Chaucidou: le MTQ ne veut pas «mettre des bâtons dans les roues de Bromont»

Le projet de chaucidou de Bromont, une première au Québec, ne cadre pas avec plusieurs règles du Code de la sécurité routière provincial, souligne le MTQ. On voit ici un aménagement réalisé en Europe.

Mis récemment sur la glace quelques jours avant son lancement à la demande du ministère des Transports du Québec (MTQ), le projet pilote de chaussée à circulation douce (chaucidou) de Bromont, une première à travers la province, pourra-t-il être relancé? Malgré cet obstacle inopiné, la Ville ne compte pas baisser les bras, souhaitant trouver une voie de passage de concert avec le MTQ.


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Le projet d’aménagement d’une chaucidou a été dévoilé par La Voix de l’Est en mai dernier. Le MTQ aurait toutefois demandé à ce que l’initiative soit reportée en apprenant sa date d’entrée en vigueur, soit le 16 août, en lisant le second texte du quotidien sur le sujet, publié quelques jours avant, a indiqué en entrevue la porte-parole du ministère en Estrie, Isabelle Dorais.

«À la direction générale, tout de suite, un contact a été fait avec la Ville de Bromont, demandant de suspendre le projet en proposant une étroite collaboration avec le ministère pour trouver des aménagements sécuritaires.»

La porte-parole du MTQ en Estrie, Isabelle Dorais.

Des chaucidous ont été aménagées à plusieurs endroits dans le monde, notamment à Ottawa, aux États-Unis puis en Europe. En empruntant ce type de chaussée comportant une seule travée, les automobilistes doivent rouler au centre et lors de croisements, ils doivent se déporter dans les voies partagées avec les cyclistes et les piétons de part et d’autre de la route.

Le projet pilote, d’une durée d’un an, est prévu dans le tronçon compris entre la rue Sheffington et le chemin Lapointe. Des panneaux informant les usagers à propos du comportement à adopter devaient être installés à environ 25 mètres avant l’entrée de chaque extrémité de cette portion du chemin de Lotbinière.

«L’objectif n’est pas de mettre des bâtons dans les roues de la Ville de Bromont, loin de là, a fait valoir la représentante du MTQ. [On veut] trouver des aménagements sécuritaires pour les automobilistes, les cyclistes et les piétons. Le ministère est vraiment en faveur de projets pilotes. Cependant, son rôle est d’en assurer la conformité [...] et doit être impliqué dans tous les projets qui testent de nouveaux dispositifs.»

Normes

En ce qui concerne la signalisation routière, dans le cadre d’un projet pilote, le MTQ veut s’assurer d’avoir une uniformité dans toutes les municipalités du Québec. «C’est une étape qui ne peut pas être galvaudée», a mentionné Isabelle Dorais.

Comme la chaucidou de Bromont serait une première à travers la province, aucun panneau spécifique à ce type d’aménagement ne figure dans les normes établies par l’instance gouvernementale, a ajouté la porte-parole, spécifiant que pour obtenir le feu vert du MTQ, «un arrêté ministériel doit être publié en amont de la réalisation» de tout projet pilote.

Bien que les chaucidous ont fait leurs preuves dans différents pays, notre province comporte certaines particularités, a fait valoir Isabelle Dorais. «Le cadre légal n’est pas le même au Québec et aussi le comportement des usagers de la route, a-t-elle affirmé, n’étant pas en mesure de s’avancer davantage sur le sujet. C’est pour ça que le ministère des Transports a proposé à la Ville de Bromont de l’accompagner dans ses démarches pour trouver une cohabitation saine pour les usagers de la route.»

Selon la représentante du MTQ, deux accrocs au cadre législatif en vigueur font notamment en sorte que le projet de chaucidou à Bromont est sur la glace. L’article 320 est l’un d’eux. Il stipule entre autres que «sur une chaussée à circulation dans les deux sens, le conducteur d’un véhicule routier doit utiliser la voie de droite». Idem pour l’article 418, qui prévoit que «le conducteur d’un véhicule routier ne peut circuler sur l’accotement ou sur le trottoir, sauf en cas de nécessité ou à moins qu’une signalisation ne le prescrive ou ne le permette.»

Malgré le report du projet de chaucidou, le MTQ est «convaincu de la bonne volonté» de la Ville dans le dossier, a indiqué Isabelle Dorais. «On a voulu miser sur un aménagement novateur qui a fait ses preuves ailleurs dans le monde, a-t-elle dit, mais qui est non éprouvé au Québec.»

Pour le moment, le MTQ est en attente «d’informations complémentaires» de Bromont pour évaluer le dossier, a fait valoir la porte-parole.

Collaboration

Appelé à commenter le dossier, le maire de Bromont, Louis Villeneuve, a concédé être déçu de la tournure des événements. Or, jamais Bromont n’a improvisé dans le dossier, a-t-il souligné à grands traits. «La Ville de Bromont ne s’est pas lancée dans un projet comme celui-là sans avoir de communications avec le MTQ.»

Le maire de Bromont, Louis Villeneuve.

Louis Villeneuve est d’avis que des solutions pourront être trouvées pour relancer le projet pilote. «L’objectif est de sécuriser une route champêtre qui traverse un quartier où le transport actif est de plus en plus populaire. [...] Peu importe si on a fait nos devoirs, le MTQ a le dernier mot. Ils ont le pouvoir dans ce dossier et on va collaborer avec eux.»

Jean-François Guillet

Jean-François Guillet, La Voix de l'Est

Jean-François Guillet est journaliste à La Voix de l’Est depuis 2012. Il a couvert plusieurs secteurs d’activité et touche plus spécifiquement la santé et l’actualité de Bromont depuis plusieurs années.