Télé et radio

«Pot Inc.», du très bon stock

CHRONIQUE / Ils n’ont rien d’une famille de granos ou de l’image qu’on peut s’en faire. Et pourtant, les Bertrand de Mirabel, plus gros joueurs de tomates roses en Amérique du Nord, ont renoncé à leurs serres de tomates roses des 27 dernières années pour se lancer dans la culture de cannabis.

Leur histoire pas banale est joliment racontée dans l’excellente série documentaire Pot Inc., diffusée dès le mercredi 22 août à 20h30 sur la chaîne Moi et cie. Une œuvre tout à fait d’actualité, pour nous préparer à la légalisation de la marijuana, en vigueur à partir du 17 octobre prochain. Une quinzaine de maisons de production à travers le pays voulaient raconter leur histoire mais Déferlantes l’a emporté.

Arts et spectacles

Correspondances : Eastman explose de bonheur

« Il y avait des gens partout, Eastman a vraiment explosé de bonheur, de mots et d’inspirations. Nous sommes sur un nuage, et des nuages il n’y en a pas eu trop dans le ciel au court des derniers jours », a indiqué Raphaël Bédard-Chartrand, directeur général des Correspondances d’Eastman, alors que l’événement s’achevait dimanche.

Il faut dire que quand le beau temps se marie au décor pittoresque de la petite ville des Cantons-de-l’Est pour la durée de l’événement littéraire et artistique, cela engendre un achalandage imposant. En 2018, il a été comparable à celui de l’an dernier, qui marquait une édition particulièrement réussie.

Les amoureux des mots et les friands du bon temps en ont pleinement profité tout au long des Correspondances. La majorité des spectacles ont affiché complet cette année, ce qui a grandement ravi l’équipe derrière la programmation. 

Des performances comme celles de David Goudreault (jeudi), de Catherine Major (samedi) et les brunchs littéraires avec Dominique Demers et Kim Thúy ont attiré énormément d’amateurs littéraires. 

« Nous avons eu accès aux coulisses de la littérature cette année, à celles de Marie-Louise Arsenault avec son émission Plus on est de fous, plus on lit! (voir autre texte en p. 18). Nous avons eu droit à des confidences, à des secrets, à des anecdotes et jamais il n’y a eu une seule anicroche », ajoute M. Bédard-Chartrand. 

Les Correspondances d’Eastman représentent un événement estival très important pour la région. L’équipe derrière celui-ci comptait sur plus d’une centaine de bénévoles, dont près de la moitié en étaient à leur première expérience. 

« Les citoyens participent à notre événement en nous permettant d’utiliser leurs terrains, qui sont magnifiques. En plus de ça, l’événement engendre des retombées économiques importantes pour Eastman », avoue M. Bédard-Chartrand.  

Virage jeunesse 

En sélectionnant une porte-parole comme Stéphanie Boulay, des Sœurs Boulay, il est évident que l’événement a voulu attirer une clientèle plus jeune, et surtout l’amener à participer aux différentes activités artistiques. 

Pour M. Bédard-Chartrand, cette édition a nettement réussi son virage jeunesse. 

« On a eu un achalandage record pour les familles dans le volet jeunesse qui est gratuit, et on va continuer d’améliorer cette facette de notre événement. Les camps de jour qui nous ont rendu visite ont été comblés, la chasse au trésor a attiré près de 600 jeunes. On a réussi à rajeunir notre public, tout en conservant notre clientèle habituelle », avance-t-il. 

De son côté, Stéphanie Boulay a adoré son expérience. 

« Ce sont des rencontres tout à fait remarquables. Les gens ont la chance de discuter avec les auteurs dans une ambiance très champêtre. Au début j’étais un peu hésitante puisque c’était Dany Laferrière le porte-parole l’an dernier, mais je ne regrette pas du tout ma décision aujourd’hui », explique-t-elle.

À venir l’an prochain

Les Correspondances d’Eastman ont pris le temps d’annoncer en primeur la thématique de l’année prochaine lors de la cérémonie de clôture : l’édition 2019 sera celle du « Ravissement ». « Avec cette thématique, on pourra aller chercher la beauté des choses dans la sensibilité. Du côté littéraire, le ravissement, ça inspire beaucoup. L’an prochain, on améliorera les installations pour l’envoi de lettres partout dans le monde, et on fera tout ce qu’il faut pour poursuivre sur notre lancée des dernières années », lance M. Bédard-Chartrand.

Actualités

FTMS : les choix artistiques à l'honneur

Les pas de danse venant du Sud, les décors saluant plusieurs pays ainsi que l’explosion de saveurs du monde sont des facettes de la programmation déjà bien réussies du Festival des traditions du monde de Sherbrooke (FTMS). Ce sont les choix artistiques qui restent un défi : cette année, le défi est relevé haut la main.

C’est la Dame Blanche, tout droit arrivée de Cuba, qui avait la tâche de clôturer la soirée de samedi. Dès 21 h, une trentaine de minutes avant le début de son spectacle, plusieurs festivaliers avaient pris place devant la scène Loto-Québec.

« C’est un mélange de sensations. J’ai hâte de chanter, on ne me connaît pas beaucoup dans cette région. C’est un bon moyen de me faire connaître, pourquoi ne pas amener mon son dans les maisons du coin? » a commenté la chanteuse, flûtiste et percussionniste.

L’artiste cubaine nommée Yaïté Ramos Rodriguez espérait que la magie de son personnage en blanc saurait piquer la curiosité des Sherbrookois et autres visiteurs, elle qui est déjà connue ailleurs dans le monde avec ses trois albums.

Selon la directrice du FTMS Malika Bajjaje, le hip-hop mélangé aux rythmes latins de la Dame Blanche ne laisserait pas les festivaliers indifférents. « C’est une première au Québec. C’est une vedette internationale connue de Cuba, c’est une fierté pour les Cubains de Sherbrooke de la voir ici. Je suis certaine que tout le monde va l’aimer », avait-elle commenté avant le spectacle.

La directrice insiste d’ailleurs sur la qualité des performances artistiques de l’édition 2018 du FTMS. « C’est une évolution artistique extraordinaire cette année, avec des artistes qui ne sont pas connus ici, mais très connus ailleurs. Les gens étaient au rendez-vous. C’est un défi qu’on a relevé avec brio », se réjouit-elle.

« Les repas, les activités, ce sont des acquis! Chaque soir, c’est plein. Ça confirme la mission du festival. On veut faire découvrir les autres cultures par la musique », a-t-elle expliqué en pointant le chapiteau plein à craquer, qui accueillait la soirée latino.

La grande participation sur le site vient confirmer les propos de Malika Bajjaje. Devant chaque scène de spectacle, les festivaliers se déhanchaient au son de la musique. Les files d’attente devant les kiosques de repas se remplissaient constamment. Et sous le Préau du Groupe Custeau, le public s’entassait devant Flávia Nascimento pour apprendre quelques pas de danse brésiliens.

« La configuration du site transporte ailleurs les visiteurs, c’est un vrai village du monde. Ça vient confirmer qu’on a une identité unique et originale. On sait où on s’en va avec le festival », termine Mme Bajjaje.

Arts et spectacles

La culture littéraire, démocratisée

Les auditeurs de « Plus on est de fous, plus on lit! » écoutent l’émission en conduisant, en travaillant dans un garage, en cuisinant ou bien dans leur salle de pause à l’hôpital. Ils sont fonctionnaires, mécaniciens, travailleuses en CPE ou encore avocats. Au fond, ils n’ont pas tellement de profil type… et sont bien loin d’avoir lu tous les livres dont l’animatrice Marie-Louise Arsenault parle chaque jour à la radio!

« Tant mieux s’ils nous écoutent, mais ce ne sont pas les gens qui ont un doctorat en littérature qui ont besoin d’une émission comme la nôtre! » a-t-elle lancé samedi lors d’une grande entrevue menée par Dominic Tardif aux Correspondances d’Eastman. « Moi, je suis une lectrice normale. Je n’ai pas étudié là-dedans. Et d’ailleurs, beaucoup de gens qui nous écoutent nous disent qu’ils ne lisent pas du tout, mais qu’ils aiment l’émission quand même! » poursuit-elle.

Pour l’animatrice, il est important que l’émission parle au plus grand nombre d’auditeurs possible – ce qui ne veut surtout pas dire négliger le contenu. « On ne fait souvent pas assez confiance à l’intelligence des gens, mais en fait, ils ont soif de contenu. Les auditeurs vont écouter des émissions intelligentes, sauf si c’est prétentieux. Et je les comprends : quand c’est prétentieux, je n’écoute pas ça non plus! » souligne celle qui lit toujours le livre d’un auteur avant de faire une entrevue avec lui, même si elle est à l’antenne cinq jours par semaine.

Un plateau glamour

Quand Marie-Louise Arsenault s’est fait confier les commandes de l’émission il y a quelques années, celle-ci allait être diffusée en soirée. Elle a donc eu l’idée assez spontanément de créer une atmosphère éclatée, avec un habillage sonore particulièrement rythmé.

« Je voulais que ça fasse glam, qu’il n’y ait pas une ambiance trop sérieuse dans laquelle on s’attendrait à parler de littérature en roulant ses r. C’est pour ça que je dis toujours qu’on est sur le plateau en parlant de l’émission, même si ça ne se dit pas d’habitude dans le monde de la radio », a-t-elle expliqué.

C’est aussi pour ça qu’elle veille à choisir des invités pleins d’énergie et engagés, qui restent la plupart du temps pendant pratiquement toute l’émission. Et pour le contenu, l’objectif est un mélange de contenu « sérieux » (philosophie, politique)… et de quelques « boules disco », comme Simon Boulerice et Jean-Paul Daoust, invités réguliers qui font toujours lever la fête.

La musique éclectique, choisie par Antonello Di Domenico à la demande de Marie-Louise Arsenault, participe aussi à l’attrait de l’émission… même si elle lui vaut toujours quelques courriels plus ou moins agréables. « C’est là-dessus qu’on reçoit le plus de courriels de critiques! On en a minimum deux par jour, qui disent toujours la même chose : "Je vous aime beaucoup, je vous écoute… mais qu’est-ce que c’est que ça, vos choix musicaux?" Ces auditeurs se sentent un peu agressés, mais bon, je me dis qu’ils nous écoutent quand même, et que ça leur fait peut-être un peu de bien au fond! »

Au-delà des musiciens émergents, il est aussi important pour Marie-Louise Arsenault d’avoir sur le plateau de jeunes auteurs qui ne sont pas connus. « Les gens trouvent qu’on voit et qu’on entend toujours les mêmes personnes dans les émissions. Pourquoi on ferait ça, quand on peut découvrir du monde extraordinaire que personne n’invite? La créativité et le talent, c’est le lot de plusieurs personnes connues, mais il y a aussi des gens de 20, 22 ans qui font des choses exceptionnelles. Un show doit être le reflet d’une société et de son évolution, qui vient des jeunes. Ils doivent être entendus, et il faut que les gens de 60 ans soient entendus aussi. C’est ça une vraie parole intergénérationnelle. »

Saison à venir

Marie-Louise Arsenault a donné samedi quelques indices sur ce que les auditeurs entendront lors de la prochaine saison de Plus on est de fous : analyse de rhétorique – notamment de discours de politiciens –, capsules « Qu’en pensent les universitaires? » et listes de livres à lire avant 20 ou 30 ans seront au programme.

Arts et spectacles

La musique au service des mots

De la prose qui sonne comme de la musique et des violons qui se donnent le pouvoir d’évocation des mots. Présenté vendredi au Cabaret Eastman, le spectacle mettant en vedette l’auteur Christian Guay-Poliquin et le quatuor Claudel-Canimex a célébré deux univers artistiques qui mériteraient d’être plus souvent réunis.

Ayant rapidement réussi à se tailler une place comme romancier au Québec, Christian Guay-Poliquin a livré un condensé de son roman Le poids de la neige, publié par La Peuplade. Ses mots étaient parfois accompagnés par de la musique alors que, à d’autres moments, il lisait seul puis se taisait pour laisser toute la place au quatuor, composé d’Isabelle Gervais, Élaine et Jeanne de Chantal Marcil ainsi qu’Annie Parent.

Arts et spectacles

France Beaudoin à mots ouverts

Au printemps dernier, quand Dominique Chaloult a téléphoné à France Beaudoin, la directrice générale de la Télévision de Radio-Canada n’avait pas encore terminé sa proposition que l’animatrice s’emballait : « Attends, tu es bien en train de me dire : une heure d’entrevue avec n’importe qui? Chaque semaine? »

C’était bien ça. 

« C’est rare que je ne prenne pas le temps de penser, d’analyser, de changer d’idée une fois et puis une autre. Mais ce coup-ci, tout de suite, j’ai dit oui », raconte celle qui pilote Pour emporter, nouveau rendez-vous télévisé qui débarque à ArTV vendredi.

Chaque semaine, un invité viendra s’asseoir avec l’animatrice originaire de Disraeli, pour une longue causerie de 60 minutes qui prendra ancrage dans les mots. Les mots lus, entendus, tus, aimés, imprimés. Les mots marquants, les mots passés et présents, les mots qui portent et qui transportent. Ceux qu’on a prononcés, ceux qu’on a retenus. 

« Ce n’est pas une émission littéraire, précise France. On peut partir d’un livre, mais aussi d’une citation, d’un extrait de chanson ou de scénario, du conseil d’un proche, d’un article de journal, d’un titre de film. » 

Les mots sont un levier et une locomotive, le fil d’Ariane d’une conversation qui se déploie sur le long cours. 

« On rebondit sur ces mots-là qui ont influencé notre invité et, ce faisant, on se promène dans son univers, mais d’une façon nouvelle. Ça nous amène dans des zones inattendues. Parfois, c’est très personnel. D’autres fois, on est davantage dans les questions de société », dit celle qui envisageait un retour à l’entrevue depuis quatre ou cinq ans.

Il s’agissait de trouver le bon concept, le bon moment.  

À contre-courant

« Après Bons baisers de France, pour être honnête, j’avais besoin de prendre une pause. Avant ça, j’avais animé La vie en Estrie et Deux filles le matin. Je faisais de la quotidienne depuis 17 ans. J’avais envie de vivre autre chose. Quand Dominique Chaloult m’a parlé d’une case horaire d’une heure, avec un seul invité, j’ai souhaité plonger. Il y a en moi un petit côté rebelle qui aime infiniment faire les choses un peu à contre-courant. Avec ce concept, on a le temps d’installer une discussion, de mettre les choses en contexte, de réfléchir. On a le temps de prendre le temps, en fait. Des émissions au cours desquelles on se permet ça, il n’y en a pas tellement. On est vraiment formaté pour du court et du punché, ce que je ne déteste pas, cela dit, mais disons que j’ai dû reprogrammer quelque chose, me réapproprier une autre façon de faire. » 

L’émission est enregistrée d’une traite, sans césure, au rythme de la discussion. Antoine Gratton, qui a composé le thème musical de l’émission, ponctue l’entrevue en apportant sa touche mélodique. 

Au début, l’équipe avait à l’esprit de varier les champs d’expertise de ses invités. Une humoriste, une animatrice, un acteur, un journaliste, un auteur, vous voyez l’idée.  

« Mais on a vite réalisé que même si, à un moment donné, la conversation glisse sur la profession d’un invité, ça reste un aspect plutôt secondaire. La posture de l’émission fait en sorte qu’on s’en va dans toutes sortes de direction, qu’on s’intéresse au parcours et à la personne dans ce qu’elle est plutôt que dans ce qu’elle fait. »  

Serge Denoncourt, Maripier Morin, Patrick Lagacé, Frédéric Lenoir, Virginie Fortin, Louis T., Mariana Mazza, Alain Vadeboncoeur sont quelques-uns des 20 invités qui sont venus se raconter autour d’un verre de vin. Le Sherbrookois David Goudreault, auteur, slameur et chroniqueur à La Tribune, a également passé une heure sur le chaleureux plateau. 

« Il a fait un slam en direct avec des mots que les gens lui suggéraient à la fin, c’est assez impressionnant! »

Des moments suspendus

Chacune des captations a donné lieu à de l’inattendu. À des moments suspendus. 

« On est dans un autre espace-temps. Peut-être, en partie, parce qu’on a tourné tard le soir. Notre réalisateur, Guillaume St-Arnaud, ne voulait pas de décor. Il souhaitait qu’on voie la ville, le soir, il voulait un drone pour tourner des séquences de l’extérieur. On a commencé le tournage en juin, alors que le crépuscule est plus tardif. On commençait un premier enregistrement à 21 h 30. Le temps de se réinstaller pour recevoir un deuxième invité, il était souvent tout près de 23 h, ce qui nous menait à terminer la captation après minuit. Le tournage de soir a installé une ambiance particulière, très intime, très relax. » 

Originalité bien pensée : l’émission s’ouvre sur une définition de l’invité écrite par un auteur choisi, différent chaque semaine.

La production comme telle est signée Pamplemousse Média, la boîte qu’ont lancée France Beaudoin et Nancy Charest il y a sept ans. Le saut en affaires a été salutaire pour l’animatrice, qui avait déjà tâté de la coproduction avec Attraction Images pour En direct de l’univers et Silence, on joue!

« Autant c’est difficile, vertigineux et précaire, autant ça m’a aussi amené une stabilité. Ça a libéré l’animatrice, en quelque sorte, parce que je n’attendais pas que le téléphone sonne. Je pouvais créer mes projets, les mettre en place. Même quand les idées ne se concrétisent pas, au moins, tu es dans l’action, tu n’es pas dans la vulnérabilité d’attendre qu’on veuille de toi. Moi, je voulais avoir le choix, provoquer des choses, les réaliser. Je voulais être responsable de mon bonheur. Et ça me fait beaucoup de bien parce que je ne pourrais pas faire une seule chose. J’aime pouvoir goûter au magazine social avec Banc public, dont le retour est d’ailleurs confirmé l’an prochain, autant que j’aime toucher au quiz télévisé avec Silence, on joue! et faire le gala Mammouth avec les jeunes. Chaque projet m’emmène dans des zones différentes et j’adore ça. »  

Arts et spectacles

Amour lettré et campagne tourmentée

« Love Letters » est une pièce qui semblait faite sur mesure pour l’actrice Maude Guérin et le poète Christian Vézina, tant l’un et l’autre partagent un même amour des mots, de la poésie et des planches. Les deux artistes, qui forment un couple dans la vie, avaient déjà multiplié les résidences de poésie, mais jamais encore ils n’avaient embrassé un tel projet théâtral où, ensemble sur scène, ils se donnent la réplique.

« En fait, c’est une idée qui nous a été soufflée par mon père. Il avait entendu parler de cette très belle création écrite par l’auteur américain A.R. Gurney, alors jouée par Gérard Depardieu et Anouk Aimée. C’est une œuvre qui a été incarnée par plusieurs duos et qui se promène à travers le monde », explique la comédienne. 

Le texte a ceci d’original qu’il est bâti sous forme d’une correspondance amoureuse sur plusieurs décennies. À l’heure où courriels et textos détrônent plumes et papiers, la proposition a quelque chose de joliment décalé et de joyeusement romantique.

« Ça se passe entre Andy et Mélissa, issus de deux milieux complètement différents. Elle, c’est une artiste assez déjantée qui vient d’un milieu bourgeois, tandis que lui, plus réservé et plutôt cérébral, passera par l’armée et deviendra député. On sent dans leur correspondance qu’ils se sont déjà vus une ou deux fois et qu’il y a eu une rencontre plus charnelle, mais sinon, tout se passe vraiment dans les lettres. »

La pièce repose entièrement sur les mots que l’un et l’autre font voyager dans des enveloppes timbrées. 

« C’est quelque chose qu’on ne fait à peu près plus aujourd’hui, écrire une lettre à la main. Lire à voix haute une correspondance, ça fait vibrer une petite corde nostalgique, mais ce qui est aussi très touchant dans la pièce, c’est de voir le trajet de vie qui se déploie. Ça commence alors que les personnages ont sept ans et qu’Andy accepte une invitation à un goûter d’anniversaire que Mélissa lui envoie et ça file jusqu’à la fin de leur vie, alors qu’ils ont passé le cap des 70 ans. À travers leur parcours, on sent qu’ils ont besoin l’un de l’autre. »  

« C’est très vivant comme texte, poursuit Maude Guérin. Très vibrant, aussi, je dirais. On a fait une toute petite mise en scène. On fait face au public, on ne s’adresse jamais à l’autre. C’est même une consigne de l’auteur de ne pas se regarder, de faire comme si on parcourait les phrases chacun chez soi. »

La pièce, présentée en fermeture des Correspondances d’Eastman, devrait vivre sur d’autres scènes. Déjà en automne, elle sera présentée à Longueuil, Shawinigan, La Tuque et Lotbinière. « On aimerait jouer cette création le plus souvent et le plus longtemps possible. »

En tournage dans le 5e rang

Aucune date n’est encore confirmée, mais il est « probable » que 5e rang, la nouvelle série télévisée signée Sylvie Lussier et Pierre Poirier (L’auberge du chien noir, 4 et demi), débarque au petit écran de Radio-Canada en janvier. Maude Guérin a hérité du personnage principal du téléroman campé dans le paysage rural de Saint-Chrysostome. 

« Je joue Marie-Luce Goulet, un beau personnage de femme forte, une mère qui a de la misère avec ses émotions parce qu’elle est seule pour tenir à bout de bras la ferme familiale. On vient de terminer le premier bloc de tournage. C’est une série qui va surprendre parce qu’elle nous promène dans un univers tout autre que celui auquel le duo d’auteurs nous a habitués. Pour eux, c’est un virage à 180 degrés. » 

À la réalisation et à la coproduction, Francis Leclerc a déjà annoncé qu’il voyait une facture visuelle plus près du cinéma que du téléroman. 

« Ce n’est vraiment pas un show urbain. C’est un suspense qui se passe sur une terre et qui met en scène une galerie de personnages attachants. » 

La série s’amorce avec la découverte d’un cadavre dans le parc à cochons. François Papineau, Catherine Brunet, Catherine Renaud, Martine Francke, Maxim Gaudette, Luc Senay et Simon Pigeon font partie de la distribution. Tout porte à croire que le feuilleton devrait s’enraciner au petit écran pendant quelques saisons...

« La production a acheté la ferme où on tourne. En soi, ça dit quelque chose », dit la comédienne qui a, en début d’été, dû renoncer à jouer Germaine, dans la production théâtrale Belles-Sœurs, pour se consacrer entièrement à ce nouveau projet télé.

Loyale

« J’ai trouvé ça difficile : je suis une actrice qui vient du théâtre, je suis quelqu’un de très loyal et c’est la première fois que je devais débarquer d’un projet. Mais je ne pouvais pas faire les deux. C’est la première fois que l’on m’offrait un premier rôle dans une série qui s’installe pour longtemps. Après Feux, qui a été un projet important dans mon parcours, j’avais le goût de me réinvestir au petit écran. »

On pourrait aussi revoir Maude Guérin au cinéma bientôt. Son expérience heureuse avec Chien de garde, qui lui a valu le prix de la meilleure interprétation féminine au dernier Gala Québec Cinéma, lui donne envie de récidiver au septième art.  

« J’ai en main le scénario que m’a envoyé un cinéaste de Toronto. C’est un beau rôle, un projet intéressant, j’ai bien envie de dire oui », résume celle pour qui les dernières années sont bonnes et bien remplies, professionnellement parlant.   

« C’est drôle parce que j’ai commencé à travailler très fort dans la quarantaine, à un âge où, souvent, les propositions sont moins nombreuses pour les comédiennes. Pour moi, c’est l’inverse qui se produit : on m’offre des personnages de plus en plus intéressants et on me donne beaucoup de liberté comme actrice. Ce que j’adore, parce que, mon but, dans ce métier, c’est de me transformer, de me cacher derrière les personnages, de jouer toutes sortes de choses. »

Vous voulez y aller?

Love Letters
Avec Maude Guérin et Christian Vézina
Dimanche 12 août, 14 h 30
Cabaret Eastman
Entrée : 26 $

Arts et spectacles

Un retour vers soi pour l'écrivaine Louise Simard

La vie ne s’arrête pas soudainement après le cap de la soixantaine, rappelle Louise Simard. Si elle est plutôt reconnue pour ses romans à saveur historique, l’auteure estrienne lance ce mois-ci son livre « L’autre saison », une histoire en partie policière, mais qui met en lumière l’automne mouvementé d’une sexagénaire d’aujourd’hui.

Au lendemain d’une paisible cueillette de champignons, l’héroïne, Marie, vit un dramatique événement qui apportera sa série de bouleversements. Mêlée à une enquête, elle ne peut s’empêcher de s’imprégner de ses propres questionnements. Tous les aspects de sa vie sont remués en tous sens.  

« Il y a un crime sans criminel, une enquête sans enquêteur, raconte Louise Simard. On va vraiment dans le quotidien et l’état d’âme de l’héroïne. C’est un livre sans prétention didactique ni littéraire. C’est un roman qui se présente comme ça. » 

« J’avais envie de mettre en scène quelqu’un de plus vieux, avoue-t-elle. Ce n’est pas vrai que plus rien n’arrive dans la soixantaine. On peut vivre des drames, des douleurs, des joies, on peut avoir une vie active... J’ai monté 52 montagnes l’année dernière. »  

Ni policier ni dramatique, L’autre saison est plutôt « à multiples tiroirs », comme l’avance l’Estrienne d’adoption. Installée à Stoke depuis 30 ans, elle s’est plu à imaginer le personnage principal se promener dans les Sentiers de l’Estrie. L’ouvrage laisse toutefois le lecteur libre de désigner ses propres lieux géographiques, note-t-elle. À chacun sa montagne.

Arts et spectacles

Voir Mario Pelchat, comme on rencontre un ami

« En toute intimité » : voilà l’intitulé du spectacle que Mario Pelchat offrira au Festival Saint-Zénon de Piopolis le 18 août prochain. « Un concert créé spécialement pour nous », se targue la présidente du Festival, Johanne Riopelle.

Le public peut s’attendre, en effet, à une certaine proximité avec cet artiste adulé, mais à moins d’artifices que lors de ses spectacles à grand déploiement (son hommage à Gilbert Bécaud par exemple) présentés dans des salles bien plus grandes que la petite église sympathique de Piopolis.

« Quand je pars en tournée, c’est que j’ai un show monté, tel le spectacle qui, actuellement, fait le tour de ma carrière, avec une mise en scène, plusieurs musiciens, beaucoup d’effectifs. À la tournée précédente, nous étions douze sur scène, avec neuf musiciens. J’aime en donner pour leur argent à ceux qui viennent de partout pour m’entendre, leur en mettre plein la vue et plein les oreilles », décrit avec passion Mario Pelchat.

« Mais il y a des gens qui m’ont fait savoir qu’ils préféraient quand c’est moins ample, quand le spectacle se concentre sur l’artiste, plus intimement, avec moins de mise en scène. Cela m’a surpris, mais je veux satisfaire mon public… »

« À Piopolis, où ce sera la première fois que je vais aller, ce sera plus intime, avec seulement deux ou trois musiciens. Je trouve ça plus exigeant. Ça plaît au public, mais c’est déstabilisant pour l’artiste. J’ai l’impression que je dois travailler un peu plus fort, avec moins d’éclairages, moins de mise en scène. Ce sera un beau moment, car le public a moins de distractions. On se livre presque nu au public, lequel peut scruter davantage tout ce que fait l’artiste. »

Le talent des autres

Mario Pelchat a accroché plusieurs cordes à son arc. Il a créé la maison de production Mp3 disques, d’abord pour se produire lui-même, et Mp3 spectacles, ce qui lui a apporté une liberté de création et une indépendance personnelle par rapport aux grandes maisons comme SONY, son ancienne étiquette. Puis il a ouvert ses portes à d’autres artistes en qui il croyait.

« J’ai toujours carburé au talent des autres. J’étais admiratif. J’ai voulu les aider. Dès 18 ans, j’ai amené avec moi en tournée une jeune artiste, car elle avait peu de moyens de se faire valoir, malgré son talent. En prenant de l’expérience et en apprenant les rouages du métier, je me suis assumé. J’ai voulu en faire profiter d’autres artistes, comme Cindy Daniel, la première que j’ai signée, puis Nadja, qui a vendu 160 000 albums, et Paul Daraîche, à qui on a donné plus de rayonnement dans sa carrière et qui a connu ensuite des années extraordinaires, avec des ventes de 220 000 albums, au total, de ses trois CD. Actuellement, les 2Frères connaissent un grand succès... Chaque fois, c’est parce que j’aime les artistes et que je veux leur donner les moyens de se faire valoir dans les meilleures conditions », assure Mario Pelchat.

Premières cuvées

Il s’est aussi lancé dans le métier de vigneron. Ses vignes, situées dans le nord de Montréal, ont commencé à produire un vin rosé, puis un vin blanc, qu’il embouteille actuellement, et deux rouges, qui sont prévus pour septembre.

« Au Domaine Pelchat Lemaître-Auger, nous cultivons neuf cépages, dans un premier temps à petit volume. Les points de vente, qui seront publicisés plus tard, ne seront pas nombreux pour commencer, même si nous visons éventuellement de nous retrouver à la Société des alcools du Québec, bien sûr! » confie-t-il.

Oui, Mario Pelchat a une associée Lemaître-Auger, qui n’est nulle autre que son épouse Claire, dans cette aventure palpitante.

« J’ai des projets, ça n’arrête pas! Je carbure aux projets! » s’exclame-t-il.

Des projets, entre autres, pour ses vins, pour le nouvel album de Paul Daraîche qui sortira le 14 septembre, puis le troisième album de la série à grand succès Les prêtres, qui a déjà 110 000 exemplaires de vendus… Tous des projets qui entretiennent son enthousiasme débordant.

Vous voulez y aller?

En toute intimité
Mario Pelchat
Samedi 18 août, 20 h
Église Saint-Zénon de Piopolis
Entrée : 40 $ (gratuit pour les 12 ans et moins)

Arts et spectacles

Chanson de circonstance

Quelle chanson écouterez-vous pour les 60 ans de Madonna jeudi prochain?

Avec ses 36 ans de carrière, ce n’est pas le choix qui manque. Opterez-vous, comme nous sommes en vacances, pour Holiday? Ou Like a Virgin, la chanson qui l’a propulsée au sommet, avec son tigre à Venise? La très jet-set Vogue? Justify My Love ou Erotica, dont les clips avaient été censurés à l’époque? Son irrésistible bouge-petons Hung Up échafaudé sur une mélodie d’Abba? 

Et que diriez-vous de Ray of Light, cette chanson dans laquelle « plus vite que la vitesse de la lumière, elle vole / Essayant de se rappeler où tout ça a commencé / Elle s’est trouvée un morceau de paradis [...] / Et je me sens comme à la maison […] / Plus vite qu’un rayon de lumière […] / Elle s’est trouvée un univers ». Vous ne trouvez pas que ça ressemble parfaitement à toute la liberté que vit et suscite la reine de la pop?

Ray of Light
Madonna
Ray of Light (1998)