La Tribune a aidé toute une population en publiant cette chronique du 12 décembre 2000. Et 19 années plus tard, je suis le premier à en bénéficier.

Se faire porte-voix

J’y suis né. Je vais peut-être y mourir. Mon épouse y reçoit présentement des soins et des services extraordinaires. Pour toutes ces raisons, j’ai un peu l’impression de boucler la boucle aujourd’hui en rappelant l’un des moments forts de ma longue carrière journalistique à La Tribune.

J’ai écrit plus d’une fois sur l’ancien hôpital St-Vincent-de-Paul transformé en CHSLD et en Centre de réadaptation à la suite de la fermeture de la Résidence de l’Estrie au début des années 2000.

La Tribune aura été à l’instigatrice de ce grand changement qui contribue depuis au mieux-être de la collectivité sherbrookoise et estrienne chez les personnes âgées et en perte d’autonomie.

L’une de mes chroniques ayant eu le plus d’impact, je crois et sans prétention aucune, aura été publiée le 12 décembre 2000. À la suite d’une visite à la Résidence de l’Estrie, où 147 personnes âgées vivaient dans des conditions abjectes dans l’édifice de l’ancien grand Séminaire de la rue Murray, j’avais dénoncé le bouquet d’odeurs et les conditions de vie épouvantables que j’y avais rencontrés. 

Mes haut-le-cœur avaient été transmis dans les jours suivants au parlement et aux députés de l’Assemblée nationale par le chef de l’opposition et député de Sherbrooke à l’époque, Jean Charest, qui avait cité mes propos en Chambre.

Même l’artiste Jean Lapointe, indigné par le contenu de cette chronique, avait repris ma dénonciation dans une chanson qu’il avait écrite puis gravée sur disque. 

Le vent de révolte avait soufflé si fort par la suite que le gouvernement de Lucien Bouchard n’avait pas eu le choix de bouger : la Résidence de l’Estrie a été fermée et l’ancien hôpital St-Vincent-de-Paul a été réaménagé en Centre d’hébergement et de soins de longue durée où les personnes âgées reçoivent depuis les soins appropriés à leur condition.

Ce que je ne savais pas quand j’ai plaidé cette cause comme chroniqueur de La Tribune au tournant des années 2000, c’est que le Centre de réadaptation de l’Estrie serait jumelé au centre d’hébergement. Le destin a voulu que je doive m’y rendre régulièrement cette année avec mon épouse qui souffre d’une maladie dégénérative incurable (SLA). Je peux témoigner qu’elle y reçoit un soutien et des soins extraordinaires.

La Tribune a aidé toute une population en publiant cette chronique du 12 décembre 2000. Et 19 années plus tard, je suis le premier à en bénéficier.

Mario Goupil a travaillé comme journaliste et chroniqueur pendant 38 ans.