Sébastien Lévesque

Peut-on croire en Dieu?

CHRONIQUE / « Ne suffit-il pas de voir qu’un jardin est beau, sans qu’il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ? » - Richard Dawkins

Peut-on croire en Dieu ? Aux premiers abords, la question peut sembler étrange tellement la réponse apparaît évidente. Un peu partout dans le monde, des milliards de personnes y croient, donc bien sûr que nous pouvons croire en Dieu. Mais la vraie question est peut-être la suivante : est-il raisonnable de croire en Dieu ? Et a-t-on besoin de cette croyance pour bien vivre ? Considérant la place centrale que Dieu occupe dans la vie de nombreuses personnes, la question mérite qu’on s’y attarde.

Sébastien Lévesque

Laïcité : prenez votre gaz égal!

CHRONIQUE / ​La laïcité, encore. Cela fait maintenant plus de 10 ans que les Québécois s’entredéchirent sur cette question, ce qui devient un peu lassant à la longue. Je m’étais donc promis de ne plus en parler, mais les événements en ont décidé autrement. Mais que pourrais-je ajouter qui n’a pas déjà été dit ? Cette fois, j’ai décidé de ne pas me positionner à proprement parler sur le projet de loi 21, mais de procéder à quelques mises en garde à l’attention de celles et ceux qui s’engageront dans ce débat, et ce, afin d’éviter les dérapages habituels. Trop peu trop tard, me direz-vous.

Vous vous souvenez du sketch Le 4e Reich, de RBO ? On y décrit un Québec ayant sombré dans le totalitarisme et prenant pour cible sa minorité anglophone, laquelle doit subir de violentes tentatives d’assimilation de la part de la majorité francophone. Les anglophones y sont placés dans des camps de concentration et en sont réduits à devoir écouter de la musique francophone (du Michel Louvain, si ma mémoire est bonne) en mangeant de la poutine et du pâté chinois. L’horreur, quoi ! Il s’agit d’une satire, évidemment, mais ce sketch exprime tout de même assez bien le climat de défiance qui régnait dans le Québec des années 80, une époque marquée par les débats entourant l’application de la loi 101.

Sébastien Lévesque

Démystifier l’école à la maison

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a récemment déposé un nouveau projet de règlement visant à encadrer plus strictement les familles qui font l’école à la maison. De son propre aveu, le ministre souhaite s’assurer que le droit à l’éducation de chaque enfant est respecté, et plus particulièrement celui des enfants qui fréquentent des écoles religieuses illégales. L’objectif est noble, mais la mesure risque malheureusement d’être assez peu efficace, en plus de nuire à l’ensemble des familles qui font l’école à la maison. En effet, en resserrant les règles autour de l’école à la maison, le ministre s’attaque directement à la liberté éducative de ces familles, et ce, sans motif raisonnable.

D’après les dernières estimations, il y aurait près de 5000 enfants scolarisés à la maison au Québec. Et pour diverses raisons, dont je vais vous épargner l’analyse aujourd’hui, le phénomène serait en pleine croissance. Quoi qu’il en soit, l’école à la maison demeure une réalité méconnue et très critiquée. Le ministre Roberge lui-même ne semble pas vraiment affectionner cette option éducative. Nous verrons cependant que la plupart des critiques dont elle est l’objet ne reposent que sur des préjugés et des idées reçues.

Sébastien Lévesque

Pédagogie du poisson

CHRONIQUE / C’était un 1er avril. Je me lève et, comme tous les matins, je me lance vers la machine à café pour me préparer un espresso double – car il faut ce qu’il faut, comme on dit. Je ne suis pas encore tout à fait réveillé et j’ai l’esprit légèrement embrouillé lorsque je tombe sur LA nouvelle du jour : les Nordiques sont de retour à Québec ! Gary Bettman, le commissaire de la LNH, s’apprêterait effectivement à en faire l’annonce. Soudainement, même si je n’ai pas encore bu mon café, j’ai les yeux grands ouverts et tous mes sens sont en éveil. Enfin ça, c’est ce que je crois.

C’est ce que je crois, car en vérité, je viens de me faire enfumer, de m’en faire passer une p’tite vite, comme on dit en bon québécois. D’ailleurs, en cherchant un peu partout dans les autres médias, je me rends bien compte qu’aucun ne parle du retour des Nordiques. C’est louche. J’ouvre la radio. Aucun animateur ne parle de ça, même à Québec. C’est vraiment louche. Et c’est à ce moment que tout devient clair dans mon esprit, car je comprends que j’ai été victime d’un canular. Je viens de me souvenir que nous sommes le 1er avril.

Sébastien Lévesque

Les plaisirs d’Épicure

CHRONIQUE / Avant de m’installer pour de bon au Saguenay-Lac-Saint-Jean, j’ai habité quelques années dans Charlevoix. Comme vous le savez certainement, Charlevoix est une région particulièrement reconnue pour la beauté de ses paysages et la richesse de son terroir. J’en garde d’excellents souvenirs. Je me souviens aussi que l’organisme Tourisme Charlevoix avait décidé de mettre en valeur la région en misant sur l’aspect « épicurien » de ses différents attraits. Mais d’où vient le mot épicurien, et que signifie-t-il exactement ?

Le mot tire son origine d’Épicure, un philosophe grec du 4e siècle avant Jésus-Christ. Pour être épicurien, il s’agit donc d’être un disciple d’Épicure, ou à tout le moins en accord avec ses idées. Nous verrons cependant que l’usage de ce mot a passablement changé avec le temps et que l’épicurisme contemporain a bien peu de choses à avoir avec l’épicurisme antique – avec le vrai épicurisme, autrement dit.

Sébastien Lévesque

Des animaux comme les autres

CHRONIQUE / Depuis Aristote, que l’on considère souvent comme le père de la biologie, nous savons que les êtres humains sont des animaux. Et depuis le 19e siècle, notamment sous l’impulsion des travaux du naturaliste Charles Darwin, il est entendu que les êtres humains sont non seulement des animaux, mais des animaux comme les autres. Mais qu’est-ce à dire exactement ? Et quelles sont les implications de cette idée ? Aujourd’hui encore, avec les débats entourant le véganisme et l’antispécisme, on constate que la question est loin de faire l’unanimité.

En effet, dire que nous sommes des animaux comme les autres ne va pas de soi dans l’esprit de nombreuses personnes. Il faut dire qu’elle n’est somme toute pas si loin l’époque où nous pensions que l’être humain était le « chef-d’œuvre de la création divine », ou encore qu’il possédait une intelligence supérieure qui l’autorisait à dominer la nature et les animaux. D’aussi loin que je sache, nos réflexions sur « le propre de l’homme » ont toujours abouti à des conclusions visant à justifier la perception selon laquelle l’être humain serait une espèce à part, si ce n’est carrément supérieure aux autres espèces. Et pourtant…

Sébastien Lévesque

Le carême en 2019

CHRONIQUE / Dans une société historiquement marquée par les valeurs judéo-chrétiennes, mais somme toute de moins en moins attachée à ses traditions, il est intéressant de se pencher sur certaines d’entre elles afin d’en évaluer la pertinence et les implications dans le monde actuel. Peut-être l’ignoriez-vous, mais nous sommes actuellement en plein carême. Mais qu’est-ce que le carême et en quoi conserve-t-il – peut-être – une quelconque pertinence en 2019 ?

Évidemment, il s’agira ici du point de vue d’un non-croyant ; mon objectif ne sera donc pas de défendre la religion chrétienne et, encore moins, d’encourager les gens à retourner vers la pratique religieuse. Seulement, il me semble qu’il peut être enrichissant de réfléchir à la valeur morale de certains rites et pratiques religieuses, et ce, dans un contexte laïc. Après tout, ce n’est pas parce qu’une personne n’est pas croyante qu’elle ne peut pas entretenir une vie spirituelle féconde.

Sébastien Lévesque

Le règne de la déraison

CHRONIQUE / Olivier Bernard, alias le Pharmachien, a récemment été victime d’une campagne de salissage et d’intimidation relativement à certains de ses écrits.

On lui reprocherait notamment ses prises de position dans le dossier des injections de vitamine C pour les personnes atteintes de cancer. Son crime : avoir écrit un article dans lequel il affirme qu’il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique de l’efficacité de ce « traitement ». Il n’en fallait évidemment pas plus pour soulever l’ire de celles et ceux qui aimeraient bien y croire.

Le cancer est un sujet sensible. Je comprends donc très bien pourquoi les propos du Pharmachien ont suscité un certain émoi chez les partisans des injections de vitamine C. 

Et pour l’avoir moi-même vécu avec ma fille cadette – à l’âge de 5 ans, on lui a diagnostiqué une leucémie –, je sais que lorsque nous ou un de nos proches est atteint de cancer, nous serions prêts à faire n’importe quoi – ou presque – pour favoriser la guérison. Pour autant, cela ne justifie pas les comportements irrationnels, et encore moins les insultes.

La réalité n’est pas toujours plaisante. Elle peut même parfois s’avérer assez décevante, mais elle n’en demeure pas moins la réalité. 

Et la réalité, si on lit bien sur le sujet, c’est que nous ne disposons, à ce jour, d’aucune preuve quant à l’efficacité de la vitamine C injectable sur les patients atteints de cancer. 

Pire, certaines données préliminaires suggèrent même que la vitamine C à haute dose pourrait nuire à l’efficacité de la chimiothérapie. 

Principe de précaution oblige, je pense donc que la bonne chose à faire serait de NE PAS recommander les injections de vitamine C, et ce, jusqu’à ce que nous ayons procédé à des analyses plus poussées.

Pour en revenir au Pharmachien, considérant son degré d’exposition médiatique, je n’ai aucune misère à imaginer le « char de marde » qu’il doit recevoir quotidiennement, et ce, simplement parce qu’il ose remettre en question les idées reçues et les croyances irrationnelles qui circulent un peu partout sur Internet. 

Moi-même, dans une moindre mesure, j’ai quelques fois été la cible de commentaires malveillants lorsque j’ai osé soutenir l’efficacité des vaccins, ou encore la non-dangerosité du glyphosate sur la santé humaine. Parce que j’ai défendu la science, autrement dit.

Mais comme j’ai eu l’occasion de le dire dans une autre chronique, la science ne nous offre que très rarement les réponses que nous souhaitons, ce qui, en soi, explique assez bien pourquoi elle est aussi impopulaire – tout comme celles et ceux qui la défendent. 

Et comme j’aime bien le rappeler, notre cerveau peut aussi nous jouer de bien vilains tours, notamment en nous enfermant dans une illusion de connaissance et d’objectivité. 

Nous aimons tous avoir raison. C’est un fait, mais cela devient réellement un problème lorsque nous refusons obstinément de remettre en question nos croyances, et ce, même lorsque les faits tendent à nous donner tort.

La leçon à en tirer, c’est que nous pouvons tous tomber dans les pièges tendus par notre cerveau. Nous sommes tous sujets à l’erreur et aux biais cognitifs. C’est pourquoi nous devrions faire acte d’humilité et accepter que nous sommes généralement beaucoup moins rationnels que nous aimerions le croire.

Mais la bonne nouvelle, c’est que la science permet de nous prémunir contre tout cela. La démarche scientifique, parce qu’elle repose sur la suspension du jugement, permet effectivement de discerner le vrai du faux, ou à tout le moins d’écarter les hypothèses les moins crédibles. 

Elle permet par ailleurs d’éviter les écueils que sont le dogmatisme et le subjectivisme. Faire de la science, c’est donc accepter de s’en remettre aux faits, indépendamment de nos préférences personnelles.

Dans le cas contraire, c’est le règne de la déraison, un peu comme ce à quoi nous venons d’assister dans le débat opposant le Pharmachien aux partisans des injections de vitamine C. 

Pour ces derniers, en effet, il semble très difficile d’accepter la réalité, au point où certains d’entre eux préfèrent s’enfermer obstinément dans leurs croyances irrationnelles… et dans les attaques personnelles.

Sébastien Lévesque

Gare au biais de confirmation

CHRONIQUE / Notre cerveau est une prodigieuse machine à apprendre, mais il peut aussi nous jouer de bien vilains tours. Et bien que nous aimions croire que nous sommes des êtres rationnels, le fait est que nous commettons très souvent des erreurs de raisonnement qui nous enferment dans une illusion de connaissance et d’objectivité. Nombre de ces erreurs relèvent de ce que nous appelons les biais cognitifs, c’est-à-dire des déviations systématiques et inconscientes de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité.

Dernièrement, il a beaucoup été question du glyphosate dans les médias. De nombreuses informations ont été diffusées sur le sujet, notamment pour nous mettre en garde contre les dangers potentiels de cet herbicide sur la santé humaine. Aux dires de certaines personnes, le produit serait cancérigène. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour en avoir le cœur net, j’ai fait une petite recherche sur Internet et ce que j’y ai découvert risque peut-être de vous surprendre.

Chroniques

Vaccins, rumeurs et désinformation

CHRONIQUE / Il faut que je vous raconte l’histoire d’Emmanuel Bilodeau, ce père de famille au cœur d’une épidémie de rougeole en Colombie-Britannique. C’est une histoire somme toute banale, mais néanmoins représentative du climat de suspicion et de paranoïa qui règne sur Internet au sujet des vaccins, et plus largement à l’égard de la science et des autorités médicales et gouvernementales. Mais l’histoire de M. Bilodeau, c’est aussi et surtout celle d’un homme victime d’une campagne de désinformation, et je suis convaincu que de nombreux parents s’y reconnaîtront.

À vue d’œil, je dirais que M. Bilodeau est un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Un bon père de famille qui, comme n’importe quel parent, souhaite offrir ce qu’il y a de mieux à ses enfants. Et c’est parce qu’il est prudent et consciencieux au sujet de la santé de ses enfants qu’il a décidé de ne pas les faire vacciner contre la rougeole. Vous avez bien lu, c’est parce que la santé de ses enfants était pour lui une source de préoccupations que M. Bilodeau n’a pas fait vacciner ses enfants, et ce, en dépit des recommandations du bureau de santé publique et des nombreuses études qui démontrent l’efficacité des vaccins.