Martin Francoeur
Boulet, Blanchet et la PCU

MARTIN FRANCOEUR

Boulet, Blanchet et la PCU

ÉDITORIAL / Il serait peut-être grand temps de revoir un peu les modalités de versement de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) parce qu’elle commence à faire mal à plusieurs entreprises qui peinent à combler leurs besoins de main-d’œuvre.

L’intention initiale de verser cette prestation d’urgence aux personnes qui ont perdu leur emploi en raison de la pandémie de COVID-19 était certes louable. La rapidité avec laquelle le gouvernement fédéral a réagi doit aussi être saluée. Mais après un peu plus de trois mois d’existence, force est de constater que la PCU est un bâton dans les roues de la reprise économique dans plusieurs secteurs d’activité.

Denis Gratton
Quand le troupeau ne passe plus

Denis Gratton

Quand le troupeau ne passe plus

CHRONIQUE / Suivre le troupeau. C’est un peu ça, la fête du Canada à Ottawa.

Ados et jeunes adultes, mes amis et moi nous rendions sur la colline du Parlement et dans le marché By le 1er juillet. On marchait en rond toute la journée en suivant la foule, à midi on allait écouter les discours insipides des dignitaires sur la colline et regarder le spectacle d’artistes souvent méconnus aux chansons rarement entendues, puis on redescendait dans le marché By à la recherche d’une table de patio où nous pourrions nous arrêter prendre un rafraîchissement, lire une bière. Sauf que les chances de trouver une table libre sur une terrasse du marché, un 1er juillet, étaient aussi faibles que de gagner le gros lot à la Lotto Max.

Mylène Moisan
Ce qui reste du confinement

Mylène Moisan

Ce qui reste du confinement

CHRONIQUE / Sur le grand mur de la cuisine d’Anick Bégin, une fresque, un peu comme celle de la grotte de Lascaux, qui raconte une histoire.

Le confinement.

Anick enseigne les maths et les sciences au secondaire, elle est partie de l’école le jeudi 12 mars en disant «à lundi», ils annonçaient une tempête le lendemain. Le lendemain, François Legault a mis le Québec sur «pause», elle et ses deux filles de 7 et 11 ans se sont retrouvées encabanées chez elles. 

«On était encore un peu dans l’ambiance de la relâche, on ne réalisait pas vraiment ce qui se passait. Mais ce qu’on voyait aux nouvelles, ce n’était pas très bon, on n’avait plus le droit d’aller nulle part, les filles ne pouvaient pas voir leurs amies. Je me suis demandé: "qu’est-ce que je fais?"»

Elle a commencé par faire taire les cadrans. 

Puis elle s’est dit qu’elle et ses filles allaient avoir du plaisir malgré tout. «Dès la première semaine, on se levait, on se faisait à déjeuner, mes filles adorent cuisiner. Et puis j’ai eu l’idée de faire la fresque dans la cuisine, j’ai sorti les crayons, on s’est mis à dessiner. C’était l’fun, dessiner sur le mur!»

Le fantasme de tous les enfants.

Début avril, son téléphone a sonné. «J’avais offert à ma sœur de lui donner un coup de main, elle est infirmière à Joliette, elle a dit qu’elle allait y penser. Elle m’a rappelée pas très longtemps après, il y avait un cas où elle travaille, elle m’a demandé : «Est-ce que je pourrais aller te porter les filles?»» 

Les filles, c’est trois ados, une de 13 ans et des jumelles de 14. Elles sont débarquées quelques jours plus tard avec leurs valises et un ukulele dans le demi-sous-sol de leur tante Anick, elles ont choisi la plus petite des trois chambres, s’y sont installées sans savoir pour combien de temps.

«C’est là que l’aventure a commencé.»

Anick s’est retrouvée du jour au lendemain avec cinq filles dans son 5 et demi. «On avait toujours un projet. Chaque jour, on faisait une photo et une vidéo qu’on envoyait à ma sœur, on faisait des karaokés… On a installé des lumières de Noël sur le plafond du salon pour nos «raves»!»

Elles ont continué la fresque.

Anick a trouvé des idées sur son fil Facebook, comme celle de se promener le soir avec des «lightsticks», elle l’a fait deux fois, ça et les desserts qu’elles ont cuisinés ensemble, le comptoir blanchi de farine, avec des effluves de chocolat et de fraises qui flottaient dans la maison.

Mais surtout, elles ont pris le temps de se parler. «Les plus beaux moments, ça a été les discussions. On a parlé beaucoup, beaucoup, beaucoup, de plein de choses, par exemple des premières relations amoureuses. Nous avions le temps, elles se sont confiées à moi, autant mes filles que mes nièces. Les discussions étaient souvent spontanées, autour de la table de la cuisine, sur le sofa, et c’est dans ces échanges-là qu’on s’est découvertes. Ça nous a vraiment rapprochées.»

Puis, après deux semaines, la sœur d’Anick a appris qu’elle avait la COVID, avec toute l’inquiétude qui vient avec. «Ça a été un lundi, l’annonce, ça a perturbé les filles, elles étaient inquiète. Le jour, elles ne le laissaient pas trop paraître, mais le soir, je les entendais pleurer dans leur chambre.»

Le matin, plutôt en fin d’avant-midi quand ses trois nièces se levaient, Anick les réconfortait.

Quand l’école a repris, Anick a intégré l’enseignement à distance par vidéo des cinq filles, les deux siennes ont préféré rester à la maison, sa petite passait ses journées en pyjama. Elle s’est remise aussi à enseigner les maths et les sciences à ses groupes, à travers les karaokés et la fresque.

Et pas de chicane dans la cabane.

Il a fallu huit ou neuf tests à la sœur d’Anick avant d’en avoir deux négatifs de suite, elle a été officiellement guérie début juin. Elle a rappelé : «je viendrais chercher les filles maintenant»… Anick savait que ça arriverait tôt ou tard, elle souhaitait que ça n’arrive pas trop vite. «Quand ma sœur est arrivée, il y a eu une euphorie au début, mais quand le moment de partir est venu, ma grande s’est mise à pleurer, et toutes les filles se sont mises à pleurer.»

Anick s’est retenue. 

«Le même jour, je suis allée porter mes filles chez leur père, je me suis dit que ça serait plus facile pour elles d’être dans un autre milieu, de ne pas avoir à sentir l’absence de leurs cousines, qu’elles appelaient leurs grandes sœurs…» Quand je suis revenue, je me suis mis à faire du ménage, même si ce n’était pas sale, il fallait que je m’occupe. C’est allé au lendemain matin, en me levant, j’ai pleuré, je me retrouvais seule. Je ne suis pas quelqu’un qui s’ennuie, mais je me suis rendu compte que ce que je venais de vivre a été quelque chose de tellement riche.»

Le confinement, pour Anick, a été «une des plus belles périodes de ma vie», rien de moins. «De voir s’épanouir ces cinq filles-là, c’était vraiment beau. Et j’ai réalisé qu’on met énormément de pression sur nos enfants, pour qu’ils fassent les choses à notre façon et à notre rythme. Il faut leur faire confiance, ils vont faire les choses dans leur temps à eux. Quand l’école va recommencer, on va prendre ça plus relaxe. Nos enfants, ce n’est pas nous, ce sont des êtres à part entière. Je le savais déjà, mais je l’ai réalisé plus en vivant le confinement avec elles.»

La fresque reste là pour le lui rappeler.

Sylvain St-Laurent
Pis, Pat?

Sylvain St-Laurent

Pis, Pat?

CHRONIQUE / Mon vieux professeur de journalisme à la Cité, Joseph Aghaby, aimait bien nous raconter ses anecdotes au sujet de Pat Burns.

Durant sa carrière de journaliste, Joseph devait parfois se rendre au centre Guertin. C’était la belle époque où Le Droit n’était pas le seul média qui couvrait les matches des Olympiques.

Martin Francoeur
Cirque du Soleil: un optimisme prudent

Opinions

Cirque du Soleil: un optimisme prudent

ÉDITORIAL / Le Cirque est sauvé, claironnait lundi le président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre. C’est vrai en partie. Parce que si le recours aux tribunaux pour se placer à l’abri de ses créanciers permet en effet à l’entreprise d’entrevoir de jours meilleurs, il faudra surtout attendre de voir comment se déploiera la reprise progressive des activités de spectacles. Et pour cela, il faudrait une boule de cristal.

Le fait, pour le Cirque du Soleil, de se mettre à l’abri des créanciers constitue une étape du processus visant à rendre l’entreprise plus attrayante pour les repreneurs potentiels. Le plan prévoit notamment des mécanismes pour s’attaquer à la dette de quelque 900 millions $US mais fait place aussi à une injection de liquidités de 300 millions $ dont 200 millions $ provenant d’Investissement Québec, forçant en quelque sorte le maintien du siège social international de la compagnie au Québec.

Gilles Vandal
Les épidémies de typhus depuis le 16e siècle

opinions

Les épidémies de typhus depuis le 16e siècle

CHRONIQUE / Avec la peste, le typhus fut au cours des siècles une des maladies les plus redoutées. Au fil des siècles, la maladie porta pas moins de 40 noms, allant de typhus, typhus tacheté, typhus des Arabes, typhus de guerre, typhus irlandais, typhus de Hongrie, fièvre militaire, fièvre des camps, fièvre des hôpitaux, fièvre des prisons, fièvre typhoïde, etc.

Bien que beaucoup de personnes mélangent le typhus et la fièvre typhoïde, ce sont pourtant deux infections bactériennes bien distinctes. Alors que la fièvre typhoïde représente une pestilence similaire à la salmonelle et est transmise par une nourriture contaminée, le typhus est une maladie infectieuse qui se propage par les poux et les puces. C’est d’ailleurs pourquoi le typhus fut souvent décrit comme la maladie des poux. Sans traitement, la mortalité liée à cette infection varie habituellement de 10 % à 60 % selon l’âge des individus.

Le typhus affiche comme symptômes courants de la fièvre, des maux de tête, des éruptions cutanées et autres symptômes pseudo-grippaux tels que des courbatures et douleurs articulaires. Habituellement, les symptômes apparaissent une à deux semaines après une exposition à ce parasite. De cinq à neuf jours après l’apparition des premiers symptômes, la victime voyait une éruption cutanée couvrir le tronc pour ensuite se propager aux restes du corps. Les seules parties épargnées étaient le visage, les paumes et la plante des pieds. Après deux ou trois semaines, des signes de méningo-encéphalite se manifestent accompagnés d’une sensibilité à la lumière. Puis, le patient voit son état mental s’altérer avant de sombrer dans le coma.

La maladie est connue depuis l’antiquité. Toutefois, Hippocrate, Galien et Celse ne la distinguent pas vraiment des autres fièvres. La première description de la maladie fournie au Moyen-Âge se trouve dans un manuscrit de 1083 à un monastère de Salerne, au sud de Naples. La maladie fut officiellement reconnue comme une importante épidémie en Occident pour la première fois lors de la conquête du royaume de Grenade par la reine Isabelle de Castille. L’épidémie éclata en 1489 pendant le siège de Baza et toucha essentiellement les troupes espagnoles. Lors de ce siège, l’armée espagnole ne perdit que 3000 hommes au combat, mais 17 000 de 25 000 hommes à cause du typhus. Cela donna un répit de trois ans aux troupes maures.

La deuxième grande manifestation d’une épidémie de typhus survint à Naples en 1527, alors qu’une armée française de 35 000 hommes assiège 11 000 soldats impériaux. Les hommes de Charles Quint sont dans une situation très difficile, avant que n’éclate une épidémie au sein de l’armée française. 25 000 soldats français meurent rapidement du typhus, forçant François 1er à revenir bredouille en France.

À l’automne 1552, Charles Quint lance avec une armée 62 000 soldats une invasion du nord de la France qui est alors défendu par seulement 7000 hommes concentrés à Metz. La France est en péril et Paris est menacée. Mais, Catherine de Médicis, alors régente, trouve un allié dans une épidémie de typhus qui décime l’armée impériale. Charles Quint doit se replier après avoir perdu 10 000 hommes.

En 1560, Maximilien II d’Autriche, roi de Hongrie et futur empereur du Saint-Empire, résiste vaillamment à une armée ottomane qui cherche à envahir la Hongrie. Toutefois, son armée doit finalement se replier après avoir perdu 30 000 hommes en trois mois à cause du typhus. Les Ottomans conservent ainsi le contrôle d’une grande partie de la Hongrie.

Durant la guerre de Trente Ans, 1618 à 1648, le typhus fut responsable de la mort de 10 millions de personnes, alors que 350 000 soldats seulement perdaient la vie au combat. En 1632, une épidémie de typhus empêcha la tenue d’une bataille entre le roi Gustave-Adolphe de Suède et le maréchal Wallenstein, commandant les armes impériales. Alors que les deux armées s’apprêtaient à engager le combat, le typhus ravagea les deux armées. Les commandants décidèrent alors de se retirer.

La défaite de Napoléon dans la campagne de Russie de 1812 fut largement due au typhus. N’écoutant pas son commandant des soins médicaux de la présence de foyers endémiques de typhus en Pologne et à l’ouest de la Russie, Napoléon lança une armée de 600 000 hommes contre la Russie. Ce fut une erreur fatale. Moins de 20 000 hommes survécurent à cette expédition. Dès le premier mois de l’invasion, 80 000 soldats français mouraient du typhus. L’épidémie continua de décimer fortement l’armée impériale. En arrivant à Moscou à la mi-septembre, Napoléon disposait moins de 90 000 soldats. L’hiver russe allait compléter la défaite française.

Déjà affaiblis par la famine, 20 000 Irlandais moururent du typhus presque à leur arrivée au Québec en 1847 et 1848. Ils étaient alors assujettis à une période de quarantaine à la Grosse Île. D’ailleurs, plusieurs centaines de milliers d’Irlandais moururent alors du typhus durant cette fameuse grande famine.

Que cela soit lors de la guerre de Crimée, les différentes guerres des Balkans ou les deux guerres mondiales, le typhus continua de faire des ravages tant dans les populations civiles, dans les armées régulières que dans les camps de prisonniers. Dans ce dernier cas, il s’avéra particulièrement un ennemi redoutable. Le typhus représenta aussi un ennemi mortel dans les guerres civiles. Lors de la révolution russe, au moins 3 millions de personnes y succombèrent. 

Un vaccin fut finalement découvert par Charles Nicolle qui travailla à l’Institut Pasteur et identifia le vecteur du typhus épidémique en 1909. La découverte d’un vaccin lui mérita le prix Nobel de la médecine en 1928. Mais ce ne fut qu’en 1938 que le vaccin put être produit en masse. En dépit de cela, le typhus persiste encore aujourd’hui dans certaines guerres civiles et dans les camps de réfugiés.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Denis Gratton
La remise ou la rue

Denis Gratton

La remise ou la rue

CHRONIQUE / Joseph-Hugues Bélanger est décédé mercredi dernier. Il était itinérant depuis de nombreuses années, il avait 54 ans. On a retrouvé son corps sans vie dans une remise de la rue Charlevoix dans le Vieux-Hull.

Joseph-Hugues avait fait sa marque à sa façon dans le quartier. Avec ses pousse-pousse qu’il fabriquait lui-même, il sillonnait les rues du Vieux-Hull au grand plaisir des touristes qui y prenaient place. «Plusieurs touristes qui sont passés à Gatineau ont pris une photo avec Joseph-Hugues, a dit Benoît Leblanc, le fondateur et directeur de l’organisme Itinérance Zéro. Mon ami Joseph a marqué l’histoire du Vieux-Hull».

Patrick Duquette
La peur d’un retour à la normale

Patrick Duquette

La peur d’un retour à la normale

CHRONIQUE / Comme travail de fin d’année, des profs de l’école secondaire Grande-Rivière de Gatineau ont demandé à leurs élèves de s’écrire une lettre à eux-mêmes.

Une lettre de leur soi d’avant la COVID à leur soi de pendant la COVID.

Mylène Moisan
Des «bras» à portée de main?

Chronique

Des «bras» à portée de main?

CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault l’a répété en un mot comme en mille depuis le début de la pandémie, surtout quand le virus a mis le feu dans les CHSLD, il fallait des bras, n’importe quels bras, on a commencé par implorer les médecins, puis M. et Mme Tout-le-Monde, jusqu’à ce que l’armée vienne en renfort.

Et là, la Croix-Rouge vient prendre le relais.

Au pire de la crise, quand les personnes âgées mouraient comme des mouches, emportées par la COVID-19, il manquait plus de 10 000 paires de bras pour suffire à la tâche. Il en manquait encore plus qu’avant, des préposées et des infirmières sont tombées au combat, d’autres ont rendu les armes.

Le 24 avril, François Legault a lancé par jecontribue.ca un appel pressant aux Québécois pour «éteindre le feu» dans les CHSLD. «Si vous êtes disponibles à temps plein, on a besoin de vous.»

Les résultats ont été mitigés.

Les délais, trop longs.

À chaque catastrophe, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une force d’intervention civile, une «armée» humanitaire qui n’a rien à voir avec l’armée, des gens qui s’engagent pour aider quand le feu est pris, au propre comme au figuré, dans une ville ou dans un CHSLD.

Ou quand ça inonde.

Je vous ai déjà parlé de ça en 2017, un ami vole depuis des années au secours des populations qui sont frappées par des catastrophes de toutes sortes. «C’est un trip puissant, m’avait-il expliqué. Tout le monde travaille à quelque chose de commun, on ne se préoccupe pas d’où les gens viennent, ni de ce qu’ils font. Il y a des personnes qui sont sur l’aide sociale, il y a des jeunes en difficultés. Tu devrais les voir après, comment ils sont fiers.»

Ils font une différence.

Tout le monde peut aller combattre les incendies de forêt, ils appellent ça la «main-d’œuvre auxiliaire», réquisitionnée quand les pompiers ne fournissent plus. Quand il faut plus de bras. «On se sent à la fois petit et grand. On est petit, humble, devant les éléments et on sort grandi, parce qu’on a de la reconnaissance.» 

Certains pays disposent déjà d’une organisation de sécurité civile, la Suisse en est un exemple, les citoyens doivent choisir depuis 1992 choisir entre ça et l’armée, ils choisissent de moins en moins l’armée. Et l’armée n’aime pas ça, un projet de loi a été déposé pour limiter l’accès au service civil, il vient d’être rejeté par le parlement.

Le service civil est là pour rester.

Si le Québec avait eu une escouade civile, on peut penser que les renforts auraient pu débarquer en CHSLD en claquant des doigts. Même chose quand la Chaudière déborde et qu’on doit quémander l’armée.

L’escouade pourrait aussi être canadienne.

L’idée est la même, c’est d’avoir un bassin de bras prêts à intervenir au besoin, dans l’urgence, quand on n’a pas le luxe du temps. «Mon rêve, ce serait que ce soit créé et géré par le Bureau de la protection civile au Québec, qui pourrait coordonner les actions. Disons qu’il y a des inondations en Beauce, nous, on arrive en deuxième ligne, en renfort. On aide les gens avec leurs maisons, on aide à nettoyer, à réparer.»

Chacun donne le temps qu’il a.

Avec un chèque de paye au bout. «Il ne faut pas que ce soit du bénévolat. Il faut que t’aies les moyens pour faire du bénévolat. Il y aurait un salaire, pas une fortune, mais un certain montant pour le travail accompli. Un peu comme pour les feux de forêt, où tu es logé, nourri, blanchi et tu reçois un montant.» 

Le concept fait même du chemin aux Nations unies, très lentement évidemment, l’ex-secrétaire d’État française Nicole Guedj a mis sur pied la Fondation des Casques rouges en 2006 après le tsunami de 2004. Elle aurait été bien utile en 2010 en Haïti et où l’aide internationale est arrivée de partout et n’importe comment. Cette année-là, Ban Ki-Moon, alors Secrétaire général de l’ONU, avait déclaré vouloir «mettre cette idée à l’étude», comme tant d’autres idées. 

Et depuis, rien.

Et depuis, des catastrophes naturelles dévastatrices.

Le chaos dans les CHSLD.

Mon ami, lui, attend de quitter les Philippines, il ne peut pas partir en raison de la pandémie. En attendant, il a sauvé un homme en «le transportant à l’hôpital d’urgence, pierre aux reins non traitée depuis des mois, avec l’arrêt presque total de ses organes vitaux et une crise cardiaque quand je suis arrivé chez lui en forêt. S’il n’y avait pas eu de COVID-19, je n’aurais pas été là et il serait décédé. Il y a quand même de bons côtés à cette crise, le destin est parfois bon.»

Bras dessus, bras dessous.

Steve Bergeron
Impact avec le diable

Séance d'orthographe

Impact avec le diable

CHRONIQUE/Je suis irrité depuis longtemps d’entendre des gens conjuguer le mot «impact». Quelqu’un peut-il leur dire que ce n’est pas un verbe? En plus, c’est laid comme tout. Par ailleurs, l’utilisation d’«impact»  pour nommer les effets d’une chose sur une autre me semble inappropriée. Ai-je raison de penser qu’un impact concerne des objets qui entrent en contact physique? Ainsi on devrait dire: «L’influence, l’effet, la conséquence d’une politique sur la société est...» et non «l’impact» (Martin Dufour, Québec).

Votre appréhension envers «impacter» n’est pas près de se calmer: ce verbe figure dans le Petit Robert, le Petit Larousse et Usito. Il m’est très difficile, dès lors, de le déconseiller: au moins trois dictionnaires d’importance me contrediraient. Je ne peux que suggérer d’autres options pour les personnes qui répugnent à y recourir.

Vous n’êtes d’ailleurs pas le premier à m’en parler: j’ai déjà abordé ce sujet en 2009 et en 2016. La première fois, l’usage d’«impacter» au Québec était encore marginal par rapport à la France, mais force est de constater qu’il se répand de plus en plus ici aussi.

Le Petit Robert relève une première apparition du verbe «impacter» dans la langue courante en 1992. Il note toutefois qu’il était déjà utilisé dans la langue spécialisée depuis au moins 1962: en chirurgie, on s’en servait pour parler de l’acte de «solidariser avec force deux organes anatomiques ou un organe et un matériel, de façon que leur pénétration soit solide et résistante». Cet emprunt vient vraisemblablement de l’anglais «to impact».

Mais indépendamment de l’anglicisme, il n’est pas incongru, en français, de créer un verbe à partir d’un nom. C’est même un procédé assez courant, bien que ce soit généralement le nom qui se définit par rapport au verbe. Il ne faut donc pas prendre le mors aux dents en hurlant à l’invasion anglo-saxonne.


«L’annonce du président a fortement impacté les marchés boursiers.»


Je mentionne toutefois que le Petit Larousse émet une certaine réserve quant au verbe «impacter», puisqu’il le considère comme familier. Selon cet ouvrage, on ne devrait pas le retrouver dans la langue soignée. Usito note également qu’«impacter» est parfois critiqué.

Quant à la Banque de dépannage linguistique (BDL), elle le réprouve ouvertement et préfère les verbes «percuter», «concerner», «influencer», «intéresser», «toucher», «viser», etc., ou des locutions telles que «avoir un effet sur», «produire un impact sur», «avoir une incidence sur», «avoir des répercussions sur», «avoir une importance pour», «influer sur», «agir sur», «peser sur», «jouer un rôle dans», «se faire sentir sur» ou «se répercuter sur».

Quant au mot «impact», même s’il faisait référence originellement à une collision concrète (d’où l’expression «point d’impact»), il est employé au sens figuré depuis une cinquantaine d’années. Au départ, on s’en servait seulement lorsqu’il était question d’une action forte et brutale. Il devenait synonyme d’«effet de choc».


«L’impact de la COVID-19 sur l’économie est considérable.»

«Le gouvernement tente d’atténuer les impacts de la crise sur les familles.»


«Impact» a depuis pris le sens plus neutre d’«effet, influence». Mais cette fois, c’est au tour du Petit Robert de mentionner que l’emploi est critiqué, en plus d’Usito et de la BDL. Cette dernière estime que cet usage est carrément fautif et prône plutôt des mots comme «influence», «effet», «répercussions», «incidence»... Ainsi, une phrase comme celle qui suit n’est pas considérée comme correcte par la BDL, car il n’y a pas d’effet de choc.


«Les impacts des mesures de déconfinement sont limités pour l’instant.» 


Bref, nous sommes loin de l’unanimité sur cette question, mais ceux qui aiment recourir à «impact» et à «impacter» sont assurés de trouver au moins une source pour les appuyer. Toutefois, à voir tous les synonymes possibles en français, on est en droit de se demander si nous avons vraiment besoin du verbe «impacter» et si on n’y recourt pas, le plus souvent, juste parce qu’on ne veut pas faire l’effort de trouver le bon mot.


Perles de la semaine

Est-ce que Jean Perron a enseigné les proverbes à ces étudiants?


«On n’est jamais si bien servi que par sa mère.»

«La plus belle fille du monde ne peut donner qu’un chocolat.»

«La nuit, tous les chats sont gris, sauf les chats noirs qu’on ne voit pas du tout.»

«Ventre affamé n’a point d’orteil.»

«Il ne faut pas prendre des vessies pour des antennes.»

Source: «Le sottisier du collège»,  Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Richard Therrien
Retour des fictions québécoises à V en 2021

Télévision

Retour des fictions québécoises à V en 2021

CHRONIQUE / V s’apprêtait à l’annoncer : sa grille 2020-2021 devait marquer le retour en force des séries de fiction originales québécoises à son antenne, en plus de l’information. L’achat récent par Bell Média donne à la chaîne les moyens de ses ambitions. Or, la pandémie a réfréné ses ardeurs et l’a obligée à reporter à l’année prochaine le retour des fictions.

Jusqu’ici, V nous avait habitués à une série par-ci, par-là. Depuis la fin de Ces gars-là en 2016, plus rien; on disait mettre l’argent ailleurs. Or, le V de Bell Média proposera plusieurs fictions dans les prochaines années, parole de Suzane Landry, vice-présidente, développement de contenu et programmation de langue française. «On veut faire une place importante à la fiction, mais ça va arriver progressivement. On a de bonnes ambitions pour cette chaîne, pour qu’elle devienne une vraie généraliste, qui va rejoindre les intérêts des Québécois. On veut se rapprocher des gens», affirme celle qui a occupé des postes de direction durant plusieurs années à TVA et Québecor Contenu avant de passer chez Bell.

Denis Gratton
Baisser le siège

Denis Gratton

Baisser le siège

CHRONIQUE / La nouvelle fait réagir, c’est le moins qu’on puisse dire.

Près d’une centaine d’internautes ont émis leur opinion sur le sujet sur la page Facebook du Droit. Et la majorité n’est pas d’accord avec l’initiative lancée par la Ville de Gatineau et rapportée par notre journaliste Mathieu Bélanger dans notre édition de lundi dernier.

Mylène Moisan
Le «racisme» de Thalie

Mylène Moisan

Le «racisme» de Thalie

CHRONIQUE / Plus jeune, Thalie Émond passait des heures devant le miroir à pratiquer son sourire, pas pour qu’il soit plus beau.

Pour qu’on voie moins ses lèvres.

Adoptée à deux ans en Thaïlande par un couple de Baie-Comeau, la petite Thalie – avec ses origines africaines et thaïlandaises – voulait cacher ses «babines de babouins», comme lui rappelaient les élèves de l’école primaire. Même chose pour la «laine d’acier» qu’elle avait sur la tête. À partir de la sixième année, elle s’est «défrisé» les cheveux. «Je prenais un produit qui s’appelle un relaxeur, ça détruit les cheveux, m’a-t-elle expliqué par Skype. Mais avec ça, tu peux les raidir au fer plat. Après, jusqu’au cégep, j’ai porté des perruques.»

Elle voulait être «moins noire».

Et pas juste à cause des commentaires de la cour d’école, parce que partout où on parlait des Noirs, à la télé, dans les livres, dans ce qu’on enseignait à l’école, les Noirs étaient toujours des esclaves, des affamés, des criminels.

Elle ne voulait pas être associée à ça.

«J’avais dit à ma mère : “j’ai hâte de grandir et d’être blanche»…”», parce qu’elle voyait bien déjà que l’avenir était aux cheveux raides, aux lèvres fines et aux yeux clairs. «J’avais même des préjugés sur les personnes qui étaient plus noires que moi, et sur les autochtones aussi, parce que l’image qu’on a, elle est toujours négative.»

Alors, faute de changer le regard des autres sur elle, elle a essayé de changer ce qu’ils voyaient.

Regardez, je ne suis pas si noire que ça.

Pour que l’illusion soit parfaite, elle faisait même des «jokes de Noirs». Et ça marchait. «Plusieurs me disaient: “On ne te voit pas comme une personne noire, t’agis pis tu ressembles à une personne blanche”.»

Quand elle était au cégep, à Baie-Comeau, elle a croisé pour la première fois un Africain, un collègue de travail, qui lui a parlé autrement de l’Afrique. «Il me disait qu’il était allé à l’université là-bas, il me parlait de sa famille. Moi, je pensais que tout le monde mourait de faim là-bas. C’était la première fois que j’avais une image différente, ça m’a donné le goût d’en apprendre plus.» 

Dans la foulée de la mort de George Floyd et de la résurgence du mouvement Black lives matter, Thalie, 19 ans, a écrit une lettre ouverte, qu’elle m’a envoyée. «Connaître l’Afrique dans une société eurocentrique, c’est comme participer à la visite guidée d’une ville qui t’est inconnue avec un guide qui te montre seulement les égouts et les dépotoirs.» Elle s’est aventurée dans d’autres quartiers, ceux où elle a découvert une culture, une histoire, un héritage. 

Elle a compris à quel point elle avait une image tronquée d’elle-même. 

Qu’elle était, malgré elle, raciste. 

«Ces préjugés sont enracinés dans nos médias, notre système d’éducation et, surtout, dans nos conversations en privé à la maison ou entre amis. Tout le monde a des biais inconscients. Sans le réaliser, j’ai intériorisé des propos discriminatoires […] et des préjugés tout au long de ma vie. Alors oui, c’est possible de faire partie d’une minorité visible et d’être raciste, homophobe ou intolérant.»

Quand elle a vu en 2018 Black Panther, un film de superhéros noirs produit par Marvel, Thalie a ressenti un sentiment nouveau. «Je voyais qu’ils étaient comme moi, ils avaient les cheveux comme moi. C’est rare, dans les films, qu’on se sent fiers.» Pour une fois, elle ne se voyait pas à l’écran comme une crève-la-faim.

Elle ne cache plus ses lèvres quand elle sourit.

Après le cégep, Thalie a quitté la Côte-Nord pour la métropole où elle étudie les sciences politiques à l’Université McGill en développement international et linguistique. Elle a continué à s’informer sur ses origines, a découvert qu’elle a des origines Fulani, elle n’avait jamais entendu parler des Fulani.

Elle a fait une vidéo, elle l’a mise sur Facebook et elle fait des «storys» sur Instagram pour montrer aux gens l’autre côté de la médaille, celle qu’on ne montre nulle part, ou pas assez, pas à l’école, trop rarement dans les médias. 

Thalie n’a pas regardé la vidéo où on voit George Floyd mourir sous le genou du policier Derek Chauvin, la scène lui semblait trop familière. «Ça fait longtemps que Black Lives matter dénonce cette violence-là, c’est quelque chose que j’ai vu trop souvent. Mais avant, c’était juste les personnes afro-américaines qui dénonçaient ça. Quand j’ai vu que des amis qui ne sont pas dans le mouvement partageaient ça, ça m’a donné de l’énergie pour continuer à sensibiliser les gens, pour leur faire prendre conscience.» 

Comme chantait Cohen, c’est par une brèche que la lumière entre.

Et voilà qu’elle commence à entrer.

Brigitte Breton
Parcours du combattant pour des parents

Chronique

Parcours du combattant pour des parents

CHRONIQUE / Depuis qu’un anévrisme cérébral a rendu leur fils polyhandicapé à 2 mois, Esther Baillargeon et Christian Ouellet se battent pour avoir des services. Et ce n’est pas fini. Francis, qui aura 29 ans en septembre, fréquente les ateliers socioprofessionnels Les Artisans. Ceux-ci devront fermer leurs portes en juillet si le gouvernement du Québec n’accorde pas une aide de 135 000 $ à l’organisme communautaire Laura Lémerveil.

«Nous sommes dévastés. C’est l’angoisse et c’est insoutenable de penser à un bris de service. C’est encore un retour à la case départ», témoigne Mme Baillargeon qui participait lundi à Québec, à la conférence de presse de l’organisme communautaire qui vient en aide à quelque 200 familles de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Avant la pandémie, Francis se rendait quatre fois par semaine aux Artisans pour y suivre des ateliers de musique, d’arts plastiques, de jardinage. En cas de fermeture, c’est un fardeau qui s’ajoute pour Mme Baillargeon et M. Ouellet, deux retraités dans la soixantaine.

Francis dort peu- cinq heures par nuit. Ses parents avouent avoir moins d’énergie. Ils se disent épuisés. «Je suis aidante naturelle depuis 28 ans et semi-confinée à l’année», résume sa mère.

Une cinquantaine de familles de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches avec des enfants polyhandicapés sont une situation similaire à celle des parents de Francis.

La fille de Luc Lafond et de Nathalie Fontaine, Anne-Sophie, va pour sa part deux jours par semaine aux ateliers situés dans le centre-ville de Québec. «Anne-Sophie a 27 ans, mais c’est comme un bébé de six mois», affirme son père, un chauffeur d’autobus du RTC, qui a devancé sa retraite à cause de la pandémie. Sa conjointe a dû se mettre au télétravail. Ce n’est pas simple avec Anne-Sophie constamment à la maison.

Les parents de Francis et d’Anne-Sophie veulent toutefois les garder auprès d’eux le plus longtemps possible. Ils ne veulent pas les «placer» dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), surtout pas avec ce qu’ils ont vu durant la pandémie. Ils ne veulent pas non plus d’un «stationnement» pour leur enfant, mais bien d’un milieu de vie lorsque celui-ci sort du foyer familial.

Pour ce faire, ils affirment avoir besoin de services comme ceux offerts par l’équipe des Artisans. Les ateliers comblent le trou noir dans lequel se retrouvent les parents d’enfants handicapés et avec de grandes déficiences, âgés de plus de 21 ans.

«Comme parents, nous prenons nos responsabilités», dit Mme Baillargeon. Son mari et elle paient 423 $ par mois pour que Francis fréquente les Artisans. Ils jugent la qualité des services irréprochables. Privé des ateliers depuis plus de trois mois à cause de la crise sanitaire, Francis est plus anxieux, il se mutile et ses parents doivent recourir à la médication.

Si le premier ministre François Legault veut être fier et protéger les plus vulnérables, il doit aussi veiller au sort des jeunes adultes comme Francis, estime Mme Baillargeon.

Laura Lémerveil voudrait pouvoir compter sur une contribution récurrente et indexée de la part du gouvernement du Québec. La directrice générale et fondatrice, Sandra Lambert, souhaite que Québec assume 50 % des coûts des services et elle compte sur la communauté et le sociofinancement pour combler l’autre 50 %. Depuis la création des Artisans, en 2015, Mme Lambert ne sait jamais si elle aura le financement suffisant et les parents ne savent jamais si leurs enfants adultes auront leurs ateliers.

«C’est le jour de la marmotte», indique le président du conseil d’administration de Laura Lémerveil, Pascal Bergeron. «Nous finissons toujours par trouver des fonds au ministère de la Santé et des Services sociaux, au CIUSSS de la Capitale-Nationale ou au CISSS de Chaudière-Appalaches, mais tout est à recommencer chaque année».

Mme Lambert et M. Bergeron jugent qu’il est temps que le gouvernement s’adapte à la réalité des enfants «survivants».

«Les avancées médicales permettent aux enfants polyhandicapés de vivre plus longtemps. Ces enfants ne vont pas à l’école toute leur vie et il faut leur proposer des activités pour qu’ils s’épanouissent, socialisent et maintiennent leurs apprentissages», soutient Mme Lambert.

Les services de son organisme visent aussi à permettre aux parents de mener une vie professionnelle, familiale et sociale la plus normale possible. Nous ne sommes plus à l’époque où les enfants polyhandicapés vivaient en majorité hors de leur milieu familial.

Les besoins ne disparaîtront pas, ajoute la directrice qui prévoit que 70 enfants pourraient profiter des Artisans en 2029. Des parents assistaient d’ailleurs à la conférence de presse, désireux que le service existe toujours lorsque leur enfant franchira le cap des 21 ans avec ses handicaps multiples et sévères.

Selon Mme Lambert, «c’est un beau dossier à régler en début de mandat pour le nouveau ministre de la Santé».

Le placement d’un enfant coûte 85 000$ par année.

Souhaitons que Christian Dubé, comptable et nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, fasse le calcul et juge qu’il y a des gains sociaux et économiques à réaliser en finançant des services pour les jeunes polyhandicapés et leurs proches.

Jean-Marc Salvet
Allo? Y’a Trudeau au téléphone... On le prend?

Chronique

Allo? Y’a Trudeau au téléphone... On le prend?

CHRONIQUE / Jeudi dernier, les premiers ministres du Canada ont tenu leur 14e conférence téléphonique sur la pandémie et ses conséquences. Ces appels hebdomadaires ont été utiles. Ils n’ont toutefois pas marqué à ce point les choses pour que cette formule se poursuive au-delà de l’épisode pandémique. Mais comment pourrait-on ainsi dire non à un dialogue?

D’abord, ce n’est pas dire non à un dialogue que de croire que cette formule n’a pas à être institutionnalisée d’une façon ou d’une autre. Ensuite, si l’on pouvait être certain qu’il ne s’agisse toujours que de mettre de l’huile dans la machine des relations entre Ottawa et les provinces et d’ajouter à l’efficience des gouvernements, oui, il faudrait alors poursuivre ces rendez-vous bien au-delà de cette période. On a toujours intérêt à parler le plus souvent possible à ses partenaires et à ses voisins.

Mais le risque serait grand que des rendez-vous hebdomadaires ne portant plus sur les mesures à prendre pour contrecarrer les effets de la pandémie mènent à une relation téléphonique paternaliste entre le gouvernement canadien et les leaders des provinces. Le risque serait grand que le premier ministre du Canada montre à ceux des provinces les directions qui devraient être suivies dans toutes sortes de domaines.

Politiquement, on ne mettrait alors plus d’huile dans la machine; on en jetterait sur le feu.

Ces rendez-vous hebdomadaires ont néanmoins montré que de tels exercices sont possibles et que d’autres pourront se tenir dès lors que la nécessité s’en fera sentir — que ce soit lors d’une deuxième vague ou pour tout autre chose. C’est à retenir.

Alors, oui à cette possibilité au besoin, mais non à l’institutionnalisation de ces rendez-vous tous les sept jours. Ils deviendraient vite une contrainte contre-productive.

Quatorze conférences téléphoniques; 14 semaines… Prenons cette fenêtre de temps pour revenir sur différents éléments politiques. Voici donc un regard sur 14 semaines, un regard qui commence par une brouille toute récente.

La démesure de Jagmeet Singh

Gilles Vandal
Les épidémies de suette anglaise de 1485-1551

opinions

Les épidémies de suette anglaise de 1485-1551

CHRONIQUE / La suette fut une maladie mystérieuse et contagieuse qui frappa d’abord l’Angleterre à la fin du 15e siècle pour ensuite s’étendre à l’ensemble de l’Europe continentale au début du 16e. L’apparition des symptômes était très soudaine et la mort pouvant survenir en quelques heures. La cause de la maladie est restée controversée, bien que certains aient avancé l’hypothèse d’une espèce inconnue d’un hantavirus provenant de l’urine de rongeurs.

Les récits de l’époque, particulièrement celui du Dr Thomas Le Forestier qui décrivit l’épidémie initiale de 1485, fournissent un aperçu terrifiant du traumatisme social qui frappa alors Londres. Edward Hall, un célèbre chroniqueur anglais, fut un témoin oculaire des manifestations de cette maladie. Il peint le récit le plus détaillé de la fièvre mortelle causée par cette maladie. La puanteur générée par cette transpiration était si désagréable que les personnes avaient tendance à jeter les draps et vêtements des victimes.

La principale source historique concernant cette épidémie provint de John Caius, un médecin de Shrewsbury, qui décrit dans un ouvrage publié en 1552 les symptômes de cette maladie. Il rapporte comment la maladie apparaissait soudainement marquée par un sentiment d’appréhension qui était suivi de frissons violents, de maux de tête, d’étourdissements, de fortes douleurs au cou, aux épaules et autres membres qui duraient d’une à trois heures. 

Le malade déjà épuisé était ensuite soumis à une période d’intense transpiration sans cause évidente, marquée par une importante sensation de chaleur. La sueur caractéristique a éclaté soudainement sans cause évidente. Une sensation de chaleur, de soif intense, de délire, de maux de tête et d’un pouls rapide. Le malade souffrait aussi souvent de palpitation cardiaque. Si la victime n’affichait aucune éruption cutanée, elle démontrait dans les derniers stades un épuisement total et un besoin irrésistible de dormir qui s’avérait souvent fatal. La maladie apparaissait durant l’été pour se terminer avec l’arrivée de température fraîche.

La première manifestation de cette maladie survint en août 1485, au moment de la bataille Bosworth qui porta Henri VII sur le trône d’Angleterre à la place de Richard III. Certains historiens ont conclu que celle-ci fut amenée par les mercenaires français qui accompagnaient Henri Tudor. Toutefois, l’épidémie elle-même n’éclata que le 19 septembre à Londres. Elle avait fait à la fin d’octobre 15 000 victimes en Angleterre, dont plusieurs milliers à Londres même. Parmi les morts figuraient deux maires, six conseillers municipaux et trois shérifs.

Cette épidémie, dorénavant connue comme la maladie de suette anglaise, atteignit l’Irlande en 1492. Toutefois, elle disparut ensuite pendant dix ans des registres historiques. Elle aurait était la maladie à frapper le jeune Arthur, prince de Galles et frère aîné du futur Henri VIII, et son épouse Catherine d’Aragon. Alors que le prince Arthur succomba, la princesse Catherine survécut. 

Une troisième épidémie surgit en 1507 et se propagea à Calais, ville alors possession anglaise. La moitié de la population de la région de Calais y succomba. Après deux flambées en 1508 et 1517, il fallut attendre 1528 pour assister à une quatrième grande épidémie. La maladie apparut à Londres à la fin mai et s’étendit à toute l’Angleterre. À Londres, l’épidémie était si intense qu’Henri VIII et la cour ont dû quitter la ville.

L’épidémie de 1528-1529 fut particulièrement virulente en Angleterre. Elle touche de plein fouet la cour royale. William Compton, principal courtisan d’Henri VIII, y succomba, alors qu’Anne Boleyn et le cardinal Wolsey y survécurent. Par contre, Henri FizRoy, âgé de 17 ans et fils illégitime d’Henri VIII, résista à la maladie avant de mourir un mois plus tard de la tuberculose. En 1529, la maladie sévit encore, emportant la femme et les deux filles de Thomas Cromwell, futur Lord Chancelier d’Angleterre.

Toutefois, l’épidémie de 1528 ne se limita pas à l’Angleterre. Elle se propagea en Hollande, en Allemagne, en Scandinavie et en Europe de l’Est, touchant la Pologne, la Lituanie et la Russie. En décembre 1528, on la retrouvait aussi en Suisse. Toutefois, aucun cas n’a été répertoria en France, sauf à Calais, et en Italie. Mais après 1528, la maladie ne toucha plus l’Europe continentale.

La dernière manifestation de cette maladie survint en Angleterre en 1551. C’est ce qui a permis au Dr John Caius d’observer attentivement ses symptômes et de les décrire ensuite en détail dans un livre pour la postérité. Il y aurait eu une épidémie de transpiration dans le Devon en 1644 qui aurait fait 443 victimes. Toutefois, aucune indication n’atteste que c’est la même maladie.

Quelque 194 épidémies de suette similaire, appelée suette picarde, survinrent en France entre 1718 et 1906. Ces épidémies furent toutefois moins mortelles que celles de la suette anglaise. Par exemple 5 % des 20 000 habitants de l’île d’Oléron furent infectés de cette maladie en juillet 1880. Il n’y eut que 150 décès.

Les historiens et les épidémiologistes n’ont toujours pas été capables d’identifier l’agent pathogène à l’origine de cette maladie qui fut qualifiée de la « suette anglaise ». John Caius attribuait la maladie à un manque d’hygiène. Or, une particularité de la maladie était le fait qu’elle affectait plus les classes riches et les membres de l’aristocratie que les pauvres.

Ce qui rend difficile l’identification de la maladie découle du fait que les maladies respiratoires liées à la grippe ne furent reconnues que des siècles plus tard. Durant le Moyen Âge et l’époque moderne, ces maladies étaient simplement associées à la fièvre. Or, aujourd’hui, les historiens reconnaissent la présence de grippes comme maladie épidémique en Europe dès le 9e siècle. Donc, selon toute probabilité, les fameuses sueurs anglaises de 1485 à 1551 auraient été le résultat d’une série d’épidémies de grippe.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Mylène Moisan
La patience de madame Sophie

Chronique

La patience de madame Sophie

CHRONIQUE / Sophie Perron, avant la pandémie, enseignait aux adultes à l’école Louis-Jolliet, pas n’importe quels adultes, une douzaine d’adultes qui ont une déficience intellectuelle et un fauteuil roulant.

On est loin du programme du ministère.

C’était sa deuxième année avec le même groupe à peu de choses près, elle avait d’ailleurs appris la veille de la rentrée l’an dernier qu’elle enseignerait à cette classe-là. «Je me suis dit qu’est-ce que je vais faire? On n’est pas formés pour ça… C’est comme ça, on apprend sur le tas, j’ai appris sur le tas.»

Elle est prof depuis 20 ans, a commencé à enseigner à des jeunes du primaire à Vancouver et à Montréal, elle a bifurqué vers l’enseignement aux adultes quand elle a déménagé en Beauce. Puis à Québec, sa région natale, elle a atterri au Centre de formation Louis-Jolliet où on fait beaucoup de formation aux adultes.

Elle a travaillé avec les aînés.

Et la voici, il y a deux ans, debout devant cette classe du programme «je prends ma place» qui ne ressemble à aucune autre, 12 adultes avec de lourds handicaps, accompagnés de leur intervenant. «Ça faisait toute une classe…» 

Et puis, bang, la pandémie.

C’est là que tout le monde a découvert l’univers des logiciels de réunion vidéo, où Zoom est passé d’une obscure plateforme de téléconférence à avoir sa propre expression, «est-ce qu’on se fait un zoom?» Ça va de la réunion de bureau au 5 à 7 virtuel chacun dans son coin, même au «surprise party».

Déjà que je n’étais pas très Skype avant.

Sophie, elle, se demandait bien comment elle allait pouvoir faire de l’enseignement à distance avec sa bande de joyeux drilles, continuer à leur montrer les rudiments de la vie en société sans être avec eux, juste à travers un écran. 

Elle l’a fait.

Il fallait d’abord qu’elle arrive à ce que tout le monde arrive à se connecter sur Teams, la plateforme qu’elle a choisie, ce qui n’était pas gagné d’avance. Patiemment, elle a accompagné chaque parent pour qu’il arrive à se connecter à sa classe virtuelle, ça lui a pris plus d’une heure dans certains cas.

Elle n’a pas lâché.

Et puis, un jour, ses élèves étaient là, devant elle. Pas tous, pardon, seulement cinq sur douze ont pu continuer d’aller à l’école, les autres habitent dans des «ressources» publiques, des résidences de type familial où personne n’a pu les aider. «Ça fait partie de mes recommandations, que tout le monde puisse se brancher.»

C’est dit.

Je suis allée chez elle lundi passé pour assister à cette classe spéciale qui est encore plus spéciale. Le rendez-vous avec les élèves est à 13h15, elle prévoit 15 minutes juste pour que tout le monde soit connecté. C’est ce que ça a pris, pile-poil, le temps que Samuel nous rejoigne in extremis.

Le chat de Sophie, pendant ce temps-là, a fait une apparition à l’écran.

Il fait toujours ça.

Steve Bergeron
Chance de perdre et risque de gagner

Séance d'orthographe

Chance de perdre et risque de gagner

CHRONIQUE / On lit et on entend souvent, même à Radio-Canada, un usage indifférencié des mots «chance  et «risque». Par exemple: «Un Noir a cinq fois plus de chances d’être interpelé par la police.» Le chanceux! On doit bien sûr comprendre qu’il a cinq fois plus de risques (Michel Couillard, Asbestos). / Je souhaite que vous écriviez une chronique sur le mot «chance». On entend souvent l’expression: une chance sur dix d’avoir un cancer, d’avoir un accident. Est-ce que ces éléments font référence à de la chance ou à de la malchance (Roger Castonguay, Québec)?

J’ai envie de vous répondre d’abord par une question: si le mot «chance» est toujours positif, pourquoi continue-t-on de souhaiter une «bonne chance»? Est-ce un pléonasme? Si oui, ne devrions-nous pas simplement souhaiter de la chance, puisque celle-ci est automatiquement bonne?

Quand on regarde dans les dictionnaires, on s’aperçoit que le mot «chance» a plusieurs définitions. La première (et la plus ancienne), d’après le Petit Robert, c’est la manière favorable ou défavorable selon laquelle un événement se produit. Lorsque le mot a fait son apparition en français au XIIe siècle, il signifiait «manière dont tombent les dés». Le sens était donc véritablement plus proche de «hasard, sort, fortune».

Il fallait par conséquent ajouter les adjectifs «bon» ou «mauvais» pour exprimer si ce hasard était heureux ou malheureux. C’est pour cette raison que, de nos jours, on se souhaite encore «bonne chance».

La deuxième définition est «possibilité de se produire par hasard» (Petit Robert). Dans ce cas-ci, le mot est le plus souvent employé au pluriel. Voilà pourquoi les phrases que vous citez ne sont pas fondamentalement fautives. Voici d’autres exemples du Petit Robert.


«Il y a de fortes chances que cela se produise.»

«Elle a toutes les chances de réussir.»

«Calculer ses chances de succès.»

«Il y a peu de chances qu’il accepte.»

«Ses chances sont minces.»


De nos jours, le mot «chance» se définit le plus souvent comme un «heureux hasard , un «sort favorable», une «part d’imprévu heureux inhérente aux événements». Ainsi, pas besoin d’ajouter un adjectif positif aux expressions «avoir de la chance», «porter chance», «par chance», «coup de chance», «jour de chance»…

En résumé, on pourrait dire que le mot «chance» possède à la fois un sens neutre, synonyme de hasard ou de probabilité, et un sens positif.

Toutefois, quand on regarde de près, on s’aperçoit que, même lorsqu’il est synonyme de probabilité, «chance» n’est plus très souvent utilisé lorsque les circonstances sont malheureuses. En épluchant les cinq exemples du Petit Robert ci-dessus, on constate qu’un mot négatif («peu», «minces») est ajouté quand l’issue est fâcheuse. Si le contexte est heureux ou neutre, on ne ressent pas le besoin de mettre un mot positif.

La Banque de dépannage linguistique va plus loin : elle considère comme un anglicisme l’emploi négatif de «chance», autrement dit lorsqu’il est synonyme de risque ou de danger. Voici une des phrases qu’elle donne comme exemple.


«Il se peut qu’il ait manqué son autobus [et non: il y a des chances].»


Pourtant, on pourrait estimer, dans la phrase ci-dessus, que «chances» est synonyme de «probabilités, possibilités». Même chose pour les propos que vous me rapportez.

Quelques autres ouvrages (Hanse, Colin) affirment, exemples à l’appui, que «chance» peut aussi être utilisé dans un cadre négatif. 


«Il a une chance sur deux d’échouer [«Difficultés et pièges du français» de Larousse].»

«Un vol de nuit serait chaque fois une chance de mort [Saint-Exupéry].»


Mais ces ouvrages reconnaissent du même souffle que l’emploi prépondérant aujourd’hui est celui de «hasard heureux». Donc, pour esquiver le malaise, peut-être vaut-il mieux éviter «chance» en contexte fâcheux, bien que la documentation (sauf la BDL) ne nous l’interdise pas explicitement.

Par contre, avec le mot «risque», rien à clarifier: il doit être utilisé uniquement dans le cas d’une éventualité désolante ou dangereuse. Donc, si vous avez la désagréable tendance à dire que vous risquez de gagner le gros lot, que votre mère risque de sortir bientôt de l’hôpital, que votre enfant court le risque de réussir son examen, vous vous mettez profondément le doigt dans l’œil. 

PERLES DE LA SEMAINE

À lire ces réponses d’examens de biologie, on se dit que l’humour de Boucar Diouf a probablement été inspiré par quelques-uns de ses élèves…

«On sait si une personne est vivante quand son cœur respire encore.»

«L’œil envoie le message au cerveau un peu comme un texto.»

«Le manger descend dans le zorrophage.»

«L’analyse du sang permet de connaître le facteur Crésus [Rhésus].»

«Les poumons font entrer l’air par la très chère artère [trachée-artère].»

Source: «Le sottisier du collège», Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Richard Therrien
Moins de fictions et plus de variétés à TVA

Télé

Moins de fictions et plus de variétés à TVA

CHRONIQUE / Après un printemps passablement chambardé dans la programmation, TVA se dit d’attaque pour l’automne. Bien sûr, il y a tout un monde entre la grille originalement prévue et celle qui aboutira en ondes en septembre, mais le diffuseur n’a pas de quoi avoir honte de sa programmation automne-hiver, bien garnie avec cinq nouvelles émissions de variétés. On y ferait même de la place pour le Gala Artis.

Parmi elles: Bijoux de famille avec Charles Lafortune et En studio avec Marc Dupré, déjà annoncées, et qui suivront les dernières émissions de La Voix les dimanches soirs. Dieu merci: au cours d’une rencontre virtuelle mercredi avec les journalistes, le vice-président contenus originaux chez Québecor Contenu, Denis Dubois, a confirmé qu’aucune des nouveautés n’inclura dans son concept des communications par Skype avec les invités, une formule qui a fini par taper sur les nerfs de bien des téléspectateurs. On continuera à en voir aux nouvelles et à Salut, bonjour!, dans des contextes tout de même plus tolérables.

Dans Sans rancune, des représentants d’un même groupe, que ce soit des coiffeuses, des fans du Canadien ou encore des milléniaux, seront l’objet de soirées d’humour, pilotées par un animateur et deux complices, qui n’ont pas encore été désignés. Marie-Ève Janvier aurait bien aimé poursuivre l’animation de L’amour est dans le pré à V tout en prenant la barre d’À tour de rôles, qui marque son arrivée à TVA. «C’était impossible», a confirmé la chanteuse animatrice mercredi au cours de la même rencontre. Il aurait été effectivement bien surprenant que TVA accepte qu’elle reste en lien avec la chaîne rivale de Bell Média.

Pour l’instant, le nouveau talk-show de Patrick Huard, La tour, est prévu à la grille en semaine à 19h, directement contre District 31. Mais je doute fort que TVA envoie son nouvel animateur vedette affronter la série dramatique la plus suivie à la télévision. «Ça pourrait peut-être changer», confirme la directrice principale, chaînes et programmation de Groupe TVA, Nathalie Fabien. La tour, dont l’action se situera dans le loft fictif de Patrick Huard, sera en réalité tourné en studio à TVA.

C’est pour les séries de fiction que ça fera plus mal. Bien que le tournage de L’Échappée ait été confirmé à temps pour une diffusion à partir d’octobre, ce n’est pas le cas pour les nouveautés Alertes et Nous, ni pour L’heure bleue, dont ce sera la dernière saison. «Vous dire le nombre de rapprochements qu’il y aura dans cette série-là. On dénaturerait l’oeuvre en imposant deux mètres de distance à cette production», explique Denis Dubois. La nouvelle production des Beaux malaises avait déjà été prévue pour l’automne. Le vice-président admet que le respect des normes sanitaires sur ces différentes productions entraînera des coûts supplémentaires.

On le sait: TVA a dû très tôt annuler son Gala Artis, d’abord prévu le 10 mai dernier. Mais alors qu’on a annoncé la tenue des Gémeaux en septembre sur ICI Télé, TVA travaille sur une formule du Gala Artis pour récompenser les artistes de la télévision, probablement cet automne. «Nous ferons des annonces plus tard à ce sujet», affirme Denis Dubois, qui ajoute que les sondages pour déterminer les gagnants ont été complétés avant le début du confinement. Alors que Studio G a été mise de côté, on a retardé Révolution à 2021, fort probablement après Star Académie, toujours prévue cet hiver. La grille finale 2020-2021 de TVA sera dévoilée à la presse le 1er septembre prochain.

V prépare son retour à l'information

Douze ans après la fermeture des salles de nouvelles de TQS, Bell Média s’affaire à doter V d’une nouvelle équipe de journalistes. Le dossier est confié à Jean-Philippe Pineault, nommé directeur général de l’information de la future salle de nouvelles. «Avec V, nous voulons devenir un acteur majeur en information dans le paysage télévisuel et numérique du Québec», a-t-il confié par voie de communiqué, conscient qu’il s’agit d’un événement rarissime dans le monde des médias. Jean-Philippe Pineault, qui a occupé des postes de direction à La Presse canadienne et chez TC Média, quitte par conséquent ses fonctions de directeur de l’information chez Cogeco Média. Cette nouvelle arrive deux mois et demi après que la vente de V à Bell Média par Groupe V Média ait été approuvée par le CRTC. Québecor Média s’était adressée au ministère du Patrimoine canadien pour faire annuler cette transaction, une demande qui a été rejetée en début de semaine.

Gilles Vandal
L’épidémie de la peste dansante de 1518

Opinions

L’épidémie de la peste dansante de 1518

CHRONIQUE / Dans la foulée de la pandémie du coronavirus, le monde assiste aux émeutes qui touchent les villes américaines. Une telle réaction de la population à une pandémie ou autre catastrophe naturelle n’est pas nouvelle. L’antisémitisme en fut une à la peste de 1347. Une autre réaction, moins connue, fut celle de la peste dansante au début du 16e siècle.

La peste dansante est une épidémie qui frappa la ville de Strasbourg en juillet 1518, alors que pas moins de quatre cents personnes se mirent à danser pendant des jours. Elle commença par une jeune femme célibataire nommée Frau Troffea, qui se mit à danser avec ferveur dans les rues de Strasbourg. De plus en plus de personnes se joignirent à elle. Cette épidémie causa la mort d’une quinzaine de personnes par jour.

L’événement en vint à attirer l’attention du maire de la ville et de l’évêque. Les médecins intervinrent et hospitalisèrent les malades. Toutefois, la question à savoir si cette épidémie de danse provoqua vraiment des morts suscite la controverse. Il semble que les rapports concernant ces décès découlent de récits ultérieurs à l’événement.

On a consigné celui-ci dans des documents historiques tels que des sermons à la cathédrale, des chroniques locales et régionales, des notes de médecins et des constats enregistrés par la mairie. Cet événement est un fait indéniable, mais sa cause prête toujours à controverse.

Ce comportement n’était pas si inhabituel que cela peut paraître à première vue. C’est au 7e siècle qu’un village européen devint la proie pour la première fois d’une « manie dansante ». 

D’ailleurs, tout le Moyen Âge connut différentes chorées, décrites comme des mouvements involontaires, anormaux et incontrôlables tels que la danse de Saint-Guy, la danse de Saint-Jean ou le phénomène du tarentisme dans le sud de l’Italie. On considérait alors ces danses compulsives comme des manifestations d’hystérie collective provoquées par le démon. En Europe centrale, elles survinrent particulièrement durant des épidémies de peste.

Des danses compulsives similaires à celles de Strasbourg de 1518 se produisirent au moins dix fois entre 1374 et 1518. En 1374, des dizaines de villes le long du Rhin assistèrent impuissantes au phénomène de centaines de personnes étant prises d’une agonisante danse frénétique. Le phénomène toucha ensuite périodiquement pendant cent cinquante ans des villes en Belgique, en Hollande, dans le nord de la France et dans la région de la Moselle en Allemagne. La seule différence tient au fait que le cas de Strasbourg fut mieux documenté.

Lors de l’épidémie de danse de 1518, les spectateurs notèrent que le visage des participants ne trahissait aucune expression de joie. La danse n’était ni volontaire ni jubilatoire. Les danseurs se sentaient obligés de danser jour et nuit. Ils s’arrêtaient à peine pour se reposer ou manger. Or, après un mois à ce rythme d’enfer, certains danseurs commencèrent à mourir d’une crise cardiaque, d’épuisement ou d’un AVC. Les médecins donnèrent alors à cet étrange phénomène une cause physique : les gens souffraient de « sang chaud ».

En effet, les années précédant l’épidémie de danse compulsive de 1374 furent exceptionnellement difficiles. Les zones touchées par l’épidémie avaient connu cette année-là les pires inondations depuis un siècle. Les eaux du Rhin s’étaient accrues de dix mètres, submergeant rues et maisons.

Une première hypothèse pour expliquer l’épidémie de danse de 1518 amena à percevoir celle-ci comme le résultat de facteurs psychologiques, émotionnels et comportementaux reflétant une hystérie de masse. Ce type de comportement bizarre commence généralement chez un petit groupe de personnes et augmente pour atteindre jusqu’à mille individus. Il se propagea ainsi jusqu’à devenir épidémique, trahissant un degré de stress psychologique élevé ou le désespoir au sein de la communauté.

Or, l’Alsace avait connu durant la décennie précédente la peste dansante de 1518 de l’instabilité politique, de mauvaises récoltes dues à un froid intense, des famines et l’éclosion d’une affliction terrifiante nommée syphilis. L’émergence de la danse compulsive représentait une échappatoire psychologique à une situation angoissante à l’extrême.

Un chroniqueur de l’époque nota combien la ville était atterrée en 1518 par une misère généralisée, alors que les orphelinats, les refuges et les hôpitaux étaient bondés de personnes désespérées. Toutes les conditions étaient réunies pour faire croire que Dieu était en colère du fait que Saint-Vit, enragé, avait causé cette affliction. Justement, la croyance en la malédiction de Saint-Vit pouvait conduire des personnes émotionnellement fragiles à entrer en transe et à danser pendant des jours.

Une deuxième hypothèse y attribue une intoxication alimentaire causée par l’ergot du seigle. Ces champignons peuvent produire l’ergotisme, un comportement similaire à celui produit par la consommation de LSD. Ce même champignon est considéré comme étant responsable de l’hystérie collective ayant conduit au procès des sorcières de Salem.

Toutefois, John Waller, le plus grand spécialiste de cet événement à Strasbourg, rejette cette seconde hypothèse. L’ergotisme peut déclencher des délires et des spasmes similaires à la danse de Strasbourg. Comme l’ergotisme coupe en général les extrémités de leur approvisionnement en sang, il est cependant difficile de maintenir longtemps des mouvements coordonnés. Pour Waller, l’épidémie de Strasbourg résultait plutôt d’une psychose induite par un stress élevé généré par la famine et la maladie sévissant en Alsace.

La culture du 16e siècle, marquée par l’anxiété et d’importants changements sociaux et religieux, rend plausible l’interprétation de Waller. D’autres épidémies bizarres – comme celle des religieuses miaulant ou encore un incident d’hystérie de masse survenu en Tanzanie en 1962, dans lequel plus de mille personnes furent victimes d’une épidémie de rire – semblent similaires à la peste dansante de 1518. Les gens semblaient succomber lorsque le stress devenait intolérable.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Mylène Moisan
Mort après être sorti de l’urgence

Mylène Moisan

Mort après être sorti de l’urgence

CHRONIQUE / — Vous êtes les parents de Nick Lavoie?

— Oui.

— Je suis vraiment désolé, on n’a rien pu faire.

Le médecin est parti, Paul Lavoie et Andrée Poissant n’arrivaient pas à croire ce qu’ils étaient en train de vivre.

Nick avait 26 ans, un grand gaillard, il s’était présenté plus tôt dans la journée à l’urgence de l’hôpital Anna-Laberge à Châteauguay pour une douleur au mollet. Il avait mal depuis quatre jours, tellement qu’il boitait. Il n’était même pas capable d’appuyer avec son pied sur l’accélérateur de sa voiture.

Ça s’est passé le mardi 26 septembre 2017, Nick et son père se sont présentés à l’hôpital vers 14h30, il n’y avait que deux personnes dans la salle d’attente. «Après le triage, ils nous ont dit qu’il y avait jusqu'à six heures d’attente». Ils ont attendu. Paul a dû quitter, Andrée a pris le relais vers 17h, son garçon venait tout juste de voir le médecin. «Ils lui ont donné une pilule pour la douleur, une autre pour le sang et deux autres pour le lendemain matin, me raconte Paul. Ils lui ont dit qu’ils le verraient le lendemain pour une échographie [Doppler], parce que c’était fermé. Ça fermait à 16h.»

C’était ouvert quand ils sont arrivés.

Sur le chemin du retour, sa mère s’est enquise du diagnostic. «Il m’a expliqué que le médecin lui avait dit qu’il le traitait pour une phlébite, mais qu’il ne voulait pas que ce soit ça. Je lui ai demandé si le médecin avait parlé de risques de caillots, il m’a répondu qu’il n’avait pas envisagé ça du tout. J’ai demandé à Nick “t’es sûr de vouloir rentrer à la maison? Aimerais-tu qu’on retourne à l’hôpital?”» Il a dit “non”.»

Ils se sont arrêtés prendre une bouchée dans un restaurant. «Ça devait être une heure après avoir pris les pilules. Il m’a dit «maman, c’est un miracle, je n’ai plus mal!» J’ai pensé que c’était la pilule contre la douleur qui faisait effet. J’étais tellement contente que le mal soit enfin parti!» 

Puis, ils sont rentrés. «Il est allé jouer aux jeux vidéos au sous-sol. Vers 23h30, je préparais mes choses pour prendre ma douche, il est monté pour aller aux toilettes et il est redescendu. Et là, je l’ai entendu crier «viens vite, je ne me sens pas bien!» Je suis descendue à toute vitesse, il disait qu’il manquait d’air, ses yeux s’en allaient vers en haut. Il disait «maman, je manque d’air!» J’ai appelé l’ambulance et je l’ai pompé, je lui ai fait des massages cardiaques. Au début, quand je pompais, l’air passait puis, un moment donné, l’air revenait... Avant de partir, il nous a dit “je vous aime” et ses yeux sont partis. Il est devenu raide.»

L’ambulance est arrivée à 23h55, 12 minutes après l’appel au 9-1-1.

«Le cœur était bas, ils ne pouvaient pas utiliser le défibrillateur. À l’hôpital, ils n’ont pas réussi à le sauver. Son décès a été constaté à 00h47.» C’est là que le médecin est venu leur annoncer la triste nouvelle. «C’était comme on voit dans les films», se souvient Paul.

Sauf que ce n’était pas un film.

Dans les notes complémentaires du rapport médical, on note, à 1h20, «parents au chevet, chaîne au cou remise au père».

Paul s’est effondré, au propre et au figuré, il a dû être couché sur une civière et branché à des appareils pour surveiller ses signes vitaux. Ils l’ont gardé en observation pendant la nuit. «C’était presque vide, il y avait plein de places, on était juste trois. Les lumières étaient éteintes, les rideaux fermés.»

Il s’est dit qu’il y aurait eu de la place pour garder son fils en observation. «Pourquoi ils ne l’ont pas gardé? S’ils soupçonnaient une phlébite, pourquoi ils ne l’ont pas gardé? Pourquoi ils ne l’ont pas envoyé ailleurs pour faire l’échographie? J’aurais fait le tour de la Terre pour l’emmener ailleurs.»

Nick était leur fils unique.

«C’est le salon funéraire qui a appelé le coroner pour faire la lumière sur le décès de mon fils, l’hôpital ne l’a pas fait. Ils nous ont dit que ça prendrait au moins six mois avant d’avoir le rapport pour savoir ce qui s’est passé, ce qui n’a pas marché.» 

À l’hôpital, sous le choc, Andrée a cherché à comprendre ce qui s’était passé. «Je leur demandais pourquoi ils ne l’avaient pas gardé... Ils restaient vagues, évasifs. Ils me demandaient si j’avais faim, si je voulais un café. Ils ne répondaient pas à mes questions. Ils ont dit que le protocole a été suivi.»

C’est ce que devait déterminer le coroner, évaluer si le médecin aurait dû hospitaliser Nick, le garder pour la nuit en observation ou l’envoyer subir des tests dans un autre établissement.

Évaluer si la mort de Nick aurait pu être évitée.

Andrée et Paul ont reçu le rapport plusieurs mois plus tard, le coroner a conclu que le protocole a été respecté, que rien ne laissait présager que l’état de Nick se dégraderait aussi rapidement après avoir reçu son congé, qu’il mourrait quelques heures plus tard. Le médecin avait suspecté une phlébite superficielle, il était certain que ça pouvait attendre au lendemain.

Nick faisait une phlébite profonde à la jambe droite. 

Le coroner conclut, comme l’autopsie, que le décès de Nick a été causé par des embolies pulmonaires bilatérales au niveau des artères.

Que c’est une mort naturelle.

Andrée et Paul ont voulu poursuivre l’hôpital Anna-Laberge, ils ont mandaté un bureau d’avocats qui leur a annoncé récemment, après plusieurs mois, qu’ils n’iraient pas plus loin. Selon le protocole, leur a-t-on dit, l’hôpital n’a rien à se reprocher. Même si Nick aurait pu avoir une échographie la journée même s’il avait été vu plus rapidement, même si on a exclu de facto que son état pouvait se détériorer rapidement.

«Quand t’arrives à l’hôpital, tu fais confiance, explique Paul. Et puis là, ils retournent notre garçon et il meurt. On a perdu notre fils et depuis, on doit apprendre à vivre avec notre peine. On était en train de rénover la maison, elle était presque finie, on voulait lui faire un cadeau, lui donner. On voulait lui faire une surprise...»

Marie-Ève Martel
Les voisins d’en face

Vu d'même

Les voisins d’en face

CHRONIQUE / On ne l’avait vu que quelques fois, furtivement, depuis les deux ans qu’on était installés dans notre maison. Le nombre de fois où on avait aperçu sa silhouette, grande et mince, mais voûtée, se comptait sur les doigts de la main.

Tout ce qu’on savait du voisin d’en face, c’est qu’il était assez âgé. Passé 80 ans. Il demeurait depuis des décennies dans cette maison avec son épouse.

Denis Gratton
Les masques «Édition Justin Trudeau»

Denis gratton

Les masques «Édition Justin Trudeau»

CHRONIQUE / Luc Régimbal a eu la surprise de sa vie dimanche dernier (le 7 juin). On l’appelait pour lui demander si le premier ministre du Canada pouvait lui rendre visite. Il était 10 h 30, il croyait toujours rêver…

Luc Régimbal est président de la compagnie Régimbal Promotions, à Ottawa. Une entreprise familiale qui célèbre cette année ses 94 ans.

Brigitte Breton
Rentrée, COVID-19 et communications

Chronique

Rentrée, COVID-19 et communications

CHRONIQUE / Kévin Roy, le président de la Fédération des comités de parents du Québec, se garde bien de donner une note au ministre de l’Éducation pour le travail réalisé depuis la pandémie. Pour la rentrée de l’automne, il souhaite cependant que Jean-François Roberge et le milieu scolaire améliorent une chose : leurs communications.

Comme bien des parents, Kévin Roy, a bien hâte d’entendre ce que le ministre Roberge dira mardi matin sur la prochaine rentrée scolaire qu’il espère la plus «normale possible».

Il est aussi curieux de voir ce que le ministre aura retenu des avis formulés par les 43 000 parents qui ont participé à un sondage mené par la Fédération des comités de parents. «Il faut écouter les gens qui font l’école tous les jours, ainsi que les parents», affirme M. Roy en entrevue téléphonique. Il aurait aimé que le ministre valide son plan auprès des parents avant de faire une annonce.

La direction de la santé publique a donné un aperçu lundi de ce que devront être les mouvements d’étudiants et de personnel pour cette rentrée «covidienne». 

Mais au-delà des «bulles» et du mètre ou du deux mètres de distanciation, comment se déroulera le retour à l’école? 

L’école va-t-elle débuter plus tôt pour reprendre le temps perdu à cause de la pandémie? Sera-t-elle à temps partiel? Les élèves et les parents auront-ils plus de soutien si une deuxième vague est inévitable? Comment appliquer les règles de la santé publique dans une école de 200 enfants et une polyvalente de 1200 ados moins «dociles» que les petits de première année du primaire? Quel sera le ratio maître/élèves? Comment va-t-on fonctionner dans les laboratoires? Que va-t-on prévoir pour les élèves en difficulté?

Les parents, mais aussi le personnel des écoles, veulent des réponses. 

M. Roy déplore le manque de communications claires des derniers mois entre le ministère, les écoles, les enseignants et les parents. Il se désole des jeux de pouvoir dans ce vaste réseau, alors que l’intérêt de l’élève et des enfants devrait primer. 

Depuis le début de la pandémie, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini, constate que le gouvernement Legault a une méconnaissance de son réseau de l’éducation. Cette méconnaissance et le manque de contacts avec le milieu expliquent, selon elle, le flou, la cacophonie ou les revirements qui ont eu trop souvent cours depuis la mi-mars en éducation.

La dirigeante syndicale refuse d’évaluer le ministre Roberge. Elle préfère donner une note au gouvernement dans son ensemble. «La santé publique a fait des annonces avec une méconnaissance du milieu scolaire», soutient Mme Scalabrini. Pour cette raison, elle accorde la faible note de 58-59 % au gouvernement, 

Selon Mme Scalabrini, il faut être près du monde sur le terrain pour connaître les difficultés à appliquer les mesures préconisées par la santé publique. «L’expérience du terrain, c’est le personnel qui l’a». 

Elle espère que les gens prennent le temps de se parler. «Là où il y a de la collaboration, il y a de belles choses qui se réalisent». 

Professeure en sciences de l’éducation à l’Université Laval et responsable du réseau Périscope, Thérèse Laferrière, prône aussi une meilleure collaboration entre les différents acteurs du réseau de l’éducation. 

Le gouvernement et le ministère de l’Éducation ne peuvent tout décider. Enseignants, directions scolaires, conseils d’établissement et syndicats doivent être impliqués dans les décisions, selon Mme Laferrière. 

La professeure craint un retour scolaire risqué en août avec le déconfinement, les vacances de la construction et les nombreux déménagements de l’été. Elle estime que les enseignants ne sont pas prêts à enseigner à distance. Elle souligne par ailleurs que des jeunes trouvent une grande valorisation sociale à la réussite scolaire et que d’autres ont besoin d’une attention soutenue pour éviter le décrochage.

D’où l’importance de garder le contact entre l’école et l’élève et d’avoir un plan B si le retour en classe ne se déroule pas dans la «normalité».  

Souhaitons que des leçons soient tirées des ratés et des expériences positives des derniers mois. Crise sanitaire ou non, la prochaine année scolaire doit être plus propice aux apprentissages, à la persévérance et à la réussite. Les étudiants ne doivent pas devenir des victimes collatérales de la pandémie.

Mylène Moisan
Au restaurant, presque comme avant

Chronique

Au restaurant, presque comme avant

CHRONIQUE / - Chez Cora bonjour!

- Vous êtes ouverts aujourd’hui?

Au bout du fil, une voix enthousiaste.

- Oui, on vous attend!

J’ai répondu à la gentille invitation, me suis pointée à la succursale du boulevard Henri-Bourassa un peu avant midi sans trop savoir à quoi m’attendre, à part ce qui allait y avoir dans mon assiette, un traditionnel deux œufs brouillés saucisses.

Je suis une fille d’habitudes.

C’est à peu près la seule certitude que j’avais, il faut parfois s’accrocher à bien peu de choses, et j’ai trouvé qu’il était bon de retourner au restaurant en entrant par le déjeuner, comme ce que nous espérons être le début de la fin de ce Grand Confinement, qui nous a tenus encabanés depuis le 13 mars.

Je m’attendais à rien et à tout en même temps, à manger devant un plexiglas, avec un minimum d’interactions avec des êtres humains. 

J’ouvre la porte, dans le corridor menant à l’entrée, une flèche indiquant la direction à sens unique pour entrer, des pastilles au sol pour marquer la distance. Personne. J’ouvre une deuxième porte, celle du resto, un distributeur de gel antiseptique à ma gauche, je m’en lave les mains.

Au sens propre, bien sûr.

La serveuse vient m’accueillir comme dans le bon vieux temps, si ce n’était pas des lunettes de protection et du masque. En cuisine, on porte la visière. Marianne me dirige vers une table, la distanciation physique n’est pas bien compliquée, j’ai la section – et la serveuse – à moi toute seule. 

Et là, Marianne m’apporte le menu tout coloré, cet objet qu’on dit en voie de disparition, il est bien là, entre mes mains.

Désinfecté entre chaque client.

Pour le reste, le restaurant n’a pas vraiment changé, les tables sont un peu plus éloignées les unes des autres, il y avait 143 places, il y en a une vingtaine de moins. Un couple m’a d’ailleurs rejointe dans ma section, mais à l’autre bout, le monsieur commande la crêpe aux fraises et un verre de lait, il attendait ça depuis trois mois.

Comme la première cliente qui s’est pointée à 6h30. «Elle avait hâte», me dit le proprio Éric Nadeau, qui avait bien hâte aussi, il a acheté le resto deux semaines avant la pandémie, avant que le premier ministre Legault ne mette le Québec sur pause et, par conséquent, qu’il ferme boutique.

Il est content de revoir des clients.

Et Marianne aussi, elle a passé trois mois sur la Prestation canadienne d’urgence, n’a pas hésité une seconde quand Éric l’a rappelée pour reprendre le boulot. «J’avais le goût de voir le monde.»

C’est ça qu’on sent, le monde est content de se revoir.

Steve Bergeron
Résident... et vil

Séance d'orthographe

Résident... et vil

CHRONIQUE / La Presse me tombe sur les nerfs avec son utilisation de «résidant» au lieu de «résident» dans les CHSLD et ailleurs. Notez que le terme juste est «un résident» et non «un résidant». Une chance qu’on a les autres médias. Le Soleil n’a jamais adopté cette erreur (Martin Edwards, Québec).

C’est la troisième fois que je publie une chronique sur cette querelle entre «résidant» et «résident». Et depuis la première, en mars 2004, rien n’a vraiment changé. Tout le monde campe encore sur ses positions. Et comme chacun y va de ses explications, il est très difficile de résumer tous ces points de vue. 

La dernière fois (en 2013), j’avais lancé la serviette, en répondant que vous pouvez tout aussi bien écrire «résidant» que «résident», puisque, de toute façon, vous allez trouver une source pour vous dire que vous avez raison (et c’est toujours vrai aujourd’hui).

N’empêche qu’en relisant la fiche de la Banque de dépannage linguistique, qui a tout de même subi quelques pertinentes mises à jour depuis 2004, j’ai trouvé des nuances qui permettent de mieux saisir l’enjeu. Assez pour que je me risque davantage cette fois-ci.

Commençons par ce sur quoi tout le monde s’entend : le participe présent. Là, il n’y a aucun doute, c’est «résidant» avec un a qu’il faut employer.


«Les étudiants résidant à la cité universitaire viennent des cinq continents.»


Ça se gâte quand on arrive au nom. Le camp du A soutient que le mot «résident» doit être réservé aux gens qui résident dans un pays autre que leur pays d’origine, comme le confirment les principaux dictionnaires. Les tenants du E estiment qu’il est plus simple et plus logique de toujours écrire «résident», y compris pour désigner une personne qui réside dans un lieu donné. La BDL fait une comparaison avec le verbe «présider», auquel on associe «président» et «présidence», et «présidant» seulement au participe présent. Mais l’équipe des A rappelle que plusieurs noms formés à partir d’un verbe se terminent par «-ant» («habitant», «participant», «étudiant»).

Bref, personne n’a totalement tort, et la BDL le reconnaît (elle accepte que l’on écrive également «un résidant», «une résidante»). C’est seulement que l’option qu’elle propose est plus simple. Et vous savez comme j’aime la simplicité! 

Pour appuyer cette thèse, on pourrait citer «confidence» et «confident», «évidence» et «évident», «incidence» et «incident», «décadence» et «décadent». Choisir «résidence» et «résidant», c’est privilégier l’exception, en quelque sorte.

Mais l’importante nuance qu’apporte la BDL, c’est de faire une distinction entre la langue générale et la langue spécialisée. La guéguerre entre les E et la A se situe dans la langue générale. Quand on tombe dans la langue spécialisée, tout le monde s’entend à nouveau. Ainsi, en droit, le mot «résident» renvoie à une personne établie dans un pays autre que son pays d’origine (tel «résident permanent»). En médecine, il désigne un ou une médecin qui fait une spécialisation (on l’emploie aussi comme adjectif dans ce contexte, tel «médecin résident»).

Mais à la fin, coquine, la BDL termine par un petite remarque favorisant sa thèse, dans laquelle elle laisse entendre: «Vous ne trouveriez pas plus logique qu’on écrive "résident" tout le temps plutôt que d’avoir deux orthographes différentes? »

C’est «Le bon usage» de Grevisse et Goosse qui est le plus sage dans ce débat: «Il est souhaitable, pour le bien des usagers, que l’on sorte de ce désordre.» 

Dernier détail: un des ouvrages qui soutient le camp du A est le «Lexique des difficultés du français dans les médias» de Paul Roux (ce dernier considère «résident» comme un anglicisme). M. Roux étant l’ancien chroniqueur linguistique de La Presse, vous comprenez maintenant pourquoi ce média privilégie cette orthographe... qui, je vous le rappelle, n’est pas incorrecte.


Perles de la semaine


Un examen sur les auteurs dont les réponses sont ô tristes!


«Avant l’imprimerie, il fallait si longtemps pour écrire un livre qu’on n’avait même plus le temps de le lire.»

«Cette œuvre de Jean de La Bruyère s’intitule "Les cratères" ["Les caractères"].»

«La Fontaine écrivait beaucoup d’histoires d’animaux, comme "Le chêne et le roseau ".»

«Marivaux a eu beaucoup de succès avec "Les fausses qu’on finance" ["Les fausses confidences"].»

«Jean-Paul Sartre a intitulé son autobiographie "Les mots" parce qu’il y a beaucoup de mots dedans.»


Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.


Gilles Vandal
Les origines du trumpisme dans le darwinisme social

Opinions

Les origines du trumpisme dans le darwinisme social

Chronique / Depuis deux siècles, nous retrouvons à chaque génération un politicien américain qui défend l’homme oublié de la société américaine, cet individu décent qui travaille avec acharnement et de qui les élites politiques ou financières du moment enterrent la voix. Cette approche peut prendre la forme d’un populisme à la Ross Perot, qui proposait de « nettoyer la grange » des bureaucrates en 1992, de Bernie Sanders contre les escrocs de Wall Street ou de Donald Trump contre les idiots de Washington.

Toutefois, derrière l’approche populiste de Trump se dissimule l’idéologie du darwinisme social. En ce sens, bien que Trump n’en soit pas lui-même conscient, le trumpisme a de longues et profondes racines. Il remonte au-delà du Tea Party, de George Wallace et du fascisme européen. Il n’est en fait que le miroir d’une version édulcorée de l’idéologie américaine du darwinisme social articulée par William Graham Sumner. Ce courant sera ensuite modernisé au plan économique au 20e siècle par Friedrich Hayek, William Buckley, Milton Friedman et Ayn Rand.

Le darwinisme social est une philosophie américaine qui fut très populaire de 1865 à 1929. Comme le démontra éloquemment la philosophe britannique Mary Midgley, cette idéologie devint rapidement la religion officieuse de l’Occident après 1860. Tirant parti de l’affirmation de Darwin sur la survie du plus apte, cette idéologie appliqua son concept aux sociétés humaines pour ensuite le populariser à grande échelle.

Cette philosophie justifia le capitalisme sauvage qui marqua la révolution industrielle américaine. Selon cette philosophie, la loi naturelle a fait en sorte que seuls les mieux adaptés survivent. Ce qui est vrai dans le monde animal le serait aussi dans les sociétés humaines et plus particulièrement au plan économique. Toute intervention de l’État pour fournir une protection sociale aux plus démunis vient entraver la loi du plus fort et produit donc un effet désastreux sur la civilisation. Ce capitalisme sauvage basé sur le laissez-faire fut à l’origine des grandes fortunes américaines.

Partant de ces prémisses, les autorités politiques ne doivent aucunement entraver la compétition. L’accumulation de richesse devint le seul véritable critère pour déterminer la règle de la survie du mieux adapté. Cette adoration de l’accumulation de richesse fut ainsi, selon le grand philosophe américain William James, interprétée de manière morale si sordidement qu’elle devint une maladie nationale. La course à la richesse devint telle que tout le monde était prêt à se prosterner devant cette déesse.

Donald Trump est un adepte instinctif du darwiniste social. Il s’oppose aux régulations fédérales visant à contrôler les marchés financiers et à tous les programmes soutenant les plus démunis. Sa philosophie économique consiste à croire que le marché représente le mécanisme le plus moral et le plus efficace pour redistribuer la richesse. Il comprend de manière viscérale que le capitalisme récompense les plus intelligents et les plus méritants. Plus encore, c’est par sa richesse qu’un homme démontre vraiment sa grandeur.

Or, on a surnommé à juste titre les grands industriels américains de la fin du 19e siècle les barons voleurs, du fait qu’ils maîtrisaient l’art de contourner les règles économiques et de tricher sans vergogne. D’ailleurs, un siècle plus tard, Donald Trump constitue le parfait baron voleur en ce qu’il refuse d’honorer ses contrats avec les petites entreprises ayant contribué à construire ses hôtels et ses casinos et à créer l’Université Trump à partir de cours plagiés.

En effet, sous la gouvernance de Donald Trump, les Américains assistent à une résurgence de cette idéologie sombre qui a causé tant d’inégalité et d’exploitation. C’est d’ailleurs pour contrer cette idéologie que les présidents Roosevelt, Truman et Johnson ont mis en place les grands pans de l’État providence. Il est à noter que la première loi importante adoptée sous l’administration Trump a consisté à réduire le taux d’imposition des plus riches en le ramenant à ce qu’il était avant 1929.

En effet, sous la gouvernance de Trump, le darwinisme social a pénétré profondément le Parti républicain. Les plus hautes instances du parti sont viscéralement opposées aux politiques de redistribution de la richesse en imposant les riches pour aider les plus démunis. Elles considèrent ces procédés comme illégaux parce qu’ils altèrent la répartition naturelle de la richesse par le marché. C’est dans cet esprit que le Congrès, dominé par les républicains, a adopté en décembre 2017 une réduction annuelle d’un trillion de dollars de l’imposition des plus riches tout en enlevant un montant équivalant de crédit d’impôt aux programmes de Medicaid et d’assurance maladie pour la classe moyenne.

L’application la plus vulgaire et grossière du darwinisme social trouva son expression dans le courant maléfique de l’eugénisme qui aboutit à la ségrégation raciale américaine, à l’impérialisme britannique et ultimement au nazisme allemand.

Avec sa tendance à diviser les groupes et les personnes en catégories machistes de gagnants et de perdants, d’eux et de nous, et ses affirmations sur la présence d’honorables personnes au sein des groupes de suprématistes blancs, le trumpisme révèle d’ailleurs clairement la pénétration à long terme de cette idéologie perverse dans la culture populaire américaine.

Ce faisant, le trumpisme exprime un retour à un passé horrible. Sa promesse de rendre sa grandeur à l’Amérique repose sur un retour à un racisme scientifique, alimenté par le darwinisme social qui était en vogue aux États-Unis à la fin du 19e siècle. Les attaques incendiaires de Trump contre les immigrants et les minorités s’inscrivent tout à fait dans sa vision sociale darwinienne de l’Amérique, comme l’est son idéologie économique. C’est comme si l’Histoire se répétait, y compris ses erreurs.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Denis Gratton
C’t’affaire-là

Denis Gratton

C’t’affaire-là

CHRONIQUE / J’ai rédigé une chronique hier qui n’avait rien à voir avec la COVID-19. Une chronique humoristique pour divertir, pour se changer les idées comme on dit.

«Ça fait du bien de lire sur autre chose que le virus», m’a écrit une lectrice. Ce commentaire s’est répété dans d’autres courriels et messages reçus.

Brigitte Breton
Relance, vitesse et perte de contrôle

Chronique

Relance, vitesse et perte de contrôle

CHRONIQUE / Soit le gouvernement Legault est d’une candeur fort inquiétante et ne se méfie pas du crime organisé, des entreprises et des fonctionnaires véreux, soit il a tenté d’en passer une «petite vite» à la population et à l’opposition, soit il est brouillon. Même si le ministre Christian Dubé y apporte d’importants amendements, le projet de loi 61 sur la relance économique soulève de sérieuses questions sur la rigueur du gouvernement caquiste.

Bien sûr, il y a urgence de relancer l’économie sur pause depuis des semaines à cause de la pandémie. Faire redémarrer des chantiers, remettre des travailleurs à l’ouvrage, livrer un bout de route, une ligne de métro, un hôpital ou une école, pas mal tout le monde adhère à ça. Mais pas à n’importe quel prix. 

Pas au détriment de nos droits et de l’environnement, pas en prolongeant indûment l’état d’urgence sanitaire, pas en permettant au gouvernement de se donner des pouvoirs exorbitants et pas en risquant que l’octroi des contrats publics et leur réalisation se fassent n’importe comment et avec une facture de 10 à 35 % plus élevée.

Le Québec n’est pas devenu immunisé à jamais contre la corruption, les malversations, les projets mal évalués et les travaux bâclés et de piètre qualité avec le départ des libéraux et l’élection d’un gouvernement caquiste. 

Le premier ministre François Legault semble le croire, ou du moins tente de le faire croire à la population, et c’est très inquiétant.

Rien ne permet de douter de la droiture et de l’intégrité de M. Legault et de son équipe. 

Ce serait toutefois faire preuve d’une grande naïveté de penser que personne ne veut profiter de la manne de contrats publics que Québec veut lancer en grande vitesse pour dynamiser l’économie. 

Entendre un premier ministre dire que la commission Charbonneau est derrière nous, qu’il ne s’inquiète pas de la corruption, notamment parce qu’il compte dans son cabinet des comptables agréés et l’ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, Sonia Lebel, n’est pas très convaincant et rassurant.  

Comme le soulignait la commission Charbonneau dans son rapport, en matière de corruption et de collusion, la créativité prévaut. «L’histoire n’est jamais la même». Mais elle se répète. La commission Charbonneau était la sixième du genre au Québec depuis 1905.

Il faut en tirer des leçons. Une pandémie ne justifie pas de baisser la garde. Et surtout pas pour que le parti au pouvoir puisse dire en 2022 qu’il a rempli toute la liste de ses engagements électoraux. 

Certes, M. Legault et le président du Trésor font amende honorable en acceptant de modifier le projet de loi 61 et en proposant de prolonger les travaux parlementaires. Ils n’avaient pas vraiment le choix.

Lorsque la Protectrice du citoyen, la Vérificatrice générale, le comité de suivi sur la commission Charbonneau, le Bureau de l’inspecteur général de la ville de Montréal, Jacques Duchesneau du Bureau de l’intégrité professionnelle et administrative de Saint-Jérôme, le Barreau et l’Autorité des marchés publics viennent exposer en commission parlementaire les dangers, les failles et les abus contenus dans le projet de loi, il serait irresponsable et téméraire, même pour un gouvernement très populaire dans les sondages, de maintenir le texte initial. 

«Alors, je pense qu’ensemble mes soustractions et mes additions vont faire un résultat incroyable pour la relance du Québec», a déclaré mercredi Christian Dubé à la période de questions à l’Assemblée nationale. Il devra accélérer les calculs, car l’opposition fait bloc contre son projet.

Malgré l’ouverture et la bonne volonté qu’expriment M. Dubé et son chef, une question demeure et la co-chef de Québec solidaire, Manon Massé, l’a formulée : «Comment se fait-il que personne à la CAQ n’avait vu ça avant?» 

Ce n’est pas parce que le ministre des Finances sort le bonbon de la baisse de la taxe scolaire le 1er juillet que la question devient impertinente. Ce n’est pas non plus parce que le premier ministre fait du chantage avec les députés de l’opposition à propos d’un tronçon de la route 132, de la route de la mort dans une circonscription péquiste ou de la ligne bleue qu’il faut cesser de s’interroger sur la première mouture du projet de loi 61.  

M. Legault se targue d’avoir dans son équipe Sonia Lebel. La députée péquiste Véronique Hivon aimerait bien savoir comment la ministre de la Justice et ex-procureure de la commission Charbonneau peut défendre un projet de loi qui bafoue son travail, son héritage, sa mission et les raisons pour lesquelles elle a dit venir en politique. Plusieurs voudraient en effet connaître la réponse. Mme Lebel n’était pas à la période des questions mercredi.

Je le répète, l’intégrité du gouvernement Legault n’est pas en cause. Mais même si personne ne souhaite le retour des «petits amis», il y a un danger et tout gouvernement doit veiller à limiter les risques.

Mme Brigitte Bishop, l’inspectrice de Montréal, a soutenu devant les parlementaires que plus on veut aller vite dans l’octroi de contrats et des travaux, plus il faut des inspecteurs sur le terrain et renforcer les remparts. 

Il existe aussi des lacunes de ce côté.

Québec souhaite accélérer des travaux d’infrastructures, mais un des donneurs d’ouvrage, le ministère des Transports, souffre toujours d’un manque d’expertise en génie, a rappelé la Vérificatrice générale. 

Cette dernière reconnaît par ailleurs qu’il y a lieu de réduire les «délais indus». Guylaine Leclerc préconise cependant une révision de la réglementation pour y parvenir, et non l’adoption d’une nouvelle loi.

Le projet de loi 61 s’éloigne selon elle des critères de saine gestion des fonds publics et elle souhaite une meilleure et une plus grande reddition de comptes dans les ministères, mais également au niveau municipal.

Si l’objectif du gouvernement était de relancer l’économie et d’accroître les liquidités des entreprises comme le recommandait la commission Charbonneau, pourquoi avoir rédigé un projet de loi qui vise si large et va si loin, et qui expose le Québec à des dérives? 

L’urgence sanitaire et le besoin de relancer rapidement l’économie ne peuvent servir d’explications. Un projet de loi bâclé, ce n’est pas le premier que le gouvernement Legault dépose.