Chronique

Le cannabis et les élections fédérales

CHRONIQUE / Après des mois de discussions avec les provinces et d’objections de la part des sénateurs, le gouvernement Trudeau a finalement obtenu le feu vert pour aller de l’avant avec la légalisation du cannabis. Fumer un joint n’est pas encore permis, mais il le sera à partir du 17 octobre. À 15 mois des prochaines élections fédérales, la légalisation du cannabis au pays a de bonnes chances d’être perçue comme le principal legs du gouvernement Trudeau.

Les débats des derniers mois ont démontré les avantages et les dangers liés à la légalisation de la consommation et de la production du cannabis. Mais une fois la décision politique prise et entérinée par les institutions concernées, le véritable défi du gouvernement canadien et des provinces sera de faire un suivi minutieux et attentif de son application.

Il serait naïf de croire que l’entrée en vigueur de cette législation ne causera pas de problèmes. L’idée maîtresse qui doit dicter le suivi à ce changement doit porter sur une réaction rapide aux mauvaises surprises. 

Les politiciens ont souvent l’habitude de passer à autre chose une fois leurs politiques adoptées. Ils attendent les rapports d’experts ou des vérificateurs pour corriger le tir, ce qui prend généralement beaucoup de temps. À Québec, c’est le prochain gouvernement qui verra à l’application et à la surveillance de la réglementation sur le cannabis. Comme la nouvelle équipe gouvernementale sera élue le 1er octobre, ses priorités seront ailleurs. Elles porteront notamment sur la composition du Conseil des ministres, et la préparation du prochain exercice budgétaire. Il faut du temps à un nouveau gouvernement pour se mettre en place et il en faudra davantage si c’est l’équipe de François Legault qui prend le pouvoir.

La situation n’est pas la même à Ottawa. Il s’écoulera une bonne année avant le rendez-vous électoral d’octobre 2019. Une année pendant laquelle la moindre anicroche liée à la légalisation du pot fera les manchettes et alimentera les critiques de l’opposition. Même si les municipalités et les provinces seront les premières instances à écoper, tout le monde saura que c’est d’Ottawa qu’est venue la décision de légaliser l’usage du cannabis au pays. Le gouvernement fédéral n’aura pas le loisir de s’en laver les mains sous prétexte que les problèmes soulevés ne sont pas de sa juridiction.

On l’a vu dès mercredi, la décision du gouvernement canadien a fait l’objet des manchettes dans toutes les grandes capitales. Le Canada est le premier pays du G7 à légaliser le cannabis. L’expérience canadienne sera donc suivie avec intérêt par la communauté internationale. Ce serait un bien mauvais signal s’il fallait que les problématiques en lien avec cette décision en viennent à prendre la vedette sur les objectifs de ce changement. S’il fallait par exemple que la légalisation ne parvienne pas à sortir le crime organisé de ce commerce. Ou encore que ce changement législatif ait comme résultat d’accroître considérablement la consommation chez nos jeunes, ou d’augmenter les tragédies routières.

C’est aux provinces et aux municipalités qu’il incombera d’accompagner ce changement, mais c’est vers Ottawa que les regards se tourneront pour voir si la légalisation du pot a été assortie des mesures préventives nécessaires pour en faire un succès.

La victoire des conservateurs dans l’élection complémentaire de lundi dans Chicoutimi–Le Fjord n’avait probablement bien à voir avec cette affaire. Mais elle a tout de même démontré que le Québec n’est pas acquis aux libéraux. À la lumière de ces résultats, il ne faudrait surtout pas que la mise en place de la légalisation du cannabis s’avère un désastre pendant sa première année.

Entre les lignes

1-0 pour Mélanie

Lundi matin, 8 h. En garant ma voiture dans le stationnement du bureau, Gloria Gaynor chantait Never Can Say Goodbye dans ma radio. Aïe, aïe, äie.

En entendant les premières notes, je suis retombée nauséeuse.

Perspectives

Les premières graines de l’économie du risque

CHRONIQUE / En parcourant les 5 km vers le cul-de-sac du Rang 2 avant d’entrer dans un chemin forestier passant par une gravière, on se croit bien plus en route vers Woodstock que sur le point d’aboutir dans le champ qui pourrait devenir le plus grand jardin de cannabis au Canada.

C’est en étirant l’élastique qu’on associe le site des futures serres de MYM Neutraceuticals à Weedon. Il se trouve à 15 km du clocher du village, chemin faisant vers Gould et aux limites de Dudswell.

Perspectives

Pas riches, mais pas cancres

CHRONIQUE / Au lieu de la traditionnelle surenchère des emplois, ce sont les salaires qui deviennent le miel des partis d’opposition courtisant le vote des Québécois pour remplacer le gouvernement Couillard.

Après la Coalition avenir Québec, le Parti québécois promet lui aussi d’amener la région à la moyenne provinciale de la rémunération. Le candidat péquiste Guillaume Rousseau dans Sherbrooke, qui convoite le siège du ministre Luc Fortin, s’est montré particulièrement virulent dans ses critiques.

Chronique

«Le député, c’est de la schnoutte!»

CHRONIQUE / Après 42 ans à l’Assemblée nationale, le doyen des élus, François Gendron, reproche aux médias d’avoir largement contribué à discréditer le rôle des députés. «Le député, c’est de la schnoutte» aux yeux des médias, a déclaré M. Gendron, dans une entrevue à La Presse canadienne. Selon lui, les médias sont coupables de ne pas inviter les élus à commenter l’actualité politique, et d’inviter à la place une horde de «commentateux» de tout acabit «qui polluent les ondes».

Je ne sais pas à qui en particulier M. Gendron faisait référence, mais ce n’est pas très gentil pour ses anciens collègues comme Rémy Trudel, Louise Beaudoin, ou Yves-François Blanchet, qui comptent parmi les nombreux «ex» de la politique qui sont régulièrement invités à commenter l’actualité.

Cela dit, M. Gendron a raison sur un point : il n’y a pas beaucoup de place pour les députés dans le paysage médiatique accaparé par les chefs de parti et les ministres du gouvernement. Et c’est vrai que l’espace-temps accordé au commentaire politique, depuis une décennie ou deux, a souvent été donné à des anciens politiciens qui prennent toute la place. Au lieu de rechercher l’expertise chez les députés, les recherchistes des médias se tournent souvent vers ces politiciens d’une autre époque, parce qu’ils sont disponibles et qu’ils sont censés savoir. 

Mais s’il faut partager les reproches de François Gendron, il faut aussi regarder du côté des élus. Leur problème, c’est que les partis politiques ne leur laissent pas beaucoup de liberté dans leurs relations avec les médias. Si vous appelez au bureau du député X ou Y, peu importe la couleur du parti, il y a de fortes chances qu’un apparatchik du bureau du chef vous rappelle pour savoir de quoi vous désirez causer. Et si le sujet est le moindrement controversé, le député se fera dicter une «ligne de presse» ou se fera dire de ne pas retourner l’appel. 

Quand vous avez gagné leur confiance, certains députés vont accepter de vous parler, à la condition que ce soit off the record. Mais ce n’est pas ainsi qu’ils vont se faire valoir ou se faire connaître du public.

Le fait est qu’il est très difficile pour la plupart des élus de traiter avec les journalistes. Certains en ont une peur bleue, d’autres sont maladroits, et les audacieux qui osent nous parler risquent de se retrouver en porte à faux avec les politiques officielles du parti ou de leur chef.

Il y a pourtant des exceptions à la règle. C’est là que les élus qui désirent être plus que de «la schnoutte» devraient prendre modèle. J’ai encore en mémoire le cas de l’ancien député libéral fédéral Jean-Claude Malépart au début des années 80. Ce n’était pas le plus éloquent ni le plus instruit, mais il avait une grande qualité, soit d’exprimer tout haut, même devant Pierre Elliott Trudeau, ce qu’il ressentait de la part de ses concitoyens. Il n’y avait pas de game politique avec lui, simplement l’expression franche et honnête de son opinion.

Plus près de nous, le caquiste Simon Jolin-Barrette a rapidement fait sa place auprès des médias en provoquant des rencontres et en affichant son ouverture. Ce n’est pas tout le monde qui a cette capacité et qui jouit d’une telle confiance, mais son cas démontre que c’est possible, à la condition d’y mettre le temps et les efforts. 

Ce n’est pas facile de communiquer efficacement dans le monde médiatique actuel, dominé par «les clips» de 10 ou 15 secondes. Des clips qui ne trouvent leur place dans les bulletins de nouvelles que si leur auteur place son parti ou le gouvernement dans l’embarras. Le reproche que François Gendron fait aux médias est donc partiellement mérité, mais il ne couvre qu’un côté de la réalité.

Chronique

Comment ça va, la mort?

CHRONIQUE / Au cours des 20 dernières années, la docteure Lucie Morneau a perdu des dizaines et des dizaines de patients.

«Au moins mille.»

Perdre n’est évidemment pas le bon mot, elle les a accompagnés dans le dernier bout de leur vie, quand la mort n’est plus un concept théorique ni une abstraction. Quand elle est un rendez-vous.

Lucie est médecin en soins palliatifs à Lévis, elle va chez ceux qui savent qu’ils n’en ont plus pour longtemps. Elle n’y arriverait pas toute seule, elle peut entre autres compter sur une infirmière, une travailleuse sociale et une ergothérapeute, qui ont aussi choisi de travailler dans l’antichambre de la mort.

Où, voyez-vous, c’est plein de vie. «C’est une idée fausse que l’on a, qu’après le diagnostic terminal, c’est un cauchemar permanent. On atteint des moments magiques, des discussions sur leur vie, sur leurs valeurs. Et on rit, on rit beaucoup, si vous saviez! [...] On a accès à la personne, même quand elle est dans la négation.»

La négation de la fin.

Ça fait partie de son boulot aussi d’amener les gens à accepter qu’ils sont au bout du chemin. «Dans notre société, on pense que c’est un droit de vivre jusqu’à 80 ans. C’est un privilège. Chaque jour est un bonus.»

C’est plate, mais on va tous mourir.

C’est une des choses que souhaite Lucie, qu’on arrive à parler de la mort comme on parle du temps qu’il fera demain. J’exagère, vous comprenez l’idée. «Je vois des gens qui nient jusqu’à la fin, qui n’accepteront jamais. C’est très difficile pour la famille. Il faudrait arriver à parler ensemble de la mort, quand ça va bien. Pour que quand ça arrive, on ne parte pas de zéro.»

Elle se souvient d’un monsieur, un homme d’affaires. «Il avait toujours tout contrôlé, tout lui avait toujours réussi. Il n’y avait rien à faire, il était complètement fermé à aller à l’hôpital, il avait fait promettre à ses proches de le garder à la maison jusqu’à la fin. Il ne faut jamais faire promettre ça.»

Lui l’avait fait. 

Et sa famille avait promis.

Quand la femme de cet homme a appelé pour lui dire qu’elle n’en pouvait plus, Lucie a tenté de le convaincre d’aller à l’hôpital. «J’ai fait ce qu’on fait souvent au tout début, dans la première rencontre, j’ai posé des questions sur lui, sur ses entreprises, je lui ai demandé de faire un bilan de ce qu’il avait fait.»

L’homme a parlé pendant une heure. «Il n’était plus un malade, il était redevenu un homme.»

Et un moment donné, elle a senti qu’il y avait une brèche. «Je lui ai dit que je devais faire mon travail et que, comme lui quand il travaillait, il y avait des choses plates à faire, comme lui dire qu’il était temps d’aller à l’hôpital.»

Il a dit : «C’est correct, je vais y aller.»

C’est ce que fait Lucie, ouvrir des brèches dans le mur que nous érigeons devant la mort. «Quand le patient ne veut pas en parler, je lui demande si je peux rester en contact avec sa famille. Et parfois, c’est le contraire, le patient est ouvert, mais la famille ne veut rien entendre.»

La peur, toujours. «C’est sûr que, quand on arrive chez quelqu’un, on a la mort étampée dans le front. On a d’ailleurs changé le nom de notre équipe. Ce n’est plus “équipe de soins palliatifs”, mais de soins à domicile. Ça fait une grande différence. Ça passe mieux, ça diminue la peur.»

Même si c’est la même chose, au fond.

Lucie part pour la retraite, après 30 ans de pratique. Les 20 dernières années, elle les a partagées moitié-moitié entre la clinique et l’accompagnement des mourants. «Les gens me demandent pourquoi je fais ça. Si vous saviez... C’est la plus belle chose que j’ai faite dans ma carrière, ça a complètement changé ma vie. J’ai vu jusqu’où l’amour peut aller, ça dépasse l’entendement.»

Elle se souvient de cet homme, un vendeur de voitures usagées, le parfait cliché. «Sa femme avait le cancer, il voulait la garder à la maison jusqu’à la fin, je lui ai répondu : “On va essayer.” Il a appris à gérer les médicaments, tout, il a pris un congé sans rémunération, ça a duré des mois. Et il l’a fait jusqu’à la fin.»

Jusqu’au dernier souffle.

Habituellement, arrive «le» moment où il faut quitter la maison pour l’hôpital ou pour une maison de soins palliatifs. Lucie les rassure, leur dit qu’ils auront de bons soins, qu’ils seront traités aux petits oignons. «On leur présente les différentes options, la différence entre l’arrêt de soins, la sédation terminale, le protocole de détresse, qu’on appelle le protocole d’urgence. Ce n’est pas facile pour les personnes de se retrouver là-dedans, elles n’ont jamais été confrontées à ça. Il faut prendre le temps de leur expliquer.»

Elle leur dit que ça se peut, «bien mourir».

Et qu’il ne faut pas trop tarder. «Quand une personne attend trop, ça finit qu’on doive la rentrer en catastrophe, quand il y a une chute, ou quand la douleur devient insupportable. C’est là qu’on voit des situations où la personne se retrouve dans le corridor à l’urgence, qu’elle n’a pas de lit en soins palliatifs.»

Si vous ne l’avez pas fait, allez lire la chronique «L’angle mort» de Patrick Lagacé, publiée dans La Presse il y a un mois.

Lucie part avec un seul regret, elle n’a pas de relève. Une demande a été faite pour la remplacer, la réponse se fait toujours attendre. Et de toute façon, trouver un remplaçant ne se fera pas en criant ciseaux. «Ce n’est pas dans les priorités du ministère et aussi, ce n’est pas populaire chez les médecins en général. La formation à l’université est à peu près inexistante. Dans mon temps, il n’y avait absolument rien.»

C’était il y a à peine 30 ans.

Lucie a appris beaucoup à côtoyer la mort. «J’ai compris l’importance de la vie. Ce sont les gens qui sont importants, pas les choses. Parce que ce qui reste à la fin, ce sont les personnes avec qui vous avez créé des liens. Les choses, elles deviennent embarrassantes.» Futiles.

Elle a d’ailleurs une application sur son téléphone, WeCroak, inspirée d’une croyance originaire du Bhoutan, selon laquelle se faire rappeler cinq fois par jour que nous allons mourir rend plus heureux. Ainsi, cinq fois par jour, Lucie reçoit une alerte sur son téléphone. «N’oubliez pas, vous allez mourir un jour.»

Elle reçoit, en prime, une citation.

Le lendemain de notre rencontre, elle a reçu celle-ci, je vous la traduis librement. «Quand les gens apprennent qu’ils vont mourir, le temps qui leur reste est souvent le plus rempli d’amour, de prises de conscience et d’affection. [...] Alors, n’attendez pas de mourir avant de mourir. Commencez à vous entraîner maintenant.»

On ne sait pas s’il y a une vie après la mort.

Il y en a une avant.

Perspectives

Job de Boubou Macoute pour achever Pierre Paradis

CHRONIQUE / Est-ce un héritage de la Revanche des berceaux, l’époque où les curés s’invitaient dans les maisons pour réprimander les mères qui espaçaient trop les grossesses, toujours est-il qu’on est forts sur la reddition de comptes au Québec.

C’est une patte d’ours toutes griffes sorties que la commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale a posée sur l’ex-ministre Pierre Paradis, qui a cohabité avec sa fille, son gendre et l’un de ses petits-enfants.

Le monde selon Goudreault

J’aime les cocos

CHRONIQUE / « Non, rien de rien. Non, je ne regrette rien. » — Édith Piaf

CHRONIQUE / Bonne fête, chers pères, mes pairs. Profitons de ce jour de fête pour discuter de notre précieuse paire, la paire de couilles, les valseuses, les bijoux de famille, les balloches, les gosses, les noix, les roupettes ou les triquebilles. Je m’arrête ici, mais je pourrais continuer longtemps; l’étonnant Dictionnaire des mots du sexe d’Agnès Pierron propose encore moult synonymes pour désigner les testicules. Si je vous propose une chronique sur la chose, chers pères, c’est pour rendre hommage à ceux qui ne veulent plus l’être, justement, père.

Denis Gratton

La friperie scolaire

CHRONIQUE / Tout parent vous le dira, le matériel scolaire de leur enfant disparaît par magie en juin, à la fin de l’année scolaire.

Le kit de géométrie flambant neuf acheté en septembre, parti. La règle, la gomme à effacer, les dix stylos, les ciseaux, le cadenas et le reste, partis aussi. Comme par enchantement…

Chronique

Nous sommes tombés dans le panneau

CHRONIQUE / Le rapport de la Vérificatrice générale sur les allégations de collusion et de corruption faites par Annie Trudel à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) nous interpelle tous, élus, non élus et médias d’information. Nous vivons dans un monde surmédiatisé où la moindre dénonciation devient trop souvent vérité, avant même que les faits ne soient vérifiés. Un monde où les médias et les élus devraient s’informer davantage avant de tomber aussi rapidement dans le lynchage public.

Le cas d’Annie Trudel est troublant. En suivi au rapport de la commission Charbonneau, l’Assemblée nationale a adopté en 2012 une loi forçant les entreprises engagées dans un processus d’appel, à obtenir préalablement une autorisation de l’AMF. Or, selon Mme Trudel, ce processus d’autorisation aurait donné lieu à une collusion entre l’UPAC et l’AMF, visant à favoriser une firme de consultants qui conseillait les entreprises dans leurs démarches. 

C’était grave comme accusation, parce qu’elle visait des organismes chargés précisément de surveiller l’intégrité du suivi donné à la commission Charbonneau. D’autant plus grave que les propos de Mme Trudel ont trouvé écho dans tous les médias, jusqu’à la tribune de Tout le monde en parle.

L’ampleur de ces accusations a amené la vérificatrice à faire un audit particulier après des organismes concernés, à examiner l’information détenue par ces organismes, à questionner les firmes de services professionnels et les entreprises impliquées dans le processus d’autorisation. On y a consacré 5500 heures de travail!

Conclusion : «Nos travaux d’audit n’ont pas permis de confirmer la présence d’un stratagème entre l’AMF et l’UPAC visant à favoriser une firme de consultants», a conclu le rapport. Annie Trudel a été rencontrée, mais elle a refusé de préciser ses accusations sous prétexte que ses renseignements auraient été obtenus «alors qu’elle collaborait avec un avocat». Elle a refusé d’identifier cet avocat.

Une lettre a été envoyée à 316 entreprises leur demandant si des employés de l’AMF ou de l’UPAC leur avaient recommandé une firme de consultants. Rien là non plus. Les courriels de ces deux institutions ont également été vérifiés.

Bref, il a fallu dépenser une fortune pour vérifier les allégations d’une personne dont la crédibilité avait déjà été mise à mal dans un autre dossier concernant le ministère des Transports. Une personne qui s’est lancée sur Twitter dès mercredi, pour dénoncer tout le monde : le Vérificateur général, le journal La Presse, et le gouvernement. Demain, ce sera sans doute à mon tour d’y passer. 

Il y a des gens qui voient des conspirations partout dans nos sociétés. Dans ce cas-ci, on en a fait une vedette pour constater une deuxième fois son manque de crédibilité.

Un jour, il se trouvera bien quelqu’un dans le monde universitaire pour faire le bilan de toutes ces allégations lancées régulièrement dans l’espace public. Combien de cas ont été confirmés et combien se sont avérés totalement faux, erronés, ou tirés par les cheveux? Un beau sujet de recherche.

Il y a eu de grands moments dans le travail journalistique au cours des dernières années. Le scandale sur la gestion de certains baux conclu par la Société immobilière du Québec, maintenant Société québécoise des infrastructures, en est un bon exemple. Même chose pour les compteurs d’eau à Montréal. Le questionnement sur les dépenses de la présidence de l’Assemblée nationale dans le cadre des délégations de députés à l’étranger est tout aussi légitime. 

Le cas de Mme Trudel n’est pas de cette nature. Nous sommes tombés dans le panneau.