Arts et spectacles

Un spectacle comique et festif

La Chorale des familles de Sherbrooke prépare tout un spectacle pour le temps des fêtes. Elle utilise ses membres de toutes les générations et mélange leurs passions pour offrir une soirée colorée et animée. Si leur spectacle est une tradition chaque année, cette édition pourra en surprendre plusieurs le 22 décembre prochain, à l’église Marie-Médiatrice

La complicité que partagent les membres transparait toujours dans chaque spectacle, l’énergie des anciens se mélange toujours bien à celle des jeunes enfants nouveaux dans le groupe. 

« Il y a beaucoup de nouvelles personnes cette année. Il va y avoir de la jonglerie, de l’humour, un sketch de Noël et aussi, la chorale qui va chanter. La chorale c’est comme une grosse famille. On se sent bien, on se sent accueillis, c’est un sentiment indescriptible », partage Rébecca Kandu-Milien, qui fait partie de la chorale pour une treizième année.

La jeune femme de 19 ans est donc témoin de l’évolution de l’équipe et compte plusieurs spectacles de Noël à son actif.

« Au début c’était juste nous avec le piano, et au fil des années, il y a plein d’instruments qui se sont ajoutés. C’est le fun parce qu’on voit des personnes du public qui reviennent chaque année. Après les spectacles, il y en a qui viennent me dire qu’ils se souviennent de moi quand j’étais plus jeune », ajoute-t-elle.

Plus qu’un simple concert

« On est une chorale d’une cinquantaine de membres et c’est vraiment intergénérationnel, la plus jeune membre a 6 ans et on a quelqu’un qui a entre 65 et 70 ans. C’est surtout un spectacle en chansons, mais au travers de ça il va y avoir un conte et une grande mise en scène de la nativité, c’est presque une mini comédie musicale », précise le coordonnateur de la Chorale des familles Jean-Francois Hamel.

Ça fait déjà 15 ans que la chorale anime des messes de Noël dans les églises. Cette année, elle a voulu en faire plus, et de ce désir est venue l’idée d’un concert grand public.

« Le spectacle, c’est de prendre une pause dans la frénésie de Noël pour essayer de trouver un sens à cette fête-là, un sens par rapport à la naissance de Jésus, mais aussi un sens par rapport aux valeurs importantes que l’on veut vivre dans notre quotidien. C’est spécial ce qui se passe, il y a des membres qui viennent de six pays, des enfants, des ados et des jeunes adultes comme Rébecca... C’est comme si cette chorale-là représente un peu tout le monde », exprime M. Hamel.

Le coordonnateur assure que le spectacle ne sera pas toujours sérieux, il fera rire et à la fois fera réfléchir aux valeurs importantes de Noël.

Les billets sont vendus au coût de 15 $ pour les adultes et 5 $ pour les enfants. Il est possible de se procurer des places au 819 562-3688.

Arts et spectacles

Tendresse, humour et quart de tour

CRITIQUE / Plus infusé de Noël que l’album qu’elles ont fait paraître à la fin de novembre, le spectacle de Judi Richard et de ses filles Karine et Sarah-Émilie se révèle meublé d’autant d’histoires que de musique. Un peu comme à l’époque des spectacles solos que donnait Judi dans les années 1990, quand l’humoriste Pierre Légaré l’aidait à écrire des monologues entre les chansons.

La prestation que les trois femmes ont offerte samedi soir au Cabaret Eastman, complet pour l’occasion (la salle compte environ 200 places), s’est ainsi déroulée en majeure partie dans les souvenirs de cette famille tant aimée du public québécois : avec beaucoup de nostalgie et de tendresse, mais aussi d’humour et de folie (pas étonnant avec un mari et papa comme Yvon Deschamps, qui assistait d’ailleurs à la soirée). Même s’il n’est pas totalement encore sur la coche (ce n’était que la quatrième représentation), le spectacle est en bonne voie de devenir un classique du temps des Fêtes.

Mais il faut évidemment ne pas être las du répertoire, composé de pièces maintes fois entendues, de Vive le vent aux Anges dans nos campagnes, en passant par Mon beau sapin. Le trio réussit à en renouveler quelques-unes. Dont Au royaume du bonhomme hiver, livrée à la façon des Lennon Sisters du Lawrence Welk Show, dans une hilarante chorégraphie, quasi robotique, les paupières de ces dames battant comme des ailes de papillon.

Le Feliz Navidad sera également interprété avec une Judi qui se démène au milieu, presque comme une chanteuse de flamenco, pour fraterniser, raconte-t-elle, avec la belle-famille de sa fille. Les Deschamps-Richards auraient en effet pu jouer dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, les trois frangines ayant trouvé des conjoints mexicain, cubain et coréen.

Le spectacle est construit comme une enfilade de souvenirs, en ordre chronologique, dans lesquels s’insèrent les chansons, depuis l’enfance de Judi jusqu’à l’arrivée des premiers petits-enfants, en passant par la messe de minuit avec un âne. Plusieurs éléments de décors entrent ainsi en jeu, du sapin de Noël jusqu’aux vieux bricolages d’enfance. Les trois chanteuses ont eu aussi beaucoup de textes à apprendre.

Bref, une mise en scène très élaborée, qui manque encore de peaufinage dans les déplacements et les enchaînements pour éviter une certaine cacophonie. Le trio a été très généreux et s’en est beaucoup demandé, mais il reste un dernier quart de tour à donner pour que l’ensemble soit nickel.

Retour des petites tortues

Mère et filles pourraient se permettre aussi de s’éloigner davantage du répertoire traditionnel et suivre le filon développé sur l’album, soit des chansons moins associées à la fête et plus rattachées aux valeurs de Noël.

Ce sont d’ailleurs ces chansons (River de Joni Mitchell, Up Where We Belong de Jennifer Warnes et Joe Cocker, Aimons-nous d’Yvon Deschamps, cette dernière ingénieusement réarrangée) qui ont suscité les plus fortes réactions de la salle. On aurait d’ailleurs bien aimé réentendre leur Bridge over Troubled Water.

Judi Richards a eu peine à retenir son émotion en dans I Will, chanson originale dans laquelle elle exprime tout son amour envers ses filles. À l’autre bout du spectre, Karine et Sarah-Émilie ont lâché leur fou dans un délirant pot-pourri de Noël de François Pérusse, celui des petites tortues.

Ce Noël chez les Deschamps s’est d’ailleurs amorcé par un court numéro de stand up par Annie Deschamps. L’aînée y explique notamment que les fées qui se sont penchées sur son berceau ne lui ont pas fait le don de chanter en harmonie. Si l’humoriste du clan a certes de la graine d’Yvon, il y a là aussi un resserrage de vis à faire pour que la performance soit au poil.

Accompagnées au piano par l’ancienne musicienne d’Harmonium Monique Fauteux, musicienne hors pair qui s’est aussi permis des contributions à l’accordéon et au chant, Judi, Karine et Sarah-Émilie, outre leurs superbes harmonies vocales, ont aussi gratté de la guitare et du ukulélé pour étoffer l’atmosphère. Elles ont tâté autant de l’anglais que du français, reflet de cette famille biculturelle, et même de la langue des signes, que Judi connaît sur le bout des doigts.

La soirée s’est d’ailleurs terminée par un mélange trilingue de Quand les hommes vivront d’amour et What a Wonderful World, laissant l’assistance sous un édredon ouaté.

Livres

La douce folie de Marcel Sabourin

Au fil d’une carrière qui s’étend sur plus de 65 ans, Marcel Sabourin a porté tous les chapeaux possibles et inimaginables. Tour à tour acteur de théâtre et de cinéma, comédien à télé, metteur en scène, scénariste, parolier et professeur, l’homme reconnu pour sa verve et son éloquence revient sur son riche passé, à l’occasion de la sortie de sa biographie. Rencontre avec un artiste à la douce folie qui s’est toujours fait un devoir de défendre la culture québécoise et pris plaisir à tordre le cou aux conventions.

Marcel Sabourin a toujours eu la parole facile. En entrevue, une anecdote chasse l’autre, au gré du rappel de ses multiples voyages et expériences, ici et ailleurs. Des amis et connaissances d’hier se mêlent à ses récits qui déboulent sans temps mort. Difficile de parler d’une carrière aussi féconde sans embrasser une foule de souvenirs que notre interlocuteur, très allumé, se fait un plaisir à partager.

Pour les gamins qui ont grandi avec l’émission La Ribouldingue, dans les années 60, Marcel Sabourin restera toujours le personnage de Mandibule, ce drôle de bonhomme excentrique aux sourcils d’oiseau qui ponctuaient ses réflexions de mémorables «Pit! Pit! Pit!» et de sa phrase fétiche «C’est riii-diii-cule!».

«J’ai enseigné toute ma vie, alors Mandibule c’était une vieille ganache de professeur qui disait des choses aberrantes, une sorte de clown pas loin du malade mental», glisse-t-il entre deux bouchées de muffin, dans une brûlerie du quartier Saint-Roch. 

«Si Radio-Canada s’était donné un coup de pied dans le derrière, si on n’avait pas eu honte de l’accent québécois et de l’accent russe de Kim [Yaroshevskaya, l’interprète de la poupée Fanfreluche], Sol et Gobelet et Fanfreluche auraient fait le tour du monde», enchaîne-t-il avec une pointe d’amertume.

De ces personnages de la belle époque des émissions jeunesse de Radio-Canada, et de beaucoup d’autres, il est question dans sa volumineuse biographie (signée Robert Blondin), baptisée Tout écartillé. Comme la chanson de Robert Charlebois, dont il a écrit les paroles en 1969.

Un titre imagé qui renvoie à la sempiternelle confusion identitaire du peuple québécois. «C’est tellement facile pour un Français d’être Français, mais nous, qui on est, câlisse? Ç’a m’a pris longtemps à comprendre que j’étais un Nord-Américain qui parlait français. C’est comme ça que je me sentais chez nous à New York comme à Paris.»

Haro sur les «textes bonasses»

Marcel Sabourin n’a jamais eu peur d’émailler ses discours de mots d’église. L’artiste a toujours milité pour que le langage sur les planches, au cinéma ou à la télé soit celui du peuple. Pour lui, il a toujours été hors de question de jouer dans des téléromans truffés de «textes bonasses».

C’est d’ailleurs lui, après avoir croisé le réalisateur américain George Roy Hill au Festival de Cannes, qui a fortement suggéré l’idée de doubler la comédie culte Slap Shot dans le parler vernaculaire québécois. Avec l’hilarant et inoubliable résultat que l’on connaît...

«Personne ne devait sacrer à Radio-Canada. Même Ti-Zoune et son fils Olivier [Guimond] ne sacraient pas. Mais j’ai toujours pensé qu’il fallait l’assumer. Si tu enlèves tous les sacres des gars qui travaillent dans une shop, tu peux pas les rendre vrais.»

Musique

Fête totale aux Symfolies de Noël avec Annie, Maxime et Laurence

SHERBROOKE — Des fous furieux de Noël et de la vie : c’est ainsi que Laurence Jalbert présente Symfolies de Noël, le spectacle du temps des Fêtes qu’elle a monté avec ses deux amis, Maxime Landry et Annie Blanchard. Mettez une Gaspésienne, une Acadienne et un Beauceron ensemble sur la même scène et vous pouvez être certain que les feux d’artifice seront au rendez-vous, prévient-elle.

« On a tous parfois besoin de juste passer un bon moment, surtout les personnes qui traversent des bouts difficiles et qui pédalent en crime pour s’en sortir! Alors Maxime, Annie et moi, on a décidé de donner deux heures et quart de joie et de bonheur, avec un peu de nostalgie, mais jamais de tristesse », résume la chanteuse, qui annonce tout un party pour la soirée.

« Nous autres, nos Noëls, c’étaient pas des robes longues et une coupe de Dom Pérignon : c’étaient le violon, la guitare, la chanson, les beaux souvenirs... »

Laurence Jalbert savait que la chimie serait au rendez-vous avec les deux anciens académiciens, puisque leurs collaborations, sur disque ou sur scène, étaient déjà nombreuses. Maxime et Annie avaient aussi participé à son spectacle collectif La caravane country, présenté un peu partout dans les festivals du Québec depuis trois ans, avec également Paul Daraîche, 2Frères, Brigitte Boisjoli, Marc-André Fortin... Un autre show qui rend heureux, appuie-t-elle.

Symfolies de Noël est divisé en trois temps : d’abord la fébrilité d’avant Noël, puis la magie du réveillon en famille, et la fête totale du jour de l’An pour conclure, avec des chansons que tous connaissent. Six musiciens sont là pour livrer des arrangements country, même pour les chants sacrés, car l’un n’empêche pas l’autre, souligne Laurence. « Les gens sont quand même debout au Minuit, chrétiens! »

L’artiste et ses partenaires comptent bien promener longtemps leurs Symfolies de Noël et même lancer un album. « Parce que l’objectif est de rentabiliser le spectacle sur plusieurs années, nous avons été capable de le garder à la hauteur, sans trop réduire », précise celle qui est en train d’achever l’écriture de son deuxième livre.

Après son essai biographique
À la vie, à la mer (2013), Laurence Jalbert prépare un ouvrage portant sur sa vision des croyances et de la spiritualité.

« J’ai reçu plusieurs gros coups dans ma vie (bactérie mangeuse de chair, cancer de l’utérus, dépression majeure), mais je suis encore debout et je sens que les gens m’écoutent quand je parle d’espoir. »

Les 20 ans de Chanson pour Nathan

L’année 2018 marque les 20 ans d’Avant le squall, le troisième album de Laurence Jalbert, sur lesquels figuraient des succès tels Les bleus du cœur, Pour toi et, bien sûr, Chanson pour Nathan, écrite en souvenir de la naissance difficile de son fils, arrivé prématurément à 26 semaines.

« Nathan a 23 ans aujourd’hui, il fait des trames sonores de hip-hop, il est boulanger et il adore ça (je peux te dire que nous avons du bon pain à la maison). C’est un jeune homme qui a toujours été pacifique, calme, tolérant, patient, d’une grande douceur, d’une grande empathie. Et il m’envoie des maman je t’aime par textos », rapporte la chanteuse, à qui cette pièce a fait vivre bien des émotions.

« On ne m’a pas consultée lorsqu’on a décidé de lancer la chanson en simple à la radio. Moi, quand je l’interprétais en spectacle, je la gardais pour la toute fin, en disant au public que toutes mes autres chansons leur appartenaient, sauf celle-là, qui appartient à mon fils et à moi. Mais l’effet d’entraînement a été incroyable, elle a été adoptée par plein de parents d’enfants malades, handicapés ou prématurés, et plusieurs garçons ont été baptisés Nathan. Par exemple, j’étais en Gaspésie, je marchais lorsque j’ai vu un petit homme bouclé de 2 ou 3 ans descendre une côte à toute vitesse, avec ses parents qui le suivaient. Je le rattrape avant qu’il tombe... et la mère fige en me voyant : "Notre fils est un prématuré et il s’appelle Nathan à cause de vous!" J’en ai encore des frissons! Des expériences hors du commun comme ça, ça nourrit l’âme et ça donne le goût de continuer. »

Et de tracer un trait sur la culpabilité maternelle de n’avoir pu garder un enfant en soi jusqu’à terme. « Quand ça nous arrive, on a l’impression que toutes les autres femmes sont en capables sauf soi-même. Mais ce n’est pas vrai. Une naissance prématurée, ça arrive. Ce n’est pas parce que la mère a un défaut de fabrication. » Vous voulez y allerSymfolies de NoëlMercredi 19 décembre, 20 hThéâtre GranadaEntrée : 43,75 $

Arts

Coup de maitre au Musée Beaulne

SHERBROOKE – Plus de 80 vases et verreries, provenant d’un peu partout dans l’histoire de l’humanité et faisant anciennement partie de la collection personnelle de Harry Norton, seront exposés à nouveau dans l’ancienne demeure familiale (le château Norton, devenu aujourd’hui le Musée Beaulne de Coaticook), après avoir été légués au Musée des beaux-arts de Montréal.

Pour le Musée Beaulne de Coaticook, qui réalise ainsi un véritable coup de maitre, ce sera la plus grande exposition de son existence, présentée du 16 juin 2019 au 19 janvier 2020.

« On sait que Harry a pris la relève de son père [l’inventeur coaticookois Arthur Norton] et a été un grand voyageur. Il avait aussi un goût raffiné pour les cultures étrangères », raconte le président du conseil d’administration du Musée Beaulne, Roch Létourneau. « Il a fait l’acquisition de ces vases et verreries chez un antiquaire de New York. Nous avons la chance d’avoir toutes les informations quant à la provenance de chaque pièce. Harry Norton en a acquis entre 80 et 110. »

L’exposition aura un caractère d’autant plus spécial que cette verrerie antique était autrefois conservée au château Norton, avant d’être léguée à l’Art Association of Montreal.

« Nous avons des photos pour démontrer que ces pièces étaient bel et bien ici, poursuit Roch Létourneau. Harry Norton a été membre de l’Art Association of Montreal, un groupe d’anglophones qui avait une passion pour l’art. Il a fait un legs testamentaire à cet organisme, qui est devenu le Musée des beaux-arts de Montréal et qui possède toujours ces vases et verreries. Il y a d’ailleurs au musée un escalier qui porte le nom de Harry Norton. »

Collaboration admirable

L’idée d’organiser une telle exposition trotte dans l’esprit des administrateurs du Musée Beaulne depuis plusieurs années et est maintenant réalisable grâce aux contributions généreuses de leurs partenaires.

« Cette idée d’exposition remonte à 2012. Nous voulions l’obtenir pour le 150e anniversaire de Coaticook en 2014, explique le spécialiste des arts antiques. Les coûts étaient trop élevés. L’ancien ministre et député Luc Fortin nous a par la suite orientés vers des programmes d’aide. On peut dire que c’est un peu grâce à lui si nous avons obtenu cette exposition. Nous aurons 84 artéfacts. »

M. Létourneau précise que le MBAM offre une collaboration exceptionnelle dans la réalisation de cette exposition d’envergure, ce qui a facilité grandement les choses.

« Nous avons une belle relation avec eux. Notre conseil d’administration a communiqué avec le leur et ils ont gracieusement décidé de nous aider, donc on peut dire que l’exposition est faite en collaboration avec le MBAM. Ça a pris beaucoup de patience et de persévérance. C’est une belle aventure et nous avons extrêmement hâte de présenter cette exposition historique à la population », conclut-il, indiquant que tous les Coaticookois et Coaticookoises ayant une preuve de résidence pourront visiter l’exposition gratuitement.

ARTS ET MAGAZINE

Éric Godin : vieux rêve animé

SHERBROOKE — Ce qui saute le plus aux yeux dans la démarche artistique d’Éric Godin, qui soufflera 35 bougies de carrière au cours de l’hiver, c’est la multiplicité de ses griffes, de ses projets et de ses réalisations. Bien sûr, certains de ses coups de crayon, notamment ceux de ses dessins éditoriaux amorcés dans le magazine Voir en 1984, sont devenus facilement reconnaissables avec les années. Dont son petit bonhomme à quatre poils sur le crâne.

Mais lorsqu’on compare ses nombreuses signatures d’illustrateur, ou ses différents styles en tant que peintre (on retrouve dans ses toiles aussi bien le trait de ses caricatures que des profils humains garnis de motifs de feuillages à l’aérosol), ou encore ses sculptures mariant le plâtre et le bois (voir texte en pages W6-W7), on se dit que l’imagination de ce créateur n’a pas de limites.

Autre marque graphique godinesque qui a fait tache d’encre : celle de Bébéatrice, la série humoristique animée inspirée des mots d’enfants de Béatrice Lepage, fille de Guy A. Lepage. D’abord nées sous forme de livre paru en 2015, les illustrations empruntent cette année la voie royale de l’animation. Mises en ligne le mois dernier en capsules de cinq minutes sur Tou.tv, elles seront diffusées par demi-heures sur Ici Télé, quatre dimanches de suite, à compter du 16 décembre à 19 h 30.

« Pour moi, c’était un vieux rêve de pousser le dessin jusqu’à l’animation. Pour mon bonhomme à quatre poils, j’ai reçu plein de propositions qui n’ont jamais abouti. Il faut dire qu’avoir Guy dans son équipe, ça aide! » ajoute-t-il en rigolant.

Rappel de la genèse de Bébéatrice : « La plupart des médias disent que c’est un projet de Guy A. Lepage. Guy, de façon très chic, remet généralement les pendules à l’heure, en racontant qu’initialement, on s’est rencontrés, lui et moi, sur le plateau de Tout le monde en parle, en décembre 2013. Mélanie [Campeau, sa conjointe] et lui sont venus voir mon expo et ils ont acheté un tableau. On a ensuite gardé contact. »

« Quand j’ai découvert qu’il publiait sur Twitter les savoureuses réflexions de Béatrice, sa petite fille de 4 ans, ça m’a rappelé mes propres enfants, dont un, Vincent, qui avait autant de parlote que Béatrice. Je me suis alors mis à faire trois, quatre croquis inspirés des gazouillis de Guy, en le caricaturant avec un gros menton. Je les ai numérisés et je les lui ai envoyés. Il me répond presque instantanément : "C’est quoi, ça?" Il nous a invités, ma blonde et moi, à passer un week-end à son chalet pour en discuter. »

C’est là qu’Éric Godin est tombé à son tour sous le charme de Béatrice. « Je l’avais déjà rencontrée, car Guy l’avait amenée à mon exposition. Elle était craquante! Elle m’avait dit (je m’en souviendrai toujours) : "Éric, t’es un bricoleur de tableaux!" En allant chez Guy, j’ai vu toute l’ampleur de la Béatrice. Après une heure, ma blonde était assise au sol dans le salon avec la petite. Lors d’un autre séjour, sans que je m’en rende compte, je me suis retrouvé seul avec Béatrice qui me faisait faire le tour du jardin. Elle est vraiment très brillante. »

Petits bonbons

Lors du lancement du livre, au printemps de 2015, le producteur Guy Châtelain, qui est notamment derrière le succès de Toupie et Binou, a proposé à Éric Godin et Guy A. Lepage de faire un dessin animé.

« On a formé une compagnie, Guy, Mélanie et moi [baptisée C’est même pas drôle], et on s’est associés avec celle de Luc. En étant coproducteurs, on peut garder un contrôle créatif sur la série. L’idée au départ était de faire des demi-heures télé. Finalement, nous avons réalisé des capsules de cinq minutes pour le web, pour qu’elles se dégustent aussi comme des petits bonbons. C’est un format qui te permet plus de latitude sur le montage et qui t’ouvre beaucoup de portes. »

Depuis leur mise en ligne, les capsules de Bébéatrice ont déjà obtenu un succès qui surpasse les attentes. « La satisfaction est là. Certains ont trouvé que c’était irrévérencieux. Pour moi, on est plus proche de la candeur. Bébéatrice n’a pas la langue dans sa poche, elle dit sa façon de penser et passe des commentaires dérangeants, mais sans intention de blesser. Jusqu’à maintenant, les retours nous viennent de toutes les tranches d’âge : des parents qui nous racontent que leurs enfants ou adolescents capotent, des sexagénaires sans enfants qui adorent… »

Au départ, le livre contenait une soixantaine de gags tous issus de Béatrice. Il a évidemment fallu en pondre d’autres pour étoffer la série animée. Sur les quelque 125 sketchs, environ la moitié proviennent de l’allumée gamine. Le reste a été écrit ou inspiré par les autres collaborateurs du projet.

Entre autres le premier sketch présenté aux médias, celui où Bébéatrice répond au téléphone et explique à son interlocuteur, avec tous les détails possibles, que son papa est en train de couler un bronze.

« Ça, c’est une anecdote que j’ai vécue avec mon propre fils Félix, révèle Éric Godin. Le sketch de la fête de Magalie, ça vient de Didier Loubat, le réalisateur. Laurent Paquin, Pascal Lavoie [un des auteurs d’Un gars, une fille] et d’autres ont contribué. Étant donné qu’on travaille en collégialité, n’importe qui peut proposer. Guy a même dit à Mélissa Désormeaux-Poulin [la voix de Mamanie] l’autre jour qu’elle pouvait aussi apporter des sujets. »

Création d’équipe 101

Pour un artiste comme Éric Godin qui, pour une grande partie de sa carrière, a œuvré en solitaire dans son atelier, le projet Bébéatrice a été un cours plus qu’intensif sur le travail d’équipe. Jusqu’à maintenant, l’expérience a été plus que positive, mais le créateur de l’univers graphique de Bébéatrice a dû apprendre à laisser ses propres bébés dans les mains du réalisateur et de ses coéquipiers. Quitte à mettre un peu d’eau dans son vin lorsque, à cause de contraintes de temps et d’argent (les corrections coûtent cher), certains détails d’animation ne tiennent pas tout à fait compte de sa griffe.

« C’est un style que j’ai voulu minimaliste. Les bonshommes sont un peu comme des hiéroglyphes. Leurs pieds sont sur le même plan. Le défi, pour un réalisateur, c’est de trouver comment faire bouger ça. Juste le bassin de Papa Guy a demandé quelques jours de travail. Au départ, il marchait les jambes super écartées », raconte-t-il en éclatant de rire.

« Pour le choix du réalisateur, ça a tout de suite cliqué avec Didier Loubat, un gars d’expérience, vif et allumé, qui a su insuffler le rythme. Je songeais à coréaliser au départ, mais après deux rencontres, j’ai bien vu que ma présence n’était pas nécessaire. Oui, je passe mes commentaires, je peux ajouter des gags et faire corriger des choses, mais j’ai aussi constaté mes limites. Les gars qui s’occupent de l’animation travaillent à une vitesse effarante! J’ai compris que je ne serais jamais rapide comme eux. Ma force est ailleurs : c’est celle de créer un univers », dit celui qui a inventé 21 personnages pour Bébéatrice.

« Didier a réussi à s’approprier mon style et il en est devenu le gardien. Il m’a même déjà reproché, quand j’ai proposé certains dessins, de ne pas le respecter moi-même », confie Éric Godin, visiblement heureux d’avoir trouvé un tel complice.

Trio bien soudé

« Guy, Mélanie et moi, on se consulte beaucoup, mais comme on réagit très vite, le processus n’est pas plus lourd et c’est payant à la fin, parce qu’on a vraiment travaillé ensemble. On forme un trio bien soudé qui se fait confiance. Il n’y a pas d’ego ni de combat pour faire gagner une idée. Guy est souvent celui qui tranche, mais j’apprends beaucoup avec lui. C’est un gars attentionné, soucieux des autres. Il s’emporte juste quand il travaille avec des gens qui n’ont pas d’allure. Je trouve que c’est une chance de côtoyer un homme de métier comme lui. »

Si la somme de besogne a été énorme pour concrétiser les quatre premières émissions, la machine est désormais bien huilée. Si la société d’État réclame une suite, l’équipe de C’est même pas drôle pourra créer beaucoup plus vite, étant donné que les personnages, les décors et les techniques d’animation existent déjà.

« On est fiers parce que c’est un produit qui a été réalisé ici de A à Z. Ça a représenté beaucoup de travail, mais on a eu du plaisir. »

Actualités

Nouveau projet sur fond de discorde à Saint-Élie-de-Caxton

SAINT-ÉLIE-DE-CAXTON — La bisbille qui entoure tout l’aspect touristique et la gestion municipale à Saint-Élie-de-Caxton ne ralentit pas Fred Pellerin dans sa volonté de faire briller sa localité. Le conteur songe à ouvrir une salle de spectacles dans son village.

La salle de spectacles serait située dans un entrepôt désaffecté de la rue Saint-Louis, à quelques centaines de mètres de l’église paroissiale.

Arts

AMÉ, entre Noël et résistance franco-ontarienne

Noël, c’est son plaisir coupable. C’est pourquoi cette année AMÉ nous présente une première composition du temps des Fêtes, C’est fort, c’est Noël, qui fait un énorme clin d’œil aux années 80-90 tant dans la musique saturée de synthétiseur aux arrangements disco-funk que dans la facture visuelle du vidéoclip.

« Bin oui, c’est trop. Bin oui, c’est un peu quétaine. Mais tout le monde aime ça quand même... comme Noël ! », assume pleinement l’auteure-compositrice-interprète qui vient tout juste de revenir s’établir dans son patelin d’origine, à Saint-Paul-d’Abbotsford.

Actualité

La présidente du MBAS quitte

La présidente du conseil d’administration du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Lucie Lemay, a démissionné mardi soir.

 Au terme de la houleuse assemblée générale qui a rassemblé plus de 70 personnes, elle a annoncé aux membres du C.A. qu’elle ne souhaitait plus poursuivre son mandat. Ceux-ci ont élu Raymond-Mathieu Simard comme président intérimaire.  

À lire aussi: Assemblée du Musée des beaux-arts: de la tension dans l’air

« Je suis nouvellement arrivé, je fais partie du conseil d’administration depuis la fin du mois de novembre seulement, mais je sens l’attachement des citoyens pour le Musée. Étant donné la forte participation des membres à l’assemblée générale, je retiens que l’avenir de l’endroit interpelle beaucoup de monde. Malgré une situation assez difficile au cours de la dernière année, nous, on est convaincus que les espoirs sont permis et qu’il faut réorganiser les structures du Musée pour être capables d’affronter l’avenir dans un esprit de coopération. J’ai siégé à plusieurs conseils d’administration et on m’a souvent confié le mandat de régler des situations problématiques qui empêchaient l’organisation de bien fonctionner », explique M. Simard, qui est avocat de formation. 

Trois agents de sécurité supervisaient la rencontre annuelle à laquelle assistaient un nombre record de membres. Rappelons que l’automne a été mouvementé pour l’institution et marqué par la syndicalisation des employés du MBAS, qui ont dénoncé publiquement un contexte de travail difficile et abusif. Trois plaintes officielles ont d’ailleurs été déposées à la CNESST et sont en cours d’enquête. 

« Ces dossiers-là, qui sont judiciarisés, on ne pouvait évidemment pas les commenter en assemblée. Beaucoup de gens ont posé des questions. Tant de personnes qui s’intéressent au Musée, je vois ça positivement. Je suis aussi convaincu qu’un climat de travail agréable est un élément-clé pour l’avenir. Au C.A., on a prévu une autre rencontre la semaine prochaine parce qu’on sait qu’on a du pain sur la planche, mais je suis optimiste. On regarde vers l’avant. L’assemblée a été tendue, effectivement, mais à la fin, il y avait des sourires d’espoir », souligne M. Simard.  

Télé et radio

«5e rang» vaut-il le détour?

CHRONIQUE / La vie de Marie-Luce Goulet bascule à la mort suspecte de son mari. Plusieurs individus du village de Valmont sont alors soupçonnés. Mais pourquoi Guy Bérubé a-t-il quitté la maison pour se retrouver en si mauvaise posture? Cette question occupe les premiers épisodes de «5e rang», à partir du mardi 8 janvier à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, contre «L’heure bleue» de TVA. La télé sort de plus en plus des villes, et ça fait du bien.

Il en fallait pourtant beaucoup pour ébranler Marie-Luce (Maude Guérin), pilier des Goulet, qui a hérité de la ferme familiale. Évolue autour d’elle toute une galerie de personnages, dont ses filles Kim et Julie (Catherine Brunet et Marie-Ève Milot) et son neveu Simon (Simon Pigeon), qui l’aide beaucoup sur la ferme. Ce n’est qu’au deuxième épisode que vous rencontrerez les quatre sœurs de Marie-Luce, et comprendrez qu’entre Marie-Jeanne (Catherine Renaud) et elle, rien ne va plus depuis longtemps.

Pour être honnête, 5e rang m’a laissé un peu tiède. La première série annuelle mettant en vedette Maude Guérin est signée Sylvie Lussier et Pierre Poirier, qui sortent heureusement des intrigues gentilles et parfois même burlesques de L’auberge. L’œuvre ne déborde pas non plus d’audace et d’innovation. En même temps, elle ne se prend pas pour une série lourde au propos original et mordant; on a affaire à un téléroman à l’aspect résolument plus moderne.

Là où 5e rang risque de garder mon attention, c’est avec ses personnages singuliers. Comme celui de Réginald (Maxime de Cotret), ancien militaire qui vit presque en ermite, n’hésitant à tirer en l’air avec son fusil quand un innocent joggeur s’aventure dans les parages, et qui s’alimente de ragoût de castor, d’écureuil et de mouffette. L’être ténébreux possède un chien d’assistance depuis qu’on lui a diagnostiqué un syndrome de choc post-traumatique.

On sourit en voyant Luc Senay, tout habillé cette fois, enfourchant son quatre-roues comme dans Faits divers. Voilà un personnage, le garagiste Paul Langlois, bourré de préjugés, qu’on ne risque pas d’aimer d’emblée. Pour l’instant, le policier de Valmont, Frédéric Longpré (Maxim Gaudette), ne transpire pas l’efficacité et la bravoure. L’importance du drame qui affecte les Bérubé nécessite la venue d’agents de la SQ, dont les méthodes sont sûrement plus musclées. Le couple gai de commères du village, Sam et Joe (Roger La Rue et Michel Laperrière), frise la caricature. Souvent attablés au casse-croûte de la place, ceux-ci commentent un peu grossièrement les allées et venues de leurs concitoyens, quitte à sortir quelques détails sordides sur la mort de Guy.

Les premiers épisodes ont quelque chose de glauque, une histoire de corps démembré dans le purin. Certaines scènes pourraient provoquer le même haut-le-cœur chez le public que chez les personnages. Certaines décisions des personnages principaux font sourciller; on se demande quelle mouche les a piqués pour perdre ainsi tout jugement. En même temps, leur découverte est si affreuse qu’on peut deviner leur panique. Disons que, dans les circonstances, la visite à la ferme d’un réputé chef montréalais, propriétaire d’un prestigieux restaurant qui pourrait éventuellement s’approvisionner à la ferme de Marie-Luce, passe soudainement au deuxième rang.

Comme toujours, Maude Guérin est formidable dans le rôle principal. La scène où Marie-Luce apprend le terrible drame arrache les larmes tant l’actrice est crédible. Comme il le faisait souvent dans L’auberge, le duo d’auteurs fait un clin d’œil aux fans de la première heure de 4 et demi... en ramenant le personnage de Jean-René (Martin Héroux), l’animalier de la clinique Dufour, qui entrait à l’école vétérinaire à la fin du téléroman. Il a maintenant sa propre clinique à Valmont, où travaille Kim Bérubé (Catherine Brunet), une des filles de Marie-Luce.

En plus d’avoir le titre de producteur associé, Francis Leclerc réalise les trois premiers épisodes, même si on ne sent pas sa signature. Christian Laurence s’est chargé des neuf suivants, et Myriam Verreault, des épisodes 13 à 18. Pour l’instant, 12 sont prévus à l’hiver, et 11 à l’automne, mais les auteurs souhaitent s’engager pour plusieurs saisons.