Cinéma

Poupart et Lanctôt rêvent de meilleurs budgets

On répète à l’envi qu’en cinéma comme ailleurs, l’absence de moyens force la créativité. C’est souvent vrai. Mais c’est quand même une façon de voir un peu simpliste qui met Brigitte Poupart en rogne.

« Ce manque d’envergure au Québec me tue! À un moment donné, il faudrait arrêter de se dire qu’on peut tout le temps se contenter de peu. Cette façon de voir comme si on était né pour un petit pain, je n’y adhère pas. Ce n’est pas pour rien que des cinéastes comme Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée s’en vont ailleurs », dit la scénariste, metteuse en scène et comédienne qui joue dans Les affamés, tout nouveau long métrage de Robin Aubert.

« Il aurait dû avoir plus de moyens pour faire un tel film de genre. On parle beaucoup du côté poétique et artistique qui naît dans la contrainte, mais en même temps, je pense que Robin est un bel exemple d’un cinéaste qui saurait garder cette dimension-là, poétique et artistique, tout en travaillant avec une enveloppe budgétaire mieux garnie. Les gens ne le voient pas, mais on emploie vraiment beaucoup de gens sur un plateau de tournage. Et il y a le montage, la musique, les costumes, les décors : c’est énorme, ce que ça commande. Ça fait travailler beaucoup de monde, ça fait rayonner ce qu’on sait faire à l’étranger. Le hic, c’est que les institutions sont toujours aussi rébarbatives à investir en culture. Ça m’enrage parce que ça génère pourtant beaucoup d’emplois, ça contribue à faire tourner l’économie. Je ne sais pas ce qu’il va falloir faire pour que ça change », exprime l’artiste montréalaise.

Celle-ci a passé six mois à New York l’année dernière.

« C’est très difficile de revenir, après, quand on a vu comment ça se passait ailleurs. Professionnellement, c’est un peu le désert, ici. Moi, comme artiste, j’ai encore de la misère à faire mes shows. Tout ça est paradoxal parce qu’il y a tellement de talents, au Québec! Mais on ne se donne pas les moyens de les faire fleurir. »

Arts

Tango chanté

Marie-Josée Lord avait la voix plongée dans le répertoire solaire de son spectacle «Yo Soy Maria» lorsque Quartango a eu l’idée d’amalgamer son univers latin au sien. La proposition d’une alliance opéra-tango a immédiatement plu à la soprano. « Ce genre de projets, j’aime beaucoup, parce que ça me fait découvrir autre chose, ça m’emmène ailleurs. »

L’ailleurs a cette fois les couleurs de Buenos Aires. Avec le réputé quatuor, la soprano interprète des airs d’opéra remaniés façon tango, de même que des classiques argentins et d’originales compositions. Bizet, Piazzolla, Weill sont quelques-uns des compositeurs dont les airs sont à l’honneur. Avec les musiciens René Gosselin (contrebasse), Antoine Bareil (violon), Stéphane Aubin (piano) et Jonathan Goldman (bandonéon), la diva offre aussi une version remaniée de Summertime et de Besame Mucho. Entre autres.

« C’est un tour de chant dans lequel j’habille ma voix de teintes un peu plus espagnoles. Avec Quartango, j’ai une belle complicité. L’ambiance de ce concert est chaleureuse, sensuelle, rythmée, empreinte d’une belle folie. Ça me permet de m’amuser avec ma voix, que j’ai toujours considérée comme un instrument, mais que j’ai aussi longtemps vue comme une petite bête que je devais dompter. »

« Avec les années, ça a un peu changé. On collabore mieux, ma voix et moi, parce qu’on se connaît. Au départ, c’était quand même surprenant, pour moi, ce son qui sortait de je ne savais pas où. C’était chaque fois comme une surprise. Aujourd’hui, je connais les mécanismes de ma voix, je sais comment la réveiller, lui donner ampleur et profondeur », dit celle qui a commencé à chanter à 22 ans, presque par hasard. Deux ans plus tard, elle gagnait sa vie avec la puissance de ses cordes vocales.  

Cohabitations artistiques

Depuis, elle n’a jamais eu peur de marier les disciplines, de varier les répertoires. Elle sait que ça peut déstabiliser les puristes. Et puis après?

« Moi, j’aime ce que je fais. Et je veux que les gens comprennent ce que je fais. Pour ça, il faut parler un langage qui les rejoint, il faut être accessible. Après ça, le croisement des univers artistiques, c’est une grande richesse. Je ne pense pas qu’un art peut exister tout seul dans son coin, parce que, ainsi, il se perd. On gagne à le faire cohabiter avec d’autres modes d’expression. C’est comme ça que tout prend du sens, que tout prend une autre dimension », précise la chanteuse qui, en 2010, remportait le Félix de l’album classique de l’année avec son premier disque.

La cantatrice a depuis lancé Yo Soy Maria (2012) et Amazing Grace, un opus de Noël (en 2014). Elle s’apprête à enregistrer un nouvel album avec l’Orchestre symphonique de Laval. Devant public. Puccini, Verdi et Massenet sont notamment au menu de ce concert d’exception qui aura lieu mercredi (25 octobre).

« Enregistrer devant une foule, ça amène une spontanéité et une liberté qu’on ne peut pas avoir en studio. Ça fait naître de belles choses. Ma compagnie de disques le sait. De là l’idée d’une captation du spectacle Pour l’amour de l’opéra. »

Arts

Oracle | Une boîte interactive

Le «vidéo mapping» est une forme d’art technologique qui habille l’architecture par sa lumière et son mouvement.

La Boîte interactive (http://laboiteinteractive.com/) travaille et explore des concepts d’expériences interactives qui marquent l’utilisateur par un moment unique construit à leur image. Avec leur projet «Oracle», La boîte interactive a voulu utiliser la reconnaissance faciale pour intégrer le visage des utilisateurs à même des tableaux de grands maîtres en art visuel pour créer une œuvre éphémère.

Voici donc l’équipe en pleine conception pour le festival de vidéo mapping de Longueuil le Lumifest qui reviendra pour une 3e édition à l’automne 2018.

RICHARD THERRIEN

Inconduites sexuelles: quel est l'avenir d'Éric Salvail?

BLOGUE / Troublantes et embarrassantes révélations dans «La Presse+» ce matin sur Éric Salvail. Onze personnes ont témoigné avoir été victimes ou témoins d'inconduites sexuelles de la part de l'animateur vedette.

Dans le dossier très étoffé de Katia Gagnon et Stéphanie Vallet, le maquilleur et coiffeur Marco Berardini raconte entre autres qu'Éric Salvail l'a invité chez lui pour lui demander des conseils, et en a profité pour s'exhiber en petite culotte noire devant lui. Son refus de répondre à ses avances répétées a envenimé ses relations professionnelles avec l'animateur par la suite. M. Berardini a accepté que son nom soit dévoilé, entre autres parce qu'il travaille désormais à Los Angeles. Les récentes allégations de harcèlement sexuel contre le producteur américain Harvey Weinstein l'ont bouleversé.

D'autres personnes, qui ont requis l'anonymat par craintes de représailles, relatent qu'Éric Salvail montrait son pénis en diverses situations et tenait des propos déplacés à connotation sexuelle. Ces témoins toléraient ces agissements pour conserver leur travail. Les événements se sont déroulés de 2000 à 2015.

Le site de Rouge, où Salvail anime tous les après-midis l'émission Éric et les fantastiques, a retiré toute mention de l'animateur tôt en matinée. En principe, il doit animer en direct son talk-show En mode Salvail à V, ce soir à 22h, en plus d'enregistrer l'émission de demain. La page est toujours en fonction sur le site noovo.ca. Avec Air Transat, l'animateur devait se rendre chercher 150 téléspectateurs pour assister au tournage d’En mode Salvail, passant par Rouyn-Noranda, Bagotville, Sept-Îles et Québec. L'en-tête portant le logo de Rouge et d'Air Transat a été retirée de la page Facebook en milieu de matinée. Selon Radio-Canada, la compagnie aérienne s'est aussi dissociée de l'animateur.

En plus de refuser d'accorder une entrevue à La Presse+, Éric Salvail ne s'est toujours pas défendu publiquement. Mais je vois difficilement comment il pourrait poursuivre ses activités comme si de rien n'était. Ses employeurs réagiront certainement plus tard aujourd'hui. Pourrait-on voir Julie Snyder prendre la relève à 22h sur V? Il est bien tôt pour en parler.

En plus de produire Les échangistes à ICI Radio-Canada Télé, Éric Salvail est le porte-parole de la chaîne d'épiceries Metro et d'Éco Entreprises Québec. Il doit en principe tourner une nouvelle saison des Recettes pompettes pour l'hiver, et lancer un livre associé à l'émission le 9 novembre prochain.

J'ai lu des internautes faire un lien entre l'histoire de ce matin et celle de Joël Legendre. Attention: dans le cas de ce dernier, on ne parle pas de harcèlement ni d'agissements répétés, mais bien d'un constat d'infraction pour indécence.

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Arts et spectacles

Jouer avec le feu selon Les Blood Brothers

Le tournage du film Les affamés de Robin Aubert (en salles vendredi) a été une « belle guerre de tranchées » pour les créateurs d’effets spéciaux Jean-Mathieu « Jib » Bérubé et Carlo Harrietha.

« Tout a été filmé à Ham-Nord, souvent dans des coins reculés, en forêt, avec peu d’électricité. Il fallait transporter nos machines hydrauliques, nos machines à fumée, etc. Créer de la brume dans de pareilles conditions, c’était tout un défi! On devait courir partout avec nos dispositifs à boucane, dans un vent infernal! Mais c’était un beau plateau, un projet dont on avait envie et sur lequel on a travaillé avec le concepteur de moulages et de maquillages Érik Gosselin. »

« Le film de Robin n’est pas un film de zombies traditionnel. Il y a des séquences qui sont très graphiques, où le faux sang gicle en abondance, mais il a aussi une portée poétique. Notre défi, c’était de trouver le bon niveau d’horreur. Le résultat est au-delà de nos espérances », explique Jib, qui baigne dans la pellicule et l’image depuis plus d’une quinzaine d’années.

« Carlo et moi, on a commencé à s’intéresser aux effets spéciaux en réalisant nos courts métrages. On avait peu de moyens. Il fallait tout faire nous-mêmes. On était vraiment bons et on aimait ça », ajoute le Sherbrookois d’origine.

Après avoir apporté leur expertise sur le plateau du long métrage Turbo Kid, les deux amis ont décidé de jouer la carte des effets spéciaux à temps plein, il y a trois ans.

Avec Matisse Contant, qui s’occupe davantage du volet administratif, ils ont fondé l’entreprise Effets spéciaux Blood Brothers FX.

« On a un grand souci de l’image, étant donné qu’on a chacun de l’expérience derrière la caméra. On est assez autodidactes, on est capables de "penser en dehors de la boîte". Cette manière différente de voir les choses nous distingue. C’est une profession où on n’a pas le choix d’être créatifs et débrouillards, de toujours approfondir nos connaissances. On fait de la menuiserie et de la soudure, on manipule du propane, on opère de l’hydraulique. »

Leurs locaux de Saint-Valérien-de-Milton sont un véritable laboratoire, où ils font leurs tests. « C’est plus simple à la campagne. On ne pourrait pas expérimenter nos lance-flammes dans un stationnement de Montréal. »

Du feu et de l'ambiance

L’imaginatif duo se spécialise en pyrotechnie, mais aussi dans les scènes d’explosions et d’impacts par balles.

« Ces temps-ci, on s’amuse à chorégraphier des explosions en fignolant tous les détails. Mais une grande partie de notre travail consiste à créer des effets invisibles, qui vont ajouter de l’atmosphère au film, mais que le public ne remarquera pas nécessairement. De la pluie, du vent, une tempête, une porte qui s’ouvre par exemple. Une simple scène de feu de camp, qui peut prendre quatre heures à tourner mais ne durer qu’une minute, exige de créer un feu constant et artificiel, qui se ressemblera dans toutes les séquences », explique le concepteur de 37 ans.

Qu’ils créent de l’extraordinaire ou qu’ils habillent le décor d’ambiance, la prudence est non négociable pour les Blood Brothers. « On en donne le plus possible à la caméra, mais toujours de façon totalement sécuritaire », insiste Jib.

Le film américain Small Crime (sur Netflix), le film de genre Game of Death, La petite fille qui aimait trop les allumettes et La Bolduc sont quelques-unes des productions sur lesquelles les Blood Brothers ont récemment mis leur griffe. « Chacun nous amène dans des univers complètement différents. Chacun a ses défis. C’est ce qui nous plaît. »
Le duo a aussi réalisé un clip pour le groupe Canailles (Rendez-vous galant) et il s’apprête à prendre l’autobus pour sillonner les rues de Montréal. « C’est un gros projet qu’on mène pour le 375e de la ville. On a repeint et décoré un autobus touristique à deux étages, façon zombie. Il se promènera dans la ville dès samedi. »

Dès le mardi 17 octobre, à 19 h, Ztélé rediffuse la série Les Blood Brothers, dans laquelle on suit le quotidien de ces fabricants d’extrême.

Arts et spectacles

Les cors sonneront à Racine

Les 13es Sonneries d’automne résonneront dans l’église patrimoniale Saint-Théophile de Racine le 22 octobre dès 15 h. Ce concert-bénéfice est un appel à la générosité pour assurer la survie de l’orgue et du bâtiment qui l’héberge.

Les traditionnelles Sonneries d’automne de Racine sont un évènement tant culturel que gastronomique. « Les spectateurs sont accueillis en après-midi pour assister à un magnifique concert, unique en son genre, avec le groupe Omnitronique. Un cassoulet préparé avec les produits du Marché Locavore, les charcuteries des Cochons tout ronds et les canards du lac Brome viendra conclure ce rendez-vous annuel », explique l’animateur et organisateur René Pelletier.

L’ensemble de cors Omnitronique, sous la direction artistique de Paul Marcotte, fera découvrir ce cuivre méconnu. « Pourtant, on l’utilise régulièrement dans les trames sonores de film comme dans les westerns. Il marque l’intensité des paysages et donne de la couleur. Le répertoire des compositions spécifiques à cet instrument n’est pas souvent entendu lui non plus », déclare M. Pelletier.

Des pièces de Mahler, Beethoven et Bruckner écrites expressément pour les cors figurent au programme, ainsi que des œuvres populaires arrangées pour l’ensemble. « Lors d’une édition précédente, douze cornistes ont joué Carmen. C’est rare comme interprétation », estime l’organisateur.

Tu l’auras, ce cor!

René Pelletier se fera un plaisir d’expliquer aux spectateurs l’histoire des différents cors et leur utilisation. « Je vais notamment parler de la trompe de chasse, qui est à l’origine du cor français pour la chasse à courre. Les Anglais, eux, recouraient plutôt à la trompette. »
Le concert est unique d’une année à l’autre, bien qu’une prestation de cors revienne régulièrement au programme. Au cours des dernières années, le directeur Paul Marcotte a inclus dans son répertoire des cors alpins, de postiers et d’harmonie. C’est en 1992 qu’il a fondé Omnitronique, formé en majorité d’élèves issus des écoles de musique de Montréal et de Sherbrooke. Le corniste a déjà fait partie de l’Orchestre métropolitain du Grand Montréal et enseignait jusqu’à tout récemment au département de musique du Cégep de Sherbrooke.
Les Sonneries d’automne de Racine sont présentées un peu avant la fête religieuse de saint Hubert, patron des chasseurs (3 novembre). « C’était conséquent, en cette période de l’année où la chasse bat son plein », mentionne René Pelletier.

Entre 300 et 600 $ sont remis à l’église de Racine chaque année à la suite de l’évènement-bénéfice annuel.

Chronique

Dommages collatéraux

CHRONIQUE / Ce ne sont pas des victimes au même titre que celles qui ont été agressées. Aucune commune mesure. On s’entend qu’il n’y a rien de comparable entre subir du harcèlement sexuel et la perte d’un contrat, aussi lucratif soit-il. N’empêche, la chute d’Éric Salvail et de Gilbert Rozon a déjà des impacts majeurs sur les carrières de nombreux pigistes qui œuvraient sur toutes leurs émissions, et qui n’ont bien sûr rien à voir avec les actes commis.

La production d’En mode Salvail sur V a été interrompue dès mercredi matin, et celle des Recettes pompettes, qui devait commencer sous peu, n’aura tout simplement pas lieu. Déjà, plusieurs dizaines de personnes sont renvoyées chez elles et devront trouver d’autres contrats ailleurs. S’ils en trouvent.

L’équipe des Échangistes, aussi produite par Salvail & Co, demeure dans l’incertitude. Par contre, ICI Radio-Canada Télé assure que Pénélope McQuade sera de retour au quotidien, le printemps et l’été prochain à son antenne. L’émission conservera-t-elle le titre Les échangistes? Sera-t-elle produite par Salvail & Co ou par une tout autre entreprise? «Aucune décision n’a encore été prise à ce sujet. Nous suivons l’évolution de la situation», m’a répondu Marc Pichette, aux communications de Radio-Canada. Dans tous les cas, on aurait intérêt à changer autant le titre de l’émission que le nom de l’entreprise, pour éviter toute ambiguïté.

Au Québec comme en France, les réseaux de télévision ne veulent plus de Gilbert Rozon, en raison des allégations de nature sexuelle qui pèsent contre lui. TVA a retiré de sa grille un Gala Juste pour rire hier soir, pour le remplacer par un spectacle de Philippe Laprise, sans dire ce qu’il fera pour la suite. On veut sans doute attendre de voir comment les choses évolueront avant de penser rompre une entente aussi lucrative avec Juste pour rire, qui produit aussi Les gags à TVA. Le sujet est délicat : des humoristes ont fait savoir qu’ils ne collaboreraient plus avec l’empire tant que le nom de Gilbert Rozon y serait associé. Pas d’humoristes, pas de shows.

Radio-Canada confirme au moins que Rozon ne sera pas de retour à Dans l’œil du dragon si l’émission est renouvelée au printemps, ce qui n’est pas encore décidé. «Les Dragons existaient avant Gilbert Rozon et peuvent très bien continuer après lui», m’a dit la productrice Marleen Beaulieu chez Attraction. Elle a tout à fait raison.

Enfin, la chaîne m6 a décidé de suspendre la très populaire émission La France a un incroyable talent, qui devait reprendre l’antenne le 26 octobre prochain. Cinq émissions avaient déjà été tournées, et finiront sans doute au panier. On devine l’ampleur des pertes financières. Rozon est une figure très connue de la télévision en France. Identifié comme le juré méchant de l’adaptation d’America’s Got Talent, il est là depuis la toute première saison en 2006.

D’ailleurs, l’affaire Rozon, de par sa gravité, intéresse aussi la presse étrangère. Aux États-Unis, le New York Times, Variety et Deadline ont tous relayé l’information, tout comme le Daily Mail en Grande-Bretagne. 

Mea culpa

Après avoir annoncé qu’il prenait une pause de «quelques jours», Éric Salvail a signé un second message sur Facebook jeudi, dans lequel il affirme se retirer des activités de Salvail & Co, ce qui implique un plus long retrait de la vie publique. «Sur le plan strictement humain, je souhaite de tout cœur que [mon équipe] puisse continuer à travailler et qu’elle n’ait pas à payer le prix de mes comportements», écrit-il.

Dans ce long mea culpa, portant sans doute le sceau d’une firme de relations publiques, Éric Salvail ne s’est pas ménagé, prenant l’entière responsabilité de ce qui lui arrive. «C’est clair, plus on tombe de haut, plus lourdes sont les conséquences. Je tombe de haut. À l’évidence, je suis l’unique responsable de ce qui se passe.» Non seulement il ne nie rien, mais il affirme que ce qui a été exposé de ses actes dans les médias n’est encore qu’une partie de la réalité. «Le constat est brutal : pendant de nombreuses années, dans de nombreuses situations et auprès de plusieurs personnes — bien au-delà de celles qui sont sorties publiquement —, mes agissements ont causé du tort», poursuit-il.

Il convient de ses inconduites sexuelles, faites sous le couvert de l’humour, et admet qu’elles étaient inacceptables. «Ce qui m’est paru drôle et divertissant comme malaises pendant des années, sans offense ou anodin ne l’était pas pour plusieurs personnes qui le recevaient. Ne l’était pas du tout. Ce qui était pour moi cru ou grivois en privé était vulgaire et blessant pour eux.»

En plus d’affirmer qu’il travaillera sur lui-même avec l’appui de spécialistes, il souhaite «mettre en place une politique robuste pour assurer que toutes les activités de Salvail & Co soient exemptes de tout comportement qui serait déplacé.»

«Ma vie a toujours été ma carrière. Ma carrière a toujours été ma vie. Ce n’est plus le cas. Je n’en suis pas victime. J’en suis la cause. Au revoir», conclut-il.

Avant de s’éclipser, Salvail et Rozon ont tous deux pris des mesures pour permettre à certaines de leurs productions de ne pas être interrompues. Or, aucun des deux n’a indiqué qu’il vendait sa compagnie, mais plutôt qu’il en laissait les rênes à quelqu’un d’autre. À mon humble avis, tant que Salvail et Rozon empocheront des revenus de leurs entreprises, le malaise persistera et nuira à leur rendement. Je vois mal comment notre diffuseur public oserait faire produire Les échangistes par une compagnie qui n’est pas dirigée par Éric Salvail, mais dont il signe encore les chèques de paie.

«J'ai 14 ans, j'ai 14 ans»

Le hasard fait étrangement les choses, puisque Pénélope McQuade fait partie des femmes qui ont témoigné auprès du Devoir et du 98,5 à propos du harcèlement sexuel dont elles auraient été victimes de la part de Gilbert Rozon, ciblé par une enquête policière. L’animatrice a raconté que celui-ci l’aurait suivie aux toilettes avant d’éteindre les lumières et de se jeter sur elle, un épisode qui remonte à 1997. Elle ne lui a plus parlé durant 10 ans. Sur Facebook hier, elle a dit vouloir prendre du recul à la suite de cette révélation, avant de se prononcer sur la place publique.

La comédienne Salomé Corbo, qui témoigne dans le même dossier, n’avait que 14 ans lorsqu’elle dit avoir été agressée par Rozon, qui lui aurait inséré un doigt dans le vagin. «J’ai 14 ans, j’ai 14 ans, je suis une jeune fille», a-t-elle dit, assez fort, sans que personne autour ne réagisse. Parmi les sept autres femmes qui ont témoigné, figurent les noms de la réalisatrice Lyne Charlebois, les recherchistes Sophie Moreau et Anne-Marie Charrette, l’entrepreneure Geneviève Allard et une étudiante, Marlène Bolduc.

RICHARD THERRIEN

M6, Radio-Canada et TVA ne veulent plus de Rozon et Juste pour rire

BLOGUE / Au Québec comme en France, les réseaux de télévision ne veulent plus de Gilbert Rozon, en raison des allégations de nature sexuelle qui pèsent contre lui. Alors que Radio-Canada confirme qu'il ne sera pas de retour à «Dans l'oeil du dragon» si l'émission est renouvelée au printemps, et que TVA retire de sa grille les Galas Juste pour rire, la chaîne M6 a décidé de suspendre la diffusion de «La France a un incroyable talent», qui devait reprendre l'antenne le 26 octobre prochain.

Rozon est une figure très connue de la télévision en France. Identifié comme le juré méchant de l'adaptation d'America's Got Talent, il est là depuis la toute première saison en 2006.

Gilbert Rozon a annoncé mercredi soir qu'il abandonnait la présidence du Groupe Juste pour rire, ses postes de commissaire aux célébrations du 375e de Montréal et de vice-président de la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain. L'humoriste Guillaume Wagner venait de le pointer du doigt sur Facebook, avant qu'un dossier du Devoir et du 98,5 révèle que Rozon était visé par neuf femmes pour des allégations de harcèlement et d'agressions sexuelles. Parmi elles, on retrouve les noms de Pénélope McQuade, Salomé Corbo, la réalisatrice Lyne Charlebois et la recherchiste Sophie Moreau, fille du défunt humoriste Jean-Guy Moreau. Une enquête du Service de police de la Ville de Montréal a été ouverte à son endroit.

Radio-Canada n'a pas encore confirmé le retour de l'émission Dans l'oeil du dragon, dont Rozon faisait partie depuis deux saisons. TVA a aussi fait savoir que le Gala Juste pour rire qui devait être diffusé ce soir à 20h a été retiré de l'horaire.

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ACTUALITÉS

Plus de 15 000 visiteurs au Salon du livre

Pas moins de 15 316 visiteurs se sont rendus au Centre de foire de Sherbrooke de jeudi à dimanche pour le 39e Salon du livre de l’Estrie. Il s’agit d’une légère augmentation vis-à-vis l’an passé, mais c’est sans compter les 3132 jeunes dans les écoles ou CPE qui ont reçu la visite d’animateurs du Salon.

« C’est un gros succès, la population a été au rendez-vous et les ventes ont été bonnes, explique Marie-Ève Cardin, responsable des communications et de la programmation de l’événement. On veut que les gens se détachent de l’idée qu’un salon du livre ce n’est qu’une grande librairie, c’est beaucoup plus que ça parce que nous avons eu plus de 400 auteurs présents. On veut les rendre accessibles pour les Estriens. Et lorsqu’on voit nos salles d’animation pleines, c’est signe qu’on se rapproche de ça. »

L’un des faits d’armes a été la présence de l’Association des libraires du Québec (ALQ) qui offrait un service pour le moins intriguant. Les gens pouvaient se faire prescrire des livres en répondant à quelques questions concernant leur goût littéraire.

« Nous sommes le premier Salon du livre régional auquel l’ALQ participe, ils ne font habituellement que l’Outaouais, Montréal et Québec. Il y a eu des files d’attente, c’est bon signe. »

« J’ai eu une prescription pour cinq livres, je vais sûrement en lire au moins trois, mentionne Carolanne Gagnon-Lambert, Estrienne d’origine, qui vient chaque année au Salon du livre de l’Estrie. Le but est de rencontrer des auteurs et de découvrir des livres. Ce n’est pas simplement d’acheter des romans. »

« Un vent de fraîcheur »

Le Salon du livre proposait plusieurs nouvelles activités cette année qui ont su ravir les gens.

« J’ai déjà été bénévole pour le Salon par le passé et j’ai vu une grande différence cette année. Il y a toute sorte de nouvelles activités », lance Carolanne Gagnon-Lambert.

« On est une nouvelle équipe depuis deux ans et on travaille fort pour renouveler l’ambiance du Salon du livre, souligne Marie-Ève Cardin. On veut que ce soit une expérience littéraire complète ».

« Certains éditeurs délaissaient le Salon du livre de l’Estrie pour différentes raisons, admet-elle. On est donc en mode séduction et il faut faire nos preuves et leur montrer que le Salon du livre de l’Estrie est un incontournable, qu’il y a un achalandage important. Je suis contre l’idée que les gens de régions n’aient pas accès à une grande variété de livres. On veut que les gens qui entrent au Salon trouvent tous les livres qu’ils cherchent. »

« Il y a un dynamisme et un vent de fraîcheur à Sherbrooke, raconte Manon Trépanier qui possède une librairie à Longueuil. J’avais adoré mon expérience l’an dernier, les deux animations auxquelles j’ai participé font partie des beaux moments de ma carrière. Et c’est encore mieux cette année. Les lecteurs de Sherbrooke sont des passionnés. »

Déjà de grands projets sont envisagés pour les 40 ans du Salon du livre de l’Estrie en 2018.

« On veut être présent partout en Estrie et que la ville de Sherbrooke vibre au rythme du Salon du livre l’année prochaine, résume Marie-Ève Cardin. On veut aussi être perçue comme un salon littéraire à grandeur humaine où on peut faire le tour sans être épuisé. On veut rester avec des quantités raisonnables et que les gens aient le temps de participer à la plupart des activités proposées. »

Arts et spectacles

Quatre réjouissants lauréats

Biennaux depuis l’an dernier, les prix de l’AAAE (Association des auteures et auteurs de l’Estrie) n’avaient pas été décernés depuis 2015. Et encore, il y a deux ans, le prix Alphonse-Desjardins n’avait pas été remis, tandis que le prix estrien de littérature de genre n’existait pas. Les quatre lauréats de 2017, dévoilés vendredi soir au Salon du livre de l’Estrie, ont donc quelque chose de réjouissant.

Ces derniers sont Michèle Plomer (prix Alfred-Desrochers), Alex Gagnon (prix Alphonse-Desjardins), Annie Lagrandeur (prix Suzanne Pouliot et Antoine Sirois) et Éric Gauthier (prix estrien de la littérature de genre). Chacun et repart avec une bourse de 2000 $.

Le moment fort de la cérémonie s’est produit lorsqu’Annie Lagrandeur a entendu son nom dans la catégorie de la littérature jeunesse. La jeune écrivaine a eu du mal à contenir ses émotions. Son roman La charmeuse de vent a été préféré à ceux de Catherine Desmarais (Cendrine Santerre) et du tandem Anne-Brigitte Renaud et Michèle Plomer (Sueurs froides). La lauréate, également libraire, a d’ailleurs souligné qu’elle recommandait régulièrement à ses clientes les deux autres ouvrages finalistes.

« Juste que vous ayez pris le temps de lire mon roman, c’est incroyable! » a lancé la gagnante aux membres de l’AAAE. « Je suis vraiment surprise! C’est un premier roman écrit pendant ma maîtrise et qui avait été refusé par plusieurs maisons d’édition. Je tiens donc à remercier celles que j’appelle mes deux fées marraines : mes deux éditrices en or, Michèle Plomer et Anne-Brigitte Renaud. »

Ces dernières étaient effectivement en compétition comme auteures dans la même catégorie que celle qu’elles avaient publiée dans leur nouvelle maison, Éditions Chauve-souris. Comble de coïncidence, Michèle Plomer a remis la main sur le prix Alfred-DesRochers, que lui avait valu son premier roman Le jardin-sablier en 2007.

« Je veux dire merci à tellement de personnes! » a commenté celle qui a répété l’exploit grâce à son plus récent roman Étincelle, devant Abattre la bête de David Goudreault et Le basket-ball et ses fondamentaux de William S. Messier. L’écrivaine magogoise se réjouissait notamment du fait que ce livre mettant l’amitié de l’avant ait pu toucher le jury.

« L’amitié, c’est souvent le parent pauvre de la littérature. Mais cette amitié-ci a subi un choc incroyable », dit-elle à propos de son roman racontant comment, à l’époque où elle vivait en Chine, une amie chinoise a survécu à de graves brûlures, à la suite d’une explosion causée par une fuite de gaz.

Convaincu qu’il n’avait aucune chance en entendant le nom des autres finalistes (L’heure sans ombre de Benoît Bouthillette et La bataille de Pavie d’André Jacques, deux anciens gagnants du prix St-Pacôme), Éric Gauthier a sursauté quand sa Grande mort de Mononc’ Morbide a été nommée, qualifiée de « pure folie extrêmement contrôlée » par le jury.

« Ça fait du bien. J’habite la région depuis 2008 et je me suis tout de suite senti accepté ici. Ça m’a donc fait très plaisir d’amener ma folie contrôlée à Sherbrooke pendant quelques pages dans mon livre. »

Premier lauréat du prix Alphonse-Desjardins depuis 2014, Alex Gagnon avoue sa surprise devant la réception de son essai Nouvelles obscurités : Lecture du contemporain, dans lequel il a proposé d’utiliser les outils critiques et théoriques de l’analyse littéraire dans la vie publique, par exemple pour décortiquer les discours politiques.

« Je craignais de m’aliéner autant le milieu universitaire que le grand public, mais je constate que c’est peut-être une réussite. Et je suis content d’être reconnu comme un écrivain. »