Via son porte-parole Tom McConnell, l’organisme Échec au crime se réjouit que l’usage sécuritaire des armes, la chasse et la pêche se retrouvent dans la programmation scolaire. Précurseur dans ce domaine, Laurent Cloutier est entouré des professeurs Alexandre Martin (Collège du Mont-Sainte-Anne) et René Gauthier (Alexander Galt) qui sont qualifés comme formateurs.

L’école qui chasse la peur

CHRONIQUE / L’approbation par le ministère de l’Éducation du Québec du programme académique axé sur la chasse et la pêche que l’école Alexander Galt de Sherbrooke offrira à des étudiants du secondaire à compter de l’automne prochain recentre certains de nos débats.

D’une part, ceux qui associent l’instauration d’un registre provincial sur les armes d’épaule à un sombre complot gouvernemental qui viserait à tuer la chasse doivent réajuster leur tir. Voilà une preuve tangible du contraire.

De la même façon, à l’autre bout du spectre, ceux qui ont pu croire que le contrôle des armes sportives était le début d’un étranglement pour faire disparaître cette activité du paysage québécois sont plutôt devant le constat qu’en plus d’encourager la relève, l’État ajoute ce champ d’intérêt dans son coffre à outils pour lutter contre le décrochage scolaire.

Excellente nouvelle, les Québécois ont encore une boussole fiable pour garder le cap sur le bon sens même lorsque la forêt politique devient si dense qu’ils risquent de s’y perdre!

Les craintes que des chasseurs en herbe puissent se présenter un bon matin à l’école avec des armes à feu dans un sac de hockey en laissant croire qu’ils transportent patins et jambières ont vite été désamorcées.

« NO FIREARMS ON CAMPUS EVER ! », précise-t-on dès le départ dans le résumé du programme mis de l’avant par l’école anglophone de la Commission scolaire Eastern Townships, qui rappelle également le cadre légal strict en vigueur au Québec depuis 2008.

Ces obligations réfèrent à la « loi Anastasia », qui a été votée à l’Assemblée nationale deux ans après la fusillade survenue au Collège de Dawson à la mémoire de l’étudiante Anastasia de Sousa, 18 ans, qui en a été la malheureuse victime. Cette loi interdit la présence d’armes à feu dans toutes les écoles du Québec, du niveau préscolaire jusqu’aux universités, de même que dans les CPE et autres services de garde reconnus.

« Loin de nous inquiéter, nous sommes parfaitement d’accord à ce que l’école serve de milieu d’apprentissage pour enseigner un usage sécuritaire des armes à feu. L’éducation est toujours la meilleure prévention », applaudit l’ancien policier Tom McConnell, vice-président aux communications de l’organisme provincial Échec au crime, groupe coordonnant diverses actions citoyennes pour aider les policiers à résoudre et à diminuer les actes criminels.

Échec au crime contribue depuis plusieurs années au financement de camps en nature offerts avec une approche communautaire par Laurent Cloutier et a d’ailleurs orienté des jeunes qui présentaient un profil de délinquance élevé vers « cette école de vie ».

« Apprendre à respecter la nature, c’est aussi apprendre à vivre plus respectueusement en société », ajoute M. McConnell

M. Coutier a été le précurseur de ce type d’enseignement dans nos écoles.

« Mon premier contact avec des élèves remonte à 1979, à titre de papa invité à parler de son métier devant la classe de ma fille. J’avais apporté un sac rempli de fourrures d’animaux que j’avais capturés en trappant, estimant qu’à pouvoir examiner et toucher les peaux les enfants parviendraient plus rapidement à reconnaître les animaux de nos forêts. J’ai vite réalisé que ce n’était pas mon uniforme d’agent de protection de la faune qui avait capté leur intérêt », raconte-t-il.

Autant comme ancien agent de protection de la faune et que comme citoyen toujours engagé, Laurent Cloutier peut témoigner de l’intérêt des jeunes pour l’enseignement de la chasse et la pêche.

L’ex-garde-chasse a par la suite répondu à des centaines d’invitations de différentes écoles. D’où le lancement d’un camp-école sur les terres de la forestière Domtar, où M. Cloutier et ses bénévoles ont accueilli des groupes d’élèves pour des séjours ainsi que de nombreuses classes pour des excursions quotidiennes.

« Affronter ses peurs dans la noirceur rend capable de distinguer le danger réel de celui qui est exagéré. Ça augmente le niveau de vigilance et d’autonomie chez un humain. Les écoles font un bon choix en rendant ces apprentissages concrets », se réjouit le défricheur. Stimulé par l’intérêt des jeunes par le programme de chasse et pêche qu’il se voit confier, René Gauthier se réjouit également de recevoir de tels appuis.

« Je ne connais pas personnellement MM. McConnell et Cloutier, mais je suis heureux que des gens d’expérience comme eux cautionnent notre projet. J’ai hâte de vivre cette nouvelle expérience avec les élèves à compter de l’automne » commente l’enseignant de l’école Alexander Galt, pionnière en région et au Québec pour l’ajout de la chasse et la pêche à son offre pédagogique.

Le Collège du Mont-Sainte-Anne propose ce champ d’intérêt depuis quelques années à ses élèves comme activité parascolaire et le groupe dirigé par Alexandre Martin fait déjà des petits.

« Les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille ont attiré une trentaine d’élèves d’écoles primaires vers nos activités d’initiation. Lorsque nos seniors montent une ligne de trappe, par exemple, nous invitons par la suite les novices sur le terrain afin de leur expliquer son fonctionnement. J’ai observé des transformations positives chez des jeunes introvertis qui étaient plutôt solitaires. Ils ont trouvé leur groupe d’appartenance avec ce programme. C’est un bon moyen de briser l’isolement qui est risqué à l’adolescence », témoigne M. Martin.

Cette école de vie, s’apparentant à celle du scoutisme, chasse bien des peurs. Y compris celle des sombres pensées qui inquiètent énormément de parents à cette étape cruciale du développement des enfants.