Le tracé de la voie de contournement de Lac-Mégantic (en vert) touche 44 propriétaires pour quelque 80 terrains.

Négocier d’une seule voix

Les négociations avec les propriétaires qui seront affectés par le tracé de la voie de contournement à Lac-Mégantic ne vont pas tarder à s’enclencher. L’Union des producteurs agricoles de l’Estrie (UPA) et le Syndicat des producteurs forestiers du sud du Québec (SPFSQ) souhaitent s’unir pour négocier d’une seule et unique voix au nom de la quarantaine de propriétaires.

« Le gouvernement a fortement laissé entendre qu’il souhaitait négocier de gré à gré avec chacun des propriétaires et dans ces situations, ces derniers sont assez démunis, admet André Roy, président du SPFSQ. C’est la norme depuis quelques années au Québec de négocier collectivement lorsqu’un projet d’infrastructure publique touche des dizaines de propriétaires. Il y a eu des ententes au rabais et les propriétaires se sont drôlement fait avoir il y a une quinzaine d’années lors de l’installation des premières éoliennes. Les ententes sérieuses ont commencé quand les syndicats s’en sont mêlés. »

Selon le ministre des Transports Marc Garneau, les autorités fédérales s’entendront bientôt avec les 44 propriétaires qui devront céder les quelque 80 terrains visés par le tracé de voie de contournement. M. Garneau a bon espoir que les travaux seront terminés d’ici 2022.

Cette négociation commune permettrait aux propriétaires de se battre à armes égales avec le gouvernement, selon François Bourassa, président de l’UPA-Estrie.

« D’un côté, il y a le gouvernement avec des avocats bien préparés et de l’autre, il y a un producteur assis à sa table de cuisine sans avocat, déplore-t-il. Il est préférable qu’on se regroupe. Lorsque le tracé officiel sera en place, on va contacter les producteurs affectés et on va leur présenter notre service. Ils sont libres d’adhérer ou non. »

« Ce que l’on va fort probablement faire, c’est de prendre deux ou trois propriétaires et les admettre au sein du comité de négociation pour s’assurer de la transparence du processus et que la confiance va demeurer », précise André Roy.

M. Bourassa souligne que ce sont souvent les petits détails qui viennent causer des problèmes à la suite de l’entente.

« Si la voie ferrée passe au centre d’une ferme par exemple et qu’il y a des champs de chaque côté, on ne veut pas que dans un an ou deux le producteur ait à payer pour traverser comme c’est le cas depuis peu pour les motoneigistes et les véhicules tout-terrain qui doivent payer pour traverser une voie ferrée. Il y a plusieurs petites choses comme ça qui sont à vérifier. On souhaite que ça se fasse dans l’harmonie. Ça ne se fera pas sans qu’il y ait des inconvénients pour certaines municipalités et certains producteurs. On espère minimiser ces inconvénients. »

Au-delà de la valeur marchande


Pour André Roy, l’un des points essentiels des négociations est d’aller au-delà de la valeur marchande des propriétés.

« Il y a beaucoup d’autres éléments à prendre en compte dans une négociation que simplement la valeur marchande, indique-t-il. On sait que le tracé va traverser quelques érablières. La valeur marchande est d’environ 100 $ l’entaille, mais il se peut que les érables autour de la voie se dessèchent à cause des changements. Il faut tenir compte des pertes de productions futures et aussi des inconvénients subis par les propriétaires parce qu’ils vont vivre le reste de leur jour avec ces infrastructures-là. Ce n’est pas réaliste de se baser uniquement sur la valeur marchande. »

L’un de ces propriétaires, Michel Dallaire, peinait à contenir sa colère vendredi en racontant aux journalistes que la nouvelle voie couperait sa terre en deux.

« Ma terre est finie, elle ne vaut plus rien, s’est plaint M. Dallaire, qui possède le lot depuis 17 ans. Je ne suis pas gros, mais ça va prendre un bulldozer pour me faire bouger de là. »

Durant son allocution vendredi, Justin Trudeau a reconnu qu’il était impossible de trouver une solution plaisant à tout le monde.

« Lorsque l’on déplace une voie ferrée, on la déplace d’un endroit vers un autre. Il y a des terres privées partout autour de la ville et il est clair que la nouvelle voie aura un impact sur certaines personnes, a-t-il indiqué. Mais nous croyons avoir choisi le meilleur chemin pour aller de l’avant. »

Ottawa est aussi parvenu à une entente avec le promoteur du projet, Central Maine & Quebec Railway. L’entreprise ferroviaire, née des ruines de la Montreal Maine and Atlantic (MMA), exploitera la nouvelle infrastructure, dont elle sera également propriétaire, selon le cabinet du premier ministre Trudeau.