La gestion de l’offre vole la vedette au premier débat estrien

Les candidats de Compton-Stanstead ont débattu lundi soir.

Qui protègera le plus la gestion de l’offre? Le premier débat estrien de la campagne fédérale, tenu dans Compton-Stanstead, a surtout mené à une surenchère des différents candidats sur cette question et forcé la candidate libérale, Marianne Dandurand, à défendre le bilan de son parti.


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Le débat, organisé à Coaticook par CIGN FM, le Progrès de Coaticook, la Chambre de commerce et d’industrie et la Corporation de développement communautaire de l’endroit, opposait Mme Dandurand, le candidat conservateur Jacques Painchaud, la candidate bloquiste Nathalie Bresse et le candidat du Parti vert Sébastien Tremblay.

Le ton a été plutôt convenu lors de l’exercice qui a duré environ deux heures. Le format n’a pas nécessairement permis d’échanges directs entre les candidats, qui ont la plupart du temps rappelé des éléments du programme de leur parti.

Dès le départ, la question de la gestion de l’offre a suscité les discussions les plus intéressantes. Compton-Stanstead est l’une des circonscriptions les plus laitières au Canada.

Tous les candidats présents ont assuré qu’ils défendraient ce principe, tant et si bien que le débat a plutôt servi à déterminer qui en ferait le plus pour la gestion de l’offre.

Mme Bresse a réaffirmé l’engagement de son parti de déposer un projet de loi qui viendrait protéger ce dispositif, chose qui avait été faite dans un précédent mandat, alors que la loi n’avait pas passé l’étape de l’approbation au Sénat.



«Redéposer la loi va permettre de colmater les brèches ouvertes par les libéraux» dans les différentes négociations de libre-échange des dernières années, a argué Mme Bresse.

Nathalie Bresse (BQ), Marianne Dandurand (PLC), Jacques Painchaud (PCC) et Sébastien Tremblay (PVC).

En réponse, Mme Dandurand a assuré que son parti va «appuyer à nouveau» un projet de loi de la sorte. Elle ne croit toutefois pas qu’une loi soit la meilleure manière de protéger la gestion de l’offre, mais bien un «engagement ferme».

«Je vais dire quelque chose de bien triste: un projet de loi se renverse avec un autre projet de loi. Le jour où on aura un gouvernement qui sera peut-être conservateur et que la moitié des députés conservateurs vont voter contre la loi, je ne sais pas ce qu’elle va valoir comparativement à l’engagement ferme de M. Carney et de l’ensemble des députés libéraux», a indiqué la candidate libérale.

Jacques Painchaud a quant à lui estimé qu’il fallait «s’assurer d’être équitable» entre les différents secteurs de l’économie dans les négociations commerciales, faisant écho aux doléances des producteurs laitiers qui jugent avoir payé le prix le plus dur dans les dernières négociations de l’ACÉUM.

«On va protéger la gestion de l’offre. [...] Je ne vois pas le Parti libéral faire quelque chose pour ça. On doit changer de cap», a-t-il affirmé.

De son côté, Sébastien Tremblay a assuré que la gestion de l’offre «fait partie des valeurs vertes», car elle valorise l’autonomie des différentes communautés et des producteurs.

«On n’a pas à s’inquiéter, car 100 % des candidats ici veulent protéger la gestion de l’offre!» a ironisé l’animateur du débat lors de la fin de ce segment.

Messages à passer

Autrement, les candidats se sont montrés bons défenseurs des priorités de leur formation respective, réchauffant les différentes promesses de leur parti sur les thèmes du logement, des finances publiques, de l’immigration, de l’environnement, de l’accès à la propriété ou du transport en commun.

Surtout, ils ont profité des premiers instants du débat pour caser très clairement le message que chacun voulait passer.

Marianne Dandurand a par exemple commencé le débat en rappelant l’«inquiétude» que soulève la situation avec Donald Trump. Elle a toutefois martelé tout au long du débat que l’expérience de banquier de son chef, Mark Carney, aiderait les Canadiens à s’en sortir.

La gestion de l'offre, régime sous lequel est placée la production laitière au Québec, suscite les passions dans Compton-Stanstead.

La candidate a d’ailleurs répété à maintes reprises que son parti allait «continuer» ses actions amorcées dans différents dossiers, par exemple le déploiement d’Internet haute vitesse ou les mesures d’aide pour les premiers acheteurs d’une maison.

En réponse à cet argument, Jacques Painchaud et Nathalie Bresse ont rapidement dépeint cette élection comme un référendum sur les 10 dernières années de règne libéral.

«C’est une élection excessivement importante. Je crois qu’il doit y avoir une reconnaissance d’imputabilité sur le parcours des dernières années du Parti libéral», a noté le candidat conservateur, plaidant tout au long du débat pour une réduction de la bureaucratie fédérale et une décentralisation des décisions.

Mme Bresse a pour sa part évoqué que le Bloc est en quelque sorte un chien de garde pour les intérêts du Québec, qui permettrait d’assurer une vigie du prochain gouvernement, qu’il soit rouge ou bleu.

Sébastien Tremblay a quant à lui livré un plaidoyer pour une solution de rechange aux partis traditionnels.

«On le sait qu’on ne fait pas de grands pourcentages au Parti vert. [...] Ce qu’on souhaite, c’est un beau gouvernement minoritaire et la meilleure façon de l’avoir, c’est de voter pour un autre parti qu’un parti de pouvoir. On les a déjà essayés, les partis de pouvoir. Le Parti vert ferait autrement, c’est une garantie. On n’a jamais brisé de promesse!» a-t-il lancé, suscitant un rire général.

La foule était d’ailleurs nombreuse au bar l’Épervier de Coaticook. Environ 130 personnes, d’âges assez variés, ont passé leur lundi soir ensoleillé à écouter les candidats de Compton-Stanstead parler de politique.

La candidate du NPD, Valérie Laliberté, n’était pas présente. Sa candidature a été rendue publique par le parti il y a à peine quelques jours.

Anthony Ouellet

Anthony Ouellet, La Tribune

Anthony Ouellet est journaliste pour La Tribune depuis avril 2021. Chibougamois d'origine, il traite principalement les dossiers liés à la santé et à la politique provinciale, tout en demeurant intéressé à travailler sur tous les autres types de sujets, des faits divers aux sports, en passant par les affaires municipales.