Le Val-Saint-François devance les projets en énergies renouvelables

Une séance d'information sur les énergies renouvelables dans le Val-Saint-François a eu lieu.

Pas question de se faire prendre au dépourvu devant un projet de production d’énergie renouvelable dans le Val-Saint-François. Alors que plusieurs secteurs sont convoités par des promoteurs éoliens en Estrie, la MRC prépare ses critères d’accueil pour encadrer la production d’énergie de tous types.


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Solaire, éolien, gaz non fossiles, géothermie, biomasse, les sources d’énergie potentiellement exploitables sont nombreuses. Avec l’objectif de Québec de décarboner l’économie et de produire davantage d’énergie d’ici 2035, les producteurs seront nombreux à soumettre des projets.

«La MRC a décidé d’entamer une réflexion. On n’est pas en train de réagir devant un promoteur. On se prépare en amont parce qu’on ne veut pas subir les projets, mais plutôt être des partenaires actifs selon nos conditions», dit le préfet et maire de Valcourt Pierre Tétrault, qui observe depuis quelque temps des MRC estriennes qui cherchent à prendre position devant des promoteurs éoliens.

Le préfet de la MRC du Val-Saint-François et maire de Valcourt veut que la MRC établisse ses critères d'implantation en amont des projets en énergie renouvelable.

«On veut se préparer, bien informer et établir nos règles. C’est l’expérience de nos voisins et d’autres MRC qui ont subi la pression de promoteurs qui voulaient démarrer rapidement, qui nous pousse à faire cette démarche. On veut prendre notre temps. Les éoliennes, on ne connait pas ça. Se faire pousser un projet dans la gorge et essayer de convaincre des citoyens? C’est non.» Le préfet ajoute qu’il faut aussi présenter à la population d’autres types d’énergies renouvelables pouvant être produites dans la région.

Un guide pour les producteurs d’énergie

Un guide sera produit à l’attention des promoteurs, lequel contiendra le positionnement de la MRC, les conditions d’intégration des projets et des spécifications techniques. Un atelier participatif sera ouvert à la population en octobre, afin de déterminer les conditions d’implantation. Le guide devrait paraitre en février 2025. D’ici là, la MRC s’engage à publier et vulgariser l’information qu’elle détient sur le sujet sur son site web.



La MRC du Val-Saint-François possède déjà un cadre normatif pour régir l’implantation d’éoliennes depuis 2007. Celui-ci a été élaboré à la suite des premières vagues de projets du genre dans le sud du Québec sans que l’un d’eux ne se réalise. Or, la réflexion se poursuit et s’élargit à d’autres types d’énergie.

Plusieurs experts du domaine de l'énergie étaient présents lors de la séance d'information.

Informer la population

Jeudi, une séance d’information organisée par la MRC avec comme invités Hydro-Québec, des producteurs d’énergie et des instances scientifiques et éducatives a permis d’exposer la démarche de la MRC et de mettre la population en contact avec de nombreuses sources d’information.

Hydro-Québec a ensuite présenté son plan d’action 2035 «Vers un Québec décarboné et prospère». Avec une stratégie visant à doubler l’efficacité énergétique, tripler la capacité de production éolienne et l’ajout de lignes de transport vers le sud, la société d’État promet d’être davantage impliquée dans les projets partout au Québec.

Selon le directeur de conception intégrée et optimale chez Hydro-Québec, Benoit Delourme, il faudra davantage d’électricité parce que les transports s’électrifient, les bâtiments délaisseront le mazout et le gaz naturel, les pratiques industrielles feront de même et la croissance économique va se poursuivre. Hydro-Québec prévoit accompagner les projets privés et devenir maitre d’œuvre de projets d’envergure en éolien sur les territoires publics du Nord.

Les représentants d'Hydro-Québec Benoit Delourme et Sébastien Martineau ont présenté le plan d'action 2035 de la société d'État.

La MRC de Coaticook reprochait la veille à Hydro-Québec de ne pas l’accompagner suffisamment dans les projets éoliens et demandait davantage de support. La situation va changer, assure le conseiller aux relations avec le milieu Estrie-Montérégie chez Hydro-Québec, Sébastien Martineau.

«Ce n’est pas une demande spécifique à Coaticook. Dans les derniers mois, beaucoup de MRC ont vécu [difficilement] le dernier appel d’offres. Le préfet de la MRC des Sources a dit à Michael Sabia s’être senti abandonné par Hydro-Québec. Effectivement, jusqu’à maintenant, Hydro-Québec préparait et lançait l’appel d’offres, laissait le promoteur aller chercher l’acceptabilité sociale [...] et prenait l’énergie qui sort et la branchait dans le réseau. On était peu présents. Dans le dernier projet déposé il y a deux semaines, Michael Sabia a très bien dit que l’acceptabilité sociale doit être au cœur des projets et qu’Hydro-Québec va être là davantage pour y participer. Notre présence aujourd’hui en est un exemple. [...] Tout ceci est neuf, mais comme le prochain appel d’offres n’est pas encore annoncé, on a le temps de s’asseoir avec les différentes MRC pour définir le rôle d’Hydro-Québec. »

Le conseiller aux relations avec le milieu pour Hydro-Québec, Sébastien Martineau assure que son organisation sera davantage présente pour informer la population à partir de maintenant.

Prospection active

Malgré la précaution de la MRC du Val-Saint-François, les promoteurs sont bien actifs en vue du prochain appel d’offres. Certains citoyens ont été approchés pour sonder leur ouverture à accueillir des éoliennes sur le terrain.

C’est le cas d’Alexandre Paris de Cleveland, qui s’est fait offrir des sommes d’argent pour son appui par la compagnie Blue Energy, selon son niveau de collaboration au projet.

«Ils nous demandaient de signer une lettre d’intérêt qui n’engageait à rien, mais qui rapporterait 500 $ par année pour la durée du projet, pour autant que le projet se réalise, qu’il y ait une éolienne ou pas chez nous.»

—  Alexandre Paris

Si assez de lettres d’intérêt étaient signées, la compagnie projetait d’installer des tours de mesure de vent à certains endroits, contre une rémunération supplémentaire. Puis, pour l’installation d’une éolienne, la redevance pouvait monter à plus de 5000 $ annuellement, rapporte le citoyen.

Alexandre Paris de Cleveland a été approché par un promoteur pour signifier sont intérêt.

«Je les ai écoutés pour comprendre leur approche. [...] J’ai été surpris par les montants proposés. C’est beaucoup de frais pour un projet, mais ça peut être alléchant pour certaines personnes. [...]Je pense que c’est nécessaire que la MRC fasse sa démarche. Une éolienne, on va la voir à des kilomètres à la ronde, il faut que de tels projets découlent de choix collectifs.»

Le préfet Pierre Tétrault est au courant de la situation de prospection.

«C’est correct que les citoyens soient approchés par des promoteurs. Ils veulent voir s’il y a un potentiel d’acceptabilité et au niveau énergétique. Mais nous on veut que tout soit fait en connaissance de cause et sans pression. »

La directrice générale de la MRC du Val-Saint-François Geneviève Giasson recommande aux citoyens d’attendre avant de signer toute entente avec des promoteurs.

Ariane Aubert Bonn

Ariane Aubert Bonn, Initiative de journalisme local

Ariane Aubert Bonn est journaliste à la couverture régionale dans toute l’Estrie pour La Tribune.