Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron
La jugeote d'Antidote

Séance d'orthographe

La jugeote d'Antidote

CHRONIQUE / J’ai toujours sur mon téléphone les dictionnaires Larousse et Petit Robert. J’utilise aussi le dictionnaire (et correcteur) Antidote, produit québécois. Vous n’en avez pas fait mention dans votre chronique de la semaine dernière. Ma question : considérez-vous Antidote comme un outil fiable [Louis Gosselin, Neuville]?

Je souhaitais concentrer ma chronique de la semaine dernière sur les dictionnaires à proprement parler, ceux dont la principale mission est l’inventaire et la définition des mots et de leurs usages. Vous aurez remarqué que je n’ai pas parlé non plus de « L’art de conjuguer » de Bescherelle, toujours utile et reconnu, ni des dictionnaires de difficultés, tel le « Multidictionnaire de la langue française », lui aussi très bien fait. Mais il est vrai que j’ai mentionné le site de la Banque de dépannage linguistique, qui est en quelque sorte le dictionnaire de difficultés de l’Office québécois de la langue française. Donc, oui, j’aurais pu citer Antidote. Un à zéro pour vous.

En fait, si je n’ai pas pensé au dictionnaire d’Antidote, c’est que je n’y recours jamais (contrairement à son correcteur, que j’utilise systématiquement pour tous mes textes et ceux de mes collègues). À vrai dire, votre question m’a poussé à aller vérifier sur mon poste de travail, et la première chose dont je me suis aperçu, c’est que mon dictionnaire Antidote... fait planter l’application quand je tente de m’en servir. Je dois l’ouvrir en dehors de mon traitement de texte pour y avoir accès.

Donc, laissez-moi quelques semaines pour l’essayer et je vous en reparle.

Quant au correcteur d’Antidote, je lui donne sans hésiter une note de 90 pour cent, même s’il ne remplacera jamais l’être humain. Autrement dit, si vous n’avez pas au départ une bonne connaissance de base des règles du français écrit, il ne pourra pas faire de miracle. C’est d’ailleurs le génie de ce correcteur: il vous demande toujours de valider ce qu’il propose avant de procéder.

Antidote est tout d’abord un petit bijou pour tout ce qui est coquille, faute de frappe et erreurs d’inattention, par exemple oublier le s d’un mot au pluriel ou taper « Conard Black » au lieu de « Conrad Black ». La rédaction journalistique est une écriture rapide, sous pression, pratiquée parfois à des heures tardives ou à la fin de longues journées. N’importe quel esprit humain verra sa concentration diminuer dans un tel contexte. Antidote permet alors d’éviter des fautes grossières.

Le logiciel est également très bon pour détecter les anglicismes, les québécismes et les impropriétés. Il repère les niveaux de langue, notamment lorsqu’un mot est considéré comme trop familier pour un texte soutenu. Autre aspect que plusieurs ignorent: il offre des outils pour améliorer le style. Si j’ai écrit trois fois le même mot dans le même paragraphe, si j’ai des phrases trop longues ou qui abusent du passif, Antidote le surlignera. Il est également très utile sur le plan typographique.

C’est avec les accords grammaticaux qu’Antidote peine encore un peu. Dès qu’une phrase devient le moindrement complexe, il n’arrive pas toujours à trouver le bon sujet du verbe. Ou alors le nom auquel tel adjectif se rapporte. Mais dans la majorité de ces cas, le rédacteur averti verra tout de suite si le logiciel a erré et refusera la correction proposée. 

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La Grande Peste de Marseille de 1720-1722

Opinions

La Grande Peste de Marseille de 1720-1722

À la suite de la peste de 1580, durant laquelle Marseille perdit 30 000 habitants sur 72 000, les autorités municipales prirent des mesures drastiques pour prévenir toute propagation de ce fléau. Entre autres choses, elles mirent sur pied un bureau de l’assainissement composé de membres du conseil et de médecins de la ville. Ce bureau était responsable de formuler des recommandations pour préserver la santé des citadins.

Pour protéger la ville de la peste, cette nouvelle bureaucratie s’attela à développer l’infrastructure publique de Marseille. En plus d’établir un premier hôpital public et de doter la ville d’un effectif complet de médecins et d’infirmières, ce bureau était responsable de l’accréditation des médecins locaux pour assurer aux Marseillais une information fiable sur la propagation de la peste. 

Depuis la mise en place du système de quarantaines au 15e siècle, ce dernier s’était sophistiqué. On avait établi un système de contrôle à trois niveaux qui était régi par le bureau de l’assainissement. Tous les navires arrivant à Marseille devaient être inspectés par les membres du bureau et on leur accordait trois différents certificats de santé selon leur condition. 

Un examen attentif devait être fait du journal du capitaine concernant chaque ville que le navire avait visitée avant de procéder à l’inspection de la cargaison, de l’équipage, des passagers et à la recherche de tout signe de maladie. S’il n’y avait aucun signe de contamination, le navire pouvait entrer dans le port.

Mais au moindre signe de maladie, le navire n’était pas autorisé à se rendre au quai de Marseille. Si le navire réussissait le premier test, mais que son itinéraire indiquait qu’il avait passé par une ville où sévissait la peste, il était alors relégué au 2e niveau de quarantaine, où le navire et son équipage devaient passer 18 jours sur une île près de Marseille. Par contre, si le navire était soupçonné de transporter la peste, il était alors complètement isolé sur une île au large de Marseille. L’équipage et tous les passagers devaient alors effectuer une quarantaine de 50 à 60 jours.

Comme ce bureau s’ajouta aux réglementations régissant la quarantaine, les Marseillais furent largement protégés de la peste pendant 140 ans. Toutefois, ce système sophistiqué de protection ne fonctionna pas adéquatement en 1720. Certains membres du bureau montrèrent un certain laxisme dans l’application de la réglementation.

La peste fut introduite à Marseille le 25 mai 1720 par le navire marchand Grand-Saint-Antoine, qui était en provenance de Sidon au Liban et qui avait fait escale à Smyrne, Tripoli et Chypre, trois foyers de contamination. Un passager turc, suivi de plusieurs membres de l’équipage, et même le chirurgien du navire, furent contaminés. D’ailleurs, pour cette raison, le navire se vit refuser l’entrée à Livourne en Italie.

En arrivant à Marseille, le navire fut mis en stricte quarantaine conformément à la réglementation en vigueur. Néanmoins, la peste fut introduite dans la ville par des rongeurs provenant du navire, sous la pression de riches marchands qui avaient besoin de la cargaison de soie et de coton que le navire transportait en vue de la grande foire médiévale de Beaucaire. Ainsi, les autorités levèrent en partie la quarantaine. 

En conséquence, plusieurs officiers du navire furent autorisés à entrer dans la ville et les marins déchargèrent les marchandises sur des chaloupes. Les autorités constatèrent rapidement la propagation de la peste dans la ville où les officiers logeaient. Toutefois, les autorités furent lentes à réagir. Lorsqu’elles apportèrent les soins appropriés au début d’août, il était déjà trop tard. Les hôpitaux, submergés par le nombre de malades, étaient incapables de répondre à la demande. 

Finalement, les autorités municipales tentèrent d’imposer un cordon sanitaire le 1er août pour contenir la propagation de la peste. Mais plus de 10 000 personnes avaient déjà fui la ville, étendant la maladie aux campagnes et aux villes environnantes. Ainsi, la peste se propagea non seulement dans toute la ville, mais contamina graduellement aussi toute la Provence.

À partir d’août, les autorités municipales bénéficièrent de l’aide de 500 esclaves pour ramasser les 3000 cadavres gisant dans les rues de la ville qui dégageaient une puanteur intolérable. En quelques mois, le plus important port de France et une ville florissante avaient été ainsi réduits à la misère. Toute l’infrastructure sociale s’effondra. Les pauvres souffrirent particulièrement, étant réduits au chômage et à la famine.

Les registres officiels rapportent la mort de 39 334 personnes sur les 90 000 Marseillais. Mais certaines estimations fixent le nombre de morts à 45 000, voire 50 000. De plus, au moins 50 000 personnes vivant dans le reste de la Provence furent victimes de l’épidémie, alors que la peste se propageait dans les villes d’Aix-en-Provence, Arles, Apt et Toulon, qui perdirent de 25 % à 40 % de leur population.

Face au désastre frappant Marseille, le gouvernement royal décida de gérer la crise. Ce fut le début en Occident d’une administration centrale choisissant de se superposer aux autorités locales. Versailles supervisa alors tous les aspects de la crise, plaçant la ville de Marseille sous tutelle, ordonnant la fermeture du port, plaçant la ville en quarantaine, et s’occupant de la distribution de la nourriture, du nettoyage des rues, de la réglementation des marchés, etc.

L’histoire tragique de la Grande Peste de Marseille est un vibrant rappel de ce qui peut se passer lorsque les autorités politiques privilégient les intérêts économiques plutôt que la santé publique. Comme en 1720, l’incapacité d’une certaine administration américaine à prendre les mesures appropriées dès les premiers jours de l’épidémie de coronavirus est responsable de la propagation du virus et par conséquent des milliers de morts qui en résultent.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron
Le jeu des dictionnaires

Séance d'orthographe

Le jeu des dictionnaires

CHRONIQUE / J’ai participé à un jeu de société en anglais avec des jeunes. Un des attributs de nos joueurs était Sanity. Mes partenaires (de 18 à 26 ans) disaient «sanité». Je leur ai demandé d’utiliser un autre terme, car je pensais que «sanité» n’était pas français. Mais Google et le site Linternaute.fr m’ont remis à ma place: «sanité», traduction de «sanity», nom féminin. J’accepte, mais ça me tarabuste. Ce matin, je vais donc voir le grand dictionnaire Larousse et Termium et les deux sont muets sur le sujet. Mon plus jeune était tout content de me dire qu’«insanité» existait, donc que «sanité» devait exister. Il ne m’apprend rien avec le mot «insanité», mais ai-je raison ou tort pour «sanité» (Denis Magnan, Québec)?

Ce serait une catastrophe si Google devenait une référence pour évaluer la validité d’un mot! Ce moteur de recherche ne s’embarrasse nullement de la fiabilité des sources qu’il débusque et il peut vous trouver à peu près n’importe quoi. À la limite, si vous partez d’une orthographe fautive, Google vous dira que le mot existe… parce qu’il a déniché des sites comportant la même orthographe erronée.

J’ai d’ailleurs fait un test : j’ai fait une recherche à partir du mot «accomoder», sachant très bien qu’il prend normalement deux m, mais que plusieurs personnes commettent l’erreur de n’en mettre qu’un seul. Or, qui relève «accomoder»? Linternaute.fr! L’article s’appuie sur une déclaration de l’actrice Naomi Watts contenant la faute. Bon, c’est probablement une gaffe du journaliste qui a retranscrit la citation. Mais que penser d’un dictionnaire qui est incapable de détecter une erreur aussi grossière?

Vous aurez compris que les dictionnaires en ligne ne s’équivalent pas tous. En fait, la plupart de ceux qui sont offerts gratuitement ne sont pas très fiables. Ça ne veut pas dire que tout ce qui s’y trouve est mauvais, mais leur rigueur n’est pas aussi grande. Outre Linternaute.fr, j’évite également The Free Dictionnary, Dictionnaire.net, le Dictionnaire Cordial et Le Dictionnaire.

Le pire d’entre eux, c’est assurément le Wiktionnaire, dictionnaire collaboratif où tout le monde peut écrire ce qu’il veut. Par exemple, saviez-vous qu’on y trouve un article sur le participe passé «mouru»? Comme dans «Jésus a mouru et Dieu l’a ressuscité des morts»? Suit une explication assez douteuse, avec même une référence qui mène à un site pas très crédible (Conjuguer-verbe.eu), lequel relève notamment des verbes issus de la langue populaire («chialer», «zieuter», «écornifler»...) ou mal orthographiés («camioner»).

Pour les professionnels des communications comme moi, les principales sources demeurent les versions imprimées ou numériques des dictionnaires de Robert et Larousse, Usito ainsi que les ressources en ligne de l’Office québécois de la langue française tels le Grand Dictionnaire terminologique et la Banque de dépannage linguistique. Quelques autres sites comme le Trésor de la langue française, Termium et le CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales) sont également des sources fiables. 

Mais attention : cela ne veut pas dire que tous les mots français s’y trouvent. N’oubliez pas qu’il existe aussi un «Grand Larousse encyclopédique» et un «Grand Robert», qui contiennent plusieurs dizaines de milliers de mots de plus que le «Petit Larousse» et le «Petit Robert». Des mots tantôt désuets, tantôt anciens, tantôt spécialisés, ou alors très régionaux, et qui n’ont pas été retenus pour les éditions grand public.

«Sanité» fait justement partie de ces mots qui n’apparaissent plus dans les dictionnaires usuels. On le retrouve dans le lexique du CNRTL, au mot «sain» : «Qualité de ce qui est sain, en bonne santé physique ou mentale.» Il figure aussi dans le Littré, un dictionnaire ancien (1873-1877) : «Mot forgé du latin. Bon état de santé, état sain, en parlant du corps ou de l’esprit.» Il vient du latin «sanitatem», de «sanus» (sain).

Donc, oui, le mot «sanité» existe. Est-ce qu’il est usuel de nos jours? Non. C’est «santé» qui occupe toute la place.

Maintenant, j’aimerais bien savoir quel sens vos partenaires de jeu lui donnaient. Parce que s’il signifiait pour eux «santé mentale» ou «bon sens», ils ont mis le pied directement dans l’anglicisme. De même, «insanité» en français a un sens beaucoup moins fort qu’en anglais. Il veut dire «déraison, manque de bon sens» ou «action, parole sotte, insensée», alors que dans la langue de Shakespeare, il signifie carrément «aliénation mentale, démence».

Vous pourrez aussi dire à votre fils que les chemins empruntés par les mots défient parfois toute logique. Ainsi, le «Petit Robert» nous dit qu’«insanité» nous est venu… de l’anglais «insanity»! Vous ajouterez qu’«inflammable» existe en français mais pas «flammable», «incandescent» mais pas «candescent», «incrustation» mais pas «crustation», «indigent» mais pas «digent»... Bref, le raisonnement de votre fils n’est pas une panacée.


PERLES DE LA SEMAINE

Vous voyez bien que ces élèves n’ont pas écrit les réponses d’examen dans leur masque...

«La Corée est une dictature avec son cruel président King Kong.»

«Le président s’appelait Véronique Giscard d’Estaing.»

«Les députés travaillent dans des députeries.»

«La devise de la France est "Liberté, égalité, fécondité".»

«On voit que l’Union européenne occupe une place centrale dans les échangismes internationaux.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La grande peste de Londres de 1665-1666

opinions

La grande peste de Londres de 1665-1666

CHRONIQUE / L’épidémie qui ravagea Londres en 1665-1666 fut causée par la même bactérie qui avait été à l’origine de la peste justinienne de 541 et de la peste noire de 1347. Cette bactérie, le Yersinia pestis, se propagea par des rats contaminés.

Depuis un siècle, Londres était périodiquement touché par des épidémies de peste. Par exemple, celle de 1625 fit plus de 40 000 victimes. La particularité de la grande peste de 1665-1666 fut d’être la plus dévastatrice, mais aussi la dernière épidémie de peste à frapper les Londoniens.

Les historiens estiment que la peste bubonique arriva à Londres à la fin de 1664 en provenance d’Amsterdam. Cette dernière avait subi une telle épidémie en 1663-1664, qui avait fait 50 000 morts. Or, les premiers décès à Londres furent répertoriés sur les quais du port. Enregistrés d’abord comme suspects, ce ne fut que lorsque la peste s’étendit au reste de Londres que les autorités comprirent qu’elles étaient confrontées à une épidémie de peste.

La peste débuta au printemps 1665. L’épidémie tuait à la fin juin 1000 personnes par semaine. En septembre 1665, le taux officiel de mortalité atteignait même 7000 victimes par semaine, nombre considéré comme largement inférieur au taux réel. Tout le monde savait alors que la ville était frappée par une épidémie de peste. Aussi, dès juillet 1665, le roi Charles II choisit de fuir Londres avec sa sœur. Ils n’y revinrent qu’en février 1666. Entre-temps, le parlement tint une courte session à Oxford.

À l’instar de la cour royale, les riches marchands de Londres fuirent la ville pour échapper à la peste en allant s’établir dans leurs maisons de campagne. Des postes de contrôle furent installés tout autour de la ville pour s’assurer que seulement des personnes disposant d’un certificat de bonne santé quittaient la ville. Ces certificats devaient porter la signature du maire et devenaient donc très difficiles à obtenir. Les personnes sans certificat étaient systématiquement refoulées. Le gouvernement royal ne voulait pas que l’épidémie s’étende au reste du royaume.

En 1665, on estimait la population de Londres à 460 000 habitants. Or, les archives de la ville enregistrèrent la mort de 68 596 personnes pendant l’épidémie de 1665-1666. Toutefois, comme beaucoup de personnes n’étaient pas comptées, les historiens estiment que le nombre de morts survenu durant l’épidémie se situait davantage autour de 100 000. D’ailleurs, les observateurs contemporains tels que Daniel Defoe, qui décrivit le sort horrible des Londoniens, estiment que la peste tua près du quart de la population de la ville.

Conditions insalubres

Durant les années 1660, la population londonienne vivait dans des conditions insalubres. Les rues étaient étroites. Les maisons étaient petites, souvent humides et non ventilées. Les carcasses d’animaux, les ordures ménagères et les eaux usées étaient simplement jetées dans la rue. La ville ne possédait aucune méthode généralisée de collecte et d’élimination des déchets. Dans cet environnement sale et nauséabond, les mouches et les rats régnaient en maîtres.

Aussi, les maladies contagieuses étaient alors monnaie courante à Londres. Certains quartiers pauvres situés en périphérie de la ville, tels que Stepney, Shoreditch, Clerkenwell, Cripplegate et Westminster, étaient très surpeuplés et furent particulièrement ravagés. Ces quartiers pauvres et surpeuplés se transformèrent ainsi en foyers de contagion. 

Dans ces quartiers, il était difficile de ne pas être en contact avec les rats et les individus ayant été infectés. La maladie en vint à terrifier la population de ces quartiers, d’autant plus que l’on peignait des croix rouges sur les portes des maisons où se trouvait une personne infectée. Dans ce dernier cas, toute la famille de l’individu était forcée de rester enfermée chez elle pendant 40 jours. Seules des « infirmières » locales sans formation étaient autorisées à y entrer.

Des « chercheurs » de morts étaient payés pour ramasser les cadavres, les transporter sur une charrette et aller les déposer dans une fosse commune. D’ailleurs, Defoe raconte que beaucoup de victimes étaient mortes « en tas et ont été enterrés en tas; c’est-à-dire sans être comptées ». Dans une telle atmosphère, la panique et le désordre régnaient. Des preuves archéologiques découvertes en 2018 à Crossrail, soutenues par des tests d’ADN, confirmèrent l’importance de ces charniers.

Durant l’hiver 1665-1666, le nombre de morts chuta drastiquement avec l’arrivée du froid. Mais l’épidémie reprit au printemps 1666. Elle se poursuivit jusqu’en septembre, alors que la ville subissait un autre cataclysme. Ce fut le Grand incendie de Londres, qui détruisit 13 000 bâtiments, soit le quart de la ville, et qui laissa plus de 100 000 personnes sans abri.

Paradoxalement, l’incendie aurait mis fin aussi à la peste en chassant les rats qui peuplaient la ville. L’Angleterre n’allait plus connaître de grande épidémie de peste. Toutefois, pour certains historiens, cela est un mythe. Les rats auraient pu simplement se réfugier dans les autres quartiers non incendiés. Il semble en fait que le roi ait cherché à tourner le Grand incendie en victoire politique. Ce mythe n’aurait ainsi été qu’un simple jeu de propagande. 

En fait, les historiens ont de la difficulté à expliquer la disparition de la peste et que cette dernière ne soit pas revenue. Bien sûr, le Grand incendie amena graduellement un renforcement des codes du bâtiment poussant à recourir à la brique au lieu du bois. Mais les améliorations sanitaires et hygiéniques, ainsi que les mesures de quarantaine, ne survinrent que des décennies plus tard.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Salut mon Ron!

Sylvain St-Laurent

Salut mon Ron!

CHRONIQUE / Je me souviens très bien de la première fois.

J’étais à Buffalo.

C’était la veille d’un match entre les Sénateurs et les Sabres, à l’automne 2006.

Je me souviens de l’année parce que les Sénateurs connaissaient un très difficile début de saison. Ce n’était pas normal. Ils avaient terminé au deuxième rang du classement général, la saison précédente.

Bref, j’étais à Buffalo et mon portable a sonné. Un numéro, dans le 514, que je reconnaissais pas.

«Sylvain? On ne comprend pas trop ce qui se passe avec les Sénateurs et Ron aimerait t’en parler. Serais-tu disponible pour venir faire un tour, ce soir, dans son émission?»

C’est simple. En 2006, je suis âgé dans la fin de la vingtaine. Ça fait déjà quatre ans que je gagne ma vie en écrivant des articles sur le hockey, dans le journal.

Je n’ai pas vraiment besoin de validation. Mais là, Ron - son producteur, en fait - vient d’appeler.

C’est dur à expliquer.

J’étais fier. Peut-être un peu trop.

Mon collègue Chris Stevenson était à mes côtés. Ma réaction l’a sans doute fait rigoler, parce qu’il en a jasé avec Bryan Murray.

Bryan s’est foutu de ma gueule. C’était sa spécialité.

Il m’a aussi dit tout le bien qu’il pensait de Ron.

Bryan aimait Ron, l’arbitre, parce qu’il y avait toujours moyen de «jaser avec lui».

Le Québec au grand complet le savait, ça, que Ron a de la jasette. Des centaines de milliers de personnes se sont branchés, religieusement, pendant 33 ans, pour l’écouter.

Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le monsieur pas de masque

Patrick Duquette

Le monsieur pas de masque

CHRONIQUE / Eh misère…

J’avais rendez-vous pour une entrevue mardi matin dans un café de Gatineau.

Un petit café sympathique, bien tenu, qui respecte toutes les consignes de la santé publique.

En rentrant, j’ai noté les flèches au sol, la bouteille de désinfectant près de la porte, les tables espacées les unes des autres pour respecter la règle du 2 mètres…

Sur les aménagements anti-COVID, rien à redire. Impeccable!

Sauf qu’au milieu du café, il y avait un rassemblement.

J’ai identifié 8 ou 9 employés municipaux à leur logo sur le chandail.

Les monsieurs avaient rapproché deux tables pour être tous ensemble.

Et ils discutaient, en sirotant leur café, collés les uns sur les autres, sans égard à la règle de distanciation sociale.

J’ai pensé leur parler d’une certaine pandémie, d’un certain virus…

Mais bon, en rentrant j’avais croisé deux policiers masqués qui sortaient du café.

Même eux n’avaient pas jugé bon de rappeler à l’ordre la petite assemblée…

Pendant que je commandais mon café, un autre employé de la ville a pénétré dans le commerce.

Il ne portait pas de masque.

- Hé, mets ton masque!, l’a averti un de ses camarades.

Le monsieur s’est contenté de sourire sous sa moustache. Le sourire entendu du gars qui se juge au-dessus des lois.

- Ton masque! a insisté un autre collègue pour la forme.

Mais le moustachu a feint de ne pas entendre.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La peste des villes italiennes de 1629-1633

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La peste des villes italiennes de 1629-1633

CHRONIQUE /  L’épidémie de peste ayant frappé les villes italiennes entre 1629 et 1633 montre comment une épidémie peut changer le rapport de force géopolitique dans le monde. Alors que le nord de l’Europe - soit la France, la Hollande et l’Angleterre - perdait moins de 20 % de sa population à cause de la peste au 17e siècle, cette chute atteignit 35 % en Italie. Celle-ci perdit ainsi plus de trois millions de personnes en une seule épidémie.

L’Italie avait déjà subi de plein fouet la peste noire de 1347-1352. Cette deuxième pandémie de peste, après celle de Justinien, persista en Italie jusqu’au 18e siècle. Les villes du nord de la péninsule furent ensuite touchées périodiquement par l’éclosion de graves épidémies de peste en 1360–1363, 1373–1374, 1382–1383, 1400, 1456–1457, 1478, 1484–1486, 1522–1529 et 1575–1577. Toutefois, en 1629, cela faisait deux générations que la peste n’avait pas frappé les villes italiennes.

Or, en 1630, 34 grandes villes furent ravagées par la peste et en 1631, ce fut 21. Par exemple, Vérone perdit alors 33 000 de ses 54 000 habitants, alors que Venise en perdit 46 000 sur 140 000 et Milan 60 000 de ses 130 000 habitants. Les villages entourant ces villes étaient tout aussi touchés. La population de certaines communautés rurales chuta de plus de 50 %. Dans l’ensemble du nord de l’Italie, environ deux de ses cinq millions d’habitants moururent de la peste.

Pourtant, les cités-États avaient adopté de nouvelles réglementations anti-contagions pour contrer ce fléau après 1347. Les nouvelles mesures servirent de base à l’établissement d’un programme global de santé publique. Plus encore. Les autorités posèrent alors la question à savoir jusqu’où elles pouvaient aller dans l’empiétement sur les libertés individuelles.

Aux 14e et 15e siècles, les différentes cités-États italiennes furent captives de la création de bureaux de santé en Europe pour contrer les épidémies. Toutes les grandes villes avaient ainsi leur propre bureau de santé responsable de répondre à l’éclosion d’une épidémie. Or, si des médecins faisaient partie de ces bureaux permanents, la composition de ces derniers était dominée par des hommes politiques. L’idée était que ceux-ci étaient mieux placés pour forcer les populations à se soumettre à des politiques impopulaires.

L’épidémie de 1629-1633 allait révéler les limites des connaissances médicales de l’époque quant aux origines de la peste. Les médecins, comme les autres membres des bureaux de santé, n’avaient aucune idée du mécanisme de contagion de la peste. Ils savaient uniquement que la maladie se transmettait d’une personne à une autre. En conséquence, la politique des bureaux de santé consistait essentiellement à imposer une quarantaine aux personnes et à leurs biens en provenance de villes infectées lorsque l’on apprenait qu’une épidémie de peste y était apparue et à isoler les pestiférés pour les empêcher de propager la maladie.

Cordons sanitaires

Chaque cité-État pouvait ainsi imposer des cordons sanitaires à ses frontières. La règle normale était que, pour entrer dans un État, un voyageur avait besoin d’un laissez-passer de santé montrant qu’il n’était pas malade. Toute personne privée d’un tel certificat se voyait refuser l’entrée. Les autorités locales pouvaient ainsi contrôler un éventail de groupes transitoires tels que les vagabonds, les mendiants, les déserteurs, les colporteurs, les bergers, les journaliers, etc.

Comme la peste prenait de l’ampleur, les différentes cités-États adoptèrent des mesures radicales pour la contrer. Par exemple, la quarantaine dévastait le commerce entre villes, alors que les différentes villes plaçaient les individus soupçonnés d’être pestiférés dans des refuges établis souvent dans des églises ou des monastères. Ceux qui possédaient des maisons s’y voyaient confinés avec leur famille. Les portes et les fenêtres du rez-de-chaussée étaient alors scellées. Ils s’approvisionnaient en nourriture par les fenêtres ouvertes aux étages supérieurs. Les vêtements, la literie et autres biens des malades étaient saisis et brûlés. L’isolement perturbait la vie familiale.

L’isolement forcé d’un large nombre de personnes paralysa la vie économique. Les artisans qui travaillaient à domicile dans leur atelier pouvaient perdre leur entreprise s’ils tombaient malades et que leur matériel était brûlé. Les matières textiles étaient particulièrement sujettes à être saisies et brûlées.

Comme les cadavres devaient être retirés rapidement, les bureaux de santé enfreignirent les coutumes funéraires traditionnelles italiennes. Souvent les personnes n’étaient même pas enterrées dans un lieu sacré. Les bureaux de santé entrèrent ainsi en conflit avec les autorités religieuses. Pire encore, ils interdirent les processions religieuses et suspendirent les messes. Ces politiques provoquèrent des protestations de groupes qui désiraient intercéder auprès de leur saint favori dans l’espoir qu’il mette fin à l’épidémie.

Dans beaucoup de villes, l’imposition de ces mesures radicales provoqua une résistance violente. Des foules insultèrent des officiels, alors que dans différentes villes les foyers d’éclosions étaient fermés. Dans plusieurs cas, les autorités durent reculer et assouplir les règles, d’autant plus que certains individus réussissaient à soudoyer des officiels pour éviter de voir leurs biens être brûlés.

L’épidémie de peste de 1629-1633 eut un effet catastrophique sur la position économique de l’Italie. Les grandes villes commerciales - comme Florence, Milan et Venise - perdirent leur prédominance au sein de la société européenne. Dès 1650, elles furent remplacées par Amsterdam et plus tard par Londres comme centres industriels, commerciaux et financiers du monde. La peste fut un facteur important du déclin économique de l’Italie.

On assista alors à un transfert du centre économique de la Méditerranée au nord de l’Europe. La chute dramatique de la population italienne posa un problème de main-d’œuvre. Les fabricants italiens devaient verser des salaires plus élevés, cessant ainsi d’être en mesure de concurrencer les fabricants français, hollandais et anglais.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
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Gilles Vandal
La dissémination des Amérindiens en Nouvelle-France aux 16e et 17e siècles

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La dissémination des Amérindiens en Nouvelle-France aux 16e et 17e siècles

CHRONIQUE / À la suite de la « découverte » des Amériques, les épidémies furent sans doute le facteur déterminant dans la prise de contrôle rapide du continent. En plus d’être confrontés à des Européens mieux armés, les Amérindiens devaient faire face à un ennemi encore plus sournois, les épidémies. Le monde assista alors à une des plus grandes dépopulations de l’Histoire.

Dans les Antilles, au Mexique et au Pérou, environ 90 % des Amérindiens périrent lors d’épidémies en moins d’un siècle. Le même phénomène survint, plus ou moins à retardement, en Amérique du Nord. Les Hollandais, puis les Anglais et les Français bénéficièrent largement aussi du concours des épidémies pour assurer leur mainmise sur de vastes territoires.

Lors de ses voyages d’exploration au Canada, Jacques Cartier rencontra plusieurs communautés iroquoiennes très peuplées le long du Saint-Laurent ayant d’importants établissements notamment à Québec, Trois-Rivières, Sorel, Montréal. On doit distinguer ces communautés des Iroquois des Cinq-Nations, étant culturellement plus proches des Hurons. 

Cartier visita de grands villages comme Stadacona (Québec) et plusieurs bourgades à Hochelaga, sur l’île de Montréal. Nombre de ces villages fortifiés de palissades comptaient 2000 habitants. Un village du Mont-Royal aurait compté 3000 habitants. En 1535-1536, Cartier constata que les Iroquoiens de Stadacona mouraient en grand nombre d’une maladie contre laquelle ses hommes étaient immunisés. 

Il s’agit de la plus ancienne épidémie documentée qui survint dans la vallée du Saint-Laurent. Les historiens établiront plus tard que les Iroquoiens furent alors victimes d’une épidémie de variole propagée par les hommes de Cartier. Lorsque Champlain vint en Nouvelle-France, 65 ans plus tard, Stadacona et Hochelaga étaient devenus des villages fantômes et les Iroquoiens avaient disparu de la vallée du Saint-Laurent.

Cette disparition demeure une énigme pour beaucoup de spécialistes. Il est difficile d’établir le rôle des épidémies dans leur disparition à partir de 1540. Les peuplades amérindiennes entraient aussi régulièrement en guerre entre elles. La rivalité entre Algonquins et Iroquoiens était séculaire. Ces deux peuples étaient des ennemis jurés. Plusieurs historiens et anthropologues estiment que cette disparition doit être d’abord imputée aux Hurons. Non seulement ces derniers entretenaient des relations tendues avec les Iroquoiens, mais les deux groupes nourrissaient une forte rivalité pour le contrôle du commerce des fourrures. En ce sens, les Iroquoiens auraient étaient victimes de deux catastrophes survenant presque simultanément.

L’archéologie démontre néanmoins que les Iroquoiens avaient cessé d’habiter leurs villages dans la vallée du Saint-Laurent vers 1580. Aujourd’hui, les Hurons et les Mohawks revendiquent une filiation culturelle avec les Iroquoiens. Toutefois, plusieurs anthropologues estiment qu’ils se seraient réfugiés au sein de différentes tribus, notamment les Hurons-Wendats, les Montagnais et les Abénaquis, dans lesquelles ils auraient été assimilés.

En plus des épidémies propagées par les Français, il semblerait que la région des Grands Lacs aurait vécu des épidémies en provenance du sud-est des États-Unis causées par l’expédition de Harnando de Soto, qui remonta jusqu’au Tennessee et au Kansas, et qui se serait peut-être rendu jusqu’au lac Michigan. Champlain rapporte d’ailleurs en 1610 une visite d’Amérindiens de Floride dans la vallée du Saint-Laurent. Les Amérindiens de l’Ontario semblent avoir été disséminés par des épidémies que l’expédition de Soto aurait entraînées avant même l’arrivée de Champlain.

Quoi qu’il en soit la répartition des peuples amérindiens était très différente au début du 17e siècle de ce qu’elle était lors des voyages de Cartier. Les Algonquins, encore semi-nomades, occupaient désormais la rive nord de la partie québécoise de la vallée du Saint-Laurent. Cette situation va amener Champlain à forger en 1609 une alliance avec ceux-ci et les Hurons contre les Iroquois qui vivaient largement dans un territoire composant aujourd’hui les États de New York et de Pennsylvanie. 

La dissémination des Algonquins au 17e siècle est documentée de manière sommaire. Il n’y a pas d’étude approfondie sur la question. Néanmoins, les jésuites rapportèrent en 1611 que beaucoup d’Algonquins de la vallée de l’Outaouais étaient emportés par une fièvre mortelle. Ils constatèrent de nouveau pendant l’hiver 1623-1624 la mort de nombreux Algonquins due à cette contagion. Par ailleurs, les Algonquins subirent une importante épidémie autour du poste de Trois-Rivières en 1634.

La Huronie était située dans l’Ontario d’aujourd’hui. Comme prolongement du Saint-Laurent, elle se trouvait au cœur du lucratif commerce des fourrures. En 1615-1616, Champlain évalua sa population à 30 000 habitants, avec 18 villages, et disposant de 2000 guerriers. En 1632, il réduisit sa population à 20 000. Les jésuites, pour leur part, estimaient la population de la Huronie en 1634 à 30 000 habitants vivant dans une vingtaine de villages.

Une lettre de Champlain datée de 1608 mentionne la mort de plusieurs Amérindiens des suites de la dysenterie. En 1611, les jésuites notèrent une augmentation du nombre de morts dans les communautés amérindiennes depuis l’arrivée des Français. Par ailleurs, l’archéologue Robert Larocque soulève l’hypothèse de plusieurs épidémies d’influenza touchant la Huronie entre 1609 et 1634.

En tenant compte de ces chiffres, il est possible de prendre acte de l’ampleur de la chute démographique causée par les trois épidémies successives qui frappèrent la Huronie entre 1634 et 1640. Les jésuites effectuèrent un recensement exhaustif dans la Huronie en 1640, en se promenant de campement en campement, de village en village. Ils comptèrent ainsi la présence de cinq missions, 32 villages, 700 grandes maisons, 2000 feux (tentes) et un total de 12 000 habitants.

Selon l’anthropologue Denis Delage, les maladies propagées par les contacts avec les Européens, telles que la rougeole, la grippe et la variole, ont considérablement affaibli les Iroquoiens et autres peuplades amérindiennes. Lorsque les colons européens s’installèrent au 17e siècle, ils trouvèrent une terre en partie inoccupée. Et cela ne marqua que le début de la dissémination des Amérindiens dans la vallée du Saint-Laurent.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke

Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
<em>L’avenir nous appartient</em>: le nouveau duo de Télé-Québec

Télévision

L’avenir nous appartient: le nouveau duo de Télé-Québec

CHRONIQUE / On le sait : Les francs-tireurs feront leurs adieux en décembre, après 23 ans à l’antenne, un choix du diffuseur. Qui leur succédera en janvier? Deux femmes, Émilie Perreault et Monic Néron, dans un concept qui promet le meilleur, L’avenir nous appartient, une des grandes nouveautés de la programmation automne-hiver de Télé-Québec, dévoilée à la presse mercredi.

On parle ici d’un grand magazine inspiré du journalisme de solutions, qui propose un portrait de société à partir de ce qui fonctionne bien, de ce qui a fait ses preuves, plutôt que par ce qui va tout de travers. On est moins dans la polémique que dans ce qui peut nous inspirer. Le concept a beaucoup allumé le nouveau directeur général des programmes de Télé-Québec, Richard Haddad, arrivé tout droit de TVA. On a vu quelques images de l’émission pilote, où on rencontre un jeune homme qui s’en est sorti grâce à la Direction de la protection de la jeunesse, pointée du doigt plus souvent qu’autrement pour ses multiples ratés.

Les deux femmes se sont connues à la radio et sont devenues des amies très proches, en plus de travailler à un documentaire sur les victimes d’agressions sexuelles, toujours en cours de production. Sur papier, le concept de L’avenir nous appartient fait un peu «lunettes roses», mais je serais étonné que ce duo chevronné se limite à des bons sentiments. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Monic Néron aura une grosse année. En plus de cette nouveauté, elle se joint comme collaboratrice à l’émission Dans les médias, en plus de succéder à Patrick Lagacé à Deuxième chance avec Marina Orsini cet hiver sur ICI Télé.

Outre le duo Perrault-Néron, Deux hommes en or se voit aussi gratifiée d’une touche féminine, avec la présence de Rosalie Bonenfant, nouvelle collaboratrice dont la contribution reste à définir, mais qui ne sera pas que figurante. Autre changement majeur : l’émission de Patrick Lagacé et de Pierre-Yves Lord sera désormais présentée en direct, le vendredi à 21h. Comme l’an dernier, le talk-show ne sera en ondes qu’à partir de janvier. Y’a du monde à messe tient le fort jusqu’à Noël, culminant dans une émission spéciale des Fêtes.

Un des points forts à cette antenne : les docu-réalités. À commencer bien sûr par l’incontournable De garde 24/7, le titre le plus populaire de l’antenne avec une moyenne de 264 000 téléspectateurs pour sa première diffusion, et qui a inspiré plein d’autres concepts depuis. L’émission revient pour une sixième saison, en pleine pandémie, alors que les médecins de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont ont dû filmer eux-mêmes, compte tenu des circonstances. La crise occupera les trois premiers épisodes, le jeudi à 20h, dès le 10 septembre. Retour aussi de 180 jours pour une dernière saison, à l’hiver.

Deux nouveautés dans la même veine : Nos élus, une idée de Martine Forand, conjointe de Bernard Drainville, qui suit le quotidien de députés des quatre formations politiques provinciales. Le jeudi à 20h à partir du 19 novembre. Question de démystifier le travail des agents de la paix, le Service de police de la Ville de Québec a permis aux caméras de les suivre dans l’exercice de leurs fonctions, pour la série Police en service, qu’on verra cet hiver. Dans les deux cas, les premières images donnent vraiment envie de voir la suite.

Télé-Québec a bien joué son rôle de gardienne au plus fort du confinement, en développant en trois semaines trois quotidiennes éducatives, qui ont obtenu beaucoup de succès auprès des écoliers. Les rares retards de diffusion occasionnés par la pandémie concernent les fictions, dont M’entends-tu? La troisième et dernière saison de cette excellente série de Florence Longpré devait entrer en ondes en janvier, mais a été repoussée au printemps. Pour les nouveaux épisodes de Passe-Partout, il faudra attendre à l’hiver.

Les mutants, qu’on avait annoncé pour le printemps dernier, a commencé lundi à 18h30. Une quotidienne, du lundi au vendredi, avec Rémy Girard en grand-papa un peu bougon, qui accueille ses deux petits-fils pour l’été. L’un d’eux souffre d’anxiété et doit faire face à ses peurs quand une famille de mutants fait son apparition.

Je suis un fan fini de Kebec, la série historique de Noémi Mercier. Bonne nouvelle : une troisième saison est prévue pour le printemps, avec 24 nouvelles thématiques, dont le crime, l’après-guerre et l’environnement. En plus d’accueillir Monic Néron et Vanessa Destiné comme collaboratrices, Dans les médias compte sur de nouveaux chroniqueurs le jeudi à 21h : Marie-France Bazzo, Luc Ferrandez, Monique Jérôme-Forget, Amir Khadir et Laurence Mathieu-Léger. En vrac, d’autres titres de retour : Cette année-là, Ça vaut le coût, Belle et Bum (pour une 18e saison!), Un chef à la cabane, Format familial, Génial!, L’indice Mc$ween, Moi j’mange, et Like-moi! pour une dernière saison. 

Le catalogue de documentaires de Télé-Québec impressionne toujours. Quelques titres : Globésité, sur le surpoids qui touchera la moitié de la population dans 10 ans; Génération écrans, génération malade, sur la dépendance aux écrans qui touchent enfants et ados; et Les poussières de Daech, suite de T’es où Youssef, où le journaliste Raed Hammoud et Leïla, sœur de Youssef, partent en Syrie pour retrouver la fillette de ce jeune Québécois d’origine marocaine, qui s’était radicalisé en joignant les rangs de Daech. Ce dernier documentaire est diffusé mercredi prochain à 20h.

Vous êtes nombreux à vous interroger au sujet d’Homeland, dont la saison finale n’a toujours pas été diffusée. Elle est enfin doublée en français, mais n’arrivera sur les ondes qu’à l’hiver. Encore un peu de patience. Deux autres séries étrangères dont on nous dit beaucoup de bien sont prévues : Unforgotten : le passé déterré, le mardi à 21h, sur un duo d’inspecteurs, une femme et un homme, qui enquêtent sur des affaires non résolues à Londres; et au printemps, le thriller Secrets de famille, sur un clan singulier qui semble avoir beaucoup de squelettes dans son placard.

Le mieux pour tout savoir de la programmation, c’est de regarder Curieuse rentrée, la grande émission spéciale du vendredi 4 septembre à 21h, animée par Christian Bégin, de sa terrasse, avant son retour à Curieux Bégin l’hiver prochain.

Au fait, le diffuseur public a reçu un financement de 3 millions de dollars par année pour les cinq prochaines années, destinés à la captation de spectacles, autant de théâtre, de danse que de musique. Une façon d’appuyer le milieu des arts et de permettre au public de garder contact, à défaut d’y être en personne. C’est au moins ça.

Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Tout le monde aime Raymond

Télé

Tout le monde aime Raymond

CHRONIQUE / «Ray-mond! Ray-mond! Ray-mond!» Dans un bar, on scande le prénom de Raymond Boulanger comme si c’était un héros, on lui demande son autographe. L’homme revient sur les lieux où il a été arrêté le 18 novembre 1992, à Casey en Haute-Mauricie. Ce jour-là, ce pilote d’expérience transportait à bord d’un Convair 580 pas moins de 4300 kilos de cocaïne.

À ce jour encore, c’est la plus grosse saisie de coke de tous les temps au pays. Un record dont Boulanger, aujourd’hui atteint d’un cancer incurable, ne semble pas peu fier. «Ça a été le gros fun. […] C’est des bons souvenirs», dit-il aujourd’hui, alors qu’on revoit son fameux clin d’oeil à la caméra après avoir été menotté.

Raymond Boulanger a passé 23 ans derrière les barreaux. Son histoire rocambolesque est racontée dans les quatre épisodes de la fascinante série documentaire Le dernier vol de Raymond Boulanger, idée originale de Marc-Antoine Audette et de Sébastien Trudel (Les Justiciers masqués), disponible sur Crave depuis mercredi. L’homme est un personnage de film, un original, la série n’est pas moins digne d’un scénario hollywoodien.

Malgré le titre, la série ne porte pas seulement sur ce dernier vol, mais sur l’ensemble de l’oeuvre, depuis les premiers cours de pilotage de Raymond Boulanger à Cartierville dans les années 60, et ses années de pilote de brousse. «Tout un numéro. […] Un méchant énervé», s’est dit le pilote et instructeur Ghislain Durocher en le voyant arriver. La première épouse de Boulanger, Louise-Marie, raconte les nuits blanches qu’il lui a fait passer, quand il a survécu presque miraculeusement à un grave accident en 1968, puis quand il a disparu en pleine forêt, quelques années plus tard. Un récit révélateur de l’homme intrépide qu’il était déjà à l’époque, une caractéristique qui pouvait à la fois charmer les femmes et les rendre folles d’inquiétude. Quand l’épouse a demandé à son mari de choisir entre les avions et elle, Boulanger n’a pas réfléchi longtemps.

La suite est un véritable film d’action, à l’image des fréquentations de Boulanger, du cascadeur Peter Knox, doublure de l’acteur James Coburn, à un vendeur d’armes belge, qui l’embarquent dans des affaires louches. «Ferme ta gueule Boulanger, ta job, c’est de piloter l’avion. Ce qu’il y a dedans, c’est pas de tes affaires», se fait-il dire quand il découvre qu’il transporte une importante quantité de coke. C’est le début d’une grande carrière.

Des déserts aux lieux les moins fréquentés, Boulanger volera à basse altitude pour déjouer les radars, avec un talent certain. «C’est pas tous des génies, les narcotrafiquants!» se moque-t-il, en repensant à tous ceux qui ont payé de leur vie par imprudence. Pourquoi voler la nuit quand on peut très bien voler le jour sans se faire prendre? Boulanger savait comment. Comme «un pilote de Formule 1 en avion».

Le premier épisode peut laisser croire à une œuvre un peu complaisante; Boulanger y passe pour le bon gars, drôle et charismatique. Un portrait plus nuancé à partir du deuxième épisode, où les bons sentiments du «héros» s’accompagnent de réalités plus tragiques. «On a une job à faire», comme dit Boulanger, s’en lavant les mains. Mais à côté, il y a les meurtres d’innocents, notamment parmi les représentants de la presse. Quand un journaliste d’enquête colombien explique qu’il a besoin de neuf gardes du corps et deux véhicules blindés pour le protéger, et qu’un autre se fait dire qu’il ne lui reste qu’un mois à vivre, on confirme à quel point ces narcoterroristes ne rigolent pas.

Parmi les récits les plus surréalistes, il y a ce séjour en prison d’un an et demi, presque raconté comme des vacances dans un tout-inclus. «Le temps a passé vite», avoue Raymond Boulanger. Son père a même passé l’année complète derrière les barreaux en sa compagnie. «On a ri comme des fous!» Un être fantasque et pas un ange gardien, dira son fils. Tel père...

Combien d’argent Raymond Boulanger a pu encaisser au cours de sa fructueuse carrière? Et où est passé le magot? Pas de vos affaires, répond le principal intéressé, qui n’éprouve pas une once de regret. «Y’a rien que les imbéciles qui regrettent.» Et puis, pourquoi on met tant d’argent à enrayer le trafic de drogues? «Personne ne veut que ça arrête. L’argent, c’est l’argent», considère Boulanger.

Y a-t-il lieu de douter de sa parole? Certaines de ses connaissances admettent qu’il a tendance à «broder», à beurrer épais quand il raconte ses aventures. Ça fait de la bonne télé. N’empêche, plusieurs corroborent les faits, et pas nécessairement ses plus grands admirateurs. Extrêmement bien documentée, la série s’intéresse autant au cartel colombien et à Pablo Escobar qu’à la collaboration de Boulanger avec les vétérans de la guerre du Vietnam, notamment par les explications des journalistes Daniel Renaud, auteur du livre «Raymond Boulanger : le pilote mercenaire», Yves Thériault, Normand Lester et plusieurs autres.

Raymond Boulanger est de ces êtres qu’on regarde avec un mélange d’amusement et de réprobation. L’homme fascine, c’est clair. Mais l’instant d’après, on s’en veut presque de lui accorder du crédit. Tout ce qu’il faut pour faire une bonne série documentaire. À quand le film? Avec qui dans le rôle principal?

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La diphtérie : une maladie infantile hautement contagieuse

opinions

La diphtérie : une maladie infantile hautement contagieuse

CHRONIQUE / La diphtérie est une maladie infectieuse aiguë existant depuis au moins 3500 ans. Hippocrate en fit la toute première description au 5e siècle avant notre ère. Arétée de Cappadoce, qui vécut au 1er siècle, fut le premier à fournir une description détaillée de cette maladie. Il précisa que la victime souffre d’ulcères des amygdales accompagnés de sécrétions épaisses et d’une voix rauque. Il ajouta qu’après avoir subi une extinction de voix, le patient peut mourir suffoqué.

Au Moyen-Âge, cette infection semble avoir disparu en Europe. Elle semble ne réapparaître, dans la foulée des grandes explorations, qu’au 16e siècle. C’est alors que des médecins espagnols observèrent l’apparition d’une épidémie de diphtérie en Espagne en 1613. Ensuite, des médecins italiens rapportèrent l’apparition de graves épidémies touchant particulièrement les enfants au début du 17e siècle.

Avec l’expansion mondiale du commerce, la diphtérie devint pandémique au 18e siècle. Non seulement toutes les provinces de la France furent touchées par celle-ci, mais on la retrouva aussi en Allemagne, dans les îles britanniques et en Amérique du Nord. En effet, une telle épidémie balaya la Nouvelle-Angleterre en 1735. On la décrivit alors en France comme une inflammation des amygdales et une sorte d’angine gangréneuse.  

Francis Home, un médecin écossais, attribua en 1765 le nom populaire de « croup » à cette maladie. Il voulait ainsi signifier que la forme suffocante de la maladie ressemblait au croassement du corbeau. Toutefois, si Home ne fit pas le lien entre la diphtérie et les épidémies d’angine, Samuel Bard, un médecin de New York, établit l’existence d’un rapport entre la croupdiphtérique et les différentes variétés d’angine en 1771.

À partir du 16e siècle, la diphtérie devint l’une des maladies infectieuses infantiles les plus redoutées de l’Histoire. Lors de l’éclosion d’épidémies, le taux de mortalité pouvait atteindre 40 % des enfants infectés, faisant de cette maladie une des principales causes de mortalité infantile jusqu’à la mise au point d’un vaccin DTP au début du 20e siècle. 

Comme la grippe ou le coronavirus, la contamination d’une personne à une autre survient par un contact direct ou par voie aérienne en toussant ou en éternuant. L’infection peut également se propager à partir d’objets contaminés. Par ailleurs, à l’instar du coronavirus, les personnes porteuses de la bactérie peuvent transmettre celle-ci à d’autres sans pour autant présenter de symptômes de la maladie. Pire encore, les personnes n’acquièrent pas d’immunité à long terme. Une infection antérieure n’assure donc pas une protection contre une infection future.

Cette maladie est causée par une bactérie dont les premiers symptômes apparaissent de deux à cinq jours après une exposition. Ces derniers comportent une fièvre élevée, des frissons, de la fatigue, de la toux, une voix enrouée, une céphalée, une coloration bleuâtre de la peau et une irritation de la gorge. 

Deux ou trois jours suivant l’apparition des symptômes, la diphtérie provoque souvent une destruction des tissus sains du système respiratoire. Les tissus morts forment alors une sorte d’épaisse membrane grise qui recouvre les tissus de la gorge, du nez, des amygdales et des cordes vocales. Le patient a alors non seulement de la difficulté à respirer, mais il a aussi du mal à avaler et souffre d’un écoulement nasal nauséabond.

La maladie peut dégénérer encore plus et présenter des symptômes plus graves marqués par l’apparition de taches grises ou blanches dans la gorge. Les voies respiratoires peuvent alors s’obstruer et créer une toux similaire aux aboiements, comme dans la diphtérie ou la laryngite. Le malade est alors victime d’un gonflement du cou résultant de l’élargissement des ganglions lymphatiques. La maladie peut affecter aussi la peau, les yeux et les organes génitaux.

Lorsque la diphtérie se complique, le malade peut subir une inflammation du muscle cardiaque, de l’angine, de la fibrillation cardiaque, des douleurs neurologiques, des problèmes rénaux et des saignements dus à une dysfonction de la coagulation. La diphtérie peut alors entraîner une paralysie.

La bactérie responsable de la diphtérie fut identifiée en 1882 par Edwin Klebs. Deux ans plus tard, Friedrich Löeffler réussit à cultiver la bactérie et à démontrer que celle-ci est une toxine produite par la C. diphtheriae. Dès 1897, les tests standardisés pour détecter l’antitoxine diphtérique étaient développés. Ce fut une étape importante vers la création d’un vaccin. 

Finalement, le développement du test de Schick par le Dr Béla Schick en 1911, permettant de détecter l’immunité préexistante à la diphtérie chez une personne exposée, conduisit à la mise au point d’un vaccin en 1924. Dès lors, le nombre de victimes chuta dramatiquement. La diphtérie sembla être en voie de disparition avec l’administration d’un vaccin fournissant une immunité protectrice.

Plus encore, les épidémiologistes ont validé que les vaccins à base d’anatoxine pouvant simultanément protéger contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche durant les années 1940. Ces vaccins sont administrés en trois ou quatre doses. 

Aujourd’hui, la diphtérie n’est mortelle que dans 5 % à 10 % des cas. Toutefois, le taux de mortalité peut atteindre 20 % chez les enfants en bas de cinq ans et les adultes dépassant 40 ans. La maladie ne représente que des cas isolés dans les pays développés. On la retrouve surtout dans les pays en développement. Et même là-bas, elle est en voie d’éradication.

En 1980, l’OMS rapportait plus de 100 000 cas de diphtérie dans le monde, avec 8000 décès. Sa campagne d’éradication a réduit le nombre de cas en 2015 à moins de 4500. Cette éradication, comme celle de la variole, marque une victoire de la médecine contemporaine.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Huit ans, confié au papa alcoolique

Chronique

Huit ans, confié au papa alcoolique

CHRONIQUE / C’était un soir de printemps, l’enfant de huit ans s’est réfugié chez un ami qui habite à proximité, il avait peur de son père, complètement ivre.

Ce n’était pas la première fois qu’il le voyait saoul.

Un an et demi plus tôt, l’homme est sorti de prison après y avoir passé une année pour violence conjugale contre la mère et une autre victime, il a été reconnu coupable de sérieux chefs d’accusation, entre autres séquestration, menaces et voies de fait. Depuis la remise en liberté du père, la DPJ a confié l’enfant à sa mère la majorité du temps, jamais plus d’une semaine par mois chez son père.

C’est la mère qui en prend soin depuis sa naissance.

Mais voilà que la Direction de la protection de la Jeunesse a demandé au tribunal que l’enfant soit confié à temps plein à son père avec des visites supervisées pour la mère, ça veut dire qu’elle pourra voir son enfant seulement quelques heures, et toujours sous le regard d’une autre personne.

La raison? Pendant le confinement, la mère s’est inquiétée que le père fasse fi des interdictions et qu’il continue de fréquenter des gens, qu’il se rende chez sa blonde comme si de rien n’était. Elle a écrit à la nouvelle intervenante au dossier pour lui faire part de ses peurs et…

… La DPJ est venue retirer l’enfant.

Jamais l’intervenante n’est venue rencontrer la mère, jamais on ne l’a contactée. On s’est présentée chez elle, on est reparti avec son enfant. Et c’est là que la DPJ a demandé que la garde complète soit donnée au père.

On reproche à la mère de ne pas parler en bien du père, d’alimenter le conflit, d’être inquiète lorsque son enfant lui raconte ce qui se passe chez lui, des événements violents, du fait qu’il a surpris son père les culottes à terre, avec une autre fille que sa blonde. 

L’enfant a aussi dit à sa mère que son père lui a demandé de souffler dans le démarreur éthylométrique de sa voiture.

Plus la fois où il s’est sauvé.

Et pourtant, pour la DPJ, la mère est la méchante dans l’histoire, on maintient que l’enfant invente tout ça pour lui plaire. Même si on a le témoignage de cet ami qui a accueilli l’enfant en pleurs. Même si le père lui-même ne nie pas les faits, qu’il y ait eu des événements violents chez lui.

On passe l’éponge sur tout.

La mère, en fait, est l’empêcheuse de tourner en rond, on lui reproche de ne pas assez collaborer avec la DPJ, d’avoir des traumatismes de la violence conjugale qu’elle a subie et d’entretenir des craintes par rapport à son ex. La mère a peur que son enfant se retrouve encore dans un climat toxique.

Eh bien, le tribunal vient de trancher, l’enfant restera chez son père, avec des visites supervisées pour la mère.

Même si l’enfant souhaite rester chez sa mère.

Mais ça, ça ne compte pas.

Ce qui compte, c’est que le père est plus conciliant avec la DPJ. Qu’il ait un problème de consommation et un dossier criminel gros comme ça n’y change absolument rien. D’ailleurs, dans le jugement, on dit que le problème d’alcool du père est évident et inquiétant, mais on est prêt à prendre le risque. 

Le père nie son problème d’alcool, il dit qu’il a un problème de gestion d’émotions. 

La mère suit une thérapie pour guérir ses traumatismes et pour gérer ses peurs, thérapie qu’elle paye elle-même parce que la DPJ ne lui a pas offert d’aide. Ce qu’on lui dit finalement, c’est d’en revenir, monsieur a fait son temps en dedans, il faut passer à autre chose. 

Dans le jugement, quand on réfère à son passé de violence conjugale, on parle «d’incidents» qui déteignent sur sa relation avec le père.

On ne tient pas compte du fait que la mère s’est occupée de l’enfant depuis la séparation, qu’elle en a eu la garde à peu près exclusive tout le temps. Personne ne conteste d’ailleurs le fait qu’elle soit une bonne mère, tout le monde s’entend pour dire qu’elle n’est pas un danger pour son enfant.

Entre les deux, on choisit le père.

Ce n’est pas le premier dossier que je vois comme celui-là, il arrive trop souvent qu’une femme qui met un terme à une relation où elle est victime de violence conjugale se retrouve au banc des accusés et, au final, qu’elle perde la garde de ses enfants parce qu’elle ne favorise pas la relation avec le père.

Même si le père est violent, alcoolique.

Et s’il arrive un drame, on se demandera pourquoi on a pris un tel risque, pourquoi on n’a pas écouté la mère, comme on n’a pas écouté la grand-mère de la fillette de Granby, dont on a dit d’elle qu’elle était «une femme qui a un système d’alarme défaillant, qui voit des dangers partout».

Mais il sera trop tard.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La coqueluche : une maladie insidieuse

Opinions

La coqueluche : une maladie insidieuse

CHRONIQUE / La première mention enregistrée de la coqueluche remonte à 1190. Le problème découle du fait que, dans la nomenclature médiévale, cette infection était souvent associée à une forme de grippe. Néanmoins, certaines descriptions des toux rapportées pouvaient être facilement associées à la coqueluche dès le 12e siècle.

Mais pour compliquer le tout, les chroniqueurs du Moyen-Âge manquaient de cohérence dans la description des symptômes de la maladie, ainsi que les noms qu’ils y associaient. Jusqu’au 19e siècle, d’ailleurs, pas moins de 43 noms différents ont été donnés à la maladie. Aussi, ce n’est qu’à la fin du Moyen-Âge que l’on a commencé à la considérer comme une nouvelle maladie très dangereuse pouvant prendre un caractère épidémique.

Michel Savonarole, un grand médecin et humaniste italien du 15e siècle, attira l’attention sur cette maladie infantile pouvant être aussi dangereuse pour les adultes dans un traité sur le diagnostic des maladies. Le médecin italien Paolo Bagallardo fit référence en 1472 à la coqueluche, qu’il décrivit comme une toux violente affectant les enfants. 

L’année suivante, Bartholomäus Metlinger publia le premier traité pédiatrique concernant les maladies infantiles. Mais il faut attendre 1473 pour voir un médecin allemand publier un premier traité médical portant sur ces maladies. Cette étude fut suivie de plusieurs publications au 16e siècle en Allemagne, en Angleterre et en France. En 1544, Thomas Phaer publia un premier ouvrage anglais portant spécifiquement sur les maladies infantiles. Mais la maladie ne porta pas le nom de coqueluche avant le 18e siècle.

Le médecin suédois Nils Rosén von Rosenstein fut le premier à rapporter l’émergence d’une nouvelle maladie survenue en France en 1414 et prenant la forme d’une épidémie. Adalbert Friedrich Marcus, un médecin bavarois du 19e siècle, rapporta la présence d’une épidémie de coqueluche en 1510, en 1558 et en 1580, alors que Guillaume de Baillou, un médecin français du 16e siècle, affirma que la France fut frappée par une épidémie similaire à la coqueluche en 1578.

Au début du 18e siècle, Pierre Chirac, ancien premier médecin du roi de France, définit la coqueluche comme une toux quinteuse frappant l’enfant. Il récupéra ainsi une expression venue de l’Italie au 16e siècle. Il semblerait que la description de la coqueluche comme une maladie où le patient souffrait d’une toux rendant la respiration difficile provienne d’une expression allemande concernant le halètement du chien. Au 18e siècle, un médecin français de Montpellier, François Boissier de Sauvages de Lacroix, reprit simplement cette analogie pour décrire la maladie comme étant la coqueluche.

La maladie qui est avant tout respiratoire est causée par une bactérie, le bacille de Bordet-Gengou, qui se transmet par voie aérienne de gouttelettes respiratoires provenant des personnes infectées. La maladie est particulièrement grave chez les femmes enceintes et les bébés, qui sont la plupart du temps contaminés nourrissons par leurs proches.

Comme les nourrissons vaccinés sont immunisés et que les adolescents conservent une immunité fonctionnelle, les études françaises démontrent que le groupe le plus à risque se situe chez les personnes de 65 ans et plus. Chez elles, l’infection causée par la bactérie est 100 fois plus fréquente que chez les jeunes adultes. Ainsi, ce sont souvent les grands-parents qui contaminent sans le savoir les bébés.

Il n’est pas facile de diagnostiquer la coqueluche. Les prélèvements par le nez ou le pharynx ou la prise de sang n’indiquent pas toujours la présence de la bactérie à cause d’une ancienne vaccination. Néanmoins, une toux prolongée chez un adulte peut représenter un indice pour le médecin de la présence de la bactérie.

Entre la contamination et l’apparition des premiers signes, il se passe en moyenne une dizaine de jours. Dans sa première phase, les symptômes de la coqueluche se manifestent par un écoulement nasal, une fièvre légère, des éternuements et une toux modérée. Cette étape dure entre 7 et 15 jours. C’est la période où le malade est le plus contagieux. 

Une deuxième phase survient ensuite, marquée par une toux qui se termine de manière similaire au chant du coq, d’où le terme coqueluche. Durant cette phase, le malade souffre de vomissements et d’une respiration bruyante qui perturbe même son sommeil. Cette phase peut durer jusqu’à 6 semaines. Finalement, le malade connaît une convalescence de plusieurs semaines au fil de laquelle la toux disparaît graduellement.

Si le vaccin contre la coqueluche est très efficace, la durée de sa protection ne dépasse pas une dizaine d’années. Aussi, encore aujourd’hui, 50 millions de personnes par année contractent la coqueluche, qui cause entre 300 000 et 400 000 décès, largement dans les pays en développement. Même en Europe et aux États-Unis, cette maladie n’a pas été complètement éradiquée, entraînant respectivement 20 591 et 13 278 cas en 2009. 

La coqueluche est une maladie infectieuse très contagieuse, généralement infantile, mais dont la prévalence tend à augmenter chez les adultes dans les pays industrialisés faute d’une couverture vaccinale suffisante. Une étude de l’Institut Pasteur a démontré qu’en plaçant 15 personnes dans une salle pendant une heure avec une personne infectée, celle-ci contaminera les quinze autres.

En effet, grâce à la vaccination introduite dans les années 1950, le nombre de cas avait été réduit en 1973 aux États-Unis à moins de 1000 cas par année. Cela contraste avec les 270 000 cas et les 10 000 morts par année qui prévalaient avant la période de vaccination aux États-Unis. Les campagnes anti-vaccination font leur effet. Avec plus de 21 000 cas en 2018, la coqueluche regagne lentement du terrain.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La pandémie cocoliztli de 1545-1548 au Mexique

opinions

La pandémie cocoliztli de 1545-1548 au Mexique

CHRONIQUE / En 1545, la Nouvelle-Espagne, couvrant le Mexique et l’Amérique centrale, subissait une catastrophe effroyable alors que la région était frappée par une nouvelle pandémie surnommée cocoliztli, terme nahuatl désignant la peste. La pandémie allait durer plus de trois ans et éliminer 80 % de la population de la Nouvelle-Espagne, soit 10 à 12 millions de personnes. Un historien franciscain contemporain, le frère Juan de Torquemada, rapporta que l’on creusait de grands fossés dans les villes du matin au soir afin de permettre aux prêtres d’y jeter les cadavres.

Ce fut une des trois grandes pandémies qui décimèrent cette région au 16e siècle. Pour les populations aztèque et maya, cette pandémie fut proportionnellement beaucoup plus importante que la peste noire l’avait été en Occident au 14e siècle. Depuis plus d’un siècle, les épidémiologistes se disputent à savoir si cette pandémie a été causée par la variole, la rougeole, les oreillons ou la grippe.

La maladie du cocoliztli débutait souvent sans signe précurseur et devenait vite extrêmement virulente. Les symptômes consistaient en de fortes fièvres, une urine foncée, une dysenterie, d’importantes douleurs abdominales et thoraciques, des vertiges, des troubles neurologiques, de terribles maux de têtes, une langue noire, des nodules à la tête et au cou, des ulcères aux lèvres et aux organes génitaux, une hypertrophie du foie, une hémorragie pulmonaire, une jaunisse et des saignements aux yeux, à l’anus, au vagin, à la bouche et au nez. La victime avait aussi des hallucinations et des convulsions angoissantes. Elle mourrait habituellement trois ou quatre jours après l’apparition des premiers symptômes. 

Or, les médecins espagnols de l’époque affirmaient que les symptômes ne correspondaient à aucun agent pathogène connu. Les hypothèses d’une épidémie de grippe hémorragique, de fièvre jaune, de leptospirose, de typhoïde, de rougeole, de typhus, de variole ou de paludisme, maladies très répandues en Europe au 16e siècle, doivent toutes être écartées. L’historien Germain Somolinos d’Ardois qui examina systématiquement en 1970 toutes les explications proposées à l’époque, arriva aussi à la même conclusion. 

Certains épidémiologistes suggérèrent comme cause une fièvre hémorragique virale indigène, étant donné qu’une épidémie de diarrhée sanglante s’était produite au Mexique en 1320. C’est pourquoi les médecins espagnols ont conservé le mot nahuatl de cocoliztli pour nommer la maladie.

Vers l’an 2000, une nouvelle hypothèse émerge liée à l’introduction de rongeurs accompagnant les conquistadors. Les souris et les rats étaient très rares dans l’Amérique précolombienne. Or, ceux-ci étaient souvent infectés d’arénavirus. L’arrivée des Espagnols dans le Nouveau-Monde mit ces arénavirus en contact direct avec les populations amérindiennes. Ainsi, le diagnostic d’une fièvre hémorragique virale devint alors largement accepté.

La réponse dans l'ADN des squelettes

Toutefois, l’examen de l’ADN de 29 squelettes effectué en 2018 apporta finalement la réponse à cette énigme historique. Une équipe de généticiens de l’Institut Max Planck identifièrent une souche rare de la bactérie de salmonelle qui provoqua chez les victimes une fièvre paratyphoïde. Or, si cette bactérie provoque rarement une infection humaine aujourd’hui, elle se propagea par l’eau contaminée au Mexique au 16e siècle à la suite de l’introduction des animaux domestiques par les Espagnols.

La particularité de l’épidémie découlait du fait qu’elle était très mortelle pour la population amérindienne. Par contre, peu d’Espagnols en étaient infectés. Et quand c’était le cas, la maladie était bénigne. Lorsque les Amérindiens survivaient, ils en restaient très amaigris et affaiblis. En conséquence, les rechutes étaient fréquentes.

Une nouvelle épidémie de cocoliztli toucha le Mexique et le Guatemala en avril 1576. Cette épidémie causa d’importants ravages dans une population indigène déjà fortement décimée par la variole et la rougeole. Dans les petites villes, de 20 à 40 victimes mourraient chaque jour, alors que le nombre pouvait atteindre la centaine dans les plus grandes villes. L’épidémie prit fin en décembre 1578. Cette dernière emporta deux des quatre millions d’habitants du Mexique. La comparaison des recensements de 1570 et 1580 démontre une chute démographique de 51,4 % de la population indigène.

La singularité de la maladie qui frappait essentiellement la population amérindienne reflétait la grande fracture sociale existant en Nouvelle-Espagne. Les Amérindiens étaient non seulement assujettis à de lourds travaux, mais ils étaient aussi mal habillés, mal logés et mal nourris. En contrepartie, les Espagnols vivaient dans des maisons spacieuses et étaient bien nourris. De plus, ils possédaient un bagage immunitaire qu’ils avaient apporté de l’Espagne. Ils étaient donc mieux préparés à combattre les virus et les bactéries que les Amérindiens.

Alors que les Amérindiens devenaient la cible privilégiée de l’épidémie, les missionnaires utilisèrent cette maladie comme moyen de conversion des indigènes au christianisme. Ils surent utiliser les peurs des autochtones et le fait que les Espagnols n’étaient pas victimes de l’épidémie comme preuve de la force de la foi chrétienne.

Par ailleurs, la chute dramatique de la population força le gouvernement espagnol à revoir les privilèges accordés aux conquistadors. Ces derniers ne pouvaient se comporter en seigneurs féodaux envers une large population asservie. Madrid remplaça le système d’encomienda, qui permettait aux conquistadors de prélever un tribut sur chaque village amérindien, par un système de corvées régi par le gouvernement colonial. De plus, de nouvelles réglementations obligeaient les colons à bien traiter la population indigène.

Ces changements dans l’organisation économique furent d’autant plus importants que l’année 1545 fut marquée non seulement par l’éclosion de l’épidémie de cocoliztli, mais aussi par la découverte au Zacatecas, région située à 600 km au nord de Mexico, d’importantes mines d’argent. Celles-ci étaient presque aussi importantes que celles de Potosí en Bolivie. Et le gouvernement espagnol avait besoin des Amérindiens pour exploiter ces mines d’argent.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
On a oublié Anne*

Mylène Moisan

On a oublié Anne*

CHRONIQUE / Allez hop, on déconfine! Après les restaurants, les bars, les parcs aquatiques et les spas, et maintenant les salles de spectacles et de cinéma qui peuvent accueillir jusqu’à 250 personnes, l’heure est résolument à retrouver une vie à peu près normale, un peu comme avant la pandémie.

Il y a l’économie qu’il faut faire rouler.

Mais aussi, et le gouvernement a insisté là-dessus, c’est une question de santé mentale. Début mai, la vice-première ministre Geneviève Guilbault annonçait d’ailleurs l’ajout de 31 millions pour venir en aide aux gens avec des problèmes de santé mentale et elle a dit : «Toute cette lutte qu’on mène contre la COVID-19 pour préserver notre santé physique ne doit pas se faire au détriment de la santé mentale. On n’a pas à choisir.»

Et pourtant, on choisit.

Le 20 mars, on a avisé Anne qu’elle ne pouvait plus recevoir le traitement qu’elle recevait à l’externe, des électrochocs, elle en reçoit depuis novembre, tous les 10,12 jours. C’est la seule chose qui a fonctionné jusqu’ici pour combattre la dépression, Dieu sait qu’elle a tout essayé, depuis des années.

Anne a 40 ans, elle est maman.

Confinement oblige, il aurait fallu qu’elle soit hospitalisée pour recevoir ses traitements, qui durent 15 minutes. «Le lieu même de l’unité psychiatrique ferait déprimer n’importe qui. Il s’apparente plutôt à un milieu carcéral, avec d’étranges étrangers, surveillée par des gardiens qui ne font que s’assurer que je suis toujours en vie, sans soutien psychologique, sans aucune intimité, soumise à des horaires rigides et de nombreuses contraintes. Mais le hic, c’est que si je n’accepte pas le calvaire de l’unité psychiatrique, je ne peux pas être soignée.»

En plus d’occuper un lit. 

Je vous ai raconté au début avril une histoire qui ressemblait à celle-là, celle de Josée qui avait aussi dû renoncer à ses traitements d’électroconvulsivothérapie (ÉCT), des électrochocs contrôlés qui se donnent au bloc opératoire sous anesthésie générale, qu’elle recevait aux trois semaines.

Comme Anne, on la bourrait de médicaments pour compenser.

Elle était comme un zombie.

Sauf que Josée, elle, a recommencé à recevoir ses traitements au début du mois de juin, le CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) de la Capitale nationale a repris les ÉCT à l’externe pour les 22 personnes qui ont dû s’en passer pendant deux mois.

Anne est en Mauricie, elle attend toujours.

Ça fait presque cinq mois. «Plus le temps passe, plus le moral se dégrade et le cerveau implore un petit coup de pouce, m’a écrit Anne par courriel cette semaine. Un petit choc. Rien qu’un petit bouche-à-bouche. […] Pour moi, les électrochocs sont l’équivalent du respirateur dont a besoin un malade de la COVID.» 

Ne sachant plus vers qui se tourner, elle a écrit au gouvernement, à Communications Québec. «Au CIUSSS MCQ [Mauricie et Centre-du-Québec], on me dit que les psychiatres se battent très fort pour la reprise des ÉCT (électrochocs ou sismothérapie), mais que la décision repose de la “grosse machine”. Pouvez-vous m’indiquer à quel “morceau” de cette “grosse machine” je pourrais m’adresser pour faire valoir mon point et obtenir plus de renseignements? […] Je me sens laissée pour compte, car tout le monde se renvoie la balle...»

Elle a aussi écrit au ministère de la Santé la semaine dernière, on lui a répondu ceci. «Tous les patients qui nécessitent des traitements urgents sont traités sans délai. Chaque établissement doit s’assurer de maintenir un niveau de services essentiels et de reporter toute procédure élective pour pathologies bénignes. C’est un équilibre à atteindre, entre la préparation pour les cas de COVID-19 et la continuation des services pour les patients.» 

Alors oui, on choisit.

J’ai appelé au CIUSSS de la Mauricie-Centre du Québec pour en savoir plus. Et vous savez quoi? On m’a dit que les électrochocs à l’externe ont repris fin juin partout. J’ai parlé à la Dre Marie-Claude Parent, chef du département régional de psychiatrie, elle m’a appris que le ministère a donné son feu vert le 30 juin. «C’est repris, mais ça se fait progressivement. On a du personnel qui a été déplacé, on en récupère, mais c’est un enjeu qui demeure. […] Et il faut voir comment les hôpitaux gèrent l’accès aux blocs opératoires, ils sont pris avec leur liste d’attente de tout ce qui a été repoussé en raison de la pandémie, les chirurgies, les cancers…»

À l’hôpital de Drummondville où elle travaille, elle estime que les électrochocs ont repris à 40 %. «On en a pour plusieurs mois à reprendre les délais.» Sans compter que les interventions qui ont lieu au bloc opératoire prennent plus de temps à cause de nouvelles procédures.

Marie-Claude Parent confirme qu’elle et ses collègues se sont battus pour que le ministère rétablisse les électrochocs à l’externe. «On était très inquiets de l’arrêt de ces traitements-là, ce sont des patients qui sont très malades et pour qui les autres traitements n’ont pas fonctionné. On mettait de la pression depuis un mois et demi, deux mois, pour qu’on puisse les reprendre.»

On a oublié Anne. 

«La dernière fois que j’ai vu ma psychiatre, la première chose qu’elle m’a dite, c’est qu’on n’avait toujours pas accès aux ÉCT, et que ça irait en octobre, en novembre, peut-être même plus tard. Elle m’a aussi dit qu’elle me mettait en priorité pour que j’aie un traitement aussitôt que ça reprendrait.» Elle lui a remis un formulaire pour ses assurances, sur lequel elle a écrit : «en attente de la reprise de la sismothérapie (interrompu vu pandémie) […] selon la possibilité de reprise des [traitements] ÉCT oct. ou nov. 2020.»

Son rendez-vous a eu lieu le 30 juin, le jour du feu vert.

Anne ne l’a jamais su.

Pendant ce temps, elle frappait à la porte du ministère pour se faire répondre dans une lettre formatée qu’elle n’était pas une priorité.

Avec des salutations distinguées.

*Prénom fictif

Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron
Moins de futur à l’avenir

Séance d'orthographe

Moins de futur à l’avenir

CHRONIQUE / J’aimerais que vous m’aidiez à différencier «avenir» et «futur». J’ai lu qu’«on pense à l’avenir et qu’on imagine le futur». Ça ne me satisfait pas. Il me semble que les francophones utilisent trop souvent le mot «futur» et que l’avenir est en voie de disparition (Louise Lévesque, Québec).

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de gens qui connaissent cette subtile différence de sens entre «avenir» et «futur». J’ai plutôt l’impression que la plupart des personnes pensent qu’il s’agit de deux parfaits synonymes. 

Au moins, en français, nous avons deux mots pour exprimer cette réalité à peu près pareille. Les anglophones, eux, n’en ont qu’un seul: «future». Il est donc fort probable que, lors du passage de l’anglais vers le français, on traduise tout simplement «future» par «futur» (vous vous rappelez, la loi du moindre effort...), et que le mot «avenir» soit trop vite écarté.

Je remarque aussi que, hormis le Petit Robert, on ne parle pas de cette confusion entre «avenir» et «futur» dans les principaux ouvrages de difficultés édités en France. Le problème semble donc se poser surtout ici.

Quand on regarde dans les dictionnaires, on s’aperçoit qu’en français, «futur» est surtout employé comme adjectif, en tant que synonyme de «prochain, ultérieur, suivant, ce qui sera tel dans l’avenir» («futur emploi», «future année», «futurs mariés», etc.). La définition comme adjectif arrive même en premier dans le Petit Robert et le Petit Larousse.

Comme nom, le mot est le plus souvent utilisé pour parler des temps de conjugaison (futur simple, futur antérieur), de même que du «temps à venir».

Vous n’aimez pas le truc de la Banque de dépannage linguistique (penser à l’avenir, imaginer le futur)? Pour ma part, je le trouve très bien. Du moins, quand je compare aux explications données par d’autres ouvrages, c’est la distinction qui m’apparaît la plus claire. Dire qu’on pense à l’avenir et qu’on imagine le futur sous-tend que le premier mot s’emploie quand il est question de choses plus concrètes, alors que le second «renvoie à un temps à venir imaginé, lointain, sans référence particulière à ce qui adviendra dans ce temps à venir». Autrement dit, le futur est souvent plus éloigné dans le temps que l’avenir.

Un autre petit truc qui pourrait vous aider : «avenir» vient du verbe «advenir», qui signifie «arriver», «survenir», «se produire», et qu’on utilise aussi dans un contexte beaucoup plus concret et plus proche de nous. Alors que le mot «futur» fait le plus souvent référence à une époque où nous ne serons plus là.

Qu’est-ce que cela signifie pour le choix du vocabulaire? Par exemple, que l’on prépare ou que l’on craint davantage l’avenir que le futur, puisque cela se rapporte à notre vie dans ce moment qui sera. On pense à son avenir, on veut assurer l’avenir de ses enfants, on se demande ce que l’avenir nous réserve, on dit de quelqu’un qu’il est plein d’avenir, que son métier est un métier d’avenir, ou, au contraire, qu’il n’y a pas d’avenir dans ce métier. 

Une voyante tentera de prédire votre avenir, alors que ceux et celles qui cherchent à savoir comment vivront les humains de demain essaient de prédire le futur.

Mais il y a un cas où il y a très certainement anglicisme: lorsque la locution «dans le futur» prend la place d’«à l’avenir», c’est-à-dire au sens de «désormais, dorénavant, à partir de maintenant».

«J’ai encore oublié mon masque dans ma voiture. À l’avenir [et non «dans le futur»], je vais toujours le garder dans ma poche.»

Perles de la semaine

La suite des perles du jeu-questionnaire «Le maillon faible» («The Weakest Link»). Au Québec, cette émission se serait appelée «Le travail à la (dé)chaîne».

«Qui était surnommé le roi Soleil?»

François Mitterrand.

«Quel fleuve traverse Budapest, la capitale de la Hongrie?»

Le Rio Grande.

«En quel animal le vilain petit canard se transforme-t-il dans le conte d’Andersen?»

En lapin.

«Quel roi mage accompagne Melchior et Balthazar?»

Edgar.

«Qui fut maire de Paris de 1977 à 1995?»

Louis XVI.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.


C’est l’heure d’une pause pour «Séance d’orthographe». Vous pouvez quand même m’envoyer vos questions au cours des prochaines semaines, j’y répondrai tout au long de l’automne. Je vous donne rendez-vous en septembre. Bonne fin d’été à tous et à toutes!


Sébastien Lévesque
Le Quotidien
Sébastien Lévesque
La fosse à purin

Sébastien Lévesque

La fosse à purin

CHRONIQUE / « Le premier ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance, mais plutôt l’illusion de connaissance. » - Stephen Hawking

Aussi bien vous avertir dès le départ, cette chronique ne sera probablement pas la plus nuancée que vous lirez aujourd’hui. Elle ne sera pas très originale non plus. Ce sera un « coup de gueule », en quelque sorte. Un coup de gueule contre celles et ceux qui déversent des idées saugrenues, voire dangereuses, sur les réseaux sociaux, mais aussi contre les « gérants d’estrade » qui portent des jugements à l’emporte-pièce. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux!

Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Oui, le masque à l’école

Patrick Duquette

Oui, le masque à l’école

CHRONIQUE / Ainsi, l’Ontario imposera le port du masque en salle de classe aux élèves de la 4e à la 12e année en septembre. Mais pas le Québec. Pourquoi pas de couvre-visage obligatoire dans les écoles du Québec? Fouillez-moi.

J’ai renoncé à comprendre. Les consignes de la santé publique sont déjà difficiles à suivre lorsqu’elles proviennent d’une seule province. Vu de l’Outaouais, où l’on suit ce qui se passe au Québec et en Ontario, c’est carrément à y perdre son latin.

L’Ontario suit l’avis de plusieurs experts canadiens en recommandant le port du masque à l’école. Sur les ondes de Radio-Canada jeudi matin, j’entendais le virologue Hugues Loemba expliquer que c’était une bonne mesure sanitaire. Surtout pour les plus vieux capables de le porter correctement.

À LIRE AUSSI : Port du masque obligatoire pour des élèves de l’Ontario

Plan du gouvernement Ford pour la rentrée: « une insulte », jugent les syndicats

Dans le cas des plus jeunes, c’est moins clair. Les touts petits ont tendance à jouer avec leur masque, à le manipuler dans tous les sens. Au point où le couvre-visage devient un facteur de contamination plutôt qu’une mesure de protection… N’empêche, le gouvernement de l’Ontario recommande le port du masque même aux plus jeunes élèves. L’ultime décision reviendra aux parents et aux enseignants. Alea jacta est! (comme quoi, je n’ai pas tout perdu mon latin).

Vous savez quoi?

Je pense que l’Ontario est sur la bonne voie.

On nous rabâche les oreilles que le masque est une bonne mesure de protection dans les endroits clos où il est difficile de respecter la distanciation. C’est vrai à l’épicerie, c’est vrai à la pharmacie, c’est vrai au restaurant, c’est vrai dans une salle de spectacle. Pourquoi ça ne serait pas vrai dans une petite salle de classe où s’entassent 15, 20, 30 élèves?

Certains diront qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur la question. D’ailleurs, l’hôpital Sick Kid de Toronto déconseille le port du masque en classe. De crainte, justement, qu’il augmente les risques d’infection au lieu de les réduire. Oui, la communauté scientifique est partagée, admet la directrice adjointe de la Santé publique en Ontario, Barbara Yaffe. 

«Mais il existe aussi un consensus, à savoir que le masque est une bonne protection pour l’entourage.» L’entourage? On peut penser aux profs plus âgés. Certains appréhendent la rentrée de septembre de peur d’attraper la COVID d’un jeune asymptomatique. Si le port du masque en classe peut leur apporter une protection supplémentaire, pourquoi s’en priver?

Et puis, on se plaint qu’il n’existe pas de culture du masque au Canada. Contrairement aux Asiatiques, nous ne portons pas de couvre-visage pour nous prémunir des virus ou de la pollution. Et quand on le porte, on le porte généralement très mal. Sous le nez, sous le menton, dans notre poche… Si on veut réellement développer une culture du masque au pays, le meilleur endroit pour débuter, c’est en salle de classe. Les jeunes sont ouverts aux nouvelles idées. Plus, en tout cas, que les grincheux qui fréquentent les manifs antimasques en regrettant leur «LIBARTÉ!» perdue.

Autre initiative intéressante de l’Ontario: le gouvernement mobilisera 500 infirmières-hygiénistes dans les écoles de la province. Leur rôle? S’assurer que les protocoles sont suivis en cas de flambée de COVID. Ils auront aussi comme tâche de freiner la propagation en milieu scolaire et d’assurer la santé des enseignants et des élèves. Cette étroite collaboration santé-éducation est une bonne idée, dont le Québec devrait s’inspirer. À condition d’avoir assez d’infirmières sous la main pour en déléguer dans les écoles!

Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Nous sommes tous sur le <em>Diamond Princess </em>

Patrick Duquette

Nous sommes tous sur le Diamond Princess

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de Bernard et Diane Ménard?

Les deux Gatinois ont été parmi les premiers Canadiens à attraper cette saleté de coronavirus, en février dernier.

Le couple faisait alors croisière dans les mers d’Asie sur le Diamond Princess.

Un paquebot de luxe qui allait vite acquérir une notoriété mondiale en devenant l’un des tout premiers foyers de la pandémie…

La saga entourant la quarantaine imposée à ses 3700 passagers et membres d’équipage, au large du Japon, avait d’ailleurs été suivie dans le monde entier.

Bref, j’ai repensé aux Ménard en lisant une manchette de l’AFP mardi: «Un seul passager serait à l’origine de l’épidémie sur le Diamond Princess».

À lui seul, ce titre devrait sonner comme un rappel à l’ordre pour ceux qui prennent à la légère les consignes sanitaires.

La COVID a frappé le Diamond Princess avec une force formidable. Comme jadis un certain iceberg le Titanic…

Dans un milieu clos, comme un navire de croisière, le méchant virus venu d’Asie a trouvé un incubateur idéal pour se multiplier.

Il a suffi d’un seul malade, un monsieur de 80 ans qui a séjourné moins de 5 jours sur le bateau, pour contaminer 700 passagers. Sept en sont morts.

S’il fallait encore démontrer l’extrême contagiosité de ce virus, en voilà une nouvelle preuve.

Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Le masque à toutes les sauces

Denis Gratton

Le masque à toutes les sauces

CHRONIQUE / C’était en avril 2012. En plein coeur du «printemps érable» au Québec.

À l’instar de milliers d’autres étudiants en province, des dizaines, voire même des centaines d’étudiants de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) manifestaient près de leur campus du secteur Hull contre la hausse des droits de scolarité.

Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Dire «je t’aime» ne suffit pas

Mylène Moisan

Dire «je t’aime» ne suffit pas

CHRONIQUE / C’est facile de juger une fille qui accepte de revoir un gars même si ce gars lui a fait passer de mauvais quarts d’heure.

Ça m’est arrivé.

Pas de juger, de revoir un ex toxique.

Ça fait plus de 25 ans et je me demande encore pourquoi j’ai fait ça, pourquoi je passais l’éponge, pourquoi je donnais une autre chance, et une autre encore. J’y ai repensé cette semaine en lisant dans Le Devoir les allégations à l’endroit de Julien Lacroix, qui aurait agressé une ex qui avait accepté de le revoir. Je cite : «Près de huit mois après leur rupture, Geneviève Morin reçoit un appel de l’humoriste : il s’ennuie et aimerait la revoir. Elle accepte qu’ils se retrouvent à l’appartement qu’ils ont partagé pendant trois ans. “Il m’a agressée sexuellement. Je lui ai dit ‘non, arrête’ et, malgré ça, il a continué. Je pleurais, mais il a fait ce qu’il avait à faire et quand il a eu terminé, il a remis ses pantalons et m’a dit ‘arrête de pleurer, tu ne sais pas à quel point je t’aime’ et il est parti”, témoigne-t-elle, en sanglots.»

Et j’ai lu les commentaires – je sais, je n’aurais pas dû – de gens qui ont jeté la pierre à la fille : elle avait juste à ne pas le revoir.

J’en ai parlé hier avec André Perron, thérapeute conjugal et familial qui voit défiler des couples dans son bureau depuis 40 ans. Il en a vu de toutes sortes, des jeunes et des moins jeunes, assez pour avoir une très bonne idée de ce qui se trame dans ces unions toxiques, d’où il est plus ardu qu’il n’y paraît de s’extirper.

«D’abord, il faut dire qu’il n’y a pas d’explication simple, uniforme ou généralisante de ces situations, chaque cas est unique. […] Mais je crois qu’il faut d’abord regarder ce que la personne a vécu, de savoir si c’est quelque chose qu’elle a observé comme enfant ou si elle a vécu des situations d’abandon ou de rejet. C’est un schéma qui est persistant dans ce type de relations.»

Et, évidemment, ce n’est pas exclusif aux femmes.

Résultat, «la personne est portée à s’effacer, à endurer des choses qu’on ne devrait pas endurer. Elle finit par croire qu’elle ne mérite pas mieux que ça, par avoir peur de ne pas avoir un remplaçant, de ne pas trouver personne d’autre. Il peut y avoir une peur de la solitude.»

«Il ne faut pas vouloir être en couple à tout prix», parce que le prix à payer est parfois très grand, trop grand.

Et pourquoi revoir un ex toxique? «C’est dû à la croyance que l’autre a changé. L’autre s’excuse, au lieu d’être l’agresseur, il se donne le rôle de la victime et elle se dit “je me suis peut-être trompée”… Ils sont habiles, ils disent : “tu vas voir, j’ai changé” et l’autre se dit : “je vais lui donner une autre chance, d’un coup que je passerais à côté de quelque chose”. Le cerveau est parfois étrange, il banalise des choses évidentes.»

Qui crèvent souvent les yeux des gens autour.

André Perron me parle d’une situation d’aliénation parentale où un père avait monté son ado contre la mère. «Il l’avait démonisée, le garçon a été deux ou trois ans sans la voir. Je me suis investi dans cette situation-là et l’enfant a compris. J’ai rappelé la mère cinq ans plus tard et ça allait toujours bien, mais le fils se demandait “comment j’ai pu croire ça ?” Il était comme hypnotisé, sous le joug.»

Ça peut être la même chose dans un couple.

Et «je t’aime» n’est pas une excuse. «Il faut rappeler que l’amour ne suffit pas. Il faut qu’il y ait de l’engagement, une maturité, une sincérité, un respect, une communication et une discipline. […] Quand on est dans une relation toxique, il vaut mieux y mettre fin parce que le potentiel de changement est très mince.»

Et surtout, ne pas y retourner.

Il faut aussi en finir avec une certaine conception de l’amour, même du romantisme. «J’ai une belle-sœur qui a 94 ans. Quand elle était jeune, elle sortait avec un jeune homme, il était à son premier emploi. Quand il a eu sa première paye, il lui a acheté un cadeau, un bijou… et elle a immédiatement rompu! Ça pouvait ressembler à un geste d’amour, mais c’était un manque de jugement flagrant…»

La ligne est parfois bien mince entre les deux.

Un séisme qui a fait «frissonner» tout le continent

Science

Un séisme qui a fait «frissonner» tout le continent

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
24 PAR SECONDE / Mercredi, aux petites heures du matin, un tremblement de terre majeur d’une magnitude de 7,8 a secoué l’Alaska. Il n’a évidemment pas été ressenti par M. et Mme Tout-le-Monde de ce côté-ci du continent, mais les sismographes sont des instruments si sensibles que son signal a été enregistré jusqu’en Haïti !

L’IRIS, un consortium de recherche américain en sismologie, en a tiré l’époustouflante animation ci-dessus, qui montre comment les vibrations se sont répandues d’un bout à l’autre du continent. Mentionnons d’emblée qu’il s’agit d’un condensé : la vidéo ne dure que 36 secondes, mais montre des événements qui se sont étiré sur près de trois quarts d’heure. On y voit l’épicentre de la secousse, marqué par une étoile, ainsi qu’une station sismographique de référence dans l’ouest des États-Unis, marquée d’un triangle.

Chaque point correspond à une station sismologique. Ces points deviennent rouges lorsque la secousse les soulève, et bleus quand ils descendent. Les lignes noires qui apparaissent montrent quand à elles les mouvements horizontaux du sol, indiquant à la fois leur sens et leur amplitude. L’ensemble montre une sorte de «ballet» doublement magnifique, à la fois d’un point de vue esthétique et parce que les «vagues» qui déferlent sur le continent font voir on ne peut plus clairement différents types d’ondes sismiques et comment elles se succèdent. Regardons-y de plus prêt.

Comme l’explique le chercheur en géologie et spécialiste des tremblements de terre de l’Université Laval Richard Fortier, «il y a deux grandes catégories d’ondes sismiques : les ondes de volume et les ondes de surface. Les ondes de volume se propagent dans la terre dans toutes les directions et en ligne droite, alors que les ondes de surface, elles, sont guidées par la surface, elles suivent la surface de la terre.»

Parmi les ondes de volume, poursuit-il, on distingue les ondes de compression, aussi appelées «ondes P», qui forment un patron de compression-dilatation dans la roche. «Le premier son qu’on entend lors d’un séisme, c’est souvent une sorte de gros bang. Ça, ce sont les ondes de compression», dit M. Fortier. Sur le graphique dans le bas de la vidéo, la ligne bleue horizontale marqué de la lettre «P» indique l’instant où les ondes de compression sont arrivées à la station sismographique de référence (le triangle sur la carte). Comme ce sont les plus rapides, se déplaçant à des vitesses de 5 à 7 km par seconde (!) dans la croûte terrestre, ce sont elles qui sont détectées en premier.

Le second type d’onde de volume est appelé «onde de cisaillement», ou «onde S». Celles-là font se déplacer la terre d’une manière perpendiculaire à leur axe de propagation. Elles sont moins rapides qiue les ondes P — «seulement» 3 à 4 km/s —, et arrivent après (c’est la ligne «S» sur le graphique).

Mais les ondes P et S ne sont que le «hors-d’œuvre», pour ainsi dire. «Les ondes qui contiennent le plus d’énergie, celles qui font le plus de dégât, ce sont les ondes de surface», explique M. Fortier. Elles aussi viennent en deux types différents : les ondes de Rayleigh, qui font bouger le sol à la manière d’une vague, et les ondes de Love, qui le secouent horizontalement. Les ondes de Rayleigh sont marquées sur le graph par les lettres «Rl»; celles de Love ne sont pas indiquées, mais on voit très bien que les plus fortes secousses enregistrées par cette station-là commencent avec l’arrivée des ondes de Rayleigh.

«Les ondes de surface se propagent aussi moins rapidement que ondes de volume», complète-t-il, ce qui explique pourquoi elles sont enregistrées plus tard.

Notons que l’acronyme «ScS» sur ce graphique indique une «onde de réflexion», soit une onde S qui allait en direction du centre de la Terre et qui a en quelque sorte «rebondi» sur le manteau terrestre. Elle ne fait que s’adonner à arriver en même temps que les plus fortes vibrations, dit M. Fortier. Les petits mouvements verticaux (les points bleus et rouges pâles) qui continuent à être enregistrés jusque bien après le passage de ces ondes sont d'autres «réflexions», des «échos» du tremblement de terre, en quelque sorte.

Fait à souligner, poursuit M. Fortier, la secousse a été détectée par le sismographe de l’Université Laval, comme le montre le graphique ci-bas. Chacune des lignes turquoises qu’on y voit représente 30 minutes de lecture des mouvements du sol — les heures à la droite indique la fin d’une période de 30 minutes, en temps «universel» (heure de Greenwich, en Angleterre). «On n’a pas détecté les ondes de volume, ce sont les ondes de surface qu’on voit là, explique le chercheur. Ça part vers 6h22 UTC [ndlr : 2h22 du matin, heure de Québec] et ça se poursuit pendant plusieurs minutes. Ce qu’il est intéressant de noter là-dessus, c’est que la vidéo montre que le tremblement de terre s’est produit à 6h12 en Alaska, et on en détecte les vibrations à l’Université Laval vers 6h22. Alors ça montre que l’onde a mis à peine 10 minutes pour traverser tout le continent.»

Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Pour en finir avec les préposés aux bénéficiaires

Mylène Moisan

Pour en finir avec les préposés aux bénéficiaires

CHRONIQUE / Page 2007 de mon vieux Robert 2010, préposé, ée : «personne qui accomplit un acte ou une fonction déterminée sous la direction ou le contrôle d’un autre», dans le sens de commettant. Ou encore, «agent d’exécution subalterne», dans le sens de commis, comme un préposé au vestiaire, une préposée au stationnement.

Un simple exécutant, donc.

Et pourtant, dans un CHSLD ou dans une résidence pour personnes âgées, ceux qu’on appelle les préposés aux bénéficiaires sont des hommes et des femmes à qui on demande d’être à l’écoute de ceux dont ils prennent soin. Je ne veux surtout pas que ceux qui s’occupent des aînés soient sur le pilote automatique.

C’est là où nous en sommes. Surtout depuis la dernière réforme de la santé en 2015, ceux qui font ce travail n’ont jamais été aussi minutés.

Tout est calculé.

Et l’effet pervers, c’est que ça fonctionne aussi à l’inverse. Dans certains CHSLD, des employés font le minimum parce qu’ils n’ont pas intérêt à en faire plus, ils se limitent à ce qu’on leur demande. 

En 2014, je vous parlais de Francine qui a fait ce métier pendant 36 ans et qui a vu s’enraciner cette culture du toujours plus vite. «Si tu mets les souliers, ce n’est pas long et ça peut permettre d’éviter une chute. Si tu prends un peu plus de temps pour nourrir une personne au lieu de la gaver, elle ne sera peut-être pas malade après. Tu n’auras pas besoin de la changer, de la laver...» 

Jugeote 1, trotteuse 0. 

Francine avait été embauchée en 1973, presque 20 ans avant que les centres d’accueil deviennent des CHSLD. «Avant, on nous appelait les “veilleuses”, on veillait sur les gens, on en prenait soin. Le métier a beaucoup changé, on a accès à plus de formation, à des appareils, mais la base est toujours la même. On ne fait pas juste changer des couches, on accompagne les gens.»

D’où cette idée de balancer à la poubelle le terme «préposé aux bénéficiaires» et son acronyme réducteur, PAB. L’Office québécois de la langue française (OQLF) propose aide-soignant(e), qui est employé en France notamment et qui a le mérite de qualifier ce que ces personnes font – ou devraient pouvoir faire – : soigner, prendre soin. Il faut mettre fin, dans les CHSLD, à la gestion de préposées automates.

Et parce que «bénéficiaire» aussi pose problème.

Je retourne dans mon Robert 2010, à la page 241, bénéficiaire : «personne qui bénéficie d’un avantage, d’un droit, d’un privilège». Au verbe «bénéficier de», on donne le synonyme «profiter» et des exemples comme bénéficier d’un traitement de faveur, d’une remise, d’une allocation familiale.

«Voulez-vous bien me dire de quoi les gens bénéficient dans un CHSLD?»

La question est de Jacques Potvin, qui a consacré sa vie professionnelle aux personnes âgées, qui a créé la psychogériatrie et œuvré pendant plus de 40 ans dans les CHSLD. «Ces gens-là n’ont pas de privilèges, ils résident là parce qu’ils sont malades et ont besoin de recevoir des soins, point.»

Ils n’ont certainement pas de privilèges, avec un budget de repas de 2,14 $ par personne par jour et un ou deux bains par semaine.

Et les bains sautent parfois.

Jacques Potvin a un faible aussi pour «aide-soignante» plutôt que pour préposée aux bénéficiaires. «Je trouve que ça serait très bien, que ce serait l’idéal, ça représente bien leur travail.»

Tant qu’à rebaptiser les PAB, le gouvernement devrait en faire tout autant avec l’affreux acronyme CHSLD dans lequel tellement de langues se fourchent et le remplacer sans attendre par ses Maisons des aînés, expression bien trouvée – et jolie – qui résume bien ce que doivent être ces centres d’hébergement.

Des maisons où il devrait faire bon vivre.

Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi les nouvelles maisons des aînés devraient être réservées à 2500 personnes en «perte d’autonomie modérée» comme l’a expliqué en novembre par communiqué la ministre responsable des aînés Marguerite Blais. Tous les aînés devraient se sentir chez eux.

Ça n’a rien à voir avec la largeur des corridors et la grandeur des fenêtres, c’est une question de rapports humains.

Je reçois régulièrement des messages de gens qui me parlent des CHSLD, de bonnes comme de moins bonnes expériences, et les meilleures ne sont pas nécessairement dans les édifices modernes. On me prévient parfois que l’endroit «a l’air de rien», que les corridors et les chambres sont exigus, que la décoration date, puis on me vante l’endroit, les petites attentions, la qualité des soins, surtout les gens qui les prodiguent.  

On s’y sent comme à la maison.

Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
La côlonoscopie

Denis Gratton

La côlonoscopie

CHRONIQUE / Je suis à un âge où certains examens médicaux deviennent nécessaires, inévitables. On devient un tacot en vieillissant. Il roule toujours, le vieux tacot. Oui, il a un peu de rouille, il a vu de meilleurs jours, il émet parfois des bruits mystérieux. Mais il avance, il est fiable. Mais il faut régulièrement vérifier l’engin et chaque petite pièce du mécanisme afin qu’il puisse rouler encore longtemps. Il faut changer l’huile aux 5 000 kilomètres, mettons.

L’un de ces examens à passer à un certain âge est la coloscopie. Ou la côlonoscopie. Les deux s’utilisent et veulent dire la même chose: on vous insère une espèce de caméra dans le corps pour aller visiter vos entrailles.

Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron
Une pinte de bon sens

Séance d’orthographe

Une pinte de bon sens

CHRONIQUE / «L’anecdote se passe il y a quelques années. Je commande une bière et on me demande si je veux un verre ou une pinte. Apparaît immédiatement dans ma tête l’image de nos anciennes pintes de lait qui étaient de 40 onces. Je trouve que c’est énorme. La serveuse ignore ce que cela représente en millilitres, mais elle me dit que ce n’est pas autant que je l’imagine. Je reçois un verre qui contient la demie de 40 onces, qu’on appelle chopine en français. Si je demande une pinte, pourquoi me sert-on une chopine (Ronald Lampron, Lévis)?»

Quand j’étais petit, mes parents achetaient toujours le lait en sacs de plastique. Étant donné qu’ils désignaient chaque sac comme une pinte, je croyais qu’ils parlaient de l’emballage. Évidemment, j’ai fini par découvrir que, dans d’autres familles, on appelait aussi «pintes» les emballages de carton.

Puis j’ai su que la pinte était une ancienne mesure des liquides (je suis d’une des premières générations à n’avoir jamais appris le système impérial à l’école). Mais malgré cela, le mot «pinte» est tellement ancré en moi qu’il m’arrive encore régulièrement de dire que je vais changer la pinte de lait ou que je vais en acheter une au dépanneur. Et je constate que je suis loin d’être le seul, même s’il y a belle lurette que nous sommes passés aux litres. 

Mais le lait est un aliment tellement fondamental chez nous et nous en acquérons le vocabulaire à un si jeune âge qu’il est un peu normal que cette dénomination désuète soit si difficile à faire disparaître.

Bref, il n’y a pas que votre serveuse qui désigne comme pinte une quantité qui, de prime abord, ne semble pas en être une. Il faut dire, à sa décharge, que nous sommes au Canada, un pays culturellement coincé entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Or, bien que ces deux pays recourent au système impérial (je devrais dire «recourait» dans le deuxième cas, car le Royaume-Uni a adopté le système métrique en 1965), la même mesure ne désigne pas forcément la même quantité.

Prenons justement cette fameuse chopine dont vous parlez. Aux États-Unis, c’est 473 millilitres (16 onces), format standard de vente de la crème chez nous. Mais en Angleterre, une chopine, c’est 568 millilitres (20 onces).

Admettez qu’il y a de quoi s’y perdre.

Or, il se trouve qu’en anglais, le mot «chopine» se traduit par… «pint»!

En fait, votre serveuse n’était pas vraiment dans l’erreur. Ce qu’elle vous a apporté, c’est une pinte impériale, autre désignation de la chopine, acceptée par le Grand Dictionnaire terminologique, mais uniquement pour la bière pression.

À vrai dire, il n’y a guère qu’ici que l’on utilise encore le mot «chopine». Dans le reste de la francophonie, on parle d’une pinte, en référence au système impérial, explique le GDT.

Mais vous avez raison: cette quantité n’a rien à voir avec la pinte canadienne, qui est l’équivalent de deux chopines, soit 1136 millilitres (40 onces). Mais comme cette mesure n’est plus en usage chez nous, j’imagine que le GDT a accepté le mot «pinte» pour la bière en jugeant (peut-être un peu trop vite) qu’il n’y avait plus de risque de confusion.

Quid de la pinte américaine? C’est 946 millilitres (32 onces) et ça se dit «quart» en anglais. Et nous n’avons même pas parlé des demiards (une demi-chopine, soit 237 millilitres aux États-Unis... ou 284 au Royaume-Uni).

Épuisant, tout ça, n’est-ce pas? Vous aurez probablement besoin d’une bonne pinte pour vous remettre de cette chronique. Mais votre question nous rappelle tout l’inconfort de vivre simultanément avec deux systèmes de mesure, en partie parce que notre gros voisin s’obstine à ne pas faire la conversion. Vivement le système métrique partout pour que l’on puisse tourner la page sur tout ça! C’est une simple question de bon sens.


PERLES DE LA SEMAINE

Les perles du jeu-questionnaire «Le maillon faible». Ou la revanche des collégiens.

«Par quel moyen de transport appelé MayFlower les Anglais sont-ils arrivés aux États-Unis?»

Le métro.

«Quel était le nom des bateaux qu’utilisaient les Vikings?»

Les bateaux-mouches.

«Le tunnel du Mont-Blanc relie la France à...»

L’Angleterre.

«En quoi se rassemblent les sardines?»

En boîte.

«Quel nom donne-t-on à une personne de petite taille?»

Un schtroumpf.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Les joies du danger

Nous, les humains

Les joies du danger

CHRONIQUE / «C’est la plus belle journée de ma vie!» répétait ma blonde, alors qu’on enchaînait les glissades d’eau au Village Vacances Valcartier.

On était chanceux. Le Village venait de rouvrir en ce 30 juin. Le ciel était nuageux, mais il faisait assez chaud pour ne pas grelotter en dehors de l’eau. Les grands-parents étaient contents de surveiller les enfants dans les petites glissades pendant que ma blonde et moi on redevenait des ados en quête de sensations fortes.

Bonheur suprême, il n’y avait AUCUNE file d’attente. À cause de la COVID-19, le Village était restreint à 30 % de sa capacité de clients. Sur une tripe, on pouvait descendre la Marmite à volonté. Mais c’était la Rock and roll notre préférée. On l’a fait au moins 10 fois dans la journée. Je pense que les jeunes surveillants trouvaient notre enthousiasme insupportable. 

Je vous dis, c’était le point culminant de notre courte semaine de vacances de la fin juin. Avec le recul, je nous trouve adorablement ridicules. Je ne pensais pas qu’on serait aussi euphorique dans les glissades d’eau à notre âge (fin trentaine).

Pourquoi est-ce si plaisant de se laisser glisser à vive allure sur une pente ruisselante? Pour la même raison qu’on s’amuse à virevolter dans les manèges, à sauter en bungee ou en parachute, à être suspendu à des cordes en l’escalade ou à regarder des films d’horreur. Parce qu’il y a de la joie dans le danger. 

Bien sûr, le goût du risque varie beaucoup d’une personne à l’autre. On connaît tous des gens pour qui cet attrait frise le néant. Les montagnes russes? T’es malade! J’ai ben trop peur. 

Au contraire, il y a des gens qui ne semblent jamais repus de vertiges. Pensez, par exemple, aux amateurs de base jump, qui sautent en parachute à partir d’immeubles, d’antennes, de ponts ou de falaises. Les glissades d’eau, ça ne doit pas être très excitant pour eux. 

Même devant un danger contrôlé, la réponse automatique du combat ou de la fuite (fight of flight) s’enclenche. Le cœur bat plus fort, la respiration s’accélère, les muscles se ragaillardissent, les pupilles se dilatent. Le cerveau libère des substances chimiques, dont la dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à l’excitation. 

Les recherches de David Zald, un expert américain de l’imagerie du cerveau humain qui s’intéresse à la manière dont on régule les émotions, ont notamment montré que les flux de dopamine diffèrent chez ceux qui aiment les sensations fortes, par rapport à ceux qui ont tendance à les éviter. En caricaturant, on pourrait dire que les casse-cous manquent de freins pour ralentir le flux de dopamine alors que les chochottes ont les freins collés. 

Entre ces deux extrêmes, la plupart des gens peuvent prendre leur pied dans une forme ou une autre de trips de trouille. En cette période de vacances, où on pense surtout à relaxer, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée de varier les plaisirs en pimentant votre congé estival de quelques périls. 

Allez glisser dans la Rock and roll au Villages Vacances Valcartier, jouez à Tarzan dans une tyrolienne à D’Arbre en Arbre, faites-vous brasser en rafting sur une rivière, laissez-vous étourdir dans le Diable à La Ronde ou, si vous êtes une chochotte assumée, embarquez dans les bonnes veilles autos tamponneuses. Sinon, initiez-vous à l’escalade, au kite surf, au saut à l’élastique, au parachutisme. 

Les émotions fortes laissent des traces plus saillantes dans la mémoire. Faire le plein de souvenirs, c’est un des buts des vacances, non? Après ça, vous relaxerez...

Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Le «code 699», la suite

Denis Gratton

Le «code 699», la suite

CHRONIQUE / Dans une chronique publiée mercredi sur nos plateformes, je vous ai parlé des congés payés nommés «code 699» que reçoivent certains fonctionnaires fédéraux.

Ces congés sont accordés aux employés du fédéral qui ne peuvent se présenter au travail et/ou qui ne peuvent travailler à distance pour des raisons indépendantes de leur volonté. La pandémie est évidemment l’une de ces raisons.

Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Le «code 699»

Denis Gratton

Le «code 699»

CHRONIQUE / On les classe dans la catégorie «autres congés payés». Dans le jargon de la fonction publique fédérale, ces «autres congés payés» sont aussi connus comme le «code 699».

Quand peut-on utiliser le «code 699» pour justifier une absence au travail ? À quel moment un fonctionnaire fédéral peut-il profiter de cet « autre congé payé » afin d’obtenir son plein salaire sans devoir piger dans sa banque de congés de maladie ou de vacances ?

Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
La fin du gazon

Patrick Duquette

La fin du gazon

CHRONIQUE / Ainsi un couple du village de Masham refuse délibérément de tondre son gazon. Au risque d’écoper d’une amende de 400 $ pour entorse au règlement municipal.

Samuel Cloutier et Jazmine Maisonneuve refusent non seulement de tondre leur pelouse, ils ne veulent pas de pelouse du tout. «Nous n’avons pas semé de gazon de manière délibérée parce qu’en fait, nous voulons un pré», a expliqué la dame à CBC.