Cette esquisse produite en 2016 par des étudiants de l’Université Laval à l’invitation de la Ville de Sherbrooke montre ce à quoi pourrait ressembler un pont signature qui dévierait la rue des Grandes-Fourches vers l’axe de la rue Wellington. La photo prise dans le même angle montre le réel coup d’œil qui se dégagerait en utilisant cette nouvelle porte pour accéder au centre-ville.

Le pont vers le futur

CHRONIQUE / À force de manger du Well inc., je vais en faire une indigestion, m’ont lancé comme message des lecteurs. Question de ne pas trop s’éloigner de l’urgence de l’Hôtel-Dieu, au cas où, restons tout de même au centre-ville.

On ne connaît pas encore les termes de l’entente, mais le ministère des Transports et la Ville de Sherbrooke ont convenu de la compensation provinciale qui sera versée aux Sherbrookois afin qu’ils prennent à leur charge le pont que Québec n’aura pas à reconstruire sur la portion nord de la rue des Grandes-Fourches. L’avantage pour la Ville est de pouvoir repositionner cette structure en fonction des besoins contemporains du centre-ville et de redonner en même temps un accès convivial à l’embranchement des rivières Saint-François et Magog, le berceau de Sherbrooke.

La Tribune présente aujourd’hui une esquisse du « pont des Abénaquis » que des étudiants en architecture ont soumise à la Ville en avril 2016 dans le cadre d’un concours d’idéation réalisé en partenariat avec l’Université Laval.

Ne sautez pas immédiatement aux conclusions. L’ancien conseil municipal dirigé par Bernard Sévigny a parcouru sommairement ces documents en avril 2017, mais n’a jamais statué là-dessus puisque les moyens financiers étaient liés aux résultats des pourparlers. Pour les mêmes raisons, les scénarios budgétaires, les plans techniques ainsi que les outils visuels n’avaient pas encore été soumis aux élus en poste depuis le 5 novembre.

Aujourd’hui, prenons cette illustration juste pour ce qu’elle est, soit une idée créative pour relier le passé au futur avec un pont signature. D’autres concepteurs pourraient en suggérer d’aussi bonnes ou de meilleures. Nous n’en sommes pas là.

Transposons dans le décor d’aujourd’hui l’apparition d’une structure plus délicate que le pont en décrépitude, devenu trop fragile pour supporter les poids lourds après avoir pourtant été la route des camions de pitoune qui approvisionnaient les papetières de Bromptonville et de Windsor avant le développement du réseau autoroutier.

Référons-nous également à la photo ayant été prise des gradins du Théâtre de la place Nikitotek, pour donner la même perspective similaire, afin de voir ce qui nous sauterait aux yeux en empruntant cette nouvelle voie d’accès vers le centre-ville en provenance de Brompton ou du boulevard de Portland.

La rivière et ses torrents, l’hôtel de ville, la cathédrale sur le promontoire derrière, de jour comme de nuit, avec les jeux d’éclairage existants ou améliorés, ce ne serait plus que du marketing de souhaiter la bienvenue dans la Cité des rivières!

À mon tour de fabuler un peu. Le pont déboucherait sur une intersection en T en face de la murale de la rue Frontenac. Virage à droite autorisé pour rejoindre le secteur historique des musées, qui pourrait être identifié comme tel, mais interdiction de s’engager sur Wellington. Cette rue deviendrait à sens unique du sud vers le nord.

En voiture comme à vélo, Grandes-Fourches deviendrait la ceinture rapprochée pour rejoindre la Well par la King ou plus un peu plus loin, le quartier de l’entrepreneuriat, s’il vient à naître un jour. À peine 100 mètres sépareraient deux artères parallèles efficaces pour desservir un centre-ville qui ressemblerait moins à un vieux manteau rapiécé.

En prenant le temps de consulter le Plan directeur d’aménagement durable du centre-ville de Sherbrooke produit en 2015 (https://www.ville.sherbrooke.qc.ca/fileadmin/fichiers/Mairie/plansstratpol/Plan_directeur_centre-ville.pdf), vous verrez la restructuration urbaine qui pourrait découler du réaménagement du pont des Grandes-Fourches. Vous serez également à même de constater l’étendue des espaces verts le long des cours d’eau.

Cette planification n’est pas de la divagation, elle est le résultat de multiples réflexions et avec la communauté d’affaires du centre-ville, qui s’était mobilisée bien avant la bataille politique sur
Well inc.

Les Sherbrookois peuvent-ils espérer tout cela et continuez par surcroît rêver au quartier de l’entrepreneuriat?

Lorsqu’elle est le moindrement structurée, la folie n’est pas risquée. Elle est route à emprunter pour chercher l’innovation et cesser de tourner en rond.

On ne pourra tergiverser longtemps sur le pont des Grandes-Fourches, sinon il va tomber à l’eau. Une mise en chantier serait envisageable dès 2019.

Il faudra d’ici là prendre une décision sur nos stationnements étagés de la rue Wellington Sud, autrement ils vont s’écrouler eux aussi. En démontrant le moindrement d’audace et d’intelligence, le déblocage du dossier du pont des Grandes-Fourches peut nous aider à sortir du bourbier de Well inc.

Je vous mets sur une piste en terminant : faites le décompte des terrains que le groupe Custeau possède à l’intérieur du périmètre de développement prioritaire du secteur des Grandes-Fourches. Vous comprendrez que le retrait du consortium auquel appartient le Groupe Custeau n’est probablement pas définitif, mais qu’il s’agit un  simple moratoire sur l’ensemble du projet Well inc. lui-même. Car ce qui se passera au nord de la rue Wellington influencera grandement la vitesse de ce que l’on verra naître au sud.
C’est normal. Les deux sont indissociables pour un développement cohérent.