Abonnez-vous à nos infolettres. Obtenez en plus et assurez-vous de ne rien manquer directement dans votre boîte courriel.

Chronique

De l’aide pour mieux vivre

CHRONIQUE / Le suicide n’est pas une option pour les personnes souffrant de maladie mentale. Pas plus que l’aide médicale à mourir, selon Georgia Vrakas, psychologue et psychoéducatrice en rémission d’une dépression majeure récurrente depuis 20 ans.

Mme Vrakas se sent directement et doublement interpellée par le débat mal engagé la semaine dernière sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladie mentale.

Elle connaît le sujet en théorie. Elle détient un Ph.D et est professeure agrégée au département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Centre universitaire de Québec, ainsi que chercheuse en santé mentale et en prévention du suicide. 

Elle connaît aussi le sujet en pratique et dans son être pour vivre avec la maladie mentale depuis l’âge de 23 ans, moment de son premier épisode dépressif.

La femme qui réside à Québec a maintenant 43 ans. La dernière année a été marquée par un autre épisode dépressif et un congé de maladie. 

Dans une lettre transmise au Soleil que nous publions dans la section Opinions, Mme Vrakas, dit souhaiter ne pas avoir le «choix» de l’aide médicale à mourir lorsque la maladie frappera de nouveau. 

«Nous avons besoin d’outils pour nous aider à mieux vivre et se rétablir plutôt que d’outils pour nous aider à mourir», plaide-t-elle.

En entrevue, elle explique que l’aide médicale à mourir n’est pas une option valable. «Lorsque tu es malade, la souffrance prend toute la place. Tu veux juste que ça arrête.»

Elle rappelle qu’on répète dans des campagnes de prévention contre le suicide que «le suicide n’est jamais une option». En laissant entendre que la mort provoquée par l’aide médicale à mourir pourrait devenir une option, on vient brouiller le message. 

Mme Vrakas estime qu’avant de penser à élargir l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladie mentale, il faut d’abord leur offrir des services pour se soigner et mener plus de recherche en psychiatrie.

Elle note que parfois, les malades n’ont même pas accès au minimum, soit un médecin famille. Il y a aussi l’accès à la psychothérapie qui fait défaut. Mme Vrakas souligne par ailleurs qu’il existe de bons services dans des organismes communautaires, mais encore là, faut-il que les personnes sachent où et à qui s’adresser. Encore faut-il aussi que les personnes malades osent demander de l’aide et consulter. Il y a encore de la stigmatisation autour de la maladie mentale. 

La psy est bien placée pour le savoir. Elle admet que ce n’est que l’an dernier qu’elle est allée chercher de l’aide «pour de vrai». Elle se réjouit d’avoir obtenu de bons services à Québec.

Ce n’est aussi qu’en novembre qu’elle a osé publiquement — dans une lettre ouverte — se présenter comme une psychologue-chercheuse ayant utilisé des services qui ont été essentiels à sa survie et à sa vie. Avant, elle craignait de croiser des étudiants ou des patients si elle se rendait à des ateliers d’autogestion de la dépression. Elle avait le syndrome du cordonnier mal chaussé.

«Ce que nous voulons, c’est qu’on nous aide à vivre, pas à mourir», écrivent aussi de leur côté Luc Vigneault, de Québec, et 40 signataires d’une lettre que nous publions également dans Le Soleil de mardi.

«[...] nous sommes les mieux placés pour savoir combien on peut souffrir pendant certaines périodes. Nous savons combien cette souffrance peut mener au désespoir, comment elle nous prive de notre liberté, lorsque la maladie prend toute la place et qu’elle nous prive de notre capacité de prendre des décisions éclairées. Dans de telles périodes, on en arrive à voir le suicide comme la seule façon de mettre fin à la souffrance. Mais justement, ce ne sont que des périodes», soutiennent les signataires.

Tant eux que Mme Vrakas parlent d’espoir. Un espoir qu’il ne faut pas réduire à zéro en agissant comme si souffrir d’une maladie mentale et souffrir d’un cancer en phase terminale était la même chose.

Au cours de sa pratique de psychologue, Mme Vrakas a vu des patients dans des périodes très sombres trouver une raison de rester en vie, de se lever le matin pour continuer de vivre. «Il y a toujours de l’espoir», selon elle. 

Lorsque le Québec a amorcé le débat sur l’aide médicale à mourir, il est apparu essentiel que le choix du malade de devancer sa mort repose sur une décision éclairée et raisonnable. La même condition s’imposera pour les personnes atteintes de maladie mentale. 

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a pris une sage décision en faisant marche arrière et en prenant le temps de mieux documenter s’il est opportun, et si oui à quelles conditions et selon quels critères, d’étendre l’aide médicale à mourir aux individus souffrant de maladie mentale sévère. 

«Nous nous donnons une pause», a-t-elle dit lundi.

Une pause bienvenue qui doit permettre de mener une réflexion large et rigoureuse comme celle que le Québec a su réaliser pour répondre à des malades physiques qui réclamaient de mourir dans la dignité. 

Pierre Jury

Pour «vraiment» apprendre le français

ÉDITORIAL / Jean Charest n’est plus dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada. Rona Ambrose non plus. Et étonnamment, Pierre Poilievre non plus.

Cela ouvre toute grande la route à Peter MacKay.

Il reste bien Erin O’Toole, qui refait la course pour une seconde fois. Et quelques autres figurants qui seront là pour préparer un éventuel retour au gouvernement pour les conservateurs, car ils n’ont que bien peu de chances de faire plus que quelques vagues.

Lorsqu’il a confirmé sa candidature, Peter MacKay ne croyait pas que le chemin s’ouvrirait ainsi pour lui. Il espérait être l’un de deux ou trois candidats sérieux. Voilà qu’il se retrouve seul en tête.

Originaire de la Nouvelle-Écosse, M. MacKay est un vétéran de la politique canadienne. Il a été député pendant 18 ans, avant d’annoncer son passage au secteur privé, à l’aube de 2015. Il a même brièvement dirigé le Parti progressiste-conservateur du Canada après Joe Clark. Cette victoire fut de courte durée parce que sept mois plus tard, il acceptait de fusionner avec l’Alliance canadienne, dirigée par Stephen Harper. Il a accepté de jouer les seconds violons, ce qu’il a fait honorablement en dirigeant les ministères de la Justice, de la Défense nationale et des Affaires internationales. 

N’en déplaise à la députée Michelle Rempel, qui est lasse d’entendre parler du français du leader, et le journaliste Ken Whyte, qui croit que Brian Mulroney était un accident de parcours, parlons-en. Parce que contrairement à ce qu’ils prétendent, le français compte au Canada. Ce n’est pas une obligation constitutionnelle, ni même une convention, argue M. Whyte, mais dans le Canada moderne, la connaissance des deux langues officielles du pays est une condition essentielle, pour qu’un chef puisse parler aux deux groupes dans leur langue. 

Ce que Peter MacKay ne peut faire à ce moment-ci. Tout au long de sa carrière politique, le français est apparu comme un obstacle à ses yeux. Il avait la chance de l’apprendre, il ne l’a pas fait, ou n’y a pas mis les efforts. On peut comprendre qu’il n’ait pas eu, depuis quatre ans dans le secteur privé, l’occasion de le parler. C’est un autre témoignage du peu d’importance que M. MacKay porte au français. 

Tout n’est pas perdu pour lui malgré tout. Il aura environ 18 mois, avant les hypothétiques prochaines élections fédérales, pour le maîtriser. Apprendre le français en 18 mois n’est pas impossible: l’ex-vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, en a fait la preuve. D’autant plus que M. MacKay ne part pas de zéro. La date d’échéance est celle du premier débat des chefs en français. S’il ne peut tenir son bout dans cette arène, son chien est pas mal mort.

Ce serait dommage car Peter MacKay présente plusieurs autres belles qualités pour diriger le Parti conservateur du Canada. Il se retrouve plus au centre que l’ex-chef Andrew Scheer, et il est plus ouvert que lui sur les questions morales comme l’avortement, le mariage gai, etc. Sur les questions environnementales, il cultive un flou artistique, mais on le sent opposé à la taxe sur le carbone: ce sera à lui de proposer sa manière de réduire les gaz à effet de serre car l’objectif n’est plus négociable. De toute manière, il est difficile de raccorder les visées des provinces productrices que sont l’Alberta et la Saskatchewan, principalement, et les autres.  

Cela résume les défis et les beautés du système canadien. Mais celui de parler français demeure aussi un objectif, à moins qu’il soit prêt à sacrifier les 75 circonscriptions francophones et francophiles du Canada.

L'actualité sous la plume de Bado

L'actualité sous la plume de Bado
Bado

Opinions

Ensemble pour une société ouverte et inclusive

POINT DE VUE / Il y a de cela trois ans, lors de l’attentat terroriste survenu à Québec, six personnes perdaient la vie et dix-neuf autres étaient blessées. Le Québec a été ébranlé par cette violence qui a prouvé que le terrorisme n’a ni religion, ni couleur, ni culture. Les fondements mêmes de notre société qui se veut ouverte et inclusive ont été attaqués.

En réponse à cette tragédie, un élan d’ouverture, de respect et de paix a surgi parmi la population. Des vigiles, des marches et des initiatives pour ouvrir le dialogue ont vu le jour. Des processus qui permettent de commencer à dissiper la peur de l’autre et éviter les violences qui peuvent s’en suivre. « Nous devons apprendre à nous connaître mutuellement pour mieux vivre ensemble. Ne pas juger l’autre, quel que soit son nom, son origine ou sa couleur de peau », affirmait Safia Hamoudi, la veuve de Khaled Belkacemi, l’une des victimes de l’attentat.

De telles tragédies sont souvent le résultat de l’ignorance et des préjugés. Travaillons donc ensemble à éviter que des actes similaires emportant des vies innocentes. Apprenons à voir d’abord ce qui nous unit les uns aux autres. Ouvrons le dialogue pour découvrir, s’enrichir et s’entraider. Faisons du Québec un lieu où il fait bon vivre, et où tous se sentent en sécurité. Nommons les enjeux de racisme, de violence et d’islamophobie (...) Dénonçons-les ensemble pour faire de notre société une société de paix, d’amour et d’harmonie.

Les différences culturelles représentent une richesse collective à valoriser. Elles nous font découvrir de nouveaux horizons et créent des opportunités dans un monde en constante transformation. Diverses initiatives ont cours en Estrie pour favoriser ces partages, que ce soit des fêtes de Noël interculturelles, des soupers du monde, des cafés-causerie qui ouvrent un dialogue interculturel et intergénérationnel, des portes ouvertes à la Mosquée de Sherbrooke, des soupers Ramadan sans frontières ainsi que d’autres activités. Étonnamment, explorer nos différences nous mène aussi à la conclusion « qu’on se ressemble plus qu’on pense ». Notre quotidien, nos loisirs, nos rêves et nos aspirations nous rapprochent et nous unissent.

C’est dans cet esprit que se tiendra un rassemblement en mémoire des victimes du terrorisme le mercredi 29 janvier de 17 h à 18 h 30 à l’Hôtel de ville de Sherbrooke. Nous invitons les citoyens à venir témoigner leur soutien lors de cette commémoration. Ensemble, continuons à créer la société d’ouverture et de paix à laquelle nous rêvons.


Conseil des Associations musulmanes de l’Estrie (CAME)

Centre culturel islamique de Sherbrooke (CCIS)

Association des musulmans de l’Université de Sherbrooke (AMUS)

Institut Al Qalam

Institut du monde arabe et musulman de l’Estrie (IMAME)

Association éducative transculturelle (AET)

Cimetière islamique du sud-est du Québec (CIMSEQ)

Association Bel Agir

Actions interculturelles

Opinions

L'obsession de Trump pour Obama

ÉDITORIAL / Les commentateurs et analystes politiques américains ne furent guère surpris de voir Donald Trump blâmer Barack Obama pour la dernière crise secouant les relations irano-américaines. En fait, c’est ce que Trump fait le plus quotidiennement depuis qu’il est devenu président.

Daniel Dale, un ancien journaliste canadien maintenant recherchiste à CNN, a comptabilisé le nombre de fois où Trump a mentionné le nom d’Obama depuis janvier 2017. 

En 2017, ce fut 200 fois, soit 0,7 par jour. En 2018, 395 fois, soit 1,3 fois par jour. Et dans les dix premiers mois de 2019, 537 fois, soit 1,8 fois par jour. De plus, Dale constata que durant la deuxième moitié de 2019, ces mentions passèrent à un rythme quotidien de 2,4 fois. 

Face à Obama, Trump souffre d’une véritable fixation. Pas une semaine ne passe sans qu’il sente le besoin de blâmer ce dernier pour les échecs des politiques américaines, voire pour ses propres erreurs. Ce comportement obsessif n’a pas échappé aux commentateurs politiques, psychologues, psychiatres et autres analystes qui examinent la scène politique américaine.

Sa fixation sur Obama atteint un point tel qu’elle est devenue un élément central de sa présidence. Certains commentateurs avancent même la théorie qu’il ne dispose d’aucune véritable doctrine pour définir ses politiques. Sa perspective consiste essentiellement à défaire les réalisations de son prédécesseur. Il désire se positionner à l’opposé d’Obama dans tous les domaines.

Pour ce faire, il n’hésite pas à dénaturer l’héritage de son prédécesseur, à affirmer qu’il a dû sortir l’économie américaine du marasme dans lequel Obama l’avait plongée ou à prétendre corriger les erreurs politiques commises par ce dernier au plan international. Il va jusqu’à accuser Obama d’avoir mis en place ses propres politiques « cruelles » de séparation de milliers de familles de migrants à la frontière.

Si Obama est devenu pour ainsi dire une « béquille rhétorique pour défendre ses propres décisions », l’obsession de Trump pour l’ancien président va plus loin. Il cherche à éliminer toute trace d’Obama et à traiter son héritage comme une bizarrerie historique.

En fait, Trump ne cherche pas seulement à discréditer l’ancien président, il désire encore plus effacer son héritage, « ses politiques, son programme social et, plus intrigant, sa personnalité même ». Il agit comme s’il voulait fondamentalement le faire disparaitre de l’histoire. Cette obsession est telle que l’ancien président semble hanter ses rêves.

Cette fixation n’est pas nouvelle. Elle est à l’origine de son entrée sur la scène en politique en 2011. Comme dirigeant du mouvement bithériste, Trump visait alors tout bonnement à délégitimer la présidence d’Obama.

Certains observateurs croient que sa haine viscérale à l’égard d’Obama proviendrait de sa vision raciste de la société américaine. Or, bien que ses déclarations et ses actions aient souvent une teneur raciste, le racisme n’est pas le principal facteur motivant Trump. En fait, il se soucie peu de savoir si son cercle rapproché est raciste ou non. Il ne cherche pas vraiment à promouvoir des politiques basées sur une idéologie particulière. De toute évidence, la persistance et l’intensité de la haine de Trump envers Obama dépassent une simple divergence politique.

N’étant pas animé par de grandes idées ou des valeurs abstraites, Trump est motivé par une seule chose, la promotion de sa propre personne. Un groupe ou une personne n’a de valeur à ses yeux que s’il ou elle le sert. Aucun autre critère n’est important. Ses motifs les plus profonds sont toujours égoïstes. 

Ainsi, c’est son narcissisme qui l’amène à haïr viscéralement Obama. Ce dernier est tout simplement son antithèse. Tant qu’Obama existe, Trump se sent menacé. C’est pourquoi l’ancien président est la cible de prédilection de ses critiques. Il a désespérément besoin de se comparer et de dénigrer son prédécesseur.

Trump voit dans Obama son antithèse, tout ce qu’il ne peut pas être. Obama démontre une qualité fondamentale de caractère qu’il n’a pas : la décence de base qui suscite à travers le monde l’admiration et un respect naturel. D’ailleurs, un sondage effectué dans 37 pays en 2019 révèle que 64 % des gens dans le monde affichaient une confiance en Obama, alors que seulement 22 % se disaient confiants envers Trump.

D’entrée de jeu, Obama apparaît comme un homme à part entière. En paix avec lui-même, il est capable de communiquer sereinement avec les gens. Autonome et autodidacte, il est conscient de ses forces et faiblesses. De tempérament chaleureux, il apparaît émotionnellement stable, réfléchi, ouvert d’esprit et capable de rire avec les gens. Il est ainsi une sorte d’inspiration pour un grand nombre.

En contrepartie, toute la personnalité de Trump repose sur l’indécence. Il est incapable de relations humaines normales. En dépit d’être né dans la richesse et d’avoir mené une vie dorée, il est anxieux et en guerre avec tout le monde. Opportuniste et grossier, il ne semble pas avoir d’amis, mais que des laquais. Incapable, d’autocritque, de son propre aveu, il ne ressent pas toute une gamme d’émotions humaines, allant de l’empathie à l’humour. Il avilit simplement tout ce qu’il touche.

Les psychologues affirment que les gens désirent fondamentalement détruire ce qui les menace. Or, par sa simple existence, Obama représente une menace pour Trump. Il projette une lumière qui le jette dans l’obscurité et ce dernier est incapable d’accepter cette situation. II doit donc détruire Obama personnellement, ainsi que son héritage.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Le projet de loi 39 : une occasion pour concrétiser la parité au 21e siècle

Le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD) plaide en faveur de la parité en politique depuis le début de son existence, il y a 20 ans. Lors des élections du 1er octobre 2018, le Québec a rattrapé un retard historique. Alors que le taux de représentation féminine parmi les députés oscillait jusqu’alors autour de 30 %, les efforts des partis au scrutin général, auquel se sont ajoutés deux élections partielles, ont permis d’accroître le nombre de femmes élues à 55 sur 125, soit 44 % de la députation.

Si nous devons nous réjouir de ces résultats, rien ne garantit qu’ils seront au rendez-vous de façon permanente. Aucune disposition de la loi électorale ne contraint les partis à une représentation équilibrée des femmes et des hommes pour harmoniser les efforts de tous les partis actuels et à venir. De telle sorte que des reculs sont tout à fait possibles, comme le démontrent les résultats électoraux des 20 dernières années, alors que les taux de députation féminine ont reculé à deux reprises sous les 30 %.

Selon le GFPD, le projet de loi 39 sur la réforme du mode de scrutin constitue donc l’occasion de pérenniser la parité. En effet, à la dernière élection, les partis ont présenté un nombre record de femmes candidates. Au point que nous approchons de la parité avec le nombre d’élues actuel. Il faut donc profiter de cette réforme pour intégrer une fois pour toutes, dans une loi, des mesures de parité. (...) 

Trois propositions phares

C’est pourquoi le GFPD a fait trois principales propositions lors des consultations sur le projet de loi, à la Commission des institutions qui s’est ouvert cette semaine. Premièrement, que le vœu invitant les partis politiques à présenter des candidatures dans une zone de parité soit intégré au texte de loi, et non seulement dans le préambule, comme c’est le cas actuellement. Deuxièmement, que les partis soient tenus de présenter entre 45 % et 55 % de candidates et de candidats (...) Enfin, et c’est capital, nous recommandons que les mesures sur la parité ne soient pas soumises à un référendum : comment justifier de soumettre le principe d’égalité à la volonté populaire, alors que ce droit est enchâssé dans nos chartes et traités internationaux auxquels nous avons adhéré?

Actuellement, tel qu’il est proposé, le rejet du projet de loi reviendrait à celui de la parité, ce qui est en contradiction avec les résolutions des partis, tout comme avec les valeurs du Québec. Il est temps que nous rejoignions les 130 pays qui ont adopté, dans les dernières années, des mesures pour corriger les inégalités de système. En clair, arrivons au 21e siècle!


Thérèse Mailloux, présidente du Groupe Femmes, Politique et Démocratie

Alban D’Amours, trésorier

Karla Duval, administratrice

Marie Lavigne, secrétaire    

Hélène Daneault, administratrice

Jean-Pierre Charbonneau, administrateur

Marie-Claude Prémont, administratrice

Micheline Paradis, administratrice

Marjolaine Étienne, administratrice

Point de vue

Activistes véganes et antispécistes: le gouvernement du Québec doit légiférer

POINT DE VUE / Le mois dernier, onze militants véganes se sont introduits dans une ferme porcine de Saint-Hyacinthe. Cette intrusion illégale à la ferme de la famille Grégoire s’inscrit dans une série d’actes, malheureusement de plus en plus fréquents, de la part d’activistes qui veulent mettre fin à l’élevage et à la consommation de produits d’origine animale. En octobre, une vingtaine de porcs ont été retrouvés à l’extérieur d’une porcherie située à quelques kilomètres de là. D’autres gestes de même nature ont été perpétrés l’an dernier en Ontario, en Colombie-­Britannique et en Alberta. Ces activistes visent toute la filière, des producteurs aux détaillants.

En Europe, notamment en France, les actes de vandalisme contre des boucheries sont fréquents. Des exploitations agricoles ont même été incendiées, portant les mentions «assassins» et «camp de la mort». Quand on parle d’introductions par effraction ou d’incendies, il ne s’agit plus de manifestations visant à sensibiliser le public. Il s’agit d’actes criminels fortement réprouvés par la société. Ces coups d’éclat vont beaucoup plus loin et visent à imposer une idéologie par la diffamation, la propagande, la menace et la peur. Des producteurs que j’ai rencontrés en Europe envisagent maintenant de s’organiser eux-mêmes s’ils sont attaqués de la sorte. Le milieu est nerveux. Des gestes malheureux pourraient survenir. Il ne faut pas attendre que cela arrive. 

Des coups d’éclat de même nature, en Alberta et en Ontario, ont été pris au sérieux et les gouvernements ont commencé à bouger. Déposé en décembre dernier, un projet de loi ontarien intitulé «Security from Trespass and Animal Safety Act» prévoit notamment des amendes pouvant aller jusqu’à 15 000 $ pour une première entrée par effraction dans un abattoir ou une ferme et jusqu’à 25 000 $ pour les suivantes. L’Alberta a déjà adopté un amendement législatif similaire, en novembre.

Au Québec, les lois actuelles ne prévoient pas ce genre d’action par des activistes qui mettent en danger les animaux en ne respectant pas les règles de biosécurité en vigueur dans les fermes. En plus des conséquences sur le statut sanitaire et le bien-être des animaux, de tels gestes constituent une menace pour la sécurité des familles agricoles et créent un stress important pour les agriculteurs. À la suite de l’intrusion du 7 décembre, des éleveurs ont décidé de cesser de promouvoir leur profession par crainte de représailles. Jusqu’où iront les activistes si les intrusions dans les fermes et les menaces envers les éleveurs n’entraînent que peu de conséquences? Le gouvernement du Québec doit ajuster ses lois, comme le font actuellement l’Ontario et l’Alberta.

Il n’est pas question ici de critiquer les choix alimentaires des gens. Tous sont libres de manger ce qui leur convient ou ce qui est conforme à leurs valeurs éthiques ou spirituelles. Les activistes antispécistes et véganes peuvent manifester leur mécontentement et défendre leurs idées sans s’attaquer directement aux éleveurs, à leurs familles et aux gens qui travaillent dans le secteur des viandes. Ils peuvent manifester dans la rue, devant les parlements, écrire à leurs députés, faire signer des pétitions ou y aller de campagnes média. 

Dans une lettre adressée récemment au ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, à la ministre de la Justice, Sonia LeBel, et à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, demandait au gouvernement québécois de légiférer afin «d’assurer la sécurité des agriculteurs québécois, de leurs familles, des travailleurs du secteur agroalimentaire et des animaux d’élevage». J’espère que le gouvernement sera à l’écoute et qu’il agira promptement.

Éditorial

Dans la bonne direction

ÉDITORIAL / La décision de Récup Estrie d’investir 2,7 millions $ pour améliorer le tri du papier afin de répondre aux critères de qualité des papetières et de cesser d’acheminer cette matière à l’étranger est logique au plan environnemental et économique, tellement qu’on se demande pourquoi cela n’a pas été fait avant.

Son vice-président, Pierre Avard, explique que la mauvaise qualité du papier, en raison d’un problème de contamination par d’autres matières, fait en sorte que non seulement Récup Estrie n’arrive pas à vendre ce produit mais doit payer – jusqu’à 440 000 $ par année – pour s’en débarrasser!

Résultat : des milliers de tonnes de papier étaient acheminées à l’étranger, en Inde dans ce cas-ci.

De très nombreux centres de tri québécois et canadiens font de même faute de débouchés pour certaines matières en raison notamment de problèmes de contamination.

Cela est non seulement contraire au principe de l’économie circulaire, c’est-à-dire traiter et valoriser ici les matières secondaires, mais est un non-sens au plan environnemental, en plus de poser un sérieux problème éthique.

De quel droit peut-on se servir des pays d’Asie comme la poubelle de l’Occident en raison de la mauvaise qualité de matières issues des centres de tri et du manque de débouchés?

En outre, a-t-on idée du coût et de l’impact écologique du transport de nos déchets à l’étranger? 

Récup Estrie effectue le tri des matières recyclables provenant de la collecte sélective de la ville de Sherbrooke et des MRC de Memphrémagog, Haut Saint-François, Val-Saint-François, Coaticook et des Sources. On y traite plus de 30 000 tonnes de matières recyclables par année.

Or, la donne commence à changer puisque de plus en plus de pays asiatiques refusent de recevoir les matières dont on ne veut pas ici.

En 2018, la Chine avait fermé ses frontières aux matières secondaires provenant de l’étranger, dont des centaines de milliers de tonnes récupérées au Québec, tandis que l’Inde a restreint significativement ses importations de papier mixte depuis décembre.

L’an dernier, le Canada a dû dépenser plus d’un million $ pour rapatrier 69 conteneurs de déchets des Philippines.

En outre, la Malaisie vient d’annoncer qu’elle renvoie une dizaine de conteneurs de déchets de plastique au Canada.

On ne peut continuer ainsi.

Les recycleurs d’ici veulent des matières de qualité.

Il est donc impératif de revoir le système de collecte sélective, d’améliorer la qualité du tri et de développer un marché pour la transformation et la valorisation des matières recyclables. 

En ce sens, l’initiative de Récup Estrie est louable.

Un géant

Le décès de Roger Nicolet, à l’âge de 88 ans, constitue une perte énorme pour l’Estrie et le Québec.

Cet ingénieur civil de formation originaire de Belgique a marqué la scène politique régionale en plus de s’illustrer comme ingénieur non seulement au Québec mais aussi à l’étranger, notamment avec le projet de la tour du CN, à Toronto, et de La Pyramide du Louvre, à Paris.

Maire d’Austin de 1976 à 2009 et préfet de la MRC de Memphrémagog, de 1981 à 1994, M. Nicolet a apporté une contribution exceptionnelle au développement de la région tant par son expertise et sa rigueur que par sa vision progressiste et humaniste.  

Il a aussi été président de l’Ordre des ingénieurs du Québec et a présidé différentes commissions d’enquête, dont celle sur les inondations au Saguenay, en 1996, et sur la tempête de verglas de 1998.

Les gens de la région retiendront surtout l’affabilité, la générosité et l’intégrité de cet homme très attaché à sa communauté.

Aujourd’hui, nous devons lui dire un immense merci et offrir nos plus sincères sympathies à sa famille et à ses proches.

Opinions

Un droit de passage, pas un droit acquis

Je suis propriétaire du terrain qui permet aux sentiers de motoneige de relier Eastman à Austin, juste au sud de l’autoroute des Cantons-de-l’Est, au pied du mont Chagnon.

C’est probablement une des plus belles sections de sentier, par sa topographie et sa vue sur le mont Orford.

De plus, je donne accès depuis les débuts aux Sentiers de l’Estrie, soit plus de 30 ans si ma mémoire est bonne. Et je n’ai jamais perçu un dollar pour cela.

Alors moi, l’environnement, je le partage et je crois bien que je le protège.

Dans cette histoire de droit de passages pour les motoneigistes, ce qui me préoccupe le plus c’est le peu de reconnaissance que les gouvernements municipaux et provinciaux ont pour ceux qui, comme moi, donnent un droit de passage sur nos terrains.

Ce droit de passage est révocable par tous ceux qui le donnent. C’est ainsi. Je le fais en espérant que ça donne un coup de main à ceux qui se dévouent pour construire et entretenir ces sentiers, mais en aucune façon c’est un droit acquis. 

Je le fais pour du bon voisinage et pour partager avec mes concitoyens. Et ultimement pour que les gouvernements reconnaissent le don fait à la société par nous, les propriétaires de terrains, qui ne sommes pas tous riches pour autant.

Toujours est-il que je me retrouve coincé entre l’arbre et l’écorce. Depuis l’acquisition de mon terrain de 97 acres quand j’étais dans la vingtaine, il y a plus de 35 ans, les règlements de zonage ont changé. On a mis des restrictions qui nous enlèvent de plus en plus de possibilités de monnayer la valeur de nos terrains.

Que des propriétaires de terrains à Sherbrooke ou ailleurs utilisent les droits de passage comme moyens de pression est compréhensible. Souvent les gens ne connaissent pas tous les éléments et les pertes de valeur des terrains causés par des décisions qui sont politiques et arbitraires, et pas toujours claires pour les personnes non concernées. 

Bref, on fait passer les propriétaires, qui donnent des accès, pour de gros méchants. 

Je suis plutôt solidaire des propriétaires qui ont bloqué l’accès, mais je les encourage à trouver un terrain d’entente. Peut-être une trêve, mais il faut s’attaquer à régler ces dossiers une fois pour toutes. Sinon, qui diable voudra donner des droits de passage?

Ma recommandation serait que le gouvernement rende des sommes disponibles pour négocier des achats de terrains une fois pour toutes. Pas des expropriations sauvages ou des changements de zonage sournois. 

Les retombées économiques de la motoneige sont importantes. Il y a des milliers de personnes qui viendraient de l’extérieur du Québec pour en faire. Mais bien souvent, les riches qui ont les moyens d’être plus verts que verts sont ceux qui partagent le moins leurs terrains. Vrai ou pas? 

Luc Pellerin
Austin

Point de vue

Lettre ouverte: Jaggi Singh revient sur un «épisode juridique farfelu»

POINT DE VUE / La semaine dernière, j’ai été acquitté des accusations criminelles qui pesaient contre moi à la suite de ma participation à une manifestation dénonçant la Meute, un groupe d’extrême droite raciste et anti-immigrants, à Québec en août 2017.

J’aurais préféré un procès en bonne et due forme: il ne fait aucun doute que j’aurais été acquitté. J’étais préparé à faire un contre-interrogatoire, en français, des quatre agents de police, tout comme j’avais contre-interrogé un sergent-détective du SPVQ pendant plusieurs jours lors de l’examen de la preuve qui a précédé l’audition.

Les trois jours d’audition prévus avaient été planifiés plusieurs mois à l’avance. Les procureurs de la Ville de Québec avaient confirmé leur disponibilité. Pourtant, la semaine dernière, ils sont arrivés à la cour avec une excuse digne d’un élève mal préparé: «aucun procureur s’exprimant en anglais n’est disponible, nous ne sommes donc pas en mesure de présenter nos preuves». Ce prétexte démontre non seulement l’incompétence des procureurs agissant dans le cas qui me concerne, mais révèle aussi plusieurs irrégularités.

À mon avis, ce procès représente un abus dans l’utilisation de la justice criminelle qui implique à la fois le SPVQ, les procureurs et, en toute apparence, le maire lui-même. Comment expliquer l’intérêt personnel qu’il accorde à mon dossier et ses interventions publiques?

La langue n’a jamais limité les procédures précédentes. Je suis bilingue, pas parfaitement, mais suffisamment pour argumenter avec des avocats. Jusqu’ici, 90% des procédures dans les enquêtes et le procès se sont déroulées en français. Seule une minime partie de la vingtaine d’audiences et de comparutions préparatoires au procès se sont déroulées en anglais, ce qui n’avait jamais posé de problème. La Couronne savait très bien que le procès continuerait ainsi et que la présence de procureurs bilingues serait nécessaire. C’était son devoir de se préparer en conséquence pour que le procès puisse avoir lieu.

Le maire Labeaume semble avoir plus de détails sur les affectations des procureurs que ce que la Couronne a offert comme explications au juge. Il déclarait dans les médias cette semaine: «On a neuf procureurs, dont sept, qui peuvent faire des procès en anglais, mais on en a trois qui pouvaient faire le procès de Jaggi Singh. Pour des raisons assez incroyables, les trois étaient en congé de maladie.»


La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Urgent besoin d’humanité

ÉDITORIAL / Invraisemblable. Surréaliste. Absurde. Inacceptable. Voilà autant d’adjectifs qui peuvent décrire le système mis en place par le ministère de l’Immigration pour soi-disant distribuer équitablement les 750 autorisations de parrainage de réfugiés. La course au dépôt de dossiers était, disons-le, digne d’une république de bananes.

Un Trifluvien, Francis Fortin, a été un témoin direct – voire un acteur malgré lui – de ce fiasco. Pour faire une histoire courte, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) avait indiqué que dans le cadre de son programme de parrainage collectif, il ne recevrait que 750 demandes, dont 100 provenant de particuliers. Déjà que le nombre était restreint, on avait décidé que ces demandes n’allaient pas être évaluées au mérite ou selon les garanties offertes par les parrains, mais plutôt selon la règle du premier arrivé, premier servi. Parce que oui, il fallait les présenter en personne.

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle

Opinions

Il est temps d’en finir avec « Machurer »!

Depuis quelques semaines, je vois apparaître sur les réseaux sociaux des commentaires très désobligeants sur M. Jean Charest, des propos émanant de gens qui l’accusent de corruption, et cela, bien entendu, sans la moindre preuve. C’est sans difficulté que je conçois l’angoisse que cela provoque chez ses proches. Je n’ai jamais été un partisan de l’ancien premier ministre et modestement, j’ai même contribué à le faire battre dans la circonscription de Sherbrooke. Un fait d’armes dont je ne suis pas peu fier. Ce n’est pas un mystère pour personne, je n’ai jamais partagé ses idées et d’aucuns savent que je l’ai politiquement détesté.

En ce moment même, la perspective de son retour en politique fédérale me file des boutons. Par contre, il ne s’agit plus de politique, mais bien de justice et surtout, de l’honneur d’un homme que l’on jette en pâture.

Pierre Jury

La bonne décision de Jean Charest

ÉDITORIAL / Jean Charest a choisi son camp : « Après avoir été longuement sollicité, j’ai beaucoup réfléchi et consulté, et je ne serai pas candidat à la direction du Parti conservateur du Canada. »

Cela laisse le champ libre aux Peter MacKay et Rona Ambrose, les deux candidats favorisés par l’establishment du parti, de bâtir des consensus autour de leur nomination. Et accessoirement, aux autres candidats que sont Erin O’Toole, Pierre Poilievre et autre Marilyn Gladu de tenter de se faufiler jusqu’à la couronne.

Évidemment, tous ces candidats n’ont pas confirmé leurs intentions à ce moment-ci. Rona Ambrose est celle que tout le monde attend, et elle se fait tirer l’oreille. Dans le cas de MM. O’Toole et Poilievre, c’est un secret de Polichinelle qu’ils seront de la course. Ils attendent l’instant propice pour révéler leurs volontés.

Mais Jean Charest était le principal Québécois à être tenté par l’aventure. Il dit y avoir longuement réfléchi pendant la période des Fêtes, car le chef Andrew Scheer a fait état de son intention de laisser la direction du Parti conservateur du Canada (PCC) le 12 décembre dernier. 

Jean Charest n’a peut-être pas été surpris de sa cote de popularité. Dans une entrevue exclusive consentie à Patrice Roy sur les ondes de Radio-Canada, il a précisé avoir renoué avec des fidèles du parti d’il y a plus de 30 ans. Ils l’exhortaient à se présenter. Il faut savoir que M. Charest a été leader du Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998, lorsqu’il a quitté pour aller diriger les libéraux du Québec. Il a été premier ministre de 2003 à 2012. Mais il a estimé que le fossé était trop grand entre les progressistes-conservateurs et le PCC. Et les règles de cette course au leadership ne sont pas propices à un candidat de l’extérieur du parti, a-t-il aussi confié.

Assurément, le Parti progressiste-conservateur n’est pas le Parti conservateur du Canada qu’a fondé Stephen Harper. M. Charest en est bien conscient. Le changement de nom correspond à un virage à droite du parti sur de nombreuses questions, notamment l’environnement, le port d’armes, l’avortement, le mariage gai, etc. Jean Charest a adopté les valeurs libérales au fil de son passage, mais ce n’était pas si difficile que ça. Sur l’environnement et les questions sociales, son Parti progressiste-conservateur était très près du Parti libéral du Québec. 

Après une décennie et demie sous M. Harper et M. Scheer, il est temps que le Parti conservateur revienne un peu plus au centre, un peu plus près de ce qu’il était du temps du Parti progressiste-conservateur. Des forces souterraines, exercées par M. Harper soupçonne-t-on, luttent contre ce virage vers le centre. Il reste à voir jusqu’à quel point ce réalignement de positions cruciales au PCC s’articulera sous un nouveau chef. 

Et puis, il y a toutes les questions sur le financement politique et l’enquête interminable que l’Unité permanente anticorruption a baptisé « Mâchurer ». Le dévoilement d’anciens éléments d’enquête jusque-là dissimulés, la semaine dernière, ne sera pas étranger à la timidité de Jean Charest de reprendre le cours de sa vie politique active. Il attend depuis six ans que l’UPAC dépose des accusations, et elles ne viennent toujours pas. Mais le PCC aurait-il bien vécu avec un chef obscurci par le nuage de l’UPAC ? M. Charest a conclu qu’il n’avait pas besoin de revivre sous cette ombre, bien qu’il persiste à dire qu’il n’a « rien à se reprocher ». 

Depuis qu’il a repris sa carrière d’avocat, il vit mieux qu’avant. 

Pourquoi insister ? Il aura été séduit par l’idée... puis après mûre réflexion, il se sera ravisé. Somme toute, Jean Charest a pris une bonne décision.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Opinions

Payer pour l’église et la royauté

Dans les dernières semaines, deux événements ont suscité un questionnement chez moi et je ne sais pas si c’est partagé, mais je vous les soumets.

En décembre, on apprenait qu’à Frelighsburg, la municipalité a acquis l’église anglicane Bishop et a versé à l’évêché un montant de 20 000 $ pour quelques compensations. Dans l’église catholique il se vit le même phénomène de fermetures d’églises causées en partie par une pénurie de curés et par le faible taux de fréquentation de ces établissements. Je ne comprends pas pourquoi il faut encore payer des diocèses quand ces églises ont été bâties et payées par nos parents et grands-parents et surtout pas par ces curés et évêques. Je me souviens encore que mes parents devaient verser des montants pour la quête, la dîme et même l’achat d’un banc alors qu’ils peinaient à faire vivre une grande famille.

L'oeil de Lacroix

L'oeil de Lacroix
Mario Lacroix

Opinions

Une démocratie en danger

ANALYSE / Depuis trois ans, j’ai écrit régulièrement dans les journaux du Groupe Capitales Médias sur les dangers que représente la présidence de Donald Trump pour la démocratie américaine. Pour ce faire, je ne me suis pas limité aux analyses des journaux libéraux comme le New York Times et le Washington Post ou les déclarations de politiciens démocrates. J’ai même recouru davantage aux critiques formulées par des ténors républicains comme John McCain et Mitt Romney, deux anciens candidats républicains à la présidence, et de grands représentants du mouvement conservateur américain comme George Will et David Frum.

Menteur pathologique, Trump adhère aussi à toutes sortes de théories de complot qui sapent les fondements de la démocratie américaine. Gouvernant comme un autocrate, il rejette le principe de séparation des pouvoirs et le droit de contrôle du Congrès sur son administration. En conséquence, il fait obstruction systématiquement aux demandes du Congrès lorsque ce dernier veut exercer son droit de vérification sur les scandales dans lesquels lui et son administration sont impliqués.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Opinions

2020 : un moment crucial dans la lutte pour les droits des aînés

POINT DE VUE / Parallèlement, une décennie de réalisations et de frustrations vient de s’achever pour le Réseau FADOQ. Alors que notre organisation commence un nouveau cycle en 2020 en soulignant son 50e anniversaire de fondation, un temps de réflexion s’impose pour mesurer l’impact de nos revendications dans l’amélioration de la qualité de vie des aînés.

Dans une allocution lors du dernier Congrès provincial du Réseau FADOQ, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, s’est engagée à modifier les perceptions de la classe politique à propos des dossiers relatifs aux aînés. Un engagement qui nous mène à cette inévitable question : quelle est notre degré de volonté, en tant que société, à mettre en place des solutions tangibles afin de relever les défis posés par le vieillissement accéléré de la population?   

Nous sommes à la croisée des chemins sur tant d’enjeux touchant les aînés. Ça, nous l’avons dit et répété. Nous sommes à la croisée des chemins au niveau des soins de longue durée. Depuis dix ans, le Réseau FADOQ se bat afin d’inciter les instances gouvernementales à poser des gestes concrets pour enrayer le fléau de la maltraitance envers les aînés. Depuis 2010, notre organisation a participé à plusieurs consultations au sujet de l’hébergement et des soins de longue durée, consultations qui ont mené à l’élaboration de plusieurs recommandations de la part du Réseau FADOQ, mais à peu d’actions réelles du gouvernement. Pendant ce temps, les listes d’attente se sont allongées. Si bien qu’en janvier 2020, plus de 3000 aînés subissent encore les contrecoups du manque de places en CHSLD. Un constat navrant.

La décennie 2010 a pris fin sur une note positive, remarquez, avec cet engagement du gouvernement d’investir 2,6 milliards de dollars afin de transformer certains CHSLD et de garantir la création de 2600 nouvelles places en maisons des aînés d’ici 2022. L’échéancier du gouvernement Legault est ambitieux, la mise en œuvre de ce projet devra donc l’être tout autant. Les nouvelles places promises devront être déployées dans les milieux où les besoins de la population sont les plus urgents. Et cet ajout de places devra rimer avec l’embauche rapide de personnel soignant qualifié. Le temps presse, les ratios soignant/patient doivent être ajustés promptement pour améliorer le niveau de soins et de sécurité des personnes hébergées.

Justement, parlons-en de ces problèmes de ratios puisqu’ils sont étroitement liés aux histoires d’horreur causées par la maltraitance organisationnelle qui a fait trop de tort à trop d’aînés dans la dernière décennie. Les piètres conditions de vie imposées aux résidents des CHSLD, le Réseau FADOQ les a dénoncées à coups d’entrevues, de communiqués, de mémoires et de conférences de presse. 

Nous sommes intervenus pour que les résidents des CHSLD puissent avoir le minimum décent. Dans la foulée de ces revendications, le droit d’installer des caméras en CHSLD et le droit à un deuxième bain pour les aînés hébergés dans ces milieux de vie ont été obtenus. Nous avons aussi appuyé un recours collectif de 500 millions de dollars contre tous les CHSLD de la province, qui a été autorisé par un juge de la Cour supérieure du Québec. Au tournant de la décennie 2020, pouvons-nous humaniser le système en soutenant avec plus de conviction les différents professionnels afin que ces derniers puissent offrir les soins adéquats aux patients? Pouvons-nous améliorer l’organisation du travail, éliminer le temps supplémentaire obligatoire, valoriser ces professions de la santé? Ces avenues sont incontournables pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre. 

La précarité financière de nombreux aînés soulève également de grandes interrogations. Plusieurs peinent à assurer la couverture de leurs besoins fondamentaux. Cette préoccupation a poussé notre organisation à déposer, en 2016, un recours pour forcer Ottawa à faire appliquer la Loi canadienne sur la santé et à faire cesser la surfacturation aux patients, ce qui a mené à l’abolition des frais accessoires en santé au Québec. Nous avons aussi réussi à bonifier et à rendre automatique l’inscription au Supplément de revenu garanti. 

Des aberrations économiques perdurent aussi au niveau des revenus à la retraite. Le Réseau FADOQ ne comprend pas pourquoi les fonds de pension ne sont pas mieux protégés. Rapidement au cours de la prochaine décennie, les caisses de retraite devront être élevées au rang de créances prioritaires. Un régime d’assurance fonds de pension, du même type que celui en vigueur en Ontario, devra également être instauré chez nous au Québec. Il faut prioriser l’intérêt des travailleurs et des retraités, comme notre organisation l’a fait en 2017 en talonnant Québec sur la nécessité de bonifier le Régime de rentes du Québec (RRQ) et de maintenir les premiers versements des prestations de la Sécurité de la vieillesse à 65 ans.

Une nouvelle décennie débute, donc, et il faut constater qu’il reste bien des batailles à mener afin d’améliorer la qualité de vie des aînés. À l’aube de son 50e anniversaire, notre mouvement se présente comme le filet social de tous les aînés, un rempart essentiel contre l’isolement et l’abus. Notre organisation est arrivée à pleine maturité, avec toute l’énergie nécessaire pour continuer de servir, défendre, informer et rassembler les aînés. Puissions-nous continuer de remporter ensemble de grandes victoires.

Gisèle Tassé-Goodman
Présidente du Réseau FADOQ 

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

La fin d'une époque

POINT DE VUE / Avec la fermeture prochaine de l’imprimerie de La Tribune, c’est toute une page d’histoire qui se tourne malheureusement.

Un gros merci à tous ces artisans qui perdent leur emploi. 

Merci encore pour les miracles que vous avez accomplis en réussissant à entretenir ces bonnes vieilles presses. 

Je salue également les sacrifices familiaux que cela comporte de travailler toujours de nuit, étant moi-même la fille d’un pressier, Charles-Émile Charron, qui y a travaillé pendant plus de 40 ans.

Je vous souhaite de retrouver un travail qui vous passionnera tout autant.


Monique Charron
Sherbrooke

Opinions

Une bataille ardue

ÉDITORIAL / Il faut saluer l’amorce d’un dialogue entre l’État du Vermont et les représentants de l’Estrie à l’occasion de la rencontre de lundi dernier à Newport, à l’initiative du collectif vermontois DUMP (Don’t Undermine Memphremagog’s Purity) au sujet du projet d’agrandissement de Casella Waste Systems, à Coventry.

Mais la bataille s’annonce ardue pour éviter que reprenne le traitement des eaux usées de ce lieu d’enfouissement à la station d’épuration de Newport et que celles-ci se retrouvent ensuite dans le lac Memphrémagog.

De nombreux élus et citoyens estriens, tout comme Memphrémagog Conservation Inc. (MCI) et le collectif DUMP, s’opposent à l’agrandissement du lieu d’enfouissement, situé près d’un affluent du lac Memphrémagog, autorisé l’an dernier par la Commission environnementale du Vermont.

Ils ne veulent pas non plus du traitement des eaux de lixiviation à Newport, qui ne dispose pas de la technologie nécessaire pour recevoir les rejets industriels, un dossier actuellement à l’étude par l’Agence des ressources naturelles du Vermont.

En octobre dernier, Casella Waste Systems s’était engagé à cesser pour quatre ans le traitement des eaux résiduelles de son lieu d’enfouissement à Newport, une condition pour l’obtention de son permis d’agrandissement.

Mais lors de la rencontre de lundi dernier, les propos du PDG de Casella Waste Systems, John Casella, ont donné la mesure du défi qui s’annonce.

Car, non seulement ce dernier refuse de s’engager au-delà de l’échéance de quatre ans, estimant que la recherche permettra peut-être de trouver une solution, mais il soutient que les opposants n’ont pas de preuves sur les impacts environnementaux liés au projet d’agrandissement. 

Il a aussi déjà affirmé que les données de l’Agence des ressources naturelles du Vermont démontraient que le traitement des eaux résiduelles du dépotoir à la station de Newport n’avait pas d’impact négatif sur la santé et l’environnement.

Le président de MCI, Robert Benoit, impliqué dans ce dossier depuis des années, rappelle toutefois avec raison que le principe de précaution doit s’appliquer, notamment parce que le lac Memphrémagog sert de réservoir d’eau potable pour une population de 175 000 personnes.

En outre, la représentante de la MRC de Memphrémagog, Alexandra Roy, a fait valoir l’an dernier, lors des audiences sur le projet d’agrandissement, que les données sur les rejets de la station de Newport étaient insuffisantes pour s’assurer qu’elles sont sécuritaires pour l’environnement.

Les élus et groupes environnementaux de ce côté-ci de la frontière n’ont malheureusement pas le gros bout du bâton dans cette bataille qui devient de plus en plus politique.

Pour l’heure, ils dépendent de la décision de l’Agence des ressources naturelles du Vermont qui aura le dernier mot pour ce qui est du traitement du lixiviat à Newport.

On peut toutefois se demander où en est Ottawa dans ce dossier : l’ancien député fédéral de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, avait demandé l’an dernier à la ministre des Affaires étrangères de l’époque, Chrystia Freeland, que la Commission mixte internationale (un organisme qui regroupe des experts canadiens et américains) mène une enquête sur les impacts environnementaux du projet d’agrandissement de Coventry, une requête visiblement restée lettre morte.

La suite

Le départ à la retraite du président et coordonnateur de MURIS, Serge Malenfant, et l’arrêt des activités de cet organisme après 20 ans et 18 murales marque la fin d’un projet qui a transformé les murs du centre-ville en témoins de la vie et de l’histoire des Sherbrookois.

Ce circuit d’art mural en trompe-l’œil, reconnu internationalement, est devenu avec les années l’un des principaux attraits touristiques de Sherbrooke grâce au talent et à l’imagination de ses artisans.

Il faut saluer l’audace et le travail de Serge Malenfant, qui a démontré l’importance de l’art dans les rues de Sherbrooke, et espérer que la Ville donnera suite à ce projet.   


Point de vue

Oui, elle est loin l’époque glorieuse du Canadien

POINT DE VUE / Enfant, je collectionnais les fameuses cartes de hockey vendues en petits paquets dans les dépanneurs et sur lesquelles je pouvais voir les photos de mes joueurs favoris, en plus d’avoir droit à une belle gomme à mâcher. Et il y en avait plusieurs de grands joueurs, dois-je dire, de la Ligue nationale de hockey. Mais ce sont surtout les joueurs du Canadien de Montréal qui étaient, il va de soi, mes préférés.

À 11, 12 ans, ils faisaient figure, à mes yeux, de héros, rien de moins. Et quand j’échangeais mes cartes, avec mes jeunes amis, ce sont les cartes des joueurs du Canadien qui étaient les plus recherchées et qui valaient leur pesant d’or. Plus j’avais de cartes représentant les Jacques Lemaire, Yvan Cournoyer, Ken Dryden etc., et plus je me sentais fier.

Faut dire que c’était la grande époque de la Sainte-Flanelle, les années 70, celle où l’équipe a remporté trois fois la Coupe Stanley. Celle où le Canadien de Montréal était devenu une véritable dynastie. Celle du fameux entraîneur Scotty Bowman. L’époque aussi où il y a eu la Série du siècle Canada-Russie en 1972 et au cours de laquelle des joueurs du Canadien se sont démarqués.

Et, bien entendu, les enfants n’étaient pas les seuls à suivre, avec engouement, les péripéties du Tricolore à cette époque. Nos parents ne manquaient pas un match. Faut dire que les joueurs du Canadien donnaient leur 200 % sur la glace. L’époque où leurs salaires étaient beaucoup moins élevés, toutes proportions gardées, que celle de nos millionnaires à deux lames d’aujourd’hui. Les joueurs du Canadien de l’époque nous semblaient pourtant plus grands que nature, avaient du cœur au ventre et faisaient, pour ainsi dire, figure de légendes vivantes.

La dernière Coupe Stanley remportée par le Canadien remonte à 1993. J’ai eu alors un petit regain de fierté et me suis remémoré les plus beaux jours des années 70. Voilà que Patrick Roy me semblait être, lui aussi, un joueur plus grand que nature. Peut-être le dernier en liste? Mais depuis, il s’est écoulé 27 ans et le Canadien a perdu des plumes et a perdu plus souvent qu’autrement. Mais le salaire des joueurs, lui, a continué de monter et de Coupe Stanley, il n’y en a point eu d’autres d’inscrites au compteur.

À la suite de leurs deux séries de huit défaites d’affilée cette saison, le Canadien de Montréal me semble être devenu l’ombre de lui-même. Les joueurs me semblent désincarnés et en panne de passion. Exit le feu sacré!

Ces dernières années, j’ai souvent été surpris de constater qu’un jour, le Canadien gagnait haut la main contre la meilleure équipe du moment de la LNH et, le lendemain, il subissait la défaite contre la pire équipe de la ligue. C’est à n’y rien comprendre et ça ne fait pas sérieux.

Aujourd’hui, je ne suis plus un partisan du Tricolore et je trouve que les joueurs ne méritent vraiment pas le salaire qu’ils gagnent. Ils ne méritent plus que je les suive de près. La solution serait elle qu’ils soient rémunérés au mérite, à la performance? Je dis cela, bien sûr, avec une certaine ironie! Mais quand un joueur embarque sur la glace avec ses millions bien enfouis au chaud dans ses bas de laine bleu, blanc, rouge, il est peut-être moins porté à performer et à donner le meilleur de lui-même.

Oui, elle est loin l’époque glorieuse du Tricolore, où les joueurs se défonçaient littéralement et se démenaient comme de bons diables sur la patinoire. Voilà qui était, en soit, une belle marque de respect adressée à leurs partisans. En 2020, les joueurs du Canadien de Montréal devraient, plus que jamais, tirer des leçons du passé et s’inspirer de leurs fiers prédécesseurs.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Quand il ne reste que les mots

MM. André et Paul Desmarais jr.,

Mon nom est Pierre Dubois. Je suis retraité. J’ai travaillé pendant 31 ans pour les journaux Trans-Canada d’abord à l’hebdomadaire Le Pont de Grand-Mère, puis chez TROffset, jadis l’imprimerie du Nouvelliste de Trois-Rivières, et pendant 21 ans à La Tribune de Sherbrooke.

POINTS DE VUE

Régler le débordement des urgences

POINT DE VUE / La période de la grippe hivernale ramène annuellement l’enjeu du débordement des urgences au Québec. Chacun y va de ses solutions : amélioration de la première ligne, cliniques de grippe, changement de la rémunération des médecins, agrandissement des urgences, lits de débordement, augmentation des lits d’hôpitaux et des places en CHSLD. Tous profitent de cette crise pour faire valoir la panacée qui réglera une fois pour toutes ce problème.

Mais ces solutions, en apparence attrayantes, occultent le véritable enjeu : les personnes vulnérables, souvent âgées, qui sont hospitalisées faute d’un suivi adéquat et qui prolongent leur hospitalisation faute de soins et services à domicile.

Utilisons une comparaison simple pour illustrer le problème de l’encombrement des urgences et des lits d’hôpitaux. Les établissements sont comme une baignoire : le robinet représente le flot de malades qui nécessitent une hospitalisation et le drain la sortie de ces malades. Lorsque la baignoire déborde, on peut agrandir la baignoire ou la changer pour une plus grande. Qu’arrivera-t-il alors? Pour un temps, elle ne débordera plus, mais une fois sa nouvelle capacité atteinte, elle débordera à nouveau si on ne change pas l’intensité du flux d’entrée par le robinet et du flux de sortie via le drain. C’est la même chose pour les urgences et les hôpitaux : augmenter leur capacité en ajoutant des lits n’est qu’une solution temporaire qui ne règle pas le problème à la source. Il en est de même pour les places d’hébergement : une augmentation n’aura qu’un impact temporaire sur les temps d’attente en CHSLD.

Flux d’entrée et de sortie

Il faut donc examiner davantage les flux d’entrée et de sortie. À l’entrée, il est vrai qu’une première ligne, plus efficace et disponible, déviera de l’urgence une certaine proportion de malades. Faute de voir rapidement leur médecin de famille ou encore d’avoir un rendez-vous en clinique réseau ou en clinique de grippe, faute de consulter le pharmacien ou l’infirmière, les malades n’ont d’autres choix que de se présenter aux urgences. Ce flux indu de patients, en plus d’entraîner des temps d’attente importants qui favorisent la contamination des autres usagers, détourne des ressources humaines qui pourraient être autrement utilisées pour soigner des personnes atteintes plus gravement. Un meilleur accès à la première ligne n’aura cependant qu’un impact indirect et limité sur le vrai problème : l’encombrement de l’urgence par des malades atteints gravement qui nécessitent une hospitalisation.

Pour diminuer le flux d’entrée de ces malades, il faut améliorer leur suivi pour prévenir une détérioration lors d’un épisode de grippe. Les stratégies qui incitent un meilleur suivi médical (via la rémunération), la vaccination contre le virus de la grippe ou le pneumocoque et des soins et services à domicile plus intenses incluant l’inhalothérapie pourraient prévenir des hospitalisations.

Mais c’est au niveau du flux de sortie que des interventions appropriées ont surtout des promesses de succès. Actuellement, on estime que 2 500 lits d’hôpitaux (16 %) sont occupés par des personnes, souvent âgées qui attendent un congé vers des ressources d’hébergement, de réadaptation ou des soins à domicile. À ceux qui souhaitent une augmentation des lits d’hôpitaux, le voilà le Saint-Graal avec en prime les infrastructures et les ressources humaines déjà en place et financées. Mais, comme nous l’avons vu, l’augmentation des places en CHSLD n’aurait qu’un effet transitoire sur l’attente. 

La solution au flux de sortie et en partie au flux d’entrée repose sur des services à domicile bien organisés et en quantité suffisante. Pas des services post-hospitaliers, mais surtout des soins et services à long terme pour permettre aux personnes âgées et handicapées de vivre à domicile malgré une perte d’autonomie. Cela assurerait un meilleur suivi et éviterait des hospitalisations indues. Cela amènerait surtout une alternative à l’hébergement, diminuerait l’attente pour les CHSLD, diminuerait l’attente en établissement de réadaptation et à l’hôpital et au final désengorgerait les urgences.

Soins à domicile

En finançant essentiellement les hôpitaux et les médecins, notre système de santé néglige un élément essentiel dans une perspective de vieillissement de la population : les soins et services à domicile. Avec 85 % des budgets de soins de longue durée dédiés à l’hébergement, les soins à domicile ne répondent qu’à un maigre 5 % des besoins, un pourcentage qui a d’ailleurs diminué au cours des dernières années. Et il ne suffit pas d’y injecter de l’argent pour s’attendre à une amélioration des services. Nous avons monitoré les soins à domicile reçus par les personnes âgées de Sherbrooke de 2011 à 2015 pour constater que le nombre de visites à domicile a chuté de façon drastique (plus de 70 %) au cours de cette période. Et ce, même si le gouvernement auquel j’appartenais a injecté 110 M$ en 2013-2014 pour rehausser de 25 % le budget des soins à domicile. Cet investissement ne s’est malheureusement pas traduit par plus de services. Le financement a sans doute été utilisé par les établissements pour d’autres besoins jugés davantage prioritaires. Il est probable que l’investissement de 264 M$ annoncé récemment par la ministre actuelle subisse le même sort.

Il faut donc absolument changer le mode de financement des soins à domicile et remettre aux personnes, et non aux établissements, la responsabilité de gérer le financement de leurs services à domicile. C’est ce que proposait le projet d’assurance autonomie que nous avions élaboré en 2013 et qui est resté en plan à la suite de l’élection de 2014. Cette nouvelle forme de financement, adoptée par plus d’une quinzaine de pays, dont le Japon et la France, est un élément essentiel et incontournable pour faire face aux défis du vieillissement pour le système de santé. C’est l’élément-clé pour agrandir le drain et éviter que la baignoire des urgences déborde, encore et toujours.

*L’auteur a été ministre péquiste de la Santé du Québec de 2012 à 2014