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Écrans, impôts, poupées sexuelles et grand-messe scientifique à Trois-Rivières

Le 93e congrès de l'AFCAS, qui réunit plus de 6000 participants issus de la communauté scientifique francophone d'ici et d'ailleurs, se tient cette année à Trois-Rivières. Et le menu des communications libres s’annonce riche et varié.

CHRONIQUE / Êtes-vous motivé à payer vos impôts? Est-ce que les réseaux sociaux sont plus nocifs pour le sommeil que la télé? En quoi les poupées sexuelles diffèrent-elles des robots conversationnels d’un point de vue relationnel? Autant de questions, et des centaines d’autres encore, éclectiques et surprenantes, qui seront abordées par la relève de la communauté scientifique francophone, du 11 au 15 mai, dans le cadre des communications libres présentées au 93e congrès de l’ACFAS, qui se tient cette année à Trois-Rivières.


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Entre 6000 et 7000 congressistes, plus de 260 colloques, les neurones en surchauffe, une élite intellectuelle en effervescence s’apprête à converger vers l’Université du Québec à Trois-Rivières, hôtesse cette année du plus important rendez-vous scientifique francophone au monde.

Le survol du programme du 93e congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences – l’ACFAS – donne à constater que la communauté scientifique d’expression française est mobilisée autour d’enjeux de société brulants d’actualité, tout comme elles se penchent sur des objets qui défient le sens commun.

Au cœur de l’événement, plus de 300 communications libres, portées par des chercheurs de la relève pour la plupart, seront accessibles au grand public. L’occasion rêvée de dresser un pont entre savoir universitaire et curiosité populaire, à l’enseigne de la rigueur et de la pluralité disciplinaire.

Disponibles en ligne, sous forme de capsules vidéo, de présentations PowerPoint commentées, d’affiches scientifiques, les propositions sont regroupées en 39 catégories, allant de la santé, à l’éducation, en passant notamment par les lettres et les mathématiques, les arts et le génie. La science ratisse large.

Et pour combler le tout, les auteurs des différents travaux iront à la rencontre du public, dans le cadre de La Halle aux savoirs, des événements quotidiens tenus sur l’heure du midi, au pavillon Nérée-Beauchemin de l’UQTR, tout le congrès durant.



Voici ici, en guise de mise en bouche, quelques morceaux choisis parmi le vaste menu...

Temps d’écran, dodo, et vos ados!

«Plus un adolescent passe de temps sur les écrans, moins il dort», campent d’entrée de jeu le postdoctorant Benjamin Tézier et ses quatre coauteurs.

Ce qui intéresse toutefois le quintette de chercheur est la relation entre les différentes activités sur les écrans et leur influence sur l’heure de coucher, «et comment certaines caractéristiques individuelles modulent cette relation».

Pour étayer leur démonstration, M. Tézier et ses collègues se sont penchés sur les données de l’étude COMPASS (2025), menée auprès de 66 041 adolescents.

Réseaux sociaux, jeux vidéo, messageries, Internet et télévision n’ont pas tous le même impact sur le sommeil de nos jeunes, comprend-on à la lecture du résumé des résultats. L’âge des sujets est par ailleurs une autre variable à prendre en compte.

«Une attention particulière devrait être portée aux plus jeunes et à ceux qui se couchent tard», prévient déjà le groupe d’universitaires.

Titre complet de la communication orale: L’association entre le temps d’écran et l’heure de coucher varie en fonction du type d’activité, de l’âge et de l’heure de coucher habituelle chez les adolescents

Motivé à payer de l’impôt

La réduction des inégalités économiques est tributaire de la compréhension des mécanismes psychologiques qui régissent le comportement du contribuable, avance Jessica Ouellet, doctorante en administration des affaires, à l’UQAM.

Beaucoup reste à faire pour comprendre lesdits mécanismes, relève cependant la chercheuse.

«Afin de pallier ces lacunes, s’appuyant sur les fondements de la théorie de l’autodétermination, cette étude propose une échelle de mesure de la motivation à payer des impôts», explique-t-elle.

En identifiant les mécanismes motivationnels qui influent sur «les comportements fiscaux», et éventuellement «les intentions de conformité fiscale», c’est tout le champ des politiques publiques qui peut être orienté dans une perspective d’émancipation humaine, «et par le fait même de contribuer à la réduction des inégalités économiques», avance l’universitaire.

On conviendra que la proposition détonne avec un certain discours ambiant et populiste.

Titre complet de la communication orale: De la satisfaction des besoins psychologiques à la conformité fiscale; une échelle de mesure pour comprendre la motivation à payer des impôts

Bonheur d’occasion au pays de Gandhi

Doctorante en littérature française à l’Université de Madras, en Inde, Shibani Azhagarasan s’intéresse à la condition féminine. Elle explique avoir «développé un attachement particulier à la littérature francophone et à ses dimensions sociales et culturelles».

L’universitaire s’est ainsi penchée sur le classique de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, pour le comparer à une œuvre de l’autrice indienne Ambai, Une cuisine dans le coin de la maison (Veetin Moolayil Oru Samayalarai).

«Les espaces domestiques [la cuisine indienne et le logement ouvrier montréalais] apparaissent comme des lieux d’enfermement, mais aussi de réflexion et de résistance, où les héroïnes négocient leur quotidien et réinventent leur rôle», expose la chercheuse.

Venue du bout du monde, la proposition tisse d’étonnants parallèles entre la littérature d’ici et la littérature tamoule, en «illustrant la portée universelle des luttes féminines, la richesse narrative et les dimensions politiques et sociales du quotidien».

Titre complet de la communication par affiche: Une étude comparée de la représentation des femmes dans Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy et Veetin Moolayil Oru Samayalarai d’Ambai.

Sexualité surconnectée

Étudiant à la maîtrise en anthropologie, Simon Kinkead aborde la question de l’intimité entre un humain et une entité technologique par le biais des sciences sociales.

D’ordinaire objet d’analyses psychologiques, les relations entre humains et poupées sexuelles ou robots conversationnels sont ici étudiées dans le cadre d’une enquête anthropologique menée en ligne durant quatre mois.

C’est «le développement fulgurant des industries de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotique» qui a motivé M. Kinkead à se lancer dans une démarche d’observation participante et à mener une quinzaine d’entrevues semi-dirigées.

Tandis que sa quête demeure active, il évoque déjà «une mutation de l’amour et de la sexualité dans les sociétés occidentales», et expose que ses premiers résultats «mettent en lumière notre répertoire amoureux collectif, qui nous pousse de plus en plus à considérer la quête amoureuse comme un marché».

Dans un monde où amour et sexualité sont élevés au rang de droits et de besoins, «il semble aisé de faire fi de l’industrie derrière la technologie qui rend possible une relation entre un humain [et] son partenaire artificiel, flouant la frontière entre humain et machine au sein d’une société déjà surconnectée», note encore l’universitaire.

Titre complet de la communication orale : Amour, sexualité et corporéité postmodernes: approche anthropologique des relations entre humains et partenaires artificiels

Un Yéniche à Trois-Rivières

Yéniche franco-canadien, diplômé de la Sorbonne, Franck Calard est candidat au doctorat en histoire de l’art à l’Université de Montréal – tout en complétant une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQTR.

Il présentera au congrès de l’ACFAS une œuvre vidéo sous forme d’installation «explorant l’expérience du déplacement et de l’ancrage à partir de la perspective d’un Yéniche à Trois-Rivières».

Yéniche? Il s’agit d’un peuple nomade, semi-nomade, voire parfois sédentaire, possédant sa propre langue, présent en Suisse, en Allemagne et ailleurs en Europe, et dont l’ascendance fait débat.

À travers «l’appartenance temporaire dans un territoire urbain», de la perspective et de l’expérience d’un étranger, la proposition de recherche-création du doctorant vise à mettre en lumière «la manière dont le paysage, les lieux et les déplacements deviennent des vecteurs de narration et de réflexion sur la mémoire, l’identité et le voyage».

Titre complet de la communication orale: Entre routes et rives: narration yéniche de Trois-Rivières.


NOTES DE BAS DE PAGE

  • On pourra consulter le programme complet de l’ACFAS, et accéder aux communications libres à partir du 4 mai, en cliquant ici. Outre ces dernières et l’éventail de colloques réservés aux congressistes, 25 activités grand public sont à l’horaire. La science investira notamment le centre-ville, avec des détours par la vieille prison et la cathédrale de Trois-Rivières, sous le signe du savoir et des connaissances. Certaines activités nécessitent une réservation.
  • L’UQTR n’avait pas accueilli le congrès de l’ACFAS depuis 2007, alors qu’il en était à sa 75e présentation. C’est la cinquième fois que l’institution trifluvienne organise l’événement dans ses murs. Notons qu’en 1938, c’est au séminaire de Trois-Rivières que s’était tenue la grand-messe, qui n’en était à l’époque qu’à sa 6e édition.
  • Le congrès de l’ACFAS sera l’hôte de la finale canadienne francophone du populaire concours de vulgarisation scientifique Ma thèse en 180 secondes. Présenté le 13 mai, de 19 h à 21 h 30, à la salle Anaïs-Allard-Rousseau, l’événement mettra aux prises 18 doctorants qui tenteront d’éclairer leur projet de recherche de manière la plus claire, la plus concise et la plus convaincante possible.
Sébastien Houle

Sébastien Houle, Le Nouvelliste

Sébastien Houle est devenu chroniqueur en 2026. Politique, enjeux sociaux, économie, environnement, ses champs d’intérêt sont multiples. On peut le lire dans Le Nouvelliste depuis 2019. En 2025, il recevait le Grand prix Judith-Jasmin, une des plus hautes distinctions en journalisme au Québec, pour sa série Une semaine à Clova.