Abonnez-vous à nos infolettres. Obtenez en plus et assurez-vous de ne rien manquer directement dans votre boîte courriel.

Chronique

Gagner des points en… reculant

CHRONIQUE / «Je veux dire au ministre que, pour moi, il ne recule pas. Il avance. Il avance vers la pleine reconnaissance des familles adoptantes du Québec.»

C’est en ces termes que la députée péquiste Véronique Hivon a félicité la décision du ministre Jean Boulet de finalement accorder aux parents adoptifs la même plage de congés parentaux qu’aux parents biologiques.

Pas question pour Mme Hivon, donc, de profiter de la situation pour accuser le gouvernement Legault de «recul», une accusation qui hérisse toujours tous les partis au pouvoir. Et qui, à force d’être martelée, ne les incite jamais à ajuster ou à modifier une décision.

Véronique Hivon a d’ailleurs été membre d’un gouvernement, celui de Pauline Marois, qui n’en pouvait plus d’être régulièrement accusé de reculer — même s’il avait raison de le faire.

Le paradoxe est tout là : quand un gouvernement recule, c’est presque toujours justifié. Mais ce même gouvernement est ensuite susceptible d’être écorché de ce seul fait, puisqu’on peut par la suite soutenir qu’il démontre lui-même qu’il a mal fait ses devoirs.

Jusqu’ici, les reculs opérés par le gouvernement Legault l’ont davantage aidé que desservi.

Jusqu’à présent, ils ont été perçus comme des actes d’humilité, de bon sens. Ce qu’ils sont.

Gare toutefois au point de bascule qui survient avec l’accumulation.

Mais, jusqu’ici, le gouvernement Legault ne perd pas de points en reculant. Au contraire.

La volte-face sur les congés parentaux ne lui fera pas perdre de points, pas plus que la suspension de la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) n’a eu cet effet. On a d’ailleurs pu le constater lundi lors de la partielle dans Jean-Talon.

S’il s’était obstiné et n’avait pas suspendu temporairement cette réforme, la controverse se serait amplifiée.

Des visages

Une fois qu’on a dit cela, on n’a pas tout dit. Les gouvernements — celui de M. Legault n’y fait pas exception — ne reculent pas nécessairement parce que les fondements d’une proposition législative ou d’un projet de règlement sont mal fondés ou mal ficelés.

Les gouvernements sont plus susceptibles de reculer lorsque, de plus, des êtres humains peuvent apparaître sur la place publique pour témoigner de l’impact personnel de telle ou telle mesure.

Devant des visages auxquels les citoyens en général peuvent s’identifier, ou se montrer sensibles, un gouvernement qui ne ferait rien risquerait de paraître dur et insensible.

Celui de M. Legault a donc bougé dans le dossier des congés parentaux, comme dans celui du PEQ et comme dans celui ayant mené à la réintégration de l’agronome Louis Robert. Dans ces trois dossiers, il y avait des visages bien réels, des cas humains bien visibles.

L’exemple du cannabis peut étayer cette observation a contrario. À peu près tous les experts — et pas seulement ceux de la santé publique — ont jugé mal fondé le projet de loi visant à faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal de consommation. Le gouvernement n’a pas bronché pour autant. Dans ce dossier, comme dans d’autres, il n’y avait pas de citoyens directement concernés pour témoigner de l’impact sur eux de la mesure à venir. Il n’y avait pas de visages.

La «règle des visages» pèse lourd, même si elle n’est tout de même pas une vérité absolue. La loi sur la laïcité de l’État nous le rappelle. Il faut toutefois préciser que, dans ce cas-ci, il s’agissait d’un engagement fondamental de la Coalition avenir Québec et que le projet de loi de Simon Jolin-Barrette n’a jamais cessé de bénéficier d’un très fort appui populaire.

Actualités

Très chanceux malgré tout

CHRONIQUE / Robert Durand ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour la conductrice alors que dans cette histoire, c’est lui qui a failli y laisser sa peau.

«J’espère que la femme n’est pas trop traumatisée? Elle m’a vu revoler, c’est sûr.»

Chronique

DPJ: les intouchables

CHRONIQUE / Au lendemain de la mort de la fillette de Granby, la première réaction du Directeur de la protection de la jeunesse de l’Estrie a été une mise en garde : «attention de faire des amalgames et de sauter aux conclusions trop hâtivement», comme si tout avait été fait dans les règles de l’art. Alain Trudel a été aussitôt relevé de ses fonctions, le ministre Lionel Carmant répliquant que «tous les signes montraient qu’il y avait eu un problème dans la gestion de ce qui s’est passé». Le Soleil poursuit aujourd’hui une série de reportages exposant des cas où la DPJ a fait fausse route, où elle s’est entêtée, et où des enfants en ont fait les frais.

Jour 2

«Ils ont pris le temps de se faire leur propre opinion et ils sont arrivés à la conclusion que c’était un enfant qui n’avait aucun problème, très doux, très calme, aucun problème d’opposition. Tout allait bien, il n’a jamais eu besoin de contention à partir de ce moment-là, on me disait que c’était l’enfant modèle de ce centre-là.»

Pourtant, au foyer de groupe d’où il arrivait, on décrivait le fils de Julie*, neuf ans, comme une véritable bombe.

Son fils venait de passer trois mois dans ce foyer de la région de Montréal. «Ça donnait l’impression que c’était un centre de redressement, une prison pour enfants, c’était extrêmement strict. Ils ne voulaient pas respecter les capacités et les limites de mon fils, il a un spectre de l’autisme léger qui fait qu’il est lent dans tout, pour se lever, pour tout. Lorsqu’il venait me voir les fins de semaine, il n’arrêtait pas de me dire : “Ils m’ont fait ci, ils m’ont fait ça.” […] On m’a fait mal, on me crie après tout le temps, on me tire par le bras pour que je me lève de mon lit, on me crie : “Awèye grouille, on n’a pas juste toi à s’occuper ici.” […] J’ai appelé l’intervenante elle m’a dit : “Non, non, je me suis renseigné, on m’a dit que tout allait, que c’était correct.”»

Tout n’était pas correct. «Un moment donné, il est arrivé à la maison, il avait des bleus, des grosses marques sur les bras, il me disait qu’il avait mal au poignet et à l’épaule. Il m’a dit : “L’intervenant m’a tiré par le bras pour me sortir du lit, il m’a jeté à terre. Moi quand j’ai vu ça, j’ai pris mon toutou et je l’ai lancé sur l’intervenant.” L’intervenant l’a retourné de bord, lui a mis le bras dans le dos, puis il l’a penché par terre en lui disant : “Tu as cinq minutes pour ramasser ton toutou.” Mon fils a dit : “Ayoye, tu me fais mal!” et il a commencé à ruer par en arrière, à lui donner des coups dans les jambes. L’intervenant l’a plaqué au sol, les deux bras dans le dos, le genou dans le dos en disant : “Tu te calmes, je ne te lâcherai pas tant que tu ne te calmeras pas.” Si moi je faisais ça à un enfant, ça ferait longtemps qu’on m’aurait accusée de maltraitance.»

Les intervenants n’ont pas nié les faits, ils ont plaidé la légitime défense. «Il a eu 19 contentions en 31 jours. Ils l’ont serré par les poignets, l’ont retenu… C’est la liste de contentions que la directrice a dit qu’ils appliquaient sur mon fils. […] On disait que mon fils était extrêmement violent, qu’il était dangereux, que le personnel avait le droit de se protéger contre mon fils, tout était mentionné dans des rapports comme quoi c’était pour la protection de lui-même et pour la protection des employés.»

Julie a menacé d’appeler la police, son fils a été changé de foyer. «Au nouveau centre, ils m’ont dit : “Quand on a vu le rapport de l’autre foyer, on a eu peur de l’accueillir, on s’imaginait vraiment un enfant qui avait de gros problèmes de comportements, qui aurait pu être dangereux. Finalement, on a été agréablement surpris, il était totalement l’inverse.”»

Du jour au lendemain, il est devenu doux comme un agneau. 

Comme il l’était d’ailleurs dans le premier centre où il a été placé, avant celui où il était maltraité. «Mon fils a d’abord été placé dans un centre pour les jeunes qui ont de graves troubles de comportement, d’agressivité et de violence, mais ils ont réalisé après une semaine que ce n’était pas sa place. Une intervenante du centre m’a même dit : “Votre fils est tellement l’inverse de la description qu’on en a faite qu’on pensait qu’il y avait eu un mélange de dossiers!”»

C’était le même enfant.

Tout a commencé en 2016 par un signalement fait par Julie contre l’adolescent de sa conjointe qui agressait sexuellement leur garçon et leur fille. «La police refusait de retenir la plainte parce que c’est un déficient intellectuel, ils disaient : “Ça ne donnera rien, il va être relâché, il sera inapte à subir son procès.” Ils ont dit : “Arrangez-vous avec votre CLSC.”» Mais elle s’y est aussi cogné le nez. «Au CLSC, on avait une intervenante au dossier depuis des années, elle a dit : “Je ne suis pas là pour intervenir, je suis là seulement pour vous apporter du soutien.”»

Julie a donc appelé la DPJ.

Ce qui devait arriver arriva, le couple s’est séparé dans la tourmente et les demandes d’interventions de Julie sont restées lettre morte. «Ils n’ont rien fait pendant trois semaines et après trois semaines, ils se sont présentés à l’école et ils sont partis avec les enfants à cause du conflit parental. Ils m’avaient promis qu’ils m’aideraient et ils n’ont rien fait, ils ne m’ont pas aidée. Ils sont allés tout de suite aux grands moyens, ils ont mis mon fils dans un centre de réadaptation et ma fille dans une famille. Ils les ont séparés. Une fin de semaine chez moi, une fin de semaine chez mon ex.»

Julie a même failli voir ses contacts réduits. «Ils m’ont menacée de réduire les contacts parce que, quand mon fils revenait au centre, il était triste. Il me prenait dans ses bras, il me disait : “Je ne veux pas retourner au centre, je veux rester avec toi.” Eux, ils ont tenu ça pour acquis que mes rencontres le perturbaient et la seule solution qu’ils ont trouvée est de proposer de diminuer les contacts si mon fils continuait à avoir autant d’émotions. J’ai été obligée de lui expliquer la situation, de lui dire : “Quand je vais te reconduire, sois heureux et content, raconte tout ce que tu as fait pendant la fin de semaine, montre que tu es super heureux, ne montre pas que tu es triste.” Après ça, il revenait et il me disait : “Quand je suis arrivé, je montrais que j’étais de bonne humeur!”»

Même s’il était triste.

Son ex continuait à avoir ses enfants une fin de semaine sur deux, même si elle ne respectait pas certaines conditions. «Les enfants ne voulaient pas y aller, mais la DPJ n’en tenait pas compte.»

La DPJ a reproché à Julie de compromettre les repères d’identité de ses enfants parce qu’elle était en couple avec une femme, elle s’était plainte à l’école qui interdisait à son gars et à sa fille de faire deux cartes de fête des Mères et les obligeait à fabriquer une carte de fête des Pères «avec un complet cravate et tout».

On a voulu mettre son gars dans un centre de gars, sa fille dans un centre de filles «pour recadrer leur identité».

Devant le tribunal, Julie a apporté des arguments à chacun des éléments qu’on lui reprochait. «Quand j’ai commencé mon témoignage devant le juge, j’ai relevé chaque point de la DPJ et j’ai expliqué tout ce que j’ai fait pour aider [mes enfants], que j’avais été voir le psychologue, que je m’arrangeais avec l’école et, tout d’un coup, le juge m’a coupé la parole il m’a dit : “Écoutez madame, comprenez mon dilemme, j’ai deux versions et on me demande de trancher. D’après vous, qui j’aurais plus tendance à croire?”»

Elle n’en croyait pas ses oreilles.

Elle a demandé la bande audio de l’audience, on la lui a refusée. On lui a remis une transcription incomplète. «Toutes les phrases comme quoi je traumatisais mes enfants, les 10 premières minutes de mon témoignage, le dilemme du juge, tout a été supprimé. Il n’y a plus rien, il reste juste des grandes lignes blanches sur la transcription et là, le juge dit “Reprenez maître.”»

Julie a porté plainte à la DPJ, au Protecteur du citoyen et à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse contre le centre qui a utilisé la force et la contention contre son fils. «Ils sont tous arrivés à la même conclusion, mon fils était dangereux et ils n’avaient pas le choix d’intervenir. J’ai parlé au téléphone à la personne de la Commission des droits de la personne, on m’a dit : “Madame, comment voulez-vous qu’on le prouve? On n’a pas de preuve. On ne peut rien faire.” Je leur ai dit : “Vous pourriez aller voir le nouveau centre, le nouvel intervenant, lui poser des questions.” […] Ils n’ont jamais contacté l’intervenant, ils n’ont jamais rencontré mon fils.»

Le dossier était clos.

Le vent a commencé à tourner quand une intervenante de réinsertion est arrivée dans le dossier. «Elle est venue à la maison, elle m’a dit : “Je leur ai parlé, je leur ai dit que ce dossier-là devrait être fermé depuis longtemps, que le placement aurait dû se terminer. [Madame] est une bonne mère, elle est protégeante pour ses enfants, je ne vois pas pourquoi vous continuez à retenir ses enfants.” Ils me l’ont dit, c’est parce que je faisais des plaintes contre eux. Elle m’a dit : “Eux, ce qu’ils veulent, c’est casser ton caractère, tu les as toujours affrontés.” […] Cette intervenante-là, elle a pris de mon bord, elle voyait bien que ça n’avait pas de bon sens.»

Le pauvre bon sens.

Le 31 juillet 2018, Julie devait se présenter en cour, elle avait cette fois un bon avocat, en plus de l’intervenante de réinsertion qui acceptait de venir témoigner en sa faveur. «La DPJ n’était pas contente de ça. On devait passer devant le juge à 9h30, finalement il y avait juste des discussions entre les avocats. L’intervenante allait dans le bureau avec les avocats, ressortait, les intervenants parlaient ensemble, elle y retournait… pendant trois heures de temps.»

Coup de théâtre, «l’avocate de la DPJ est sortie du petit local en disant : “Elle, la tabarnac!” Elle est partie 10 minutes, elle est revenue dans le petit local et elle a rencontré [l’intervenante] qui est sortie du bureau en pleurant. Elle passe devant moi et elle me fait un signe sur la bouche… zip. Comme si elle ne voulait pas me parler. […] Mon avocat me fait venir dans un local, me dit : “La DPJ l’a congédiée pour l’empêcher de témoigner.” La DPJ ne voulait pas avoir l’air fou devant le juge, ils l’ont congédiée sur-le-champ.»

Télé et radio

«Le 422»: un Noël fantastique à Télé-Québec

CHRONIQUE / Les thrillers fantastiques ne sont pas légion à la télé québécoise, forcée de garder les pieds sur terre en raison de ses budgets modestes. Il y a bien eu «Grande Ourse», mais il y a combien d’années? Aussi bien en profiter avec celui que nous proposera Télé-Québec durant les Fêtes.

Rien de ce que vous découvrirez derrière la porte du 422 de la rue Sauvé ne vous sera familier, même si la prémisse veut vaguement rappeler Stranger Things, le succès de Netflix.

Présentée en rafale à 18h à partir du lundi 23 décembre, Le 422 servira chaque soir de préambule à Ciné-cadeau. Dès le premier soir, on déposera l’intégrale des 13 épisodes sur telequebec.tv. Un test pour cette première saison, alors que les habitudes d’écoute évoluent.

C’est durant les Fêtes que Télé-Québec obtient ses meilleurs auditoires de l’année. Le diffuseur compte ainsi réunir les familles sur leurs divans à ce moment propice. Parce que Le 422 n’est pas tout à fait une série jeunesse comme on l’entend habituellement. Oui, les 9-10 ans y accrocheront, mais on souhaite que leurs parents soient aussi captivés.

En général, les amateurs de séries fantastiques n’ont pas peur des histoires compliquées, même qu’ils adorent ces détails discrets, plantés ici et là, comme autant d’indices pour découvrir la vérité. Et il y en a un tas dans Le 422, d’une étrange sphère dont il vaut mieux ne pas s’approcher, jusqu’au tableau d’un grand peintre, truffé d’indications.

Trois adolescents, Lou, Sacha et Luc (Alexandre Perreault, Adam Moussamih et Lowik Drouin), cherchent un endroit pour s’amuser en paix. Le 422, rue Sauvé, un bungalow de banlieue en apparence désaffecté, serait le lieu idéal. Tout un mystère entoure l’endroit, qui abritait jadis une enfant disparue, et dont les parents, partis à sa recherche, n’auraient jamais plus été revus.

Pris en flagrant délit d’invasion de domicile par deux sœurs, Sophie et Lucie (Élizabeth Tremblay-Gagnon et Emma Bao Linh Tourné), les garçons découvriront une mystérieuse porte cadenassée qu’ils finiront par ouvrir. De l’autre côté, un trou noir, ou ce qu’on appelle «la huitième dimension». Là commence leur périlleuse aventure.

Tout un monde existe au-delà de cette porte, dominé par la méchante reine Holka (Mylène Mackay), prête à sacrifier des vies humaines pour mettre la main sur un trésor inestimable. Le seul moyen de s’y retrouver : suivre les indications d’une précieuse carte, sur laquelle le valeureux Lou mettra la main. Kevin Houle, l’infâme Tristan Rabeau des Honorables, joue ici un autre méchant, Kazimir, bras droit de la reine.

Dans le monde des humains, les Guerriers de l’ombre tentent de fermer le dernier passage donnant accès à cet univers parallèle, avec à leur tête Ray (Normand D’Amour). Mais l’harmonie ne règne pas entre ses trois fils, joués par Marc Beaupré, Mathieu Baron et Noah Parker. Et il y a bien sûr les parents des enfants disparus, qui cherchent à retrouver leur trace.

Avec Le 422, Blachfilms produit sa première série télé, après avoir donné dans la websérie, notamment avec Marc-en-peluche. Les deux cerveaux derrière ces 13 épisodes, Benoît Lach et Vincent Lafortune, y travaillent depuis 2015, avant la sortie de Stranger Things, qui met aussi en scène des enfants, dont un nerd, et un univers parallèle. Le duo mise davantage sur les enjeux psychologiques que sur les effets spéciaux, même si Le 422 en contient plusieurs.

On est à des années-lumières de la série de Netflix en termes de budget; il ne faut pas s’attendre au même calibre visuellement, mais l’histoire met en scène des personnages d’ici, en qui le public pourra se reconnaître.

Les auteurs ont pris le pari de faire parler les jeunes personnages comme les ados parlent aujourd’hui, quitte à irriter les pauvres oreilles des défenseurs de la langue française. Les man, nice et chill se glissent au travers de toutes les conversations pour que les plus jeunes se reconnaissent le plus possible, ce qui jure nettement avec le langage châtié de la reine et de ses sujets. Les jeunes acteurs, qui ont de 10 à 15 ans, sont d’ailleurs très crédibles et attachants.

Au fait, combien font 4 + 2 + 2? Huit, comme dans huitième dimension. «Tout est dans tout», et rien n’est laissé au hasard dans cette histoire.

Denis Gratton

«L’épicentre de la drogue»

CHRONIQUE / Les jours, pour ne pas dire les heures, sont comptés pour les « campeurs de Bayview ».

Ils sont une douzaine de sans-abri qui, depuis avril, vivent sous des tentes montées dans un boisé situé près de la station de train Bayview, au centre-ville d’Ottawa, à deux pas des plaines LeBreton. Avant, certains d’entre eux habitaient une maison de chambres de la rue LeBreton. Mais un incendie a ravagé cet immeuble en avril dernier et, faute de logements abordables, les sinistrés n’auraient eu d’autre choix que de se tourner vers le « camping urbain ». Et la plupart des résidents de ce campement improvisé s’étaient installés pour l’hiver en se maintenant au chaud par des chauffages au kérosène alimenté par des batteries de voiture.

À LIRE AUSSI : Les itinérants du campement Bayview dans l’incertitude

Mais triste ironie du sort – ce qui devait arriver arriva – un incendie s’est déclaré dans l’une des tentes la semaine dernière. Et les « campeurs » font maintenant face à un avis d’éviction, tant pour leur sécurité que pour celle du public.

Mais où les loger ? Où les diriger ?

La réponse évidente : l’Armée du salut ou les Bergers de l’espoir, dans le marché By. Ou encore tout autre endroit à Ottawa qui offre de l’hébergement d’urgence.

Le hic, c’est que ces « campeurs » ne veulent rien entendre de ces centres de refuge déjà débordés. Ils luttent déjà contre une dépendance, ils ne veulent pas être replongés là où les drogues de rue sont facilement accessibles. Leur chez-soi, leurs points de repère et les centres où ils reçoivent les traitements, les services et l’aide nécessaire à leur survie se trouvent tous à proximité de leur camping de fortune.

Le propriétaire de la tente incendiée, Justin Bolger, a déclaré à Radio-Canada, dimanche, que la Ville d’Ottawa leur aurait offert des chambres d’hôtel temporaires à Vanier. Il n’y a pas de Hilton à Vanier, même pas de Holiday Inn. Mais une chambre dans un petit hôtel de quartier coté d’une ou de deux étoiles est tout de même mieux que la rue. Mieux aussi qu’une tente de camping par nuit glaciale.

Mais lorsque la Ville aurait proposé ces chambres d’hôtel temporaires aux « campeurs de Bayview », Justin Bolger a répliqué :

« Nous sommes tous à différentes étapes de traitement de nos dépendances, et nous envoyer à l’épicentre de la drogue, ça ne va pas aider. […] La plupart d’entre nous font du bénévolat ici, au Centre de santé communautaire Somerset West. Pourquoi voudrions-nous aller à Vanier ? »

Ces gens tentent de se reprendre en main, de refaire un peu leur vie. La tâche est ardue. Les défis sont nombreux. Ils sont fragiles, vulnérables.

Et là, on voudrait les retirer de leur milieu, loin de leurs points de repère, loin de tout ce qui leur est familier et loin des gens qui leur ont tendu la main pour les aider, pour les parker dans ce qu’ils qualifient « l’épicentre de la drogue », là où tout pourrait vite basculer.

Ça en dit long, je trouve, lorsque les sans-abri eux-mêmes refusent de « séjourner » à Vanier.

Et dire que l’Armée du salut veut quitter le marché By pour s’installer dans un tout nouveau centre de refuge à… Vanier, et y aménager 140 lits de court séjour comme hébergement d’urgence.

Cherchez l’erreur.

Chronique

Quand la DPJ fait fausse route

CHRONIQUE / Au lendemain de la mort de la fillette de Granby, la première réaction du Directeur de la protection de la jeunesse de l’Estrie a été une mise en garde : «Attention de faire des amalgames et de sauter aux conclusions trop hâtivement», comme si tout avait été fait dans les règles de l’art. Alain Trudel a été aussitôt relevé de ses fonctions, le ministre Lionel Carmant répliquant que «tous les signes montraient qu’il y avait eu un problème dans la gestion de ce qui s’est passé». Le Soleil entame aujourd’hui une série de reportages exposant des cas où la DPJ a fait fausse route, où elle s’est entêtée, et où des enfants en ont fait les frais.

Jour 1

«Avant, quand je lisais des histoires de DPJ dans les journaux, je me disais : “Ça ne se peut pas, il doit y avoir quelque chose qu’on ne sait pas.” Je me disais : “Les parents doivent avoir un problème.”»

Jusqu’à ce que la DPJ entre dans la vie de Fanny*.

Le père de sa fille et elle sont séparés, ils ont une garde partagée et l’entente est excellente entre eux. Deux jours avant le départ de Fanny pour un contrat à l’extérieur du Québec prévu il y a longtemps, sa fille refuse d’aller passer la semaine chez son père. En 48 heures, Fanny s’organise pour que sa fille puisse habiter chez des proches pendant son absence. Elle part l’esprit tranquille.

Sa fille a 13 ans, elle est suivie par un psychologue depuis quelques années, ses problèmes de santé mentale l’ont menée à être hospitalisée quelques fois. Elle est alors scolarisée quatre jours par semaine à l’hôpital où elle reçoit des soins. Elle a tendance à manipuler les gens à coups de menaces suicidaires.

Quelques jours après son départ, Fanny reçoit un courriel. «C’est une travailleuse sociale, elle me dit que je suis partie sans rien organiser pour ma fille. Je ne comprends rien du tout, ça ne fait ni queue ni tête.»

Elle revient à Québec sur-le-champ, se rend tout de suite voir sa fille à l’hôpital. «Ma fille n’aime pas les imprévus. Quand elle me voit, elle fait une crise, elle dit : “Si je vais chez vous, je me suicide!” On lui trouve une place chez une amie et, quand elle passe chez moi pour chercher du linge, elle change d’idée, elle veut rester chez moi.»

Un classique.

Le lendemain, Fanny reçoit un appel de la DPJ. «La personne me dit : “Votre fille semble avoir trop de contrôle à l’hôpital, il faut lui donner moins de choix, mieux l’encadrer.” Je suis totalement d’accord avec ça.» Après une autre menace suicidaire à l’hôpital, la fille de Fanny est placée en urgence dans un centre jeunesse pour 48 heures. «C’était pour lui faire comprendre que c’est sérieux, des menaces.»

Sa fille y passe la fin de semaine, une travailleuse sociale appelle le lundi. «Je reçois l’appel à 8h30, elle me dit que ma fille devrait revenir chez moi, qu’elle va me rappeler dans une demi-heure. Elle me rappelle à 11h15, me dit que les plans ont changé. Ils me disent qu’en se réveillant, ma fille était ambivalente, qu’ils ont fait un plan pour qu’elle reste cinq jours, mais que ma fille a demandé finalement à revenir chez moi. Elle me dit : “On n’a pas voulu, on va faire un placement de cinq jours. Êtes-vous d’accord?” J’ai dit non, elle a dit : “On se revoit en cour à 14h.”»

Ils sont passés à 17h, sont sortis du tribunal à 19h. «Ma fille m’a dit qu’on lui a dit : “Tes parents vont être contents de te placer, tu es un paquet de troubles.”»

Le placement a été ordonné. «Un des arguments qu’ils ont donné pour la placer, c’est que je ne pouvais pas la surveiller 24 heures sur 24, c’était leur gros argument. Mais le lendemain, pour l’envoyer à l’école, ils ont enlevé la cote 24/24 pour qu’elle puisse s’y rendre en autobus de la ville.»

Elle partait seule, sans surveillance.

Après les cinq jours, le placement a été prolongé d’un mois. «On me dit : “La décision a été prise à l’unanimité. Je leur ai présenté des suggestions pour mettre un terme au placement, il n’y avait rien à faire. Je leur ai demandé : “Peu importe ce que je propose, ce sera non?” Ils ont dit : “C’est ça.”»

Sa fille voulait revenir à la maison.

C’était aussi l’avis de la pédopsychiatre qui la suivait, elle était à la réunion où, supposément, le placement d’un mois avait fait l’unanimité. «La pédopsychiatre était présente à la réunion, elle nous a confirmé qu’elle était en faveur du retour à la maison. On a enregistré cette conversation.» Elle dit : «Le centre jeunesse, eux autres, c’était déjà décidé qu’ils aillent au tribunal quand il y a eu cette rencontre-là. […] Ben dans le fond, le placement, ce n’était pas mon plan. Mon plan à moi, là, la place [de votre fille], dans ma tête, était à la maison.»

En cour, l’intervenant a affirmé, sous serment, que les 14 personnes présentes à la réunion étaient du même avis.

Quatorze personnes.

On a même tenté de faire chanter les parents. «Ils nous ont dit : soit vous acceptez un placement d’un mois maintenant ou bien on demande deux mois en cour.» Les parents ont refusé, la DPJ a demandé deux mois, le juge en a ordonné un.

Sa fille était détruite. «Elle ne voulait pas ça, elle voulait revenir à la maison.» Et, à la maison, les parents ont dû expliquer aux trois autres enfants, plus jeunes, que leur sœur n’allait pas être là pendant un mois. «Le soir, les enfants m’ont dit : on a peur de la DPJ. Je leur ai dit de ne pas s’inquiéter, qu’on s’occupait bien d’eux et qu’il n’y avait pas de raison qu’ils viennent les chercher. Ils m’ont dit : mais vous vous occupiez bien de [notre sœur] et ils l’ont prise…»

Fanny a parlé de leur peur à l’intervenante et, le lendemain à l’école, les enfants ont été interrogés. «Ils m’ont dit que l’intervenante leur a demandé si je parlais contre la DPJ et si on se chicanait, moi et le père… Heureusement qu’on a eu un discours correct, même si on aurait pu être fâchés contre la DPJ.»

L’intervenante a rappelé Fanny à la fin de la journée, elle était dans la voiture avec ses enfants. «Elle m’a dit : “J’ai fait le suivi avec vos enfants, je leur ai posé des questions et, ne vous en faites pas, la fratrie réagit bien.”»

Fanny ne pouvait voir sa fille que six heures par semaine et le père, seulement trois. «Ils ont demandé que ce soit supervisé avec lui, mais le juge a refusé.»

Pour arriver à ses fins, la DPJ semblait se livrer à une forme de marchandage. «La travailleuse sociale a écrit dans un rapport : “Nous avons enlevé un motif de compromission parce que les parents coopèrent.”» La pédopsychiatre a elle aussi constaté que, dans certaines situations, la DPJ se braque. «Au centre jeunesse, quand ils voient l’émotion monter beaucoup, ils deviennent un peu rigides.»

Ça devient alors de l’entêtement.

Ironiquement, le centre jeunesse a dû appeler la mère pour lui demander conseil. «C’était un mardi, il était 23h, l’intervenant me dit : “Elle est barrée derrière la porte et elle ne veut pas nous parler. Vous faites quoi, vous, quand elle fait ça? Je lui ai dit : “Je lui texte et après 15 cœurs que je lui envoie, elle finit par m’écrire.” Mais comme elle n’avait pas droit aux appareils, il m’a demandé d’écrire un courriel à ma fille et qu’il allait pouvoir l’imprimer et le lui donner. Je lui ai dit : “Laissez-la donc tranquille. Elle va se tanner et elle va s’endormir.” Et c’est ce qu’il a fait.»

Après deux semaines de placement, la DPJ a indiqué vouloir prolonger au-delà d’un mois, arguant que c’était l’avis de la pédopsychiatre. Fanny avait prévu le coup, elle avait demandé à la pédopsychiatre — toujours en faveur d’un retour à la maison — si elle pouvait la contacter pendant la rencontre. «Je leur ai demandé de l’appeler, ils l’ont appelée et c’est là que, pour la première fois, une possibilité de retour après deux semaines a été envisagée.»

Mais il faut passer devant le tribunal, nous sommes en avril, la prochaine date disponible est le 4 juillet.

La fille de Fanny reste placée tout ce temps.

Fanny et son ex ont embauché un bon avocat pour les défendre, ils ont monté leur dossier, ils allaient pour la première fois pouvoir présenter leur défense et leurs expertises, ce qu’ils n’avaient pas encore pu faire jusque-là.

Chronique

Des «petits amis» discriminés

CHRONIQUE / François Legault aime dire que les enfants sont les «petits amis» de son gouvernement. Les enfants adoptés, qui plus est ceux adoptés au Québec, n’ont malheureusement pas droit au même traitement, à la même durée de présence parentale que les autres «petits amis» du Québec. Un non-sens.

La mise sur pied de la commission Laurent sur la protection de la jeunesse, le lancement d’un programme de dépistage précoce des troubles du développement, les investissements accrus en éducation et la bonification du soutien aux familles témoignent indéniablement de l’importance qu’accorde le gouvernement Legault aux jeunes. 

Lorsqu’elle a lancé au printemps des pistes de réflexion sur la réforme du droit de la famille, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a également indiqué que le principe qui guidera les décisions en la matière est très simple : «l’enfant sera au cœur de nos priorités».

Force est de constater que son collègue au Travail, à l’Emploi et à la Solidarité sociale, Jean Boulet, n’a pas suivi à la lettre ce principe dans la rédaction de son projet de loi 51, visant principalement à améliorer la flexibilité du régime d’assurance parentale afin de favoriser la conciliation famille-travail.

Certes, le ministre Boulet fait un bon bout de chemin et revoit à la hausse le nombre de congés auxquels les parents adoptants auront droit.

Un écart persiste toutefois entre les parents biologiques et les parents adoptants. 

Les parents qui se tournent vers l’adoption internationale auront même droit pour leur part à davantage de congés (cinq semaines) que ceux qui optent pour l’adoption de petits enfants québécois, très souvent des enfants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). 

Qu’un enfant soit né au Québec, en Chine ou aux Philippines, la présence de ses parents biologiques ou adoptifs à ses côtés est toute aussi importante dans son développement et son cheminement. 

Qu’un enfant provienne d’un orphelinat hors Canada ou qu’il soit donné en adoption par des parents québécois ne réduit pas automatiquement son temps d’adaptation à son nouvel environnement, à sa nouvelle famille. Le fardeau n’est pas moindre pour les parents adoptants. Le traumatisme de l’abandon et le défi de l’attachement sont aussi grands dans un cas comme dans l’autre. 

Pourquoi créer autant de catégories d’enfants et de prestataires de congés? 

Bien sûr, on peut dire que le régime d’assurance parentale s’adresse aux parents-travailleurs et non aux enfants. Il a comme objectif de faciliter la conciliation famille-travail. On ne peut nier cependant que c’est beaucoup plus qu’un régime d’assurance-emploi. C’est aussi un régime de soutien aux parents et à la famille. Le régime élaboré en 2001 doit être adapté à l’état actuel des connaissances sur le lien d’attachement.

Changement de paradigme

Dans une analyse produite en 2017, trois juristes de l’Université de Sherbrooke, Carmen Lavallée, Daniel Proulx et Éric Poirier, concluaient que le régime québécois d’assurance parentale et des conventions collectives étaient discriminatoires à l’endroit des enfants adoptés. 

Les auteurs suggéraient de prendre en compte la réalité adoptive, de changer de paradigme et de mettre le focus sur les droits et l’intérêt des enfants, et non seulement sur les droits des travailleurs.

«S’il est hors de question de remettre en cause de quelque manière que ce soit le droit des femmes à des congés de maternité, nous croyons qu’il est impératif d’assurer le respect des droits des enfants adoptés en éliminant toute discrimination à leur égard et en leur permettant de bénéficier, au même titre que les enfants biologiques, d’une réelle égalité des chances pour le développement de leur plein potentiel», écrivaient-ils.

Les juristes soulignaient que mettre tous les enfants sur le même pied n’occasionnait pas de coûts additionnels excessifs. 

La députée péquiste Véronique Hivon, qui voit dans le projet de loi 51 «le maintien d’une injustice absolument intolérable», soutient qu’il faudrait débourser entre 4 et 5 millions $, sur un budget de 2 milliards $, pour éliminer le deux poids, deux mesures. 

La Coalition avenir Québec avait promis en campagne électorale de mettre fin à l’iniquité. La bonne santé du régime a permis au gouvernement Legault de réduire le taux de cotisations (économies de 131 millions $ pour les entreprises et de 93 millions $ pour les salariés), mais ne l’a pas incité à offrir le même traitement à tous les parents et à tous les enfants.

Le ministre Boulet soutient qu’il faut tenir compte des effets physiologiques d’une grossesse et d’un accouchement, et de la réalité des mères biologiques.

Selon lui, le Québec s’exposerait à des poursuites judiciaires de la part de celles-ci s’il donnait exactement le même nombre de semaines de congé aux parents adoptants et aux parents biologiques. Vraiment? 

La menace de poursuites n’arrête pourtant pas le gouvernement Legault dans d’autres domaines où le risque de se retrouver devant les tribunaux est bien réel.

Il est prêt aussi à réaliser à tout prix certaines promesses électorales, mais pas celle touchant les familles adoptives beaucoup moins onéreuses.

Entre les lignes

Faites-le devant vos enfants!

CHRONIQUE / Comme l’orang-outan de Sumatra, je suis une espèce en voie de disparition. Pas parce que j’habite toujours avec le père de mes enfants après 22 ans et demi de vie commune. Non. Parce que moi, mes tasses à mesurer, mes cuillères en bois, ma batterie de cuisine et mon rouleau de papier parchemin, je m’en sers !

À l’approche de Noël, le MAPAQ, à partir des données d’AC Nielsen, présente toujours un portrait de nos habitudes de consommation pour la dernière année complète. Du dernier rapport encore tout chaud, Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire des sciences analytiques agroalimentaires, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie et chroniqueur dans La Voix de l’Est, en a fait sa chronique le week-end dernier.

À LIRE AUSSI: Ventes alimentaires: les chiffres ne mentent pas


Auto

Feux arrière éteints, capteurs de pression absents et portières gelées: les conseils de la semaine

Q Ces jours-ci, j’aperçois souvent des véhicules avec les feux arrière éteints ou seulement avec les feux de jour en fonction. Y a-t-il une norme sur l’éclairage pour les véhicules?

RActuellement, il n’y a pas de norme sur l’allumage des phares et des feux, sauf celle portant sur les feux de jour qui doivent s’allumer automatiquement. Toutefois, à compter de septembre 2021, le Règlement sur la sécurité des véhicules automobiles exigera que tous les véhicules neufs vendus au Canada possèdent l’une des fonctionnalités suivantes :

  • Feux arrière s’allumant automatiquement avec les feux de jour;
  • Phares, feux arrière et feux de position latéraux s’allumant automatiquement dans l’obscurité;
  • Tableau de bord qui reste éteint pour faire penser au conducteur d’allumer ses phares.

Télé et radio

TLMEP: sexe et confidences

CHRONIQUE / Diane avait sorti le champagne pour cette dernière de l'année de «Tout le monde en parle». Une émission intéressante d'un bout à l'autre, où on a parlé autrement de prostitution et plus largement de sexualité, d'adoptions heureuses et de... pannes de métro!

À l'approche des Fêtes, on a aussi traité de partage et de gaspillage, en admiration devant le travail colossal de Jean-François Archambault, directeur général et fondateur de la Tablée des chefs, à qui je décerne la dernière étoile du match de 2019. Depuis sa fondation en 2011, l'organisme a servi trois millions de repas à des personnes dans le besoin, dont plusieurs proviennent des loges corporatives du centre Bell, notamment. Mais l'oeuvre de M. Archambault va bien au-delà, effectuant aussi un travail d'éducation, notamment par la brigade culinaire, qui initie les écoliers à la saine alimentation. M. Archambault, qui rappelle que 47% du gaspillage provient de nos demeures, vilipende les entreprises de boîtes prêtes à cuisiner «qui utilisent le gaspillage alimentaire comme stratégie de marketing», dit-il. Montréal se donne quelques années pour obliger les gens de la restauration et des épiceries à donner et non à jeter leurs denrées alimentaires, le temps de mettre en place une infrastructure communautaire prête à les distribuer, un exemple que devraient suivre d'autres villes au Québec.

C'est sautillante que Julie Snyder, l'ancienne démone de Radio-Canada, a surgi sur le plateau, aux côtés de son complice de longue date, Stéphane Laporte. Avant le début de La semaine des 4 Julie en janvier à V, il a beaucoup été question de leur ancienne vie à TVA, notamment du renvoi de Laporte de La voix, qui attirait pourtant 2 millions de fidèles. «Normalement, tu te fais dire merci, tu te fais pas remercier», a commenté le concepteur, sans une once d'incompréhension de ce qui s'était passé. «TVA connaît les raisons.» La question qui tue: qui animera Star Académie, de retour à TVA? «T'attends le téléphone», a lancé Stéphane à Julie. «Je vais garder mon droit au silence pour l'instant», a conclu celle-ci. La carte du fou du roi: «Pour votre nouveau talk-show, on vous souhaite beaucoup d'invités «A», et comme il faut rêver, on vous souhaite même des invités «TVA ».»

De sexe, il en a été beaucoup question, tout d'abord avec Mélanie Couture, qui dit sur scène tout ce qui ne se dit pas en public. «Il y a un malaise à défaire», se dit l'humoriste et ancienne sexologue, qui parle très crûment de sexualité dans son premier spectacle solo, Pure Couture, qu'elle déconseille aux 16 ans et moins. Celle qui a oeuvré durant cinq ans auprès de femmes victimes de violence conjugale a aussi écrit le roman 21 amants: sans remords ni regrets, devenu best-seller, une réponse à Fifty Shades of Grey, sur sa période la plus olé olé, qu'elle assume pleinement.

Avec Emma Becker, la conversation a bifurqué vers la prostitution, sujet de son troisième roman, La maison, pour lequel elle s'est elle-même prostituée durant deux ans. «J'avais très envie de savoir qui étaient ces femmes», affirme la romancière française, qui situe son histoire dans deux maisons closes de Berlin. Alors qu'on la dépeint la plupart du temps comme un hobby malsain et honteux, Mme Becker a plutôt choisi de prendre la prostitution sous l'angle du véritable boulot rémunéré, dans le but de «remettre ces femmes dans des positions d'êtres humains», plutôt que d'en faire des cinglées et des nymphomanes. La discussion a donné à un débat intéressant et trop rare sur le sujet, quand Julie Snyder a confié son malaise à ce qu'Emma Becker compare la prostitution au travail à l'usine.

On a beaucoup parlé de transport collectif avec Valérie Plante, qui n'a rien perdu de son sourire après deux ans de mandat. «Je sais où je m'en vais», affirme la mairesse de Montréal, que l'animateur a renommée «la femme de six milliards de dollars». Mme Plante attribue l'abondance des pannes de métro à des erreurs humaines, comme ces gens qui échappent leur téléphone sur la voie. «Y'a juste la ligne rose qui n'arrête jamais», a blagué Guy A. Écoute-t-elle à la radio son ancien collègue Luc Ferrandez, qui s'est montré critique à son endroit récemment? «J'écoute du reggae et je travaille», a-t-elle répondu. Valérie Plante se défend bien de jeter l'argent des contribuables par les fenêtres. «Je ne suis pas dépensière, je suis stratégique», dit-elle, faisant référence aux nouveaux montants qu'elle a réussi à obtenir du gouvernement provincial. Quand on lui demande si Denis Coderre s'aventure dans ses plate-bandes, elle répond: «Y'est pas dans ma thalle, c'est moi la mairesse!»

On parle rarement d'adoption comme en a parlé la lumineuse Elisapie. Sa mère naturelle l'a donnée en adoption, telle un cadeau, à un couple qui l'a élevée dans la liberté, une vie qu'elle ne voudrait changer pour rien au monde. Les puissantes chansons de son album Ballad of the Runaway Girl sont nées après une dépression qui l'a ramenée là d'où elle vient, au Nunavik. Des vertiges émotionnels causés par ce lourd bagage, que porte collectivement son peuple sur les épaules. Elle parle du même coup de communautés à découvrir, extrêmement généreuses, qu'il faudrait voir davantage dans nos écrans. À Dany, Elisapie a rédigé une carte rigolote en inuktitut, qui se traduisait par ceci: «Je m'appelle Dany... je vais prendre la place de Guy A.!» Tout le monde en parle sera de retour le dimanche 19 janvier 2020 sur ICI Télé.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.

Séance d'orthographe

Le cas Evenko

CHRONIQUE / Lorsque le producteur et diffuseur montréalais Groupe Spectacles Gillett est devenu Evenko en 2011, les dirigeants ont décidé que ce nouveau nom commencerait non pas par une majuscule mais par une minuscule (evenko).

À l’annonce de cette nouvelle, plusieurs médias ont sans hésitation suivi cette orthographe particulière et la respectent encore aujourd’hui.

De mon côté, en constatant cette subordination presque instantanée chez certains collègues, je n’ai pu m’empêcher, sourire en coin, de m’imaginer tous les éditeurs québécois de grammaires et de dictionnaires renvoyant leurs ouvrages à l’imprimerie pour tenir compte de cette nouvelle réalité. Désormais, au chapitre nous expliquant que la première lettre d’un nom propre est toujours une majuscule, on lirait: «Exception: evenko.»

Ce n’est évidemment pas ça qui s’est passé. Mais à voir d’importants médias se plier sans hésitation à cette graphie particulière, la question se pose: doit-on absolument respecter les spécificités des noms propres même lorsque celles-ci vont à l’encontre des règles de grammaire, de prononciation, de syntaxe ou d’orthographe?

Vous devinez bien que non. En fait, on peut le faire, mais rien ne nous y oblige. Car le choix d’Evenko n’est pas une exception imposée : il s’agit tout simplement d’une signature graphique. Ce n’est pas une nouvelle règle qu’il faut respecter au doigt et à l’œil.

Remarquez, la compagnie est parfaitement dans son droit d’agir ainsi. Elle peut aussi étendre cette particularité à toutes ses communications écrites, internes comme externes.

Mais en dehors d’Evenko, plus d’obligation. Si les clients, les entreprises partenaires ou les médias décident de respecter cette originalité, c’est seulement et uniquement par courtoisie, rien d’autre.

On pourrait mettre Ici Télé, Ici Première, Ici Explora et Ici Patati Patata dans le même bateau. Faut-il absolument toujours écrire ICI entièrement en majuscules comme le fait le réseau? Comme le mot «ici» n’est pas un sigle (comme SQDC ou FTQ), rien ne justifie l’utilisation exclusive de majuscules... sauf la signature graphique.

L’exemple ultime, c’est... le journal que vous tenez en ce moment! Lors de la dernière refonte des grilles graphiques, les publications du Groupe Capitales Médias ont laissé tomber, à la une et dans leurs logos, la majuscule de l’article initial (la Tribune, le Soleil, le Quotidien...).

Inévitablement, un lecteur de La Tribune a fini par me poser la question : fallait-il désormais écrire «la Tribune»?

Eh non! La bonne vieille règle prévaut toujours (il y a une règle spécifique pour les journaux et périodiques, car leur nom est à la fois un titre et une raison sociale): une majuscule à l’article (s’il fait partie du titre), une autre au premier nom et, le cas échéant, à l’adjectif qui se trouve entre les deux (tel Le Nouvel Observateur). Si vous portez attention, les journalistes continuent de suivre cette règle dans leurs textes.

La majuscule disparaît dans l’article lorsqu’il y a contraction, le plus souvent avec les prépositions «à» ou «de».

«J’ai renouvelé mon abonnement au Soleil.»
«Elle a lu l’info dans un article du Quotidien.»

Que retenir de tout ça? Que si l’on dispose d’une certaine liberté quant à ce qu’on fait chez soi, il ne faudrait quand même pas penser que le reste du monde va ensuite aller chercher la baballe comme un bon chien-chien. Aux dernières nouvelles, les professionnels de la communication, dont les journalistes, se réfèrent toujours au Petit Robert, au Petit Larousse, au Multidictionnaire et à l’Office québécois de la langue française. Imaginez s’il fallait en plus qu’ils se plient aux fantaisies de chacun!


Perles de la semaine

Quelques «Hein?» du Protégez-vous et autres...

«Imitation dried noodle [similinouilles déshydratées]»
Imitation séché nouilles

«Little circle fried shrimp flour [farine pour crêpes vietnamiennes aux crevettes]»
Farine du petit cercle frit avec crevette

«Add a fried squid starter [ajoutez une entrée de calmars frits]!»
Ajoutez un démarreur de calamars!

«Hygienic liner for fitting purposes [protège-slip adapté]»
Revêtement de hygiénique pour des buts convenables

«Smile, you are eating right [souriez, vous mangez bien]!»
Souriez, vous êtes bien manger!

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

CHRONIQUES

Le retour des Ski-Doo

CHRONIQUE / Une journée d’hiver où le froid a décidé de « caller » malade et que le vent a mis ses combines.

Je suis là à regarder les tas de neige qui se sont accumulés sur les branches d’arbres et qui restent en place en défiant la brise chaude. Billy le Chien, lui, a son gros nez enfoncé dans la neige et j’ai beau essayer de lui couper son fun en lui répétant qu’il ne trouvera rien parce qu’il n’a rien trouvé hier ni la semaine d’avant, il continue de respirer à plein museau en éternuant violemment trois ou quatre fois.

Denis Gratton

Les chansons de Noël

CHRONIQUE / Grande question existentielle pour vous ce matin, amis lecteurs : pourquoi aime-t-on les chansons et la musique de Noël ?

Pensez-y. Année après année, la radio et les centres commerciaux font tourner ces chansons pendant deux, trois et même quatre semaines consécutives, et pratiquement personne ne semble s’en lasser. Toujours les mêmes chansons, toujours les mêmes tounes. Oui, les interprètes varient. Le petit renne au nez rouge a sûrement été chanté et endisqué par au moins 500 artistes au fil des décennies. Mais ça demeure tout de même la même maudite chanson. Le petit renne que personne n’aime et au nez écarlate plus gros que sa tête, à la fin, il guide le chariot du père Noël. Désolé de vous vendre le punch…

Jean-Marc Salvet

L’effronterie d’un premier ministre

CHRONIQUE / Le premier ministre manitobain, Brian Pallister, avait déjà exprimé son opposition à la loi proscrivant le port de symboles de foi chez certaines catégories de représentants de l’État québécois. Même si cela en agace plusieurs, il en avait bien le droit. Et on doit vivre avec l’opinion d’autrui. Mais lancer une campagne publicitaire sur le dos d’une loi adoptée par l’Assemblée nationale a quelque chose d’indécent. On tombe là dans un tout autre registre. On tombe dans l’effronterie.

On peut aussi être agacé, de façon plus générale, par des résolutions comme celle adoptée par l’Assemblée législative de l’Ontario ou par des conseils municipaux dans le reste du Canada contre la loi 21. Mais, là encore, on n’est pas là dans l’indécence d’une campagne publicitaire. Je fais une distinction entre ces différents véhicules d’expression.

À LIRE AUSSI: La CAQ et le PQ répliquent aux autres provinces

Je ne ferai pas grief à des responsables politiques municipaux ou à des législatures d’autres provinces d’exprimer une opinion. D’autant moins que je ne trouve pas anormal que l’Assemblée nationale se prononce sur des situations se déroulant hors des frontières du Québec.

Comparaison n’est pas raison, les dossiers n’ont rien à voir — j’insiste là-dessus —, mais le Parlement québécois — je le rappelle — s’est exprimé encore tout récemment sur le bras de fer politique opposant Madrid à Barcelone. Les exemples sont nombreux.

Il y a presque un an jour pour jour, d’ailleurs, l’Assemblée nationale dénonçait dans une résolution parlementaire ce qui constituait à ce moment-là la toute dernière atteinte aux droits de la communauté franco-ontarienne. Elle a exprimé son point de vue et c’était légitime.

Les résolutions votées contre la loi 21 à l’extérieur du Québec — pour revenir plus spécifiquement à ce dossier — ne contraignent évidemment en rien le gouvernement québécois. Mais elles ont un mérite politique : elles permettent à chacun de prendre officiellement acte des opinions divergentes entre des élus du Canada.

Provocation

Avec la publicité diffusée au Québec par le Manitoba, on tombe dans un tout autre registre, disais-je. On tombe dans l’effronterie, dans la provocation. 

Dans cette campagne publicitaire du gouvernement Pallister visant à recruter des Québécois, on lit notamment que «les fonctionnaires du Manitoba sont accueillis à bras ouverts et mis à l’honneur, quelles que soient leur religion ou leur culture» et qu’«au Manitoba, la diversité est respectée et valorisée».

Cette publicité, c’est un peu comme si M. Pallister était venu expressément au Québec pour dire cela en conférence de presse.

Pour illustrer le franchissement de frontière que constitue une publicité comme celle-là, je référerai au premier ministre François Legault, qui a déjà qualifié le pétrole de l’Ouest d’«énergie sale». Qu’aurait-on entendu dans d’autres provinces et qu’auraient pensé de nombreux Québécois si M. Legault avait en plus lancé une campagne de pub intitulée «Énergie sale» dans des médias de l’Alberta...?

François Legault a évité de déchirer sa chemise en commentant, jeudi, la publicité du chef du gouvernement manitobain.

Celui qui a dû être le plus troublé par cette offensive, en son for intérieur, est le premier ministre Justin Trudeau. Non pas qu’il ne soit pas d’accord avec Brian Pallister, bien sûr. Mais, comme tout le monde, il voit bien que cette publicité ne fera rien pour apaiser les tensions au Canada — ces mêmes tensions qui l’ont incité à nommer Chrystia Freeland au poste de vice-première ministre et à celui de ministre des Affaires intergouvernementales.

Quoi qu’il en soit, rien de tout cela ne mettra en péril la loi 21.

S’il existe un risque à court terme pour cette loi, il est du côté de la Cour d’appel du Québec. Celle-ci doit décider incessamment si elle la suspend le temps qu’un tribunal se penche sur le fond du dossier.

Télé et radio

«Léo»: nouvelle administration

CHRONIQUE / Léo, le gars qui trouvait qu’il ne faisait rien de bon de sa vie, est sur une bonne lancée. Même qu’il s’apprête à prendre épouse, ce qui n’est pas rien dans son cas. Et avec Cindy (Marie-Laurence Moreau), la plus belle fille du canton.

Léo, la comédie de Fabien Cloutier déposée sur le Club illico il y a un an, et que diffusera TVA cet hiver, a été un de mes coups de cœur de la dernière saison. Si vous trouvez que nos comédies sont généralement très réalistes, c’est que vous n’avez pas encore vu Léo, ancrée dans la vraie vie de région, avec ses personnages, son langage, ses habitudes particulières, ce qu’il y a de plus vrai dans nos fictions du moment. Je ne le dis pas avec mépris, bien au contraire, c’est même tout ce qui fait l’attrait de cette comédie. Quand la fille du dépanneur parle, c’est la fille du dépanneur qu’on entend, pas une actrice. Au fait, si vous n’avez pas vu les 12 premiers épisodes, je vous suggère de ne pas lire ce qui suit.

Les deux premiers épisodes de la deuxième saison, toujours coécrits avec Steve Laplante et Érika Soucy, réalisés par Jean-François Chagnon et disponibles dès aujourd’hui sur le Club, ne m’ont pas déçu. Même si les noces approchent, Léo est encore loin de se passer la bague au doigt. Il devra avant cela conquérir le père de la mariée, ce qui n’est pas une mince tâche. Maurice (Daniel Gadouas) est un être froid, méprisant, qui n’a jamais accepté que sa fille quitte son Guillaume, le gendre parfait, dont il ressort le nom chaque fois qu’il en a l’occasion. Pour accueillir Léo, il lui ordonne de ne pas stationner son camion dans son entrée. Faudrait pas abîmer son beau pavé uni. Alors, imaginez quand Léo dit «jousent» au lieu de «jouent», il saute sur l’occasion pour l’humilier. Le premier souper de rencontre déborde de malaises.

À travers deux rires et trois absurdités comme on les aime, des moments plus touchants, il y en a dans Léo. Les oublis de plus en plus fréquents de la mère de Cindy, Ginette (Micheline Bernard), éminemment sympathique et qui adore Léo dès le départ, viendront brasser cette famille, qui n’aura pas le choix de se rapprocher si elle veut passer au travers. La force d’une bonne comédie est de pouvoir intégrer ces aspects plus dramatiques, et «Léo» en est le parfait exemple.

À l’usine Dubeau Gâteaux, c’est le branle-bas de combat avec l’arrivée d’une nouvelle administratrice, la fille du boss qui prend sa retraite, Jacynthe Dubeau, jouée par Catherine Chabot, révélée par le film Menteur. Là où on fait toute une histoire pour une place de stationnement — la nouvelle venue a osé emprunter celle de Perreault (Guillaume Cyr) —, ce changement en est un de taille. Surtout pour Couture (Marc Labrèche), à l’usine depuis 30 ans, qui part en guerre contre les objectifs de rentabilité de la patronne, pourtant remplie de bonnes intentions.

Ma seule déception de cette deuxième saison : l’absence d’Anne Dorval, qui n’a pu reprendre son rôle de mairesse et coiffeuse, un des éléments comiques les plus forts de la première saison. On explique qu’elle est partie parfaire ses talents de coiffeuse à Cincinnati. L’excellente Sandrine Bisson prend la place dans le rôle de Chantale, la sœur de Jessica, venue du Lac-Saint-Jean. Autre nouveau personnage : Reynald, le «mononc’» de Léo, un vieux garçon amateur de motos, joué par Pierre Lebeau. Même si Léo a en quelque sorte fait un «X» sur son ancienne vie, son chemin croise à nouveau celui de Chabot (Steve Laplante) et de Pouliot (Hubert Proulx), ce qui ne favorisera pas ses rapports avec le père de Cindy.

Ça n’arrête plus les bonnes nouvelles : voilà qu’on apprend qu’une troisième saison est déjà en chantier pour Léo. Compréhensible, quand on pense que la première a engendré deux millions de visionnements uniques. C’est Léo qui serait fier.

Chronique

Quatre députées contre l’imbécillité

CHRONIQUE / Ce n’est pas une résolution parlementaire parmi tant d’autres qui a été adoptée à l’Assemblée nationale mercredi. C’est une résolution dont les propos et le sens devraient être entendus et partagés par le plus grand nombre de citoyens. Elle porte sur la cyberintimidation faite aux femmes.

Elle donne à lire et à entendre la bêtise crasse de tant de harceleurs à la petite semaine. Elle expose un problème de société dont nous pouvons tous être victimes. Cette motion parlementaire a été présentée par la caquiste Chantal Soucy.

D’abord, merci à elle, ainsi qu’aux autres femmes députées de l’Assemblée nationale d’avoir soulevé le couvercle gris des poubelles où se cachent tant de personnes, où se tapissent tant de harceleurs — anonymes ou pas.

Et dire qu’ils prennent leur logorrhée et leur dénigrement pour de l’expression ou de l’opinion!

Ce problème d’attaques personnelles n’est pas le seul fait d’hommes et beaucoup d’entre eux en sont également victimes. Ne l’oublions pas. Mais le dénigrement prend une forme particulière lorsqu’il est dirigé contre des femmes.

Les «réseaux sociaux» ont peut-être permis de faire apparaître le meilleur, mais ils ont aussi libéré le pire. Le «phénomène», comme on dit bien pudiquement, ne date pas d’hier.

Le problème, c’est qu’il perdure. Le drame, c’est qu’il s’incruste.

Et il ronge des gens. Des jeunes et des moins jeunes.

Les dénonciations et les appels au sens civique, malheureusement, ont toujours eu peu de portée.

Merci à la caquiste Chantal Soucy, à la libérale Paule Robitaille, à la solidaire Christine Labrie et à la péquiste Méganne Perry Mélançon d’avoir soulevé mercredi le couvercle sur ces saletés en plein Salon bleu, au cœur même de l’Assemblée nationale du Québec.

«Pauvre dinde»

Citons ces députées.

Chantal Soucy : «Ayons une pensée pour toutes ces femmes et spécialement pour les jeunes filles qui subissent de la cyberintimidation jour après jour. Vous savez ce qu’il y a de plus terrible avec la cyberintimidation? C’est qu’elle ne s’arrête jamais. Elle pousse malheureusement trop souvent des jeunes à commettre l’irréparable […]. L’hostilité en ligne freine l’engagement politique, spécialement chez les femmes.»

Paule Robitaille : «Combien d’entre nous, politiciennes, femmes publiques, femmes qui osent sortir du lot, femmes qui portent le voile ou la mini-jupe, adolescentes, jeunes filles, sommes-nous à être ciblées par la vindicte misogyne du Web? Pour moi, ces attaques se vivent comme une tempête. D’abord, une pluie fine d’insultes, ensuite le rythme s’accélère. La charge d’une armée de trolls forts de leur anonymat qui dénigrent, ridiculisent et détruisent. Cela peut durer 24, 48, 72 heures, et puis la tempête se calme jusqu’à l’autre bourrasque.»

Chistine Labrie : «Voici des exemples de mots reçus par moi et par les quatre autres femmes de mon caucus : “pauvre dinde”; “maudite folle”; “quelle conne”; “tu es une maudite sans génie”; “tu es une bonne à rien et tu ne comprends rien”; “va chier”; “la brebis”; “si j’étais ton fils ou ta fille, j’aurais honte de ma mère”; “tu devrais décrisser, car tu n’es qu’une pollution à voir”; “retourne vivre dans le village d’où tu viens”; “inutilité vivante”; “tu es une câlisse de prostituée”; “ostie de plotte sale”; “criminelle et corrompue”; “minable prostituée du crime organisé”; “va te faire enc...”; “crisse de salope”; “aïe! la nunuche”; “allez vous rhabiller ou suicidez-vous”; “tu devrais disparaître”; “tu auras ta leçon après les Fêtes et ce sera un dossier de réglé”.»

Méganne Perry Mélançon : «Ces actes disgracieux laissent des traces, non seulement en ligne, mais dans le cœur et l’âme des victimes. Les adolescentes particulièrement sont vulnérables à ces attaques […]. La facilité avec laquelle on peut calomnier quelqu’un en ligne est inversement proportionnelle à l’ampleur des conséquences sur la personne visée.»

Nous savons. Nous ne pouvons plaider l’ignorance. Nous avons donc tous une responsabilité face ce fléau. Particulièrement lorsqu’on a la chance de s’exprimer dans la sphère publique. Chacun d’entre nous, à son échelle, doit tenter de donner l’exemple.

Non, personne, absolument personne, ne demande à qui que ce soit de se taire. Personne ne demande à qui que ce soit de s’abstenir de dénoncer des idées, des visions ou des projets. Mais il y a une différence entre cela et s’en prendre personnellement à des personnes; il existe un monde de différences entre des arguments et des attaques personnelles. C’est élémentaire. 

C’est vrai, rien de cela n’est nouveau. Tout cela est même tellement souvent répété… Mais c’est encore trop peu compris. 

Les appels au civisme ne suffisent pas, ne suffisent plus.

Pourquoi? Sans doute parce que les harceleurs ne se sentent pas concernés et n’ont cure des blessures qu’ils infligent. Il serait temps de partir de ce fait pour réfléchir à des solutions susceptibles de réduire la cyberviolence.

Chronique

Le suicide est un faux choix

CHRONIQUE / «Mon fils n’a pas choisi de mourir. Son cerveau était en cavale avec des hauts et des bas et la prise d’antidépresseurs a augmenté ces fluctuations dangereuses.»

Le gars de Marlène Gauthier, Olivier, avait 19 ans.

Il en aurait 26.

Depuis, Marlène mène une charge à fond de train pour que le Québec s’attaque sérieusement à la neuvième cause de décès au pays. Chaque année, un peu plus de 1000 Québécois s’enlèvent la vie, presque 30 000 passent proche, et la grande majorité a demandé de l’aide avant.

C’est sur cette aide qu’il faut travailler.

D’abord, la sensibilisation. Sur son site www.olipourlavie.com, Marlène fait une comparaison frappante, le budget de sensibilisation de la Société d’assurance automobile du Québec a été de 6 millions $ en 2017, et celui pour la prévention du suicide en 2016… de 35 000 $. 

Trois fois moins de personnes meurent sur la route.

L’autre point, et ça devrait être en place depuis longtemps, c’est l’accès rapide aux services, le mot rapide est le plus important. Encore faut-il que les professionnels de la santé mentale prennent au sérieux les signaux d’alarme de ceux qui frappent à leur porte, ce qui n’est pas toujours le cas. 

À force de tourner en rond entre les portes tournantes, certains finissent par ne plus venir y frapper.

Il faut changer ça.

Dans le magazine Time du 4 novembre, un reportage est consacré aux solutions pour contrer le suicide, non seulement elles existent, mais en plus elles sont simples. Et, quand on les applique, elles font une énorme différence. 

Le Time donne l’exemple du Henry Ford Health System à Détroit, qui s’est fixé en 2001 l’objectif d’atteindre zéro suicide — oui, oui, zéro —, objectif atteint huit ans plus tard. Après deux ans, le taux de suicide avait déjà chuté de 75 %, en instaurant notamment un protocole serré tout de suite après une hospitalisation, sachant que cette période est une des plus critiques.

Marlène insiste aussi sur l’importance que tout le monde soit dans le coup, que les professionnels de la santé en parlent aux proches. «Environ 80 % des personnes [qui ont des idées suicidaires] consultent et la plupart des psychologues ne contactent pas quelqu’un, ce qui va à l’encontre de leur code de déontologie. Et, comme les proches, le personnel infirmier est une ressource qui est trop souvent ignorée.»

L’idée est de faire un triangle de soins avec la personne, les soignants et les proches, comme une trithérapie pour la santé mentale.

Et le point de départ est souvent le cabinet. «Les survivants disent souvent : “C’est un psychiatre ou un médecin qui m’a sauvé de justesse après qu’on m’ait promené des mois dans le système.”»

Qui a mis le pied dans la porte tournante.

En théorie, cette collaboration devrait déjà être la norme. «On en parle au Québec depuis 1990. Il y a quelques cliniciens et quelques CIUSSS qui ont intégré cette pratique, mais c’est loin d’être le cas partout. Comme le disait la stratégie [d’action face au suicide], des protocoles et des normes de soins intégrés doivent être mis en place. Et respectés. […] Mais ici au Québec, la plupart ne suit ni les plans d’action en santé mentale ni les directives, et il n’y a pas d'évaluation et de suivi.»

Le Protecteur du Citoyen a d’ailleurs blâmé en septembre une intervenante d’un centre jeunesse à qui une jeune fille s’était confiée avant de commettre l’irréparable. Personne n’a été mis au courant, même pas son père, qui a découvert que sa fille avait des idées suicidaires dans une lettre qu’il a trouvée. «D’autres personnes-ressources auraient dû être avisées. Cela n’a pas été fait», a tranché le Protecteur.

On aurait pu court-circuiter ses plans funestes, soutient Marlène. «Il est prouvé que lorsqu’on sort la personne de ses pensées quand elle s'apprête commettre un acte, ses pensées actives se calment. Mais, il est certain que c’est temporaire et que des pensées suicidaires intenses sont le signe d’une maladie qui doit être bien diagnostiquée et soignée adéquatement.»

Le rôle des proches, quand ils sont mis au courant, est d’être à l’écoute, tendre la main, ou une perche. 

Cela peut faire toute la différence, comme l’avait d’ailleurs écrit Hélène*, cette professionnelle de la santé frappée par la dépression dont je vous ai parlé lundi. Dans un message qu’elle a écrit à ses proches, elle disait ceci : «Sachez aussi que la détresse diminue lorsqu’elle est nommée et entendue. Si un proche vous inquiète, osez poser des questions, oser l’inviter pour un café. Car même s’il refuse [il le fera sûrement], il lui restera l’espoir de savoir qu’il y a une porte d’ouverte pour lui s’il change d’idée. Quand la souffrance nous étouffe, l’espoir, même petit, est parfois suffisant pour donner le courage d’avancer encore.»

Le suicide est un geste fatal.

Pas une fatalité.

* Nom fictif

Vous avez besoin d'aide? 1-866-APPELLE (277-3553)

Patrick Duquette

Combattre les préjugés sexistes

CHRONIQUE / Ce jour-là, Camilla Teixeira Cazelais, une étudiante universitaire de 24 ans, s’est choquée. « Voyons, c’est donc bien sexiste cette théorie-là ! », a-t-elle réalisé en écoutant le professeur.

Ce n’était pourtant pas la première fois que Camilla entendait parler de la théorie des dimensions culturelles de Hofstede dans ses cours à l’Université d’Ottawa.

Entre les lignes

Bas blancs et écaille de tortue

CHRONIQUE / Avez-vous remarqué que le monde de la mode était cul par-dessus tête depuis quelques années ? Toutes les lois non écrites qu’on ne devait pas défier à une époque pas si lointaine sont désormais violées, et ce, allègrement.

Maintenant, les jeunes se promènent avec des bas blancs mi-mollet dans leurs sandales Adidas, l’hiver. En fait, le bas blanc semble carrément « in » présentement. C’est sidérant. Des femmes marient le legging au chandail court pendant que d’autres enfilent des chaussettes dans leurs escarpins. Après s’être fait répéter toute notre jeunesse que le fait de porter du marine avec du noir était un sacrilège, aujourd’hui, voilà que les deux couleurs s’agencent parfaitement. Même chose pour le mélange rouge/rose ou encore rose/orange, pour ceux et celles qui aiment le look Dora l’exploratrice. Même le sac banane est revenu en force dernièrement. Qui l’eut cru ?

Chroniques

Les dissidents

CHRONIQUE / Est-ce moi où nous ne savons plus débattre ? Depuis quelques années, en effet, j’observe que nos débats publics sont de plus en plus polarisés, pour ne pas dire carrément violents. Je pense aux débats sur la laïcité et les accommodements raisonnables, évidemment, mais aussi à toutes ces questions concernant l’identité sexuelle et de genre, ou encore la culture du viol. Les gens ne s’endurent plus, on dirait. Le problème ne date pas d’hier, je suppose, mais force est de constater que l’avènement des réseaux sociaux n’aura fait qu’accentuer le phénomène.

Sur Facebook, en effet, il ne se passe pratiquement plus une journée sans que nous assistions à des débats houleux qui se transforment en foire d’empoigne, le tout agrémenté par une tempête d’insultes en tous genres. En général, il s’agit d’insultes grossières et gratuites, mais d’autres fois, il est question d’insinuations ou d’accusations graves, notamment au sujet du sexisme, du racisme ou de la transphobie. Je ne cherche évidemment pas à nier ces réalités que sont le sexisme, le racisme ou la transphobie, mais simplement à faire remarquer que de telles accusations ne devraient pas être lancées à la légère. 

Or, il s’avère que pour certaines personnes atteintes du syndrome de la bien-pensance, toute pensée divergente relève ni plus ni moins de l’oppression ou de la discrimination, comme si le simple fait d’exprimer un désaccord constituait une forme d’agression ou d’outrage. Vous n’êtes pas d’accord avec les quotas paritaires ? Vous êtes sexiste. Vous considérez que nous devrions baisser les seuils d’immigration ? Vous êtes racistes. Vous pensez que les sexes mâle et femelle sont des réalités biologiques ? Vous êtes transphobe. Aussi simple que ça.

Toutes ces polémiques et querelles posent la question de la liberté d’expression. En effet, jusqu’à quel point sommes-nous toujours libres d’exprimer des opinions divergentes dans un monde où l’indignation et les insultes font maintenant office d’arguments ? Il est inquiétant de constater que l’étau se resserre de plus en plus sur celles et ceux qui n’embrassent pas la pensée dominante, c’est-à-dire la pensée bonne. Des militants vont même jusqu’à brûler des livres ou empêcher la tenue de certains événements lorsque ceux-ci ne correspondent pas à leurs valeurs.

Mais de quelle pensée dominante parle-t-on ici, exactement ? Celle de la gauche multiculturelle et mondialiste, essentiellement. Évidemment, je suis conscient que cette gauche ne constitue pas une force politique dominante, mais son influence n’en est pas moins palpable. C’est sur le terrain des idées, et plus particulièrement de la morale, que cette gauche s’avère la plus active et la plus efficace. Elle trace la ligne entre ce qui est politiquement correct et ce qui ne l’est pas. Et elle possède sa petite police de la vertu qui, non sans mépris et condescendance, veille à ce que les dissidents soient honnis ou punis.

Et qui sont les dissidents ? En France, je pense à des noms comme Alain Finkielkraut, Caroline Fourest et Michel Onfray. Au Québec, ce sont des personnalités comme Richard Martineau, Denise Bombardier et Mathieu Bock-Côté qui endossent ce rôle. Et ils en paient lourdement le prix, toujours à coup d’insultes et de menaces. On les accuse aussi de fomenter la haine et l’intolérance. On me répondra peut-être que certains de ces individus aiment bien jouer dans le registre de la provocation, ce qui ne manque pas de faire réagir.

Tout cela est vrai, mais ne justifie en rien le climat de censure qui plane sur nos débats. Qu’elle vienne de la gauche ou de la droite, cette attitude doit être dénoncée. Or, j’ai la désagréable impression qu’une part non négligeable de la gauche se sent de plus en plus autorisée à recourir à la violence et à l’intimidation pour faire valoir ses idées. Tout cela au nom du bien, évidemment.

Bref, bien que je sois rarement d’accord avec eux, je les aime bien, moi, ces penseurs dissidents. Je les respecte, à tout le moins, car ils ont le mérite de nous empêcher de tourner (penser) en rond. Et ils ont le courage de leurs opinions. Cela vaut bien que nous leur accordions un peu de notre respect, et surtout le droit à la dissidence.

Isabelle Légaré

Chez Sylvie

CHRONIQUE / Sylvie Dubé connaissait Martin Matte bien avant que le nom de l’humoriste apparaisse en grosses lettres sur la maison qu’elle habite. La femme de 63 ans l’a déjà vu à la télé. «Des fois, je le trouve niaiseux... mais c’est son rôle!»

Les beaux malaises ne sont pas l’apanage de celui qui, s’il tombe sur cette chronique, va vite comprendre que Sylvie a le sens de l’humour, mais également l’habitude de dire ce qu’elle pense, sans filtre, avec spontanéité.

Chronique

Et puis un jour, une étincelle

CHRONIQUE / «Il n’y avait absolument rien ni personne qui aurait pu m’empêcher de passer à l’acte, il n’y avait plus rien de suffisant pour faire contrepoids à la douleur, même pas mes enfants.»

Elle est allée chercher de l’aide, in extremis. «J’ai choisi de vivre.»

Le «je» est important.

Hélène* est professionnelle dans le milieu de la santé, elle a même déjà travaillé en santé mentale, elle s’est vue aller au début, quand elle n’arrivait plus à sortir de l’eau, quand elle composait tant bien que mal avec le manque de sommeil, quand tout était noir autour et que tout était triste en dedans.

Elle était même déjà en psychothérapie. «J’ai travaillé pendant deux mois avec des idées de suicide presque tous les jours, avec un plan défini. Je refusais de prendre des pilules, je me disais que personne ne pourrait rien faire. Puis, j’ai accepté la médication et ça a empiré, j’avais encore plus d’idées de suicides, un plus grand manque d’intérêt.»

C’est long, parfois, trouver la bonne pilule.

Elle le savait, ça ne l’empêchait pas d’aller plus mal. Elle est allée voir une amie à Sherbrooke pour se changer les idées, a abouti à l’hôpital. «Je ne voulais pas y aller, c’était mon dernier recours, je savais qu’ils me garderaient. Quand tu es un professionnel de la santé, c’est plus dur encore, tu te retrouves de l’autre côté du miroir.»

Elle y est restée trois semaines, n’a pas pu obtenir de suivi à Québec. «Je recommençais à me détériorer. Je n’avais pas moins d’anxiété, et pas moins d’idées suicidaires…»

Retour au point de départ.

Elle a été admise dans un programme méconnu, le TIBD, pour traitement intensif bref à domicile. «Ils commençaient à prendre des patients, je suis bien tombée. Ça me permettait de rester à domicile avec mes enfants et de ne pas revivre l’indignité de l’hospitalisation. Je voulais éviter ça à tout prix.»

L’idée du TIBD, c’est de «déplacer l’hospitalisation à la maison», c’est une unité mobile de soins qui se rend chez les gens. «Pendant tout l’été, on a testé des affaires, d’autres molécules, on a même arrêté deux semaines pour voir. Mais au mois d’août, j’étais vraiment détériorée, c’était pire que jamais, j’avais plus peur que jamais de mes idées suicidaires, je me sentais en danger avec moi-même…»

Elle a lancé un ultime appel à l’aide. «J’ai appelé au TIBD, ils m’ont envoyée au Centre de crise [de Québec, CCQ]. Je me demandais ce que j’allais faire là, mais ça m’évitait une “hospite” et quand je suis arrivée, j’ai vu qu’il y avait toute sorte de monde. J’ai été accueillie sans jugement.»

C’était sa nouvelle maison. «C’est comme une vie de famille, mais une famille un peu bizarre! Les intervenants sont formidables, ils nous font à manger, ils nous font des gâteaux, ils arrivent à mettre de l’humour aux repas alors qu’on est tous déprimés, ils font vraiment une différence quand on n’est pas bien. J’avais l’impression de vivre une vie normale, je me sentais libre, je n’avais pas besoin de la signature du médecin pour sortir, c’était très important pour moi.»

Elle pouvait aller dormir deux fois par semaine chez elle, avec son chum et ses enfants.

Pour la première fois depuis un sacré bout de temps, elle a pu penser à elle. «J’avais besoin de me retrouver, de faire une bulle, d’exister par moi-même. […] Au Centre de crise, j’ai commencé à faire de l’aquarelle, je faisais quelque chose qui n’était utile à personne, c’était juste pour moi. Ça me faisait sentir vivante.»

Elle qui se voyait morte depuis si longtemps.

Entre deux coups de pinceau, elle a retrouvé le goût de vivre. «Un jour, il y a eu une étincelle, il y a eu un moment où il y a eu une étincelle, c’était nouveau. Il y a eu un ensemble de moments, de facteurs, qui ont fait en sorte que la vie a émergé. J’ai commencé à me rebâtir pour moi et par moi.»

Quand les intervenants l’ont sentie assez forte, Hélène est retournée chez elle. Le jour où elle est sortie, elle a écrit un long message à ses proches où elle raconte par où elle passée et vers où elle va, surtout. «Pour la première fois en plus de neuf mois, il y a une étincelle de vie, une ébauche d’amélioration, une poussière d’espoir.»

Je suis allée la rencontrer chez elle, trois semaines plus tard «Au début, j’étais un peu stressée de sortir, mais là ça va mieux. Il y a des bonnes et des moins bonnes journées, là, c’est une semaine de bonnes. Les enfants ont recommencé à me faire confiance, on rebâtit notre vie de famille. J’ai commencé à cuisiner, à jouer avec eux, je ne le faisais plus depuis longtemps…»

Dans son message, Hélène a aussi tenu à rassurer ceux qui ont perdu des proches par suicide, les siens auraient pu être du lot. «Aux endeuillés du suicide, je dis : “Soyez en paix.” Si j’avais décidé de me tuer, personne n’aurait pu m’en empêcher. PERSONNE. Ni mon mari, ni ma mère, ni mes enfants, ni mes collègues, ni mes amies, ni mon médecin. Le suicide est un choix, certes un choix biaisé par notre cerveau malade, mais c’est un choix quand même. Le suicide n’est pas un manque d’amour, c’est un surplus de souffrance. Le suicide n’est pas de refuser de l’aide, c’est de ne pas la voir au travers du rideau noir qui nous aveugle. Le suicide, c’est d’être convaincu que rien ni personne ne pourra nous soulager, lorsque la souffrance est intolérable. Pleurez votre proche. Ayez de la compassion pour lui et pour vous-mêmes. Ne laissez pas la culpabilité alourdir inutilement votre deuil.»

C’est déjà assez dur comme ça.

Comme professionnelle de la santé, Hélène connaissait la ligne d’écoute du Centre de crise, disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept, elle ne savait pas qu’il y avait aussi une équipe mobile ni deux maisons, une sur le boulevard René-Lévesque, une autre à Limoilou. Elle a habité dans les deux et les deux ont besoin d’amour. «Un de mes chocs a été de voir que les lieux étaient aussi mal en point. Ils n’ont tellement pas de budget, ils mettent l’argent en priorité dans les services, mais ça aiderait sûrement si c’était plus invitant. […] Ces gens-là évitent des hospitalisations, des séjours à l’urgence et des passages à l’acte. Qu’ils fassent sauver autant de milliers de dollars et qu’ils n’aient même pas d’argent pour repeinturer la salle de bain, c’est un non-sens!»

Et si ce n’était que pour les rénos, l’argent manque aussi pour répondre aux appels de détresse, de plus en plus nombreux, parce que la ligne peut être très mince entre vivre et mourir.

La vie ne tient parfois qu’à une étincelle.

* Prénom fictif

** Ligne d’écoute du Centre de crise de Québec : 418 688-4240

Séance d'orthographe

Reculer sur l’avance

CHRONIQUE / J’écoute beaucoup d’émissions sportives et je suis toujours dérangée d’entendre: «Ils ont une avance de 3 à 0.» Il me semble qu’on doit dire: «Ils ont une avance de trois parties.» Ou alors «ils sont en avance 3 à 0». Qu’en pensez-vous? (Olyve Legendre, Québec)

Disons ici que le commentateur sportif agglutine deux concepts afin de livrer le plus d’information avec le moins de mots possible. Ce faisant, il massacre un peu le véritable sens.

Parce que 3 à 0, ce n’est pas une avance: c’est une marque, un score, un pointage. Comme vous le dites, l’avance, ici, ce sont les trois points de plus du sportif ou de l’équipe sportive qui mène.

Le problème du commentateur, lorsqu’il commence sa phrase par «tel athlète» ou «telle équipe a une avance de trois points», c’est qu’il se retrouve coincé: il a donné l’avance, mais pas le nombre de points marqués dans chaque camp. C’est bien beau, une avance de trois points, mais encore faudrait-il informer du score les auditeurs ou les téléspectateurs qui viennent d’arriver. Alors il prend un raccourci... dans lequel la précision du vocabulaire se fait raboter.

Pourtant, il suffit de quelques ajustements pour obtenir une tournure tout à fait correcte. On peut, comme vous le suggérez, juxtaposer la locution adverbiale «en avance» avec le score, lequel emprunte dans ce contexte une fonction proche de l’adverbe. Il est également possible de recourir à «prendre l’avance» ou à «d’avance». On peut aussi simplement créer une autre phrase pour donner le pointage.


«Rafael Nadal prend l’avance 40-15 sur Roger Federer.»

«Les Maple Leafs ont une avance de trois buts, c’est maintenant 4 à 1.»

«L’équipe n’a plus qu’un point d’avance, la marque est de 6 à 5 en huitième manche.»


                                                                            ***


«La locution "par exemple" est parfois utilisée par les Québécois sans qu’il y ait d’exemple à souligner. Elle remplace souvent "toutefois".» (Robert Aucoin, Lévis)


Encore une fois, nous avons affaire à un tour langagier presque disparu outre-Atlantique mais toujours bien vivant ici. Car, ne vous détrompez pas, il ne s’agit pas d’une invention québécoise mais bien française, dont on trouve encore des traces dans les vieux dictionnaires, tel le Trésor de la langue française, et même dans des ouvrages plus récents. Benoît Melançon, du blogue L’Oreille tendue, en a débusqué dans des romans français publiés en 1956 et en 1987.

Ce «par exemple», que beaucoup de Québécois prononcent «parzempe» (Léandre Bergeron l’a écrit ainsi dans son «Dictionnaire de la langue québécoise») et placent en fin de phrase, exprime une forme d’opposition, le plus souvent une restriction ou une condition. Il est synonyme de «par contre», «en revanche», «cependant», «malgré tout», «quand même», «en dépit de cela» ou tout simplement «mais». Tous ces mots et locutions sont à privilégier dans un contexte de langue soutenue. Dans les énoncés qui suivent, on pourrait remplacer «par exemple» par «mais» en début de phrase.


«Ça va pour cette fois. Ne recommence pas par exemple!»

«Je prends deux sucres dans mon café. Sans lait par exemple!»

«J’ai pris deux robes. Je ne les ai pas essayées par exemple.»


Perles de la semaine


Il y a les études biologiques... et les réponses d’examen bio-illogiques.


«Le tissu tissé autour de notre corps est le tissu tissulaire [cellulaire].»

«C’est dans les chromosomes qu’on trouve le jeune homme [génome].»

«L’os de l’épaule s’appelle la canicule.»

«Le fessier est un organe en forme de coussin qui sert à s’asseoir.»

«Quand une femme n’a plus de règles, c’est la mésopotamie.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Denis Gratton

L’immense défi de Mona Fortier

CHRONIQUE / Ainsi, les gens d’Ottawa-Vanier peuvent maintenant compter sur une ministre pour les représenter à la Chambre des communes. Chapeau Mme Mona Fortier.

Certains observateurs de la scène politique ont qualifié cette nomination de « surprenante ». Elle l’est un peu, en effet, étant donné que la députée d’Ottawa-Vanier a été plutôt discrète depuis son entrée au Parlement canadien au printemps 2017. Oui, elle est de toutes les causes et de toutes les activités qui se déroulent dans sa circonscription. Préparez un spaghetti pour 200 personnes ou brandissez un drapeau franco-ontarien et elle y sera. Mais politiquement et médiatiquement parlant, c’est vrai qu’elle a rarement été sous les réflecteurs.

Jean-Marc Salvet

Les ailes rognées de Justin Trudeau

CHRONIQUE / Personne ne peut sérieusement prétendre que Justin Trudeau n’a pas compris les messages du résultat électoral du 21 octobre. Il a compris le principal du moins, soit qu’il n’est pas l’homme de la situation. Il a compris que ses ailes sont rognées — à tout le moins pour un moment. Il ne mise plus sur lui pour apaiser les tensions au Canada.

D’où la nomination de Chrystia Freeland à titre de vice-première ministre et de ministre des Affaires intergouvernementales, et de Pablo Rodriguez à titre, entre autres, de «lieutenant du Québec» — pour ne prendre que ces deux exemples.

Si on avait l’habitude de dire qu’un poste de «vice» est essentiellement symbolique — qu’il ne confère pas un poids plus important que celui des autres à la table d’un conseil des ministres —, ce ne sera pas le cas cette fois-ci. La voix de Chrystia Freeland portera au sein de l’équipe libérale, mais aussi dans la machine gouvernementale.

Si Justin Trudeau n’est pas l’homme de la situation, Chrystia Freeland est-elle, elle, la femme de la situation? Elle est en tout cas la personne possédant le plus d’atouts et de qualités pour occuper le délicat poste de ministre des Affaires intergouvernementales. 

Mais à l’impossible, nul n’est tenu. On a beau être la ou le mieux placé pour réussir une mission — en l’occurrence, celle d’apaiser les tensions au sein du Canada et de maîtriser les forces centrifuges —, le succès n’est pas garanti, bien évidemment.

Tout ne dépendra pas que de Mme Freeland, mais aussi, et entre autres, de la volonté des premiers ministres provinciaux de miser davantage sur ce qui les unit que sur ce qui les divise.

Et cet aspect des choses dépendra lui-même de leurs intérêts politiques et de leurs visions de ce que doit être le Canada — si tant est que leurs vues sont réconciliables.

Si l’administration Trump et le premier gouvernement Trudeau sont parvenus à s’entendre sur le renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain, c’est que leurs intérêts politiques et économiques respectifs le commandaient. On verra ce qu’il en sera au Canada.

Le rendez-vous qu’auront les premiers ministres des provinces et des territoires le 2 décembre à Toronto donnera un ton pour la suite des choses.

Un constat : l’attachement au Canada demeure majoritaire au Québec et fort dans le reste du pays.

Un élément de prospective : à long terme, le Canada sera de plus en plus à géométrie variable. Les pouvoirs des provinces les unes par rapport aux autres seront de plus en plus distincts, ainsi que leurs liens avec Ottawa.

À long terme, le Canada tendra dans cette direction à défaut de quoi les tensions deviendront des déchirures.

Rodriguez, Guilbeault et Lightbound

On peut se questionner sur la décision de Justin Trudeau de désigner Pablo Rodriguez comme «lieutenant du Québec» — un rôle qu’il exercera en plus de celui de leader parlementaire à la Chambre des communes.

Ce rôle le conduira à occuper le terrain médiatique québécois afin de propager le plus possible la parole de son gouvernement auprès des Québécois en général. Or, ces dernières années, M. Rodriguez s’est plutôt montré clivant. Il n’a pas beaucoup démontré qu’il était capable de susciter l’adhésion des citoyens qui ne voient pas au départ les choses comme lui. Pour y parvenir, il devra apprendre à convaincre au-delà de ses appuis naturels.

Mais ne présumons pas. Il y a des habits qui font les moines...

En passant, il est normal que François Legault dise que son principal interlocuteur sera Justin Trudeau et non pas M. Rodriguez. Son gouvernement dans son ensemble et le Québec en général ne devront cependant pas négliger de jouer la carte qu’il pourra représenter dans certains dossiers.

S’il n’est pas certain que M. Rodriguez parvienne lui-même à mieux vendre son propre gouvernement au Québec, il sera par contre un atout supplémentaire pour le Québec auprès d’Ottawa.

Un mot sur Steven Guilbeault. L’avalanche de commentaires négatifs à son endroit a quelque chose d’indécent. Que le Parti libéral du Canada se soit appuyé sur ce qu’il représente en campagne électorale, c’est indéniable. Mais on pourrait dire cela à propos de bien d’autres candidats. Par exemple, de la candidate conservatrice Sylvie Fréchette, même si les choses ne se sont pas passées comme elle et les conservateurs le voulaient.

Les contempteurs de Steven Guilbeault devraient comprendre ce qu’aurait provoqué en Alberta et en Saskatchewan sa nomination au ministère de l’Environnement et du Changement climatique. Croient-ils vraiment que le gouvernement de Justin Trudeau pouvait se faire ainsi hara-kiri?

Les accusations de traître lancées à la figure de M. Guilbeault sont humainement abjectes pour lui, sa famille et ses proches.

Un tout dernier mot, celui-là sur Joël Lightbound. Il n’y a pas de place pour tout le monde dans un conseil des ministres. Le brillant et très humain député de Louis-Hébert aurait pu y accéder. Il a toutes les qualités requises. Dommage pour lui et pour nous.

RICHARD THERRIEN

Le top 10 du mercredi 20 novembre 2019

BLOGUE / «Les enfants de la télé», qui recevait notamment Serge Savard mercredi soir, a attiré 811 000 téléspectateurs sur ICI Télé, obtenant la troisième position du top 10 des émissions les plus regardées. À 20h, 282 000 ont plutôt choisi de regarder «Les invisibles» à TVA.

À 21h, ICI Télé l'emporte aussi sur TVA, puisque Plan B a été vue par 458 000 fidèles contre 219 000 pour la finale de Mensonges. Les deux séries ont déjà été diffusées ailleurs.

À RDS, le match entre les Sénateurs et le Canadien a rallié 702 000 amateurs.

1- District 31 (ICI Télé): 1 396 000

2- Le tricheur (TVA): 896 000

3- Les enfants de la télé (ICI Télé): 811 000

4- TVA Nouvelles 18h (TVA): 791 000

5- Le hockey des Canadiens (RDS): 702 000

6- TVA Nouvelles 17h (TVA): 635 000

7- Occupation double Afrique du Sud (V): 606 000

8- L'épicerie (ICI Télé): 591 000

9- Les gags (TVA): 483 000

10- Plan B (ICI Télé): 458 000

Source: Numeris

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.

Télé et radio

Mosquée: l’ampleur des dommages

CHRONIQUE / Ils sont encore nombreux à refuser de qualifier la tuerie de la Grande Mosquée de Québec d’acte terroriste. «Je pense pas qu’il y ait de l’islamophobie au Québec», a dit notre premier ministre, François Legault. Pour plusieurs, Alexandre Bissonnette n’était qu’«un pauvre type», un être malade, qui n’a pas commis ces six meurtres par idéologie, mais dans un accès de folie.

Bien difficile de nier l’existence d’islamophobie au Québec après avoir vu La mosquée : une communauté menacée, que diffuse Canal D jeudi soir à 22h. Suivre le quotidien des proches des victimes de la tuerie, comme le fait Ariel Nasr dans ce documentaire, permet de mesurer l’ampleur des dégâts, de voir comment la tragédie du 29 janvier 2017 a bousillé leur vie. Et ça arrache le cœur.

Le sentiment d’insécurité de cette communauté à Québec ne s’est jamais atténué. Elle déplore que les discours haineux aient repris de plus belle, que des groupes d’extrême droite décomplexés soient sortis en public en lançant des propos racistes, dans l’impunité la plus totale. «Comment voulez-vous que je ne sois pas inquiet?» demande Rachid Rafah, né en Algérie, et qui est arrivé au Québec en 1975. «La police ne nous protège pas», dénonce-t-il.

Les témoignages sont lourds de sens. Mohamed Hafid, qui a survécu à l’attaque de la mosquée, s’est fait dire par son fils de 10 ans : «Papa, je sais pas comment faire si je t’avais perdu. Pourquoi ils ont fait ça?» Le père ne sait que répondre, et la question tire les larmes. La douleur est encore vive pour Najat Naanaa, veuve d’une des victimes, Azzeddine Soufiane, qui confie à la caméra : «Ce jour-là, moi aussi, je suis morte.»

Placée au centre de tous ces témoignages, l’affirmation du premier ministre François Legault sur l’absence d’islamophobie au Québec choque et paraît absurde. C’est la force du documentaire : nous mettre au visage nos contradictions.

Au lendemain de la tragédie, l’ancien agent du SCRS, Michel Juneau-Katsuya, a affirmé que certains animateurs de radio de la région de Québec avaient «du sang sur les mains». Le documentaire ne va pas aussi loin, mais pointe du doigt, sans les nommer, certaines stations de la capitale qui attiseraient les discours haineux. Outre Sylvain Bouchard, qui avait estimé ne pas en avoir fait assez pour faciliter le dialogue avec la communauté musulmane, un geste noble, bien peu ont reconnu quelque tort que ce soit. Est-ce si difficile de faire preuve d’empathie envers des concitoyens qui ont vécu un drame sans nom et en portent toujours les séquelles, peu importe leur religion?

Ceux qui ont suivi de près le dossier, notamment dans les pages du Soleil, n’apprendront pas tant de choses en regardant La mosquée : une communauté menacée, qui date un peu — les dernières images ont été tournées en février. Mais l’œuvre est nécessaire pour saisir tous les dommages causés. Plusieurs visages vous seront même familiers, dont celui d’Aymen Derbali, survivant pris en charge par l’Institut de réadaptation en déficience physique après avoir reçu plusieurs balles, et qui suscite l’admiration par son courage et sa persévérance.

Le nom d’Alexandre Bissonnette ne sera prononcé qu’en fin de documentaire, alors que les familles apprennent le verdict de la cour, qu’elles trouvent infiniment trop clément et qu’elles reçoivent comme une claque au visage. Heureusement, on conclut l’heure sur une note d’espoir. Tout n’est pas noir : on souligne l’élan de solidarité et de sympathie de nombreux Québécois de souche à l’égard de la communauté musulmane de Québec. Il ressort toutefois de l’œuvre d’Ariel Nasr le sentiment qu’ils ont été abandonnés depuis, et qu’une commémoration annuelle ne suffira pas à apaiser leur peine et leur insécurité.

Chronique

Instagram, Mélina et le zona

CHRONIQUE / «C’était dans le temps des Fêtes, une femme de 20 ans est arrivée à la pharmacie, elle avait son bébé dans les bras, elle pleurait. Elle n’était plus capable d’allaiter. Elle avait voulu prendre un verre de vin, elle était allée voir sur Internet et elle avait lu qu’il fallait arrêter pendant trois jours.»

Son corps ne produisait plus de lait.

Alexandre Chagnon était le pharmacien en poste ce soir-là, il a tenté de lui donner des conseils pour que ça revienne. «On a essayé des choses, mais il était trop tard, l’allaitement était terminé. Elle était dans un tel état de désarroi…»

C’est là qu’il a eu l’idée de créer un site Web où les gens pourraient poser des questions directement à un pharmacien pour éviter que des gens se fient à des sources d’informations plus ou moins crédibles, comme le blogue que cette femme avait consulté et qui l’a induite en erreur.

Après un verre de vin, trois heures suffisent.

Pas trois jours.

C’est comme ça qu’est né en 2015 le site «Question pour un pharmacien», tout simplement, où Alexandre consacrait ses temps libres à répondre à des gens. «Jusqu’en 2017, je répondais à 100 % des questions moi-même. J’ai eu environ 600 questions de 2015 à 2017, maintenant, c’est 600 par semaine.»

Parce qu’il n’est plus tout seul, il y a maintenant 250 pharmaciens à la grandeur de la province qui donnent de leur temps pour répondre à des questions de toutes sortes. Les gens peuvent choisir le pharmacien à qui poser leur question, en choisir un qui habite le même quartier. «Ça respecte le cadre qui nous est donné. C’est comme une consultation au téléphone ou en pharmacie, sauf que c’est en ligne.»

L’anonymat de la personne qui appelle est préservé, l’identité du pharmacien, elle, est connue. 

Ainsi, lorsque Mélina Payeur a posé sa question, Alexandre savait qu’il s’adressait à une «femme de 29 ans», point. Enceinte de 15 semaines, Mélina était en République dominicaine depuis deux jours, elle s’inquiétait de ce qui avait tout l’air d’un début de zona autour de son œil. 

Infirmière, elle avait d’abord consulté le médecin en poste à l’hôtel où elle et son conjoint logeaient. «Ça évoluait hyper vite, c’était rendu à un centimètre de long. Le médecin de l’hôtel ne savait pas trop, elle m’a envoyée à la clinique de la ville en ambulance… on passait sur les rouges!»

Voilà pour l’anecdote.

À la clinique, le médecin lui a prescrit une autre crème. «Là-bas, ils ne donnent pas de médicaments en pilule à des femmes enceintes, et je ne savais pas moi non plus ce qui était indiqué dans une situation comme celle-là. J’avais un mal de tête terrible, elle m’a dit de prendre du Tylenol…»

Elle ne savait plus quoi faire. «Mon chum a commencé à regarder pour devancer notre date de retour…»

Et pendant qu’il était sorti de la chambre quelques minutes pour faire une course, Mélina est allée distraitement sur Instagram, elle a fait défiler les photos, est tombée sur une publication qui a retenu son attention. Maïka Desnoyers, auteure du blogue Ma famille, mon chaos, conjointe de l’ex-joueur de football Étienne Boulay, venait d’avoir réponse à sa question pour un pharmacien.

Mélina n’a fait ni une, ni deux, elle est allée sur le site, a posé cette question à Alexandre, il devait être autour de 21h. «J’ai un zona au niveau du sourcil, je suis enceinte de 15 semaines et je suis en vacances. Puis-je prendre Valtrex oral?»

La réponse est venue moins d’une heure plus tard. «La situation est effectivement inquiétante. Le zona ophtalmique […] est une infection grave qui doit être traitée rapidement. En cas de traitement retardé, il peut survenir une perte irréversible de la vue. Le traitement à base d’acyclovir topique (en crème) n’est malheureusement pas suffisant. Il vous faut de l’acyclovir en pilule (à raison de 800 mg, cinq fois par jour pour sept jours). Ce médicament est compatible avec la grossesse. Je vous conseille de consulter un médecin très rapidement et de revenir m’écrire en cas de question.»

Mélina était allée dans une pharmacie plus tôt dans la journée, elle se rappelait avoir vu ce médicament en vente libre. «Là-bas, il y a plein de médicaments en vente libre. On est repartis à la pharmacie, elle était encore ouverte. J’ai acheté 35 comprimés et j’ai commencé mon traitement.»

Au bout de deux jours, l’infection a cessé de progresser. «Le temps que le traitement commence à faire effet, je commençais à avoir mal à l’œil et si l’œil est atteint, on peut avoir une cécité permanente. J’ai été traitée juste à temps! Et quand je suis revenue, j’ai fait le suivi avec ma gynécologue, tout était OK.»

Alexandre a pris des nouvelles de Mélina une semaine plus tard.

«— Je reviens aux nouvelles! Comment a évolué votre situation depuis la semaine passée? Aussi, êtes-vous de retour au Québec?

— Oui, je suis de retour au Québec depuis le 8 octobre et j’ai vu ma médecin de suivi de grossesse le 10. Tout est sous contrôle, le traitement a très bien fonctionné et bébé se porte bien. Les lésions sont en voies de guérison. Je vous remercie encore énormément pour les informations, sans vous, j’aurais été dans le pétrin.»

C’est précisément pour aider les gens dans ce genre de situations qu’Alexandre, bientôt 30 ans, a mis sur pied Question pour un pharmacien. «C’est quoi tes options, quand tu es malade à l’étranger?Appeler le 8-1-1 en longue distance et attendre 60 minutes? C’est pour ça qu’on est là.»

Et toutes les conversations sont disponibles. «Comme c’est anonyme, les gens peuvent consulter tout ce qui est là s’ils ont le même problème. Il y a des consultations qui ont été vues jusqu’à 5000 fois!»

Dans le doute, ils peuvent poser leur question.

Alexandre a mené un sondage auprès d’une centaine de personnes qui ont posé une question. «À la question : “Si le pharmacien n’avait pas été là, tu aurais fait quoi? ”, 19 % des personnes ont dit qu’ils ont évité d’aller dans une clinique sans rendez-vous, 37 % n’ont pas consulté leur médecin de famille, 2 % ne sont pas allés à l’urgence […] Dans les salles d’attente des urgences, on calcule qu’environ le tiers des P4 et des P5 [les cas les moins urgents] peuvent être pris en charge par un pharmacien.»

C’est énorme. 

«On a posé des affiches dans les salles d’attente. Il y a des gens qui envoient leurs questions pendant qu’ils attendent, ils ont la réponse et ils s’en vont!»

Site Web: askyourpharmacist.ca/fr

Chronique

Lutter contre la solitude

CHRONIQUE / Quel «boomer» aurait pu prévoir qu’en 2019, les associations étudiantes demanderaient à leur université et au gouvernement de lutter contre la solitude pour faire diminuer le stress et la détresse psychologique chez les étudiants?

Récemment, le député péquiste Harold Lebel rappelait que dans son temps — dans les années 1980 — la santé mentale ne figurait pas dans les priorités du mouvement étudiant.

Aujourd’hui, les associations étudiantes ne peuvent pas l’ignorer. Elles parlent plus de santé mentale que de droits de scolarité.

Près de 60 % (58 %) des universitaires souffriraient de détresse, selon l’enquête panquébécoise sur la santé psychologique étudiante «Sous ta façade» que l’Union étudiante du Québec (UEQ) a dévoilée mardi. Quelque 24 000 étudiants de 14 établissements universitaires, dont certains de l’Université Laval, ont participé à l’enquête menée à l’automne 2018.

Même si le taux de réponse au questionnaire n’est que de 16 %, le problème ne doit pas être banalisé ou minimisé. D’autant plus, qu’il apparaît bien avant qu’un jeune arrive sur un campus universitaire. 

Au printemps, le Conseil supérieur de l’éducation publiait la recension de statistiques et d’enquêtes sur la santé mentale des enfants et des adolescents. 

Il rappelait que la prévalence des troubles anxieux, de la dépression, des troubles alimentaires et du TDAH est en augmentation depuis 2010. La proportion relative d’élèves du secondaire présentant une détresse psychologique élevée est aussi en augmentation au Québec, comme ailleurs dans le monde.

Même les tout-petits de 2 à 5 ans n’y échappent pas. Au Canada, environ 14 % d’entre eux montrent des signes de trouble émotif ou d’anxiété, soulignait également le Conseil supérieur de l’éducation.

Il n’y a pas que les étudiants des universités qui sont en «train de péter au frette», pour reprendre les mots du porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Il ne faut pas s’étonner que les associations étudiantes soient interpellées et qu’elles demandent à leur tour une aide accrue aux universités et au gouvernement.

«La balle est dans le camp du gouvernement, ce qu’on lui demande est simple, de créer une politique d’amélioration de la santé psychologique étudiante, une politique qui comprendrait des guides de bonnes pratiques, mais surtout des ressources pour la communauté universitaire. Le but, c’est que les institutions financées publiquement arrêtent de nuire à la santé psychologique de la population et commencent au contraire à y contribuer», a fait valoir le président de l’UEQ, Philippe Lebel, lors d’une conférence de presse tenue au parlement avec des députés de l’opposition. 

Le porte-parole étudiant croit qu’il faut «commencer à mettre la machine gouvernementale en branle pour qu’on puisse commencer à parler d’une politique panquébécoise de santé psychologique étudiante».

La solitude, la compétition entre collègues, le manque de soutien entre collègues et la précarité financière sont des facteurs qui affectent la santé mentale. 

La solitude pèse si lourd chez les étudiants, chez les jeunes?

Ce n’est pas qu’une affaire de «vieux» qui voient peu à peu disparaître les amis et les proches?

La solitude peut rendre malade à tous les âges. 

Difficile à croire, mais c’est ainsi.

Le sentiment de solitude présente «le plus grand pouvoir prédictif sur le plus grand nombre d’indicateurs de santé psychologique, et ce, tant au premier cycle qu’aux cycles supérieurs», lit-on dans l’enquête qui a mesuré ce sentiment en demandant aux étudiants s’ils manquaient de compagnie, se sentaient rejetés ou isolés des autres. 

D’où la recommandation de former des regroupements étudiants pour lutter contre la solitude.

C’est devenu un problème de société qu’un gouvernement ne peut évidemment régler seul même avec la meilleure des politiques en santé mentale.

Chronique

La grande cavalcade de QS

CHRONIQUE / Québec solidaire a payé son tribut à Option nationale en décidant de foncer vers la souveraineté et en promettant des «gestes de rupture» avec le Canada. C’est un peu un pied de nez à ses électeurs fédéralistes, ainsi qu’à de nombreux souverainistes solidaires préoccupés par bien d’autres choses que le projet indépendantiste.

Québec solidaire est un parti indépendantiste. Il l’est même devenu de plus en plus au fil du temps. D’abord avec l’arrivée de Manon Massé, ensuite avec celle de Gabriel Nadeau-Dubois et, par la suite, avec sa fusion avec Option nationale.

Mais ses ténors n’avaient jamais affiché leurs couleurs comme ils l’ont fait la fin de semaine dernière à leur congrès. Savaient-ils même qu’ils iraient jusque-là il y a six mois?

Étonnamment, Gabriel Nadeau-Dubois a dit n’avoir jamais rencontré d’électeurs fédéralistes dans son parti. Si c’est vrai, que de non-dits dans cette formation! À moins que ce soit un aveuglement de circonstance.

À ce congrès, un militant de longue date, François Saillant, n’a eu, lui, aucune difficulté (et bien qu’il soit lui-même indépendantiste) à reconnaître que plusieurs fédéralistes au sein de Québec solidaire ne sont pas «tout à fait à l’aise» avec le projet d’indépendance — pour reprendre une citation rapportée par la Presse canadienne. C’est donc qu’il y en a au moins quelques-uns...

M. Saillant a dit cela avant que les délégués présents votent en faveur de l’idée de poser des «gestes de rupture» avec le Canada si Québec solidaire était porté au pouvoir. Le malaise de certains fédéralistes solidaires ou souverainistes peu pressés en son sein n’a pu que s’amplifier par la suite.

Québec solidaire nous rappelle finalement qu’il existe des différences entre, d’une part, des délégués présents dans ce genre d’instance militante et, d’autre part, les sympathisants et les électeurs d’un parti.

J’ai toujours estimé que ceux qui portent le projet d’indépendance devaient le définir pour qu’il puisse être véritablement débattu, car il est valable en soi (comme peut l’être le fédéralisme). Tout dépend de ce que l’on veut en faire et de ce que l’on en fait concrètement.

Mais j’ai toujours déploré l’idée de «gestes de rupture», car ils visent surtout à provoquer l’«autre», à susciter un ressac politique. C’est la politique de la terre brûlée.

Et si le Non l’emportait lors du référendum que Québec solidaire tiendrait après une série de décisions de rupture? On remballerait la marchandise?

Les tactiques des uns et des autres en disent long sur ce qu’ils sont.

Le Parti québécois a parfois flirté avec cette idée de rupture, mais ses dirigeants ont toujours eu la grandeur politique de la rejeter.

On verra si Québec solidaire s’assume; si ses ténors feront désormais régulièrement la promotion de leurs décisions de la fin de semaine. Ou s’ils considéreront que, puisque cela a été affirmé une fois, c’est dit pour longtemps — auquel cas on pourra penser qu’ils n’assument pas tout à fait cette fuite en avant.

Pour l’heure, on dirait une manœuvre visant le Parti québécois.

Le mépris de gauche

Il existe de nombreux et d’excellents arguments pour dénoncer le projet de troisième lien entre Québec et Lévis. Mais le pire est sans doute celui qu’a énoncé ces derniers jours le candidat de Québec solidaire dans Jean-Talon, Olivier Bolduc.

«Les gens dans Jean-Talon, ce sont des gens instruits», a-t-il noté avant de relever que «42 % des gens [de cette circonscription] ont un baccalauréat». Donc, «ils sont capables de questionner ces projets-là et de se rendre compte que ça n’a pas de bon sens», a tout bonnement conclu le candidat.

Doit-on comprendre que ceux qui ne sont pas «instruits» ne peuvent pas se poser de bonnes questions, ne savent pas réfléchir?

Ceux qui il y a 3, 10, 15 ou 25 ans n’ont pas eu la chance d’aller à l’université — ou qui ont fait un autre choix d’études — ne seraient pas en mesure de comprendre?

Ceux qui ont étudié dans une technique à l’école secondaire ou au cégep ne comprendraient pas?

Ceux qui détiennent un baccalauréat comprendraient de ce seul fait?

Aucun détenteur d’un baccalauréat ne souhaite cette construction? Vraiment? C’est certain, ça?

Olivier Bolduc a sans doute parlé un peu vite. On fait tous des erreurs. Mais s’il devait revenir là-dessus avec ce même argument, ce ne serait pas une simple erreur de sa part, mais une vraie faute. Il serait alors dans le mépris.

Pour un parti de gauche...

Le jugement n’est pas une affaire de diplôme.