Les consommateurs ont parlé, et c’est le moment plus que jamais de devenir un petit maraîcher, croit M. Gervais.
« Ça fait plusieurs années qu’on entend parler d’achat local. Je pense que, pour les consommateurs, il y a eu un bon vent de changement. On veut savoir d’où provient notre alimentation, on a plus de curiosité par rapport aux méthodes de production. En général, plus on est gros, plus nos coûts de production sont bas. Par contre, si on a des opportunités de circuits courts et de vente directe au consommateur en mettant de l’avant des méthodes de production que le consommateur favorise, je crois qu’il y a plus de possibilités de profitabilité avec une production à petite échelle en ce moment qu’il y en avait dans le passé. Et encore plus depuis la pandémie. »
Plus de défis
N’empêche qu’aucun succès n’est garanti dans le secteur agricole, rappelle-t-il. Les défis varient, même à l’intérieur d’un même secteur. Selon M. Gervais, force est de reconnaître qu’eux aussi sont plus grands qu’avant. « L’agriculture est un secteur extrêmement exigeant dans lequel on est exposé à beaucoup de variabilité. Les entreprises agricoles le savent et sont capables de gérer ces défis. C’est toujours une question d’équilibre. Ça prend aussi beaucoup de capitaux pour s’établir en agriculture. Ça a toujours été vrai, mais ce l’est plus que jamais parce que la terre est plus coûteuse que jamais, historiquement. Et je ne vois pas le jour où les agriculteurs ne devront plus s’endetter. »
Mais comment en sommes-nous arrivés à voir les terres augmenter de 36 % comparativement à la moyenne des 15 dernières années, lorsqu’on mesure en fonction des revenus de grandes cultures?
Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, explique le spécialiste.
« Les taux d’intérêt sont certainement une partie de la réponse. Avec des taux d’intérêt bas, on est capable de prendre plus d’expansion. Les taux d’intérêt présentement sont à un taux le plus bas de l’histoire. Déjà, avant la pandémie, ils étaient très bas. Ça continue à soutenir ce phénomène où les revenus augmentent moins vite que le prix des terres. »
C’est aussi les perspectives de croissance qui dictent les prix d’achat, précise-t-il. « Si on achète un dépanneur sur le coin d’une rue d’un quartier en déclin, versus un dépanneur qui fait le même nombre de ventes à l’heure, mais qui est dans un quartier en développement, on ne va pas payer le même prix. On peut remonter de 15 ans et voir que les perspectives de croissance sont beaucoup plus intéressantes qu’elles ne l’étaient il y a 15 ans. La population mondiale augmente, on est dans un contexte global. Les consommateurs canadiens sont de plus en plus exigeants et sont prêts à consommer plus de qualité. Il y a vraiment un virage. Alors les producteurs agricoles ont été prêts à payer plus cher pour des terres qui allaient leur rapporter plus dans le futur. »




