La récolte d’ours par les chasseurs a augmenté de 13 % en Estrie l’an dernier. La tendance lourde n’annonce toutefois pas d’incursions plus fréquentes en milieu habité.

Plus d’ours, mais pas plus envahissants

Si un ours a entendu les vents siffler cette semaine du fond de sa tanière, il a dû se dire : c’est pas le temps de mettre le nez dehors!

J’envie les ours, les jours de tempête. Ils bâillent, s’étirent et ont tôt fait de se rendormir au lieu de s’échiner à pelleter. Les bourrasques rentrant de l’air froid dans nos maisons poussent de la neige fraîche qui épaissit la couche d’isolant autour de celles des gras dur.

La grosse vie, quoi.

Faut cependant admettre que les ours ont la vie de plus en plus dure à déjouer les chasseurs, en Estrie comme dans le reste du Québec. Les 220 ours noirs enregistrés en 2018 dans la région (incluant les 34 captures par des trappeurs) représentent une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente et de 34 % par rapport à la moyenne quinquennale de 164 bêtes/année au cours de la période 2013-2017.

« Comme les ventes de permis sont aussi en hausse, la fluctuation de la récolte est davantage liée à ce facteur qu’à un accroissement marqué de la population » pondère la biologiste Anaïs Gasse, responsable de la grande faune en Estrie.

Même si une tendance de fond semble se dégager des statistiques, ces données n’expliqueraient pas l’apparition soudaine et toujours remarquée d’ours à proximité de zones habitées.

« La nourriture disponible, souvent les petits fruits ou encore nos déchets, attire ponctuellement les ours en milieu périurbain. Aucun de nos paramètres ne suggère toutefois une augmentation significative de leur présence en dehors des habitats naturels au cours des années à venir ».

L’été dernier, un ours a semblé prendre ses aises dans un secteur résidentiel de Saint-Élie comme le rappelle l’éloquente photo accompagnant ce texte, qui avait alors été captée par un citoyen du quartier, Luc Villemaire.

Parmi les autres mentions récentes, rappelons que des cyclistes avaient croisé un ours à la hauteur du Canton de Hatley en circulant sur la Route verte et que la présence de l’un de ces plantigrades avait également attiré l’attention dans un secteur urbanisé d’Ascot Corner.

Question de ne pas crier au loup dans la région à cause des ours, la hausse de la récolte a été de 23 % en 2018 à l’échelle de la province, soit presque deux fois celle de la région.

Plus significatif encore, 243 ours avaient été récoltés en 2008 sur le territoire de l’Estrie. Davantage donc qu’en 2018.

Le décompte aérien des orignaux

Nous aurons d’ici quelques mois une meilleure lecture de la santé du cheptel d’orignaux de l’Estrie à la lumière de l’inventaire aérien réalisé au cours des dernières semaines. Le décompte à bord d’hélicoptères entrepris à la fin du mois de janvier a été complété au cours du dernier weekend.

« On ne peut tirer des conclusions à partir des seules observations aériennes. Une fois que ces données brutes auront été croisées avec les rapports de récoltes de chasse, nous aurons un bon portrait de la situation. Nous avons vu des orignaux à la fourrure dégarnie qui, de toute évidence étaient attaqués par les tiques, mais ces animaux ne semblaient pas au bout de leurs forces. Nous n’avons pas relevé de carcasses laissant craindre le pire », se limite à dire pour le moment la biologiste Gasse à propos des parasites causant un taux de mortalité élevé chez cette espèce.

Le recensement a de nouveau été limité à la zone 4, celle des grandes forêts abritant la majorité des orignaux vivant sur le territoire estrien. Le dernier recensement aérien remontant à 2010.

Il serait tout à fait inattendu que les gestionnaires fauniques annoncent au printemps que la densité d’orignaux est revenue à un niveau assez confortable pour rétablir la règle d’alternance dans la région, qui redonnerait aux chasseurs la possibilité récolter les femelles une année sur deux.

À suivre.