Picotte

Une camionneuse parcourt les États-Unis avec son chat

CHRONIQUE / Nouvellement diplômée comme camionneuse, Sonya Gagnon espérait de tout coeur trouver une compagnie de transport qui allait accepter qu’elle voyage avec son chat à bord de son camion.

Pas de conjoint, pas d’enfant, plus de parents et pas d’attaches, le moment était idéal pour réaliser le rêve de sa vie.

Sexologie

L’univers masturbatoire

COURRIER D'UNE LECTRICE / Bonjour, Lorsque le temps vous le permettra, j’aimerais avoir votre point de vue sur ce que mon conjoint m’a dit. [...] Il m’a informé qu’il se masturbait chaque soir dans le salon devant de la pornographie. Puisque nous faisons déjà l’amour de deux à quatre fois les jours de semaine et de quatre à cinq fois ceux du week-end, dites-moi si je m’en fais pour rien ? Les avis sur le Web divergeant énormément. Je suis mal avec tout ça et je ne sais pas trop comment réagir. Est-ce normal, abusif, addictif ?

CHRONIQUE / Cette question vient à point pour boucler ma série d’articles traitant de la pornographie. Merci à vous, Madame !

Pourquoi ? J’en conviendrai, votre état d’âme est fort louable devant cette confidence digne d’un jardin plus que secret. L’univers masturbatoire étant l’une des sphères individuelles des plus privées, ma première réflexion tend certainement à comprendre ce à quoi rime cette révélation. Pourquoi le dire ? Était-ce un aveu ? Une transmission banale d’informations ? Un cri d’alarme ? Une réponse à une question ?

Sylvain St-Laurent

Chaque détail compte

CHRONIQUE — EN SÉRIES / Dans une série chaudement disputée, entre deux équipes de même calibre, le plus petit détail peut faire une grosse différence.

Les Blues de Saint-Louis nous en font une nouvelle démonstration, jeudi soir. Ils ont réussi à pousser les Jets de Winnipeg au pied du mur en marquant un but in extremis, dans la dernière minute de la troisième période.

Un but marqué grâce à une lame de patin qui a brisé au parfait moment.

C’est sérieux.

Alors que s’écoulaient les dernières secondes de la troisième période, les entraîneurs des deux formations préparaient déjà leurs stratégies en prévision de la prolongation.

Le deuxième trio des Blues, lui, étirait sa présence sur la glace.

En réalité, deux membres du trio — Jaden Schwartz et Oskar Sundqvist — étiraient leur présence. Brayden Schenn n’avait pas eu le choix de rentrer au banc, à cause de son équipement défectueux.

Tyler Bozak l’a remplacé. Frais comme une rose, il a pu appuyer l’attaque en se pointant le long de la rampe, du côté droit. Là, il a cueilli la rondelle pour l’envoyer dans l’enclave.

Schwartz n’a pas eu trop de mal à compléter la manœuvre.

Après le match, Schenn a été le premier à reconnaître que tout cela n’aurait pu se produire sans le bris de sa lame. « Je suis gaucher. Même si j’étais resté sur la glace, je n’aurais jamais été capable de compléter cette passe aussi rapidement. Bozak est droitier. Quand il a ramassé la rondelle, il a pu l’envoyer vers le filet tout naturellement », a-t-il souligné avec justesse.

Ce but a fait mal. Après le match, le gardien des Jets, Connor Hellebuyck, bougonnait devant son casier.

« Ce but, c’est un peu comme s’ils avaient été chanceux en jouant à la machine à boules ! La rondelle a rebondi un peu au hasard et elle s’est retrouvée juste où il fallait, sur le bâton de leur joueur. C’est dur à digérer. Nous avons formé la meilleure équipe, ce soir », a-t-il déclaré.

Pour garder son équipe en vie, Hellebuyck devra trouver un moyen de digérer cet échec, très rapidement.

La série se transportera une fois de plus à Saint-Louis. Les Jets feront face à l’élimination pour la première fois sur la patinoire du Enterprise Center, samedi soir.

Hellebuyck a été plutôt efficace, là-bas, dans les matches numéro trois et quatre. Ce sera sans doute plus difficile, cette fois. Il doit s’attendre à recevoir une attention particulière, dans le match numéro six.

La bouillante foule du Bell MTS Place de Winnipeg a fait la vie dure au gardien des Blues, Jordan Binnington.

Jeudi, Binnington a eu le malheur d’accorder un but en tout début de soirée. Créatifs, les fans ont improvisé un cri de ralliement pour se moquer de lui.

« You look nervous », ont scandé, en chœur, les 16 000 fans vêtus de blanc.

Binnington a passé le reste de la soirée à leur prouver qu’il n’était pas si nerveux que ça. Il a été intraitable quand ça comptait, stoppant les 19 derniers lancers dirigés vers son filet.

D’ailleurs, une particularité intéressante se dégage de la série opposant les Jets aux Blues. Dans les cinq premières parties, l’équipe gagnante a été obligée de revenir de l’arrière pour l’emporter. Ça ne s’était pas produit depuis 2009.

Dans le pire des cas, Binnington sera prêt à revenir au Manitoba pour affronter les Jets et leurs partisans dans un match numéro sept.

« Quand j’étais plus jeune, je rêvais de me retrouver dans un environnement hostile comme celui-là. C’est vraiment cool », dit-il.

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Chronique

L'«arrogance» montre son nez à la CAQ

CHRONIQUE / Le nouveau PDG d’Investissement Québec (IQ) est très certainement un homme compétent. Et, évidemment, un ami d’un ministre n’a pas à être écarté d’un poste en raison de son amitié avec lui. Mais quand cet ami, Guy LeBlanc, était jusqu’à tout récemment, comme l’ont révélé les médias de Québecor, un partenaire d’affaires du ministre responsable d’IQ, il commence à y avoir apparence de problème. Et la coupe déborde lorsqu’on apprend que cet heureux titulaire bénéficiera d’une rémunération bien plus élevée que celle de son prédécesseur.

François Legault se serait étranglé d’indignation devant pareille nomination sous les libéraux.

Que M. Legault ne doive rien à personne — ce qu’il a clamé jeudi — ne change rien à cette situation de deux poids deux mesures, une situation qui me fait penser aux «trop-perçus» d’Hydro-Québec. Le problème, ce n’est pas Guy LeBlanc. C’est le détestable jeu de rôles : une attitude dans l’opposition et une autre au pouvoir.

Le fait d’être appuyé par une majorité de citoyens — de se sentir puissant de ce seul fait — est-il en train de brouiller la vue du gouvernement et de rendre le premier ministre «arrogant», pour reprendre un terme qu’il affectionnait particulièrement dans l’opposition?

Mercredi, lors d’une séance portant sur l’étude des crédits budgétaires du Conseil exécutif, M. Legault n’a pas du tout aimé que le péquiste Pascal Bérubé l’interroge sur son degré d’attachement au Canada et que le chef libéral, Pierre Arcand, pose ensuite des questions sur le même thème.

Avait-il pour autant besoin de dire qu’il s’étonnait que le chef libéral ne lui pose pas de questions en anglais? Avait-il besoin d’accuser un député qui n’avait même pas pris la parole d’«à-plat-ventrisme»? M. Legault est premier ministre et doit le demeurer.

Ce n’est tout de même pas la première année que lors des études des crédits budgétaires, les partis d’opposition parlent de bien d’autres choses que des budgets et des missions de l’État. La Coalition avenir Québec le sait très bien. Depuis cinq ans, je fais même un papier chaque année pour le rappeler et le dénoncer.

La principale défense que François Legault a opposée à Pascal Bérubé et à Pierre Arcand a pris appui sur le fait que les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté. Très bien. Mais que ferait-il s’ils étaient plus nombreux un jour à vouloir en entendre parler? M. Legault a aussi laissé entendre que le Canada représentait une bonne affaire financière. Et si un jour ce n’était plus le cas à ses yeux?

Des pendules à l’heure

Sur la laïcité de l’État, un premier bilan du débat en cours permet de dire que les parlementaires ont été à peu près exemplaires dans leurs échanges — contrairement à bien d’autres personnes à l’extérieur du Parlement. Le ministre Simon Jolin-Barrette lui-même reconnaît le bon ton employé par sa principale opposante à l’Assemblée nationale, Hélène David.

Lui aussi a soigné ses phrases. Le mot s’est passé partout à l’Assemblée nationale. Tant mieux.

Toujours dans ce dossier, les ministres et députés ont dit en début de semaine qu’il n’était pas question d’accorder un traitement particulier à Montréal, où les élus s’opposent au projet de loi sur la laïcité. Ce n’était pas une bien grosse nouvelle, puisque l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, et pas plus tard que la semaine dernière, une énième résolution stipulant que les lois votées par le Parlement du Québec s’appliquent sur l’ensemble du territoire québécois. Il serait d’ailleurs impensable que ça ne soit pas le cas.

Cela étant, la mairesse Valérie Plante n’a jamais demandé que la loi ne s’applique pas à la métropole. Si elle l’a fait, c’était fort implicite! En fait, on s’est retrouvé dans une enflure politico-médiatique.

Un rappel : que le gouvernement veuille faire appliquer pleinement la loi 101 plutôt qu’élargir sa portée, j’en suis — comme première étape. Je l’ai écrit en début de semaine. Je constate toutefois qu’il a fini par se dire qu’il aurait l’air de ne pas en faire assez…

Lorsque le Parti québécois a fait connaître son intention de présenter une résolution parlementaire lui rappelant son engagement de créer un poste de Commissaire à la langue française, le gouvernement n’a donc pas eu d’autre choix que de l’appuyer.

Même si tous les parlementaires ont voté en faveur de la création de ce poste, mercredi, tous ne savent pas de quoi il s’agit. Alors voilà ce qu’en disait un rapport de la députée Claire Samson en 2016 : ce commissaire sera notamment «chargé de recevoir les plaintes du public et de présenter des recommandations touchant l’application de la Charte de la langue française et de la Politique nationale de francisation». On attend maintenant cette politique!

Éco-logique

Jour(s) de la Terre

CHRONIQUE / C’est pas d’hier, ce Jour de la Terre.

Presque un demi-siècle chez nos voisins du sud où le mouvement a pris forme en 1970, une trentaine d’années tout autour de la planète, chaque année le mouvement gagne encore son lot d’adeptes; nouveaux pays, nouveaux humains aussi, c’est sûr que David St-Jacques va pogner quelque chose lundi en regardant ça aller des hauteurs de sa station spatiale.

Chronique

Legault jette le mot «sale» à la poubelle

CHRONIQUE / La solidaire Manon Massé aurait bien aimé mercredi que François Legault requalifie de «sale» le pétrole de l’Alberta. Le piège à ours était si gros…

Bien qu’il soit sale, reparler ainsi du pétrole albertain aurait été de la part du premier ministre du Québec un doigt d’honneur politique adressé au tout nouveau chef du gouvernement de l’Alberta, Jason Kenney. Cela aurait été irresponsable.

M. Legault a donc choisi un langage plus diplomatique pour redire qu’il n’y aura aucune relance du projet Énergie Est au Québec, n’en déplaise à Jason Kenney. Il l’a réaffirmé très clairement en s’appuyant sur l’absence d’«acceptabilité sociale». Une position devenue quelques instants plus tard celle de toute l’Assemblée nationale grâce à une résolution de Québec solidaire.

On a beau dire que les motions parlementaires ne valent souvent que le papier sur lequel elles sont rédigées, celle-là est plutôt solide. C’est que le gouvernement de François Legault paierait un prix politique d’un éventuel recul sur ce front, ne serait-ce que parce qu’il manquerait ainsi à sa parole.

Cela étant, jusqu’ici, on est dans une non-nouvelle. Une vraie nouvelle aurait été que le gouvernement caquiste dise soudainement oui à Énergie Est.

François Legault a cependant tellement voulu être diplomate dans ses propos qu’il s’est enthousiasmé comme jamais pour le projet de gazoduc et de terminal au Saguenay, un ensemble par lequel passerait du gaz naturel de l’Alberta pour être ensuite acheminé ailleurs dans le monde.

Ce projet devra pourtant faire l’objet d’une rigoureuse évaluation environnementale et aussi, selon la même logique, bénéficier d’«acceptabilité sociale», non? Quoi qu’il en soit, M. Legault met désormais tout son poids politique derrière ce projet. Il s’en fait le promoteur.

Toujours sur cette «acceptabilité», en existe-t-il une pour le transport de pétrole par rail? Je ne le crois pas, mais je pose la question, car elle est bien souvent éludée à l’Assemblée nationale.

13 milliards $

Jason Kenney connaît assez le Québec pour ne pas s’être bercé de la moindre illusion. Il ne pensait pas convaincre le gouvernement québécois d’embrasser le projet Énergie Est.

Dans son discours de victoire, en parlant en français de pipeline et de péréquation, il s’est certes adressé aux Québécois, mais aussi beaucoup à ses électeurs et aux Albertains. On a ainsi pu dire en Alberta que M. Kenney ne baissait pas les bras sur Énergie Est, la preuve en étant justement qu’il s’adressait aux Québécois...

Plus globalement, la situation est gênante. Même si le Québec, per capita, n’est pas le plus grand bénéficiaire de la péréquation canadienne, la somme qu’il touche à ce seul chapitre s’élève cette année à 13,1 milliards $. C’est 1,4 milliard $ de plus que l’an dernier.

Bon pour le Bloc?

Le conservateur Jason Kenney a beaucoup fait campagne contre Justin Trudeau. Mais il pourrait finir par devenir encombrant pour le chef conservateur fédéral Andrew Scheer au Québec s’il ramène constamment sur la table ce projet d’Énergie Est et s’il devait se mettre à dénoncer et dénoncer le refus du gouvernement Legault d’ici les prochaines élections fédérales.

Voilà qui ferait plaisir au Bloc québécois, qui entend s’appuyer sur le maximum de sujets de friction entre Québec et Ottawa et entre le Québec et le reste du Canada.

Patrick Duquette

Un buzz de Fentanyl

CHRONIQUE / Du fentanyl, Mélissa s’en shootait dans l’oeil avec une seringue. Pourquoi dans l’oeil? «Parce que l’oeil est près du cerveau. Le buzz est plus fort», m’a expliqué la femme de 32 ans, en marge d’une conférence de presse sur la journée nationale d’action contre les surdoses à Gatineau.

Le buzz?

Chronique

Comme si c’était hier

CHRONIQUE / Qu’ont en commun le Dalaï-Lama, Yasser Arafat, Pelé, Nana Mouskouri, Jean Béliveau et mère Teresa? Ils ont tous rencontré Richard Ouellet. Qui?

Le type s’est planté devant moi samedi au kiosque des Éditions La Presse où j’étais pour une séance de signatures, droit comme un pic, tiré à quatre épingles. Il m’a souri et tendu une enveloppe brune en me disant de lire ça, j’en ai quand même profité pour lui poser quelques questions.

Pas de scoop, dans l’enveloppe.

Des photocopies de lettres, de découpures de journaux, sur des gens que Richard Ouellet a rencontrés depuis les 60 dernières années, dans des circonstances toujours un peu spéciales. L’homme a été maire de Saint-Simon dans le bas du fleuve, mais il n’hésitait pas à monter à Québec ou à Mont­réal quand il y avait quelqu’un qui passait par là. Pour Yasser Arafat, il s’est rendu à Ottawa.

Il a réussi à croiser une quinzaine de prix Nobel.

Il est devenu ami de Jean Béliveau dans les années 1950, d’abord en lui écrivant des lettres, à partir de 1953, «quand il était dans les As de Québec», juste avant d’être recruté par le Canadien de Montréal. «Je l’ai rencontré pour la première fois en 1956 à Mont-Joli et je l’ai vu jouer pour la première fois en 1957, au Forum.»

Il était là, le 1er mai 1965. «J’ai vu le Canadien gagner la Coupe Stanley contre les Blackhawks de Chicago, c’était le septième match de la série. C’est Béliveau qui a marqué le premier but sur des passes de [Dick] Duff et [Robert] Rousseau. Et il y avait Camille Henry qui jouait pour Chicago, on n’en a pas parlé beaucoup de lui, il aurait mérité son nom quelque part. Il était sobre, les 10 dernières années…»

Je suis toujours fascinée par les mémoires encyclopédiques. À 88 ans, Richard se souvient des moindres détails.

Richard n’a jamais payé ses billets. «Jean me les a fournis pendant 40 ans, même après sa retraite. Et quand il partait en vacances aux Barbades, il me laissait sa passe.» C’est Richard qui a plaidé auprès du Larousse pour que Béliveau y rejoigne les deux autres joueurs de hockey, Maurice Richard et Wayne Gretzky. «Je leur ai envoyé, rue du Montparnasse à Paris, une lettre de deux pages chaque année pendant 10 ans et la dixième, je m’étais dit que c’était la dernière…»

Le Gros Bill a été inscrit au dictionnaire en 2013.

Richard se souvient aussi du 30 mai 1981. «J’étais chez Eaton à Québec, à Place Sainte-Foy, Nana Mouskouri était là. C’est une des plus belles personnalités que j’ai vues de ma vie, plus que tous les prix Nobel. Elle m’appelle encore monsieur le maire…»

Il conserve précieusement une photo prise avec elle. Tout comme celle de mère Teresa, il s’était faufilé à l’hôtel de ville de Québec le 11 juin 1986 pour la voir, même si on lui avait dit qu’il ne pouvait pas. 

Il a tenté sa chance. «Je connaissais Jean Pelletier!»

Le 27 juin 1982, il a accueilli l’ex-président étatsunien Jimmy Carter à l’aéroport de Mont-Joli au retour d’un voyage de pêche au saumon. En 1999, il a serré la main de Yasser Arafat à Ottawa, le leader palestinien avait reçu cinq ans plus tôt le Nobel avec Shimon Peres et Yitzhak Rabin. 

Et Mandela, dans le sous-sol de l’hôtel de ville de Montréal le 19 juin 1990, avec l’aide du maire Drapeau qui a enfreint un peu le protocole. Richard avait fait le voyage en autobus de Saint-Simon pour ça.

Il est reparti content.

Chaque fois, il prend une photo qu’il encadre et qu’il accroche chez lui. Son tableau de chasse est assez impressionnant, y figurent aussi Gilles Villeneuve, Luciano Pavarotti, Gina Lolobrigida, Jesse Owens, Joe Dimaggio, Lech Walesa et d’autres encore, la liste est étonnamment longue.

Samedi au Salon du livre, Richard était venu voir Sylvie Bernier, il a pris l’autobus le matin de Trois-Pistoles, est revenu le soir. Il connaît l’ex-plongeuse, évidemment. «Je l’ai rencontrée la première fois à Québec en 1984 grâce à Pierre Harvey, quand elle a été choisie athlète de l’année. C’était le même jour où Guy Lafleur avait annoncé sa retraite. J’avais appelé Jean Béliveau à son bureau au forum pour prendre des nouvelles, il devait être 15h. Il m’a dit : “Es-tu capable de garder un secret? Lafleur annonce sa retraite dans une heure…” Je m’en allais chez mon ami Phil Latulippe — je coordonnais ses courses —, je lui ai dit d’ouvrir la radio…»

Il se souvient aussi, comme si c’était hier, de ce jour où Sylvie Bernier a remporté sa médaille d’or aux Olympiques de Los Angeles. «C’était un soir de conseil, un lundi. Ça a bien fini la journée.»

J’ai vérifié, le 6 août 1984 était un lundi.

Richard Ouellet aime replonger dans ses souvenirs, toutes ces rencontres au gré des hasards et de ses amitiés, sans Internet ni réseaux sociaux, immortalisées par de bons vieux appareils photo. 

Et pas de mur Facebook pour les exposer à la face du monde.

Juste ceux de sa maison.

Entre les lignes

Le goût du silence

CHRONIQUE / Un de mes p’tits bonheurs, c’est d’aller dîner à la maison. Seule. Même si mon menu se résume en un sandwich fait avec les croûtes qui traînent dans le fond du sac à pain ou aux maigres restes de la veille, je vis chaque fois ce moment comme une fête. Pourquoi ? Parce qu’il me permet de savourer... le silence.

C’est quand la dernière fois où vous l’avez entendu ? Le vrai là. Celui pendant lequel on se surprend à découvrir les battements de notre cœur dans nos oreilles.

Chronique

C’était aussi notre Dame

CHRONIQUE / Il n’y a pas les morts du 11 septembre. Ni la peur ni la colère ni ce sentiment que le monde occidental venait de basculer et de perdre ce qui pouvait lui rester d’innocence. Ce sont pourtant les images de New York qui ont surgi en voyant les tours jumelles de Notre-Dame enfumées et sa flèche s’embraser, puis basculer, en direct et en boucle, dans nos écrans de télé.

Le monde, toutes religions et géographies confondues, a retenu son souffle en même temps. Tous consternés et tristes. Tristes surtout. 

Comme si on mesurait tout à coup combien cette église nous appartenait, comme elle appartenait au patrimoine du monde et à l’histoire de l’humanité. 

Des siècles de pierres et d’art qu’on avait fini par croire éternels tant ils faisaient partie du paysage de Paris, des cartes postales, de nos univers culturels et de nos imaginaires de voyage. Parfois de nos souvenirs. 

Le mien sera celui d’une messe de minuit, le 24 décembre 1989. Une cérémonie multiconfessionnelle, debout avec ma blonde au pied des hautes colonnes de pierres, à écouter des chants au milieu d’une foule bigarrée. 

Le ground zero des cartes géographiques de France. «L’épicentre de notre vie… L’étalon d’où partent nos distances», a rappelé le président Emmanuel Macron. 

En cette période trouble où on débat ici de la place des signes religieux dans l’espace public, on vient d’assister à la destruction du plus visible et symbolique des signes religieux catholiques (avec la basilique Saint-Pierre de Rome). 

Comme New York et son World Trade Center, le plus visible et symbolique des signes du capitalisme de Wall Street et du monde occidental. 

«Paris brûle-t-il?» s’étaient demandé les journalistes Lapierre et Collins, dans leur célèbre livre-enquête sur l’ordre donné par Hitler de détruire Paris en 1943. 

Ce n’est pas arrivé, mais dans le ciel incandescent de l’Île de la Cité de la nuit de ce 15 avril, on pouvait voir tout Paris qui brûlait. 

 ***

J’ai sursauté en entendant les propos du professeur d’histoire Laurent Turcot de l’Université du Québec à Trois-Rivières, à RDI.

On est tous un peu coupables de ce qui se passe à Paris, expliquait-il. Notre-Dame «part en fumée par notre faute». 

Par notre faute? 

M. Turcot s’en prenait au manque de sensibilité pour le patrimoine. Il n’a pas complètement tort. C’est vrai que le patrimoine n’a pas beaucoup la cote. Il y a tant d’urgences plus urgentes. Je ne parle pas ici de la lutte contre le voile et les signes religieux.

Le prof a cependant choisi un bien mauvais exemple pour sa croisade. 

Sans doute sommes-nous responsables des immeubles, religieux et autres, qu’on laisse dépérir, jusqu’à ce parfois il n’y ait plus rien à faire que de les démolir. Mais ça ne nous rend pas responsables du feu à Notre-Dame.

Surtout que la cathédrale n’était pas à l’abandon. Au contraire, on y faisait des travaux. C’est d’ailleurs la cause la plus probable de l’incendie.

S’il y a eu défaillance ou négligence, c’est peut-être dans l’exécution de ces travaux, la surveillance de chantier voire dans le plan d’urgence incendie.

 ***

On a eu le feu au Manège militaire. On se croise les doigts pour le Château Frontenac, le Séminaire, l’édifice Price, le Parlement. On ne veut pas y penser. J’y ajouterais le Pont de Québec et quelques autres immeubles essentiels.

Les perdre serait un drame à l’échelle locale, mais bien peu sur celle du monde. Rien comme Notre-Dame, même si on est nous aussi du patrimoine de l’UNESCO.

Cet incendie rappelle, toutes proportions gardées, l’importance des immeubles patrimoniaux dans la vie, le paysage et la psyché des villes.

J’ai eu en regardant le feu une pensée pour l’église Saint-Sacrement qu’on s’apprête à démolir. Aucun rapport direz-vous. C’est vrai. 

Pas d’histoire particulière, pas de valeur symbolique, pas de prouesse d’ingénierie ou d’architecture. Elle n’apparaît même pas dans la liste des églises locales méritant d’être conservées. Son principal mérite ne semble tenir qu’à sa place, au rebord de la falaise, qui la rend visible de si loin. 

J’ai quand même pensé à Saint-Sacrement. Sa stature imposante, ses clochers carrés de pierres grises, sa grande rosace en façade, ses trois doubles portes, ses vitraux travaillés. Notre-Dame a fait des petits dans nos paysages et notre culture.

 ***

Nous rebâtirons Notre-Dame, parce que c’est ce que les Français veulent et parce que notre histoire le mérite, a dit le président Macron. Des mots justes, imprégnés de la grandeur du moment. De combien de nos bâtiments pourrions dire la même chose?

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