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Entre les lignes

Faut juste y penser...

CHRONIQUE / Une vidéo a retenu mon attention cette semaine. Celle de deux ados : Gaëlle et Enola. La première demande à la deuxième d’élucider une énigme mathématique à la base toute simple. Mais le calcul, Enola prend environ 16 minutes pour le résoudre. Je ne la blâme pas. Plus habituée à manier les lettres que les chiffres, j’aurais fait pire à sa place. Car pour arriver à une réponse logique, ça demandait du recul. De l’analyse.

En fait, la jeune fille se trouvait devant un raisonnement fallacieux. Un problème conçu pour la tromper. Un raisonnement incorrect qui, à première vue, a une apparence de validité logique, mais c’est une illusion.

Denis Gratton

Une peur glaciale

CHRONIQUE / Michelle Larivière a eu la peur de sa vie jeudi dernier. Pour une fraction de seconde, elle a même cru que son heure était venue. « Je me suis dit : ‘Ça y est, je vais y passer’ », laisse-t-elle tomber.

La propriétaire de la firme Lari Construction roulait sur l’autoroute 5, jeudi en début d’après-midi, lorsque trois énormes plaques de glace se sont détachées du véhicule mal déneigé qui roulait devant le sien.

Chronique

Courage, M. Legault

CHRONIQUE / Greta Thunberg sera déçue. Les tendances de consommation au Québec sont contraires aux objectifs énergétiques et de réduction de gaz à effet de serre. Le dernier rapport sur l’état de l’énergie au Québec est sans équivoque. Les Québécois raffolent des VUS (véhicules utilitaires sport) et consomment de plus en plus de pétrole. Jusqu’où le gouvernement Legault est-il prêt à aller pour faire basculer ces tendances?

Le chef caquiste François Legault a souvent accusé par le passé les gouvernements de manquer de courage dans certains dossiers. 

Celui de l’environnement en est un où le courage de l’actuel premier ministre sera mis à l’épreuve.

Sans virage majeur d’ici 2030, il n’est pas envisageable d’atteindre nos cibles de réduction de la consommation de produits pétroliers et d’émissions de gaz à effet de serre (GES), conclut la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, dans son rapport sur l’état de l’énergie, rendu public vendredi.

Virage majeur. Ce sont deux mots que les politiciens manipulent habituellement avec soin. D’autant plus dans un domaine comme celui-ci où les contradictions des électeurs abondent. 

Plus de 285 000 Québécois ont signé le Pacte sur la transition lancé par Dominic Champagne. Quelque 500 000 personnes ont manifesté en septembre dernier, à Montréal, avec la jeune Greta Thunberg pour l’environnement. Ce thème réussi aussi parfois à se glisser dans les priorités identifiées par les Québécois qui ont pourtant élu une formation politique qui en faisait très peu état à la dernière campagne électorale.   

Dans le quotidien et dans le pratico-pratique, la transition énergétique et les efforts pour lutter contre les changements climatiques se font attendre.

L’écoanxiété ne perturbe pas encore les ventes de pétrole et de camions légers, et réduire la consommation d’électricité dans nos résidences, notamment aux périodes de pointe, est loin d’être une obsession. La ressource est abondante et à bon prix, on dépense sans trop compter. 

La Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal signale une fois de plus le Québec reste la province où les prix de l’électricité sont les plus bas, tant pour les consommateurs résidentiels qu’industriels, faisant ainsi de nous les plus grands consommateurs d’électricité au Canada.

Difficile pour un gouvernement de se positionner.

Il doit d’une part convaincre les uns qu’il prend l’urgence climatique au sérieux et pose les gestes concrets nécessaires.

Et de l’autre, pour éviter de perdre des votes au prochain scrutin, il doit veiller à ne pas braquer les électeurs en leur imposer des charges supplémentaires. 

Prenons l’exemple des tarifs d’électricité. Le gouvernement caquiste a eu beaucoup de mal à se dépêtrer des trop-perçus d’Hydro-Québec et sa «promesse» de remboursement. Son projet de loi 34 a été décrié de toutes parts, y compris des consommateurs.

Québec y pensera donc deux fois avant de jouer dans les tarifs, et ce, même si un prix bas n’incite pas à économiser l’électricité. 

Les auteurs du rapport sur l’état de l’énergie au Québec, Pierre-Olivier Pineau et Johanne Whitmore, notent par ailleurs que si la tendance observée entre 2013 et 2018  en matière de consommation de pétrole se maintient, les ventes totales de produits pétroliers seront en 2030 32% plus élevées qu’en  2013, alors que la cible était de - 40%. 

Sachant qu’il est toujours difficile et délicat pour des politiciens de parler de taxes, le gouvernement caquiste songera-t-il à cesser de taxer le plein d’essence pour taxer le kilométrage parcouru? 

Taxe kilométrique, plateformes numériques de covoiturage, incitatifs pour les véhicules en libre service font partie des voies suggérées à Québec pour diminuer la consommation de pétrole.

Le gouvernement Legault présentera en 2020 son plan d’électrification et de changements climatiques. Pineau et Whitmore souhaitent que ce plan s’avère plus qu’un changement de nom. Ils espèrent que le plan contiendra des «orientations musclées qui permettront au Québec de réduire ses émissions tout en faisant croître son économie». 

Orientations musclées. C’est une autre combinaison de mots qu’utilisent avec parcimonie les politiciens.

Mais si le premier ministre et son équipe font preuve de ce courage si cher à M. Legault, peut-être serons-nous agréablement surpris.

Sylvain St-Laurent

Ovi rejoindra-t-il Gretzky ?

CHRONIQUE — À TRAVERS LA LNH / Une fête se prépare, à Washington. Alexander Ovechkin va bientôt marquer son 700e but en carrière. L’organisation des Capitals de Washington doit absolument souligner ça !

C’est quand même un peu plus difficile que ça en a l’air.

Chroniques

Maudits véganes!

CHRONIQUE / Oui, je sais, ils vous énervent. Oui, je sais, je vous en parle très souvent ces temps-ci, mais je vais quand même vous reparler des véganes et du véganisme, car ils ont mauvaise presse au Québec, notamment depuis qu’un groupe de militants a investi le restaurant Joe Beef, à Montréal, et ce, afin de sensibiliser les clients à la problématique de l’élevage industriel et de la cruauté envers les animaux.

Les réactions n’ont pas tardé et elles ont été assez violentes. Certains chroniqueurs, dont j’éviterai de mentionner le nom ici, ont en outre saisi cette occasion pour casser du sucre sur le dos des véganes à coups d’arguments fallacieux et de propos malveillants.

Chronique

Vie et mort d’une plainte contre un médecin

CHRONIQUE / Un an. C’est le temps qui s’est écoulé entre le moment où M. a envoyé sa plainte au collège des médecins et celui où il a reçu la réponse. «Je n’ai pas eu de nouvelle de personne, on ne m’a pas appelé, pas contacté.»

Il a reçu une lettre par courrier recommandé, sa plainte a été rejetée.

M. déplorait la façon dont sa chirurgie pour une cataracte s’était déroulée, il reprochait à l’ophtalmologiste de ne pas l’avoir suffisamment informé, d’avoir demandé son consentement à la présence d’une résidente alors qu’il était sous l’effet d’un calmant, puis refusé de répondre à ses questions après la chirurgie.

C’était pourtant sa cinquième opération aux yeux, et jamais ça ne s’était déroulé de cette façon.

Il a voulu savoir pourquoi il avait eu si mal. «J’ai senti qu’il me frottait l’œil avec son pouce, ça faisait très mal, me raconte M., que j’ai rencontré chez lui. J’ai déjà eu des douleurs dans ma vie, mais rarement comme celle-là. Ça faisait tellement mal que mes fesses et mes pieds levaient, je ne pouvais pas les contrôler, c’était des spasmes de douleur.»

Il a serré les poings jusqu’à ce que ça finisse. 

Quand il a rencontré le médecin après la chirurgie, il a voulu savoir ce qui s’est passé. «Le médecin remplissait un formulaire, il cochait des cases. Il cochait, il cochait, il ne parlait pas. Quand je lui ai demandé ce qui s’était passé, il m’a répondu : “C’est du passé.” Je lui ai redemandé et il a répondu la même chose : “Ça, c’est du passé.” Et il a continué à cocher sa feuille.»

M. était fâché, il lui a dit sa façon de penser.

Et il est parti.

M. aurait aimé que l’ophtalmologiste lui demande à l’avance s’il consentait à ce qu’une résidente participe à l’intervention, il a vécu par le passé une mauvaise expérience avec un résident lors d’une chirurgie à l’oreille. «Il ne m’en a jamais parlé avant. Il m’en a fait la demande quand j’étais dans les vapes, juste avant l’opération. Je n’ai pas dit un mot, pas fait un son. Ce n’est pas un consentement clairement exprimé.»

M. s’est senti mis devant le fait accompli.

M. n’a pas perdu son œil, mais il estime tout de même que son médecin n’a pas bien agi, qu’il a enfreint le Code de déontologie. Ledit code est catégorique : «le médecin doit chercher à établir et à maintenir une relation de confiance mutuelle et s’abstenir d’exercer sa profession d’une façon impersonnelle».

Il doit chercher à obtenir «un consentement libre et éclairé».

L’homme de 89 ans a pris un stylo et des feuilles lignées et il a écrit à la Direction des enquêtes du Collège des médecins pour porter plainte. Il a raconté ce qu’il a vécu, comment il s’est senti et expliqué ce qu’il reprochait au médecin. 

Il s’attendait à être contacté, à ce qu’on lui pose des questions.

Rien.

Un an plus tard, l’été dernier, il a reçu la réponse du Collège des médecins. La syndique adjointe, une médecin, a résumé les faits reprochés par M., puis a expliqué avoir consulté son dossier et demandé à l’ophtalmologiste visé par la plainte sa version des faits et ses explications.

Sur le consentement, il est écrit que «selon [le médecin], vous avez signifié votre accord. Toutefois, il comprend maintenant que le contexte dans lequel on vous a fait cette demande n’était pas optimal pour vous sentir libre d’y consentir».

Pas optimal, c’est un euphémisme.

Pour ce qui est de la douleur, le médecin affirme que M. n’en a pas eue. «Aucune mention à votre dossier ne témoigne que vous avez été souffrant pendant la chirurgie.»

Point.

Et pour les réponses aux questions de M., «le médecin affirme avoir pris le temps de répondre à vos questions et à vos inquiétudes et qu’à ce moment vous sembliez satisfait des explications. Cette affirmation est corroborée par les notes du médecin inscrites à votre dossier.»

Le médecin s’est dit «désolé» pour M.

Voilà, en tout et pour tout «l’enquête» menée par le Collège des médecins, qui est «d’avis que l’ophtalmologiste “a agi conformément à ses obligations déontologiques”». Aucun élément de la plainte n’a été retenu, comme si M. avait tout imaginé. «Ils ont pris la version du médecin, c’est tout.»

M. a demandé la révision du dossier, il a demandé à être contacté, la décision a été maintenue.

Selon les données obtenues auprès du Collège des médecins, la Direction des enquêtes a reçu 2659 plaintes pour l’année 2018-2019. Du lot, 599 ont été jugées non recevables, 407 ont donné lieu à des interventions non disciplinaires, souvent volontaires. Un peu plus de 400 étaient des signalements informatifs, c’est-à-dire qu’une personne, souvent un autre professionnel de la santé, veut porter un comportement problématique d’un médecin à l’attention du Collège sans en faire une plainte formelle.

Les autres 1249 demandes d’enquêtes ont conduit à la création d’un dossier, c’est-à-dire que des démarches ont été faites pour évaluer si un médecin a enfreint ou non son Code de déontologie. Si le syndic est d’avis qu’il n’a pas respecté ses obligations, une plainte est alors déposée devant le comité de discipline.

Sur 1249 enquêtes, combien ont donné lieu à une plainte devant le comité de discipline?

Seulement 27.

Lorsque la Direction des enquêtes reçoit une plainte, elle ne communique pas avec le plaignant, juste avec le médecin. «Le syndic informe le médecin visé par la plainte lorsqu’il a besoin de ses explications [afin que le médecin lui donne sa version des faits, qu’il lui donne accès à ses dossiers médicaux ou à tout autre document permettant de faire avancer l’enquête]», a détaillé la porte-parole du Collège par courriel.

Dans le cas de M., on a demandé au médecin ce qui s’est passé il a dit que tout s’est bien passé.

Dossier clos.

Quant au délai d’un an avant d’avoir une réponse, le Collège des médecins n’est «pas en mesure de donner une durée moyenne pour le traitement d’une plainte. Selon la gravité des faits reprochés, la durée du processus est variable».

M. n’aurait pas pu se plaindre au Protecteur du citoyen, qui ne peut traiter aucune plainte contre les médecins, les dentistes et les pharmaciens. Pour ces trois professions, la seule autre option est le médecin examinateur de l’établissement, qui reste lui aussi un médecin chargé de juger ses consœurs et confrères.

On assure qu’il est impartial, il faut le souhaiter.

M. est resté avec un arrière-goût amer, il a l’impression que les dés étaient pipés. «Ils ont parlé au médecin et pas à moi! C’est un processus de plainte qui est complètement archaïque. J’ai appelé au comité de discipline pour leur dire ce que je pensais, ils m’ont dit : “Si vous n’êtes pas content, appelez votre député…”»

Séance d’orthographe

Douter de la date

CHRONIQUE / Si vous avez un profil Facebook, vous avez probablement vu passer la publication du Barreau du Québec qui nous prévient, pour éviter la fraude, d’écrire l’année 2020 au complet lorsque nous datons numériquement un document important.

L’avis donne comme exemple le 6 janvier 2020, que plusieurs auront tendance à transcrire 06/01/20. Ce faisant, ils s’exposent à ce que quelqu’un modifie l’année en ajoutant deux autres chiffres à la fin. Par exemple, 06/01/20 risque d’être changé pour 06/01/2019 ou pour 06/01/2021. «Une personne malintentionnée peut rendre votre document dépassé ou antidaté», écrit le Barreau.

Si cet avertissement est plus que pertinent, il comporte quelques erreurs et imprécisions. La première, que bon nombre d’abonnés Facebook se sont empressés de rappeler au Barreau, c’est que nous devrions toujours commencer par l’année quand nous transcrivons une date numériquement, ce qui, dans ce cas-ci, nous protège automatiquement contre la fraude. Pas de danger qu’un malfrat ajoute des chiffres à l’année avec la forme 20/01/06 (et encore moins avec 2020/01/06).

Le Barreau s’est empressé de réagir: «Nous souhaitons préciser qu’il existe effectivement une norme ISO (AAAA-MM-JJ) qui est sécuritaire, bien qu’elle ne soit pas spécifiquement utilisée, et dont nous recommandons l’utilisation. Notre publication visait essentiellement à sensibiliser les citoyens qui pourraient utiliser ce type d’écriture lorsqu’ils rédigent une date.»

Le «pas spécifiquement utilisée» a remis le feu aux poudres chez les personnes qui recourent toujours à cette notation en accord avec la norme internationale ISO 8601. C’est également la recommandation officielle de l’Office québécois de la langue française. Sauf erreur, au gouvernement, son usage est généralisé. De nombreux organismes, entreprises et établissements privés l’ont aussi adoptée.

Malheureusement, beaucoup de gens persistent à croire, au moment d’écrire une date en chiffres, qu’il faut respecter l’ordre naturel de la langue. Le problème, c’est que cet ordre peut varier d’une langue à l’autre. Chez les francophones, on commence par le quantième (6 janvier 2020), alors que chez les anglophones, on débute par le mois (January 6th, 2020). Il est donc parfois très difficile de s’y retrouver, notamment avec les factures, certaines caisses enregistreuses étant programmées à la manière anglo-saxonne. Est-ce que le 01/06/2020 est le 6 janvier ou le 1er juin? 

Autre détail: la Banque de dépannage linguistique propose trois options de «ponctuation» pour la date numérique, soit les traits d’union (2020-01-06), les espaces (2020 01 06) ou la fusion (20200106). Pas la barre oblique comme dans l’exemple du Barreau, car celle-ci sert à exprimer la division, l’opposition ou la séparation, jamais l’union.

Finalement, l’auteur semble se méprendre sur la définition du verbe «antidater». Beaucoup de gens pensent en effet que ce verbe veut dire «inscrire une date ultérieure . Mais c’est le contraire : «antidater» doit être employé lorsqu’on écrit une date antérieure à celle de la signature.

Ici, «anti» n’est pas le préfixe d’origine grecque signifiant «contre», comme dans «antigel» ou «antiadhésif», mais le préfixe d’origine latine signifiant «avant», plus souvent utilisé sous la forme «ante» («antécédent», «antédiluvien»).

Le bon verbe à employer est donc «postdater».

En résumé, un malfaiteur pourrait antidater un document fait le 6 janvier 2020 et le rendre expiré en écrivant 06-01-2017. Un autre pourrait prolonger indûment un contrat en postdatant son échéance par l’ajout du chiffre 22 à la fin (06-01-2022).

Rien n’a changé toutefois quant à la correspondance et les textes courants : on continue d’écrire «le 6 janvier 2020». Si on commence par le jour de la semaine, on le place entre l’article et la date. On évite le plus possible de le mettre avant l’article et de le faire suivre d’une virgule comme en anglais. Ce qui donne «le lundi 6 janvier 2020» (jamais «lundi, le 6 janvier 2020»).

PERLES DE LA SEMAINE

Comme les finalistes de la Coquille d’or 2019 de La Tribune ont eu un succès fou, restons dans la veine journalistique avec quelques perles que j’ai récoltées dans différents médias ces dernières années. 

«Le claviériste du groupe Half Moon Run a fait raisonner le piano.»

«La Galerie des Nans nous a amenés à ouvrir notre esprit [Nanas].»

«"C’est important d’avoir sa propre personnalité et une musique originale"», explique l’auteur-compositeur-interprète, qui prête aussi sa plume à d’autres artistes comme Nanette Walkman.

«Une dictée d’écriture inclusive est organisée à Paris pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes, sans prêter le flan à la caricature [flanc].»

«Parmi les grands anniversaires de la musique à souligner en 2019, nous prendrons aussi le temps de saluer Georges Moustaki et Nana Mouskouri, qui auront 85 ans [Moustaki est mort en 2013].» 

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Plein air

Apprivoiser la randonnée alpine

La randonnée alpine est un sport qui compte sans cesse plus d’adeptes au Québec et en Estrie. Toutefois, bien que cette activité puisse paraître plutôt accessible sur le plan des habiletés pour les gens qui skient déjà, il est souvent préférable d’avoir obtenu quelques conseils judicieux pour connaître du succès dès les premières sorties en montagne.

Directrice adjointe de l’école de glisse de la station Mont Orford, Marianne Lacasse s’est elle-même acheté un équipement de randonnée alpine au cours des dernières années. Elle s’est aperçu qu’il est préférable de ne pas improviser lorsqu’on commence à pratiquer ce sport.

Le bourlingueur

Magie éléphantesque

CHRONIQUE / Strasbourg avait joué les ambivalentes toute la journée. Mouillera, mouillera pas. Les nuages gris teintaient le ciel dans le très loin, comme une promesse qu’ils s’abattraient sur la ville tôt ou tard. Ce qu’ils ont fait.

Quand la pluie arrache le chapelet de la corde à linge, on va au musée. Parce que c’est en dedans, et surtout, plus sec. Vive le Musée d’art moderne.

Opinions

Une démocratie en danger

ANALYSE / Depuis trois ans, j’ai écrit régulièrement dans les journaux du Groupe Capitales Médias sur les dangers que représente la présidence de Donald Trump pour la démocratie américaine. Pour ce faire, je ne me suis pas limité aux analyses des journaux libéraux comme le New York Times et le Washington Post ou les déclarations de politiciens démocrates. J’ai même recouru davantage aux critiques formulées par des ténors républicains comme John McCain et Mitt Romney, deux anciens candidats républicains à la présidence, et de grands représentants du mouvement conservateur américain comme George Will et David Frum.

Menteur pathologique, Trump adhère aussi à toutes sortes de théories de complot qui sapent les fondements de la démocratie américaine. Gouvernant comme un autocrate, il rejette le principe de séparation des pouvoirs et le droit de contrôle du Congrès sur son administration. En conséquence, il fait obstruction systématiquement aux demandes du Congrès lorsque ce dernier veut exercer son droit de vérification sur les scandales dans lesquels lui et son administration sont impliqués.

En cuisine

Voir vert

CHRONIQUE / Je parie que vous ne saviez pas que c’est aujourd’hui la très officielle Journée internationale des légumes verts. Comme quoi il y a moyen de souligner quotidiennement à peu près tout et n’importe quoi. Passons sur la pertinence de célébrer le maïs soufflé (ça, c’est la journée de dimanche) et le Nutella (le 5 février) et revenons à nos précieux végétaux émeraude. On peut difficilement être contre la vertu. On sait tous que les légumes colorés sont bons pour la santé, je vous ferai grâce de répéter ici tous leurs bienfaits. Mais j’ai envie de profiter du momentum pour insister (un peu) sur la manière de les intégrer davantage à l’assiette.

Ceci parce que brocoli, choux de Bruxelles, haricots et tous leurs cousins se retrouvent souvent boudés, peut-être victimes du souvenir un peu trop franc qu’on garde de cette façon répandue qu’on avait au Québec de les apprêter il n’y a pas si longtemps encore. Je pense à ces grosses casseroles dans lesquelles on ébouillantait nos verdoyants joyaux beaucoup trop longuement. Ainsi cuits à l’eau, ils prenaient une couleur un peu boueuse, devenaient mollassons et franchement insipides. Fades, détrempés, ils avaient piètre mine et aucun panache en bouche. Sans compter qu’ils perdaient au passage une bonne partie de leurs nutriments dans l’eau de cuisson. 

Ce temps-là et cette façon de faire sont heureusement révolus. Pour vous en convaincre, et pour garnir votre banque d’idées et d’astuces, j’ai jasé avec Caroline Huard, alias Loounie cuisine. Réputée pour son tofu magique (vous n’avez qu’à googler le terme pour mesurer la cote de popularité du soya ainsi apprêté), la créatrice de recettes et collaboratrice à l’émission Moi j’mange (Télé-Québec, le mardi à 19 h 30) a lancé un premier livre cet automne (Loounie cuisine, chez KO Éditions) dans lequel on remarque son approche simplifiée et décomplexée de la cuisine. Suivez la guide! 

Astuce numéro 1 : massez généreusement

« Moi, j’adore le kale, et pas juste parce que c’est à la mode ou parce que c’est bon pour la santé », dit Caroline Huard. 

Ceux qui n’apprécient pas les feuilles de la plante aux mille bienfaits gagneraient peut-être à les attendrir avant de les consommer.   

« C’est mon truc numéro un pour apprécier pleinement la saveur du kale, du chou cavalier et de toutes ces autres verdures frisées un peu coriaces sous la dent. Le procédé est tout simple. On les masse assez fermement, avec un peu de sel, pendant quelques minutes. Elles vont devenir plus tendres. On peut les servir crues, en salade, ou bien les cuire au four, sur une plaque, une dizaine de minutes. » 

Astuce numéro 2 : privilégiez une cuisson appropriée

« Pour faire ressortir la pleine saveur des légumes verts, je préfère ne pas les cuire à l’eau. Une cuisson sèche ou avec juste un peu d’huile, dans une poêle ou sur la plaque, va engendrer ce qui ressemble à une réaction de Maillard. Les légumes vont griller et être au summum de leur goût. » 

Astuce numéro 3 : bricolez des salades chaudes

« L’hiver, je mange peu de choses crues, je préfère ce qui est cuit. Je me fais donc des salades... sur une plaque! Je mélange différents légumes verts, comme des courgettes, du rapini, du kale, des choux de Bruxelles, ce que j’ai sous la main, finalement. J’intègre parfois des légumes racines, en prenant soin de les tailler très, très finement. Poivrons et oignons hachés ajoutent aussi un peu de pep. J’enrobe le tout d’un peu d’huile, j’ajoute du sel et j’enfourne le tout pour une dizaine de minutes à 400 degrés. C’est tout simple et c’est très bon. » 

Astuce numéro 4 : osez varier les coupes

Le brocoli en gros fleurons, très peu pour Caroline Huard. 

« Parce qu’on se retrouve avec des bouquets qui ne sont pas cuits uniformément, explique-t-elle. C’est un légume que je préfère couper en tranches. On augmente ainsi la surface de cuisson du légume et on maximise sa saveur. J’aime aussi me servir d’une mandoline ou de la lame du robot culinaire pour couper finement différents légumes verts. »

Le truc vaut pour d’autres légumes : des courgettes en spirales, des concombres en bâtonnets, des choux de Bruxelles effeuillés (et rôtis au four), ça fait changement. Et c’est bon.   

Astuce numéro 5 : ne remettez pas à plus tard ce que vous pouvez faire maintenant

« C’est-à-dire qu’en revenant du marché, ça vaut la peine de consacrer un petit moment à préparer certains légumes. Les plus délicats comme la courgette et les épinards ne s’y prêtent pas, mais d’autres tolèrent très bien d’être lavés et apprêtés d’avance. Je pense au brocoli, au kale, au rapini et aux choux de Bruxelles, par exemple, qu’on peut laver, essorer et ranger ensuite au frigo jusqu’à ce qu’on les utilise. Comme ils sont déjà prêts à être employés, c’est plus facile de les glisser presto dans un plat, un soir de semaine.

Jean-Marc Salvet

Jean Charest, la pénible suite

CHRONIQUE / La diffusion des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse au collecteur de fonds Marc Bibeau n’aidera en rien Jean Charest à devenir le prochain chef du Parti conservateur du Canada — s’il décide de se lancer dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Ces motifs n’établissent pas de culpabilité, mais leur diffusion lui complique et lui compliquera les choses, même si ni lui ni Marc Bibeau ne sont accusés de quoi que ce soit.

La victoire de Jean Charest n’était déjà pas acquise avant la diffusion de ces informations, qui concernent d’abord et avant tout Marc Bibeau.

Il y a quelque temps, on pouvait déjà relever que l’ex-premier ministre du Québec était plus ou moins désiré chez les conservateurs. Les jours qui ont suivi l’ont amplement démontré, ne serait-ce qu’avec le barrage qu’entend dresser Stephen Harper sur sa route.

Chose certaine, quel contraste pour lui avec l’année 1998, lorsqu’il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Je le rappelle encore une fois : il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule évocation de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec. Il était alors attendu, réclamé.

L’homme a beau ne pas rechigner à la bataille, il est dans une situation totalement différente aujourd’hui.

S’il se lance, on entendra beaucoup parler d’éthique dans la course conservatrice…

Engagé lui aussi dans une course à la direction, le Parti libéral du Québec se passerait bien de cette possible suite. Elle l’égratignerait au passage.

Brigitte Breton

Une bonne note pour le Québec

CHRONIQUE / Le Québec est loin d’échouer sur toute la ligne avec ses enfants. À travers le Canada, le Québec est la province qui affiche le plus bas taux de pauvreté infantile (15,2 % comparativement à 18,6 % à l’échelle nationale). Il n’y a pas que de mauvais côtés au poids de notre fardeau fiscal.

L’organisme Campagne 2000 a publié mardi un nouveau rapport sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada. Pour un pays dont les élus s’étaient unanimement engagés, il y a 30 ans, à enrayer la pauvreté infantile, on est loin du compte.

Un enfant sur cinq (plus de 1,3 million de jeunes de moins de 18 ans) vit encore en situation de pauvreté dans «le plus meilleur pays du monde», comme le décrivait l’ancien premier ministre libéral, Jean Chrétien.

Les enfants de familles autochtones, immigrantes ou monoparentales dirigées par une femme sont plus nombreux que ceux d’autres familles à être confrontés à cette réalité au quotidien.

En trois décennies, le Canada a seulement réussi à réduire son taux de pauvreté infantile de 22 à 18,6 %, selon la grille utilisée par Campagne 2000. 

Selon ce réseau de 120 organismes, à ce rythme, 155 années devront encore s’écouler pour que le Canada atteigne l’objectif qu’il s’était fixé en 1990. 

Impossible d’éradiquer la pauvreté?

On gagne collectivement à réduire les inégalités de revenus et à offrir à tous les enfants des conditions de vie qui leur permettront de bien vivre et de se développer. 

Le Québec semble l’avoir mieux compris en adoptant des mesures fiscales et sociales pour épargner les jeunes familles de la pauvreté.

Campagne 2000 mentionne notamment comme éléments positifs l’assurance-médicaments et les fonds publics qu’investit le Québec dans ses services de garde.

Cette dernière mesure, qui coûte plus de 2 milliards $ par année au trésor public québécois, a accru la présence des jeunes mères sur le marché du travail, a facilité la conciliation travail-famille des parents, en plus de fournir de meilleurs services éducatifs aux tout-petits.

Si une famille du Québec paie moins de 200 $ par mois pour le service de garde d’un enfant, celle de Toronto doit débourser 1150 $, celle d’Ottawa 1007 $, celle de Calgary 1015 $ et celle d’Halifax 867 $. 

La dernière édition du Bilan de la fiscalité au Québec, préparé par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, a relevé une fois de plus récemment la forte pression fiscale exercée sur les contribuables québécois comparativement à ceux du reste du Canada et d’autres pays de l’OCDE.

La Chaire constate par ailleurs que les inégalités de revenus sont moindres au Québec qu’ailleurs au pays.

Des allocations pour soutenir les jeunes familles et leurs enfants, des services publics de qualité et des programmes sociaux plus étendus ne sont pas que des bonbons pour séduire les électeurs. Ils peuvent faire toute la différence dans la vie d’enfants, de futurs adultes.

Dans son dernier portrait des jeunes Québécois de moins de cinq ans, l’Observatoire des tout-petits signalait en novembre qu’un enfant de trois ans en milieux défavorisés connaît 600 mots de moins qu’un bambin du même âge de milieux plus aisés.

Un tel écart de développement est susceptible d’influencer négativement son parcours à l’école primaire et secondaire, mais aussi, son niveau d’étude à l’âge adulte, note l’Observatoire.

Celui-ci relevait aussi qu’un ménage sur dix avec un enfant de moins de cinq ans se trouvait en situation d’insécurité alimentaire au Québec en 2018. Pour aider ces ménages, l’Observatoire suggère notamment d’investir dans des programmes de logements abordables.

Réduire les inégalités de revenus et la pauvreté infantile s’inscrit dans une vision à plus long terme. En investissant maintenant, on s’évite de devoir dépenser plus tard pour pallier aux mauvais départs dans la vie.

Sur la route de la LHJMQ

Le plan Lafrenière

CHRONIQUE / Le fameux plan de Marc Bergevin s’est une fois de plus retrouvé dans l’actualité de la semaine. Le directeur général n’a pas l’intention de déroger de son plan, qui est demeuré flou longtemps. Un plan qui ressemblait parfois davantage à de l’improvisation. Même encore récemment, lors de la signature du vétéran Ilya Kovalchuk.

Dans une chronique rédigée le 2 juillet, après avoir vu Bergevin rater sa cible dans le cas de Sebastian Aho, je remettais en question ce plan. En fait, je mettais surtout en doute la présence d’un plan. Plusieurs éléments m’amenaient à croire que s’il y en avait un, il avait changé à quelques occasions. On est peut-être rendus au plan C ou D.

Sur les lignes de côté

Une lueur d’espoir pour les footballeurs du Québec

CHRONIQUE / La nomination de Danny Maciocia chez les Alouettes de Montréal a fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers jours. Le retour chez les professionnels de l’ancien grand manitou des Carabins de l’Université de Montréal est probablement la meilleure chose qui pouvait arriver aux jeunes footballeurs du Québec.

Avec Maciocia à bord, les Alouettes se retrouvent maintenant avec quatre anciens entraîneurs du RSEQ dans leurs rangs, si on ajoute André Bolduc (Vert et Or), Mickey Donovan (Stingers) et Vince Nardone (Stingers), comme le faisait remarquer le collègue Moe Khan sur Twitter.

Chronique

Drame de Granby: «La DPJ doit être imputable»

CHRONIQUE / Dans un jugement de 74 pages rendu mardi, le juge Mario Gervais de la Chambre de la jeunesse a blâmé sévèrement la DPJ pour avoir lamentablement failli à sa mission de protéger la fratrie de la petite de Granby.

Elle doit être «imputable» de cet échec.

Ce n’est pas anodin, le juge a choisi de reproduire d’entrée de jeu les propos de Régine Laurent à l’ouverture de la Commission spéciale sur les droits de l’enfance et la protection de la jeunesse (CSDEPJ) : «Nous avons l’intention de retourner toutes les pierres et d’entendre un maximum de personnes afin de formuler des recommandations à la fois concrètes, applicables, rigoureuses et en phase avec les attentes et les valeurs de la population. […] Ma chérie, je le fais pour toi. Dès ton décès, je t’ai donné un prénom [Tililly]. Tu aurais pu être ma petite-fille.»

Il a aussi accepté que le jugement soit rendu public.

Le juge a décrit quelques sévices que le garçon a subis alors qu’il était confié par la DPJ à son père et la conjointe de celui-ci, entre autres se faire attacher à son lit avec une ceinture, recevoir des douches froides en cas de crise, se faire tirer les cheveux et fermer la bouche avec du tape.

Le père a tout nié, il s’est dit «aveuglé par l’amour».

Le tribunal ne l’a pas cru. «La volonté du père est de mettre fin à la situation de compromission est inexistante, compte tenu de sa négation et de sa déresponsabilisation.» Le juge a ordonné une interdiction de contacts. 

À cinq ans, l’enfant a un «parcours de vie accablant et traumatisant à glacer le sang».

La mère, qui avait été écartée par la DPJ jusqu’ici, a démontré qu’elle était en mesure de reprendre contact avec son fils, le juge ouvrant même la porte à «l’intégration progressive de l’enfant avec sa mère». Le tribunal a ainsi autorisé une reprise graduelle des contacts entre le frère de la fillette de Granby et sa mère, qui «a excédé les attentes». 

Il a fait le portrait d’une femme qui est partie de loin, avec un manque de capacités parentales, mais qui a su aller chercher l’aide et faire les efforts pour s’améliorer, de sorte qu’elle prend soin adéquatement de ses trois autres enfants. «Le Tribunal considère la mère comme étant une personne en mesure de répondre aux besoins fondamentaux de ses filles, soucieuse de leur bien-être et de leur meilleur intérêt.»

Lentement, mais sûrement, le juge Gervais est d’avis que la mère, à terme, pourra «représenter, en regard de la qualité du lien parentale, une force positive et significative» pour son fils», ouvrant même la porte à «une réunification».

À son rythme à lui.

Il a déjà été assez écorché par la vie.

Question d’assurer la stabilité de l’enfant, le juge prolonge de six mois le placement du jeune garçon dans la famille d’accueil à qui il a été confié. «C’est une dame qui est très bien», estime l’avocate Valérie Assouline, qui représentait la mère.

Dans son jugement, Mario Gervais a répondu à la question : «Est-ce que la Directrice de la protection de la jeunesse a lésé les droits de l’enfant?» La réponse est oui. Il «a subi une violation importante de ses droits». Mise au parfum des risques pour sa sécurité, l’intervenante n’a jamais rencontré (l’enfant), elle ne s’est pas non plus rendue chez lui. «Ces graves lacunes soulèvent l’indignation.»

La DPJ est aussi blâmée pour la surcharge de travail de l’intervenante qui a «été mise en situation d’échec».

La DPJ s’est seulement fiée à ce que disaient le père et sa conjointe. «L’information reçue de la part du père état que la situation de [son fils] évoluait positivement et que l’enfant ne présentait pas les mêmes enjeux» que sa grande sœur, décédée le 30 avril 2019, des suites de mauvais traitements.

Non seulement le juge blâme-t-il la DPJ, mais il la tient «imputable» du drame qui est survenu.

C’est un élément majeur.

De plus, le juge Gervais a rejeté la demande de la DPJ d’interdire toute divulgation publique, au-delà de l’identité des enfants et des parents, expressément protégés par la loi. «Le Tribunal est convaincu que la situation […] est d’un fort intérêt public», puisque le «même système a également failli» pour le frère de la fillette de Granby. «Le suivi social de la Directrice […] s’est avéré à ce point déficient, en violation des droits de [l’enfant], qu’il a échoué à la fois dans son volet de surveillance, en regard de la sécurité immédiate de [l’enfant] et à la fois dans son volet clinique, visant à améliorer les capacités parentales du père et de sa conjointe.»

Le public doit savoir ce qui s’est passé. 

«Une ordonnance de non-publication complète des informations relatives aux audiences pourrait laisser croire à une forme de sympathie ou de complaisance à l’endroit de la Directrice, en la mettant à l’abri de la critique et en la soustrayant à la reddition de compte à laquelle elle est aussi tenue.»

Le juge écrit même que, si l’affaire avait pu être rendue publique avant, «jamais le suivi social n’aurait été aussi déficient».

Me Assouline est évidemment satisfaite du jugement. «C’est un bon jugement, c’est un juge qui a beaucoup de sensibilité. C’est un soulagement de constater qu’on voie enfin les efforts de la mère et les nombreuses erreurs qui ont été commises, et aussi l’imputabilité de la DPJ dans tout ça.»

Denis Gratton

L’alerte « tout va bien »

CHRONIQUE / Dimanche matin, 7 h 23. L’alarme de mon téléphone intelligent retentit. Une alarme au son distinct d’une alerte Amber.

Se faire réveiller par une telle alerte à 7 h 23 le dimanche est un peu agaçant, disons-le. Mais si un enfant est sauvé grâce à cette intervention, tant mieux. Émettez des alertes à toute heure de la nuit s’il le faut et si la vie ou la sécurité d’un enfant en dépend.

Chronique

Harry et Meghan, la ligne rouge

CHRONIQUE / Que le prince Harry et son épouse Meghan veuillent vivre leur présent plutôt que de perpétuer les traditions de la famille royale, grand bien leur fasse. Tous nos vœux de bonheur! C’est un choix qui sera sans doute sain pour eux. Mais les contribuables canadiens et québécois ne devront pas assumer les coûts de leur sécurité s’ils s’établissent bel et bien une partie de l’année au Canada.

Qu’on le veuille ou non, qu’on soit dans le camp de ceux qui acceptent ne serait-ce qu’à contrecœur la monarchie ou qu’on soit dans celui de ceux à qui elle répugne, le Canada a certaines obligations envers la famille royale britannique. La reine Élisabeth II est la chef d’État du Canada. C’est un anachronisme, mais c’est ainsi. 

Mais jusqu’où les obligations canadiennes doivent-elles s’étendre?

Passe encore que les membres de la famille royale en voyage officiel au Canada aient droit à la protection de la GRC comme toute personnalité officielle étrangère de passage dans le cadre de ses fonctions. Même les citoyens habités d’une pensée antimonarchiste peuvent passer à autre chose sans trop sourciller dans ces moments-là, puisqu’il s’agit alors d’un court déplacement au Canada.

Un tout autre registre!

Le paiement par le Canada des coûts associés à la sécurité est déjà pas mal plus problématique lorsqu’il s’agit de longues vacances comme cela a été le cas récemment pour le prince, sa femme et leur bébé. Une ligne jaune est franchie dans des cas comme celui-là.

Et on tombe dans un tout autre registre s’agissant d’un établissement à mi-temps au Canada!

Le prince Harry, son épouse Meghan et leur enfant partageront-ils réellement leur temps entre le Canada et le Royaume-Uni? À voir. Quoi qu’il en soit, si c’est le cas, de deux choses l’une.

Si les parents — par ailleurs royalement nantis — conservent leurs titres royaux, comme il semble que ce sera le cas, ce serait à l’Angleterre de payer pour tout ce qui aurait trait à leur protection lorsqu’ils habiteraient au Canada.

Si un jour le duc et la duchesse de Sussex ne devaient plus posséder leurs titres, ou que les coûts associés à leur sécurité n’étaient pas défrayés par l’Angleterre, le Canada ne devrait se sentir aucune autre obligation à leur égard que celle concernant la protection qu’il serait censé accorder à tout citoyen pouvant faire l’objet de menaces précises à un moment ou l’autre. Il ne devrait assumer aucune autre responsabilité. Il appartiendrait alors au couple de s’offrir des services de protection privée plus permanents s’il le jugeait nécessaire ou préférable.

Dans tous les cas de figure, le Canada ne devra pas payer pour leur protection permanente si ces époux s’établissent au Canada. Sinon, une ligne rouge démocratique sera franchie.

C’est le message que le Canada devrait rapidement envoyer à qui de droit, si ce n’est déjà fait.

Faut-il par ailleurs prendre le temps de s’arrêter sur ce qui ne peut être qu’une baliverne? Non, jamais un gouvernement canadien ne nommerait le prince Harry gouverneur général du Canada. Aucun ne remonterait le temps ainsi. Il se couvrirait de ridicule.

Entre les lignes

Une question de temps

CHRONIQUE / « Bonjour. Un petit mot pour la personne qui fait les titres : en français il faut un espace avant et après les deux-points. À l’occasion il y est, à l’occasion, il n’y est pas... Ça sent la bonne franquette... »

J’ai honte de l’avouer, mais cette semaine, j’ai ressenti de la jalousie envers Germain, l’auteur de ce courriel. J’enviais la légèreté de sa vie.

Science

La «bordélisation» de la lumière

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai vu des savons à vaisselle verts, des savons en barre oranges, des savons à main roses, et d’autres de toutes les couleurs, et pourtant leur mousse est toujours blanche. Pourquoi le savon mousse-t-il toujours blanc peu importe sa couleur ?», demande Origène D’Amours, de Magog.

Il y a essentiellement deux choses à savoir pour le comprendre, répond d’emblée le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer. La première, commence-t-il, c’est que «quand on parle des colorants, les gens pensent souvent qu’il y en a beaucoup parce que la couleur, c’est ce qu’on voit en premier. Mais en réalité, le colorant ne représente que quelque chose comme 0,001% du total. C’est vraiment une infime partie du produit, pas besoin d’en mettre plus. Alors quand bien même que le savon serait fluo, il n’y a presque pas de colorant dedans. Et en plus, ça prend juste un peu de savon pour faire beaucoup de mousse parce que la mousse, c’est principalement de l’air [ce qui «dilue» le colorant encore plus que le 0,001% de départ, ndlr]. Alors c’est un peu normal qu’on ne puisse pas voir une bulle orange ou verte !»

Bref, quand on regarde une bulle (et une seule), on la voit transparente. Mais alors, la question devient : pourquoi la mousse est blanche, elle ? Si les bulles sont toutes transparentes, comment leur «somme» peut-elle être blanche ? La deuxième chose à savoir dont parle M. Voyer est justement là mais, avant d’y arriver, il faut faire un petit détour...

La lumière, ce sont des ondes électromagnétiques, c’est-à-dire de l’énergie électrique et magnétique qui se propage dans l’espace un peu à la manière des vagues sur l’eau — avec des «crêtes» et des «creux» qui sont séparés par une certaine distance nommée longueur d’onde. L’œil humain est capable de percevoir des longueurs d’onde située entre environ 380 et 740 nanomètres (nm). Autour de 700 nm, nous voyons du rouge ; aux environs de 600 nm, c’est plutôt du orange que nous voyons ; si la distance entre les «vagues» diminue encore un peu (entre 550 et 590 nm environ), alors nos yeux perçoivent du jaune; et ainsi de suite jusqu’aux plus courtes longueurs d’onde perceptibles par l’humain, soit le violet (entre 380 et 450 nm).

La lumière que nous recevons du Soleil (et de la plupart des ampoules électriques «normales») est un mélange de toutes ces longueurs d’onde. Or nos yeux perçoivent ces mélanges comme du blanc, et la clef de l’énigme de la mousse blanche, comme on s’en doute, elle est précisément là.

Si l’on regardait la paroi d’une bulle de savon au microscope, on se rendrait compte qu’elle est composée de deux minces couches de savon qui retiennent une fine couche d’eau entre elles. Quand la lumière passe à travers la paroi d’une bulle, une partie est réfléchie, mais une autre (grosse) partie traverse la paroi et s’en trouve déviée et ce, à des angles qui vont varier légèrement selon la longueur d’onde — ce qui va séparer les couleurs.

Maintenant, imaginez un peu ce qui arrive dans une mousse comptant des centaines, voire des milliers de petites bulles. En un mot comme en cent, si l’on me permet un terme pas-très-technique : c’est le bordel.

«La lumière est réfléchie et dispersée dans toutes les directions possibles, dit M. Voyer. Si bien qu’en bout de ligne, si le bleu est réfléchi partout, si la même chose arrive au rouge et à toutes les autres couleurs, cela donne un mélange et ça, ça fait du blanc.»

Fait intéressant, enchaîne-t-il, c’est la même chose qui arrive dans les nuages : la lumière est «éparpillée» dans toutes les directions en traversant les gouttelettes d’eau, toutes les longueurs d’onde s’en trouvent «remélangées», et le résultat est que les nuages sont blancs.

* * * * *

«Pourriez-vous expliquer si la décennie s’est terminée en 2019 ou si elle va vraiment finir en 2020 ? Il me semble qu’une décennie, ce sont les années 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10. Donc, la deuxième décennie du troisième millénaire devrait finir en 2020, et non en 2019. Ce qui serait logique puisque l’an zéro n’existe pas : à un moment donné, on était au jour 1 de l’an 1. Corrigez-moi si je me trompe», demande Marie-Claude Boivin, de Québec.

Il n’y a effectivement jamais eu d’an zéro puisque l’habitude de compter les années à partir de la naissance du Christ remonte au 8e siècle et qu’en ce temps-là, le zéro n’avait tout simplement pas été inventé. Ni la numération romaine, ni son équivalent grec n’avaient de chiffre pour le zéro. À l’époque, d’ailleurs, l’idée d’avoir un symbole pour désigner le vide était vue comme un peu bizarre : les nombres étaient faits pour compter les choses alors s’il n’y avait rien à compter, à quoi bon adopter un signe ? On a bien trouvé certaines «formes» de zéro dans des documents antiques — les uns laissaient un espace vide, d’autres comme les Babyloniens mettaient une sorte de «symbole bouche-trou», voir ici : http://bit.ly/36Ls956 —, mais il faudra attendre que le mathématicien italien Fibonacci introduise les chiffres indo-arabes en Europe (autour de l’an 1200) pour que le zéro tel qu’on le conçoit aujourd’hui apparaisse en Occident.

Les années de l’«ère chrétienne» ont donc commencé par «1» et, de ce point de vue, Mme Boivin a entièrement raison : techniquement, il n’y a pas de décennie qui s’est terminée ou a commencé le 1er janvier dernier, la prochaine décennie ne débutera vraiment qu’en 2021. C’est d’ailleurs la position du Conseil national de la recherche : «le 3e millénaire et le 21e siècle ont commencé au même moment, à 00h00 le 1er janvier 2001», lit-on sur son site [http://bit.ly/2tJC4cO].

Sauf que les temps ont bien changé depuis que le moine Bède le Vénérable (672-735) a popularisé l'habitude de compter les années à partir de la naissance du Christ, qui était l'«an 1». L’usage du zéro est si universel et acquis chez nous que, culturellement, il nous semble beaucoup plus naturel de commencer les décennies avec un «chiffre rond», comme on dit. De ce point de vue, il n’y a pas grand-sens à rester prisonnier d’une erreur mathématique commise au Moyen-Âge, alors il est aussi défendable de considérer que les années 2020 ont commencé le 1er janvier dernier. Je ne crois pas qu’il ait vraiment de bonne ou de mauvaise réponse à cette question-là.

Chronique

Entendre n’est pas comprendre

CHRONIQUE / Son entrevue avec Dominique Brown terminée, Kim Auclair se demandait bien ce qu’elle allait écrire sur l’homme d’affaires, fondateur de Beenox, qui s’est lancé dans l’aventure de Chocolats favoris.

Elle avait compris trois mots.

Kim est sourde de naissance, avec quelques traces d’audition à l’oreille droite, amplifiées tant bien que mal par un appareil auditif. «Je n’avais rien compris de ce qu’il m’avait dit. Je suis partie des quelques mots que j’avais saisis et j’ai fait des recherches sur Internet pour voir ce qu’il avait déjà dit autour de ces propos-là.»

On n’y a vu que du feu.

Mais Kim pédalait comme elle a toujours pédalé, depuis la petite école où sa mère a insisté pour qu’elle soit dans une classe régulière. «Ça a été dur, j’en ai arraché. J’ai tellement travaillé fort, au moins deux fois plus que les autres. Je voulais être comme tout le monde, j’ai refusé toutes les aides qu’on m’offrait, je ne voulais pas être différente.»

Et pourtant, elle l’était.

Au début de chaque année, sa mère allait rencontrer ses professeurs pour leur expliquer la situation. «J’ai eu des parents extraordinaires, ils m’ont toujours aidée, ils ont fait ce qu’ils pouvaient, c’est moi qui refusais toutes les aides. Ma mère a eu un impact positif, elle voulait que je sois autonome.»

Kim a développé plein de trucs, a appris à lire sur les lèvres.

Elle a choisi de s’orienter en graphisme, en se disant qu’elle s’organiserait comme elle s’était toujours organisée. «J’essayais de me trouver un emploi, je n’indiquais pas dans mon curriculum vitae que j’étais malentendante. Je ne parlais pas de ma surdité, je ne voulais pas faire pitié.»

Le Web a été sa planche de salut. «Je ne sais pas où je serais sans le Web. Ça a été ma deuxième porte d’entrée pour ma vie professionnelle.» D’un écran à l’autre, l’illusion était parfaite, Kim pouvait communiquer comme si de rien n’était. Elle s’est fait un nom, a développé son réseau.

Elle faisait de la radio à CKRL, tenait un blogue sur lesaffaires.com, donnait même des conférences et des formations

Elle a écrit un livre sur l’entrepreneuriat.

Mais nourrir l’illusion lui bouffait tellement d’énergie, comme à la petite école, tellement qu’elle a dû prendre une pause. Elle parle d’un épuisement de communication, trop fatiguée pour tendre l’oreille, toujours, et essayer de comprendre ce que les gens disaient autour d’elle.

Comme si elle vivait en Chine sans comprendre le mandarin.

Et c’est là, il y a quelques années, qu’elle a rencontré Audrey Grenier, qui milite pour la défense des personnes avec des limitations auditives, elle venait d’avoir un premier implant cochléaire, un dispositif connecté directement sur le nerf auditif. «Audrey, c’est la première fille à qui je pouvais m’identifier, elle est jeune, dynamique. Elle m’a dit : “Allez, fais ta demande!”» 

Kim l’a fait.

Mais avant, elle devait faire ce qu’elle n’avait jamais fait, accepter sa surdité. «J’ai toujours dit que j’étais malentendante, je n’arrivais pas à dire que j’étais sourde. Avant d’avoir l’implant, je devais me rapprocher de mon univers, accepter ma surdité. J’ai fait sortir mon dossier depuis mon enfance, le chemin que j’avais parcouru, tout ce que mes parents avaient fait pour moi.»

Elle a pleuré.

Et elle s’est acceptée.

Le 17 septembre dernier, elle s’est endormie dans une salle d’opération et s’est réveillée avec un bidule branché derrière son oreille droite. Mais la partie n’était pas gagnée, tous les nouveaux sons qu’elle allait entendre n’allaient avoir aucun sens, ils n’en avaient jamais eu. Elle devait s’entraîner à comprendre. «Ce n’est pas parce que tu entends que tu comprends. C’est beaucoup d’entraînement, il y a beaucoup de suivis à faire, beaucoup de travail. Là, je commence à écouter de la musique, je mets de la musique de relaxation avec des voix douces.»

On n’est pas encore à Metallica.

À 35 ans, Kim s’est remise au dessin, elle a eu l’idée d’illustrer ce qui se passait, les nouveaux bruits qu’elle entendait, comme le chien qui lape, les camions qui passent devant chez elle, le bruit «vraiment gossant» de ses doigts qui pianotent sur le clavier. «Je me suis mise à dessiner tout ce qu’il y avait de nouveau.» 

Au jour 60, elle a, pour la toute première fois de sa vie, commandé un sous-marin chez Subway.

Elle a partagé ses dessins sur Facebook sans trop savoir comment ça serait reçu. «Je ne voulais pas tanner les gens avec ça, mais la réception a été très bonne.» Non seulement elle a accepté sa surdité, mais elle arrive maintenant à en parler. 

Ses dessins, colorés et joyeux, aident même certains parents dont les enfants reçoivent des implants.

Ils comprennent ce qu’ils vivent.

Et, ironiquement, jamais de toute sa vie n’a-t-elle eu autant besoin du silence. «Quand tu entends, tu te rends compte qu’il y a toujours un bruit de fond, il y a toujours quelque chose, un son qui vient de quelque part. Les gens qui méditent, ils ne sont jamais vraiment en silence.»

Elle, oui. «Chaque matin, je reste dans le silence pendant trois ou quatre heures, j’ai besoin de ce silence pur.»

Puis, elle se branche au monde des entendants.

séance d’orthographe

Un futur si proche

CHRONIQUE / Quel délice de lire votre chronique sur notre langue! Faites maintenant l’exercice, au prochain bulletin de nouvelles, de compter le nombre de fois où le verbe «va» est utilisé. Si vous réussissez à convaincre les journalistes du Québec que le futur est un temps de verbe qui existe, peut-être serons-nous moins affligés par ces «ça va être» ou «il va faire» et que les «ce sera» et «il fera» retrouveront la place qui leur est due. (François Simard, Bromont)

Même si un plus grand emploi du futur simple sera souhaitable dans nos médias, le verbe «aller» au présent suivi d’un infinitif a quand même son rôle à jouer dans notre langue. Voici une chronique datant du 16 janvier 2015, dans laquelle je traitais de cette question.


                                             ***


«Steve, as-tu déjà entendu parler de ça, le futur proche?

– Le quoi? 

– Le futur proche. C’est une question qui a été posée la semaine dernière à «L’union fait la force» : conjuguez le verbe «aller» à la première personne du singulier du futur proche.

– Et c’était quoi, la réponse?

– Je vais aller.

– Mais c’est pas du futur, ça : c’est du présent!»

Vous vous doutez bien que j’ai fait ma petite recherche quand ma marraine a sorti cette question de sa manche durant les Fêtes. Je n’ai quand même pas fait 20 ans de journalisme en ignorant complètement l’existence d’un temps de conjugaison!

Recherches faites, il apparaît que nous nous servons tous du futur proche, des dizaines de fois par jour, sans savoir que c’en est. Et que ce n’est pas un temps de conjugaison au même titre que les autres. Parce que le futur proche est toujours... au présent!

Le futur proche se construit avec le semi-auxiliaire «aller» conjugué au présent de l’indicatif, suivi d’un infinitif. Ce qui donne «je vais aller», «tu vas faire», «nous allons dire», «vous allez partir», «ils vont chanter».

Pourquoi a-t-on senti le besoin de baptiser cette construction? Parce qu’elle est très courante et qu’elle entre fortement en compétition avec le futur simple, surtout à l’oral. Elle indique que l’action exprimée dans le futur se fera très bientôt et qu’elle est plus certaine de se réaliser, justement parce que le verbe «aller» au présent est lié au moment de parole. Voyez la différence.


«Je vais déneiger l’entrée.»

«Je déneigerai l’entrée.»


La première phrase pourrait être dite par quelqu’un qui a déjà mis ses bottes et son manteau, alors que le deuxième interlocuteur est probablement encore en train de prendre son café, ne vous laissant aucune idée du moment précis où votre entrée sera dégagée.

C’est la raison pour laquelle le futur proche s’invite plus volontiers à l’oral, car il se rattache souvent à l’action que l’on s’apprête à poser au moment où l’on parle.

Plus utilisé à l’écrit, le futur simple porte une charge plus hypothétique. Par exemple, écrirez-vous instinctivement «je vais avoir ma propre entreprise dans cinq ans» ou plutôt «j’aurai ma propre entreprise dans cinq ans»?

Le futur proche a aussi son équivalent passé: le passé récent, qui se construit avec le verbe «venir de» et l’infinitif. 


«Je viens d’arriver.»

«Nous venons de le faire.»


PERLES DE LA SEMAINE


Finalistes de la Coquille d’or 2019 des journalistes de La Tribune, suite et fin.

«Il a déjà reçu quelques offres au sud de la frontière, mais tient mordicus à s’encrer au Québec pour l’instant.»

«Temps que les gens en veulent, ça nous fait plaisir d’y aller.»

«La Ville a pris les devants pour répandre un abrasif qui permet de rendre les chaussées glissantes.»

«Parmi les gains à noter, il y a la création d’un plus grand nombre de portes à temps complet.»

«De plus, les policiers appliqueront la loi sur l’interblocage d’intersection. "C’est une amande de 103 $."»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Patrick Duquette

Vieillir gaiement

CHRONIQUE / Henri-Paul Lalonde et Michel Charron ont baptisé leur projet Vieillir gaiement en Outaouais.

Et c’est bien de ce dont il s’agit : un programme d’accompagnement pour les aînés, qu’ils soient gais, lesbiennes ou trans. Une première dans la région.

Richard Therrien

Pas de bisbille dans le pré

CHRONIQUE / Fidélité, investissement dans le couple et fondation d’une famille sont les mots-clés de «L’amour est dans le pré». La preuve : 10 couples sont toujours ensemble et 20 enfants sont nés, en plus de deux qui naîtront bientôt. Jeudi prochain à 20h sur V, Marie-Ève Janvier nous présentera les cinq nouveaux agriculteurs célibataires à la recherche du grand amour. Pas de bisbille à l’horizon, même s’il y aura des choix à faire.

Alors qu’Occupation double rafle tout à l’automne sur cette chaîne, L’amour est dans le pré arrive en tête l’hiver, avec une moyenne de 642 000 fidèles en 2019, des chiffres immenses pour V. Nul doute qu’elle connaîtra le même succès cet hiver. Parce qu’on s’attache très rapidement aux agriculteurs, qu’on sent réellement sincères dans leur quête. 

Après tout, ils n’auront qu’une chance de se faire valoir, derrière le volant du tracteur, à la traite des vaches, et même entre deux rangées de vignes.

Cette année, pas d’agricultrice malgré plusieurs candidatures, mais le candidat le plus âgé de l’histoire de l’émission, Nicolas, 57 ans, producteur laitier de Saint-Anselme dans Chaudière-Appalaches. Déjà père de cinq enfants, et célibataire depuis trois ans, il cherche une femme de son âge. Et on verra de très belles soupirantes, non pas à ses pieds, mais qui en ont vu d’autres. On ne flirte pas à 57 ans comme à 19 : Nicolas les accueille avec des roses, mais réserve la rouge à celle qu’il choisira.

Ça fait du bien de voir un candidat dans la cinquantaine dans une téléréalité, alors qu’il n’y a que la jeunesse qui compte habituellement dans ces émissions. V, qui a pourtant comme cible un auditoire plus jeune, a constaté tout l’intérêt suscité par une telle candidature. Et ce, même si Nicolas a l’âge des parents du public cible de V. La curiosité sans doute pour celui qui se qualifie lui-même de «bête de cirque» de l’émission, étant donné sa maturité.

Plus de 30 ans le séparent du plus jeune agriculteur, Philippe Cantin, qui a 24 ans et a déjà joué pour le Rouge et Or de l’Université Laval. Le diplômé en agroéconomie est producteur maraîcher, porcin et acéricole à Mont-Saint-Grégoire en Montérégie, mais n’a pas quitté le football puisqu’il entraîne son ancienne équipe collégiale. Une de ses soupirantes, Laurence, lui avouera d’emblée qu’elle ne veut pas d’enfant, une franchise qu’apprécie l’agriculteur et une rareté dans cette émission où la volonté d’être parent est très tôt mise de l’avant.

Sans doute le plus timide, mais le plus populaire auprès des filles, Jayson, 29 ans, de Princeville au Centre-du-Québec, est un adepte de crossfit et le dit d’emblée : pas question de courir plusieurs lièvres à la fois, et il n’embrassera pas toutes les filles une après l’autre. On quitte veaux, vaches, cochons pour accueillir un vigneron et producteur de cidres, une première à l’émission. Hugues, 36 ans, de Rougemont en Montérégie, veut des enfants, mais prévient tout de suite sa préférée des filles, Geneviève : «À Noël, tu seras pas enceinte!» Déterminé, mais pas pressé.

Enfin, Rémy, 30 ans, producteur laitier de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, fera beaucoup d’effet aux filles, qui seront trois à partager son quotidien à la ferme, comme pour tous les autres agriculteurs, avant qu’ils choisissent l’élue de leur cœur. On ne change pas une formule gagnante. La production confirme que des couples seront réellement formés encore cette saison. Qui donnera des papillons à qui?

Léo fait un million 

Qui a dit qu’une diffusion sur les plateformes de vidéo en ligne nuisait à la diffusion à la télé? La première saison de Léo, disponible depuis plus d’un an sur le Club illico, fait un malheur à TVA : les deux premiers épisodes, diffusés mercredi à 21h et à 21h30, ont attiré respectivement 1 048 000 et 934 000 téléspectateurs. C’est pratiquement le double de ce qu’a retenu le premier épisode de Cerebrum, disponible sur l’Extra d’ICI Tou.tv depuis l’été, et vu mercredi par 585 000 curieux sur ICI Télé. La semaine des 4 Julie a quant à elle intéressé 287 000 fans sur V.

Opinions

Le jeu dangereux du président américain

CHRONIQUE / Depuis trois ans, Donald Trump se comporte comme un chat qui sait toujours, lorsqu’il est déstabilisé, comment retomber sur ses quatre pattes. Sa stratégie est simple et efficace. Pour se sortir d’une crise, il en crée une nouvelle. Plus la crise est grande, plus sera importante la nouvelle crise qu’il provoquera. Cette stratégie lui permet de dévier l’attention du public.

C’est ce qu’il a fait le 2 janvier, alors qu’il ordonna l’assassinat de Quassem Soleimani, le dirigeant militaire le plus vénéré d’Iran. Depuis trois semaines, les révélations du New York Times concernant son implication directe dans le scandale ukrainien s’étoffaient fortement, alors que la Chambre des représentants doit transmettre un épais dossier justifiant la mise en accusation du président au Sénat américain.

Denis Gratton

Le cercle vicieux de la rue

CHRONIQUE / Dean Lamoureux a été chassé de son « chez-soi » dans la nuit du 31 décembre. Lorsqu’un incendie s’est déclaré au Gîte Ami, là où il trouve régulièrement refuge depuis cinq ans, cet « homme de la rue » s’est retrouvé à la rue. Comme les 50 autres bénéficiaires qui se trouvaient au Gîte Ami cette nuit-là.

« On a couché à la Soupe (populaire de Hull) ce soir-là, dit-il. Des autobus de la STO nous ont immédiatement emmenés là, c’était bien organisé. »

Chronique

Effet indésirable d’une bonne intention

CHRONIQUE / Certains pensaient bien faire en misant sur la transparence et la divulgation de la rémunération des hauts dirigeants des entreprises inscrites en Bourse pour freiner leur escalade salariale. Yvon Charest, ancien président et chef de la direction d’iA Groupe financier, est plutôt d’avis qu’on a ainsi créé un monstre.

«On a cru que la divulgation publique inciterait à la retenue, provoquerait une gêne. Bien au contraire, cela a accru les comparaisons. Les gens se comparent avec ceux qui gagnent plus qu’eux. Ils rationalisent et concluent qu’ils méritent pareil, voire mieux», affirme M. Charest lors d’une entrevue téléphonique. L’homme de Québec, actuaire de formation, est à la retraite depuis un peu plus d’un an. 

J’ai pensé à lui, et au principe d’équité interne qu’il avait exposé à Gérald Fillion de Radio-Canada, lorsque les médias ont publié récemment l’étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) concluant que les 100 chefs d’entreprise les mieux payés du Canada avaient touché 227 fois plus que le salaire moyen d’un travailleur en 2018. 

Avec le Bye bye télévisé, l’étude du CCPA est un grand classique du début de l’An. Et ce, depuis des années.

Au dernier bilan, les patrons les mieux payés au pays ont gagné en moyenne, avantages compris, 11,8 millions $ en 2018. Les salariés : 52 061 $ en moyenne. Hausse de rémunération des premiers : 18 %. Pour les seconds, 2,6 % d’augmentation entre 2017 et 2018.

On va de record en record dans les hautes sphères. En bas, on se scandalise, on dit que cela empire, que les grands patrons sont déconnectés.

On risque de lire un bilan semblable et de réagir de la même façon le 2 janvier 2021.

Qu’est-ce qui pourrait bien apaiser l’appétit des hauts dirigeants et les inciter à en laisser un peu plus aux autres?

Yvon Charest a fait personnellement des années de deux ou trois millions de dollars et plus à la tête d’iA. Il est dans le groupe des Québécois bien nantis.

En entrevue au Soleil, M. Charest dit n’éprouver aucun malaise avec la rémunération reçue, car elle était fidèle à un principe qui l’habite. Celui que sa rémunération devait être raisonnable par rapport aux personnes qui travaillaient pour lui, près de lui.

Chez iA, il était convenu que son salaire ne devait pas dépasser 150 % du salaire versé aux titulaires des deux postes sous lui. Le conseil d’administration a toutefois refusé d’inscrire ce principe dans sa circulaire, comme le souhaitait M. Charest, pour ne pas nuire au recrutement à l’externe.

Selon M. Charest, on ne peut pas empêcher les gens de prendre des moyens spectaculaires pour exposer année après année le traitement des pdg. Il conclut toutefois que cette façon de faire ne change rien.

Il ne pense pas non plus que la solution passe par l’impôt. On peut en effet présumer que des moyens créatifs seront trouvés pour ne pas «appauvrir» les plus riches.

M. Charest croit de plus que les commissions des valeurs mobilières devraient se questionner et voir si elles ont atteint leur objectif en instaurant la divulgation des salaires. Il en doute. 

Il est convaincu que s’assurer d’une équité interne dans chaque entreprise serait plus efficace pour contrer la montée des salaires des hauts dirigeants et limiter l’écart entre eux et les salariés. 

Celui qui a travaillé près de 40 ans pour le même groupe pense également que le Canada aurait aussi avantage à moins s’inspirer des États-Unis, et plus d’autres pays de l’OCDE, lorsqu’il s’agit de la rémunération des pdg et des inégalités salariales.

Il donne de nouveau l’exemple de l’allemande Daimler qui a acheté l’américaine Chrysler à la fin des années 1990. Les cinq dirigeants américains de Chrysler gagnaient 10 fois plus que leurs homologues allemands. «Il y avait plus de retenue en Allemagne». 

M. Charest convient qu’il paraîtra pessimiste, mais il craint qu’une crise soit nécessaire pour changer le système, pour inciter les gens à se serrer à nouveau les coudes. «C’est triste à dire, mais il a fallu la Grande Dépression et des guerres mondiales pour que des choses changent.»

Si certains acceptaient de sacrifier quelques millions de dollars, il serait sûrement possible d’éviter d’en arriver là.

Chronique

«On éteint toujours des feux»

CHRONIQUE / «J’ai été élevée sous une ligne à haute tension.»

C’est une image.

Quatrième de cinq enfants, Roxanne* a grandi avec deux parents alcooliques, plus trois de ses quatre frères. «J’avais quatre ans, mon grand frère consommait pendant qu’il me gardait, il me disait : “N’en parle pas”, il ne fallait surtout pas en parler, jamais, il fallait que ça reste secret.»

Caché, Tabou.

Elle le voyait bien que ça ne tournait pas rond, que l’argent manquait, que le câble était coupé, les sorties plus rares. «J’avais l’impression d’être assise sur le bord d’un lac et de les regarder se noyer sans pouvoir faire quoi que ce soit.»

L’impuissance.

Même chose pour Roger*, dont le garçon devient une véritable bombe quand il prend un coup. «À l’été 2018, ça a commencé à dégénérer, il devenait de plus en plus violent. À l’automne, il a fait une crise. Il est arrivé à la maison, il se frappait au visage, il frappait mon auto, il a cassé le pare-brise avec son poing.»

Roger, lui, ne savait pas à quelle porte frapper.

Il a consulté avec son fils des psychiatres, des intervenants, il est allé au CLSC, il a fini par obtenir une ordonnance de traitement qui n’aura pas duré plus de 48 heures, jusqu’à ce que son gars finisse par prendre le champ en état d’ébriété, qu’il lève la main sur sa blonde et qu’elle porte plainte pour violence conjugale. «Là, on lui a dit, soit tu t’en vas en cure fermée pendant six mois ou tu vas en prison.»

Il a choisi la cure, est sorti juste avant Noël.

Est-ce qu’il reboira?

Roger ne le sait pas, mais il sait que le choix sera celui de son fils. Il a compris ça en allant chez Al-Anon, un groupe destiné aux proches d’alcooliques. «On ne va pas là pour l’alcoolique, on y va à cause de l’alcoolique, on y va pour retrouver un équilibre. Tu apprends que tu ne peux rien changer, tu peux juste l’accompagner.»

Être là.

«Quand tu es un proche d’une personne alcoolique, tu ne te sens pas pris en considération dans le système. L’alcoolique est encore trop souvent vu comme un ivrogne, alors que c’est une maladie, comme le diabète. Et la personne qui consomme, elle doit faire son propre cheminement à elle.»

Hélène aussi est passée par là, elle qui a passé une bonne partie de sa vie avec un alcoolique chronique, avec qui elle a eu deux garçons. «Tu es toujours pris là-dedans. Quand tu vis avec un alcoolique, tu éteins toujours des feux, tu essayes toujours de tempérer, tu fais toujours les choses à sa place en te disant que tu l’aides.»

Ça ne l’aide pas.

Elle a vécu la même chose avec un de ses fils. «Quand tu surprotèges, tu lui envoies le message qu’il n’est pas capable. Un moment donné, je partais une semaine à Cuba et j’ai dit à mon fils : “Je pars, c’est ta vie, c’est à toi de prendre tes responsabilités.” J’ai appris à ne plus le protéger.»

Son fils a 52 ans, il est abstinent depuis cinq ans.

Elle a compris ça en joignant Al-Anon il y a 28 ans, elle assiste toujours à la réunion du dimanche, même si elle a rompu avec son mari depuis belle lurette, même s’il a arrêté de consommer depuis plus 25 ans maintenant. «Ce que j’ai appris, c’est que tu peux être heureuse, que l’alcoolique boive ou non.»

Elle est heureuse.

Roxanne fait partie d’Al-Anon depuis 10 ans, elle aussi assiste encore aux réunions du groupe «Ouvert», c’est son nom, ils sont une quarantaine. Ça se passe sur l’avenue D’Amours, ça ne s’invente pas. «En parlant, on se rend compte qu’on vit tous la même chose, on se rend compte de notre comportement par rapport à l’autre. […] Quand tu essayes d’aider, tu penses que tu fais pour le mieux, tu le fais par amour. Tu souffres aussi à cause de la situation et tu te dis : “En faisant ça, je vais améliorer mon sort”, mais c’est le contraire, tu tombes dans le trou avec…»

Et ils s’en sortent ensemble. «On ne parle pas de l’alcoolique, on parle de ce qu’on vit, explique Hélène. On apprend à avoir de la compassion pour nous-mêmes, on parle de nos rechutes : quand tu te remets à contrôler, quand tu te remets à payer… c’est ça, nous, nos rechutes.»

Chaque réunion finit par un Notre Père. «C’est peut-être une chose qui peut déranger certaines personnes. Moi, ça va, je suis croyant.»

Roger n’a qu’un regret, ne pas en avoir entendu parler avant. «J’ai rencontré plein de personnes, des policiers, des médecins, des psychiatres, des intervenants, personne ne m’a parlé d’Al-Anon. On me disait qu’il fallait que je prenne soin de moi, mais je ne savais pas comment faire.»

Il le sait, maintenant.

C’est Justine qui l’a accueilli un des soirs où on invite les p’tits nouveaux, une formule moins imposante que la réunion du dimanche.

Hélène, récemment, a fait la même chose avec une femme de 80 ans. «Il n’y a pas d’âge. Cette femme-là est arrivée avec sa canne, elle a vécu avec un mari alcoolique toute sa vie, elle a eu un fils alcoolique aussi.» Elle a parlé de ce qu’elle a vécu, peut-être pour la première fois de sa vie. 

«Elle a dit : “Ça fait du bien.”»

* Prénoms fictifs

Le site Web d’Al-Anon: al-anon-alateen-quebec-est.ca

Chronique

Cannabis: précieuse recherche

CHRONIQUE / La recherche faisait partie du deal lorsque le gouvernement Trudeau a convaincu la population de légaliser le cannabis au Canada.

Le gouvernement libéral a mis de côté l’inefficace et coûteuse prohibition pour miser sur une approche axée sur la santé publique et le contrôle de la qualité des produits du cannabis mis sur le marché.

Pour réussir dans cette voie, pour éviter les effets indésirables et imprévus de la consommation de cannabis «légal» et se retrouver avec d’autres problèmes de santé publique ou de sécurité, ou à l’inverse pour explorer les possibles vertus de cette drogue, il est nécessaire de s’appuyer sur des études, sur des données scientifiques. 

Or, une nouvelle publiée dans La Presse soulève des préoccupations. «Effets du cannabis : la bureaucratie freine la recherche», titrait lundi le quotidien.

Le journaliste a interrogé à travers le pays divers chercheurs qui estiment que Santé Canada leur met des bâtons dans les roues et retarde des projets de recherche prêts à démarrer. Des scientifiques expliquent qu’ils ont les fonds pour mener leur recherche, mais qu’ils peinent à fournir les informations exigées par le Bureau des essais cliniques de Santé Canada.

Un scientifique de Colombie-Britannique soutient même que les chercheurs sont «injustement menottés par des régulateurs gouvernementaux», et ce, même si le gouvernement est informé du problème depuis un an. 

Ottawa doit s’assurer d’une collaboration efficace entre Santé Canada et les milieux de la recherche à travers le pays. La population doit avoir l’assurance que tous ont leur santé et leur sécurité à cœur. 

Certes, les libéraux de Justin Trudeau ont rempli la promesse, faite lors de la campagne électorale de 2015, de légaliser le cannabis. 

Le travail n’est cependant pas terminé. Tant à Ottawa que dans les provinces, la recherche ne doit pas être négligée ou subir des retards. Il faut réunir les conditions gagnantes pour que le changement de paradigme effectué par Ottawa soit positif.

Dans le rapport final déposé en 2016 pour guider le gouvernement fédéral, le groupe de travail sur la légalisation et la réglementation du cannabis notait l’importance de la recherche avant de procéder à un changement législatif, mais aussi après, de «façon continue». 

Il préconisait que «les gouvernements investissent des efforts et des ressources pour élaborer, mettre en œuvre et évaluer des stratégies de prévention générales et holistiques pour traiter les facteurs de risque sous-jacents et les facteurs déterminants de la consommation problématique du cannabis, comme la maladie mentale et la marginalisation sociale». 

Il ne suffit pas pour les gouvernements de lever l’interdit, d’avoir un prix compétitif avec celui du marché noir et d’empocher les revenus provenant d’une substance qui enrichissait uniquement auparavant le crime organisé.

Le groupe de travail, présidé par l’ex-ministre libérale de la Santé et de la Justice, Anne McLellan, incitait les gouvernements à s’engager à utiliser les recettes de la réglementation du cannabis comme source de financement pour la prévention, l’éducation et le traitement. 

Il recommandait aussi de faciliter et surveiller les activités continues de recherche sur le cannabis et l’affaiblissement des facultés, en tenant compte des incidences sur les politiques en matière de santé et de sécurité au travail. 

Mme McLellan et son groupe signalaient que la légalisation comportait des risques et que la base de connaissances sur le cannabis et ses effets sur la santé et le développement humain avait des lacunes.

«Par conséquent, les recommandations énoncées dans ce rapport comprennent des appels pour une recherche et une surveillance permanentes et une souplesse pour s’adapter et répondre aux besoins permanents et nouveaux de politique». Le groupe conseillait aussi aux ministres de promouvoir la recherche préclinique et clinique sur la consommation du cannabis et des cannabinoïdes à des fins médicales.

Si le Canada veut que la légalisation du cannabis se traduise par des bienfaits et non par un échec comme l’ont été pendant plus de 100 ans la prohibition et l’approche répressive, les chercheurs doivent être au rendez-vous et pouvoir faire avancer leurs travaux rondement. 

Il faut compter sur eux pour suivre l’évolution des produits, leur commercialisation et les effets de leurs divers usages, ainsi que les habitudes de consommation, les comportements des consommateurs selon leur groupe d’âge et le traitement des dépendances, et ce afin de pouvoir procéder aux ajustements nécessaires.

Pour ne pas minimiser — ou à l’inverse pour ne pas exagérer — les effets du cannabis et de sa légalisation, il faut pouvoir se fier sur des données variées, fiables et récentes. 

Entre les lignes

Dans l’œil de l’autre

CHRONIQUE / Diane et Georges ont écrit au journal avant les Fêtes. Touchés par le récit de Laurie-Ann Laflamme, cette jeune femme qui, après avoir perdu la moitié de sa famille lors d’un tremblement de terre meurtrier en Équateur en 2016, continue de mordre dans la vie, ils me proposaient d’écrire sur une autre histoire, disaient-ils, tout aussi touchante et inspirante.

Tous les jours, depuis des mois, ils voient un jeune homme handicapé, une canne dans une main, un chronomètre dans l’autre, « courir » dans leur quartier. Jusqu’à quatre fois par jour, il court d’un poteau à l’autre. Chaque fois, il tombe et se relève. Quand quelqu’un souhaite l’aider, il refuse. « Il dit être capable », indique Georges qui a déjà tenté, un jour, de lui porter secours. « Qu’il y ait de la pluie, de la neige, de la glace, il sort. Il tombe et se relève, raconte Diane, émue. Il porte des genouillères, mais c’est une armure que ça lui prendrait... C’est terrible à voir. Et avec son chrono, on dirait qu’il tente de battre son record... C’est tout un exemple de courage et de persévérance. On l’admire tellement. »