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Chronique

De mauvais augure pour le troisième lien

CHRONIQUE / L’élection d’un gouvernement libéral minoritaire n’est pas une bonne nouvelle pour le projet de troisième lien.

Non seulement les libéraux ne sont-ils très chauds pour ce tunnel, mais ils devront désormais composer avec le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui s’y oppose ou avec le Bloc québécois qui a bafouillé sur cet enjeu pendant la campagne. 

Les libéraux, qui aiment poser en champions de la lutte contre les changements climatiques, auront du mal à justifier un appui financier à un projet de plusieurs milliards de dollars qui va encourager les déplacements en voiture et accroître l’étalement urbain.

On sent d’ailleurs la réticence des deux députés libéraux de la région de Québec, Joël Lightbound et Jean-Yves Duclos, qui n’auront pas de mal à trouver des appuis dans leur nouveau caucus. 

Je pense à Steven Guilbeault, nouvelle «vedette» libérale et futur ministre de l’Environnement peut-être, qui dénonçait le projet au sein d’une coalition d’organismes «verts» à la fin de l’été 2016. 

«Investir dans des projets comme celui d’un nouveau lien entre Québec et Lévis mettrait en péril la capacité du Québec à atteindre ses cibles de réduction de GES», disait alors croire M. Guilbeault. Le message était clair. 

Cela n’empêcherait pas les libéraux de financer un tunnel Québec-Lévis, direz-vous. C’est vrai. Ce ne serait d’ailleurs pas la première contradiction du gouvernement sur un enjeu d’environnement.

Si les libéraux ont pu acheter un pipeline pour y faire circuler du pétrole «sale», on voit mal que quelques kilomètres de tunnel les rebutent s’ils en venaient à croire que le projet est nécessaire.

Mais il y a plus. On a noté les mots de Justin Trudeau lors de son passage à Québec au début octobre. «On ne peut pas prendre une position sérieuse sur un projet qui n’existe pas, même pas sur papier encore», avait-il lancé.

Je suis plutôt d’accord avec M. Trudeau sur le fond, mais le choix de mots était plutôt provocateur et n’annonçait rien de bon pour la suite du projet.

En juin dernier, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a indiqué avoir besoin du gouvernement fédéral pour réaliser le projet de troisième lien. 

Le premier ministre François Legault, qui a promis une première pelletée de terre avant la fin de son mandat, tentera j’imagine, d’obtenir rapidement une confirmation que le fédéral y participera.

Cela aurait été une formalité sous un gouvernement conservateur qui s’était explicitement engagé en campagne à «financer d’importants projets comme le troisième lien entre Québec et Lévis».

Les conservateurs ont annoncé en fin de campagne vouloir réduire le rythme des dépenses fédérales d’infrastructures, mais n’ont jamais remis en question leur appui au troisième lien. Ni au projet de tramway d’ailleurs.

La partie sera plus compliquée avec le nouveau gouvernement libéral minoritaire. Le NPD est contre et le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, aime se définir comme un «militant écologiste».

Aussi a-t-on sursauté de le voir acheter l’argumentaire de la CAQ voulant qu’un tunnel autoroutier pouvait être un projet «vert» pour peu qu’on puisse y faire rouler des autos électriques et un transport collectif.

On a y a vu une stratégie électorale. Reste à voir où logera maintenant le Bloc qui se dit «vert», mais dit vouloir porter à Ottawa les demandes de l’Assemblée nationale. 

***

Construire un tunnel autoroutier est un projet de compétence provinciale. Cela soulève cependant plusieurs enjeux sur lesquels le fédéral pourrait intervenir :  impact sur la voie maritime et le fond marin, protection de la faune, empiétement sur des propriétés fédérales gérées par le Port de Québec, etc. On note ici la coïncidence voulant que cette limite de propriété en eau profonde du Port coïncide avec la trajectoire ciblée pour le tunnel.

Si le gouvernement libéral choisissait de freiner le projet de troisième lien, il trouvera facilement des prétextes. Sans parler des enjeux de coûts, d’efficacité (ou pas) d’un troisième lien à résoudre les problèmes de congestion, d’une récession qui pourrait changer la donne, etc. 

***

L’administration de Valérie Plante à Montréal s’est réjouie de la réélection des libéraux qu’elle perçoit comme une bonne nouvelle pour son projet de ligne rose. 

Tout le contraire du gouvernement de la CAQ pour le troisième lien. Les astres qui étaient un temps alignés pour le projet semblent aujourd’hui partir dans une autre direction. 

Chronique

Il faut parler de la machine

CHRONIQUE / Le jour du scrutin, pendant que les appels à l’importance de se rendre aux urnes se multiplient, des machines s’activent.

Elles doivent faire sortir le vote.

C’est une vérité de La Palice, certains partis ont une machine particulièrement bien huilée pour cette opération. On ne fait pas que dire aux gens d’aller voter, on va les chercher à leur domicile et on les emmène au bureau de vote. Ils diront que les gens peuvent voter pour qui ils veulent, on sait qu’ils ne transportent pas n’importe qui.

Cette journée-là, tout le monde est à pied d’œuvre, on a déjà identifié une liste de «sympathisants» qu’on ira cueillir pendant toute la journée, de l’ouverture à la fermeture des bureaux de vote. En 2005, le libéral Pierre Pettigrew avait organisé un service de navette pour faire voter les personnes âgées dans Papineau, la circonscription de Justin Trudeau, où l’issue du vote était particulièrement serrée.

La bloquiste Viviane Barbot l’avait emporté par 990 voix.

Pendant la campagne qui vient de se terminer, alors que les chefs courtisaient les électeurs devant les caméras, des bénévoles faisaient du «pointage» au téléphone en les appelant un à un. L’exercice sert à faire une liste de ceux qui vont voter pour le parti et aussi des indécis qui l’ont appuyé dans le passé.

Le jour du vote, cette liste est capitale.

Dès que les bureaux de vote ouvrent leurs portes, les «machines» se mettent à l’œuvre. «Là, il te faut tes taxis, tes bénévoles qui sont en autos, ce sont eux qui vont chercher les votes que tu as pointés et qui les emmènent au bureau de vote, m’explique une personne qui a été aux premières loges de la mécanique électorale. Tu as tes runners, eux, ils sont sur la route, ils vont chercher les listes de ceux qui ont voté et ils les ramènent. Avec ça, on fait le bingo, on coche les noms, Micheline de telle rue était pointée, elle est allée voter. Elle, tu ne la rappelleras pas, mais tu vas rappeler M. Poitras : “Il est 15h, pensez-vous aller voter?” Ta force d’organisation, elle est très déterminante.»

Et, évidemment, plus un parti est organisé, plus il fera «sortir le vote». En espérant que ce soit le bon. «Ça peut arriver qu’une personne qu’on emmène ne vote pas pour nous, que ça soit un mauvais vote. C’est une arme à deux tranchants.»

Un moins affuté que l’autre, quand même.

Pour avoir des bénévoles, il faut d’abord avoir des militants. «L’organisateur en chef doit travailler avec l’organisation de comté, qui est plus ou moins forte, plus ou moins dynamique selon le cas, disons que c’est à géométrie variable. L’organisateur doit se monter une équipe de bénévoles, plus t’en as, plus ça marche.»

Il faut de l’argent, mais il faut aussi beaucoup de bras. «Le nerf de la guerre, c’est le militantisme, c’est la souche numéro un de l’organisation politique. C’est sûr qu’il y a des inégalités d’un parti à l’autre, d’un comté à l’autre.»

Je me pose une question.

Jusqu’à quel point ces inégalités altèrent-elles les résultats du vote?

Si cela n’avait aucun impact, les partis ne se donneraient pas tout ce mal. «C’est certain que dans les comtés où c’est serré, c’est une lutte d’organisations.»

Comme dans Québec lundi.

Si on suit cette logique, les partis qui n’ont pas une organisation rodée au quart de tour n’obtiennent pas tous les votes qu’ils auraient pu avoir. Peut-être faudrait-il offrir à tous les électeurs un service d’accompagnement, peu importe le parti, en passant par Élections Canada ou le DGE au Québec.

Ça n’arrivera pas, évidemment. 

La loi est claire, aucune publicité ni aucun sondage ne doivent être publiés le jour du scrutin pour ne pas influencer le vote des électeurs, donc l’issue du scrutin. Mais qu’en est-il de ces machines, parfaitement légales cela dit, qui mettent toute la gomme pour faire le plein de votes?

Est-ce que Micheline aurait voté si on n’était pas allée la chercher?

RICHARD THERRIEN

Élections: TVA gagne encore

BLOGUE / Sans surprise, c'est à TVA que le public a choisi en majorité de suivre la soirée des élections fédérales, lundi: 647 000 téléspectateurs étaient au rendez-vous, de 19h30 à 1h30. De 19h30 à minuit, la moyenne grimpe à 746 000, avec une pointe à 1,5 million. En 2015, 717 000 téléspectateurs avaient suivi les élections à TVA de 20h à 1h.

De son côté, ICI Télé a rallié 493 000 téléspectateurs de 19h30 à 1h30, comparativement à 438 000 il y a quatre ans.

Du côté des chaînes spécialisées, LCN a intéressé 199 000 téléspectateurs de 19h30 à minuit, et ICI RDI, 181 000, de 19h30 à 1h30.

Dans le reste de la programmation, District 31 a été vue par 1 439 000 fidèles sur ICI Télé, et Un zoo pas comme les autres, par 677 000 à TVA. Sur V, Occupation double Afrique du Sud a conservé 502 000 accros.

Source: Numeris

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Chronique

Au sous-sol, la démocratie

CHRONIQUE / La veille encore, Chantal ne savait pas où elle devait aller voter, ni pour qui, pas qu’elle ne s’intéresse pas à la politique, mais parce que la politique ne s’intéresse pas à elle.

Elle habite au CHSLD Saint-Augustin à Beauport.

À 54 ans, elle y est depuis huit ans, quand elle est devenue trop «lourde» pour la dame qui s’occupait d’elle depuis plus de 40 ans. Née prématurée avec de sérieux handicaps, elle a été placée à 4 ans. 

«Ma mère ne voulait plus de moi.»

Toujours est-il qu’après quatre ans sur la liste d’attente pour une place en CHSLD, le téléphone a sonné par un dimanche après-midi, une place venait de se libérer, elle avait 24 heures pour donner sa réponse. Le lendemain, elle partait en transport adapté, laissant toute sa vie derrière, n’ayant rien pu apporter avec elle.

Elle se souvient encore du choc, elle s’en est remise depuis, a réussi à faire du CHSLD sa maison, à s’y sentir chez elle.

Je l’ai rencontrée la première fois en 2017, elle me racontait qu’elle s’était habituée à plein de choses, sauf à celle-ci, qu’on ne tenait pas vraiment compte d’elle comme d’une personne, mais plutôt comme un ensemble de besoins primaires à combler, et encore. «Ils nous placent et on n’existe plus, m’avait-elle dit alors. Tu manges, t’es logé, ferme-toi. Ce que je veux est simple, je demande juste au gouvernement de penser qu’on a un cœur et un cerveau.»

Elle est encore au même point.

Pas vraiment en fait, elle mangeait mieux avant.

C’est un autre dossier.

Je l’ai appelée dimanche pour savoir si elle allait voter, personne ne lui en avait parlé, elle n’avait pas vu d’affiches non plus. Elle s’est informée, elle a su que le bureau de vote itinérant allait s’arrêter à son CHSLD entre 9h30 et 15h le lendemain au petit local des bénévoles. 

Au sous-sol.

J’aurais voulu suivre le bureau itinérant, je me suis prise trop tard, j’ai donc eu l’idée d’accompagner Chantal dans l’exercice son devoir de citoyenne. J’ai demandé la permission au CIUSSS, une des filles aux communications m’a accompagnée, «juste pour que tout se passe bien».

Chantal a toute sa tête, ce n’est pas le cas de tous les résidents du CHSLD, plusieurs de ceux qui n’ont pas toute leur tête, et c’est un euphémisme, reçoivent une carte d’électeur. J’ai écrit sur le sujet samedi, une dame s’inquiétait que sa mère et sa belle-mère puissent voter, même si elles sont déclarées totalement inaptes.

Une amie, dans un autre CHSLD, a été témoin de ça.

J’ai donc rejoint Chantal vers 11h, on s’est dirigées vers le sous-sol où deux femmes s’occupaient de faire voter les résidents qui se présentaient, en essayant de les accommoder le plus possible selon leur capacité à tenir le crayon. On leur demandait seulement leur nom, pas de preuves d’identité.

Ni de preuve d’adresse.

Élections Canada m’a permis d’assister au vote de Chantal à la condition que je ne prenne pas de photo. La loi est pourtant sans équivoque. «Pendant le vote, les médias ne peuvent prendre des photos ou filmer à partir de l’entrée d’un bureau de vote du moment qu’ils ne dérangent pas les électeurs ni ne compromettent le secret du vote.»

Passons.

De toute façon, vous n’auriez vu qu’une affiche, un gros cercle jaune avec une flèche dessus, collée avec du masking tape sur le cadre de la porte. J’aurais pu aussi prendre la photo du trou dans le plafond suspendu.

Alors nous voici dans le corridor au sous-sol à attendre le tour de Chantal, nous tenant le long du mur pour laisser passer les chariots contenant les dîners. Avant nous, un homme a voté, très lucide lui aussi, vous l’avez sûrement déjà vu si vous allez au CHUL, il est un des meilleurs vendeurs de billets pour la Fondation Maurice Tanguay.

Au tour de Chantal, je me suis assise en retrait, les dames ont installé l’isoloir sur la tablette du fauteuil roulant de Chantal.

Elle a voté.

Elle l’a fait pour le principe, le cœur n’y était pas, avec cette impression de choisir le «meilleur menteur». Peu importe le premier ministre, ça ne changera pas grand-chose à sa vie pour les quatre prochaines années, elle ne s’est jamais sentie concernée pendant la campagne.

Les partis ont pourtant fait leur lot de promesses en santé et en services sociaux, malgré que ce soit des compétences provinciales. À peu près rien pour Chantal. La seule fois où on a parlé des handicapés, c’est pour leur offrir l’aide à mourir.

Ça en dit long.

Chantal et moi sommes remontées chez elle après, les préposés s’affairaient à distribuer les plateaux, le sien arrivait justement quand nous sommes entrées dans sa chambre. J’ai soulevé le couvercle. «C’est souvent un repas froid.» Dans l’assiette, un pain fourré avec une salade de nouilles.

Elle a mangé comme elle a voté, par dépit.

Entre les lignes

Le choix

CHRONIQUE / Lundi matin, 6 h 25. Élections fédérales : l’heure des choix a sonné. C’est le titre que je dois mettre en ligne. Je m’exécute, mais une partie de la phrase s’accroche dans ma tête et se met à y tourner en boucle. L’heure des choix a sonné. L’heure des choix a sonné… Ces cinq mots me hantent.

Oui, ce jour-là nous devions en faire un d’importance. Nous avions à tracer un X à côté d’un nom lié à une personne collée à un parti. Mais, il y avait autre chose.

Isabelle Légaré

Boomer, 135 ans

CHRONIQUE/ Boomer est né le 8 janvier 1996 et à le voir creuser énergiquement dans la pelouse, il a d’autres chats à fouetter que de se laisser ralentir par son âge très avancé pour un chien. C’est probablement ça le truc. Le golden retriever croisé ne sait pas qu’il a 23 ans, soit 135 ans en équivalent humain.

«C’est remarquable comment ce chien est en forme! Il est exceptionnel. Boomer marche un peu moins vite, mais il est en santé. Il y a toujours une étincelle dans ses yeux. Il se sent bien. La vie est belle.»

Chronique

Avoir des dents, un luxe?

CHRONIQUE / «Quand j’ai appelé à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) pour savoir si les implants étaient couverts, on m’a dit que c’était un luxe.»

Un luxe, des dents?

Apparemment, oui. Louise Grégoire l’a appris à ses dépens à la suite d’une chirurgie de reconstruction de sa gencive supérieure en 2011. «Je n’avais pratiquement plus de gencive, elle s’était dégradée pour une raison inconnue. Pour la reconstruire, il a fallu faire une greffe osseuse de la hanche à la gencive. La greffe a été payée par la RAMQ, mais ça s’arrêtait là.»

Pour avoir des dents, elle devait payer.

Même chose pour la gencive du bas. «Il y a environ cinq ans, il me restait une dizaine de dents en bas, ça commençait à faire comme en haut. Les dents se déchaussaient, ne tenaient pas. Ils ont décidé de les enlever.»

À ses frais.

Complètement édentée, avec des gencives fragiles, elle a dû opter pour des implants dentaires. «J’en ai eu quatre en haut et trois en bas, à 1800 $ chacun.» Elle a aussi dû payer pour des dentiers adaptés aux implants. «En bas, ça a tenu, mais en haut, les implants tombaient…» Louise a dû refaire poser de nouveaux implants, en vain, ils tombaient eux aussi.

Cet été, rebelote. «Je me suis fait poser de nouveaux implants, des implants zygomatiques qui sont plus longs, ils sont vissés dans la joue. C’était ma dernière option.» Coût de la chirurgie, 14 000 $. «Là, il va me rester à payer les prothèses [les dentiers], ça va me coûter 13 800 $.»

Elle a bien essayé de voir s’il pouvait y avoir une exception, vu que son problème de gencives est d’ordre médical et, se disait-elle, avoir des dents n’est pas un caprice, ne serait-ce que pour manger. «J’ai appelé à la RAMQ, on m’a dit qu’il n’y avait rien à faire, que ça ne servait à rien d’insister.»

Toutes ses économies y sont passées. «J’ai dû prendre tout mon CELI, toutes mes économies et tout mon fonds de pension, et j’ai aussi dû payer environ 10 000 $ en impôts en retirant mon fonds de pension. Ce n’était pas un gros fonds de pension, mais c’est plate pareil, je n’en ai plus.»

Elle n’a plus un sou pour acheter ses prochaines prothèses. «Je vais être obligée d’emprunter pour les payer, ça n’a pas de bon sens, je n’ai plus rien. Je suis rendue à un total de 63 500 $ en tout. J’ai 64 ans et je ne veux pas me retrouver sans prothèse dans la bouche.»

Louise m’a fait parvenir une enveloppe contenant toutes les factures qu’elle a dû payer depuis sa chirurgie. Elle a fait affaire avec la Clinique de réhabilitation en prosthodontie de Québec, qui indique d’ailleurs sur certaines factures : «soins prosthodontiques pour non fins esthétiques».

Ce n’est pas pour avoir de belles dents, c’est pour avoir des dents tout court.

Que ce soit esthétique ou pas n’émeut pas la RAMQ pour qui les soins dentaires sont exclus de la couverture, peu importe la raison. «Si je m’étais fiée à eux, je n’aurais pas de dents dans la bouche…» Les règles sont sans équivoque, le territoire de la carte soleil s’arrête aux gencives.

Ses frontières sont définies sur le site de la RAMQ. «En milieu hospitalier, l’assurance maladie couvre certains services de chirurgie buccale. Les examens, l’anesthésie locale ou régionale et les radiographies qui sont liés à la chirurgie sont aussi couverts. Toutefois, vous devez payer l’extraction des dents et des racines, à l’exception des enfants de moins de 10 ans et des prestataires d’une aide financière de dernier recours.»

Tout le reste est du luxe.

Le gouvernement a corrigé le tir en avril pour les enfants dont la bouche et les dents sont ravagées par un cancer, uniquement par un cancer, après qu’une mère eut dénoncé publiquement le refus de la RAMQ de payer. «Une proportion importante des enfants qui ont eu un cancer pédiatrique sont à risque d’avoir à vivre avec des séquelles buccodentaires, avait indiqué en janvier la ministre de la Santé, Danielle McCann. La mise en place de ce programme apportera une lueur d’espoir additionnelle à toutes les personnes, tant les enfants que leurs proches. Il s’agit d’une mesure concrète qui vient augmenter l’accès à des soins et à des services de qualité pour la population du Québec, et plus particulièrement pour les petits survivants de cancers.»

Et les autres?

Et les petits survivants d’autres maladies?

Et Louise?

Au cabinet de la ministre, son attaché de presse Alexandre Lahaie indique que la couverture des soins dentaires par la RAMQ pourrait être élargie. «Il y a une analyse qui est faite présentement au ministère pour étudier cette question-là, et le ministère va nous faire des suggestions.»

Quand? «Il n’y a pas de durée, pas de timeline

Il y a une intention.

Et à quoi ça pourrait ressembler? Trop tôt pour le dire, évidemment. Trop tôt pour dire si on s’en tirera en couvrant de rares exceptions ou si on en profitera pour s’attaquer à l’aberrante exclusion de tout ce qui a trait aux dents, comme si elles ne faisaient pas partie du corps.

On traite le mal d’oreille, pas la rage de dents.

Jusqu’à ce que le ministère se fasse une tête, qu’il transmette le fruit de ses cogitations à la ministre et que la ministre se fasse une tête, des «Louise» continueront à devoir payer pour avoir des dents dans la bouche ou à devoir se passer de dents s’ils n’ont pas les moyens de s’en payer.

Il n’y a aucune exception.

C’est ironique tout de même quand on sait qu’il y a des exceptions pour des soins esthétiques, entre autres pour faire remonter ses paupières, se faire greffer des cheveux, faire corriger son buste, atténuer une cicatrice, se faire enlever un excès de peau ou de graisse. Entre 2013 et 2015, la RAMQ a accepté un peu plus de 6000 demandes d’exemption, elle en a refusées autour de 2400. 

Sur le site de la Régie de l’assurance maladie, on explique qu’«aucun service rendu seulement pour des raisons d’esthétique n’est couvert par le régime d’assurance maladie. Il faut donc qu’un médecin détermine si le service demandé est nécessaire ou non sur le plan médical». 

Il doit remplir le formulaire 4248, indiquer la chirurgie plastique dont il est question et expliquer en quoi elle est justifiée, que ce soit pour des raisons physiques ou psychologiques. On reconnaît donc qu’un problème purement esthétique peut être un problème de santé. 

Mais pas être complètement édenté. 

Séance d'orthographe

Que vous dirais-je?

CHRONIQUE / On entend de plus en plus de gens commencer leurs interventions par « je vous dirais que... » Est-ce un anglicisme? (Réjeanne Lamothe, Québec)

C’est très certainement un tic de langage, ou ce qu’on appelle aussi une béquille en communication orale, soit l’emploi d’un mot ou d’un tour qui revient anormalement souvent dans le discours de quelqu’un. J’ai d’ailleurs déjà fait partie, à une autre époque, des gens qui semaient des «je vous dirais» à tout vent.

Habituellement, plus une personne est stressée, plus ses tics de langage ressortent. Et comme on est généralement un peu plus nerveux lorsque l’on prend la parole devant un public ou à la caméra, il est presque naturel que les béquilles soient plus perceptibles dans ce contexte, même pour les professionnels, qui se retrouvent, à l’occasion, dans des situations plus stressantes (par exemple une intervention en direct plutôt qu’en différé). 

Il s’agit évidemment d’une explication et non d’une excuse. Toutes les personnes qui étudient les communications orales apprennent généralement à surveiller leurs tics de langage et à tenter de s’en départir. C’est souvent plus facile à dire qu’à faire.

Mais vous avez raison, il pourrait y avoir beaucoup moins de «je vous dirais que...» dans les médias, d’autant plus que les retirer n’enlève rien à l’essentiel du propos. Dans son livre «Le point sur la langue», le chroniqueur Louis Cornellier confie sa saturation envers ces personnes qui répondent à vos questions «en vous disant qu’ils vont vous dire... ce qu’ils vont vous dire!»

Maintenant, peut-on parler d’anglicisme? Aucune des sources que j’ai consultées ne l’affirme comme tel.

Il est vrai qu’«I would say» est une tournure très répandue en anglais. Mais en fouillant dans quelques dictionnaires d’anglais et d’anglais-français, je n’ai trouvé qu’une seule source qui comporte une définition précise pour cette locution: «S’emploie pour donner son opinion même si on sait que les autres pourraient ne pas être d’accord» ou «lorsqu’on n’est pas très sûr de sa réponse», nous dit le Dictionnaire d’anglais contemporain Longman. Et, effectivement, ce sont deux contextes où «je vous dirais» est souvent employé en français.

Le Robert & Collins, lui, donne deux exemples: «I would say she’s intelligent», traduit par «je dirais qu’elle est intelligente», et «I would say she was 50», traduit en «je dirais qu’elle a 50 ans».

Donc, à moins d’être passé à côté de quelque chose, je ne pense pas que ce soit suffisant pour conclure à l’anglicisme. Et même si cette abondance de «je vous dirais» nous venait de l’anglais, elle ne semble pas, grammaticalement parlant, aller à l’encontre des règles du français.

Dans la Banque de dépannage linguistique, on souligne en effet, dans un article sur les valeurs modales du conditionnel, que ce dernier sert à «exprimer des réserves sur ce que l’on affirme», ce qui correspond aux deux exemples que donne le Robert & Collins et nous confirme que cet usage est licite dans ce cas-ci.

Maintenant, est-ce que cela veut dire que «je vous dirais» n’est jamais utilisé abusivement? Bien sûr que non! Louis Cornellier souligne une citation de Gaétan Barrette, questionné en 2015 sur les perspectives de l’économie québécoise: «Je vous dirais qu’avec ce que j’ai entendu aujourd’hui, les choses paraissent très bien pour le futur.» On peut se demander où est l’hypothétique, la condition ou l’atténuation dans son affirmation. En fait, on semble plus près ici de la définition du Longman, soit une opinion donnée en sachant qu’elle ne fera pas l’unanimité. Le député aurait très bien pu employer le futur simple («je vous dirai»)... ou commencer directement sa phrase au mot «avec».

En conclusion, un feu jaune sur «je vous dirais» n’est sans doute pas une mauvaise idée.

Perles de la semaine

L’édition souvenir du magazine CROC rappellera à plusieurs la chronique «La presse en délire», dont voici quelques relents.

«Sondage sur la fusion Hauterive — Baie-Comeau : 60 % contre, 57 % pour.»

«Un congrès rondement pour le mené (mené rondement).»

«Tout tourne rond pour Louise Carré»

«Atelier de relaxation : FIN DE SEMAINE INTENSIVE!»

«Joyeuses de balle molle recherchées (joueuses).»


Source: «La presse en délire», collectif, Ludcom inc., 1982.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Patrick Duquette

Un dernier message d’amour

CHRONIQUE / Alors que Cyrano de Bergerac écrivait des lettres d’amour à la place d’un camarade, Suzanne Le Blanc prête sa plume à des personnes en fin de vie à la maison de soins palliatifs Mathieu-Froment-Savoie de Gatineau.

Son métier ? Écrivaine publique. Un service qu’elle offre sans frais depuis janvier 2018 aux patients venus achever leur existence dans l’ancienne église de la rue Sherbrooke.

Chronique

«On a tué mon enfant»

CHRONIQUE / Dans une salle anonyme du palais de justice de Québec, fin septembre, des avocats ont demandé un arrêt de procédures. Un dossier qui traîne depuis 10 ans.

Le garçon avait cinq ans à l’époque, les services sociaux de sa communauté l’avaient confié à la voisine pendant huit mois, sa mère était à Québec et à Montréal au chevet de son nouveau-né, atteint d’une rare maladie. Le fils de Jenny Regis avait toujours été un «enfant enjoué, il imitait Michael Jackson, il faisait des farces à tout le monde».

Jenny n’a jamais revu cet enfant-là.

Quand elle est revenue chez elle à Uashat Mak Mani-Utenam pour faire le deuil de son bébé, elle ne se doutait pas qu’elle allait devoir faire aussi le deuil de son gars de cinq ans. Pendant qu’elle était absente, lui a-t-il alors confié, l’adolescent de la voisine l’aurait agressé sexuellement à plusieurs reprises.

Elle a porté plainte à la police, rien. «Quelques jours plus tard, il se fait agresser encore», elle porte une autre plainte.

Rien.

Elle se rend elle-même à l’hôpital de Sept-Îles pour le faire examiner, le 13 mai 2011, le médecin note en détail le récit que le garçon fait de ce qu’il a vécu. En haut du formulaire, il est indiqué «cocher si la description n’est pas claire», le médecin écrit à la main «enfant, mais clair».

Ce que le garçon raconte relève de l’horreur.

Le médecin demande aussi à ce que soient faits les prélèvements contenus dans la trousse médico-légale pour agression sexuelle, en remet le contenu le jour même au corps policier de la communauté, le SPUM. La trousse n’a jamais été envoyée au laboratoire de justice légale de Montréal.

Le SPUM maintient qu’elle a été perdue.

C’est la journaliste Anne Panasuk qui a révélé l’histoire en février 2017 à l’émission Enquête à Radio-Canada, elle montrait aussi du doigt le fait qu’aucune accusation n’a été portée contre l’agresseur présumé. Dans le reportage, Jenny Regis raconte qu’un policier lui a dit : «Ça n’ira pas plus loin, c’est un déficient et tu ne peux rien faire.»

Pourtant, le jeune a un permis de conduire.

Et un permis de port d’arme.

Dans la décision du procureur, il est plutôt écrit que la décision de ne pas porter d’accusations repose sur «le jeune âge [de l’enfant] et ses difficultés à relater les faits et sa confusion face aux événements». L’enfant, dont la langue maternelle est l’innu, a dû témoigner en français, le seul policier formé pour traiter les dossiers d’agressions sexuelles ne parlant pas l’innu.

D’où, fort possiblement, ses difficultés à relater les faits.

Évidemment, aucune aide n’est apportée à l’enfant ni aucun soutien à Jenny, qui doit se résigner à placer son fils. «Je n’avais rien, pas de service de psychologue, rien. Si tu n’es pas avec la DPJ, tu n’as rien, alors il fallait le placer dans un centre jeunesse pour avoir des services», m’a-t-elle raconté la semaine dernière. 

À «six ou sept ans», son fils est placé au centre jeunesse de Baie-Comeau.

À plus de 200 km de chez lui.

«Au début, il est resté là un an et demi, deux ans, il est revenu, reparti, revenu. Quand il revenait à la maison, les souvenirs revenaient aussi, parce que ça s’est aussi passé dans la maison. Il avait trop d’émotions, il n’était pas capable de contrôler sa peur, il faisait des crises, s’automutilait.» 

Son fils «se coupait les bras, il se donnait des coups sur le nez avec les poings» jusqu’à ce que ça saigne.

«À la DPJ, ils ont travaillé sur ses crises, sur sa colère, mais jamais sur ses agressions. Je n’ai jamais trouvé d’aide pour faire sortir ça de lui, pour faire sortir le motton, il garde ça en dedans de lui depuis 10 ans. Il a perdu confiance en tout le monde, personne ne lui a dit : “On s’occupe de toi“, il a aussi perdu espoir en moi, il pense que je n’ai rien fait. J’aurais aimé qu’un policier lui dise : “Ça n’arrivera plus…”»

Non seulement aucun policier ne lui a dit, mais les policiers impliqués dans le dossier ont plutôt donné l’impression qu’il ne s’était rien passé.

Tellement que, informé de la situation en 2017 par Anne Panasuk, le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Martin Coiteux, a demandé une enquête en déontologie pour faire la lumière sur le dossier. Quatre policiers sont visés, le sergent Pascal Bérubé pour ne pas avoir inscrit la trousse au registre des pièces à conviction et ne pas l’avoir fait analyser, l’ex-directeur adjoint Gilbert Vollant pour l’avoir détruite, le sergent Guy Olivier pour ne pas avoir protégé la victime et l’ex-directeur du SPUM, Normand Ambroise, pour avoir mal géré la situation.

Le procès a commencé le mois dernier après deux ans et demi.

Jenny a témoigné la première journée. «[Les avocats des policiers] me posaient des questions strictes sur les dates, ils voulaient que je me souvienne des dates précisément. Ça fait 10 ans, ça fait 10 ans que je veux oublier ça… Ils laissaient entendre que je n’avais pas fait mon travail, que je n’avais pas fait assez d’appels, pas assez d’efforts.»

Que c’est sa faute, en somme.

Et, une semaine après le début des audiences, les avocats des policiers ont demandé l’arrêt des procédures, après avoir appris que le dossier de la DPJ du présumé agresseur avait été détruit. Ils ont aussi évoqué le délai de prescription, arguant qu’il s’est écoulé trop de temps entre la disparition de la trousse et la poursuite.

Tout pour s’en tirer.

Mais le fils de Jenny, lui, ne s’en tire pas. Il a 15 ans, il est toujours au centre jeunesse de Baie-Comeau. «Il est enfermé dans un endroit isolé depuis trois mois, c’est un endroit où on protège les enfants qui sont dangereux pour leur vie. Il n’a plus le droit de sortir jusqu’à tant qu’il fasse des efforts, qu’il montre qu’il tient à la vie.»

Le fil est mince. «Il ne veut plus rien faire.»

Depuis six mois, il fait des crises d’épilepsie d’une rare intensité, et dont les médecins n’arrivent pas à trouver la cause. «Je l’ai vu il y a deux semaines à l’hôpital, ils l’avaient mis dans un semi-coma, il fait des crises en continu, il reste dans cet état-là. Ils disent qu’il provoquerait lui-même ses crises, ils disent que ce n’est pas mental, que ça pourrait être une image qui provoque ça.»

Quand il finit par revenir à lui, il n’a aucun souvenir. «Il dit qu’il sent venir les crises, mais qu’il ne sait pas ce qui fait ça.»

On lui donne des médicaments à fortes doses, en vain.

Le procès est suspendu depuis presque deux semaines maintenant, le temps que la juge étudie la demande en arrêt de procédures. «On était rendu au procès… C’est tout ce qui me reste, l’enquête en déontologie, la seule lumière. Je ne peux pas mettre ça derrière quand je suis en train de perdre mon enfant. Si on avait eu de l’aide au bon moment, on n’en serait peut-être pas là.»

Le voisin est toujours dans la communauté, elle a dû partir.

Et pendant que la juge délibère, la vie de Jenny est suspendue, encore. Elle a écrit une lettre, un déchirant cri du cœur. «[Mon enfant] ne différencie plus le mal du bien, la haine de l’amour, le mensonge de la vérité. Mon enfant vit dans le noir. Il est perdu. […] C’est dur de regarder mon enfant et de me dire qu’on ne pourra pas le sauver de son enfer. Je peux le dire : “On a tué mon enfant.”» 

Chroniques

Le problème avec l’école

CHRONIQUE / Je suis père de deux filles de 9 et 13 ans. Comme je l’ai déjà expliqué dans quelques chroniques antérieures, elles sont éduquées à domicile, principalement par ma conjointe, qui fait un travail extraordinaire. Mes filles n’ont donc jamais fréquenté une école, et encore moins un CPE. En général, je justifie ce choix sur la base d’arguments pédagogiques, me gardant bien de critiquer l’école et le mode de vie des parents qui décident d’envoyer leurs enfants à l’école. Je m’impose un devoir de réserve, en quelque sorte. Mais pour une fois, je ferai exception à cette règle.

C’est que, dernièrement, j’entends plusieurs personnes discuter des problèmes que rencontre l’école québécoise, particulièrement en ce qui a trait au décrochage et à l’intimidation. On se demande notamment ce qui pourrait être fait pour améliorer la réussite des garçons, et plus largement pour rehausser la performance des écoles et des élèves qui les fréquentent. On présente aussi l’école comme un milieu de vie qui favorise l’épanouissement de chaque enfant. De beaux principes, il va sans dire, mais qu’en est-il de la réalité ?

Chronique

Pascal Bérubé dans le mille

CHRONIQUE / Le chef intérimaire du Parti québécois a expliqué en quelques mots très simples et très justes, mardi, les raisons de la forte popularité de la Coalition avenir Québec (CAQ) jusqu’ici.

Il a évoqué l’effet de la «nouveauté», ainsi que l’adoption du projet de loi sur la laïcité. On ne peut plus juste comme explication — surtout pour ce qui est des symboles de foi.

Et il a montré du doigt... les libéraux de Philippe Couillard. «Ce qui fait bien paraître la CAQ, c’est beaucoup le gouvernement précédent; par ses mauvaises postures, par son impopularité.» La comparaison avec le gouvernement libéral, donc. Et, bien sûr, a enchaîné M. Bérubé, les importants moyens financiers laissés par les libéraux à l’actuel gouvernement.

Pour expliquer cette forte popularité, il faut ajouter le ton général des membres du gouvernement. Ceux qui se laissent aller à des pointes d’arrogance sont rapidement invités à faire attention.

Pour clore ce chapitre sur la popularité, il faut rappeler qu’avec le temps, ce qui fait le succès peut aussi précipiter vers l’abîme. À force d’étirer des élastiques… Dire qu’un troisième lien entre Québec et Lévis est nécessaire pour que des voitures électriques y circulent n’est pas du meilleur effet. Ni du plus grand sérieux.

Ce dossier pourrait bien un jour séparer sérieusement des sympathisants caquistes de la grande région de la capitale et ceux du reste du Québec.

Souveraineté

À l’occasion du premier anniversaire de son gouvernement, François Legault a accordé plusieurs entrevues. Au Journal de Québec, il a notamment déclaré, à propos de la «question nationale», qu’elle se posera «beaucoup moins» avec l’obtention de gains sur le front des relations entre Québec et Ottawa.

«C’est certain que les gens, actuellement, ne veulent pas entendre parler de la souveraineté du Québec», a-t-il dit avant d’opiner que «c’est sûr qu’en faisant des gains pour protéger notre identité, ça va être encore moins d’actualité».

Et s’il n’en fait pas, de gains, le sujet deviendrait-il davantage d’actualité? C’est toujours la question éludée.

Le premier ministre ne se prononce jamais sur le fond. Une exception récente : lors d’une entrevue accordée à une radio de Sept-Îles, en août, il a indiqué que la souveraineté n’est pas un «projet moderne».

Sinon, il invoque tout le temps l’absence d’appétit d’un nombre suffisant de Québécois. «C’est certain que les gens, actuellement, ne veulent pas entendre parler de la souveraineté...» Actuellement…

La semaine dernière, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a invoqué les paiements de péréquation de 13 milliards $ et les transferts fiscaux en provenance d’Ottawa. Il les a qualifiés de généreux. C’était en réponse à une question de la députée Catherine Fournier.

À force, on peut décoder ceci : François Legault semble penser que le projet souverainiste ne serait ni bon ni opportun à court ou moyen terme — et il a d’ailleurs bien d’autres chats à fouetter —, mais, à long terme, pourquoi pas? Ce, dans l’éventualité bien entendu où le Québec n’obtiendrait pas de gains suffisants devant Ottawa. Et pour autant que l’aiguille des sondages sur la question de l’indépendance grimpe un jour, dans quelques années.

Car François Legault ne ferait rien volontairement sur ce front qui mettrait en péril sa popularité, non plus qu’il n’accompagnerait un mouvement qui, selon lui, affaiblirait le Québec parce qu’il ne recueillerait pas suffisamment d’appuis.

Le premier ministre tend beaucoup l’oreille. Et ne quitte jamais beaucoup les sondages de l’œil.

Voilà ce qu’on a aussi appris depuis un an.

Entre les lignes

Ah! Les fraises et les framboises...

CHRONIQUE / Il y a neuf ans, plus précisément fin septembre 2010, je racontais dans cette chronique comment une façon de faire ancrée dans mes gènes et dans mes gestes depuis plus de 30 ans venait d’être anéantie.

Moi qui avais toujours pris soin de tourner les pommes sur elles-mêmes pour les cueillir, je venais d’apprendre que ma technique était aussi erronée que dramatique. Désormais, «on tire en donnant un p’tit coup», qu’une dame nous avait dévoilé en prenant bien soin de spécifier que notre «approche rotationnelle» pouvait aller jusqu’à «TUER LE POMMIER»!

Opinions

La loyauté de Mike Pence mise en doute

CHRONIQUE / Derrière le scandale de l’affaire ukrainienne se dissimule un stratagème audacieux et risqué du président américain. Donald Trump cherchait à écarter la candidature de Joe Biden, considéré comme son adversaire le plus dangereux à cause de son approche modérée, en l’associant faussement à une affaire de corruption. Et par ricochet, il voulait mousser la candidature d’Elizabeth Warren qu’il pourrait plus facilement décrire comme une socialiste radicale.

Toutefois, l’affaire ukrainienne s’est retournée contre lui. La chambre des représentants, dominée par les démocrates, a enclenché le processus d’enquête menant éventuellement à une mise en accusation du président. La chambre va tout probablement voter la destitution de Trump. Le sénat, transformé en cour de justice, devra alors ratifier ou non sa destitution. En cas d’un vote positif, c’est le vice-président Mike Pence qui accéderait à la présidence.

Suivant l’exemple d’Adolf Hitler, Donald Trump demande systématiquement à ses proches collaborateurs de lui prêter un serment de loyauté inconditionnelle. Jusqu’ici, Mike Pence a défendu vaillamment son patron en toutes circonstances, même dans le dossier Mueller. Néanmoins, il représente dans l’affaire ukrainienne une menace croissante pour Trump.

Le Washington Post révélait  récemment qu’à mesure que l’enquête sur l’affaire ukrainienne prend de l’ampleur, plusieurs proches collaborateurs de Pence lui suggèrent de se tenir éloigné le plus possible de cette controverse. Si Pence chercha dans un premier temps à dégonfler cette histoire, ce scandale dévoile néanmoins la fragilité du partenariat le liant à Trump. Et ce d’autant plus que Trump devient de plus en plus paranoïaque à mesure que la bataille de destitution s’amplifie.

Pence est conscient que ce scandale peut devenir pour ainsi dire radioactif. Or pour un vice-président ambitieux, dont le rêve est de devenir un jour président, la situation est délicate. Les manœuvres de Pence pour rester à l’écart du dossier rendent les relations entre les deux hommes plus tendues. 

Campagne de 2016

La méfiance de Trump à l’égard de Pence n’est pas nouvelle. Dans les dernières semaines de la campagne de 2016, Pence avait refusé de défendre Trump à propos de ses frasques sexuelles. Il s’est même retiré de la campagne et a publié une déclaration désapprobatrice contre Trump. 

Pence aurait alors informé le Comité national républicain de sa disponibilité à prendre la place de Trump en haut de la liste. Certains stratèges républicains examinèrent alors sérieusement la possibilité de nommer Condoleezza Rice comme colistière de Pence. Certains collaborateurs de Trump lui ont même conseillé de se retirer et de céder la place au duo Pence-Rice pour éviter au parti républicain une défaite écrasante.

Depuis cet incident, Trump demande régulièrement à ses collaborateurs et alliés politiques s’ils pensent que Pence est toujours loyal envers lui. Trump a même fait circuler la rumeur qu’il pourrait remplacer Pence comme colistier en 2020 par l’ancienne ambassadrice américaine aux Nations Unies Nikki Haley.

Depuis six mois, Trump a cherché à plusieurs reprises à impliquer directement Pence dans l’affaire ukrainienne. Il lui demanda en mai de ne pas assister à l’inauguration de Zelensky comme moyen de faire pression sur ce dernier afin qu’il déclenche une enquête sur son rival démocrate. Pence fut ensuite chargé d’annoncer la suspension de l’aide militaire américaine au président ukrainien. Finalement, il rencontra Zelensky en septembre en Pologne.

En cas de destitution, une hypothèse encore peu probable, Trump est déterminé à faire sombrer Pence avec lui. Ainsi, il a lié directement Pence au scandale ukrainien en suggérant aux journalistes d’examiner les appels de Pence au président Zelensky.

Serrez les rangs

Cela est un secret de polichinelle que la fidélité des républicains au Congrès ne repose pas sur un sentiment d’affection particulier ni sur une loyauté personnelle indéfectible à l’égard du président. Pour assurer le soutien des représentants et sénateurs républicains, Trump a recours systématiquement à son arme favorite, soit l’intimidation. Néanmoins, ce soutien pourrait facilement vaciller.

Avec sa sortie intempestive récente et ses insultes personnelles contre Romney pour avoir osé critiquer sa gestion de l’affaire ukrainienne, Trump lança un message clair aux hauts dirigeants républicains: serrez les rangs derrière moi, sinon vous allez sentir les effets de mon ire personnelle.

Trump est conscient de la haute estime que les représentants et sénateurs républicains ont à l’égard de Pence. Si les membres républicains au Congrès étaient libres d’exprimer leurs sentiments, presque tous se rallieraient au vice-président.

D’ailleurs, plusieurs animateurs radiophoniques, dirigeants évangélistes et commentateurs politiques conservateurs font écho au sentiment que la situation serait beaucoup plus facile pour le parti républicain si Pence accédait à la Maison-Blanche. Ces derniers, de plus en plus fatigués de devoir constamment se battre et défendre le président, rêvent d’une présidence Pence. Mais leur plus grand problème découle du fait que la base républicaine aime et soutient Trump.

Présentement, au moins 10 sénateurs républicains vacillent dans leur soutien à Trump. Cela n’est pas suffisant pour destituer le président. Il faudrait qu’au moins 20 sénateurs républicains se joignent aux 47 sénateurs démocrates pour obtenir le vote des deux tiers du sénat nécessaire à une destitution.

Ultimement, le sort de Trump va dépendre de Mitch McConnell, le leader républicain au sénat. Ce dernier va établir les règles pour le procès en destitution. Si jamais McConnell acceptait la tenue d’un vote secret, le sort de Trump serait scellé. Beaucoup de sénateurs se sentiraient alors très à l’aise de voter sa destitution pour le remplacer par Pence.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Télé et radio

ICI Tou.tv: pour «Trop», «Fragile» et «Faits divers»

CHRONIQUE / Au tour d’ICI Tou.tv de dévoiler sa collection automne-hiver hier. Alors que le Club illico se vantait d’offrir 30 productions originales québécoises, le service de vidéo en ligne de Radio-Canada dit faire mieux avec 40 nouvelles séries originales et 35 nouvelles séries internationales pour la prochaine année, disponibles en partie gratuitement, et pour 6,99 $ par mois dans le cas de l’Extra.

Même si j’ai été moins emballé que pour le catalogue de Club illico, je cultive beaucoup d’attentes au sujet de la nouvelle série de Serge Boucher, Fragile, avec Marc-André Grondin et Pier-Luc Funk, disponible sur l’Extra à partir du 21 novembre. Mais aussi sur les six nouveaux épisodes de Faits divers, relayés dès le 24 octobre. J’ai déjà visionné les quatre premiers épisodes de Trop., dont c’est la troisième et dernière saison. À regret, parce que j’adore cette comédie de Marie-Andrée Labbé, qui écrit finement sur la santé mentale pour deux personnages en or joués par Évelyne Brochu et Virginie Fortin, chez qui on sent un amour inconditionnel. Isabelle a quitté son centre interdisciplinaire pour s’ouvrir son propre resto, ce qui est une très bonne chose, en plus de retourner avec son beau Marc-Antoine (Éric Bruneau), moins épais à son contact et qu’on finit même par aimer. Quant à Anaïs, elle accepte une proposition de Romain (Pierre-Yves Cardinal) d’ouvrir leur couple, ce qu’elle décrit comme suit à ses parents : «C’est comme vos années 70, mais avec des cellulaires». Rachel (Macha Limonchik) vivra une grave crise de manie, et en fera voir de toutes les couleurs à son entourage au cours d’une scène épique. Déjà en ligne depuis lundi dans la section Véro.tv.

J’ai aussi très hâte de voir C’est comme ça que je t’aime, qui a un look extraordinaire. L’œuvre de François Létourneau, réalisée par Jean-François Rivard, arrivera en février, alors que La maison bleue, sur un Québec indépendant depuis 1995 avec Guy Nadon, sera mise en ligne en mars. Et qui apparaît sur les billets de banque québécois? Guy A. Lepage, Maripier Morin, Guy Laliberté et une influenceuse! Ricardo Trogi, qui cosigne La maison bleue, prépare également une série sur les quinquagénaires avec l’auteur Jacques Davidts (Les Parent), prévue pour 2020. Pour l’instant, Cerebrum est en écriture pour une deuxième saison.

Certains succès ont été renouvelés. Comme Bébéatrice, la téléréalité animée de Guy A. Lepage, dont la deuxième saison arrive le 21 novembre, avec Michel Barrette dans le rôle du grand-père. C’est gratuit. Fourchette, de Sarah-Maude Beauchesne, a eu autant de succès sur ICI Tou.tv qu’En audition avec Simon, c’est vous dire. Il fallait une saison deux, prévue pour mars prochain. Côté payant, on a aussi renouvelé On change d’air, sur l’intimité de Patricia Paquin et Louis-François Marcotte, qui cartonne dans la section Véro.tv. Celle-ci nous fournira de nouveaux épisodes d’Une étape à la fois et des Morissette et moi en bref (cette fois sous forme de capsules) et Rétroviseur, dont les six épisodes déjà en ligne (avec Antoine Bertrand entre autres) seront les derniers d’une série de 29. Véronique Cloutier travaille à un autre projet qui semble aussi piger dans le passé.

La direction insiste sur l’offre jeunesse très importante : 160 titres, dont la moitié est gratuite. En ligne depuis juillet, la minisérie documentaire Le dernier soir, de Monic Néron, reste la seule du genre pour l’instant, mais on étudie deux projets pour l’an prochain. Avec les titres de Netflix et Meurtriers sur mesure, que vient de lancer Club illico, on sent que le public est assoiffé de ce genre d’enquêtes.

«LES PAYS D’EN HAUT»: UNE SUITE POSSIBLE

Tout indique que Les pays d’en haut aura droit à une sixième saison. Du moins, «ça sent bon» pour une suite, a révélé la directrice générale de la Télévision de Radio-Canada, Dominique Chaloult. Il reste à compléter le budget avant de donner le feu vert à la production. En début d’année, le diffuseur avait annoncé que la cinquième saison serait la dernière, et ne compterait que six épisodes au lieu de 10. Puis, au début de l’été, Rémi-Pierre Paquin (Bidou Laloge) a laissé poindre la possibilité qu’on revienne sur cette décision, en entrevue à Bonsoir bonsoir sur ICI Télé. Si elle voit le jour, la sixième saison comptera aussi six épisodes. Les excellents auditoires de la quatrième saison, une moyenne de 1172 000 téléspectateurs, et le fait qu’on sorte du triangle amoureux pour approfondir les histoires secondaires ont incité la direction à envisager une suite. C’est notamment pour des questions de budget qu’on avait décidé de mettre fin à la saga de Gilles Desjardins, inspirée de l’œuvre de Claude-Henri Grignon. Une épidémie de variole marquera la cinquième saison, dont les six épisodes seront en ligne le 12 décembre sur l’Extra, avant d’arriver sur ICI Télé à l’hiver. Réalisée par Yan England, cette saison accueillera David La Haye dans le rôle du curé Caron, mandaté pour mettre de l’ordre à Sainte-Adèle.

Chronique

L’avocate qui dénonce la DPJ

CHRONIQUE / Quand Valérie Assouline a accepté de prendre un premier dossier de DPJ, elle ne se doutait pas qu’elle venait d’ouvrir une véritable boîte de Pandore.

Elle n’a pas l’intention de la refermer.

Son premier dossier, c’est celui de la grand-mère et de la mère de la fillette de Granby qu’elle représente au civil, elle n’a pas hésité une seconde avant de dire oui. Elle le fait pro bono, ça veut dire qu’elle ne demande rien en retour, pas un sou, les deux femmes n’ont pas les moyens de se payer ses services, surtout pas avec le montant ridicule que prévoit l’aide juridique.

Puis elle en a pris un deuxième dossier, en facturant une fraction des heures qu’elle y consacre, le couple ne fait pas de gros salaires. Ça fait au moins un an que les deux parents essayent de trouver un avocat, ils ne comptent plus les refus.

Ils ont essayé le sociofinancement et ont récolté 10 $.

Ils sont nombreux d’ailleurs à frapper aux portes des bureaux d’avocats pour en dénicher un qui prendra leur cause. Les dossiers de DPJ sont souvent lourds et compliqués, ils demandent beaucoup de temps. Une mère m’a fait parvenir une réponse reçue : «Je n’ai pas regardé vos courriels, mais devant la quantité, je dois me résigner à vous dire que je ne pourrai pas prendre votre dossier. Ça me semble très volumineux et je n’ai pas le temps nécessaire pour bien vous servir.

«Je vous souhaite bonne chance.»

Un classique.

Le nom de Valérie Assouline s’est donc répandu comme une trainée de poudre dans l’univers des parents qui ont maille à partir avec la DPJ et qui cherchent désespérément à se faire entendre. Sa messagerie a été prise d’assaut. «J’ai reçu au-delà de 600 histoires, ça m’empêche de dormir...»

Elle a «des boîtes et des boîtes de preuves».

Elle ne s’attendait pas à ça. «Je pensais au début que c’était quelques cas isolés, jamais je n’aurais pu penser qu’il y en avait autant. Il y a des injustices grossières. Il y a des intervenantes qui travaillent bien, je les remercie, mais il y en a aussi qui abusent de leurs pouvoirs.»

Elle réclame un sérieux coup de barre. «La loi est faite pour protéger les enfants vulnérables, le problème n’est pas là. Le problème est dans l’application de la loi. Il y a des interventions qui sont insensées. […] Il faut faire la part des choses, il y a des interventions qui sont extraordinaires, c’est un travail qui est difficile, mais je me dénonce ce qui doit l’être.»

Comme Granby.

Comme tant d’autres.

Des exemples, elle en a un et un autre. «Il y a quelques semaines, on a retiré un bébé d’une semaine, on l’a envoyé chez le père toxicomane. […] Et cette mère qui a appelé pour violence conjugale» qui a vu son appel à l’aide se retourner contre elle, la DPJ lui a reproché d’exposer ses enfants à un conflit d’adultes. 

Un autre cas, une intervenante qui annonce sans plus de cérémonie «à une fille de 13 ans : “Tu ne verras plus ton frère, il a été adopté.” Ça me révolte.»

Devant tout ça, elle a décidé de dénoncer, pour exposer ce qu’elle constate, pour que des changements soient apportés. «Si je ne le fais pas, pourquoi je suis avocate? Il faut le dénoncer, je dois le dénoncer, je n’ai pas le choix, c’est trop grave.» Elle a demandé à être entendue par la commission Laurent sur les droits de l’enfance et la protection de la jeunesse, elle attend une réponse. «Mais on ne peut pas attendre un an et demi, il faut agir maintenant. La magie de l’enfance, ça ne dure pas longtemps.»

Et on la brise, trop souvent.

Née au Maroc, arrivée à quatre ans au Canada, Valérie Assouline a étudié à l’Université de Mont­réal en sociologie et en droit. «J’ai été portée vers le droit de la famille, j’ai fait surtout des dossiers de garde. Mais c’est surtout en tant que mère que je dénonce.» Elle a quatre enfants, âgés entre 8 et 15 ans.

Ces propos n’engagent qu’elle-même.

En attendant la commission, Valérie Assouline publie sur Facebook le résumé des cas qu’elle reçoit. «Il y a un pattern. On dirait que le baromètre du danger est rendu au point où on voit du danger partout, on identifie comme du danger ce qui n’en est pas, et on retire les enfants». Au lieu d’aider certains parents, on les disqualifie. 

Et il y a l’inverse, comme Granby.

Son autre cheval de bataille, les visites supervisées. «La DPJ place un enfant et donne des visites supervisées de deux heures aux deux semaines et après, ils vont évaluer le lien d’attachement. Comment voulez-vous développer un lien d’attachement comme ça? Et c’est eux qui l’ont brisé…»

Et «si le parent se plaint, on lui réduit».

Selon ce qu’elle voit, la DPJ se tourne trop souvent vers ces visites où parents et enfants sont confinés dans une pièce, où chaque mot qui est prononcé, chaque geste qui est posé, sont analysés. «Si on n’accaparait pas autant d’intervenantes dans ces visites supervisées, il y en aurait plus pour aller sur le terrain.»

Il y aurait moins de listes d’attente.

L’avocate fonde «beaucoup d’espoir» sur la commission Parent — qui amorce ses travaux le 22 octobre —, elle souhaite que l’exercice mène à de réels changements. «Il faut vraiment que ça change. Les Québécois payent cher [pour le réseau de protection de l’enfance], ils ont le droit de savoir.»

Même chose pour la mort de cette fillette qui a secoué tout le Québec en avril après être passée tout droit entre les mailles du filet. «Il y a des faits qui vont sortir sur Granby, il ne faut pas que la petite soit morte en vain.»

Opinions

Fox News comme la Trump TV

ANALYSE / Donald Trump est devenu une vedette médiatique en 1976, alors qu’il n’avait que 30 ans. Ce fut largement grâce à Rupert Murdoch, un milliardaire australien qui venait d’acheter le New York Post. Les deux avaient une connaissance commune en Roy Cohn, le fameux avocat du sénateur Joseph McCarthy. Cohn convainquit Murdoch d’ouvrir les pages de son journal à Trump lui permettant ainsi de décrire ses exploits.

Si Murdoch méprisait Trump en privé, qu’il considérait comme « un marchand de biens immobiliers et un exploitant de casino louche », les deux hommes partageaient néanmoins un ressentiment antiélitiste. Complètement dépourvus d’idéologie politique, les deux étaient motivés par une seule chose : leur intérêt personnel.

Séance d’orthographe

Plutôt « aussitôt » qu’« aussi tôt »

CHRONIQUE / Je lis (surtout) et j’entends de plus en plus souvent la formule «aussi tôt que» dans le sens de l’anglais «as early as». Je ne peux m’empêcher de grincer des dents devant ce calque alors qu’en français, «dès» rend parfaitement cette notion. Suis-je trop perfectionniste? (Bernard Landreville, Sherbrooke)

Attention, parce qu’il y a « aussi tôt que » et « aussitôt que », et les deux n’ont pas le même sens. En fait, c’est « aussitôt que » qui est synonyme de « dès que ».

« Venez aussitôt que possible ! »

« Je pars aussitôt que j’aurai terminé. »

Écrire « aussi tôt que » pourrait donc être considéré comme une simple faute de vocabulaire ou de grammaire. Mais il est effectivement fort probable que ce soit l’anglais qui pousse ici à écrire « aussi tôt » en deux mots plutôt qu’en un seul.

Il y a quand même des cas où il est certain qu’on a affaire à un anglicisme : lorsque l’on fait suivre « aussi tôt que » par un nom ou une locution exprimant un moment.

« Vous pourrez transmettre votre demande aussi tôt que la semaine prochaine. »

« Les clients ont commencé à faire la file aussi tôt qu’à 20 h la veille de l’ouverture. »

Dans les deux phrases ci-dessus, on détecte assez rapidement le calque d’« as early as ». En anglais, il est effectivement accepté de dire « as early as Monday, next week, October 1st », etc. Pas en français.

Mais on ne peut pas non plus utiliser « aussitôt que » dans ce contexte, ça ne tiendrait pas debout. Ce serait comme écrire : « Vous pourrez transmettre votre demande dès que la semaine prochaine. » C’est vraiment « dès » qui est la seule option possible ici. 

« Vous pourrez transmettre votre demande dès la semaine prochaine. »

« Les clients ont commencé à faire la file dès 20 h la veille de l’ouverture. »

Est-ce dire que les « aussi tôt que » sont totalement proscrits ? Bien sûr que non. Il est permis de s’en servir de la même façon qu’« aussi tard que ».

« Je ne t’attendais pas aussi tôt que ça ! »

« Elle est arrivée aussi tôt que son mari. »

Avec l’adjectif « possible », on peut écrire « aussitôt » ou « aussi tôt » selon l’intention. Si je vous dis de venir aussi tôt que possible, je vous demande de venir le plus « de bonne heure » que vous le pourrez. Mais si je vous dis « aussitôt que possible », j’exprime « le plus vite possible ». La nuance est subtile, mais peut se justifier dans certains contextes.

Perles de la semaine

Sujet de l’examen : la nature et ce qu’elle nous donne. En tout cas, pas des bonnes notes.

« La mousse pousse sur les troncs d’arbre sous l’effet de la mousson. »

« En automne, les arbres laissent tomber leurs feuilles par lassitude. »

« Grâce à un climat favorable, les Brésiliens fabriquent de l’essence avec la canne à sucre. »

« Un produit lacté est un produit qui contient de la laque. »

« Gutenberg est l’inventeur d’un fromage très apprécié. »

Source : « Le sottisier du bac », Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

Questions ou commentaires ? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Jean-Marc Salvet

Legault salue Greta Thunberg et c’est très bien!

CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault n’est pas tombé dans le piège. Plutôt que de s’en prendre au ton de Greta Thunberg et à son choix de mots, comme de très nombreux adultes l’ont fait, il s’en est tenu à l’essentiel.

En répondant à des questions sur elle, jeudi, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, il n’a parlé que du fond de la question, que des changements climatiques. C’était très bien.

Car, on peut très bien ne pas partager les discours catastrophistes, les trouver contre-productifs, et éviter de tomber à bras raccourcis sur une adolescente, même si elle est la figure de proue d’un mouvement mondial.

Depuis quelques jours, depuis qu’elle a pris la parole à l’ONU — et même avant, d’ailleurs —, c’est une espèce de sport national et international de dénoncer le ton de la jeune Suédoise qui sera dans les rues de Montréal ce vendredi.

Greta Thunberg n’a probablement pas élargi le nombre de ses adeptes en parlant comme elle l’a fait à New York. Mais l’insistance de plusieurs à mettre l’accent sur son alarmisme et son écoanxiété vise trop souvent, au fond, à occulter le sens de son propos.

La technique et la chanson sont connues : viser le messager… Ou regarder le doigt qui pointe la lune plutôt que celle-ci...

Transition

Le gouvernement de François Legault a le fardeau de la preuve en matière de lutte contre les changements climatiques. Il nous promet un plan sérieux pour le début de l’année prochaine. À voir, bien sûr.

En même temps, personne ne doit croire que dans cette période de transition qui s’ouvre, son gouvernement et les autres mettront un frein à tout projet de développement économique, même polluant. C’est une période de tran-si-tion.

Du reste, c’est la Coalition avenir Québec qui est au pouvoir au Québec. Pas Québec solidaire.

Il faudra que des citoyens poussent encore à la roue pour que les gouvernements d’ici et d’ailleurs agissent mieux et plus vite.

Un choix

«Je pense qu’il faut saluer les jeunes comme Greta Thunberg qui disent à tous les citoyens du monde : “On ne peut pas ne rien faire”», a déclaré François Legault avant d’ajouter qu’il était content qu’elle se soit exprimée aux États-Unis, où il y a tant à faire pour réduire les gaz à effet de serre.

Ce qui est alarmant, ce n’est pas ce qu’elle a dit, c’est la «situation», a insisté M. Legault. «Si on ne fait rien, c’est la survie de la planète qui est en jeu. Ce n’est pas rien.»

En parlant ainsi, M. Legault a-t-il voulu s’épargner des critiques au moment où de très nombreux Québécois défileront dans les rues?

Est-ce parce qu’il veut se verdir le plus possible? Est-il dans le marketing politique?

En politique, les intérêts partisans ne sont jamais totalement absents.

Mais il aurait été tout aussi facile pour François Legault de joindre sa voix à tous ceux qui s’en sont pris à l’adolescente et à l’alarmisme, puisque leurs dénonciations sont également populaires, très populaires même. Il a fait un autre choix. Celui de s’en tenir au fond de la question, et c’est tant mieux!

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Les trois Greta de chez nous

CHRONIQUE / Avant de quitter le bureau, j’ai averti ma patronne: je vais rencontrer les trois Greta de l’Outaouais.

Greta, comme dans Greta Thunberg, cette militante suédoise de 16 ans devenue la porte-parole de toute une génération sur le climat.

Sports

Le show Poulin

COMMENTAIRE / Pour la première fois, j’étais convaincu. J’avais enfin devant moi le premier joueur repêché par le Phœnix qui atteindra un jour les rangs de la LNH. Et pourtant, il n’était même pas le premier choix de l’encan 2017 de la LHJMQ. Mais il en avait toutes les allures.

À côté de lui se trouvait Alexis Lafrenière, qui fait encore tourner les têtes de tous les amateurs et recruteurs. Deux joueurs bien différents.

Denis Gratton

Merci Doug Ford!

CHRONIQUE / En cette Journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, j’aimerais prendre un moment pour remercier du fond du cœur les conservateurs de l’Ontario.

Quoi ? Pourquoi riez-vous ? Je suis sérieux.

Chronique

«Il faut regarder ce que l’on a»

CHRONIQUE / «Si je vous demande si vous aimeriez ça être aveugle, vous allez vous fermer les yeux quelques minutes, et vous allez dire : “Non”. Parce que pour vous, être aveugle, c’est avoir les yeux fermés.»

Pour Jacques Côté, ça ouvre.

Personne ne lui a posé la question à 16 ans quand l’opération de la dernière chance qui devait sauver ses yeux les a condamnés à jamais. Le sort les avait déjà pris en grippe, le coin d’une balançoire et le coin d’une porte de voiture dans l’un, un tuteur de fleurs dans l’autre, une commotion cérébrale. 

Son père a tenté le tout pour le tout, il a trouvé un chirurgien aux États-Unis qui pourrait peut-être les réparer, mais il fallait y mettre le prix. On est en novembre 1958. «La chirurgie a été ratée. J’ai perdu complètement la vue.» Et ses amis. «J’étais très sportif, je jouais au hockey, au baseball. Quand je suis revenu de Boston, mes chums me disaient : “Viens-tu jouer? ”»

Ils ont arrêté de l’inviter.

«Je me suis dit : “Mon père a tellement investi, il ne faut pas que je lui montre que c’était une tape sur la gueule.” Je faisais donc des blagues, je m’agrippais à une chaise et je disais : “Maudite boisson…” Au bout de trois ans, à force de convaincre mon père que ce n’était pas si pire, je me suis convaincu aussi. Je me suis dit : “Sois je me lève, sois je reste assis.”»

S’il était resté assis, je ne vous en parlerais pas.

Et c’est là qu’il lui est arrivé «une chose extraordinaire», les mots sont de lui, il a croisé Paul-André Bernier, qui venait juste de perdre la vue. «Je me suis dit que je pouvais l’aider à l’accepter, à mieux vivre avec ça, étant donné que j’avais un bout de fait. Je lui ai demandé ce qu’il faisait avant, il jouait de la guitare.»

Paul-André a appris à vivre et à jouer de la guitare dans le noir.

Jacques a appris la musique.

«En décembre 1962, j’ai fait mes débuts comme pianiste professionnel. Je faisais six soirs par semaine, 52 semaines par an, je jouais partout. On s’était fait un trio, on partait en tournées, on en fait une en Gaspésie, on a joué au Hilton, au Concorde, on a joué au Château Frontenac pendant deux ans, au Bastogne… As-tu connu ça?»

Le restaurant du boulevard Ste-Anne a été détruit par un incendie en 1972, je n'étais pas née, tous les instruments ont brûlé.

Il a rencontré la mère de ses deux filles à Jonquière en 1965, il y était allé pour jouer, il s’est marié deux ans plus tard. «Je suis retourné aux études en 1972 pour faire un bac en enseignement du français, j’ai tout de suite eu un contrat [à la polyvalente de Charlesbourg]. J’enseignais de jour pendant la semaine et j’étais musicien six soirs par semaine, de 19h à 23h.»

Puis un jour, quelque part dans les années 1980, il a pris l’autobus Québec-Montréal, l’homme à côté de lui travaillait au ministère de l’Éducation, il cherchait quelqu’un pour traduire les manuels scolaires du Québec en braille. 

Jacques s’est dit qu’il pourrait faire ça.

Il l’a fait.

Yvan Pelchat était là vendredi passé à la brasserie le Grand Bourg où Jacques avait invité plein de gens qui ont contribué à l’entreprise qu’il a fondée alors, Braille Jymico, qui s’est vite taillé une place dans le monde de la traduction de manuels. «On a développé un service très rapide. On a signé des contrats majeurs avec des États américains, on signait avec des millions, plusieurs millions.»

Il a laissé l’enseignement en 1991 pour s’y consacrer entièrement.

En 2001, Jacques a aussi eu l’idée de faire des manuels en gros caractères. «J’ai fait les mêmes manuels en gros caractères pour les élèves qui ne voient pas bien, ça a fait fureur! Avec l’informatique, le braille perdait du terrain et le gros caractère, ça rejoignait plus de monde. Et puis, quand on disait à quelqu’un qu’il était rendu à apprendre le braille, ça voulait dire qu’il est aveugle, mais certains voyaient encore…»

Aujourd’hui, à 76 ans, Jacques Côté s’arrête.

Pour la première fois.

Ça fait 57 ans qu’il travaille, 32 ans qu’il a sa compagnie, il vient de la vendre. Et il a eu le goût de souligner ça à sa façon, au restaurant où il a ses habitudes. Il a choisi le menu, fait le plan des tables qu’il connaît par cœur, transmis ses directives au personnel pour s’assurer que chacun soit à sa place. «Tu vas voir dans la salle, c’est écrit : “merci” partout, c’est juste ça que je veux dire, je veux dire “merci” à ceux qui ont contribué à faire de ma vie professionnelle un succès.»

C’était aussi écrit en gros sur une affiche au-dessus de la table d’honneur «la vie nous dit : “Fêtez! Fêtons!”»

Il aurait pu écrire profitons. «Dans la vie, il faut regarder ce qu’on a, parce que ce qu’on n’a pas, on en a beaucoup... C’est ce que j’ai fait, j’ai misé sur ce que j’avais et avec ce que j’avais, j’ai réussi. Mon père serait fier de moi, il serait content.»

Dans la salle, j’ai croisé André, un ami depuis les années 1960. «Jacques, c’est un phénomène. Quand on sortait, il ne me tenait pas le bras, on marchait les épaules collées. Il a fait de la moto, il mettait son pied sur la chaîne de trottoir pour aller en ligne droite. Il y allait lentement, mais il l’a fait. Il joue aux cartes, il joue au poker, il a fait du go-kart, il a joué aux quilles, au golf. Jacques, il n’y a rien qu’il n’a pas fait…»

Il a toujours regardé en avant.

Même les yeux fermés.

Télé et radio

L’offre de Club illico multipliée

CHRONIQUE / Déjà l’année dernière, la programmation de Club illico m’avait impressionné. Ce n’était encore rien devant ce qui nous attend durant la prochaine année : 30 productions originales québécoises, comparativement à neuf l’an dernier. Et 26 nouvelles séries exclusives. Visiblement, le Club illico veut garder ses 600 000 abonnés à 9,99 $ par mois (ou 15 $ si vous n’êtes pas abonné de Vidéotron), et met tout en œuvre pour qu’ils n’aillent plus voir ailleurs.

Le catalogue 2019-2020 est si massif que je n’aurai pas assez d’une seule chronique pour vous en faire le résumé. Aussi bien en retenir les titres qui risquent d’attirer le plus votre attention. Parmi eux, Mon fils, la nouvelle minisérie d’Anne Boyer et Michel d’Astous, disponible en mars prochain, avec Antoine L’Écuyer dans le rôle d’un jeune schizophrène. Un thème qu’on avait peu abordé à la télé depuis le fameux Avec un grand A de Janette Bertrand en... 1992. Élise Guilbault incarne la mère de cet étudiant de 18 ans. Patrice Godin et Émilie Bierre sont aussi de la distribution de cette série de six épisodes, réalisée par Mariloup Wolfe, et qui s’annonce bouleversante.

L’autre nouvelle fiction à surveiller, et dont la bande-annonce promet le meilleur : La faille, un thriller tourné en hiver, en ligne le 12 décembre prochain. Isabel Richer y incarne Céline Trudeau, envoyée à Fermont pour enquêter sur un meurtre, et qui y retrouvera sa fille Sophie, jouée par Maripier Morin. Frédéric Ouellet signe les textes et retrouve son réalisateur de Grande Ourse, Patrice Sauvé, pour une distribution tout étoile : Marc Messier, Benoît Gouin, Élise Guilbault, Alexandre Landry, Patrick Hivon, Jean-Philippe Perras, Éveline Gélinas et Catherine St-Laurent.

On a dévoilé mardi les noms des acteurs qui tiendront l’affiche d’Escouade 99, adaptation québécoise de Brooklyn Nine Nine, produite par ComehiHa!, et réalisée par Patrick Huard. Il s’agit de Mickaël Gouin, Mylène Mackay, Widemir Normil, Fayolle Jean Jr, Bianca Gervais, Léane Labrèche-Dor, Guy Jodoin, Louis Champagne et Jean-Marc Dalphond. Premier coup de manivelle dans les rues de Québec le 21 octobre.

Les nombreux amateurs des romans de Patrick Senécal seront heureux d’apprendre qu’il signera une série de 10 demi-heures, racontant toutes des histoires indépendantes l’une de l’autre. Humour noir, horreur et suspense s’entremêleront dans cette série de genres prévue pour l’an prochain, intitulée tout simplement Patrick Senécal présente, un clin d’œil à Alfred Hitchcock présente. Quant aux Honorables, on développe actuellement une deuxième saison.

J’ai très hâte de voir la suite de Léo, ma comédie coup de cœur de la saison dernière, avec Fabien Cloutier dans le rôle-titre et une ribambelle de personnages colorés. Seule déception : Anne Dorval n’y est plus, trop prise par ses engagements à l’étranger. Par contre, Pierre Lebeau, Daniel Gadouas, Micheline Bernard, Céline Bonnier et Boucar Diouf y seront. La deuxième saison arrive sur le Club le 28 novembre, alors que la troisième de Victor Lessard, qui suit de près la publication du déjà best-seller Ghetto X, s’en vient le 24 octobre, réalisée cette fois-ci par François Gingras.

On peut parler d’une explosion des séries documentaires cette année au Club illico. En plus de Meurtriers sur mesure, que j’aborderai en profondeur dans ma chronique de jeudi, la plus attendue est certainement La preuve, sur l’écroulement de la plus grosse preuve contre les Hells Angels, l’opération SharQc, il y a 10 ans. Pixcom entre en production avec cette série de six épisodes d’une heure, qui fera témoigner d’anciens membres des Hells repentis, à visage découvert. À voir en 2020. Trois documentaires émanant du Bureau d’enquête, dont un sur l’esclavage de nounous étrangères au Québec, seront déposés sur le Club au cours de l’automne. On annonce aussi pour le 14 novembre Alex Harvey – Le dernier droit, une heure sur le dernier week-end de compétition en carrière de l’athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges.

L’appartement me rappelle Pignon sur rue; cinq jeunes adultes provenant de plusieurs régions du Québec s’installent en appartement à Montréal, épiés par des caméras. On y verra notamment Pierre-Alexandre, de Québec, en processus de changement de sexe. Les 10 épisodes sont annoncés pour janvier. Les colocs ont signé un bail d’un an, mais on prévoit déjà une deuxième saison.

L’Académie et La dérape se poursuivront pour une troisième et dernière saison. Un troisième titre jeunesse est annoncé pour février prochain : La vie compliquée de Léa Olivier, adaptée des romans de Catherine Girard-Audet, avec dans le rôle-titre Laurence Deschênes, qui jouait Anne dans O’. La série est une coproduction avec la boîte ontarienne Slalom, à qui on doit entre autres La malédiction de Jonathan Plourde. Le catalogue de séries étrangères n’est pas moins étoffé. Et alors que les productions québécoises finissent souvent à TVA des mois plus tard, ce n’est pas le cas des acquisitions. En plus des retours de La servante écarlate, de Killing Eve et de L’amie prodigieuse, on annonce l’arrivée en primeur francophone de Batwoman, première super-héroïne lesbienne, pour juin prochain, de même que La petite fille au tambour, drame d’espionnage tiré du roman de John Le Carré. Avec une offre d’une telle ampleur, disons que la pression est forte pour ICI Tou.tv, qui dévoile sa nouvelle programmation lundi prochain.

Entre les lignes

La menuisière de papier

CHRONIQUE / Dans nos rangs, au journal, on compte une poète. Une jeune femme qui marche aussi lentement qu’elle parle, mais dont les mots ne dépassent jamais sa pensée. Une calme avec un doux sens de l’humour. Un jour, elle rédige des articles. Le lendemain, elle corrige les nôtres. Les bricole. L’écriture l’habite, la nourrit, la transporte. Ses mots préférés sont rocambolesque, lune, bucolique, houle.

Billie-Anne a souligné récemment, sans tambour ni trompette (vous l’aurez deviné, ce n’est pas du tout son genre) qu’elle travaillait avec nous depuis un an. Déjà. Une année que cette fille du coin promène sa plume dans le quotidien de son patelin. Elle avait de quoi être fière. Et nous aussi.

Nos visages lui ont signifié. Mais dans nos têtes, nous avons tous souhaité, en silence, qu’elle puisse souffler sur deux bougies l’an prochain. L’inquiétude nous habite. Elle ronge aussi Billie. Elle a couché sur papier son tourment. Ce n’est pas un article. Ni un poème. C’est plus une chronique. Son humeur. Pour ce très beau texte, elle est devenue la partie d’elle qu’elle surnomme « Billie-Âme ».

Mylène Moisan

La couleur de la poussière

CHRONIQUE / Véronique Lalande et Louis Duchesne avaient loué la grande salle du Centre Jean-Guy Drolet à leurs frais, avaient convoqué les gens pour une première rencontre d’information à 10h.

«À 10h moins deux, il n’y avait personne», se rappelle Véronique.

C’était le 28 avril 2013, six mois presque jour pour jour après qu’une pluie de poussière rouge soit tombée en ville, surtout à Limoilou, on avait appris entre-temps que la compagnie Arrimage Saint-Laurent était responsable de cet «incident exceptionnel», elle l’avait admis dans un communiqué de presse.

«À 10h, les gens se sont mis à arriver, et ça rentrait… on ne s’attendait pas à ce qu’il y ait autant de monde.» Nous étions environ 200, j’y étais, il se trouve que je suis de ceux qui ont été saupoudrés en ce 26 octobre 2012. Et il se trouve que je voulais en savoir plus sur l’air que respirent mes enfants.

Et moi aussi, accessoirement.

Véronique et Louis avaient déposé trois mois plus tôt un recours collectif contre le Port de Québec et Arrimage, ils avaient depuis découvert que la poussière rouge — de la rouille — n’était que le sel d’argent qui avait révélé que le vent charriait aussi du nickel et une foule d’autres métaux lourds.

Et pas seulement sur Limoilou. 

Nous en étions là. Véronique et Louis avaient préparé une présentation PowerPoint pour nous faire le portrait de la situation à partir de ce qu’ils savaient, de ce qu’ils avaient appris en fouillant à droite et à gauche et en faisant analyser les échantillons qu’ils prélevaient patiemment sur le rebord d’une fenêtre, toujours la même.

À un moment, Véronique s’est discrètement retirée pour allaiter son Léo.

Ce jour-là a marqué le début de quelque chose comme une prise de conscience collective, comme un sentiment de colère aussi. 

J’ai suivi la cause du recours collectif avec tout ce que ça implique d’avocasseries et de requêtes du Port et d’Arrimage pour gagner du temps, pour en perdre surtout, en tentant de défendre l’indéfendable, la compagnie avait admis noir sur blanc qu’elle était responsable de l’incident.

Mais il fallait déterminer les dommages, et ceux qui allaient pouvoir être indemnisés. On a fait venir des citoyens qui ont raconté essentiellement la même chose, qu’ils avaient dû tout nettoyer, que la poussière rouge s’était immiscée jusque dans leur appartement, sur les mains de leurs enfants.

Le juge Pierre Ouellet a écouté les deux parties, les citoyens réclamaient un partage collectif de 4,2 millions $ pour l’ensemble des 20 000 résidents d’un territoire défini, le Port et Arrimage plaidaient pour du cas par cas, que chaque citoyen touché passe en cour pour établir le montant qu’il pourrait recevoir.

Bonjour l’engorgement des tribunaux.

Et l’argent non réclamé, lui, retournerait à la compagnie.

Le juge Ouellet a tranché début février, un peu plus de six ans après le dépôt du recours collectif. Il a décrété que les résidents les plus saupoudrés — en zone rouge — allaient recevoir 200 $, ceux habitant autour — en zones bleue et rose —, 100 $. C’est le juge qui a établi les limites des zones.

Pour dire si un secteur ou non avait été touché, il avait besoin d’entendre quelqu’un dire qu’il avait été touché dans ce secteur, et qu’il n’était pas tout seul.

D’où l’idée du dommage collectif.

Mais ce que ça donne, c’est un drôle de territoire, presque un beigne, comme si la poussière rouge avait sauté de Saint-Roch et du Vieux-Limoilou vers Vanier, de l’autre côté de la rivière Saint-Charles. Comme si le vent avait gentiment contourné la Pointe-aux-Lièvres et le Village de l’Anse, entre autres.

D’un côté de la rivière, zone rouge.

De l’autre, rien.

Véronique a insisté pour que la firme Raymond Chabot, mandatée pour distribuer les compensations, organise des séances d’information — et d’inscription — «parce que ce n’est pas tout le monde qui a Internet». La première réunion a eu lieu mardi, là où s’était tenue la première assemblée, dans la grande salle du centre Jean-Guy Drolet qui s’est refait une beauté depuis. 

J’y ai revu des gens qui étaient là, à la première heure.

Véronique et Louis étaient là, ils tenaient à y être, parce que c’est de ce moment qu’ils ont rêvé, le jour où les citoyens, finalement, allaient pouvoir être indemnisés. Des gens ont pris la parole pour protester contre l’étrange découpage de la carte, pour souligner qu’il aura fallu tout ça pour 100 $ ou 200 $ par adresse visée.

Ce qui revient aux résidents est une modeste partie de la facture totale de ce qu’a couté le recours collectif, ne serait-ce qu’en frais d’avocats.

Ils étaient parfois une douzaine.

Mais la partie est loin d’être terminée, tout ce beau monde s’est retrouvé lundi au palais de justice pour la deuxième manche, le second recours collectif où le Port et Arrimage sont accusés d’avoir laissé s’échapper du nickel et une foule d’autres contaminants depuis 2010, et ce en toute connaissance de cause.

D’ici Noël, 44 jours d’audience sont prévus — c’est beaucoup pour un seul procès —, pour débattre de poussière, de vent, de contaminants.

Le Port et Arrimage a été reconnu coupable de cet épisode, qu’on a prétendu «exceptionnel», de poussière rouge, tombée en quelques heures pendant un jour d’octobre 2012.

La seule chose qui change, c’est la couleur de la poussière.

Séance d'orthographe

Une vie dure une vie

CHRONIQUE / Pourriez-vous confirmer ou infirmer la justesse de la locution «durée de vie», en parlant des produits Apple, par exemple? Il me semble qu’une vie est déjà d’une durée donnée. Ne devrions-nous pas privilégier l’expression «vie utile» lorsqu’on parle d’un bien matériel? (Jean-Marc Pagé, Saguenay)

Si vous tapez la locution «durée de vie» dans le Grand Dictionnaire terminologique, vous obtiendrez plus d’une vingtaine de fiches. Lorsqu’on les épluche, on se rend compte que «durée de vie» est employé pour parler d’une grande variété de choses inanimées, qui vont des gaz en météorologie jusqu’aux neutrons en physique, en passant par les médicaments, les piles solaires, les lampes d’éclairage, le mastic, la publicité et même les jeux vidéos!

Lorsqu’on s’attarde ensuite aux emplois moins spécialisés de «durée de vie», donc plus près de la langue courante (par exemple en gestion et en consommation), on s’aperçoit que les termes et expressions «longévité», «durée de vie», «vie utile» et même «durée de vie utile» s’emploient souvent indifféremment.

Par exemple, en gestion, le GDT définit «durée de vie» par: «Temps pendant lequel un dispositif, un appareil, une machine accomplit une fonction requise dans des conditions d’utilisation données.» Comme terme associé, il mentionne «longévité».

En économie, la définition de «vie utile» est «temps que dure un appareil dans des conditions normales d’utilisation», avec comme termes associés «durée de vie» et «durée de vie utile».

Bref, il semble que, dans le contexte que vous évoquez, vous n’avez pas besoin de chercher midi à quatorze heures : «durée de vie» et «vie utile» veulent dire pratiquement la même chose et peuvent s’employer sans problème pour parler d’objets.

Maintenant, est-ce que la notion de durée est implicite au mot «vie»? Là-dessus, vous avez en partie raison. D’ailleurs, dans la première définition que j’ai citée ci-dessus, le GDT ajoute que la «forme abrégée "vie" est utilisée en français». Autrement dit, il est aussi accepté de parler de la vie d’un appareil pour parler de sa durée de vie.

Quand on regarde dans le Petit Robert, la première définition du mot «vie» est celle du fait d’être vivant. Mais la deuxième est: «Espace de temps compris entre la naissance et la mort d’un individu.» Quand on dit «pour la vie», on veut dire «pour toujours». Quand on nomme des gens à vie, c’est pour le temps qu’il leur reste à vivre.

Pourquoi a-t-on alors senti le besoin de créer la locution «durée de vie»? Probablement parce qu’aucune vie n’a la même durée. Ce n’est pas une unité de temps. Si vous demandez à un commerçant quelle est la vie utile d’un appareil que vous achetez, sa réponse sera une durée, n’est-ce pas? Et si vous le demandez, c’est parce que cette durée peut être très variable et influencer votre décision d’acheter ou non.

Bref, dans ce contexte, le mot «durée» s’avère beaucoup plus précis, voire incontournable.

Perles de la semaine

Cette semaine, un examen théorique sur les sports... où certains élèves se sont beaucoup ennuyés des examens pratiques.
Où ont eu lieu les premiers Jeux olympiques? Réponse: à l’Olympia.
Quelle est la devise des Jeux olympiques? Réponse: il faut gagner pour participer.
Pourquoi les Jeux olympiques coûtent-ils très cher? Réponse: à cause du prix des médailles en or et en argent.
Qu’entend-on par «sport amateur»? Réponse: les sports qu’on fait parce qu’on aime ça.
Donnez un inconvénient et un avantage des sports motorisés. Réponse: ils sont dangereux, mais ils ne sont pas fatigants.

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Télé et radio

Andreescu lance la 16e saison de «TLMEP»

CHRONIQUE / Bianca Andreescu n’avait que quatre ans à la première saison de «Tout le monde en parle», en 2004. «Et on croyait que George W. Bush était le pire président des États-Unis», a blagué Dany Turcotte, pour ouvrir cette 16e saison de l’émission, dimanche sur ICI Télé. Une première sans éclat ni revers, malgré la présence d’une étoile du tennis.

Devenue la première Canadienne de l’histoire à remporter un titre de Grand Chelem en simple, Bianca Andreescu souhaite maintenant passer de la cinquième à la troisième position mondiale. Accompagnée de son entraîneur, Sylvain Bruneau, la championne de 19 ans, charmante et enjouée durant l’entrevue, admet être un peu dépassée par la renommée que lui a fourni sa victoire au US Open. En plus d’une rue, «il y a une journée à mon nom. C’est complètement fou!» Sa mère et son caniche Coco sont aussi devenues des vedettes. Contrairement à d’autres – on n’a pas nommé de noms mais on en a tous en tête –, Bianca Andreescu se fait plutôt discrète sur les réseaux sociaux pour rester concentrée sur son sport. «J’essaie de pas trop y aller. […] J’envisage de créer un compte dédié à mon chien», blague-t-elle.

Les coups bas sont nombreux entre joueuses, a fait remarquer Guy A. «Je pense que je suis une des plus sociables. J’ai des amies dans ce circuit», répond Bianca. Son entraîneur souligne qu’après avoir été battue par elle, Serena Williams est allée gentiment la saluer dans le vestiaire. La carte du fou du roi, qui l’a bien fait rire: «En un match de tennis, tu nous as fait vivre plus d’émotions que nos sept équipes de hockey canadiennes l’ont fait ces 25 dernières années.»

Quand il est arrivé à l’antenne du 98,5 FM à Montréal, où il tient des chroniques en matinée et en après-midi, Luc Ferrandez a reçu 540 courriels haineux. L’ancien maire du Plateau s’est alors dit: «OK je suis à la bonne place.» Sa sortie récente sur sa décision de ne plus recycler a fait réagir. Mais il admet qu’en réalité, il ne recycle que le carton. «Parce que c’est la seule chose qui est recyclée», dit-il. Il n’encourage toutefois personne à l’imiter. «Parce qu’il y a des municipalités qui recyclent bien le verre, comme Québec. À Montréal, c’est une catastrophe.»

Son départ précipité de la politique municipale forcera des élections partielles, qui coûteront 850 000$ «Je ne le savais pas», admet-il aujourd’hui. «Si j’avais su, peut-être que j’aurais continué.» Celui qui n’a pas pris l’avion depuis cinq ans est très pessimiste quant à l’avenir de la planète. Il ne pense que du mal du projet de troisième lien. «Pour moi, c’est un projet de république de bananes. […] Le pire projet de transport de l’Occident», affirme-t-il, ajoutant qu’il n’y a pas suffisamment d’usager potentiels pour justifier un ouvrage de ce coût-là.

Depuis qu’elle joue une mère qui se fait du capital avec la mort de sa fille dans District 31, Geneviève Schmidt reçoit de doux commentaires du genre : «la tabarnak» ou «ma câlisse de folle!». Elle et son collègue de la série, Michel Charette, on tous deux reçu un Gémeaux pour leur rôle de soutien. Pour l’interprète de Bruno Gagné, c’était une 13e nomination. En se remettant en forme, Michel Charette n’a pas seulement perdu beaucoup de poids, mais aussi son anxiété majeure. Il s’entraîne maintenant pour le demi-Ironman à Mont-Tremblant avec ses amis et collègues. Son respect pour les policiers a quintuplé depuis qu’il joue dans District 31, mais ça ne l’a pas empêché de recevoir trois ou quatre contraventions. Comme la plupart de ses collègues masculins, il avait auditionné pour le rôle de Séraphin dans Les pays d’en haut avant d’obtenir celui du père Ovide.

Ceux qui s’intéressent le moindrement à la campagne électorale n’ont sûrement rien appris de l’entrevue avec le chef du NPD Jagmeet Signh, calme, posé, jamais embêté par une question... mais sachant l’esquiver. Il est convaincu que son parti a les moyens des ambitions de son programme, en évitant entre autres de donner des milliards aux grandes entreprises. «Bonne décision d’avoir Luc ici», a dit M. Singnh quand M. Ferrandez a blâmé les conservateurs pour le coût de leurs décisions. Quand Guy A. lui a posé la question qui tue, «serez-vous encore chef du NPD dans six mois?», il a répondu sans hésiter: «Oui, avec plaisir et beaucoup d’honneur.»

Dans Matthias et Maxime, le nouveau film de Xavier Dolan, qui porte sur l’amitié, Anne Dorval incarne sa mère une nouvelle fois. «J’aurai jamais l’impression de me répéter en parlant de mère», dit-il pour justifier ce thème récurrent dans son oeuvre. Il a beaucoup appris de l’expérience douloureuse de Ma vie avec John F. Donovan, dont «la mise au monde a été pénible», reconnaît Xavier Dolan, qui a vécu en partie l’obsession du jeune personnage de son film. «J’ai toujours écrit aux gens que j’admire.» Mais personne ne lui a répondu. Il a tourné comme acteur avec Gérard Depardieu dans le film Comédie humaine. Il parle d’un «être généreux et vrai», en plus de faire des blagues vulgaires comme Xavier les aime. «Il a mangé 400 cerises devant moi», raconte-t-il. Le cinéaste avoue avoir peur d’être victime de violence pour son orientation sexuelle. «On pense qu’on en a fini avec ça, mais ça revient tout le temps», dit-il, citant le cas du designer Markantoine, agressé à La Malbaie.

Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, avait tout à gagner de cette entrevue, et il s’en est bien sorti. «Quelqu’un qui veut être Québécois est Québécois», tranche-t-il sur l’inclusivité du Bloc québécois et de son slogan: «Le Québec, c’est nous». Il n’a à peu près pas été question du Parti québécois, duquel M. Blanchet semble se distancier pour se rapprocher de la CAQ, la formation politique «la plus nationaliste et la plus décomplexée depuis le début des années 2000», selon lui. S’il s’est engagé avec le Bloc en janvier, c’est qu’il croit qu’une déconfiture du parti fédéral aux prochaines élections serait encore plus nuisible pour le mouvement souverainiste au Québec. À propos du «brown face», le chef du Bloc n’a jamais cru que Justin Trudeau était raciste, mais il déplore qu’il soit pris dans «l’Halloween 365 jours par année». Comme il l’a fait récemment, M. Blanchet n’exclut pas l’idée de réinviter Pierre Karl Péladeau, avec qui il entretient depuis longtemps «une relation bourrue mais cordiale».

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Jean-Marc Salvet

Trudeau, un arroseur éclaboussé

CHRONIQUE / Personne ne peut prétendre que Justin Trudeau est raciste. Le chef libéral n’a rien d’un raciste. Son parcours politique en témoigne. Le premier ministre sortant a toujours célébré les minorités. Au point même d’agacer nombre de ses adversaires politiques.

Mais il existe une faute politique dans cette histoire. Je m’explique.

M. Trudeau lui-même soutient qu’il n’aurait pas dû se grimer en noir, qu’il s’agit d’une erreur, qu’il le regrette et s’en excuse. Très bien. 

Mais dit-il ou pense-t-il cela simplement parce que des images du passé ont été rendues publiques?

Cette question se pose, car s’il ressent un sentiment de honte depuis des années et des années, comment expliquer qu’il n’ait trouvé aucune occasion d’enrober cette «erreur» en la révélant lui-même publiquement à un moment ou l’autre?

Plus important encore : Comment expliquer qu’il ait laissé son parti traquer le passé d’adversaires conservateurs? Il ne savait pas qu’il était lui-même vulnérable?

Il faut être un tantinet candide pour croire que jamais rien ne sortirait sur la place publique. Ou avoir estimé, au fond, et pendant des années, que tout cela n’était rien du tout...

Voilà qui peut mettre en perspective ses demandes d’excuses.

Justin Trudeau s’est finalement fait servir la même médecine que le Parti libéral du Canada sert au Parti conservateur. Il est l’arroseur éclaboussé.

Une conséquence à court terme : d’ici le jour du scrutin, les libéraux n’exhumeront plus le passé de leurs adversaires, de crainte d’avoir à se réexpliquer sur la controverse qui a fait mettre un genou par terre à Justin Trudeau.

Cela dit, les partis d’opposition auraient tort de trop en faire. Leur intérêt est de passer à autre chose.

Plus sensible

Pour la très grande majorité de ceux qui ignoraient la signification du blackface — et ils sont nombreux, et probablement plus au Québec que dans le reste du Canada —, toute cette histoire et son retentissement médiatique sont grandement exagérés. Il y a blackface et blackface, de surcroît, c’est vrai.

Mais les sensibilités à cet égard sont diverses et la dernière chose à faire serait de refuser de comprendre que ces maquillages heurtent des citoyens. Peu importe, par exemple, qu’il ne s’agissait, dans l’un des épisodes mettant en scène le jeune Trudeau, que d’une personnification d’Aladdin. Surtout que l’on sait maintenant qu’il n’y a pas eu que cet épisode.

M. Trudeau paraît aimer les déguisements depuis longtemps... Mais ne persiflons pas.

Maintenant que nous sommes plus nombreux à être sensibilisés à ce à quoi peut renvoyer ou renvoie le blackface, à ce qu’il signifie pour certains d’entre nous, on peut admettre que de simples excuses ne pouvaient suffire dans l’esprit de Justin Trudeau. Or, il ne les a pas ménagées. Il ne pouvait pas en faire plus du côté de la contrition politique.

Était-il vraiment totalement ignorant de la signification du blackface? Dans son esprit, était-ce simplement une façon anodine de s’amuser? Personnellement, j’opte pour cette dernière supposition.

Quoi qu’il en soit, rien chez Justin Trudeau le chef du Parti libéral du Canada et premier ministre du Canada ne permet de soutenir qu’il est raciste. Rien.

Pour ce qui est de l’avenir, cette controverse risque de le rendre encore plus sensible qu’il ne l’était déjà au sort des minorités. Il voudra faire concrètement, et encore plus, acte de contrition.

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