Opinions

Clôtures à North Hatley : la vérité déformée

La question de l’accès à la plage publique a été au centre des préoccupations à North Hatley et dans les villages environnants au cours des deux derniers mois. Deux pétitions demandant des négociations entre la Société récréative de North Hatley et la Municipalité, ainsi que la plage publique reste accessible 24 heures sur 24, ont reçu 500 signatures, et de nombreux citoyens ont assisté aux séances du conseil de mai et juin pour exprimer leur désapprobation eu égard à la décision du conseil municipal d’interdire l’accès au lac sur la plage publique en dehors des heures de baignade surveillées.

Le maire a justifié cette décision en ces termes : « Dans le contexte public qui nous interpelle, ce n’est plus possible (...) les lois ont changé (...) les assureurs sont attentifs... »

Éditorial

Les États sans cœur

ÉDITORIAL / Il existait déjà une multitude de raisons pour se désoler et dénoncer les méthodes de Donald Trump. La façon dont il traite les familles de migrants en imposant une séparation des parents et des enfants est cependant la plus ignoble et la plus indigne des États-Unis.

Lorsque des républicains, Melania Trump, l’épouse du président, et une ancienne première dame, Laura Bush, jugent nécessaire d’exprimer à leur tour leur malaise et leur désaccord à ce que les États-Unis divisent les familles de migrants interceptées à la frontière du Mexique, le président républicain doit se raviser. Faire preuve d’humanisme, se mettre dans la peau des parents qui ont fui la violence du Honduras, du Salvador, du Guatemala avec leurs enfants. Cesser d’appliquer rigoureusement et bêtement, comme c’est le cas depuis mai, la politique de tolérance zéro en matière d’immigration illégale.

S’il persiste, c’est la démonstration que Donald Trump est assez égocentrique, assez machiavélique, assez insensible pour utiliser les enfants de migrants comme outil de négociation pour forcer les démocrates à aller dans la direction qu’il souhaite en matière d’immigration et réussir à faire financer son fameux mur qui devrait rendre le pays plus sécuritaire. La preuve que son programme politique passe avant le bien-être d’enfants innocents et que les riches États-Unis ne sont plus une terre d’accueil. 

Au début du mois, l’Organisation des Nations Unies a exhorté les États-Unis à cesser de séparer les enfants de leurs parents arrêtés après avoir passé clandestinement la frontière avec le Mexique. En vain.

Lundi, l’ONU est revenue à la charge. Elle juge la pratique américaine inadmissible et cruelle. Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme appelle les États-Unis à la stopper immédiatement et à ratifier la convention relative aux droits des enfants.

Qu’a trouvé à faire Donald Trump? Rédiger un «tweet» pour donner une leçon à la chancelière allemande Angela Merkel qui a, selon lui, mal géré la question migratoire. «Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l’immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin. La criminalité en Allemagne est très en hausse. Grosse erreur dans toute l’Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture.»

Une façon pour Trump de dire aux Américains et aux organisations civiles que l’approche de leur pays a peut-être des failles, mais qu’elle les préserve d’un plus grand fléau. Le président se demandait d’ailleurs lundi pourquoi personne ne dénonce les meurtres et les crimes commis par les «gangsters» qui entrent illégalement aux États-Unis. Il a pris soin également de préciser qu’il ne laissera pas son pays devenir un «camp pour migrants» et un «centre de rétention pour réfugiés».

Qui croit vraiment le président lorsqu’il se dit attristé par le sort réservé aux migrants et à leurs enfants? Il ne les voit pas, il est indifférent à ces migrants criminalisés et détenus dans des prisons, à leurs enfants de tous les âges placés dans des enclos grillagés, hébergés dans d’anciens Walmart, traumatisés d’être privés de leurs parents dans un pays inconnu.

Selon le procureur général Jeff Sessions, ce sont les parents qu’il faudrait blâmer. «Nous ne pouvons pas et n’allons pas encourager les gens à amener des enfants en leur donnant une vaste immunité face à nos lois». Quelle insensibilité et quelle démagogie.

Ce n’est pas un crime de fuir la violence, de préférer l’exil et de vouloir offrir un milieu de vie plus sécuritaire et plus harmonieux à ses enfants. Avoir du cœur et faire respecter ses lois et ses frontières n’est pas incompatible.

Opinions

Un assaut sans précédent sur la démocratie américaine

ANALYSE / Tous les politiciens sont reconnus pour mentir. Mais ils mentent généralement pour dissimuler temporairement des informations touchant leur réputation ou pour s’attribuer le mérite d’une politique dont ils ne sont pas responsables. Leurs mensonges peuvent servir parfois à faciliter l’adoption d’une législation particulière. Toutefois, leurs mensonges ne sont que des déviations momentanées et ne représentent qu’un bref séjour hors de la réalité.

George W. Bush et son conseiller, Karl Rove, étaient reconnus pour s’être créé un univers parallèle pour justifier la guerre en Irak, en allant jusqu’à affirmer que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive et qu’Al-Qaïda était de connivence avec les ennemis des États-Unis. Toutefois, Bush et Rove n’ont jamais construit systématiquement un monde imaginaire comme le fait Trump.

Le Washington Post tient depuis le début de la présidence Trump un répertoire des déclarations fausses ou trompeuses effectuées par le président. Au 1er mai 2018, soit après 466 jours, ce dernier avait passé le cap des 3000 fausses déclarations publiques, soit une moyenne de 6,5 par jour. Le New York Times tient un catalogue similaire et arrive à des résultats semblables. Plus encore, en mars et avril 2018, le nombre de fausses déclarations atteignait une moyenne de 9 par jour.

Ainsi, Trump est devenu un véritable Pinocchio national qui catalogue les fausses déclarations et zigzague dans ses changements de position sur une même question comme jamais un politicien ne l’a fait auparavant. Plus encore, il refuse de reconnaître ses mensonges et tergiversations.

Dans les 15 premiers mois de sa présidence, Trump a répété au moins trois fois 113 fausses déclarations. De même, il a 72 fois faussement affirmé avoir fait adopter la plus grande réduction d’impôt de l’histoire américaine, alors que sa réduction ne se classe qu’au 8e rang. De même, il a déclaré faussement 41 fois que les démocrates ne se sont jamais préoccupés des enfants immigrants, programme auquel il a lui-même mis fin. Son déni constant de la réalité est à couper le souffle.

Trump ment tellement que les gens en arrivent à s’y habituer, alors que ses partisans s’en foutent tout simplement. Presque tout le monde se fait à l’idée qu’il ne faut pas prendre littéralement ses déclarations. Ce faisant, Trump a réussi le tour de force de redéfinir de nouvelles normes pour juger de l’exactitude ou de la véracité des déclarations politiciennes.

À partir de la couverte médiatique, on pourrait conclure que les faussetés véhiculées par Trump sont le résultat d’une vision floue et confuse d’une personne qui avait l’habitude d’animer une émission de téléréalité. En somme, les mensonges de Trump ne seraient que le résultat d’erreurs honnêtes. Penser ainsi est le comble de la naïveté.

En effet, Trump ne s’est pas construit un univers fantasmagorique basé sur le mensonge par accident. Cet univers n’est pas le résultat d’une approche malhonnête pathologique. Au contraire, l’approche de Trump repose sur une vaste stratégie politique découlant de sa vision de la démocratie.

D’ailleurs, trop d’observateurs font l’erreur de sous-estimer l’approche de Trump, y percevant simplement le résultat d’un politicien indiscipliné et incohérent. En inondant les médias d’un « flot ininterrompu de mensonges surréalistes » et d’informations inexactes, il sape délibérément la perception que les gens ont de la vérité. Ces derniers ne savent plus quoi penser réellement. Lorsque les fausses nouvelles deviennent omniprésentes, toute nouvelle devient suspecte.

La construction de l’univers politique alternatif proposé par Trump demande beaucoup de discipline. Son approche repose sur la multiplication de petits mensonges qui s’ajoutent à des mensonges plus grands. Une telle approche demande beaucoup de volonté et une cohérence interne pour que les mensonges se renforcent mutuellement.

La vision politique de Trump repose sur la conception qu’il n’existe pas de vraie liberté dans le monde, que le paradigme démocratique n’est qu’un leurre, que toutes les démocraties ne sont que des démocraties dirigées. En conséquence, la clé du succès en politique consiste à influencer les gens en leur donnant l’illusion qu’ils sont libres et que tous les problèmes actuels découlent du fait qu’ils sont mal gérés.

Avec ses mensonges, Trump poursuit un but. Sa stratégie repose sur une logique interne. Il veut remodeler la réalité selon l’univers qu’il a créé. Le but ultime des mensonges de Trump est de saper la démocratie américaine. En ce sens, Trump parle le même langage que les dictateurs. Il est donc logique qu’il ait recours à la même rhétorique populiste.

La base de tout système démocratique repose sur l’atteinte d’un consensus comme moyen de résoudre les différends. Mais pour ce faire, il faut que les acteurs s’entendent sur les termes, acceptent un ensemble commun de faits et de prémisses et respectent certaines règles de base. Sans un minimum de consensus, le fonctionnement de toute société démocratique est rendu impossible.

C’est d’ailleurs ce cri du cœur qu’a lancé Rex Tillerson, ancien secrétaire d’État de l’administration Trump, en mai dernier, dans une allocution devant les cadets de l’Institut militaire de Virginie. Pour Tillerson, le respect de la vérité est primordial pour la survie de la démocratie américaine.

« Si nos dirigeants cherchent à dissimuler la vérité, ou si nous acceptons des réalités alternatives qui ne reposent plus sur des faits, nous, en tant que citoyens américains, sommes sur la voie de renoncer à notre liberté. »

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Point de vue

L’importance du secteur des grains dans l'économie

En vue de la prochaine élection, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) demandent à tous les partis politiques de prendre des engagements clairs afin d’assurer la pleine participation de leur secteur à la vitalité économique du Québec et de ses régions. Une importante délégation de producteurs de l’ensemble du Québec était d’ailleurs présente à l’Assemblée nationale, à l’occasion du dévoilement de nos attentes.

Les Producteurs de grains du Québec représentent quelque 11 000 productrices et producteurs présents dans toutes les régions du Québec. Ils cultivent plus d’un million d’hectares de terre, pour un chiffre d’affaires annuel de 1,3 milliard $. Les producteurs québécois produisent et commercialisent principalement des grains de céréales (maïs, blé, orge, avoine) et d’oléagineux (soya, canola). La production et la transformation de grains représentent ensemble plus de 20 000 emplois.

L’essentiel de nos revendications passe par la reconnaissance que la production de grains est un secteur majeur du tissu économique québécois. C’est un secteur innovant, fort en investissements et qui exporte une portion importante de sa production, sans oublier son grand potentiel de croissance sur le marché local québécois. C’est aussi un secteur qui fait des efforts importants pour réduire son impact environnemental. Plus important encore, de par son rôle stratégique auprès des autres productions agricoles, c’est le secteur qui est à la source de toute l’agriculture québécoise.

De façon détaillée, les Producteurs de grains du Québec demandent donc à tous les partis politiques de s’engager à réaliser les actions suivantes au cours du prochain mandat :

1. Améliorer les programmes de sécurité du revenu, notamment en matière de protection financière contre les cycles prolongés de bas prix du grain;

2. Récupérer un montant équivalent au solde de 38 millions $ du Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) pour l’amélioration de la productivité du secteur des grains;

3. Bonifier les programmes de soutien en agroenvironnement, notamment par la mise en place de mesures d’atténuation des impacts négatifs de la nouvelle réglementation sur les pesticides et de mécanismes de rétribution des investissements réalisés par les producteurs pour s’adapter aux exigences environnementales;

4. Poursuivre la recherche structurée sur les besoins de traitement des semences, notamment par la mise en place d’une nouvelle étude québécoise élargie sur l’impact agronomique des semences traitées aux insecticides;

5. Reconnaître les impacts économiques importants des mesures restrictives à la culture des bandes riveraines et favoriser la mise en place d’une compensation adéquate;

6. Mettre en place des mesures de compensation de l’asymétrie des normes et programmes qui défavorisent la production québécoise, que ce soit face aux autres secteurs économiques québécois (ex: taxe carbone) ou face à la concurrence étrangère (ex: soutien du revenu);

7. Assurer la poursuite du groupe de travail sur la fiscalité agricole et s’engager à mettre ses recommandations en œuvre afin de limiter le choc foncier que vivent les producteurs;

8. Mettre en place un groupe de travail sur la compétitivité du secteur des grains assurant la participation des autorités politiques et mandaté pour formuler des recommandations au gouvernement.

Au cours des prochains mois, les Producteurs de grains du Québec seront particulièrement actifs afin d’obtenir des engagements favorables au secteur des grains, que ce soit par des interventions publiques ou par des discussions avec les principaux partis. Notre action se fera sentir autant sur le plan québécois que sur le plan local. Notre objectif est de faire en sorte que le prochain gouvernement et les 125 futurs députés de l’Assemblée nationale tiennent compte de notre réalité dans leurs futures décisions.

Christian Overbeek, président, Producteurs de grains du Québec

Point de vue

La bibliothèque publique comme troisième lieu: vers la démocratisation de la culture?

Bienvenue dans le troisième lieu : après la maison et le bureau, la bibliothèque publique se veut la destination quotidienne des citoyens et des citoyennes. L’objectif de cette vision de la bibliothèque du XXIe siècle? Démocratiser la culture en attirant de nouveaux usagers, quel que soit le milieu social dont ils sont issus, leur degré d’éducation, leur origine ou leur âge; l’intention est noble, mais les efforts des gestionnaires de bibliothèques portent-ils les fruits espérés?

Pas de doute : une véritable révolution est en train d’avoir lieu dans le monde des bibliothèques. La vague du numérique déferle à vitesse grand V sur ces institutions qui hier encore étaient des milieux traditionnels, réservés à l’étude, et où régnaient silence et poussière. En outre, la bibliothèque comme troisième lieu propose une multitude de services qui auparavant étaient réservés aux centres communautaires, aux centres de loisirs, aux cinémas, et j’en passe. En effet, la bibliothèque d’aujourd’hui offre non seulement des conférences et des clubs de lecture, mais aussi des jeux vidéo, des podomètres, des ateliers de cuisine; elle organise des ateliers de discussions, des activités pour les tout-petits, des fêtes et des spectacles, etc. Cette révolution présente des avantages indéniables comme attirer les jeunes, briser l’image austère de la bibliothèque, offrir un lieu de rencontre et de divertissement aux gens vulnérables à la pauvreté et à l’isolement, proposer aux enfants des activités stimulantes, inviter les usagers à s’initier aux nouvelles technologies, et tout cela contribue certainement à la vitalité d’une ville et d’un quartier. Mais… et la lecture, dans tout ça? 

Les bibliothécaires parlent d’un espace qui ne discrimine aucune forme de culture et qui rejoint toutes les catégories sociales, ce qui représente bien sûr un argument de taille. Le lieu symbolique de la connaissance (et d’une forme d’élitisme, dans l’esprit de certains) intimidait les gens moins éduqués? Il repoussait les jeunes en quête d’action, de nouveautés technologiques, de divertissement? Qu’à cela ne tienne! La bibliothèque va s’adapter aux besoins de toute la population, y compris aux citoyens qui ne lisent pas, et faire peau neuve afin d’être plus glamour. De cadrer dans la civilisation du spectacle où souffle le vent du numérique, quoi! Une fois dans l’enceinte des bibliothèques, les nouveaux usagers auront l’occasion de s’initier au plaisir de la lecture et d’en tirer toutes les richesses auxquelles, auparavant, ils n’avaient pas accès. Le raisonnement n’est pas bête. Mais, comme tout grand changement, celui-ci entraîne son lot de conséquences plus ou moins heureuses et donne lieu à une réflexion critique sur le statut des bibliothèques publiques, et surtout sur leur mission. 

Comme je travaille pour le réseau des bibliothèques de Québec, gérées par l’Institut canadien de Québec (un OBNL fondé en 1848), je décrirai à présent la réalité de ces établissements en particulier. L’organisme décrit sa mission dans ces mots : «Promouvoir et rendre accessibles le savoir et la culture en offrant des services de bibliothèque, de médiation et de diffusion culturelle et littéraire.» Parmi ses champs d’intervention, l’ICQ cite : «la promotion de la lecture et de l’écriture; la sensibilisation à la culture et plus particulièrement à la littérature; la production et la diffusion d’activités littéraires». Il va sans dire que l’ICQ intervient dans ces champs (prenons par exemple la superbe Maison de la littérature, qui contribue grandement à la vitalité de la littérature et de la culture à Québec). On peut toutefois se demander si la philosophie du troisième lieu atteint vraiment sa cible, soit de démocratiser la culture (d’ailleurs, de quelle culture parle-t-on?). 

Si l’on se fie aux statistiques des dernières années, il semblerait que les chiffres parlent en faveur du de cette philosophie. En effet, le nombre d’usagers et de prêts de documents va croissant. Mais les chiffres ne révèlent jamais la complexité d’une réalité, et certains phénomènes (qui ont pour témoins privilégiés les employés sur le terrain) passent sous silence. La limite de prêts étant maintenant de trente livres par carte de bibliothèque, il va de soi que le nombre de prêts augmente (les jeunes parents, en particulier, empruntent à chaque visite une pile de livres pour leurs enfants). On ne peut que se réjouir qu’ils y trouvent leur compte et fréquentent assidument la bibliothèque, de même que les enfants qui viennent jouer à l’ordinateur ou aux consoles de Wii. Cependant, les usagers qui fréquentaient les bibliothèques traditionnelles (les amoureux de la lecture, les gens en quête d’un peu de calme, les aîné.es qui venaient discuter avec les commis et leur demander conseil, les étudiants), tous ces gens ne reconnaîtront bientôt plus le lieu de culture propice au travail, ou simplement à la lecture, qu’ils aimaient fréquenter. L’exode de ces lecteurs a déjà commencé… ne restera-t-il que la bibliothèque de l’Université Laval pour ceux qui désirent lire ou travailler en paix? C’est une question que soulèvent bon nombre d’utilisateurs des services des bibliothèques de Québec. Des parents s’inquiètent aussi des innombrables sources de distraction (en tête de liste : la présence de jeux vidéo dans le secteur jeunesse de plusieurs bibliothèques) qui empêchent leurs enfants d’avoir un véritable contact avec les livres et de développer leur intérêt pour la lecture. 

Du côté des commis, la philosophie du troisième lieu ne fait pas l’unanimité, et les nouvelles règles de la bibliothèque sont parfois très difficiles à appliquer, puisqu’elles jouent constamment sur l’entre-deux : on peut désormais manger et boire à la bibliothèque, mais en respectant certaines conditions (qu’il faut évaluer et expliquer aux usagers en se fiant à son «gros bon sens», qui n’est pas le même pour tout le monde); on peut jouer à des jeux vidéo — avec image… et son! — mais pas parler au téléphone, ce que d’aucuns ne comprennent plus, puisqu’il y a tant de vie et de bruit dans les bibliothèques ; on peut participer à des ateliers de discussion, tricoter et boire un thé, aller à une fête où musique et buffet sont au programme… Tout est mis en œuvre pour diversifier l’offre des bibliothèques publiques. Ce faisant, on a l’impression que celle d’avant — l’emprunt de livres, la lecture — n’était pas suffisamment intéressante. Comment peut-on, dans ces conditions, valoriser la lecture et la littérature, si l’on met en avant plan toutes sortes d’autres activités qui sont certes culturelles, mais qui relèvent souvent d’une autre forme de culture : culture du divertissement, du spectacle, de la vitesse et du bruit, culture qui veut rassembler, démocratiser, alphabétiser, mais qui pousse les usagers à devenir de plus en plus autonomes (en utilisant les bornes d’autoprêts, en faisant de la recherche et des renouvellements en ligne) et, ce faisant… seuls. Les aîné.es sont les premiers usagers bousculés par ces brusques changements. Pour une poignée d’entre eux qui désirent se plonger dans les nouvelles technologies, la plupart désirent seulement l’aide des commis pour leurs recherches. Une foule de ressources numériques sont mises à la disposition des usagers, ce qui est nécessaire et admirable — on ne peut pas résister à la vague déferlante du numérique — mais qu’en est-il de cette mission essentielle des bibliothèques publiques, que nulle autre institution ne peut assumer aussi démocratiquement : «la promotion de la lecture et de l’écriture ; la sensibilisation à la culture et plus particulièrement à la littérature»? Cette mission ne peut se réaliser que si l’on préserve certaines valeurs sans lesquelles se serait déjà effondré l’édifice du savoir et la richesse de notre littérature, soit le respect d’un calme aussi nécessaire que l’animation, un certain goût pour la lenteur, un amour de la lecture… pour ce qu’elle est, tout simplement.

Ma défense des anciennes valeurs des bibliothèques fait-elle de moi une réfractaire au changement? Je ne le pense pas, car je crois nécessaires la plupart des changements qui ont cours en ce moment dans le merveilleux monde des bibliothèques. J’envisage cependant la critique de la philosophie du troisième lieu et la prévention de ses possibles dérives comme des alliées d’une révolution positive. Si l’on défend vraiment la démocratisation de la lecture, de la culture et du savoir, alors il faut valoriser ce qu’on trouve dans le geste de lire ou d’écrire, c’est-à-dire ce qui crée une réelle différence dans la vie d’un lecteur, à savoir : un regard neuf, qu’on ne saurait jeter sur le monde en consommant uniquement des produits culturels déjà accessibles à tous dans les deux lieux qui précèdent la bibliothèque. 

Marie-Laurence Trépanier, Québec

Point de vue

Loi sur l’aide médicale à mourir: déjà deux ans!

En ce 17 juin 2018, il est bon de souligner cet anniversaire. Il y a deux ans, l’aide médicale à mourir est devenue légalement au Canada un soin de fin de vie. Ce nouveau soin s’inscrit ainsi dans l’univers des soins de fin de vie.

Durant ces deux années, environ un demi-million de personnes canadiennes ont terminé leur vie. Dans ce nombre, quelques milliers de personnes ont choisi une fin de vie par aide médicale à mourir (AMM), répondant ainsi à un réel besoin non comblé. Les témoignages des proches et des soignants sont nombreux et positifs. Deux grandes découvertes : la remarquable sérénité des personnes terminant leur vie avec AMM; certaines font de leur fin de vie de grands moments de création, honorant ainsi leur continuité.

Comment ne pas souligner le travail généreux et audacieux des médecins, souvent œuvrant déjà en soins palliatifs, qui ont choisi d’inclure l’AMM dans leurs soins de fin de vie. À deux reprises, au Canada, ces médecins se sont rencontrés pour faire le point et pour proposer des bonifications à cette pratique nouvelle. (lire sur MAID / CAMAP) Aussi, en mars dernier, le Collège des médecins du Québec a rassemblé 150 médecins québécois concernés pour faire le point sur l’AMM au Québec. Ce furent des moments de partage, de mises au point, d’identification d’amendements possibles à nos lois. Bien sûr que le jugement unanime de la Cour suprême du Canada/Arrêt Carter/février 2015 habitait et inspirait ces médecins, et à raison.

Ce qui rend difficile, parfois même très difficile, l’intégration de ce nouveau soin dans l’univers des autres soins de fin de vie, c’est le flou juridique entre les lois québécoise et fédérale qui persiste; ce flou déstabilise, insécurise, décourage. Nos médecins et nos autres professionnels de la santé et des services sociaux ainsi que nos établissements de soins méritent tellement mieux et au plus tôt. Nos gouvernements doivent prendre davantage soin de ces professionnels et de ces établissements. Ainsi soutenus, ils prendront mieux soin des finissants de la vie et de leurs proches, et tout cela en sécurité et en sérénité.

En ce deuxième anniversaire de notre loi, comment ne pas interpeller le premier ministre Trudeau et son gouvernement? Comment ne pas les inviter, avant la fin de cette session, à demander à la CSC son avis sur la Loi C-14 sur l’aide médicale à mourir? Une telle demande susciterait une réponse rapide de la Cour suprême. En découleraient une clarté juridique suffisante et satisfaisante ainsi qu’une sécurité et une sérénité cliniques et institutionnelles tant espérées. Ainsi disparaîtrait enfin toute discrimination à l’égard des personnes rendues à la fin de leur vie.

En ce deuxième anniversaire de la Loi sur l’aide médicale à mourir, place à plus de compassion!

Yvon Bureau, Québec

Point de vue

Les pères, des parents à part entière

La norme sociale a beaucoup évolué à ce sujet au cours des dernières décennies, au Québec. La coparentalité et la parentalité égalitaire sont de plus en plus valorisées. Les acteurs qui soutiennent les familles sont de plus en plus conscients de l’importance des pères dans le développement de leurs enfants. Et nos politiques publiques commencent à s’adapter à cette nouvelle réalité.

Selon la théorie du point de bascule, il arrive un moment où les changements sociaux s’accélèrent et se produisent à une vitesse plus grande. Nous croyons aujourd’hui que nous sommes tout près de ce point de bascule en ce qui concerne la valorisation des pères dans la société québécoise.

C’est dans ce contexte que le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité a lancé, dans le cadre de la Semaine québécoise de la paternité 2018, qui se conclut dimanche avec la fête des Pères, un cahier de propositions pour faire face à cinq des principaux enjeux qui limitent la capacité des pères à vivre une expérience parentale pleinement satisfaisante. Ces propositions, si elles étaient adoptées, permettraient de faire du Québec un des endroits au monde où les pères seraient le mieux reconnus.

1. La préparation à la paternité

Les pères ne portent pas les enfants, n’accouchent pas et n’allaitent pas. Leur vécu en période de grossesse est donc différent de celui des mères biologiques. Le RVP demande de revoir le contenu des rencontres prénatales afin d’y intégrer des éléments qui soutiennent la préparation à la parentalité des mères et des pères, et d’intégrer pleinement les pères dans les services de périnatalité (pré et postnatal) communautaires et du réseau de la santé et des services sociaux de manière à préparer pleinement les pères à devenir parents.

2. Le Régime québécois d’assurance parentale

Le RVP demande au Gouvernement du Québec d’actualiser le Régime québécois d’assurance parentale afin de permettre aux pères d’être plus présents auprès de leurs jeunes enfants. Pour ce faire nous proposons, entre autres, d’allonger à huit semaines le congé parental réservé aux pères, de permettre la prise du congé parental par les mères et les pères sur une période de deux ans et, mesure totalement innovatrice, de tenir compte du revenu familial dans le calcul des prestations de manière à encourager la prise du congé parental par les deux conjoints, et ce, même lorsqu’un écart de revenus important existe entre eux.

3. La conciliation famille-travail

Malgré l’évolution rapide des milieux de travail ces dernières années, il demeure difficile pour de nombreux pères d’utiliser les mesures qui sont mises à leur disposition sans subir de jugement, et cela, particulièrement dans les milieux majoritairement masculins. Le RVP recommande de mettre en place une campagne sociétale de promotion de la parentalité égalitaire visant les employeurs et les travailleurs, d’accompagner les entreprises dans l’adoption des meilleures pratiques en matière de conciliation famille-travail et d’augmenter à cinq le nombre de congés payés pour obligations familiales prévu dans la Loi sur les normes du travail. Enfin, nous demandons de modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour que le Québec ne soit plus la seule province au Canada à ne pas considérer la «situation familiale» comme motif de discrimination prohibé par la loi.

4. L’adaptation des services aux familles et aux réalités paternelles

Les services aux familles, qu’il s’agisse de ceux offerts dans le réseau de la santé et des services sociaux, dans le réseau de l’éducation ou dans le secteur de la famille, relèvent d’une culture institutionnelle qui, encore trop souvent, considère la mère comme le «parent principal» et le père comme «l’autre parent». Nous croyons que les mesures à mettre en place pour adapter les services aux réalités paternelles sont plutôt simples. Elles relèvent de la volonté politique et administrative pour soutenir l’adaptation des pratiques de différents milieux et pour consolider les services des organismes communautaires travaillant auprès des pères, notamment pour l’hébergement des pères en difficulté et de leurs enfants.

5. La mise à jour du Droit de la Famille

Le lien père-enfant peut être fragilisé à la suite d’une séparation. Dans le meilleur intérêt de l’enfant et dans le respect des droits de la conjointe ou du conjoint, il faut identifier les obstacles à l’engagement paternel au cours de cette période et mettre en place des mesures pour faciliter l’accès de l’enfant à son père, lorsque cela est possible. Le Droit de la famille doit aussi s’adapter aux nouvelles réalités familiales et reconnaître, par exemple, l’importance que peut jouer un beau-père dans le développement d’un enfant.

Au moment où s’amorce une campagne électorale unique au cours de laquelle tous les partis politiques ont annoncé vouloir faire de la famille une priorité, au moment également où on annonce de nouvelles mesures sur les services de garde, la maternelle 4 ans, la conciliation famille-travail et au moment aussi où les pères veulent s’impliquer plus que jamais auparavant, le contexte n’a jamais été aussi favorable à ce que nous puissions créer les conditions pour que les pères deviennent vraiment… des parents à part entière.

Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la Valorisation de la Paternité

Opinions

L’inclusion : une solution à la pénurie de main-d’œuvre

En observant les plus récentes données sur le taux de chômage de Statistique Canada (5,3 % au Québec pour mai), il me semble que l’inclusion n’est pas qu’une question de performance, mais une véritable solution à la pénurie de main-d’œuvre qui nous menace. Des contrats refusés, la multiplication des heures supplémentaires ou encore le prolongement des délais de livraison sont autant d’opportunités ratées.

Récemment, Deloitte démontrait que les entreprises inclusives ont un meilleur rendement économique et sont plus performantes. Dans un contexte où l’emploi et le taux de chômage sont ce qu’ils sont, elles pourraient l’être encore plus. Dans plusieurs régions et secteurs spécialisés, la rareté de la main-d’œuvre est un véritable frein à la vitalité économique.

Opinions

Il faut des garanties

ÉDITORIAL / Les Sherbrookois peuvent être fiers de la qualité de leur eau potable, qui serait la deuxième meilleure en Amérique du Nord selon l’American Water Works Association.

Toutefois, leur source d’approvisionnement, le lac Memphrémagog, est potentiellement menacée par la présence à son extrémité sud (à Coventry au Vermont) du lieu d’enfouissement de Casella Waste Systems, qui projette un nouvel agrandissement.

Éditorial

Clique et éthique

ÉDITORIAL / Est-ce vraiment parce qu’ils sont épris de justice ou parce qu’ils craignent le député Pierre Paradis que les libéraux ont voté contre le rapport de la commissaire à l’éthique et à la déontologie imposant au député de Brome-Missisquoi une pénalité de 25 000 $ pour avoir utilisé son allocation de logement au profit de sa fille et de son gendre?

«La clique avant l’éthique». «L’éthique à la carte». «Absence de boussole éthique». Les adversaires politiques utiliseront abondamment ces formules d’ici le 1er octobre. Avec raison. Ce n’est guère rassurant de voir qu’un gouvernement peut repousser du revers de la main un rapport d’enquête et mettre à mal une institution dirigée par une personne nommée par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

Il faut avoir de bonnes raisons pour accepter de traîner un tel boulet en campagne électorale et s’opposer à la commissaire à une période où la population est fort sensible aux questions éthiques et au bon usage des fonds publics.

Le premier ministre Couillard et le leader parlementaire Jean-Marc Fournier plaident qu’approuver le rapport de Me Ariane Mignolet aurait pu entraîner une injustice pour le député Paradis. Ils rejoignent celui-ci dans sa défense. «Il y aurait une profonde injustice à ce que M. Paradis soit le seul député qui fasse les frais d’une réforme discrétionnaire, de nature révisionniste et à portée rétroactive, de la part de la commissaire quant à son allocation de logement».

Le prix pour éviter une injustice à M. Paradis, député depuis 1980, risque d’être élevé pour le Parti libéral. MM. Couillard et Fournier ont beau dire qu’ils votent contre un rapport et son contenu et non contre la commissaire et l’institution, ce n’est pas ce que retiendront bon nombre de citoyens.

Ils retiendront plutôt que les libéraux ont demandé un avis juridique externe — du jamais vu —, qu’ils n’ont formulé aucune demande d’éclaircissement ou de précision à la commissaire, que majoritaires, ils ont voté contre la recommandation de sanction et que le député peut conserver les 25 000 $ que la commissaire réclamait.

Certains constateront de plus que les élus se gargarisent du mot éthique, à condition qu’aucune sanction n’accompagne les écarts et les manquements. Mme Mignolet note d’ailleurs que le processus d’enquête et l’intégrité du commissaire ont été mis en cause dans les deux cas où des enquêtes ont mené à des recommandations de sanction.

Pourquoi le gouvernement Couillard prête-t-il ainsi le flanc à la critique à quelques mois du scrutin?

Certes, les parlementaires doivent apprivoiser le code de conduite mis en place il y a huit ans. La commissaire doit également apprivoiser son rôle et les parlementaires doivent accepter que son style soit différent de celui de son prédécesseur. La commissaire invite le bureau de l’Assemblée nationale à arrimer ses règles au code d’éthique et de déontologie. Les élus ont le devoir de le faire sans fragiliser une institution.

«Donc, il vaut mieux mettre à mal une institution importante pour notre démocratie que de se mettre à dos le député de Brome-Missisquoi, et qui sait ce qu’il pourrait nous raconter», a lancé jeudi le député péquiste Pascal Bérubé.

Dans sa réplique à la commissaire, Pierre Paradis note que «ceci n’est pas, malgré ce qu’on veut faire croire, qu’une simple histoire de logement». Il réclame une enquête pour déterminer si son rôle en tant que ministre de l’Agriculture a pu être compromis de mauvaise foi et si son exclusion du cabinet a pu servir des fins politiques. Il se dissocie aussi du leadership actuel du Parti libéral.

L’équipe de Philippe Couillard doit espérer qu’après avoir rejeté le rapport de la commissaire et lui avoir évité de débourser 25 000 $, M. Paradis sera bien tranquille et bien discret.