Francine Hamel, consultante en planification budgétaire à l’ACEF de Québec (Association coopérative d’économie familiale).

La «cenne» gestion des finances évite l'endettement

L’endettement, si l’on se fie aux nombres de faillites et aux statistiques, est une infection qui n’a qu’un seul remède. Pour se sortir de la spirale des dettes, la seule solution viable, c’est le budget pour suivre les dépenses à la cenne près.

Les statistiques des ménages canadiens et québécois en 2017 montraient un taux d’endettement toujours à la hausse. Il était à 150 % en 2011, mais il grimpait à 170 % en 2017.

Les statistiques du Bureau du surintendant des faillites Canada montraient aussi que plus de 40 000 consommateurs passaient chaque année chez les syndics pour se sortir du bourbier de l’endettement.

Si les prêts hypothécaires occupent une bonne part du ratio d’endettement des ménages, ce n’est pas tant ce type de dette qui cause le plus d’ulcères d’estomac, de chicane de famille et de dépression avant de déclarer faillite.

«Le problème, ce sont les dettes de consommations, les achats sur cartes de crédit, les achats à tempéraments du genre 50 mois sans frais sans intérêts, les frais de télécommunication, mais surtout l’absence de gestion du budget et l’absence de planification», affirme Francine Hamel, consultante en planification budgétaire à l’ACEF de Québec (Association coopérative d’économie familiale).

La saine gestion de ses finances personnelles commence par l’établissement du budget : d’un côté les revenus, et de l’autre toutes les dépenses quotidiennes, hebdomadaires, et mensuelles, du remboursement du prêt auto jusqu’au café du matin avant d’entrer au bureau.

«C’est plate faire son budget, avoue Mme Hamel. Ce n’est pas toujours facile, ça prend un certain temps, mais il faut être tenace et persévérant pour prendre le contrôle de ses affaires. C’est la seule manière sensée d’éviter de crouler sous les dettes et le seul moyen pour sortir de l’endettement. Car le budget permet de voir où va l’argent tout en permettant d’établir des stratégies à court et à long terme.»

Les exemples de gens empêtrés dans les mailles des filets du crédit ne manquent pas. Tous les jours, elle reçoit des gens qui ont perdu le contrôle. Certains possédants cinq, six ou huit cartes de crédit pleines de dettes. D’autres qui ne se sont jamais préoccupés des frais réels des achats à tempérament qui se payent trop longtemps. «Il faut être plus malin que le venin du système du crédit», lance-t-elle.

Perte de réputation

Le pire dans l’endettement, ce n’est pas tant perdre sa réputation de crédit, car la cote de crédit peut se rétablir. Les effets secondaires psychologiques que la spirale de l’endettement cause jour après jour sont particulièrement néfastes. «Ce sera de l’absentéisme au travail, la prise de bec matinale avec le conjoint ou la conjointe, les sautes d’humeur sans raison avec les enfants, la perte d’intérêt pour à peu près tout, le divorce, même la dépression ou les idées suicidaires parce que la dette est trop lourde pour envisager des voies de sortie», illustre-t-elle.

Une ou des cartes de crédit avec un taux d’intérêt à 29,9 %, c’est lourd à porter. Même à 19 %, le remboursement minimum de la dette sera un chemin pénible pour sortir du tunnel. Et si on ajoute la dette de l’auto, les électroménagers acheter à crédit, l’hypothèque, les frais bancaires, le coût d’internet et de la télé et des cellulaires, l’effet siphon sur les revenus pourrait être gargantuesque au moment d’aller à l’épicerie, de payer une sortie en amoureux, une semaine de vacances en famille.

«Il y a des dépenses récurrentes qui se planifient, ajoute Mme Hamel. La rentrée scolaire ce sera 300 $ ou 400 $ chaque mois d’août. Les cadeaux de Noël, c’est chaque 25 décembre. Les taxes municipales, les immatriculations, le permis de conduire aussi. Pourquoi ne pas planifier d’avance les dépenses en mettant de côté dans un compte à la banque ou à la caisse à chaque paye, chaque semaine ou chaque mois.»

Le budget permet de voir ou l’on va et la planification dira même si le voyage des vacances pourra se faire l’autre côté du fleuve ou en traversant l’Atlantique. Et le budget suivi rigoureusement amènera la création d’un fonds d’urgence. Cela permet aussi de pouvoir remplacer le frigo à la son cycle de vie en payant comptant et non pour suivre une mode vite dépassée en achetant crédit parce qu’il «est dont bien beau».