Point de vue

J’ai cherché en vain l’esprit de la Fête nationale

Monsieur Régis Labeaume, maire de Québec Monsieur François Legault, premier ministre du Québec,

Je ne serai certes pas la première à vous annoncer la triste nouvelle : il n’y a plus de Fête nationale à Québec. Cette ville qui m’a vu naître et grandir, aimer et fêter, est devenue un décor en carton-pâte pour touristes affamés de bébelles gossées pour la plupart en Chine.

Capitale-Nationale? Laissez-moi rire! L’«accent d’Amérique», en ce 24 juin 2019, je l’ai cherché toute la journée. Je passe les Suzy’s Popcorn et autres commerces que l’on pourrait retrouver, dans le même format, sur la rue principale de Kennebunkport ou d’Ogunquit. Si au moins j’avais pu y trouver une toute petite parcelle d’âme québécoise, un je ne sais quoi de fierté, vous savez, un drapeau, une fleur de lys, du bleu et du blanc, ne serait-ce qu’aujourd’hui.

J’ai arpenté le Vieux-Port, le Petit-Champlain, gravi les marches menant au Château Frontenac, parcouru la terrasse Dufferin et descendu la côte de la Fabrique, puis la rue Saint-Jean, jusqu’à place d’Youville, pour ensuite aller saluer le Parlement et revenir par la rue Saint-Louis. Je n’ai jamais été aussi triste en ce jour de notre Fête nationale. J’ai croisé un chanteur qui faisait dans le folk américain et un duo d’acrobates qui se tortillaient sur du rap anglophone, devant la statue de Champlain.

J’ai cherché, en vain, un signe, un appel à la fierté d’être nous, une invitation à tous ceux qui nous visitaient aujourd’hui à découvrir qui nous sommes et pourquoi nous fêtons. Mais nous ne fêtions pas. Un touriste qui a fait aujourd’hui le même parcours que moi n’a jamais pu deviner qu’il visitait une capitale nationale qui célébrait sa fête annuelle.

Désolation, perte de repères. Peur d’être fiers? Mon Québec est ouvert et généreux, il n’a pas à se cacher pour célébrer fièrement son histoire! Mon Québec est fait de métissage, de combats pour sa survie, de victoires et de défaites. Mon Québec s’est bâti avec courage dans les ruelles des quartiers populaires et sur le chemin des usines. Mon Québec s’est épanoui et offre au monde entier le meilleur de sa beauté et de son talent.

Moi, j’avais envie de le célébrer aujourd’hui, en échangeant des regards complices et des sourires réjouis avec ceux et celles que j’ai croisés sur mon chemin, en plein cœur de ma ville. J’aurais aimé leur parler de mon pays. Au lieu de cela, je suis rentrée chez moi le cœur gros.

La Fête nationale semble être devenue une obligation un peu lourde qu’on accepte de tenir en soupirant, à coups de barrières et d’interdiction de drapeaux. On vous lance quelques pétards à 23h et svp, coucouche panier après.

J’ai croisé un tout jeune homme, drapé du drapeau québécois. Il avait l’air triste, lui aussi. Fort à parier qu’il ne sera pas de retour l’an prochain.

Oui, je suis indépendantiste, alors bien sûr que ça me dévaste de voir que la ville que je souhaite voir accueillir des ambassades du monde entier soit rendue si éloignée de son essence. Mais j’ai jadis célébré la Saint-Jean avec des gens de partout au Québec, indépendantistes ou pas.

C’est d’une tristesse sans nom que de voir un si beau navire baisser pavillon. J’ai honte et je suis en colère. En fait, bien franchement, je suis en «tabarnak», voilà.

P.-S. Je sais que dans des quartiers, l’esprit est resté. Et que des personnes tiennent à bout de bras le spectacle sur les Plaines, malgré tous les interdits. Ce n’est pas de ça que je parle, vous l’aurez compris. La démission nationale vient de plus haut qu’eux.

L’auteure est rédactrice en chef du magazine Oui je le veux

Opinions

Environnement horticole négligé à Sherbrooke

Je veux bien être rassuré par la création du Bureau de l’environnement, mais...

En fait, nous faut-il vraiment en être rassurés quand on observe l’état lamentable des rues, les accotements et les terre-pleins en friche des avenues achalandées, surtout, ces jeunes arbres, jamais taillés ou émondés, des grands boulevards? Portez des regards plus attentifs. Roulez sur de Portland, ou sur le boulevard Bourque, le boulevard de l’Université...et j’en passe.

Où étaient donc les employés affectés à la nature, aux pelouses, aux arbres et arbustes en train de devenir bosquets? Voyez ce triste spectacle horticole! Imaginez les coûts et les frais de réparation, du remplacement des pièces végétales, dans les prochains mois et les prochaines années à venir. 

Y a-t-il un pilote de l’environnement à Sherbrooke, reine des Cantons-de-l’Est? Surtout, les ressources financières et de main-d’œuvre seront-elles disponibles? 

J’en doute depuis trois ans, à voir les touffes de branches surgissant du pied et du tronc de ces arbres laissés à eux-mêmes.

Yvon Côté
Sherbrooke

Le monde de Jean Isabelle

Le monde de Jean Isabelle

Opinions

La négation de la pauvreté

ANALYSE / Après avoir concocté en 2017 une réduction importante des impôts favorisant largement les plus nantis, l’administration Trump se fixa comme principal objectif en politique intérieure de couper substantiellement dans les programmes sociaux. Pour ce faire, elle lança une attaque massive sur plusieurs fronts dans sa guerre contre les pauvres.

Dès le début de sa présidence, Trump lança une campagne agressive de désinformation déclarant que la guerre à la pauvreté, lancée dans les années 1960, avait été un grand succès. Sans dire comment il en était arrivé à ce pourcentage, il affirma que moins de 3 % des Américains sont réellement pauvres. 

Pourtant, selon les statistiques fédérales officielles, 14 %, soit plus de 46 millions, vivaient en 2017 sous le seuil de pauvreté et un autre 28,5 %, soit 95 millions, se situaient dans la catégorie des gens à faible revenu. De plus, 55 % des Américains disposent de moins de 500 $ pour couvrir les besoins urgents touchant leur santé ou simplement pour faire réparer leur auto. 

Pire encore : 35 millions d’Américains, soit 11 %, sont réduits à recourir régulièrement à des agences de crédit à taux prohibitifs fonctionnant hors du système bancaire.

Comme Donald Trump ne croit pas que la vraie pauvreté existe aux États-Unis, il considère les programmes sociaux venant en aide aux plus démunis comme un gaspillage de fonds publics qui encourage l’oisiveté. 

En conséquence, les politiques économiques et sociales mises de l’avant par son administration visent tout simplement à exclure des millions d’Américains à faible revenu des différents programmes d’aide gouvernementale.

Aux États-Unis, les personnes sous le seuil de pauvreté ne reçoivent pas comme au Canada un chèque mensuel leur permettant de couvrir globalement leurs besoins élémentaires. 

Cette aide leur parvient séparément par l’admission à différents programmes fédéraux : aide au logement, coupons alimentaires et accès gratuit aux soins de santé (Medicaid). Mais pour être éligible à ces programmes, un individu doit remplir des conditions précises.

Dès 2017, Trump promulgua un décret ordonnant la révision de 80 programmes fédéraux de lutte contre la pauvreté. Sous prétexte de consolider ces programmes afin d’éviter la redondance, la réforme proposée vise à réaliser des économies substantielles de 22 milliards par année.

Trump désirait ainsi envoyer un message clair aux pauvres : si vous avez besoin du gouvernement pour vous aider à payer vos soins de santé, votre logement ou votre nourriture, c’est que vous n’accordez pas assez d’importance à la valeur du travail.

Toutefois, les politiques proposées par l’administration Trump, basées sur des incitatifs au travail, sont complètement irréalistes et visent essentiellement à punir les pauvres. Se basant sur le salaire minimum fédéral, une mère célibataire ayant deux enfants devrait travailler 55 heures par semaine pour obtenir les 21 000 $ nécessaires pour sortir du seuil de pauvreté.

Dans sa refonte des programmes d’aide, l’administration Trump imposa des exigences rigoureuses sur la nécessité de travailler pour avoir droit aux crédits. Par exemple, sur les 3,8 millions de personnes vivant seules et ayant droit jusqu’ici aux différents programmes, 2,8 millions n’ont pas d’emploi. 

Avec les nouveaux critères, deux millions d’entre eux sont largement exclus des programmes. Dorénavant, une personne non handicapée, mais sans emploi et vivant seule, n’aura droit à des coupons alimentaires que pendant trois mois sur une période de trois ans.

La compréhension de la pauvreté chez Trump est largement biaisée par l’ignorance, voire une vision clairement raciste. En 2018, il afficha sa surprise devant le caucus des représentants afro-américains en apprenant que la large majorité des bénéficiaires de l’aide sociale n’étaient pas des noirs, mais des blancs.

Néanmoins, ce constat ne l’empêcha pas de proposer des politiques visant à priver des millions d’Américains à faible revenu des avantages offerts par ces programmes. Son administration n’a nullement tenu compte que 32 % des fonds de Medicaid sont alloués à des patients à la retraite et que les enfants représentent 50 % des bénéficiaires des coupons alimentaires.

En révisant les normes d’accès à l’aide au logement, l’administration Trump réduisit de 75 % le nombre de personnes pouvant obtenir l’assistance du programme. De même, l’aide pour la garde d’enfants pour les femmes pauvres actives sur le marché du travail fut coupée de façon telle que seulement un enfant sur six, soit 16 %, bénéficie maintenant d’une telle assistance.

En redéfinissant le seuil de pauvreté, l’administration Trump s’attaqua aussi aux travailleurs à faible revenu. Beaucoup d’entre eux sont dorénavant exclus des programmes de Medicaid, de l’aide alimentaire et de tout autre programme de soutien de base.

Les politiques sociales de Trump sont conçues de manière à stigmatiser les pauvres et les personnes à faible revenu. En réduisant des millions d’Américains à une pauvreté extrême, l’administration Trump force ces derniers à vivre davantage à la marge de la société. 

En niant aux pauvres le droit à une aide pour couvrir leurs besoins élémentaires, les attaques de Trump contre les programmes sociaux ont des effets systématiques. Les plus pauvres en arrivent à déconsidérer les politiques gouvernementales. Leur désespoir en est d’autant plus grand qu’ils cessent de croire que l’obtention d’une aide élémentaire représente un droit fondamental. 

Comme dans plusieurs domaines, Donald Trump est engagé dans un processus de déconstruction de l’Amérique. Sur le plan des politiques sociales, il cherche tout simplement à ramener les États-Unis aux années 1920.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Chronique

Un magot, des baisses d’impôt?

CHRONIQUE / Accorder des baisses d’impôt ou de taxes aux Québécois avant les prochaines élections? Au rythme où croissent les surplus budgétaires de l’État québécois, des caquistes feront sans doute pression à l’interne pour que ce soit le cas. Ils feront probablement valoir à certains ténors du gouvernement que des réductions de taxes ou d’impôt constitueraient la cerise politique de la fin du mandat. Analyse.

Vendredi, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a annoncé l’existence d’un surplus budgétaire record.

Tout est incroyable dans cette histoire.

Il y a trois mois, trois mois à peine, il était prévu que le surplus de l’année financière 2018-2019 s’élèverait à 2,5 milliards $. Or, il a finalement atteint plus de 4,4 milliards $.

Sur trois petits mois, il s’agit d’un écart de prévision plutôt significatif — c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour prendre la mesure de cet excédent budgétaire de 4,4 milliards $, il faut savoir qu’il est en outre obtenu après le versement d’une somme record de 3,4 milliards $ au Fonds des générations. En tenant compte de cette somme, le véritable solde entre les revenus et les dépenses est de près de 8 milliards $ — sur un budget global annuel de quelque 100 milliards $.

Il existe une autre façon d’apprécier le tout : lorsque le libéral Carlos Leitão, le prédécesseur d’Éric Girard, a présenté le budget 2018-2019 (le 27 mars 2018), il était prévu que le Québec bouclerait l’année financière à l’«équilibre» au 31 mars dernier — soit sans déficit ni surplus. Mais que pour parvenir à ce «déficit zéro», il faudrait tout de même puiser 1,5 milliard $ dans la réserve dite de «stabilisation».

En bout de course, le gouvernement n’a pas eu à piger dans cette réserve et le surplus officiel s’élève à 4,4 milliards $. Autrement dit, on arrive à un extravagant écart de prévision de près de 6 milliards $ entre le début et la fin de l’année financière 2018-2019. Toute une sous-estimation!

On ne reprochera pas au ministère des Finances d’être mû par un certain conservatisme pour établir ses prévisions. Il vaut mieux se tromper dans ce sens-là — avec des surplus supérieurs à ceux anticipés — que dans l’autre. Mais à ce point-là!

Vous imaginez?

C’est la quatrième année d’affilée que Québec prévoit boucler l’année avec un simple équilibre financier, mais que des surplus sont dégagés. Et que ceux-ci sont chaque fois plus colossaux.

Des 6 milliards $ d’écart entre le début et la fin d’année, 3 milliards $ sont ponctuels, non récurrents, a insisté vendredi le ministre Éric Girard, qui veut et doit contenir les appétits et les convoitises. Ceux des syndicats des secteurs public et parapublic, notamment, avec lesquels s’amorceront des négociations l’automne prochain.

Pour les autres 3 milliards $, il s’agit bel et bien de surplus récurrents, qui reviendront encore cette année, mais qui cette fois seront inclus dans les revenus anticipés. Ces 3 milliards $ qui n’étaient pas sur le radar il y a un an servent et serviront à financer des initiatives engagées par le gouvernement.

Évidemment, le ministre Éric Girard prévoit clore l’année en cours, l’année 2019-2020, à... l’équilibre. Or, si les quatre dernières années nous apprennent quelque chose, c’est que, à moins d’un retournement spectaculaire de la conjoncture, d’importants surplus seront encore au rendez-vous.

Imaginez les débats si le gouvernement annonçait dès maintenant que l’année se terminerait avec un surplus de 3, 4 ou 5 milliards $. Imaginez les pressions et les demandes auxquelles il ferait face.

Merci!

Croissance des revenus, hausse des surplus… Tant mieux pour le gouvernement Legault, qui a lancé et lancera plusieurs engagements pas mal plus coûteux que ce qu’il avait prévu.

Il peut remercier l’élan économique, M. Tremblay, Mme Dion, vous, moi, les Québécois en général, les transferts fédéraux, et aussi, en passant, le ministre Carlos Leitão. Bien que ce soit au prix d’une rigueur-austérité, ce dernier a laissé une maison encore plus propre que la Coalition avenir Québec (CAQ) le pensait en matière de finances publiques.

Une croissance des revenus supérieure à ce qu’il prévoyait permettra au gouvernement Legault de financer plus d’initiatives pour lutter contre les changements climatiques; plus que ce qu’il avait envisagé au départ, en tout cas.

Et l’on sait, par ailleurs, que les services publics — de la petite enfance jusqu’à ceux offerts aux personnes aînées — ont besoin d’être retapés. Et qu’ils ne le seront pas demain matin.

Oui, bien sûr, cet argent est le bienvenu. Évidemment.

Avant ou après?

Mais au rythme où tombent les milliards de dollars, il s’en trouvera au sein de la CAQ pour réclamer des baisses directes d’impôt ou de taxes. On entend déjà des chuchotements du genre. Parlez-en à des sympathisants ou à des Québécois en général.

La demande, a priori, se défendrait d’autant mieux que les baisses de taxes scolaires à venir ne bénéficieront pas aux locataires et qu’elles favoriseront davantage les propriétaires de belles grandes demeures que les autres.

Malgré le séduisant argument électoral que pourrait représenter une vraie baisse d’impôt ou de taxes en fin de mandat, je doute que les grands ténors du gouvernement y succombent. Pour cela, il faudrait que la pression soit très forte d’ici la fin du mandat.

Car, pour le ministre Éric Girard et compagnie, de vraies réductions d’impôt ne devraient être consenties que dans un deuxième mandat caquiste — si la conjoncture ne change pas. Plutôt que de se matérialiser avant le prochain scrutin, ces baisses apparaîtraient donc dans les engagements de la prochaine campagne électorale.

À moins que des pressions grimpent fortement d’ici là, on les ferait ainsi miroiter pour un gouvernement Legault 2.

La caricature de Côté du 25 juin

La caricature de Côté du 25 juin

La caricature de Côté du 22 juin

La caricature de Côté du 22 juin
André-Philippe Côté

Carrefour des lecteurs

Une Commission Parent 2.0, une initiative nécessaire

Les propositions de Québec solidaire d’instituer une Commission Parent 2.0 afin de doter le Québec d’une vision globale en éducation en tenant compte de la réalité d’aujourd’hui me paraît fort pertinente.

En effet, la mise en place des recommandations du Rapport Parent a été un des piliers de la Révolution tranquille dans les années 1960-1970 avec la création du ministère de l’Éducation et la démocratisation du système d’enseignement permettant une hausse significative du taux de scolarisation au Québec.

Dans ce contexte, il serait important de se pencher également sur les recommandations de la Commission d’enquête sur l’enseignement des arts au Québec, instituée par le gouvernement de Jean Lesage en 1966, et sur le Rapport Rioux déposé en février 1969, et présidé par le sociologue Marcel Rioux.  

« Le Rapport Rioux tire ses conclusions d’une réflexion approfondie sur le rôle que devront jouer les arts, la culture et l’éducation dans la société post-industrielle qui s’annonce à l’époque : préserver l’être humain de l’aliénation économique et technologique en lui donnant le contrôle de son potentiel créateur et les moyens de définir les normes de l’expérience humaine (Corbo, 2006). » 

Les recommandations du Rapport Rioux qui datent maintenant de 50 ans, n’ont pas perdu de leur pertinence dans le monde actuel et méritent qu’elle fassent aussi partie d’une réflexion 2.0.

Louise de Broin

Sherbrooke

Éditorial

Une procédure à améliorer

ÉDITORIAL / La vive opposition de citoyens à la vente du parc municipal Willie-Bourassa-Auger, en vue d’y permettre la construction d’une résidence, aura au moins permis de mettre au jour de possibles lacunes dans la procédure de changement de vocation de terrains municipaux et le mode de consultation de la population.

Il est rare que la Ville de Sherbrooke décide de vendre un parc, mais cette controverse doit néanmoins inciter l’administration Lussier à revoir un mécanisme où l’on semble traiter les dossiers à la pièce, sans nécessairement tenir compte d’enjeux globaux comme la préservation des espaces verts, et à mieux communiquer avec les citoyens.

La Ville a certes suivi les règles du jeu dans ce dossier.

En novembre 2018, elle avait invité par écrit les citoyens résidant à proximité à une rencontre d’information sur la mise en vente du parc, à laquelle ont participé 11 personnes. Par après, la Ville a tenu une consultation publique, comme l’exige la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, où personne ne s’est présenté, rappelle la présidente de l’arrondissement de Brompton, Nicole Bergeron.

De plus, une pancarte indiquant que le terrain était à vendre a été en place durant trois mois. 

Pourtant, nombre de citoyens affirment ne pas avoir été au courant de la démarche de la Ville et, visiblement, l’enjeu dépasse les limites de l’arrondissement, d’où l’importante levée de boucliers.   

Bien que l’endroit soit peu fréquenté et, dit-on, plus ou moins bien entretenu, il est choquant, voire aberrant, aux yeux de nombreux 

citoyens — et on peut le compren-dre — de sacrifier un parc municipal, de surcroît en bordure de la rivière Saint-François, pour y permettre une construction.

Car malgré la présence en grand nombre d’opposants lors de la réunion du conseil municipal de lundi soir dernier, ce qui a donné lieu à du crêpage de chignon entre certains élus et à l’expulsion d’un citoyen, la Ville de Sherbrooke a enclenché la procédure de changement de zonage en vue de la vente du terrain pour la somme de 91 400 $.

L’argent sera utilisé pour d’autres espaces verts de l’arrondissement de Brompton.

Certains diront que les opposants ont réagi sur la tard.

Toutefois, vendre un parc municipal n’est pas banal, d’autant plus que celui-ci avait été aménagé en 1997 grâce à une subvention d’Hydro-Québec accordée à l’ancienne municipalité du canton de Brompton en guise de compensation pour la présence d’infrastructures électriques.

Résultat : plusieurs ont le sentiment d’être placé devant un fait accompli et se sentent dépossédés d’un bien public.

Le changement de zonage est désormais entre les mains des citoyens du secteur qui peuvent demander la tenue d’un registre en vue d’un référendum. Au moment d’écrire ces lignes, un groupe avait recueilli les signatures de près de 200 personnes désirant faire l’ouverture d’un registre, alors que le nombre de signatures requises est de 12. 

Toute cette histoire est extrêmement malheureuse non seulement pour les citoyens qui risquent de perdre un espace vert, mais aussi pour les acheteurs du fameux parc, de jeunes parents qui se trouvent impliqués malgré eux dans une controverse dont ils auraient sans doute bien pu se passer.

Néanmoins, la vente d’un parc municipal à des fins de construction a une haute valeur symbolique et ne contribue certainement pas à rassurer les citoyens quant à la pérennité des espaces verts à Sherbrooke.

Mais les choses pourraient changer : le nouveau Bureau de l’environnement de la Ville de Sherbrooke, qui a notamment pour mandat de mieux coordonner les actions touchant les espaces verts, devrait permettre de mieux encadrer la vente de terrains municipaux et, espérons-le, de le faire dans l’intérêt des citoyens.

Pour ce qui est des élus sherbrookois, il faut leur souhaiter une bonne relâche estivale, en espérant des débats plus sereins à la rentrée.    

La caricature de Côté du 21 juin

La caricature de Côté du 21 juin
André-Philippe Côté