La présidente de Maison A. Setlakwe, Margo Setlakwe-Blouin.
La présidente de Maison A. Setlakwe, Margo Setlakwe-Blouin.

Vêtements: se réendetter pour poursuivre 115 ans de tradition

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Collaboration spéciale
«Pour avoir les liquidités nous permettant de rester en affaires, nous avons choisi de nous réendetter. Et comme la majorité des détaillants, nous nous sommes demandé s’il n’était pas préférable de se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers pour nous donner le temps de nous réorganiser.»

Margo Setlakwe-Blouin préside une entreprise familiale fondée en 1904. Maison A. Setlakwe possède trois magasins de vêtements à Thetford Mines, à Sainte-Marie et à Disraeli ainsi que huit boutiques de lingerie féminine – Silhouette – logeant dans des centres commerciaux à Québec, à Saint-Georges, à Saguenay, à Sherbrooke et à Victoriaville.

En raison de la pandémie, l’entreprise a été contrainte de fermer ses places d’affaires et de licencier temporairement l’ensemble de son personnel.

«En conseil de famille, nous avons décidé de rouvrir nos commerces. Nous avons pensé à nos 175 employés. Quelques membres de la famille sont encore actifs au sein de l’organisation. Et ça fait 115 ans que nous existons», plaide Margo Setlakwe-Blouin.

Depuis 1904, Maison A. Setlakwe est une affaire de famille. De gauche à droite, Margo Setlakwe Blouin, Louise Setlakwe, Richard Setlakwe, Ann Setlakwe, Raymond Setlakwe et Stephen Setlakwe.

«En poursuivant nos activités, nous prenons des risques financiers. Nous croyons, cependant, que des jours meilleurs nous attendent. Actuellement, l’achalandage dans les magasins n’est pas très fort, mais les dépenses de nos clientes sont élevées.»

Le boulet au pied des détaillants, c’est le paiement des loyers commerciaux. (Voir texte principal)

«Plutôt que d’accepter de participer au plan d’urgence mis sur pied par le gouvernement du Canada – ce qui fait en sorte que nous n’aurons pas accès à l’aide proposée  – la majorité de nos locateurs préfèrent repousser en septembre le paiement des loyers des derniers mois. La réalité est que les ventes que nous avons perdues ne nous tomberont pas du ciel en septembre», explique la femme d’affaires.

L’arrêt forcé des activités a permis à l’entreprise de poursuivre son virage numérique, notamment en créant «en un temps record» un site transactionnel pour ses magasins Setlakwe Mode. Celui des boutiques Silhouette est fonctionnel depuis trois ans. Les ventes ont bondi, note Margo Setlakwe-Blouin, «mais c’est bien loin de compenser les pertes entraînées par la fermeture des magasins. Les ventes en ligne ne représentent que 4% ou 5% de notre chiffre d’affaires.»

Dans cette grisaille, il apparaît un rare rayon de soleil pour la commerçante. «Enfin, nous recevons des CV ! Tout à coup, la pénurie de main-d’œuvre n’existe plus. Avec les fermetures annoncées dans le commerce de détail, il y a maintenant du personnel qualifié disponible sur le marché.»

LA LEÇON APPRISE

«Je me suis rendue compte à quel point il y avait des gens compétents autour de moi»