Opinions

Un plan stratégique pour les sports

Mesdames, messieurs les candidats à la mairie,

Les élections municipales permettent autant aux candidats qu’aux différents groupes de la société civile de faire connaître leurs positions sur différents sujets. C’est à titre de présidents de clubs sportifs que nous nous faisons, après en avoir discuté avec des représentants d’autres sports, les porte-paroles de notre communauté. Rappelons tout d’abord que le sport organisé sherbrookois compte au-delà de 7500 membres dont 75 % se situent dans les sphères initiation et récréation, le quart restant se retrouve dans la compétition et l’excellence. Le sport organisé touche, d’après une estimation du Comité olympique canadien, près d’un tiers de la population. De plus, une étude réalisée en 2007 par Tourisme Sherbrooke évaluait l’impact événementiel du sport organisé sherbrookois à plus de 22 millions de dollars, 125 emplois à temps plein et près de 1000 à temps partiel, occasionnel ou saisonnier en plus de compter sur 150 000 heures de bénévolat. Bien que cette étude ne porte que sur une fraction du secteur du sport et de l’activité physique sherbrookois, on réalise quel point les impacts économiques et sociaux sont importants et cependant sous-estimés. Malgré cela, tout ce dont certains candidats ont parlé jusqu’à maintenant porte sur le déplacement actif. On est encore loin de la coupe aux lèvres. Nous cherchons donc à connaître les intentions des candidats par leurs réponses aux questions suivantes.

On reconnaît que la Ville fait déjà beaucoup du point de vue de l’intendance, mais il me semble qu’elle pourrait avoir encore beaucoup plus d’impacts si elle ne naviguait pas à vue. Il faudrait tout d’abord avoir un portrait clair de la situation du sport et de l’activité physique à Sherbrooke en refaisant une étude complète d’impacts économiques et sociaux du sport et de l’activité physique. Quels sont les bons coups et les défis? Les clubs et organisations font tous face aux mêmes défis, le financement, la difficulté de recruter de bénévoles, les ressources humaines, la gouvernance et bien d’autres? Que peut faire la Ville pour nous aider? Quelles sont les meilleures pratiques dont nous pouvons nous inspirer? Comment peut-on faciliter l’accès aux installations sportives de la Ville et de ses partenaires afin qu’un plus grand nombre de Sherbrookois soient actifs? Première question : convoquerez-vous les premières assises du sport et de l’activité physique de Sherbrooke en y invitant tous les partenaires, dont les clubs, les institutions scolaires et la santé publique?

Le sport et l’activité physique sont des composantes essentielles au développement et à la santé des individus, particulièrement auprès des jeunes afin qu’ils puissent acquérir de saines habitudes de vies. La Ville l’a reconnu en publiant en 2004 sa Politique du sport et de l’activité physique. Beaucoup de changements ont été observés depuis, le temps-écran, la sédentarité, l’obésité ont tous augmenté. Les besoins des organisations sportives aussi. De plus, il est difficile de lier les décisions politiques de la Ville avec sa propre politique, déplacement actif excepté. Sherbrooke ferait figure de proue si elle associait sa politique avec le plan de développement à long terme de l’athlète qui couvre toutes les approches du sport et de l’activité physique. Deuxième question : à la suite des assises du sport et de l’activité physique, mettrez-vous à jour, durant votre mandat, la Politique du sport et de l’activité physique?

De nombreuses villes canadiennes ont amorcé une réflexion sur leur stratégie sportive et plusieurs ont même déjà rendu public leur plan stratégique. Pas besoin d’être une métropole pour avoir des idées et de l’ambition. (...) Sherbrooke doit trouver sa niche en se dotant d’une stratégie à moyen et long terme. Troisième question : réaliserez-vous un plan stratégique qui définira les priorités et objectifs ainsi que les plans d’action qui guideront la participation de la Ville à la programmation sportive pour les cinq prochaines années?

Les organisations et clubs de sports organisés sont la clé de voûte du développement de la persévérance et de l’épanouissement de jeunes actifs. La survie des organisations sportives passe en grande partie par leur aspect récréatif. Ce ne sont pas tous les jeunes qui désirent faire de la compétition. Cependant, les clubs sont tout de même à l’affût de talent exceptionnel tel Kim Boutin en patinage de vitesse courte piste. Les clubs sportifs fonctionnent grâce à des personnes dévouées, souvent bénévoles, possèdent peu de budgets et dépendent presque exclusivement sur des installations sportives de tiers partenaires. Dans plusieurs cas, ces installations sont inadéquates, non sécuritaires ou simplement les plages horaires conviennent peu ou pas au développement des athlètes et des clubs. Même que certaines institutions scolaires commencent à manquer d’espace pour leurs propres équipes. Dernière question : créerez-vous et inclurez-vous dans vos budgets un plan d’immobilisation de modernisation et de création d’installations sportives? (...)

Frank Meunier, Club d’escrime Sher Lames
Benoît Foisy, Club de natation de Sherbrooke
Jean Desrosiers, Hockey Sherbrooke
Et 12 autres signataires

Opinions

Au bout du rouleau

ÉDITORIAL / Les syndicats et les travailleurs de la santé le disent depuis longtemps : les conditions de travail se détériorent, le personnel est sur les talons et le nombre de congés de maladie pour des problèmes psychologiques monte en flèche.

Résultat : un coût de plus en plus élevé pour le réseau comme le démontrent les chiffres dévoilés jeudi par le conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le système semble pris dans une spirale sans fin.

Car plus il y a d’employés en congé de maladie et plus ceux et celles qui demeurent en poste se retrouvent en surcharge de travail afin d’assurer le niveau de service, ce qui coûte une petite fortune en heures supplémentaires et ouvre la porte à l’épuisement professionnel, donc à davantage d’absences.

À l’heure actuelle, selon les données du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, 1500 employés sur un total de 17 000, soit 9 pour cent, sont en congé de maladie, dont la moitié en raison de problèmes psychologiques.

Et cela a un coût : sur le déficit de 17 millions $ (sur un budget de 1,4 milliard $) enregistré pour les six derniers mois au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, 3,3 millions $ sont liés aux absences pour maladie et à l’assurance salaire, 6 millions $ ont été versés en heures supplémentaires et en primes et 1,5 million $ ont servi à l’embauche de ressources d’appoint.

Jusqu’où cela va-t-il aller?

En juillet dernier, le Journal de Montréal révélait que le nombre de congés de maladie avait explosé depuis cinq ans dans le réseau québécois de la santé.

En Estrie, la hausse aurait été de 47 pour cent entre 2012 et 2017 chez les employés et de 129 pour cent chez les cadres.

La situation est évidemment prise au sérieux par les directions du réseau, bien que le ministère de la Santé ne semble guère s’en préoccuper.

Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, les gestionnaires vont tenter d’être plus présents sur le terrain pour identifier les causes qui mènent à autant de congés de maladie.

Toutefois, le problème apparaît plus global, structurel, du moins si on se fie au dire de nombreux acteurs du système.

La réforme du système de santé mise en place par le ministre Gaétan Barrette a entraîné d’énormes changements pour les employés et le personnel-cadre des hôpitaux et CHSLD.

Nombreux sont ceux qui dénoncent un haut niveau de désorganisation et une surcharge de travail en raison du manque de main-d’oeuvre et de l’alourdissement de la clientèle.

En Estrie, les effets de la fusion de 14 établissements de santé, les regroupements de services et la réduction du nombre d’employés-cadres, en 2015, n’ont visiblement pas fini de faire sentir leurs effets.

L’an dernier, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux avait lancé un cri d’alarme affirmant que la détresse psychologique et la désorganisation avaient atteint un niveau jamais vu dans le réseau québécois.

La situation est la même chez le personnel infirmier et les préposés aux bénéficiaires contraints de faire des heures supplémentaires pour pallier le manque de main-d’oeuvre et les absences, un problème dénoncé par la CSN, qui demande de « lever le pied sur la réforme ».

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les problèmes de santé mentale sont maintenant l’une des principales causes de l’absentéisme au travail.

En plus d’avoir un coût pour les organisations, comme en témoigne le déficit du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, l’absentéisme engendre des problèmes de productivité qui peuvent, on l’imagine, avoir un impact sur la qualité des services dans un secteur aussi pointu que la santé.

En outre, cela peut rendre les emplois en santé moins attrayants.

Au train où vont les choses, le ministre Barrette ne peut continuer à faire la sourde oreille.

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La sexualité à l’école, il faut bien en parler (bis)

ANALYSE / Il y a trois ans, je publiais dans ces pages un texte en faveur d’une éducation à la sexualité, dans nos écoles primaires et secondaires, à la hauteur de nos attentes. Depuis ce temps, il y a eu un projet-pilote, mais aujourd’hui, moins de 10 % des écoles offrent une quelconque forme d’éducation à la sexualité. Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a néanmoins réagi cette semaine, évidemment à cause de l’actualité, se questionnant sur la possibilité d’étendre cette formation. En ce sens, et aussi en réaction à l’actualité, je me permets de proposer à nouveau le texte que j’avais écrit à l’époque. Outre ce paragraphe d’introduction et une édition du texte pour répondre à des exigences d’espace, celui-ci demeure foncièrement inchangé. De fait, il est encore d’actualité, malheureusement...

De façon générale, la population est d’accord que l’on propose aux jeunes une certaine forme d’éducation sexuelle, elle qui a disparu avec les cours de Formation personnelle et sociale (FPS) lors de la Réforme de l’éducation, il y a maintenant plus d’une décennie. Il y avait à l’époque un désir que ce sujet continue à être traité d’une manière ou d’une autre, mais force est de constater que le projet a globalement avorté. Un problème rencontré fut celui de la non-qualification de la grande majorité du personnel enseignant pour discuter de sexualité. Non, ce n’est pas parce que nous conduisons une voiture que cela fait de nous des mécaniciens. [...] En ce sens, il est clair que des rencontres ponctuelles éventuellement mises sur pied pour traiter de sexualité devront être animées par des individus compétents en la matière, capables d’adapter le message en fonction du public cible et surtout aptes à dynamiser les rencontres pour intéresser les jeunes et faire en sorte que ces derniers reçoivent des réponses à leurs propres préoccupations. Soulignons qu’un tel cours, bien monté, aborderait toute la question des relations interpersonnelles, du respect, des minorités et des différences, d’être à l’écoute de son corps, des formes de violences sexuelles, etc.

S’il y a une chose que les plus récents événements et le mouvement #AgressionNonDénoncée/#BeenRapedNotReported [et #MoiAussi/#MeToo cet automne] sur Twitter nous ont bien montré, c’est qu’il existe toujours dans notre société des sujets touchant la sexualité qui méritent une attention spéciale pour faire évoluer les mœurs. En tant que simple citoyen, il n’est pas inutile de questionner nos agirs et nos réflexions, par exemple envers la différence. Ou encore, il peut être approprié d’évaluer certains réflexes de réprimande et de condamnation plutôt conservateurs que nous avons encore parfois quand il est question de sexualité, surtout si cela concerne la jeunesse.

Tout cela pour dire que nous avons tous, collectivement, une part de responsabilité dans le rapport que nos jeunes entretiennent avec la sexualité. L’école doit et peut faire sa part, d’autant qu’elle a (normalement…) des ressources* à sa disposition pour remplir cette mission. Cependant, si nous envoyons constamment un double message à notre jeunesse, que la sexualité est taboue, voire sale, sauf à l’école, les effets de n’importe quelle éducation à la sexualité seront nécessairement limités. Il n’est pas question ici de tous se transformer en experts de la sexualité prêts à en parler ouvertement avec nos enfants ou ceux des voisins, il faut cependant laisser aux vrais experts en la matière toute la latitude de le faire, de façon juste et positive.

* Il faut souligner l’existence de nombreux livres écrits pour les enfants et les adolescents sur une panoplie de sujets liés à la sexualité (les préférences, les types de familles, etc.). Une simple recherche à la bibliothèque ou sur Internet sera rapidement fructueuse.

Vincent Beaucher est enseignant en éducation à l’Université de Sherbrooke et à Bishop’s

Opinions

L’avenir incertain du secrétaire d’État Rex Tillerson

ANALYSE / L’administration Trump connait depuis neuf mois un roulement de personnel inhabituellement élevé. Le nouveau président a dû successivement se séparer de son chef d’état-major, de son conseiller en sécurité nationale, de son secrétaire à la presse, de deux directeurs de communications, de son stratège en chef, d’un procureur général intérimaire, d’un directeur du FBI et du secrétaire de la Santé et des Services sociaux. Par ailleurs, Trump a refusé la démission de Jeff Sessions, procureur général. Ce roulement alarmant contribue à l’idée que l’administration Trump a sombré dans le chaos.

Entre-temps, c’est Rex Tillerson, secrétaire d’État, qui est maintenant sur la corde raide. Pourtant, Tillerson était considéré en janvier dernier comme le joyau de la couronne du cabinet de Trump. Ce dernier affirmait alors que Tillerson apportait des compétences uniques qui lui permettraient de stabiliser la diplomatie américaine. Qu’est-ce qui s’est passé pour que l’étoile du secrétaire d’État puisse pâlir autant?

Les tensions entre les deux hommes sont apparues rapidement, alors que l’approche diplomatique minutieuse du secrétaire d’État s’opposait à la diplomatie Twitter de Trump. De profonds différends devinrent particulièrement évidents durant l’été, alors que Tillerson s’opposa ouvertement à Trump sur les questions du Qatar, de l’Arabie saoudite, d’Israël, des Émirats arabes unis, de la Corée du Nord et du Venezuela.

Les pressions de Tillerson en juillet pour que le président certifie que l’Iran se conformait à l’accord nucléaire de 2015, rendirent Trump particulièrement furieux d’autant que presque tous les responsables de la sécurité nationale au sein de l’administration se rangèrent du côté du secrétaire d’État.

En août dernier, Tillerson a dénoncé à mots voilés le traitement que le président avait accordé à la violence raciale qui avait frappé Charlottesville et la sympathie qu’il avait affichée à l’égard des nationalistes blancs et des néonazis. Trump exprima alors sa colère d’être ainsi désavoué par son principal diplomate.

Après avoir blâmé Tillerson pour la gestion du dossier nord-coréen, Trump sapa les efforts diplomatiques de ce dernier pour résoudre la crise en « twittant » que le secrétaire d’État allait échouer et qu’il n’avait pas à gaspiller son temps à essayer de négocier avec le «Little Rocket Man».

Selon Nicholas Burns, ancien sous-secrétaire d’État sous George W. Bush, Tillerson a raison de se plaindre que ses efforts diplomatiques sont minés par le président. Les tweets de Trump, en entraînant la perception qu’il n’a pas la confiance de son président, représentent une répudiation directe de son travail.

Ne bénéficiant pas du soutien du président, Tillerson doit assumer un rôle très difficile en essayant de résoudre différents problèmes mondiaux. Il vit difficilement cette situation éprouvante, ce qui l’amène parfois à manifester ouvertement son irritation et sa frustration.

Lors d’une rencontre au Pentagone, le 20 juillet dernier, Tillerson a vivement réagi à une déclaration de Trump comparant le processus de décision pour changer un commandant en Afghanistan à la rénovation d’un restaurant de haut de gamme. En l’absence de Trump, Tillerson a alors décrit ce dernier comme un « crétin » caractérisant ainsi l’aspect stupide, vulgaire et insensible de sa remarque. Il a alors même pensé démissionner.

Le vice-président Mike Pence qui représente un socle pour Tillerson est intervenu personnellement pour empêcher la démission du secrétaire d’État. Dans une volonté manifeste d’aplanir les différends, Pence a calmé l’exaspération de Tillerson en lui donnant des conseils sur la meilleure façon de travailler avec l’administration pour atteindre les objectifs du président.

Lors d’une conférence de presse improvisée le 4 octobre, Tillerson a rejeté l’idée qu’il a songé à démissionner. Toutefois il n’a pas nié qu’il ait traité Trump de « crétin ». Pour sa part, tout en étant furieux contre Tillerson, Trump a réitéré sa confiance en son secrétaire d’État, caricaturant l’incident comme une « fausse nouvelle » inventée par les journalistes.

Après avoir qualifié Trump de « crétin », la question est de savoir si c’est Tillerson qui va partir ou s’il sera tout simplement congédié par Trump. Ce qui semble évident, c’est que le départ de Tillerson est imminent. Déjà des rumeurs circulent sur la nomination éventuelle de Nikki Haley, présentement ambassadrice américaine à l’ONU, pour remplacer Tillerson.

À plusieurs reprises, Tillerson a manifesté son désir de rester en poste pendant au moins un an, période représentant un délai psychologique pour partir dans la dignité. Reste à savoir s’il va pouvoir supporter encore longtemps l’irritation de son patron ou la frustration liée au chaos persistant au sein de l’administration.

Trump et Tillerson ont tous deux échoué à développer une relation étroite. Chaque semaine de nouveaux rapports émergent sur le niveau d’acrimonie existant entre les deux hommes. Le président ressent particulièrement les prises de positions divergentes que Tillerson prend par rapport à ses politiques.

Considéré habituellement comme un proche allié de Donald Trump, Bob Corker, sénateur républicain et président du puissant comité des Affaires étrangères, soutient Tillerson. Corker déclare que le secrétaire d’État représente une des trois personnes cherchant à mettre de l’ordre dans le chaos prévalant au sein de l’administration. Pour lui, le départ éventuel de Tillerson, en menaçant de perturber les intérêts américains à un moment où les États-Unis font face à de multiples défis, soulève d’importantes inquiétudes.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke

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Deux grandes visions

ÉDITORIAL / Les cinq candidats à la mairie de Sherbrooke n’ont pas tous la même vision au sujet du projet de quartier des affaires Well Inc., d’une desserte commerciale à l’aéroport régional et du transport durable, mais ils s’entendent presque tous sur une chose : les taxes municipales vont continuer d’augmenter au cours des prochaines années.

À l’exception du candidat indépendant Steve Lussier, qui propose un gel durant la première année de son mandat, ses adversaires estiment que le compte de taxes devra au moins suivre l’indice des prix à consommation l’an prochain et les années subséquentes. Mais tous appellent à un meilleur contrôle de dépenses.  

Les taxes municipales ont augmenté de façon importante depuis 2010 à Sherbrooke (8,4 pour cent durant le premier mandat du maire Bernard Sévigny et 9,9 pour cent durant le second) et il faut que ce rythme diminue : les Sherbrookois se demandent quand tout cela va arrêter et veulent un répit.

Les hausses de rémunération des employés municipaux et le renflouement des caisses de retraite, notamment, pèsent évidemment très lourd dans la facture refilée aux contribuables, mais il est difficile de comprendre pourquoi, malgré des réductions de dépenses de près de 11 millions $ ces dernières années et les revenus d’Hydro-Sherbrooke (20 millions $ dans le budget municipal), Sherbrooke soit incapable de contenir les hausses de taxes.

Avec cinq candidats à la mairie, les Sherbrookois veulent entendre des propositions pour attaquer ce problème et il va sans dire que le maire Bernard Sévigny et son parti, le Renouveau Sherbrookois, sont sur la défensive.

Une rencontre éditoriale organisée hier par La Tribune a permis aux candidats de se prononcer sur plusieurs autres enjeux, dont le projet Well Inc. et l’aéroport, mais aussi de dégager deux grandes visions pour l’avenir de Sherbrooke, avec des variantes selon les candidats.

La première, axée surtout sur l’économie et l’emploi, est principalement défendue par les candidats indépendants Denis Pellerin et Steve Lussier, de même que par le maire sortant, Bernard Sévigny, et la seconde, prônée par la candidate de Sherbrooke citoyen, Hélène Pigot, est très orientée sur la qualité de vie, la participation citoyenne, le transport en commun et le commerce de proximité.

Patrick Tétreault, qui est souvent revenu sur sa proposition fort originale de confier graduellement le pouvoir politique aux citoyens, n’a pas véritablement pris part aux débats.

Et comme il fallait s’y attendre, ce sont les projets Well Inc. et de liaison aérienne commerciale à l’aéroport régional qui ont donné lieu à de vifs échanges.

Les candidats Lussier, Pellerin et Pigot se sont vigoureusement opposés au projet de développement de l’aéroport, estimant que ce n’est pas une priorité, que c’est trop coûteux et qu’il n’a pas été démontré qu’un nombre suffisant de passagers pourrait le rendre viable.

Le maire sortant se retrouve donc isolé sur ce projet, une priorité de son administration qui, malgré bien des efforts, n’a jamais pu décoller.

Mais c’est Well Inc. qui a véritablement mis le feu aux poudres, bien que les échanges se soient faits dans le respect.

Si Steve Lussier et Denis Pellerin ont reproché à l’administration actuelle de ne pas avoir de plan d’affaires, Hélène Pigot juge que l’architecture de Well Inc. relève du passé, « une autre Place de la cité », selon elle, en plus de faire une trop grande place à l’automobile.

Mais, étonnamment, Bernard Sévigny n’a pu préciser si le montant de 50 millions $ pour la construction de deux immeubles et d’une place publique comprend ou non le coût d’un stationnement de 15 à 20 millions que le consortium doit revendre à la Ville, alors que Well Inc. est son projet prioritaire... du gâteau pour ses adversaires!

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De quoi je me mêle?

J’entends déjà le commentaire. De quoi il se mêle? Je ne ferai pas languir personne plus longtemps. J’écris cette brève réflexion pour deux raisons : la défense de l’héritage de la stratégie de développement économique de Sherbrooke et l’importance pour les entrepreneurs de Sherbrooke d’être reconnu pour ce qu’ils sont : des gens à succès.

J’ai vécu de belles années de vie professionnelle à Sherbrooke où j’y ai développé plusieurs amitiés solides. Très récemment, j’ai pris connaissance de certains débats entourant la présente campagne électorale et je sens que l’héritage de Sherbrooke en matière de stratégie de développement économique peut être menacé. Je m’explique.

Au lendemain du sommet économique tenu en 2007 par l’ex-maire Jean Perrault, le milieu s’était mobilisé pour se donner une nouvelle stratégie de développement économique ayant pour drapeau l’innovation. C’est dans la foulée de ce sommet que j’ai été embauché comme directeur général d’Innovation et développement économique (IDES) pour proposer une stratégie de développement économique à mettre en place de concert avec les divers intervenants économiques. Peu de temps après mon arrivée, un nouveau nom était choisi pour désigner notre organisme de développement économique : Sherbrooke Innopole. Une stratégie de développement économique basée sur cinq filières-clés  a été mise en place et nous avons favorisé comme jamais la mise en commun des énergies de tous pour favoriser l’existence chez-nous d’un environnement catalyseur de croissance à valeur ajoutée c’est-à-dire mettant en place une synergie entre les institutions du Pôle universitaire et les industries.

Bon an, mal an, cette stratégie a permis à l’économie de Sherbrooke de faire face à l’adversité et à connaître des performances économiques qui lui ont permis d’afficher presque toujours des taux de chômage en deçà de la moyenne québécoise. Mieux encore, les entrepreneurs de Sherbrooke ont créé depuis les cinq dernières années 2197 emplois nets dans les cinq filières-clé identifiées par Sherbrooke Innopole (...). Cela exclut les emplois du secteur public, parapublic, des secteurs commerciaux et des services. Cela me semble une performance acceptable et surtout plus que les 2000 emplois promis par l’un des candidats à la mairie dans la présente campagne électorale.

Je suis aussi assez favorablement impressionné par le projet Well Inc. qui s’inscrit pleinement dans la tendance qui plaît tant aux « millénaristes » du « work, live and play ». L’idée de regrouper tous les professionnels du développement économique dans un guichet unique et de favoriser l’implantation d’une entreprise liée aux nouvelles technologies de l’information comme Sherweb m’apparaît comme une idée porteuse pour l’avenir. Cette volonté on la retrouve partout en Europe et aux États-Unis et ailleurs au Canada en marge du développement des zones d’innovation et des parcs technologiques que j’ai pu observer alors que j’étais président du comité aviseur et membre du conseil de l’International Association of Science Parks and Areas of Innovation (IASP), poste que j’ai quitté il y a à peine quelques jours.

Lors de mes années à Sherbrooke, j’ai trouvé là une ville au potentiel extraordinaire que je qualifiai alors de « secret le mieux gardé au monde ». J’ai toujours pu compter sur l’appui du maire Sévigny et des membres du conseil municipal. J’y ai retrouvé une culture entrepreneuriale et des entrepreneurs qui n’ont rien à envier à personne ailleurs dans le monde. C’est pourquoi je suis d’avis que pour réussir, Sherbrooke doit garder le cap avec ténacité sur son identité actuelle liée à l’innovation et à l’entrepreneuriat et surtout ne pas abandonner en chemin une stratégie qui a commencé à donner des résultats probants. La ville de Sherbrooke constitue l’un des pôles d’Innovation importants au Québec et l’un des trois pôles urbains de développement économique stratégique pour le Québec avec Montréal et Québec. Il faudrait bien que les Sherbrookois s’en rappellent et s’en félicitent. Le milieu entrepreneurial est dynamique, les institutions du pôle universitaire contribuent et les centres de recherche sont performants. Tous les éléments du succès sont présents. Il faut juste s’y tenir. En développement économique, il ne faut  jamais lâcher la proie pour l’ombre…

Pierre Bélanger,
Ancien directeur général de Sherbrooke Innopole et Sherbrookois de cœur

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Mon tour, ton tour… à tour de rôle!

Chers automobilistes, pourriez-vous attendre votre tour et respecter le mien? Qu’il fasse beau soleil à 39° avec le taux humidité, qu’il pleuve des cordes ou qu’il fasse -27°l’hiver avec le facteur vent, moi, en tant que piétonne, j’attends patiemment mon tour à l’intersection.

Avez-vous déjà essayé de traverser quatre voies de largeur en seulement 30 secondes avec un sac à dos et des sacs d’emplettes? Pour moi, qui est assez jeune et en forme, j’y arrive à peine! Imaginez une personne âgée ou avec une limitation quelconque. C’est totalement impossible!

Alors, serait-ce possible à vous, qui êtes assis confortablement dans votre véhicule, peut-être climatisé l’été ou bien au chaud l’hiver, d’attendre votre tour quelques secondes à peine? Que ce soit par compassion, par courtoisie ou juste pour respecter la signalisation, ce serait très apprécié. Merci d’avoir une action de respect à votre prochaine intersection.

Nous avons tous une place en partageant la route, mais reconnaissons celle de chacun.

Chantal Bouffard, Sherbrooke

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Pour le meilleur et pour le pire

ÉDITORIAL / Il n’y avait sans doute pas d’autres issues que l’entente entre le géant Airbus et Bombardier pour assurer la pérennité du programme CSeries et préserver l’accès au marché américain.

Mais, ce faisant Bombardier et ses actionnaires québécois — dont le gouvernement Couillard — perdent le contrôle de ce programme et se soumettent aux diktats protectionnistes de l’administration Trump.

En vertu du « partenariat stratégique » annoncé lundi, Airbus détiendra 51,1 pour cent des actions de la CSeries, sans rien débourser, tandis que Bombardier en aura 31 pour cent et que la part du gouvernement du Québec passe à 19 pour cent, alors qu’il en détenait 49,5 auparavant. L’État devient ainsi un actionnaire minoritaire, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les contribuables québécois.

En 2015, le gouvernement du Québec avait investi un milliard $ US dans l’avion CSeries pour aider Bombardier à commercialiser ses appareils de 100 à 150 places, alors que le programme battait de l’aide en raison de retards répétés dans la mise en service et de fortes baisses des commandes. Ottawa avait consenti pour sa part un prêt de 372,5 millions $ à Bombardier.

La ministre de l’Économie du Québec, Dominique Anglade, soutient que la valeur de cet investissement demeure la même, mais il n’empêche que c’est Airbus, dont le siège social est à Amsterdam, qui prendra dorénavant les décisions.

De plus, le géant européen s’approprie une technologie conçue et développée au Québec, celle d’un appareil considéré comme l’avion de l’avenir en raison notamment de sa moins grande consommation de carburant et du fait qu’il est moins bruyant.

L’entente devrait permettre, il faut le souhaiter, de contourner les droits compensateurs et antidumping que le gouvernement Trump avait imposés à Bombardier puisque Airbus rénovera une usine d’assemblage en Alabama pour y produire les appareils CSeries destinés au marché américain.

L’affaire n’est pas banale : Boeing avait déposé une plainte en avril dernier au sujet de la vente d’avions CSeries à Delta, une commande 5,5 milliards $ pour 75 appareils, ce qui a mené à l’imposition par les autorités américaines de droits compensateurs et antidumping qui auraient quadruplé le prix des avions.  

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, donne l’assurance que le siège social de la société en commandite de la CSeries demeurera à Mirabel et que les  2000 emplois de Bombardier aéronautique au Québec seront préservés jusqu’en 2041.

L’entente avec Airbus, positive pour le secteur aéronautique québécois, devrait aussi donner à Bombardier un meilleur accès aux marchés mondiaux puisque le géant européen a les reins solides et dispose d’un important réseau de vente. Airbus estime d’ailleurs que ce partenariat pourrait permettre d’accaparer 50 pour cent du marché des avions de 100 à 150 places dans le monde. Mais, si le vent tourne, qui dit qu’Airbus va maintenir la totalité des emplois au Québec?

De plus, en donnant raison au président Trump, en pleine renégociation de l’ALENA, cette entente ne risque-t-elle pas d’inciter d’autres entreprises canadiennes et québécoises à s’installer aux États-Unis pour composer avec le protectionnisme américain et la doctrine de l’«America First»

En obtenant des emplois de qualité dans la future usine des CSeries en Alabama, Donald Trump démontre en quelque sorte que ses menaces de sanctions fonctionnent.

En ce sens, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, n’a pas tort lorsqu’il dit que «c’est pas le Québec qui gagne des jobs, c’est Donald Trump».

Le Québec conserve certes 2000 emplois et un siège social, mais c’est Airbus, Donald Trump et Bombardier qui sortent gagnants de cette entente.

Quant au gouvernement Couillard, il n’a sans doute pas fini de s’expliquer.

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Marche arrière

ÉDITORIAL / Le gouvernement Trudeau n’avait d’autre choix que de reculer dans son projet de réforme fiscale dont certaines mesures avaient pris l’allure d’une attaque contre les PME et la classe moyenne.

En réduisant les impôts des petites entreprises de 10,5 à 9 pour cent d’ici janvier 2019, une promesse électorale des libéraux, le ministre des Finances, Bill Morneau, a finalement mis de l’eau dans son vin.

Il a aussi réalisé, sans doute, la différence entre  la réalité d’un entrepreneur propriétaire d’une PME familiale ou d’une entreprise agricole soumise à des fluctuations de revenu et un médecin rémunéré par l’État ou un avocat qui se constitue une société privée pour alléger son fardeau fiscal.

Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, cette baisse du fardeau fiscal des petites entreprises se traduira par une économie d’impôt globale de 815 millions $ pour celles-ci, de l’argent qui pourra servir au réinvestissement ou à l’embauche de personnel.  

Ottawa entend  également abandonner les modifications prévues dans sa réforme qui devaient limiter la conversion des revenus excédentaires en gain de capital (plus faiblement imposés que les dividendes ou les salaires) pour les propriétaires de petites entreprises.

La Coalition pour l’équité fiscale envers les PME craignait que ces modifications touchant les gains en capital aient un impact sur les transferts intergénérationnels des entreprises en incitant les propriétaires à vendre à des personnes qui ne sont pas membres de la famille afin de réduire leur facture d’impôt.

Elle rappelait également que le gouvernement du Québec a adopté des mesures pour faciliter le transfert intergénérationnel et conserver l’expertise des entreprises ici.

Près de 40 % des entrepreneurs canadiens veulent vendre leur entreprise au cours des cinq prochaines années pour prendre leur retraite.

Le ministre Morneau maintient toutefois son intention de limiter l’utilisation de sociétés privées incorporées par des professionnels et des propriétaires d’entreprises dans le but de saupoudrer leurs revenus au sein des membres de leur famille, sans que ceux-ci y travaillent nécessairement, afin de payer moins d’impôts.

Les libéraux affirment toutefois qu’ils ne visent pas les membres d’une famille qui travaillent dans une même entreprise, ce qui est donc en principe une bonne nouvelle pour les PME.

Dès son annonce en juillet dernier, cette réforme avait été décriée autant par les partis d’opposition, les petits entrepreneurs, bon nombre de Canadiens et même par certains députés libéraux qui la décrivaient comme une attaque envers la classe moyenne, alors que le gouvernement Trudeau pose en défenseur de celle-ci.

La réforme du ministre Morneau n’est pas encore déposée et d’autres mesures seront annoncées au cours de la semaine, mais il est évident qu’Ottawa devra tenir compte de la  différence entre un couple propriétaire d’une pizzéria qui peine à dégager un revenu de 80 000 $ par année  et un professionnel qui a recours au fractionnement du revenu pour réduire ses impôts.

C’est tout simplement une question d’équité pour les milliers de PME canadiennes qui constituent le poumon économique de bien des régions et créent des emplois.

De plus, aux yeux des Canadiens, il est inadmissible de pénaliser les PME alors que les grandes entreprises peuvent bénéficier d’échappatoires dans les paradis fiscaux et que le gouvernement Trudeau vient d’exempter le diffuseur Netflix du prélèvement de la TPS et de la redevance au Fonds des médias, ce qui constitue un avantage fiscal et concurrentiel sur Vidéotron et Bell, notamment.

À mi-mandat, le gouvernement Trudeau doit dissiper les inquiétudes et, surtout, démontrer davantage de cohérence lorsqu’il dit vouloir corriger les iniquités fiscales.

Point de vue

Un consensus sur l’objectif, mais pas sur les moyens

Des associations de travailleurs ont choisi de prendre la rue, dimanche dernier, pour exiger du gouvernement la hausse du salaire minimum à 15 $. Nous sommes préoccupés, nous aussi, par la condition des travailleurs à faibles revenus. Malheureusement, d’un point de vue économique, leur idée n’est pas la bonne et je dois en relever les faiblesses.

Rappelons d’abord qu’en janvier, le gouvernement a annoncé une hausse sur quatre ans du salaire minimum, qui atteindra en 2020 un taux équivalant à environ 50 % du salaire horaire moyen, soit 12,45 $. Tandis que le taux augmentait jusqu’à présent au rythme du salaire médian, il bondira de plus de 10 % d’ici 2020. Voilà déjà un pas dans la direction souhaitée. (...)

Si l’on portait le salaire minimum à 15 $, une hausse de 33 %, c’est tout l’éventail des salaires dans le marché du travail qui en subirait l’impact, à terme, par le jeu des comparaisons. Nous nuirions alors à la compétitivité de nos entreprises, notamment dans les secteurs de l’économie exposés à la concurrence étrangère, comme le manufacturier, l’agriculture et les ressources naturelles. (...)

Afin de contrôler leurs coûts, limiter leurs prix et demeurer compétitives, les entreprises essaient constamment de sauver la chèvre et le chou. Ils doivent donner de bonnes conditions de travail pour recruter et conserver leurs employés, mais ils doivent également constamment revoir leur offre de service et leurs méthodes de travail afin de survivre. Les commerces de détail, petits et grands, par exemple, ont des marges de profit très souvent minimes et tout changement au salaire minimum se répercutera indéniablement sur les prix et fragilisera des entreprises, permettant d’imaginer des pertes d’emplois, voir même des fermetures.

Ce sont les grandes variables économiques qui doivent présider à déterminer le taux de salaire minimum et non pas la reprise, chez nous, d’un mouvement social américain. (...)

Depuis 2015, la Fédération préconise une bonification substantielle des mesures qui augmentent le revenu net des travailleurs à faible revenu. Le Québec a déjà des mesures fiscales comme la « Prime au travail » et le « Bouclier fiscal ». (...) Ce sont des mesures de ce genre que nous devrions bonifier pour aider les travailleurs à faible revenu. Enfin, la création de richesse demeure le meilleur moyen de combattre la pauvreté.

L’objectif ultime est juste, mais ce n’est pas en nous tirant dans le pied que l’on avancera plus vite.

Stéphane Forget, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec