Ciment Saint-Marys a annoncé le 17 septembre son projet de remplacement partiel du combustible utilisé dans ses fours, le très polluant coke de pétrole en l’occurrence, par un ensemble comprenant la biomasse forestière, des résidus de construction et des plastiques non-recyclables.
L’initiative nécessiterait un investissement de 80 millions $, et le but est de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES), attribuables spécifiquement à l’exploitation de la cimenterie gaspésienne. C’est un volume de 520 000 tonnes de GES par an dégagé spécifiquement par la production de clinker, la première étape de production de ciment.
Le porte-parole d’Éco baie des Chaleurs, Jean-Marc Beaulieu, croit que le projet de Ciment Saint-Marys, tel qu’il a été exposé publiquement jusqu’à maintenant, n’entraînera aucune réduction de GES dans l’atmosphère à court, moyen et dans une certaine mesure à long terme.
«La compagnie veut remplacer le coke de pétrole par des combustibles à basse teneur en carbone. Ça prendra davantage de biomasse forestière pour arriver à la même chaleur. C’est de l’écoblanchiment.»
— Jean-Marc Beaulieu, porte-parole d’Éco baie des Chaleurs
«C’est illogique, avec une cimenterie; ça prend un combustible dégageant beaucoup de chaleur. Ce n’est pas pour rien qu’ils prennent du coke de pétrole; c’est le combustible qui produit le plus de chaleur», poursuit M. Beaulieu.

«Selon une étude du Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick, ça prend 30 à 40 ans avant que le CO2 soit récupéré par la nature. C’est un calcul bancal que de penser que la baisse est immédiate. [...] Il y aura réduction dans 30 ou 40 ans, si ce n’est pas plus, à condition qu’il n’y ait pas de feu de forêt majeur!», enchaîne-t-il.
Le ministère évaluera, mais sans audiences publiques
Ciment Saint-Marys a exposé les grandes lignes de son projet de substitution de carburant au ministère de l’Environnement le 11 septembre, lors d’une rencontre d’information.
«Selon les informations transmises à ce jour, l’introduction de combustibles alternatifs dans une cimenterie existante, sans augmentation de la capacité de production, constitue une modification d’un procédé industriel déjà autorisé. Un tel projet relève donc du régime d’autorisation ministérielle», précise par écrit Ghizlane Bedaoui, porte-parole du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.
Elle ajoute que «le remplacement d’un combustible fossile par un combustible alternatif dans l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) n’entraîne pas automatiquement l’assujettissement d’une cimenterie à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement. En fonction de l’information dont dispose le Ministère, le projet ne serait pas assujetti» à cette procédure d’évaluation.
C’est cette même procédure d’évaluation, incluant des audiences publiques, que réclame Jean-Marc Beaulieu, qui souhaite que les plus récents travaux en matière de réduction de gaz à effet de serre découlant de la combustion de biomasse forestière soient exposés à la population.
Ciment Saint-Marys a présenté son projet à la presse régionale le 17 septembre et à la population locale le lendemain.
Un premier dossier incomplet
Trois semaines après avoir exposé au ministère de l’Environnement les grandes lignes du projet de substitution de carburant, le 11 septembre, Ciment Saint-Marys a déposé une demande d’autorisation d’inclusion de biomasse forestière, de résidus de construction et de plastiques non-récupérables à ce même ministère.
«Le Ministère a reçu une demande d’autorisation le 2 octobre 2026, celle-ci a toutefois été jugée non-recevable étant donné qu’elle était incomplète», précise Ghizlane Bedaoui, en réponse aux questions du Soleil.
S’occupant du dossier de Ciment Saint-Marys, Justin Meloche, du cabinet de relations publiques National, précise que la cimenterie déposera de nouveaux documents «d’ici une à deux semaines» au ministère de l’Environnement, afin de fournir «certaines informations ou documents [n’ayant] pas été considérés»,
M. Meloche note par ailleurs ne pas avoir pris connaissance de l’étude du Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick faisant état d’une période d’au moins 30 ans avant que la combustion de biomasse forestière à des fins industrielles se traduise par une réduction des GES.
Une entrée en exploitation au début de 2030
En septembre, la direction de Ciment Saint-Marys a indiqué vouloir entamer la construction d’un nouveau bâtiment servant au séchage des combustibles de substitution avant la fin de 2027, dans un contexte idéal.
Il faudra un peu plus d’un an pour construire ce bâtiment, un convoyeur vers la tour de production de clinker et un conduit pour que le surplus de chaleur de cette tour serve à sécher les combustibles de substitution. Il faudra quelques mois de plus de réaliser des essais avec ces installations, le tout dans le but d’être prêt à la fin de 2029 et mettre en branle le nouveau complexe au début de 2030.
En septembre, Mathieu Heppell, directeur des ressources humaines à Ciment Saint-Marys, a précisé que la compagnie n’acheminera pas de déchets ou du caoutchouc, donc pas de pneus, pour alimenter ses nouvelles installations.
La cimenterie de Port-Daniel jouit d’une capacité de production de 2 millions de tonnes de ciment par an, mais elle produit actuellement environ 1,6 million de tonnes. Ce volume est appelé à augmenter en fonction de l’entrée en exploitation d’un nouveau terminal de réception de ciment à Baltimore, aux États-Unis.
Lorsqu’elle aura atteint sa pleine capacité, c’est-à-dire en fonction d’une production de ciment de 2 millions de tonnes par an, l’usine de Port-Daniel devrait consommer 200 000 tonnes de coke de pétrole. L’usine produit actuellement 1.6 million de tonnes de ciment par an.
En fonction d’une production de 2 millions de tonnes, Ciment Saint Marys envisage de retrancher 40 000 tonnes de son approvisionnement en coke de pétrole avoisinant 200 000 tonnes par an. Si elle arrive à retrancher ce volume de 20%, elle pourrait réduire d’une même proportion les 518 000 tonnes de GES dégagés par la production de clinker, soit un peu plus de 100 000 tonnes, tout ça si les appréhensions d’Éco baie des Chaleurs ne se concrétisent pas.
Il faudra 80 000 tonnes de résidus pour remplacer 40 000 tonnes de coke de pétrole, le rapport d’efficacité de combustion étant de deux pour un, affirmait en septembre le directeur de la cimenterie, Philippe Marceau.
Le projet de 80 millions $ est mené en fonction d’un partenariat avec le Migmawei, Mawiomi Business Corporation, regroupant les trois communautés mi’gmaq de la Gaspésie.

