L’été dernier, une instance régionale au Vermont a finalement décrété que l’usine d’épuration de Newport devait cesser le traitement de lixiviat provenant de Coventry jusqu’à nouvel ordre.

Une menace nommée Coventry

Pratiquement personne au Québec ne parlait du projet d’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry à la fin octobre 2017. À l’invitation de l’ex-député libéral Denis Paradis, j’avais tout de même accepté d’aller visiter ce dépotoir situé non loin de Newport, une municipalité américaine bordant le lac Memphrémagog. Et on connaît la suite, le projet a fait la manchette à de nombreuses reprises en 2018 et 2019.

Dans les semaines ayant précédé notre visite, M. Paradis avait invité plusieurs intervenants de l’Estrie à participer à une visite au site d’enfouissement de Coventry. Toutes les personnes conviées à la visite avaient décliné l’offre, à l’exception de votre humble serviteur.

Une fois arrivés au dépotoir, le député et moi-même avions été reçus par une dizaine de personnes, notamment des élus municipaux et des ingénieurs. Nos hôtes s’attendaient de toute évidence à une délégation québécoise plus importante, surtout que la précédente phase d’expansion avait suscité une levée de boucliers importante en Estrie une douzaine d’années plus tôt.

Les gens du Vermont étant d’une gentillesse presque inégalée, la minuscule délégation que nous formions avait eu droit à un accueil des plus cordiaux et obtenu des réponses à toutes ses questions.

La visite s’était effectuée à bord d’un petit autobus. J’avais alors pu constater à quel point ce site d’enfouissement, le seul toujours en exploitation au Vermont, était vaste et combien les techniques d’enfouissement s’étaient raffinées avec le temps.

Après notre visite, j’avais contacté des intervenants locaux et j’avais senti que personne ne songeait même à tirer la sonnette d’alarme. La collaboration établie entre le Vermont et le Québec concernant le site d’enfouissement de Coventry semblait avoir rassuré les rares intervenants interpellés par le dossier en sol estrien.

Pour sa part, Denis Paradis n’était pas encore prêt à déchirer sa chemise. Mais il m’avait partagé sa crainte. « J’avoue que ça fait peur. On parle tout de même de montagnes de déchets tout juste à côté d’une rivière qui s’écoule vers le lac Memphrémagog, un réservoir d’eau potable pour plein de monde au Québec », m’avait-il confié.

Le lixiviat

Le lundi 15 octobre 2018, j’étais à nouveau le seul journaliste québécois présent lors d’une assemblée publique à Newport pendant laquelle les dirigeants de la municipalité avaient décidé que leur usine ne traiterait plus de lixiviat, ou « jus de poubelle », en provenance du dépotoir de Coventry. Pourquoi? Parce qu’on craignait une grave contamination de l’eau du lac Memphrémagog. 

Cette décision n’avait malheureusement pas été maintenue pendant bien longtemps, mais on sentait alors que les Américains devenaient eux aussi préoccupés par les impacts environnementaux du fameux site d’enfouissement.

L’été dernier, une instance régionale au Vermont a finalement décrété que l’usine d’épuration de Newport devait cesser le traitement de lixiviat provenant de Coventry jusqu’à nouvel ordre. Il s’agit d’une grande victoire pour l’Estrie. Mais il faudra que le milieu demeure aux aguets, car la compagnie propriétaire du dépotoir, Casella Waste Systems, n’a pas dit son dernier mot. Comptez donc sur La Tribune pour rester à l’affût.