Le changement est majeur pour les entreprises touristiques, qui souhaitent être rassurées rapidement quant à la place qui leur sera accordée dans les priorités gouvernementales.
Au lendemain de la nomination du Conseil des ministres, l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ) ne cachait pas son étonnement. Les dossiers qui touchent au tourisme sont désormais confiés au nouveau ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Énergie, Stéphane Paquet.
Tourisme Cantons-de-l’Est (TCE) joint sa voix à celle de l’Alliance «pour demander au gouvernement de préciser rapidement la gouvernance du portefeuille touristique».
«Nous sommes sous le choc. Le tourisme a toujours eu une représentation ministérielle québécoise depuis 1963. Du jour au lendemain, on se retrouve sans ministre du Tourisme. Il s’agit d’un changement majeur, qui soulève beaucoup d’inquiétudes», souligne Shanny Hallé, directrice en représentation et communications, et porte-parole officielle de Tourisme Cantons-de-l’Est.
TCE prend acte de la nomination de Juliette Champagne, à titre de sous-ministre associée responsable du Tourisme.
L’organisation régionale souhaite toutefois obtenir quelques précisions «sur le leadership politique qui défendra les intérêts de l’industrie au Conseil des ministres du Québec, la continuité des programmes et des investissements, ainsi que la place réservée aux régions dans les décisions gouvernementales».

Le ministre répond
Le ministre Stéphane Paquet a voulu rassurer l’industrie touristique, mercredi, dans une publication X. Il assure que le tourisme fera partie intégrante de sa stratégie pour le développement économique.
Beaucoup de choses circulent depuis hier sur le min. du Tourisme. Je tiens à rassurer les gens de l'industrie: j'ai sous ma responsabilité de m'occuper de ce dossier important pour notre économie et il fera partie intégrante de ma stratégie pour le dévot économique du Québec…
— Stéphane Paquet (@stefpaquet) October 22, 2026
«Le choix a été fait d’unir les deux dossiers [NDLR: tourisme et développement économique], puisque le tourisme est intimement lié à l’activité économique, notamment dans plusieurs régions. Comme nous l’avons promis, nous souhaitons aussi simplifier et rendre plus cohérentes les opérations en réduisant la taille du gouvernement. Je rencontrerai prochainement les groupes et organisations de l’industrie à ce sujet», ajoute le ministre péquiste.
«Si le ministre souhaite déjà rencontrer les acteurs du domaine, c’est une excellente nouvelle. En fait, le rattachement au ministère du Développement économique peut certainement représenter de belles possibilités pour le tourisme. Mais la nouvelle structure reste à préciser», soutient Mme Hallé.
Elle rappelle que, dans les Cantons-de-l’Est, le tourisme représente plus de 1350 entreprises et près de 20 000 emplois. L’industrie touristique régionale génère 1,3 milliard de dollars en dépenses annuelles, toutes provenances confondues.
Le tourisme «importe du nouveau dollar au Québec, qui est réinvesti localement au profit des entreprises et des communautés», insiste la porte-parole de TCE.
Elle ajoute que le tourisme ne touche pas uniquement le développement économique, mais notamment la culture, le sport, le loisir, la vitalité et la qualité de vie des citoyens.
Une majorité satisfaite
La saison estivale se termine avec un bilan positif, mais contrasté, en Estrie.
Selon un bilan dévoilé tout récemment, 85 % des entreprises sondées se disent satisfaites ou très satisfaites de la dernière saison estivale. Et les revenus d’hébergement ont progressé de 5,4 % au troisième trimestre (juillet à septembre).
Quant à elles, les dépenses touristiques ont atteint 337,1 millions de dollars de juin à septembre. Celles-ci affichent néanmoins un léger recul, de 2 %, par rapport à 2025.
Un sondage est mené chaque année pour les saisons estivales et hivernales. Cette fois, TCE a obtenu les réponses de 152 entreprises, de neuf MRC de l’Estrie.
Près de la moitié (49 %) rapportent une hausse d’achalandage par rapport à 2025. Notons que 25 % des entreprises ont connu une fréquentation stable. Parmi les influenceurs: les conditions météorologiques et le contexte géopolitique actuel.
«Il y a beaucoup d’indicateurs à regarder! Une saison peut être généralement positive, mais, on doit le préciser, ce n’est pas tous les secteurs et marchés qui connaissent la même progression.»
— Shanny Hallé, porte-parole de Tourisme Cantons-de-l'Est
L’évolution différente des marchés
Les données préliminaires de Destination Canada en témoignent. Les dépenses touristiques globales dans les Cantons-de-l’Est affichent un léger recul de 2 % de juin à septembre 2026.
Selon TCE, la clientèle québécoise «demeure le principal marché de la destination, représentant 69 % des 337,1 millions dépensés dans la région durant cette période».
Les résultats varient selon les marchés. Les dépenses de la clientèle ontarienne ont diminué de 11 % par rapport à 2025. Du côté américain, ils ont progressé de 4 % durant la période estivale, avec une hausse de 14 % observée en août.
«Au niveau provincial, on s’est attendu à une normalisation, puisque l’année 2025 a été exceptionnelle pour le marché ontarien. Dans notre région, ça va mériter une réflexion, une analyse supplémentaire, puisque notre croissance a été plus modeste l’année dernière. Les résultats seront suivis, analysés.»
— Shanny Hallé, à propos du tourisme ontarien
Les habitudes changent...
Une tendance observée depuis plusieurs saisons semble s’accentuer. Plusieurs entreprises rapportent des réservations de dernière minute, parfois moins d’une semaine avant l’arrivée, entre autres en raison des prévisions météo.
Certains des répondants observent des séjours plus courts, et une dépense moyenne moins élevée. Ce constat démontre l’importance d’offrir une offre «diversifiée, adaptée à différentes façons de voyager et à différents budgets», note TCE.
La situation économique n’épargne donc personne. Parmi les défis, le domaine touristique doit faire avec la hausse des coûts d’exploitation, la visibilité et l’attractivité ainsi que la disponibilité de la main-d’œuvre.

Les retombées à maximiser
Les résultats de la saison rappellent l’importance d’encourager les visiteurs à prolonger leurs séjours dans la région, et à découvrir toute sa diversité. «Une nuitée supplémentaire peut notamment être l’occasion de visiter un restaurant, un producteur, un commerce ou un attrait dans un autre secteur touristique de la région», insistent les responsables de Tourisme Cantons-de-l’Est.

Au-delà de la promotion, l’équipe poursuit les efforts pour améliorer l’accueil des visiteurs et soutenir le développement d’une nouvelle offre touristique, notamment en vélo, en culture ou en expériences gourmandes.
«Oui, on parle des dépenses des visiteurs, mais le développement touristique, ça contribue à améliorer la qualité de vie des gens qui habitent dans les Cantons-de-l’Est. [...] Un sentier, un parcours cyclable, une activité culturelle... ces expériences et ces infrastructures profitent non seulement aux touristes, mais à toute la communauté», rappelle la porte-parole.


