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Une Alberta fortement affaiblie et un Parti conservateur du Canada aussi

La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, et le premier ministre du Canada, Mark Carney, avaient fait l'annonce d'un projet de pipeline entre l'Alberta et la Colombie-Britannique en juillet dernier.

CHRONIQUE / Danielle Smith voulait certainement frapper un grand coup lorsqu’elle a présenté son idée de référendum aux Albertains il y a quelques mois.


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Son but était de changer le rapport de force entre sa province et le gouvernement fédéral en invitant la population à manifester son désaccord avec l’intrusion du gouvernement fédéral dans plusieurs domaines.

Danielle Smith voulait certainement frapper un grand coup lorsqu’elle a présenté son idée de référendum aux Albertains il y a quelques mois. Son but était de changer le rapport de force entre sa province et le gouvernement fédéral en invitant la population à manifester son désaccord avec l’intrusion du gouvernement fédéral dans plusieurs domaines.

Mme Smith n’était pas la première à utiliser cette stratégie. Son prédécesseur, Jason Kenney, l’avait aussi fait. Lors des élections municipales de 2021, il avait convié les Albertains à se prononcer sur la question de la péréquation. L’objectif était de savoir si l’obligation constitutionnelle du gouvernement fédéral de verser une aide financière aux provinces moins nanties devait être abolie. Le «oui» l’avait alors remporté avec 62 % des voix.

À première vue, il s’agissait d’une victoire qui avait une faible portée. Le gouvernement fédéral n’a aucune obligation de modifier la Constitution canadienne selon les désirs des Albertains. Mais dans les faits, cette victoire était importante: pour la première fois, les gouvernements albertains pouvaient démontrer, preuves à l’appui, que la population de leur province était insatisfaite du mode de fonctionnement de la fédération canadienne. Ce référendum avait donné de la légitimité aux revendications de l’Alberta.



Danielle Smith pensait pouvoir refaire le même exercice avec succès avec son propre référendum sur d’autres questions. D’autant plus qu’elle avait écouté les doléances des Albertains lors d’une vaste tournée de consultations qu’elle avait faite en 2025. Plusieurs de ces doléances concernaient des enjeux liés à l’immigration et à la Constitution canadienne.

L’idée de tenir un référendum sur plusieurs de ces questions a donc fait son chemin. L’objectif était similaire à celui du précédent référendum sur la péréquation.

Il s’agissait de renforcer le rapport de force de la province vis-à-vis d’Ottawa en démontrant, avec de solides preuves à l’appui, que les Albertains voulaient moins d’ingérence du gouvernement fédéral.

Initialement, la question de la souveraineté de la province ne faisait pas partie des plans. Mais face à la pression de certains groupes conservateurs, la première ministre a dû faire des changements. Ainsi, l’exercice référendaire comporterait dix questions: cinq traitants de questions d’immigration, quatre de questions constitutionnelles et une de l’avenir de la province dans la fédération canadienne — la fameuse question 10.

On connaît la suite, qui était on ne peut plus prévisible. Le gouvernement fédéral allait faire tout ce qui était en son pouvoir pour séduire les Albertains. Ce qu’il réussit haut la main. L’option souverainiste a été défaite par les trois-quarts des électeurs albertains.

Mais la victoire du gouvernement fédéral est encore plus grande que cela. En plus de la question 10, les électeurs ont aussi dit non aux quatre questions liées à des enjeux constitutionnels. Ils ont dit non à l’abolition du Sénat (dans une proportion de 52,6 % — il s’agit de données préliminaires basées sur le dépouillement de 99 % des boîtes de scrutin), non à la nomination des juges à la Cour suprême par les provinces (54,7 %), non à la possibilité que les provinces se retirent de programmes fédéraux avec pleine compensation financière (57,6 %) et non à la prépondérance des lois provinciales sur les lois fédérales (55,4 %).

Pourtant, cela fait des décennies que les gouvernements albertains réclament plus de pouvoirs sur ces quatre questions. Le référendum de lundi dernier vient donc affaiblir considérablement le rapport de force de la province.

Le message entendu, c’est que les Albertains ne sont pas majoritairement insatisfaits des règles constitutionnelles, contrairement à ce que l’on aurait pu penser.

Évidemment, on pourrait attribuer ce résultat à un contexte exceptionnel. S’il n’y avait pas eu de question 10, est-ce que le résultat aurait été le même ? Peut-être pas. Mais peut-être que oui. Il est intéressant de noter que les Albertains ont voté «oui» pour chacune des questions liées aux enjeux d’immigration. Ils ne se sont donc pas retenus de dénoncer l’ingérence fédérale dans certains domaines. Mais ces domaines ne concernent pas la constitution.

Il sera donc intéressant de voir comment Danielle Smith va pouvoir maintenir son rapport de force vis-à-vis du gouvernement fédéral. Jusqu’à présent, elle a beaucoup misé sur ce que l’on peut appeler le sentiment d’aliénation de l’Ouest. Malheureusement pour elle, ce sentiment d’aliénation ne s’est pas manifesté lundi dernier.

Il sera aussi intéressant de voir ce que vont aussi faire les conservateurs fédéraux. Eux aussi misent beaucoup sur le sentiment d’aliénation de l’Ouest. Depuis des années, ils réclament des changements à propos de la péréquation, de la nomination des sénateurs et des juges, du respect des champs de compétences des provinces. Sans aller aussi loin que ce que proposaient certaines questions du référendum, comme l’abolition du Sénat (ils réclament plutôt une réforme du Sénat), il va être maintenant plus difficile de réclamer davantage de pouvoirs pour les provinces.

C’était pourtant l’un des traits distinctifs du Parti conservateur du Canada face au Parti libéral du Canada. Encore une fois, les conservateurs auront de la difficulté à convaincre les électeurs canadiens que leurs propositions sont meilleures que celles des libéraux.