Le restaurant du «village» de Saint-Henri.

Une marche guidée dans les quartiers

Visiter la ville de Montréal dans un autobus touristique, c’est une option pour couvrir beaucoup de terrain. Marcher et traverser deux ou trois quartiers avec un guide qui raconte l’histoire, qui ouvre les portes d’un commerce, ou décrit le marché public, est une expérience intéressante. Voici le parcours dans les rues de Saint-Henri, Petite-Bourgogne et Griffintown avec Thom Seivewright.

Saint-Henri

Dès le départ du parcours, dans le parc Georges-Étienne Cartier en face de l’église Saint-Zotique, Thomas Seivewright précise qu’il est guide accrédité. Montréal et Québec sont les deux seules villes au Canada où les guides doivent suivre une formation collégiale pour obtenir leur permis de guide et devenir membre de l’Association des guides professionnels.

Et la marche d’un peu plus de quatre kilomètres s’amorce sur la rue Notre-Dame, rue qui relie les trois quartiers.

Le guide Thom Seivewright.

Saint-Henri, un quartier populaire ouvrier où vivaient francophones et anglophones, les uns en bas de la côte, les autres dans le haut. Ce sont ces lieux que décrit Gabrielle Roy dans Bonheur d’occasion. «On pourrait comparer Saint-Henri à ce qu’était Saint-Roch et Limoilou à une certaine époque», lance Thom. «Maintenant, les gens qui veulent être cool déménagent ici!»

La rue Notre-Dame a été refaite pour lui redonner l’allure d’une rue principale de village. C’est de ce quartier qu’ont émergé bien des torréfacteurs comme Café Saint-Henri pour proposer aux Montréalais des cafés différents de l’offre traditionnelle.

En arrivant devant le Green Spot, on reconnaît un restaurant typique que quartier. Le coin du village où les gens vont manger à la bonne franquette.

Un peu plus loin, on arrive à l’avenue Atwater, la frontière à traverser vers la Petite-Bourgogne. Atwater, c’est aussi le grand marché, l’un des quatre crée par le maire Camilien Houde en 1930 en pleine crise économique pour aider à nourrir la population, raconte Thom. Le maire lancera de nombreux chantiers, dont le Jardin botanique, le parc Lafontaine, les chalets du mont Royal.

Petite-Bourgogne

«La Petite-Bourgogne, lance Thom, c’est le quartier des restaurants et des usines transformées en logement. Mais c’était aussi le premier quartier des Noirs provenant des États-Unis. Ils travaillaient pour les compagnies de chemin de fer, comme porteurs, avec la gare Bonaventure.»

Le Barley, un restaurant qui ne sert que des céréales dans le quartier Petite-Bourgogne.

C’est aussi le quartier où est né le jazz à Montréal avec deux musiciens célèbres : Oliver Jones et Oscar Peterson. C’est l’enfilade «des boutiques à la mode et des restaurants tendance. Les restaurateurs vont faire leurs emplettes au marché Atwater», continue Thom.

On passe devant Vin et Papillon, le Liverpool House, puis le Joe Beef, tous dans la même famille. Il y a la légende du personnage Charles McKiernan dit Joe Beef, un Irlandais militaire, qui avait la réputation de donner à manger à ceux qui avaient faim et un gîte aux indigents.

Le centre d’histoire de Montréal raconte : «Joe Beef s’attire encore plus la sympathie des gens lorsqu’il aide, en 1877, les ouvriers du canal Lachine en grève. Il les soutient et leur fournit 3 000 pains et 500 gallons de soupe. Mais la générosité de Joe Beef attire des critiques. Car s’il est si généreux, il est loin d’être un homme pieux. Harcelé sa vie durant par la police, l’évêque et les ligues anti-alcooliques, il aura, à sa mort en 1889, des funérailles publiques — commerces spontanément fermés.» C’est hors de l’ordinaire, lance Thom.

Juste après, nous entrons au Barley, un restaurant qui ne sert que des céréales. Étonnant, coloré. Ça fait partie des couleurs du quartier.

Des nouveaux bâtiments voient le jour dans Griffintown.

Griffintown

Traversant la rue Guy, voilà Griffindtown. L’architecture est complètement différente. Des édifices neufs ou un mélange d’anciens bâtiments rénovés aux ajouts récents poussent un peu partout. Un quartier étrange, car il n’y a aucun parc à l’horizon. Pas d’écoles non plus, ajoute notre guide.

Ce n’est pas l’endroit pour élever une famille. Les services de proximité sont difficiles à dénicher. La ville tente de remédier à la situation, et elle a confié un mandat à une firme spécialisée pour évaluer comment revitaliser la vie de quartier. La population est composée de jeunes que l’on pourrait qualifier de DINK (double incomes no kids, deux salaires sans enfants) ou des jeunes cadres ambitieux, eux aussi sans enfants

Et Thom commence à raconter comment Mary Griffin à acquis les terres en 1804 et développe le secteur. Le propriétaire Thomas McCord revient d’Irlande pour apprendre que son associé a vendu ses terres à cette dame. L’imbroglio juridique qui s’en est suivi dure dix ans. Thomas McCord reprend ses droits, efface le nom Griffin, mais au final la population a adopté Griffintown, relate la société d’histoire de Point-Saint-Charles.

Les Dendrites, oeuvre de Michel de Broin marquent la fin de la visite.

La marche prend fin devant deux sculptures immenses, Les Dendrites, de part et d’autre de la rue Notre-Dame, là où s’élevaient les piliers de l’autoroute Bonaventure. Ces sculptures sont l’œuvre de Michel de Broin, des escaliers qui rappellent les troncs de très grands arbres.