Coureur des bois

Tolérance réduite dans la forêt publique de l’Estrie

Le grand ménage visant à mettre fin à « l’occupation sans droit » de terres publiques est entrepris en Estrie. Certains chasseurs ont reçu l’ordre de démanteler des installations jugées illégales et Québec a brûlé un camp de fortune à Notre-Dame-des-Bois.

L’opération est toutefois en décalage dans la région par rapport à l’Est du Québec ou aux régions situées au nord du Saint-Laurent où les autorités provinciales ont eu à arbitrer de vives tensions entre chasseurs se disputant les « territoires libres ». Ceux-ci sont constitués de secteurs appartenant à l’État québécois où l’exploitation de la ressource faunique n’a pas été accordée à la Sépaq, à un pourvoyeur ou à une zone d’exploitation contrôlée (ZEC).

Les affrontements entre les partisans du libre accès et ceux qui imposaient des règles d’ancienneté sur des territoires qu’ils considéraient comme étant déjà occupés ont amené le gouvernement provincial à mettre en application des règles d beaucoup plus strictes pour éliminer le vandalisme et l’intimidation.

En cela, l’Estrie était loin d’être une priorité. Alors que la chasse se pratique sur des territoires appartenant presque exclusivement à l’État dans les régions chaudes, 91 % des terres boisées de l’Estrie sont privées.

Avec ses 39 000 hectares, le territoire public non structuré est marginal puisqu’il ne représente même pas le quart de la superficie forestière détenue par la papetière Domtar. C’est donc dans la quasi-indifférence et sans trop de concurrence que de petits groupes de chasseurs s’étaient installés dans des coins isolés de Notre-Dame-des-Bois et Chartierville.

Les premiers avis sont arrivés l’an dernier et d’autres suivent cette année. Les intimés disposent d’un délai de sept mois pour se manifester et obtempérer.

« Oui, des opérations sont effectuées en Estrie pour retracer des occupants et leur demander de démanteler des installations qui contreviennent au règlement interdisant d’ériger ou de maintenir un bâtiment, une installation ou un ouvrage sur une terre de l’État sans autorisation ministérielle » confirme Nicolas Bégin, porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Les photos à l’appui montrent des abris de chasseurs surélevés, solides et confortables. L’accès à l’un d’eux se faisait avec un escalier conventionnel d’une quinzaine de marches qui avait été construit avec soin.

« Nous savions que nous vivions sur du temps emprunté. Entre la tolérance d’hier et la rigidité d’aujourd’hui, nous sommes cependant passés d’un extrême à l’autre », déplore Francis Gaudreau l’un des occupants ciblés.

« Tout ce qui était raisonnable à démonter a été enlevé ou le sera avant l’expiration des délais. Ce n’était toutefois pas pour le cas pour notre camp qui était trop éloigné. Le ministère en connaissait l’existence depuis une bonne vingtaine d’années. Ce camp n’a jamais été verrouillé, n’importe qui pouvait y entrer et comme il était situé tout près d’un sentier de randonnée, il aurait pu servir à d’autres usages.

« Ce n’était pas le gros luxe, mais jusqu’à huit personnes pouvaient y dormir et nous aurions été prêts à payer des droits annuels et à nous investir comme bénévoles pour l’améliorer afin que plus de gens puissent en profiter. Ce fut triste de le retrouver brûlé sans même avoir pu en discuter », décrit M. Gaudreau.

Le ministère s’est appuyé sur le même critère d’accessibilité pour limiter les coûts de démantèlement. 

« Comme nos aires de camping et d’hébergement ont été délimitées par le ministère, aucun de nos membres ne risque d’être délogé. Nos propres règlements concernant les caches sont stricts, mais si un membre refusait un jour de s’y plier, je n’hésiterais pas à demander au ministère d’utiliser son autorité », commente de son côté le président de la ZEC Louise-Gosford, Steeve Edwards.

« La préoccupation de nos 600 membres se situe davantage au niveau des usages multiples. La location d’érablières dont la tubulure reste en place à l’année devient de plus en plus contraignante pour chasser l’orignal sur notre territoire » précise M. Edwards.

Parlant de la ZEC Louise-Gosford, son souper-bénéfice annuel aura lieu le 1er septembre prochain à l’OTJ de Lac-Mégantic. Vous trouverez tous les détails sur le site internet de l’association.

Perspectives

La sévérité envers la marine marchande

Chronique / Grand-maman et grand-papa étaient sur le lac pour encourager leur petit-fils de 13 ans qui avait été invité à se joindre comme nageur à l’aventurière Mylène Paquette ainsi qu’à la ministre Marie-Claude Bibeau, au moment où ces dernières sont arrivées sous escorte dans la baie d’Ayer’s Cliff en pagayant, samedi dernier, pour souligner le 50e anniversaire de l’organisme Bleu Massawippi.

« Ce qui devait être un après-midi festif m’a plutôt laissé un goût amer », résume Michel Duffy après avoir été écarté du défilé par un contrôle de la patrouille nautique Memphrémagog.

— Auriez-vous l’obligeance de nous montrer votre permis de conducteur d’embarcation de plaisance?

— Je l’ai, mais pas sur moi. En fait, je l’attends, je ne l’ai pas encore reçu. Je vous assure cependant que je suis en règle, aurait fait valoir l’homme qui était à la barre d’une chaloupe d’aluminium équipée d’un moteur électrique de faible puissance.

Ayant passé ce test de qualification en ligne au mois de juin, les dernières consignes sont fraîches à ma mémoire : 

Vous avez réussi l’examen. Vous recevrez sous peu votre carte permanente. D’ici là, voici une attestation temporaire que vous pouvez imprimer et présenter comme preuve.

M. Duffy n’avait pas cet imprimé au lac où il a passé une partie de l’été. Sa carte était cependant dans le courrier qu’il a dépouillé à son retour à la maison.

Il est fait mention durant la formation de l’obligation d’avoir sa carte de compétence sur soi. Comme cela est d’ailleurs prescrit dans le Code de la sécurité routière pour la conduite automobile. Les portefeuilles et les sacs à main suivent toutefois moins intuitivement sur l’eau qu’en voiture.  

Quiconque manque à cette obligation sur la route s’expose à une contravention de 30 $ à 60 $, m’a-t-on confirmé à la Société de l’assurance automobile du Québec. En vertu de la Loi de 2001 sur la marine marchande au Canada, le navigateur fautif a reçu à une contravention de 322 $.

« C’est absurde, c’est de l’abus de pouvoir. Encore plus dans le contexte bon enfant d’un défilé protocolaire. La priorité aurait dû être les conducteurs de motomarines qui circulaient à haute vitesse en périphérie du groupe. Le patrouilleur m’a répondu sèchement qu’il n’était pas là pour défendre les règlements, mais pour les appliquer », maugrée-t-il.

Ça aurait pu être bien pire. 

M. Duffy a été informé que, faute d’avoir une lampe de poche fonctionnelle et parce qu’un sifflet à billes n’est pas considéré comme fiable pour appeler du secours, il aurait pu avoir à payer la même amende de 250 $ en plus des frais pour chacun de ces manquements additionnels. 

Dans la trousse de sécurité nautique (petite chaudière orange) vendue dans la plupart des grands magasins et que je me suis procurée, la corde de 15 m raccordée à une bouée et le sifflet sont certifiés et prêts à utiliser. Mais la lampe de poche est livrée sans piles. Ce détail qui m’avait échappé aurait pu me valoir une amende 25 fois plus coûteuse que la trousse elle-même!  

Rappelons que la règle s’applique également pour les « engins à propulsion humaine » comme les canots ou les kayaks. Si les utilisateurs ne portent pas de gilet de sauvetage durant l’activité, la trousse est obligatoire.

J’ai vu plus tôt cette saison les constats remis à deux kayakistes : le total des infractions cochées représentait pour chacun une amende de 1600 $! Fort heureusement pour eux, il ne s’agissait que de billets d’avertissement.

« Comme dans la majorité des cas », commente la coordonnatrice de la patrouille nautique Memphrémagog, Sylvie-Anne Laverdure.

Selon les relevés des deux dernières années, seulement 65 constats d’infraction (voir tableau) ont été donnés sur les lacs Memphrémagog, Massawippi, Magog et Lovering durant la saison 2017 alors que 390 avertissements écrits ont été signifiés au cours de la même période. 

Ce ratio de 1 billet pour 17 avertissements a été un peu moins sévère que celui de 2016, qui avait été de 1 billet pour 12 avertissements.

Perspectives

La période des fissures dans l’unité

CHRONIQUE / Décision judicieuse que celle d’avoir assuré le financement à long terme de l’Observatoire du Mont-Mégantic, une annonce ayant sécurisé cette semaine cette expertise scientifique fiable s’avérant également un produit touristique précieux.

On s’ennuierait des astronomes en tout cas, s’il fallait s’en remettre à la mathématique politique pour calculer les jours d’éclipses solaires.

Perspectives

Le moment de sortir les casseroles

CHRONIQUE / Un jour les Canadiens, et je dirais au premier chef les Sherbrookois, bombent le torse pour appuyer la bravade de leurs gouvernants face aux Saoudiens. Le lendemain, ils se flagellent pour se punir d’avoir défendu la liberté d’expression de manière trop insistante, craignant d’avoir ainsi nui aux chances de libération de Raif Badawi.

« C’est clair qu’on ne peut pas être optimiste », a exprimé comme point de vue le professeur Thomas Juneau de l’Université d’Ottawa.

Actualités

Nostalgie du camp de jour

CHRONIQUE / Avec seulement quelques journées à faire aux camps de jour, enfants et animateurs sont crevés. Je me souviens bien de ce sentiment, moi qui ai animé plusieurs années. Un passage d'une journée dans un camp de Sherbrooke m'a rappelé que ce métier n'est pas facile, sous-estimé, mais ô combien motivant !

La coordonnatrice du camp de jour en question me l’a confirmé : depuis quelque temps, il est compliqué d’aller chercher de nouveaux employés. Même que cet été, coup de théâtre, cinq animateurs ont donné leur démission, ce qui a forcé l’administration de l'organisme à changer les groupes et les équipes d’animateurs. Résultat ? Tout le monde est mélangé et la chimie des groupes part en fumée. 

En animant une journée, j’ai constaté que la game n’avait pas changé et que, en effet, il n’est pas possible d’exercer ce métier pour faire de l’argent ni pour le prestige. L’animation doit être une passion.

Le travail d’animateur est si sous-estimé qu’une amie s’est déjà fait dire « je vois que tu n’as jamais eu de vrai emploi », lorsqu’elle est allée remettre son curriculum vitae à l’épicerie du coin. Insultant, vous dites ?

Je rappelle que l’animateur doit créer des jeux plaisants pour les enfants, faire de la discipline, être organisé dans ses déplacements lors des sorties, soigner les 1001 bobos, régler nombre de conflits, être patient avec les jeunes ayant des problèmes, veiller à ce que tout le monde s’amuse, en plus de gérer les parents qui, parfois, peuvent être désagréables et impatients. Et ce n’est pas un vrai emploi ?

Je vois parfois des parents avoir de la difficulté à passer la journée avec leurs deux ou trois enfants. Imaginez en avoir 25! Ce n'est pas pareil, certes, mais quand même. Techniquement, lorsqu'ils sont sous notre garde, nous avons les mêmes responsabilités qu'un parent.

Je ne dis pas que je n’ai pas apprécié mon expérience, personnellement, j’ai tripé. Durant quatre ans, j’ai donné mon maximum afin de remplir tous ces critères et j'espère avoir bien réussi. 

Durant ma journée d’animation, j’ai revisité quelques classiques. Les petits gars trop compétitifs qui célèbrent trop lorsqu’ils marquent un but au soccer, ce qui met en rogne les mauvais perdants de l’autre équipe, la crise monumentale d’un enfant qui s’est fait voler le ballon, etc. J’ai également dû intervenir lorsque deux jeunes en sont presque venus aux coups. Résultat? Pénalité majeure, cinq minutes sur le banc à regarder les autres jouer. Croyez-moi, ça fait plus mal que l'on pense. Un peu comme un autre jeune qui, quelques minutes après la chicane, s'est enfargé sur l'asphalte. Au menu: pleurs, sang, désinfectant et diachylons. Ne vous inquiétez pas, le jeune est revenu au jeu assez vite, merci. 

Les bons côtés de l’animation

On ne parle pas assez des bons côtés du métier d’animateur. Le plus beau sentiment, c’est quand on sent qu’on a créé un lien de confiance avec un enfant. Je me rappelle, une année, je me suis fait dire par une collègue : « Jérémie (nom fictif) est le pire. Il n’est pas du monde, ne participe jamais, intimide les autres amis et exerce une mauvaise influence sur le groupe. » J’avais un peu peur de voir si c’était vrai. J’arrivais à une nouvelle place et je ne connaissais aucunement le jeune en question. Comme il était un peu plus vieux que les autres, j’ai décidé d’agir avec lui comme s’il était un aide-animateur. Il m’aidait avec le matériel et avec tout ce qui touchait à la participation. Finalement, ce qui devait être mon pire cauchemar s’est transformé en puissant leader. Finalement, nous avons passé un superbe été. 

Cette année-là, j'ai eu la chance de sortir complètement de ma zone de confort. J'avais animé dans un quartier aisé durant trois ans. Et là, je me retrouvais dans un quartier assez défavorisé de l'est de Sherbrooke. Pourtant, je pense que c'est durant cet été que j'ai réalisé à quel point c'est important le camp de jour. Les jeunes aimaient sortir de leur quotidien parfois difficile pour venir s'amuser. Oui, ils étaient un peu plus turbulents, mais ils étaient vrais. Pas de cachette, pas de crise d'enfants-rois. Ils venaient s'amuser, tout simplement.

De nombreuses histoires

On peut l'oublier, mais les enfants ont une histoire. C'est en discutant, en s'intéressant à eux qu'on peut les comprendre et ça nous aide à intervenir avec eux. Une fillette me parlait de son passé en Syrie, où elle a entendu une bombe exploser à proximité de sa maison. Après nous avoir raconté leurs anecdotes, les jeunes de 10-12 ans ont commencé à philosopher. Durant une demi-heure, nous avons passé au travers tous les sujets, allant de la guerre au racisme, passant par les livres de blagues. Ils sont intelligents, ces enfants.

Un autre sentiment agréable, c’est de constater que le jeu que tu as planifié fonctionne. C’est-à-dire qu’il n’y a personne qui s’assoit sur le bord du mur avec une baboune, martelant son désintérêt face à l’activité proposée.

Ce que je n’ai pas pu faire en une seule journée, c’est de créer une chimie de groupe. C’est probablement ce que j’aimais le plus de mon métier d’animateur, de voir les enfants créer de nouvelles amitiés qui perdurent durant des années. C'est vraiment un sentiment de fierté qui vient t'habiter quand, à la fin de la dernière semaine, tu constates que les enfants ont autant de peine que toi que l'été soit terminé. 

Les anim’s

Cependant, ce ne sont pas seulement les enfants qui se font des amis. C’est dans ces années que j’ai eu l’occasion de connaître ceux qui sont encore aujourd’hui mes grands chums, que je vois encore très souvent, malgré le manque de temps et la distance qui sépare certains membres du groupe. Les animateurs forment une gang soudée et dégagent une énergie indescriptible. 

En conclusion, je réitère mon respect aux animateurs de camps de jours, à qui je conseille de profiter de chaque moment, puisque quelques années après sa retraite, Youppi (mon nom d’animateur), est nostalgique de vous voir vous amuser toute la journée... malgré la complexité de la tâche !

Les joies gratuites

CHRONIQUE / Vous ne pourrez pas dire que je ne pense pas à vous. Parfois, il m’arrive même de relire vos courriels un an plus tard.

Récemment, j’ai croisé la chute Montmorency en auto et j’ai relu le message d’un monsieur qui m’avait écrit au printemps 2017 pour me parler des «grouillants».

«Hier, à l’heure du souper, je suis passé par la chute Montmorency. Je ne saurai pas trouver les mots pour décrire cette chute gonflée à ce temps-ci de l’année. De partout où je me déplaçais, elle m’apparaissait différente, je ne me lassais plus de l’observer, de l’entendre», m’a-t-il écrit. 

Pendant ce temps-là, me ­décrivait-il, une bonne dizaine de coureurs montaient les 487 marches de l’escalier «panoramique» au flanc de la falaise. «Certains avaient des moniteurs cardiaques attachés à leur avant-bras. Combien parmi eux ont pris le temps de faire une méditation devant la chute après leur exercice? Je lance un chiffre comme ça : 0.»

Par «méditation», le lecteur ne voulait pas dire de s’asseoir, de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Il parlait de méditer dans le sens de contempler la beauté d’une chute majestueuse. Une chute que seuls les touristes s’arrêtent pour regarder, mais que les coureurs ont réduit à un accessoire de jogging. 

Le monsieur, un homme dans la soixantaine, avait un nom pour ces gens très actifs qui n’ont pas de temps pour la contemplation. Ils les appelaient les «grouillants».

L’expression m’est restée en tête depuis. Et je dois vous dire que ces temps-ci, j’en vois partout, des grouillants. Sur les trottoirs, au parc, dans la forêt, sur les lacs. Ils courent, ils nagent, ils roulent, ils grimpent, ils pagaient.

Je n’ai rien contre le sport, même que je joue à la pétanque le dimanche soir. Reste que quand on passe son temps à surveiller son rythme cardiaque sur sa montre, difficile d’admirer la beauté qui nous entoure. 

Il peut y avoir un temps pour les deux, bien sûr. Mais comme le notait mon envoyé spécial à la chute Montmorency, on dirait qu’il y en a juste pour le premier. 

«La beauté des choses existe dans l’esprit de celui qui les contemple», disait le philosophe David Hume, que je n’ai jamais pris le temps de lire, mais qui a de très belles citations sur Internet. 

Peu importe, c’est vrai : on ne peut apprécier la grâce des choses qu’en s’arrêtant pour les contempler. L’observation attentive donne accès à tous les remous de la conscience : images, sons, saveurs, sensations, émotions et pensées susceptibles de nous procurer des expériences positives.

Au secondaire, j’avais un prof de morale qui nous parlait souvent des «joies gratuites», ces petits moments du quotidien qui nous font du bien et qui ne coûtent rien, genre enfiler un vêtement propre, faire la grasse matinée le samedi, plonger dans une piscine un jour de canicule, recevoir un compliment, boire une bière après une journée de travail et, oui, regarder un coucher de soleil.

Durant des années, j’ai trouvé cette idée épouvantablement quétaine. Mais en lisant sur la populaire pratique bouddhiste de la «pleine conscience» — qui consiste, en gros, à être attentif au moment présent —, j’ai réalisé qu’on loupait effectivement beaucoup de joies gratuites dans une journée. Or, qui peut vraiment se passer d’un truc gratuit? Et joyeux? 

Pour que les joies gratuites enchantent notre cerveau, le neuroscientifique Rick Hanson recommande de les savourer au moins 20 à 30 secondes, en ne se laissant pas distraire par autre chose. 

Je ne sais pas si les grouillants y arrivent. Chaque fois que je roule vers la Côte-de-Beaupré et que je passe devant la chute Montmorency, j’ai une petite pensée pour eux. J’espère qu’ils prennent le temps d’apprécier la beauté de ce vertigineux plongeon de la rivière Montmorency vers le fleuve Saint-Laurent. Et je me dis que, moi aussi il serait peut-être temps que je m’y arrête. 

En attendant, il y a bien d’autres joies gratuites. Encore plus en vacances...! De retour dans trois semaines. 

Perspectives

Les enfants du Bon Dieu

CHRONIQUE // Il n’y aura rien de spécial aujourd’hui au bas de la côte du chemin du Théâtre, à Eastman, là où 40 personnes sont mortes noyées il y a 40 ans jour pour jour. Même pas une minute de silence comme rappel des cris de détresse des victimes, la plupart des personnes handicapées.

L’autobus qui transportait des membres de la Fraternité des malades et handicapés d’Asbestos, de leurs proches ainsi que des accompagnateurs avait atterri à grande vitesse dans le lac d’Argent et avait surfé sur plusieurs dizaines de mètres. Une fois immobilisé, le véhicule avait flotté durant une douzaine de minutes avant de couler dans 18 mètres de profondeur en n’épargnant que sept passagers.

« Un jour, il faudra admettre une vérité : si les victimes avaient été des enfants normaux, nous serions allés d’enquête en enquête et de procès en procès. Le drame n’aurait pas lui-même sombré dans l’oubli », croit Estelle Dufour.

Mme Dufour habite sur la 5e Rue, à mi-chemin dans la pente raide de 1 km séparant le Théâtre de la Marjolaine et le lac d’Argent, là où le chauffeur de l’autobus s’était rendu compte que les freins ne répondaient plus. Sans même tenter de s’engager dans l’intersection en T, il avait poussé son véhicule propulsé par la gravité dans le lac.

 « Ce sont des remarques entendues par la suite qui m’ont marquée et choquée : des amis et des proches de victimes ont parlé d’une délivrance, d’une générosité divine pour accueillir ces enfants plus rapidement au paradis! »

 Des enfants qui avaient à peu près tous dépassé la vingtaine, ainsi étiquetés à cause de leur vulnérabilité.  

 « N’en doutez pas, j’ai entendu les mêmes remarques qui étaient l’expression de croyances et de valeurs de l’époque », confirme Alain Pouliot, l’un des sept rescapés de cette sombre soirée. 

« Le fun était dans l’autobus après la pièce de théâtre à laquelle nous venions d’assister. Imaginez, nous chantions Il était un petit navire lorsque le conducteur nous a dit que les freins avaient lâché. C’est aussi frais dans mes souvenirs que si ça s’était passé hier. »

 Accompagnateur ce soir-là, l’artiste aujourd’hui connu sous le nom de Big Daddy ventile depuis avec la musique ce flirt avec un fin atroce.

« Après ça, tu n’as plus peur de mourir. Tu t’ancres dans le présent. Tu portes davantage attention aux autres et je n’ai pas besoin d’aller loin pour trouver des exemples de courage. Guylaine (Veilleux), la femme qui partage mon quotidien, a combattu quatre cancers. C’est assez mouvementé, ça aussi, comme trajectoire de vie. »

« Exceptionnellement, je n’étais pas au chalet ce soir-là. Ce seul hasard est de la chance, car je ne suis pas certaine que j’aurais pu vivre avec les souvenirs des appels à l’aide. Les séquelles psychologiques ont été telles que certains riverains ont choisi de vendre et de partir », soutient Nicole Lupien, une voisine immédiate des lieux du drame.  

Un garde fou ralentirait aujourd’hui un véhicule en difficulté au bas de la côte. Cette rampe métallique aurait-elle été assez résistante pour empêcher le naufrage de l’autobus dans le lac d’Argent? Peu probable.

« C’est un site qui était très fréquenté à l’époque par les jeunes d’Eastman, dont j’étais. Nous n’y percevions aucun danger », témoigne le maire actuel, Yvon Laramée.

Les équipes d’urgence n’étaient pas il y a 40 ans ce qu’elles sont aujourd’hui.

 « Même après cette tragédie et même en considérant que nous avons quatre lacs sur le territoire de notre municipalité, il n’a pas été simple de vendre aux citoyens l’investissement dans une chaloupe pour nos secouristes », souligne le maire à ce sujet.

Le site est maintenant privé et seuls les propriétaires du Domaine de l’Estrie y ont accès. Une haute haie de cèdres a été installée pour en augmenter l’intimidé.

« Nous voulons honorer la mémoire des victimes. Ça n’a pas été possible de le faire pour le 40e anniversaire, mais ça viendra », assure M. Laramée.

Communauté d’origine des 40 victimes, Asbestos a déjà un lieu de commémoration.

« Ce n’est pas de porter un jugement sur des familles que de rappeler objectivement que les personnes handicapées étaient laissées dans la marge il y a 40 ans », fait valoir Estelle Dufour lorsque nous reprenons le fil de cette discussion.

 « Parfaitement d’accord. Les apprentissages transmis aux personnes atteintes de limitations intellectuelles se résumaient à quelques exercices de mémoire comme se laver les dents, faire son lit, etc. Les programmes pour le développement des connaissances et de la confiance avec le souci d’intégration sont arrivés plus tard », souscrit Mark McQuaid, ex-professeur auprès de cette clientèle adaptée, qui se joint à la conversation.

Qu’une puissante corporation comme Wal-Mart ait préféré en début d’année au Québec reconsidérer sa politique d’embauche de personnes handicapées plutôt que d’ignorer les reproches en dit long sur les transformations sociales.

Les accidents meurtriers du lac d’Argent et de la côte des Éboulements dans Charlevoix (à deux reprises) ont d’autre part mené au renforcement des normes provinciales d’entretien et d’inspection des autobus au même titre que la dévastation du centre-ville de Lac-Mégantic a réécrit de longs chapitres sur la sécurité ferroviaire au pays.

« Ce parallèle tient la route jusque dans les arguments invoqués devant les tribunaux pour disculper le chauffeur ainsi que la compagnie d’autobus de toute responsabilité criminelle. À Eastman comme à Lac-Mégantic, on ne pouvait imputer à des individus les conséquences de règles mal définies ou mal appliquées », compare l’avocat Patrick Fréchette.

Me Fréchette n’avait pas encore entrepris sa formation en droit il y a 40 ans. Par contre, c’est son illustre père Raynald qui avait obtenu comme avocat de la défense l’acquittement des accusés à la fin des années 70.

Le 4 août 1978 n’a pas été qu’une journée de deuil collectif. C’est un autre jalon de notre passé.

Chronique

Une poffe ou deux poffes?

CHRONIQUE / Beaucoup de médecins hésitent encore à prescrire du cannabis médical à leurs patients qui souffrent de douleur chronique.

C’est que la prescription de pot médical demeure une science moins précise que celle des médicaments traditionnels. Le dosage, entre autre, est problématique.

Patrick Duquette

L’envahisseur québécois

CHRONIQUE / La dame au bout du fil en a long à dire contre les Québécois de plus en plus nombreux qui vont se faire soigner dans des hôpitaux de l’Ontario pour éviter les attentes à l’urgence.

« Ça n’a plus de bon sens. Les Québécois sont en train d’envahir nos hôpitaux. Des hôpitaux que nous payons avec nos taxes d’Ontariens », s’emporte Gisèle Léger, 74 ans, de Saint-Isidore dans l’Est ontarien.

Chroniques

Arrêtez d’aider les pêcheries !

CHRONIQUE / Le Forum économique de Davos a publié, le 20 juillet dernier, un véritable cri du coeur. En 2011, la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) constatait que 29 % des stocks de poissons océaniques étaient surexploités, 61 % étaient à la limite de l’être, et seulement 10 % montraient encore une marge de manoeuvre. Comme les poissons marins représentent 17 % de l’apport de protéines animales dans l’alimentation humaine (26 % dans les pays les plus pauvres), la surexploitation des espèces marines constitue potentiellement une menace à notre propre espèce.

Le Forum économique de Davos a publié, le 20 juillet dernier, un véritable cri du coeur. En 2011, la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) constatait que 29 % des stocks de poissons océaniques étaient surexploités, 61 % étaient à la limite de l’être, et seulement 10 % montraient encore une marge de manoeuvre. Comme les poissons marins représentent 17 % de l’apport de protéines animales dans l’alimentation humaine (26 % dans les pays les plus pauvres), la surexploitation des espèces marines constitue potentiellement une menace à notre propre espèce.