1) La «nouvelle» Carrie
Certes, la comédienne Summer H. Howell, qui tient le rôle de Carrie au petit écran depuis quelques semaines, est loin d’être aussi terrifiante que n’a pu l’être Sissy Spacek en son temps (1976, dans le film de Brian De Palma), mais elle incarne une Carrie White «moderne» fort intéressante. Cette série Netflix replace le récit d’origine dans un contexte très contemporain.
Pour «nos» adolescents, les hantises, terreurs, oppressions et calvaires d’aujourd’hui émanent des réseaux sociaux. Les intimidations scolaires et leur extension, le cyberharcèlement, sont au centre de ce «Carrie» fort bien tourné, dont Stephen King, auteur du récit original, est l’un des producteurs exécutifs. Si le cadre est «ado», le public cible est plus large, grâce à un récit qui, bien qu’empathique, conserve un ton et une distance critique appréciables.
On se rallie aux bémols qu’on a pu en lire, à savoir quelques baisses de régime au détour des huit épisodes, ainsi que des séquences étonnamment «sages», pudiques, au regard du bain de sang cinématographique de l’adaptation de De Palma. On applaudit à l’inverse le traitement réservé à la mère de Carrie: Margaret White devient richement complexe; son fondamentalisme religieux n’est plus la seule clef de lecture, et le jeu dense de Samantha Sloyan évite la caricature.
La série s’est hissée à la première positon des films et séries les plus visionnés sur la plateforme dans plus de 100 pays. Amazon a annoncé, jeudi 22 octobre, qu’elle commandait une seconde saison. Le second chapitre s’éloignera du récit de Stephen King pour explorer ce que deviendra Carrie, après la fatidique prom night.

2) Heritage
Heritage, tout premier roman de Mélina Cornejo, a fait forte impression. Si l’auteure montréalaise d’origine chilienne flirte avec l’horreur psychologique et les ambiances oppressantes, c’est pour aborder par la bande les questions d’identité que se pose sa protagoniste. Suite au décès de son père, Elena Flores a hérité d’une vieille maison qui lui a toujours donné la chair de poule. Pas de chance, la bâtisse délabrée n’est pas seulement habitée par les souvenirs de famille et les légendes d’ancêtres (venus du Chili): elle est aussi hantée une présence fantomatique. Un esprit dont le désespoir semble contaminer la nouvelle occupante des lieux.
Les événements inexplicables commencent à s’accumuler, tout comme les visions sinistres d’Elena, qui ne sauraient simplement s’expliquer par la fatigue. Or, Elena, jeune maman victime de la crise du logement qui sévit à Montréal, ne peut pas déménager. Cornejo embrasse ici les codes du «new weird» (terme pompeux pour désigner le fantastique, version moderne et plus urbaine), au fil d’un récit portant sur la filiation et les traumas plus intimes.
3) Hantée, l’incontournable
C’est clairement «le» film québécois de la saison d’Halloween. Est-il utile de reparler de cette comédie fantastique signée Rafaël Ouellet — sur un scénario d’India Desjardins? Divertissement familial pas épeurant pour deux sous, Hantée a connu un excellent démarrage et le film se maintenait solidement au box-office au terme de sa deuxième semaine à l’affiche.
La nouvelle demeure où vient d’emménager Mathilde, une adolescente campée par Jade Brind’Amour, a une occupante qui refuse de quitter les lieux. Cette locataire immatérielle, Isabeau (l’humoriste Virginie Fortin), née au 19e siècle, semble s’être plutôt bien adaptée à la vie moderne, malgré le fait qu’elle ait tout oublié de son passé. L’adolescente étant la seule à voir Isabeau et à pouvoir communiquer avec elle, les deux femmes vont tomber en amitié, puis se lancer sur la piste des souvenirs du fantôme.
Le film bénéficie d’une formidable distribution (Claude Legault, Katherine Levac, Coco Belliveau, Évelyne Brochu et François Létourneau se partagent les seconds rôles) au détour d’un récit qui, entre deux sourires, aborde le sentiment d’exclusion et l’intimidation.
4) Le prochain Joker?
On n’a pas encore eu l’occasion de voir Gueule d’argile, qui sortait en salle ce vendredi 23 octobre, mais on espère le mieux» de la nouvelle proposition de la franchise DC. Ses studios souhaitent renouer avec le succès inattendu de son Joker de 2019 (le film de Todd Phillips avec Joaquin Phoenix), en proposant des one shots en marge des coups de poings et costumes en lycra de sa Justice League. Gueule d’argile (Clayface), lit-on, ose explorer le body horror, chose plutôt inhabituelle du côté des films de «super» (pas de héros, ici).
Tom Rhys Harries y tient le rôle d’un beau et jeune comédien d’Hollywood à qui l’avenir souriait, mais qui se laissera progressivement consumer par la colère et la vengeance au point de perdre une partie de son humanité… voire de son identité.
Très honnêtement, c’est la présence du comédien britannique Eddie Marsan, bien plus que celle de la «vedette», qui nous attire ici. Le buzz ne joue pas en faveur du film, mis le réalisateur, James Watkins, plutôt habile et malin dans son approche du genre horrifique (Ne dis rien [Speak No Evi]; La dame en noir), pourrait bien causer la surprise.
Below
Arrivée sans bruit sur Netflix le 8 octobre dernier, la mini-série canadienne Below (son titre n’a pas été traduit au Québec), propose un étonnant mélange d’angoisses écolos, de film de monstre et de secrets de famille. L’histoire se déroule à Terre-Neuve, dans un village de rudes pêcheurs, dans les environs duquel se serait réveillée une terrifiante créature marine.
L’un de ces pêcheurs, le taciturne et entêté Calvin (Josh Harnett, qui fait ce qu’il peut pour cacher son charisme), est déterminé à se battre contre vents et marées pour protéger sa communauté – et son fils, instable.
Pour comprendre ce qui se passe dans les profondeurs océanes (une anomalie biologique? Un truc plus surnaturel? Jouant sur les ambiguïtés, le récit ne se presse pas pour identifier la source du problème), Calvin s’adjoindra une scientifique. Pendant que plane la menace d’évacuation, des secrets enfouis font mine de remonter à la surface.
Malgré ses faiblesses (les intrigues secondaires se multiplient inutilement), la série de 6 épisodes soigne ses ambiances lovecraftiennes, en entremêlant joliment drame familial, folklore local, complot industriel et cauchemars aquatiques…

