Passionné d’horticulture et possédant différentes formations et expériences dans le domaine, Gabriel Rebelo se prépare à démarrer une pépinière sur la terre familiale d’ici l’an prochain, avec l’aide de sa conjointe. Mais il ne préférerait pas en rester là. En respectant la volonté de son père et ses propres valeurs, il envisage la création d’une fiducie foncière agricole, ce type d’entité qui se retrouve sur plus en plus de lèvres.
« Dans la famille de mon père, au Portugal, une terre familiale avait été vendue et il en avait été marqué, raconte M. Rebelo. Ça fait un moment que j’ai un projet agricole, mais face aux défis du modèle entrepreneurial de jeune famille agricole, j’ai commencé à me tourner vers la possibilité d’un projet plutôt collectif qui impliquerait un partage des responsabilités plus sain et réaliste. »
Comme l’explique Marc-André Côté, directeur général de la Fiducie UPA-Fondaction et de la Fiducie agricole REM, le modèle de fiducie foncière est tout nouveau pour le secteur agricole du Québec, mais suscite de plus en plus d’intérêt. Le secteur forestier y a notamment fait ses premiers pas.
« C’est une entité légale en soi qui permet de préserver dans le temps certaines valeurs sur des propriétés. Les gens qui ont été nommés pour l’administrer, les fiduciaires, doivent respecter la mission prévue dans l’acte constitutif. Ils devraient passer devant un juge s’ils voulaient le modifier. Ensuite, ça permet de relouer à des gens qui cultiveront la terre dans le respect des valeurs de la fiduciaire. »
Les avantages
Toutes sortes de possibilités s’offrent à celui qui rédige l’acte constitutif d’une telle fiducie. Un document qui peut se montrer extrêmement précis au besoin et, par exemple, exiger un type de production exclusif pour le lot.
Pour M. Rebelo, il s’agirait de s’assurer que la terre serve à de l’agriculture durable. Lui-même y installera une production d’herbacées vivaces et d’arbustes à racines nues à échelle familiale et artisanale. Par la bande, ce serait évidemment l’occasion de donner un coup de pouce à la relève future en lui offrant des occasions de démarrage abordables via la location.
« Le but, c’est d’isoler les chiffres associés à la productivité de la culture de ceux associés à la valeur de la terre et des infrastructures », plaide-t-il.
Pour lui, cela signifie mieux gérer les risques, conserver une compétitivité qui récompense les bonnes pratiques et réduire la pression causée par le prix des terres.
Concrètement, céder sa terre à une fiducie implique que l’on retire celle-ci du marché spéculatif, où les envies d’investissement rapide ont engendré de fortes hausses dans le prix des terres. « Ça dépend à qui on parle, mais nous, on promeut l’agriculture, alors on pense que c’est une bonne idée », exprime Marc-André Côté, qui souligne que l’agriculteur locataire a également plus de chances de pouvoir demeurer à long terme sur cette terre qu’avec un bail commercial.
« Et pourquoi ce ne serait pas des consommateurs qui la louent et qui paient un agriculteur pour produire leurs aliments et faire les marchés? se demande même M. Rebelo. » Les possibilités sont grandes... et inexplorées.
La fiducie Fondaction-UPA est une fiducie d’utilité sociale à but non lucratif créée en décembre dernier et qui vise à protéger les terres québécoises de la spéculation et à améliorer l’accès de la relève à celles-ci. Des premiers achats de terre sont prévus à travers la province pour 2021.




