Notre couverture serrée du Phœnix et de la LHJMQ me permet en effet d’interviewer les joueurs sur la route, de parler aux entraîneurs, de m’adresser directement à l’adversaire et surtout, de vivre l’événement différemment.

Nous ne sommes pas de glace

6 avril 2018. L’autocar des Broncos de Humboldt entre en collision avec un camion semi-remorque. Le bilan : 16 morts, 13 blessés et une équipe de hockey junior complètement décimée. La tragédie ébranle bien plus que ce petit village de 6000 personnes. Il touche droit au cœur toute la planète hockey.

Deux jours plus tard, le Phœnix de Sherbrooke se préparait à franchir 6000 km en deux semaines sur les routes enneigées du Québec et des Maritimes. De nuit comme de jour. Direction Rouyn-Noranda et ensuite Bathurst. J’y étais, dans l’autobus, entouré de tous ces jeunes joueurs qui avaient le même âge que la plupart des disparus de Humboldt.

Puisqu’il ne manquait que 5 km lors de la série Huskies/Phœnix pour que l’organisation sherbrookoise s’évite un voyage dans la Réserve faunique de La Vérendrye, le directeur général Jocelyn Thibault avait demandé une dérogation à la LHJMQ. Si le directeur général adverse acceptait, la série serait disputée sous la formule de deux parties à l’extérieur, trois à domicile et deux autres à Rouyn si nécessaire. Ce qui veut dire que dans le cas d’un sixième et septième match, les équipes évitaient ainsi un voyage aller-retour entre Sherbrooke et l’Abitibi.

Mais pour une question financière et pour conserver l’avantage de la glace, durement gagné avouons-le, le directeur général adverse a refusé. La même situation s’est répétée dans le cas de la série contre le Titan d’Acadie-Bathurst. À cause de 15 petits kilomètres, la formule utilisée était la même que celle contre les Huskies : deux matchs à l’extérieur, deux matchs à domicile, le match numéro 5 à l’étranger, la partie suivante au Palais des sports et dans le cas d’un match ultime, le Phœnix aurait dû retourner à Bathurst.

Près de 1600 kilomètres de route pour une simple partie de hockey. 

Dans ma tête, tout cela était complètement insensé. Il fallait que ça change. La sécurité des joueurs est beaucoup plus importante que l’avantage de la glace, que l’argent et qu’une simple partie de hockey. 

Surtout que ces joueurs ne sont pas des professionnels. Ils demeurent des athlètes-étudiants qui doivent aussi se présenter sur les bancs d’école. 

Avec la tragédie de Humboldt, je savais d’ores et déjà que la LHJMQ se montrerait sensible à ce sujet. C’est à ce moment que j’ai écrit ma chronique intitulée « La LHJMQ doit se réveiller ». D’abord, pour faire connaître à tous cette absurdité. Ensuite, pour tenter de faire bouger les choses rapidement auprès du circuit Courteau. 

La saison suivante, la formule des séries a été changée. Les divisions ont été modifiées. Tout cela afin que les joueurs se retrouvent moins souvent et moins longtemps sur la route pour ainsi réduire les chances d’accidents. Ce qui est logique. 

Est-ce que ma chronique avait fait toute la différence? Je n’ai pas cette prétention. Mais j’ose croire que le message a été entendu. 

Cette chronique est probablement le texte que j’ai écrit qui a été le plus lu et le plus partagé lors des dernières années.

Elle n’avait toutefois pas du tout plu au directeur général du Titan, qui croyait alors que je l’accusais de ne pas avoir à cœur la sécurité des joueurs, allant jusqu’à fulminer dans son journal local. C’était son interprétation, mais ce n’était pas mon intention. Le message s’adressait avant tout à la ligue. Mon but était atteint, la LHJMQ avait enfin compris.

Quelques semaines plus tard, j’apprenais que je me retrouvais parmi les trois derniers finalistes aux prix Judith-Jasmin dans la catégorie Chronique de l’année au gala de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, en compagnie de deux excellents chroniqueurs : François Cardinal de La Presse et Mylène Moisan du Soleil.

Si j’ai pu pondre cette chronique, c’est parce que La Tribune a toujours considéré qu’en suivant le Phœnix partout et qu’en étant sur place, on s’offre le luxe d’aller tout droit vers la nouvelle dans l’optique de mieux servir les lecteurs.

Notre couverture serrée du Phœnix et de la LHJMQ me permet en effet d’interviewer les joueurs sur la route, de parler aux entraîneurs, de m’adresser directement à l’adversaire et surtout, de vivre l’événement différemment. Comme celui entourant la tragédie de Humboldt. Ce drame avait jeté un lourd silence dans l’autobus du Phœnix, m’inspirant ainsi cette chronique, qui sans voulant faire de mauvais jeux de mots, avait fait beaucoup de chemin.