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2025, l’année de l’esprit critique?

Depuis quelques années, la désinformation s’est imposée comme une véritable épidémie. Les réseaux sociaux, en particulier, ont permis à des contenus fallacieux de se répandre à une ampleur sans précédent.

CHRONIQUE / Comme à chaque début d’année, les vœux affluent de toutes parts. De la santé à l’amour, en passant par la paix dans le monde, ces souhaits universels et intemporels sont quasiment devenus des rengaines qu’on se répète sans trop y croire. Alors cette année, je formule un vœu bien particulier: celui que 2025 devienne l’année de l’esprit critique.


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Dans un monde où la désinformation et les fake news se propagent à une vitesse vertigineuse, il est plus crucial que jamais de développer notre capacité à discerner le vrai du faux, à questionner les discours qui nous sont servis et à résister aux diverses manipulations qui affaiblissent nos barrières morales et nos démocraties.

Depuis quelques années, en effet, la désinformation s’est imposée comme une véritable épidémie. Les réseaux sociaux, en particulier, ont permis à des contenus fallacieux de se répandre à une ampleur sans précédent.

Un exemple récent et marquant est évidemment la propagation des théories du complot entourant la pandémie de COVID-19. Des affirmations telles que «le virus a été créé en laboratoire pour contrôler la population» ou «les vaccins contiennent des puces 5G» ont trouvé un écho étonnamment large, même parmi des personnes instruites.

Ces discours ne sont pas seulement absurdes, ils sont aussi dangereux, notamment parce qu’ils alimentent un climat de peur et de défiance qui peut aller jusqu’à mettre des vies en danger.

Mais la désinformation ne se limite pas à ces cas extrêmes. Elle se glisse aussi dans nos débats sociaux et politiques, surtout par le biais de sophismes, ces arguments fallacieux qui donnent l’illusion de la logique tout en étant fondamentalement trompeurs.



Attardons-nous un instant à quelques sophismes courants. Le sophisme ad populum, par exemple, consiste à affirmer qu’une idée est vraie ou bonne simplement parce qu’une majorité de gens y adhèrent. Un politicien pourrait ainsi affirmer que puisque la majorité des Canadiens pensent que les taxes et les impôts sont trop élevés, il est justifié de les réduire.

Or, la popularité d’une idée n’est pas synonyme de sa pertinence. Une réduction des taxes et des impôts peut, par exemple, entraîner des coupures dans les services essentiels, ce qui pourrait affecter la qualité de vie générale de la population, et en particulier des personnes les plus vulnérables.

Un autre sophisme fréquent est l’attaque ad hominem, qui s’attaque à la personne plutôt qu’à ses idées. Sur les réseaux sociaux, combien de fois voit-on des débats dégénérer en insultes personnelles plutôt qu’en échange d’arguments fondés? Cette stratégie détourne l’attention du fond du sujet pour déstabiliser l’interlocuteur ou le faire tomber en disgrâce.

Enfin, le sophisme de la pente glissante est aussi fréquemment utilisé. Il consiste à prétendre qu’une action anodine conduira inévitablement à une catastrophe. Par exemple, certains détracteurs des politiques environnementales affirment que si nous interdisons les voitures à essence, cela mènera à l’interdiction de toute forme de transport personnel. Ce type d’argument joue sur la peur plutôt que sur la raison.

Face à ces stratagèmes, comment résister? La réponse réside dans l’éducation et la sensibilisation. L’esprit critique n’est pas inné, mais se développe par la pratique. Il s’agit d’apprendre à se poser les bonnes questions: Qui est l’auteur de cette information? Quels sont ses motifs? Quelles preuves sont avancées? Ces preuves sont-elles fiables?

Un bon exemple de la puissance de l’éducation à la pensée critique est le programme de littératie médiatique implanté dans plusieurs écoles finlandaises. Les élèves y apprennent à détecter les biais, à analyser les sources et à déconstruire les arguments fallacieux. Ce n’est donc pas pour rien qu’un rapport de l’OCDE classe la Finlande au premier rang en la matière! Ce type d’initiative pourrait inspirer nos propres institutions scolaires au Québec et au Canada.

Promouvoir l’esprit critique implique aussi de rejeter la pensée magique, cette illusion suivant laquelle «tout ira bien» simplement parce que nous le souhaitons. Les problèmes complexes — qu’ils soient politiques, écologiques ou sociaux — nécessitent des solutions concrètes, pas des incantations optimistes. Se souhaiter une bonne année, c’est bien, mais travailler activement à la construire, c’est encore mieux.

Le développement de l’esprit critique nécessite un effort de tous les instants – et un effort concerté, idéalement. Il demande de sortir de notre zone de confort intellectuel, d’écouter des points de vue opposés et de réévaluer nos propres convictions à la lumière des faits ou de nouvelles informations.

Dans le contexte actuel, il peut être tentant de pointer du doigt les nouvelles technologies, comme l’IA et les réseaux sociaux, comme responsables de nos dérives intellectuelles et de la dégradation progressive du climat social. Certes, ces outils peuvent amplifier la désinformation et la « culture du clash », mais ils ne sont pas la source du problème. La véritable racine réside dans notre cerveau, et plus particulièrement dans nos biais cognitifs et notre penchant pour les réponses simples à des questions complexes.

L’IA et les réseaux sociaux ne sont finalement que le reflet de nos propres imperfections. Pour le meilleur et pour le pire, ces technologies sont en quelque sorte devenues une extension de notre propre cerveau. Alors, plutôt que de les diaboliser, utilisons-les plus intelligemment.

Par exemple, des plateformes comme FactCheck.org ou Décrypteurs, sur le site internet de Radio-Canada, offrent des ressources précieuses pour s’assurer de la véracité des informations qui circulent sur les réseaux sociaux. Mais encore faut-il prendre le temps de les consulter et d’y réfléchir.

Faire de 2025 l’année de l’esprit critique constitue donc un défi collectif colossal. Cela implique de valoriser la réflexion plutôt que la réaction, l’analyse plutôt que l’impulsion. C’est une bataille contre la paresse intellectuelle et le confort des certitudes.

Pour y parvenir, chacun de nous devra évidemment y mettre du sien, mais il faudra surtout faire preuve de patience et compter sur l’éducation et la sensibilisation, qui sont nos meilleures alliées contre la «tyrannie de l’opinion».

Sébastien Lévesque

Sébastien Lévesque, Le Quotidien

Sébastien Lévesque enseigne la philosophie au Cégep de Jonquière depuis 15 ans. Celui qui est surtout intéressé par les questions relatives à l’éthique et à l’épistémologie des sciences publie des textes de façon régulière dans Le Quotidien depuis plus de 10 ans.