Vincent Lecorne est président-directeur général du Centre de transfert d’entreprise du Québec.

La reprise collective : une solution à envisager

Trois ans après sa fondation, le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) peut affirmer qu’il a dépassé ses objectifs.

Un aspect du transfert semble un peu oublié dans les choix des entrepreneurs prêts à céder leur place : la reprise collective. Mais le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) travaille à faire découvrir cette solution qui va plus loin que le cas d’un cédant et d’un repreneur.

«C’est une option intéressante pour l’ancrage d’une entreprise dans sa région, car c’est la volonté d’un groupe, d’une équipe, d’une communauté qui assure la pérennité d’une entreprise et la conservation de son expertise», affirme Vincent Lecorne, président-directeur général du CTEQ souhaitant faire davantage de promotion de ce modèle dans les prochaines années.

La reprise collective, ou coopérative, fait partie des options présentant de nombreux avantages et peu d’inconvénients lorsqu’un cédant a encore quelques années devant lui et qu’il n’a pas pu identifier une relève.

«Il y a trois ans, nous partions dans une démarche où tout était à bâtir et à découvrir. Mais en peu de temps, nous avons démontré la pertinence d’une telle organisation, car il y a de véritables besoins et de véritables enjeux partout au Québec», explique-t-il.

Sommets régionaux
Avec les sommets régionaux, le CTEQ poursuit ses efforts de sensibilisation dans chacune des régions du Québec. La notion de planification du départ reste encore floue pour plusieurs entrepreneurs qui voient l’âge de la retraite poindre à l’horizon.

C’est dans cette perspective que le CTEQ a créé son index (ctequebec.com) pour documenter les entreprises à vendre et les repreneurs potentiels et mettre en lumière le marché du repreneuriat.

Le Sommet international du repreneuriat en mai 2018 comprenait plusieurs ateliers.

«Nous ne sommes pas des courtiers, mais l’index lève le voile sur un marché un peu caché, qui a du mal à s’affirmer. En plus de planifier le transfert de l’entreprise, il ne faut pas oublier l’étape de communiquer ses intentions si l’on veut vraiment vendre la compagnie et prendre sa retraite», insiste M. Leconte.

L’index permet aussi de mettre en relation des gens de régions différentes de sorte que les repreneurs peuvent trouver le type d’entreprise convoité ailleurs que dans leur secteur d’origine.

Communiquer
«Le Québec a beau être grand, continue M. Lecorne, les entrepreneurs n’ont rien à perdre en faisant connaitre leur intention de céder leur compagnie. Au contraire, peu importe l’origine du repreneur, qu’il vienne de l’Abitibi ou de la Gaspésie, s’il découvre une opportunité dans une autre région, les emplois locaux seront garantis.»

Lors du sommet tenu à Montréal à la fin du mois de mai, le CTEQ annonçait une entente de collaboration avec le ministère du Tourisme pour susciter plus de liens entre cédant et repreneur dans l’industrie touristique, une entente qui fait du Plan d’action gouvernemental en entrepreneuriat.

«Il y a des enjeux majeurs dans ce secteur d’activité, précise M. Lecorne. On pense souvent à l’hôtellerie, mais il y a aussi les campings, les pourvoiries, les activités récréotouristiques, la restauration, ou des activités saisonnières. Toutes ces entreprises sont aussi confrontées aux enjeux du transfert des entreprises. Après avoir parlé de la culture entrepreneuriale, il faut maintenant parler de la culture repreneuriale comme moyen d’assurer la pérennité des entreprises pas seulement dans l’optique du transfert familial.»

Lors du sommet de Montréal, François Dubeau, du ministère du Tourisme, insistait sur le potentiel énorme à saisir pour les repreneurs dans un univers qui génère 15 milliards $ de recettes annuellement pour quelque 32 000 entreprises au Québec. L’impact est de 9,9 milliards $ en produit intérieur brut pour 2,5 % de l’activité économique.

Ainsi, le CTEQ aura deux conseillers en transfert spécifiquement pour l’industrie touristique.

Pas un clone
Le transfert d’entreprise, rappelle M. Lecorne, ce n’est pas un démarrage d’entreprise. Ce ne sera pas un clone de la compagnie, mais une réorganisation qui permet de faire quelque chose de nouveau, qui va plus loin que le projet original. «Pour gérer une entreprise existant dans un projet de reprise et de transfert, ça demande des compétences en gestion. C’est une notion que les gens d’affaires actuels doivent intégrer comme notion fondamentale, affirme le pdg du CTEQ. Les cédants ne doivent pas chercher quelqu’un qui leur ressemble, mais quelqu’un qui peut avoir une bonne connaissance du secteur d’activité avec des capacités de gestion pour prendre la relève avec l’équipe en place. Le transfert de direction, ce n’est pas un transfert de propriété. Le bon gestionnaire saura s’entourer des bonnes personnes pour mener l’entreprise à un autre niveau.»

Chose certaine, pour le CTEQ, si le débroussaillage est fait, il reste à amener les propriétaires actuels à prendre conscience qu’ils ont tout intérêt à faire savoir dans leur milieu, mais partout ailleurs, qu’il sont prêts à passer le relais à de nouveaux dirigeants.

Le CTEQ en chiffres

5500 entrepreneurs accompagnés depuis 2015

700 maillages  effectués auprès d’entreprises

Chiffres de l’INDEX (plateforme de recherche développée par le CTEQ)

453 cédants inscrits

2689 repreneurs

757 experts inscrits

Profil moyen d’une entreprise accompagnée

par le CTEQ (depuis 2015)

710 000 $ prix de vente moyen

18 nombre moyen d’employés

1,3 million $ chiffre d’affaires moyen