouvernement doit investir massivement dans l’offre de logements sociaux et dans la construction de modèles innovants d’habitation pour aînés. 

Ainsi, les maisons intergénérationnelles et les coopératives d’habitation pour aînés sont des exemples de modèles innovants d’habitation qui devraient être accessibles aux aînés. Les coopératives, en particulier, permettent aux gens qui vivent dans de petites municipalités ou en milieu rural de demeurer dans leur milieu de vie et d’éviter d’être déracinés. Le prochain gouvernement devra innover dans le domaine du logement abordable pour permettre de nouvelles avenues aux aînés qui souhaitent rester à domicile le plus longtemps possible.  

En plus du droit à un revenu décent et à des logements abordables, d’autres revendications ont été identifiées à l’AQDR pour les prochaines élections : 

• Des soins de santé garantis par les normes de la Loi canadienne sur la santé (gestion publique, intégralité, universalité, transférabilité, accessibilité);
• L’élargissement des critères pour la reconnaissance des proches aidants et la prolongation de la période de prestation de l’assurance-emploi;
• La mise sur pied d’une stratégie nationale sur la vieillesse; • La protection des régimes d’assurance-pension en cas de faillites d’entreprises;
• La mise sur pied d’un plan national crédible en environnement pour répondre à l’urgence climatique;
• L’amélioration de l’offre de transport en commun en ville ou en région adapté aux aînés.  

Nous espérons que vous comprendrez l’urgence de répondre à l’ensemble de ces revendications pour assurer un avenir juste et équitable pour l’ensemble de la population canadienne. Sachez que de notre côté, tant et aussi longtemps que ce sera nécessaire, nous rappellerons au gouvernement son devoir de sortir les aînés de la pauvreté et de garantir leur maintien à domicile en toute dignité.  

L’AQDR Sherbrooke, l’Association québécoise de défense collective des droits des personnes préretraitées, retraitées et aînées fêtera ses 30 années d’existence et compte 715 membres.

 

Serge Bergeron
Président AQDR Sherbrooke

Isabelle Guérard
Coordonnatrice AQDR Sherbrooke


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Nos attentes envers le prochain gouvernement fédéral


Dans la foulée de la mobilisation pour le climat du 27 septembre, vous conviendrez que l’attente des attentes est la lutte aux changements climatiques : que le prochain gouvernement fédéral s’engage résolument dès 2020 à prendre des mesures réelles et bien concrètes pour diminuer les GES et contrer le réchauffement climatique. Une meilleure gestion des rejets de co2 s’avère une urgence nationale et mondiale.

Pour résoudre la problématique du manque criant de main d’œuvre, un prochain mandat devra mettre à la disposition des provinces des sommes substantielles finançant formation et perfectionnement, favorisant ainsi l’intégration des personnes immigrées et celles vivant sur l’aide sociale et l’assurance emploi.

Sera-t-il possible à nos ainéEs de vivre dans la dignité et non point dans la pauvreté? Engagez-vous à augmenter le SRG et ajouter 5000 $ aux revenus des personnes les plus démunies. Garantissez-leur un logement social décent et une certaine assurance autonomie à défaut d’un revenu minimum garanti.

La santé de la presse officielle se fait de plus en plus vacillante et notre démocratie s’en porte de plus en plus mal; cette dernière est pour ainsi dire aux soins palliatifs! Votez enfin des lois courageuses et contraignantes à l’égard du GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et des spécialistes des évasions fiscales.

Bien sûr, toutes ces mesures devront se prendre sans faille dans le respect de l’identité québécoise, de sa culture, ses institutions, sa langue et ses lois.

                                                                                              

Guy Forget
Ste-Catherine-de-Hatley

Avec Angèle Berger, France Boucher, Francine Charest, Claire Gagnon, Nicole Potvin, Robert Tremblay


 


Opinions

Pourquoi j'annule mon vote?

POINT DE VUE / Ce n’est pas un secret pour personne, la campagne fédérale est d’un vide intersidéral sur le plan du contenu. Les chefs des principaux partis se tapent dessus et n’ont rien à offrir.

Bien entendu, il m’est impossible de voter pour un parti fédéraliste. 

Mais bien que je sois souverainiste, est-ce que cela veut dire que je dois voter pour le Bloc québécois? Absolument pas. Un vote c’est l’expression de nos convictions les plus profondes et j’ai toujours pensé que le Québec se devait d’être inclusif, de s’enrichir des autres afin de créer une société meilleure.

Je sais que je vais déplaire à beaucoup de compagnons de souverainistes, mais je ne peux pas en mon âme et conscience partager les convictions de Claude Forgues qui, je regrette de le dire, sont basées sur une intolérance plutôt primaire de l’Islam. 

Comment peut-il partager sur sa page Facebook une vidéo qui tient ce genre de propos : « L’Islam n’est pas malade! L’islam est une maladie! » Ou encore : « les armées musulmanes prennent des femmes mariées et les violent (sic). C’est accepté par l’Islam. » Mais de quelles armées musulmanes parle-t-on? De quels pays s’agit-il? Peut-il nous donner une idée ou des faits qui nous auraient échappé?  

En attendant, je ferai remarquer à M. Forgues qu’en ce moment même, 900 femmes des forces armées canadiennes ont déclaré avoir été victimes d’agression sexuelle. Je suis désolé, mais je ne peux pas voter pour un candidat qui, même souverainiste, s’est rendu coupable d’un tel manque de jugement. En dépit des excuses du chef, de celles de M. Forgues, il m’est impossible de donner mon appui à quelqu’un qui manque à ce point de culture et de tolérance. Ce n’est pas comme ça que je perçois le mouvement souverainiste. 

Pascal Cyr
Sherbrooke

Opinions

Ne jamais abandonner

ÉDITORIAL / La 250e vigile en soutien au blogueur Raif Badawi, hier midi devant l’édifice de l’hôtel de ville de Sherbrooke, à laquelle ont pris part plusieurs dizaines de personnes, traduit la détermination des Sherbrookois à ne pas laisser tomber ce prisonnier d’opinion détenu en Arabie saoudite.

Elle démontre également que le régime saoudien, qui affiche un mépris total pour les droits et libertés, ne pourra compter sur la lassitude des gens d’ici pour faire oublier le sort de ce jeune homme dont la famille est réfugiée à Sherbrooke.

Il faut saluer la persévérance de ces centaines de Sherbrookois qui, chaque vendredi depuis la fin de 2014, se donnent rendez-vous dans l’espoir que leur message soit entendu.

Des vigiles sont aussi tenues régulièrement dans plusieurs villes d’Europe et des pays scandinaves.

Raif Badawi, 35 ans, a été condamné en juin 2012 à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet (il en a reçu 50 jusqu’ici) et à 300 000 $ d’amende pour ses écrits sur la liberté d’expression et « insulte l’islam ».

Mais malgré les vigiles, les pressions exercées par le Canada, le Parlement européen, l’Assemblée nationale du Québec, Amnistie internationale et Avocats sans frontières, Raif Badawi continue de croupir en prison. 

Lors d’une visite à Sherbrooke en janvier dernier, le premier ministre Justin Trudeau avait affirmé avoir eu une conversation avec le roi Mohamed ben Salmane pour tenter de le convaincre de libérer M. Badawi. En vain.

Il s’était aussi entretenu avec l’épouse de ce dernier, Ensaf Haidar.

Mais depuis? Silence radio.

Pire, le sujet a été à peine effleuré depuis le début de la campagne électorale fédérale.

Il n’est certes pas évident de discuter des droits et libertés avec le dirigeant d’un pays dont le système répressif est une machine à broyer les humains, mais Ottawa donne néanmoins l’impression que le dossier n’est plus une priorité.

En outre, le Canada nage en pleine contradiction : il fait commerce avec l’Arabie saoudite, notamment la vente de matériel militaire, tout en se prétendant être un grand défenseur des droits de la personne.

Mireille Elchacar, coordonnatrice d’Amnistie internationale à Sherbrooke, salue les efforts diplomatiques du Canada, mais estime que Justin Trudeau devrait faire preuve de plus de leadership.

 « Le gouvernement ne veut pas indisposer le régime en ne mettant pas  trop de pression; on n’est pas d’accord », dit-elle.

Selon elle, « c’est vraiment un cas emblématique; le Canada devrait saisir cette occasion pour démontrer qu’il revient à l’avant-garde en ce qui a trait aux droits humains ».

Pour l’heure et en attendant des actions plus énergiques des gouvernements, les militants de Sherbrooke et d’ailleurs dans le monde demeurent la voix de Raif Badawi. La seule.

Inacceptable

La direction du Bloc québécois a vraisemblablement passé l’éponge sur la bêtise de quatre de ses candidats, dont Claude Forgues, dans la circonscription de Sherbrooke, qui ont publié des propos méprisants à l’égard de la religion musulmane.

La liberté d’expression comporte le droit de critiquer les religions, mais implique aussi des responsabilités, dont le respect des autres.

On ne peut tolérer les insultes et le mépris des individus en raison de leur religion, de la couleur de leur peau, de leur orientation sexuelle ou de leur statut social. 

Les quatre candidats du Bloc québécois, Carole Desbiens, Lizabel Nitoi, Valérie Tremblay et Claude Forgues, ont présenté des excuses. Fort bien.

Mais cette histoire risque de porter ombrage au Bloc québécois au moment ou cette formation a le vent en poupe dans les sondages.

Elle traduit également un manque flagrant de jugement de la part de ces personnes qui aspirent à un poste de député, donc de représentants de tous les citoyens, sans exception.

Opinions

Commissions scolaires : ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain

Monsieur le premier ministre,

Je n’apprendrai rien au dirigeant d’entreprise que vous avez été que des incompétents réussissent parfois à se glisser dans la hiérarchie jusqu’à des postes en autorité où ils ont peu de savoir-faire. 

Enseignant, maintenant à la retraite, j’ai vécu au cours de ma carrière au moins deux épisodes navrants où mon directeur d’école était qualifié par certains de « simple d’esprit », de « parfaite poire » ou de « pire tarte » que le système d’éducation ait jamais connu. Je ne peux pas croire que votre ministre de l’Éducation, également un ancien enseignant, n’a jamais connu cette situation lamentable et veuille en multiplier les exemples.

Les deux directeurs d’école dont je parle n’avaient reçu aucune formation psychopédagogique, ou si peu, au profit d’une bonne formation administrative. Résultat, seuls les budgets comptaient pour eux, les amenant à gérer leurs écoles comme des « McDo ». Les enseignants n’avaient pas trop de problèmes à obtenir les sommes nécessaires pour, par exemple, du nouveau matériel, académique ou de bureau, des activités académiques et para-académiques, etc. 

Par contre, leurs subalternes du corps professoral ne pouvaient absolument pas compter sur le support de leur directeur dans des dossiers autres qu’administratifs. Même chose pour les élèves et leurs parents. Ces deux directeurs d’école affichaient, au chapitre des relations professionnelles autres qu’administratives, une incapacité crasse. Problème avec un enseignant, problème avec un élève, problème avec un parent? Aucun secours, aucune réaction de la part du directeur si ça ne touchait pas le budget.

Heureusement, nous pouvions compter sur le support et les services de la commission scolaire avec laquelle nous devions alors communiquer, passant par-dessus la tête de celui qui aurait dû nous épauler en première ligne. De plus, j’enseignais alors en milieu défavorisé avec les problèmes exacerbés que l’on connaît, là où toutes les ressources doivent travailler de concert pour assurer un meilleur avenir à cette clientèle.

En remplaçant les commissions scolaires par des centres de services sans pouvoir, votre ministre de l’Éducation dit vouloir donner plus de responsabilités aux directions d’école, même celles occupées par de tels incompétents. Vous et votre gouvernement vous rendez ainsi, Monsieur le premier ministre, coupables de vouloir niveler par le bas des services essentiels offerts à la clientèle scolaire la plus vulnérable. 

C’est un non-sens plus qu’inquiétant pour l’avenir de nos jeunes!

Il y a certes un ménage à faire dans l’organisation et la démocratie scolaire, mais, de grâce, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain.

Claude-Gilles Gagné
Weedon

Jean-Marc Salvet

Et le gagnant est… François Legault

CHRONIQUE / Vue du Québec, la campagne fédérale a été jusqu’ici marquée par la forte présence du premier ministre québécois, François Legault.

Il est déjà le vrai gagnant de l’actuelle campagne fédérale. Il a obligé les chefs fédéraux à se positionner par rapport à lui et à ses demandes.

Cela a encore été le cas jeudi soir au débat dont Radio-Canada était le maître d’œuvre, particulièrement sur les questions d’immigration et de laïcité, lesquelles ont donné lieu à des moments intenses.

On a d’ailleurs entendu au passage le premier ministre sortant Justin Trudeau dire qu’il était d’accord avec les tests voulus par M. Legault pour l’obtention du certificat de sélection.

Éclairant

Le dernier débat des chefs fédéraux de la campagne a parfaitement rempli son rôle. Il a été éclairant. Tous ont passé leurs messages. Et de façon claire et intelligible la plupart du temps.

La présence de Maxime Bernier et d’Elizabeth May a permis d’ajouter aux différences qui existent entre les uns et les autres; aux choix des électeurs, autrement dit.

Par rapport au débat de TVA, la semaine dernière, Justin Trudeau paraissait moins bien campé et Andrew Scheer, plus combatif. Jagmeet Singh a été tout aussi agile et efficace, et Yves-François Blanchet, encore une fois solide et sûr de lui.

La faute

En raison de sa montée dans les sondages au Québec, le chef du Bloc québécois a davantage été ciblé que lors des précédents débats. Quelques heures plus tôt, il avait dû s’excuser pour des messages anti-islam prononcés ou relayés par quatre ou cinq de ses candidats.

Depuis deux semaines, certains dans le reste du Canada ont fait des procès indignes à M. Blanchet. Cet épisode ne fera rien pour arranger les fausses perceptions à son endroit.

Personne ne peut prétendre que M. Blanchet serait islamophobe, xénophobe ou raciste. Le chef du Bloc québécois est aux antipodes de ce genre de sentiments. Il est même ridicule d’avoir à l’écrire. 

M. Blanchet a personnellement dû être horrifié de découvrir ce qu’ont écrit ou partagé certains de ses candidats.

Son état-major et lui ont malheureusement fait de la politique politicienne avec ces messages anti-islam. C’est regrettable. C’est une faute politique.

Son état-major et lui ont choisi le calcul politique. Ils ont jugé qu’il était plus payant électoralement de passer l’éponge que de sévir. Les excuses étaient accompagnées d’un mot de justification.

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Ce qui faisait depuis longtemps l’insuccès des bloquistes fait cette fois leur succès. C’est que le contexte politique a changé. 

On le sait, Yves-François Blanchet a pris appui sur la populaire loi sur la laïcité et sur les demandes formulées par le gouvernement de François Legault aux partis fédéraux pour tirer son épingle du jeu.

Il pourra remercier non seulement les Québécois le 21 octobre au soir, mais aussi M. Legault — si les sondages s’avèrent exacts.

Là où M. Blanchet a aussi fait mouche chez de nombreux électeurs, c’est en retournant l’argument sous-tendant la question de la pertinence du Bloc québécois à Ottawa.

Sa réponse a été acceptée par nombre d’électeurs québécois : en décrochant suffisamment de sièges pour obtenir la «balance du pouvoir», le Bloc pourra négocier ses appuis avec le gouvernement en place — s’il est minoritaire — et ainsi peser sur les décisions.

Regain?

Si elle se concrétise dans les urnes, la force du Bloc québécois annoncerait-elle une renaissance de l’idée de la souveraineté, comme le dit M. Scheer, même si M. Blanchet n’a pas hissé ce drapeau durant la campagne?

L’élection d’un nombre important de députés bloquistes à la Chambre des communes donnerait sans doute un peu d’espoir à plusieurs péquistes pendant quelque temps...

Mais ce qui pourrait vraiment, un jour, redonner du tonus au projet souverainiste serait que la Cour suprême du Canada charcute la loi sur la laïcité du gouvernement Legault — même si l’idée de la souveraineté peut et devrait très bien pouvoir se défendre en elle-même.

Le regain de l’indépendantisme en Catalogne est survenu après un long feuilleton judiciaire. Bien des souverainistes québécois rêvent à un tel scénario. Pour le reste, cela dit, les réalités sont bien différentes. Ottawa reconnaît la possibilité de la sécession, ce qui n’est pas du tout le cas de Madrid, qui, par son attitude butée, a fait croître le désir d’indépendance en Catalogne.

Mais on s’éloigne… Le débat de jeudi soir a été non seulement éclairant, mais très intéressant. C’est un gain démocratique.

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

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André-Philippe Côté

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Opinions

Ne cherchez pas, j'ai trouvé

POINT DE VUE / L’ancien maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, a pondu un livre de 500 pages afin de justifier sa défaite aux élections municipales. Voici une piste qui devrait peut-être vous éclairer.

Mais d’abord un petit retour dans le passé. En 1990, Paul Gervais, directeur général du Cégep de Sherbrooke, est élu maire de notre ville. Son règne a été de courte durée. Aux élections suivantes, Jean Perrault, Monsieur Sherbrooke, alors subalterne de Paul Gervais au Collège de Sherbrooke, s’installe pour trois termes au contrôle de notre municipalité. Aux élections suivantes, il sera suivi de Bernard Sévigny, lui aussi issu du monde de l’éducation supérieure.

Donc pendant plus de 25 ans, notre Ville aura été gouvernée par des élus faisant partie d’une élite intellectuelle. Aux dernières élections, Steve Lussier, un homme inconnu de tous et qui n’a même pas siégé à un poste de conseiller municipal, vous a battu, Monsieur Sévigny. Fort probablement que les Sherbrookois et Sherbrookoises ont décidé de donner la mairie à un homme qui ne fait pas partie de l’élite intellectuelle, mais qui nous ressemble un peu plus. 

Voilà, Monsieur Sévigny, une piste de solution à votre défaite. L’autre évidence est que pour plusieurs citoyens, votre suffisance et vos airs hautains ont eu raison de votre candidature.

Jean Chenay
Sherbrooke

L'actualité selon Jean Isabelle

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La caricature de Côté

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Opinions

La concurrence chinoise en IA

ANALYSE / L’émergence de la Chine comme puissance en haute technologie s’est particulièrement manifestée récemment dans la saga entourant Huawei. Cette compagnie chinoise, deuxième producteur mondial en téléphonie, a pris le leadership dans le développement de la technologie à haute vitesse 5G. Cette avancée technologique est d’ailleurs une des principales raisons pour laquelle l’administration Trump porte autant d’attention à Huawei.

Mais la téléphonie n’est pas le seul domaine en haute technologie où nous assistons à une percée majeure de la Chine. L’intelligence artificielle (IA) représente un secteur encore plus important. D’ailleurs, Trump indiqua dans son énoncé de février 2019 sur l’IA comment il visait en priorité à contrer la percée de la Chine dans ce domaine.

En 2017, le gouvernement chinois affirma son objectif de faire de son pays la première puissance mondiale en IA. Pour réaliser cet objectif ambitieux, Beijing s’est engagé à dépenser 200 milliards de dollars, soit en moyenne 15 milliards par année, d’ici 2030. Cet engagement sans précédent est 15 fois plus élevé que celui du gouvernement fédéral américain.

Le plan chinois comporte trois phases. La première consiste à atteindre le développement réalisé en Occident d’ici 2020. La deuxième vise à réaliser des percées majeures d’ici 2025. Et finalement la troisième phase ambitionne tout simplement d’étonner le monde par le rayonnement technologique de la Chine.

La Chine s’est engagée dans la première phase avec un effort sans précédent pour maîtriser l’IA. Pour réaliser cette première phase, le gouvernement chinois a construit à Beijing un vaste parc technologique de 2,2 milliards de dollars. Ce parc abrite 400 entreprises liées au développement de l’IA et génère déjà des revenus annuels de 7,7 milliards de dollars. 

En investissant massivement dans le domaine, Beijing désire inciter les compagnies chinoises à promouvoir le développement de talents en IA. Cette stratégie vise à transformer les compagnies chinoises en chef de file dans la création et l’utilisation de l’IA.

La Chine entrevoit contrer le ralentissement de sa croissance économique en recourant à l’IA. Si cette dernière va entraîner inévitablement la suppression d’emplois dans certains secteurs, elle peut aussi, selon les experts chinois, rendre l’économie beaucoup plus performante en améliorant sa productivité et son efficacité. L’automatisation peut donc créer de la richesse. Aussi, au lieu de voir l’IA comme un adversaire qui fait perdre des emplois, les dirigeants chinois accueillent avec empressement sa venue.

Poursuivre le miracle chinois

Depuis 1980, le gouvernement chinois a misé sur sa main-d’œuvre à bon marché et le commerce extérieur pour assurer sa croissance économique. Ce pari lui a permis de développer son secteur manufacturier, de faire sortir de la misère des centaines de millions de Chinois, de devenir la deuxième puissance économique du monde et d’en être la première puissance commerciale.

Tournés vers l’avenir, les dirigeants chinois voient dans le développement de l’IA la clé de la croissance économique future de leur pays. En ce sens, Beijing a entamé un virage à 180 degrés. Cessant de compter sur la présence d’une large main-d’œuvre à bon marché, on mise dorénavant sur la haute technologie et l’automatisation comme moyens de contrer économiquement les États-Unis et de devenir la première puissance économique mondiale.

En recourant à l’IA et en misant sur une technologie de pointe, Beijing espère donc poursuivre le miracle économique chinois. En ce sens, les dirigeants chinois font un calcul exactement à l’opposé de beaucoup de dirigeants occidentaux. Le gouvernement chinois ne semble pas craindre les pertes d’emplois que l’IA va entraîner ni les inégalités de revenus que celle-ci risque de provoquer. Il croit que les bénéfices vont dépasser les inconvénients.

Alors que les pays occidentaux, y compris les États-Unis, tardent à recourir à l’IA dans les secteurs manufacturiers et dans les services, et à modifier leurs pratiques commerciales, les dirigeants chinois agissent avec un grand sentiment d’urgence. Le mot d’ordre partout en Chine consiste à se défaire de la réputation d’être à la remorque de la technologie occidentale. Pour ce faire, les entreprises chinoises sont prêtes à investir massivement dans la recherche et le développement en IA.

La Chine a démontré par le passé sa capacité de réaliser des visions surprenantes. En 2000, le gouvernement chinois annonçait sa volonté de construire un réseau ferroviaire à grande vitesse comme moyen de stimuler son développement technologique. Ce faisant, la Chine a non seulement amélioré son réseau de transport, mais elle s’est aussi doté du réseau ferroviaire le plus avancé du monde.

Pour réaliser ses objectifs dans le développement de l’IA, la Chine dispose de plusieurs avantages importants. Elle compte des millions d’ingénieurs et de scientifiques talentueux. Elle jouit d’énormes bases de données qu’elle a collectées et qui n’existent pas dans d’autres pays à cause des restrictions sur la collecte de données. Par exemple, elle a développé ainsi un système de reconnaissance faciale unique au monde.

La Chine ambitionne de dépasser les États-Unis sur le plan technologique d’ici 2030. Elle démontre qu’elle a la vision stratégique, la continuité en leadership et les ressources nécessaires pour le faire. Elle désire tout bonnement redevenir la pionnière mondiale de l’innovation, comme elle l’était il y a 1000 ans. 

Sans contredit, la Chine ne se limite plus à copier simplement l’Occident. La révolution de l’IA a peut-être débuté en Occident, mais la Chine veut montrer que c’est en Asie que son avenir se dessine.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

La caricature de Côté

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André-Philippe Côté

Opinions

Le rôle de la foresterie dans la séquestration du carbone

POINT DE VUE / Ces derniers jours, plusieurs journalistes ont traité du rôle des forêts dans la séquestration du carbone et les commentaires de mon entourage, à la suite de la lecture de ces articles, m’incitent aujourd’hui à apporter des précisions qui pourront être utiles à tous.

En raison de leur superficie, les forêts peuvent agir comme de puissants capteurs OU émetteurs de carbone, affectant le bilan du pays. D’un côté, les arbres emmagasinent du carbone pendant leur croissance. De l’autre, les arbres émettent du carbone lorsqu’ils meurent et se décomposent à la suite de vents violents, d’un feu, d’une épidémie d’insectes ou simplement de vieillesse. Ce carbone est conservé dans les arbres et le sol forestier.  

La foresterie peut donc contribuer à améliorer le bilan carbone du pays en réduisant la susceptibilité des forêts aux épidémies d’insectes et aux incendies, et en augmentant la vitesse de croissance et le volume des arbres, tout en s’assurant de maintenir la biodiversité sur le territoire. Puisque la majorité de notre territoire est déjà couvert de forêts, il faudra prioriser l’amélioration de la croissance des forêts existantes à l’aide de travaux sylvicoles, bien que de nouvelles forêts pourront être créées à certains endroits.  

Ce n’est pas tout. Lorsque les arbres sont récoltés pour être transformés en produits forestiers, une portion de ceux-ci emmagasine du carbone sur une plus longue période de temps. Le gain est encore plus grand si les produits du bois remplacent des matériaux de construction dont la production nécessite davantage de combustibles fossiles.  

Actuellement, les scientifiques travaillent à déterminer le niveau de carbone réellement séquestré par ces efforts, mais une marge d’erreur sera toujours présente en raison de la complexité des systèmes en cause.  

Devant la menace des changements climatiques, le rôle des ingénieurs forestiers est ainsi appelé à changer rapidement. Ceux-ci doivent à présent considérer la séquestration de carbone dans la planification des stratégies d’aménagement forestier.  

Par exemple, l’actuelle épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui frappe l’Est du Canada représente une menace et une opportunité. Si rien n’est fait, les forêts de conifères détérioreront le bilan carbone du pays. Cependant, si ces arbres sont récoltés et transformés en produits forestiers, et si les aires mal régénérées sont reboisées, alors le bilan carbone sera amélioré. Les essences plantées devront cependant être adaptées aux futures conditions du climat et aux insectes exotiques qui menacent nos forêts. Ainsi, la foresterie traditionnelle pourra jouer un rôle important pour lutter contre un problème bien contemporain. 

Avec un soutien politique et financier plus important, davantage d’efforts pourront être faits pour améliorer le bilan carbone et la résilience de nos forêts face aux changements climatiques. Cet exercice aura même un effet bénéfique sur les entreprises de services forestiers au cœur des milieux ruraux et contribuera du même coup aux approvisionnements de l’industrie forestière. Il n’y a pas de mal à faire d’une pierre trois coups (si les pratiques forestières respectent la science et les règles de l’art)!

Marc-André Côté, Ing.f., Ph.D

Opinions

Tirer sur le messager

ÉDITORIAL / La sortie du président et PDG de Casella Waste Systems, John W. Casella, contre Memphrémagog Conservation Inc. et son allié américain DUMP (Don’t undermine Memphremagog’s Purity), ressemble à une tentative de discréditer ces deux organismes et d’évacuer la question des risques posés par les eaux de lixiviation du lieu d’enfouissement de Coventry, au Vermont.

Malgré la vive opposition de ces deux organismes, Casella Waste Systems a obtenu l’été dernier l’autorisation d’agrandir son dépotoir, situé à proximité d’un affluent du lac Memphrémagog.  

Dans un texte publié dans plusieurs journaux américains, M. Casella fait valoir que MCI et DUMP ont fait porter le débat sur l’expansion du dépotoir et les risques de contamination par le lixiviat sans se préoccuper des PFAS (les substances perfluoroalkylées que l’on retrouve notamment dans les emballages alimentaires), un produit potentiellement cancérigène que le Vermont réglemente plus sévèrement que le Québec.

Il allègue que les eaux usées rejetées du côté canadien du lac sont donc potentiellement plus nocives que celles provenant du Vermont.  

Selon lui, le MCI et DUMP «sont peut-être la véritable menace pour ce lac» puisqu’ils détourneraient le débat de la vraie menace qui pèse sur le Memphrémagog, les PFAS.

Il soutient même que les données de l’Agence des ressources naturelles du Vermont démontrent que les eaux usées traitées à la station d’épuration de Newport, qui reçoit le lixiviat de Coventry depuis des années, et qui sont ensuite rejetées dans le Memphrémagog, n’ont pas d’impacts négatifs sur la santé et l’environnement.

MCI a toujours fait valoir que la station de Newport n’était pas conçue pour traiter le lixiviat du dépotoir, d’où des risques de contamination du lac.  

On peut comprendre que M. Casella veuille protéger ses intérêts, mais cette stratégie à la Trump est très discutable et est contraire à l’approche globale qui doit prévaloir devant les risques pour la santé du Memphrémagog, réservoir d’eau potable de près de 175 000 Estriens.

La station d’épuration de Newport doit cesser de traiter le lixiviat du lieu d’enfouissement de Coventry à compter du 23 octobre, une des conditions pour l’obtention de son permis d’agrandissement.

Il est vrai que la réglementation québécoise en matière de PFAS dans le traitement des eaux usées est en retard sur celle du Vermont. Cela est inadmissible et incohérent.

Pour l’heure, toutefois, la stratégie de M. Casella s’apparente à une manœuvre de diversion et à une façon de dire que, lorsqu’il s’agit de contamination du lac Memphrémagog, le problème n’est pas Casella Waste Systems mais plutôt le Québec.

Encore loin du but

Les données recensées par notre collègue journaliste Jacynthe Nadeau sur le nombre de femmes candidates aux élections fédérales du 21 octobre démontrent que la parité homme femme en politique n’est pas atteinte partout.

Ainsi, seulement le tiers des candidats dans les cinq circonscriptions en Estrie sont des femmes, contre une moyenne de 43,3 % dans la province (elles étaient 27,7 % lors du scrutin de 2015).

Les principaux partis politiques fédéraux sont presque tous dans la «zone paritaire» de 40 %: le NPD est en tête avec 49 % de candidates féminines, suivi du Parti vert avec 46 %, du Bloc québécois avec 45 %, du Parti libéral avec 39 % et du Parti conservateur avec 32 %.

À l’Assemblée nationale du Québec, 42 % des députés sont des femmes, contre 29 % avant le scrutin de 2018.

Il y a toutefois beaucoup de progrès à faire dans les municipalités: selon le Conseil du statut de la femme, le Québec ne compte de 19 % de mairesses et 35 % de conseillères municipales.

Ce n’est donc pas encore gagné pour les femmes.


Opinions

L'aéroport, Mme Bibeau?

À Mme Marie-Claude Bibeau, candidate libérale dans Compton-Stanstead : Madame, j’aimerais que vous apportiez des précisions concernant l’aéroport de Sherbrooke, afin que la population comprenne bien les enjeux.

J’aimerais que vous apportiez des précisions concernant l’aéroport de Sherbrooke, afin que la population comprenne bien les enjeux.

Selon le compte-rendu du débat de lundi paru dans la Tribune de mardi 1er octobre,  le développement de l’aéroport est votre priorité.  Depuis quand est-ce devenu une priorité?  En quatre ans vous n’avez pas réussi à avoir une désignation comme mentionné par le député de Sherbrooke Pierre-Luc Dussault.  

En d’autres occasions vous avez dit :  que la Ville de Sherbrooke signe une entente avec une compagnie aérienne et  le service de sécurité est disponible.  Est-ce par désignation ou que la Ville paie pour ce service?  

Si c’est la Ville qui paie pour ce service, le député ou ministre n’a rien à faire, car c’est la Ville qui achète le service et paye.  

En 2013, lorsque le gouvernement Harper a permis que les aéroports puissent acheter les services de sécurité, on parlait alors d’un montant annuel de 500 000$ par année, soit 10 000$ par semaine,  je trouve que c’est beaucoup d’argent pour quelques vols par jour,  qu’est-ce que vous en pensez?  

Cela ressemble à quelque chose de disponible, mais non accessible. C’est comme si cela n’existait pas.  

Cela me donne l’impression que vous dites ce que les gens veulent entendre, mais aussitôt dit, aussitôt oublié.  

J’ai hâte de lire ce que vous avez fait comme démarche pour avoir la désignation à l’aéroport de Sherbrooke, et la date d’entrée en service.  Si autre chose fait obstruction, alors vous devez l’avoir rencontré lors de vos démarches, c’est le temps d’informer la population.

Votre tout dévoué,

Jean Préfontaine

Cookshire-Eaton

Opinion

Groupes capitales médias : une mutuellle de retraite pourrait être la solution

POINT DE VUE / On m’a récemment demandé de commenter à la radio la situation des régimes de retraite de Groupe Capitales Médias. Je l’ai fait en mentionnant que, malheureusement, les retraités feraient possiblement les frais de la fermeture de leur régime de retraite en devant subir une coupure significative dans leurs prestations de retraite.

Suite à cela, j’ai pris part à des discussions avec des employés et retraités du journal La Tribune. Ils ont partagé avec moi la situation financière dans laquelle se trouve leur régime de même que leurs inquiétudes. J’ai alors eu une réflexion similaire à celle de Serge Parent, parue dans Le Soleil le 25 septembre dernier. 

Le régime de retraite qui m’a été présenté est dans une position de pleine capitalisation dans un mode de continuité. Par contre, dans un mode de terminaison, il ne l’est pas. La raison est bien simple : dans un mode de continuité, on pose l’hypothèse que les actifs du régime sont investis dans un portefeuille équilibré procurant entre 5 % et 6 % annuellement. Dans le cas d’une terminaison du régime, on suppose plutôt que tout est investi en obligations gouvernementales (rendement actuel autour de 1,5 %). L’hypothèse de rendement futur est alors beaucoup plus faible, comme les prestations que cela permet. 

Dans ce contexte, forcer une politique d’investissement plus conservatrice ne semble pas logique ni nécessaire. C’est pourtant ce qui risque d’arriver. La conséquence pour les retraités se traduirait par des coupures d’environ 25 % des prestations de retraite. Ces coupures ne sont pas pour un an ou deux, mais pour toute la retraite. Or, la retraite on la souhaite plus longue que moins longue.

Ayant la même réflexion que monsieur Parent, je propose toutefois une solution différente, mais poursuivant le même objectif : investir en mode continuité plutôt qu’en mode terminaison.

Les réformes récentes dans le monde de la retraite, que ce soit dans le domaine municipal, universitaire ou privé, avaient comme principal objectif de favoriser le maintien des régimes de retraite à prestations déterminées. Le législateur a donc procuré un peu d’oxygène aux employeurs en forçant le partage des risques avec les participants et en permettant des allégements concernant les contributions servant à combler les déficits. Il a aussi exigé la mise en place de réserves afin de mieux capitaliser les régimes. 

Après avoir donné de l’oxygène aux employeurs, il serait temps d’en donner aussi aux retraités qui se retrouvent dans une situation de terminaison de régime.

Je souhaite aux employés du Groupe Capitales Médias qu’un repreneur maintienne une certaine continuité des régimes de retraite, avec des ajustements acceptables possiblement, mais en continuité.

Si cela n’est pas possible, je crois que la création d’une mutuelle de retraite serait une avenue à considérer. Tous les régimes de retraite devant fermer suite à la disparition d’un employeur pourraient s’y joindre. Cela permettrait une politique de placement équilibrée et donc le maintien de prestations de retraite plus près de celles versées au moment de la disparition de l’employeur. Une mutuelle permettrait le partage du risque de longévité. Elle permettrait aussi d’avoir une taille suffisante pour se doter d’une d’expertise élevée en gestion de portefeuille et des placements plus performants.

Le gouvernement n’a pas vraiment à intervenir dans une telle solution si ce n’est que permettre la création de la mutuelle. Retraite Québec pourrait continuer à suivre l’évolution de la mutuelle afin qu’elle maintienne des réserves équivalentes à celles exigées des régimes de retraites privés. 

Une telle mutuelle offrirait une solution intéressante pour tous les employés se trouvant dans des situations semblables dans le futur.

Une mutuelle est tout à fait en ligne avec l’historique de mise en commun et de partage de la société québécoise (Desjardins et toutes les mutuelles d’assurance-vie et de dommage ayant existé ou existant encore au Québec). Ce genre de solution est dans notre ADN. 

Des retraités plus pauvres, c’est une collectivité plus pauvre. Collectivement, nous avons donc tout intérêt à trouver une solution. 


Mario Lavallée, Ph.D. CFA

Professeur de finance
École de Gestion
Université de Sherbrooke

Pierre Jury

L’Ontario, pas un bon exemple

ÉDITORIAL / À entendre le ministre de l’Éducation parler de sa réforme des commissions scolaires au Québec, on croirait que c’est l’Eldorado qui attend la population. Économies substantielles de quelque 53 millions $, instauration de « centres de service scolaires », gouvernance modernisée, réinvestissement en salle de classe, aucune perte d’emploi, davantage d’autonomie scolaire, bref, il s’agira de « la plus grande opération de décentralisation gouvernementale des dernières années », dixit le ministre Jean-François Roberge.

Il faut se garder d’applaudir des réformes ambitieuses qui ne laissent miroiter que des bienfaits. La réalité est habituellement bien plus nuancée, avec plein de couches de gris, des réussites, mais aussi, plein d’échecs.