Vincent Vallière

Du plaisir de se prêter la plume

On a en Estrie une sacrée belle gang de créateurs. Des faiseurs de magie, des inventeurs d’univers, des écrivains qui dessinent magnifiquement avec les mots, des artistes qui racontent des tas d’histoires jolies sur toiles, sur planches, sur disques.

Pour imager, on pourrait y aller d’un cliché : la région est une pépinière de talents créatifs, des artistes de tous horizons qui ajoutent de la couleur à notre paysage et du liant à notre colle collective.

Je le sais, je les côtoie de près. Depuis plusieurs années. 

Calepin et stylo en main, j’assiste à leurs soirées de première autant que je les rencontre avant le grand dévoilement de leur neuve création. Ils me racontent le pourquoi et le comment de leur nouvelle offrande. Ils me jasent de leur parcours, de leur vision, de l’élan qui les pousse, de ce qui nourrit leur imaginaire, de ce qu’ils espèrent transmettre à travers cette chanson, ce livre, cette pièce. 

J’essaie de tout capter, de retenir l’essentiel. La particularité de cette exposition, le noyau de ce roman, la beauté de cette œuvre dansée, la poésie imbriquée dans ce nouveau disque, la grandeur de cette nouveauté théâtrale.

Et à mon tour, je vous raconte. 

Concrètement, ça veut dire quoi?  

C’est vous exprimer à quel point était audacieuse cette création du Théâtre du Double signe et combien celle du Petit Théâtre de Sherbrooke a su toucher le cœur du jeune auditoire. C’est retracer les 20 ans de lumineuse création du Théâtre des Petites lanternes autant que les 90 ans d’histoire du Théâtre Granada. 

C’est vous faire découvrir les nouvelles productions des compagnies de danse sherbrookoises Axile et Sursaut, c’est vous parler du cinéaste sherbrookois Jérémy Comte avant, pendant et après son passage aux Oscar. C’est vous pointer l’expo qui s’installe au Musée des beaux-arts, à la Galerie du Centre culturel de l’UdeS, au Musée Beaulne de Coaticook, à la Maison des arts de et de la culture de Brompton, mais aussi dans tous ces autres lieux de diffusion où l’art visuel égaie les murs.  

C’est vous vanter les nouvelles créations des Adèle Blais, Mathieu Binette, Deborah Davis, Raphael Zweidler, Sandra Tremblay.

C’est vous chanter les louanges de la programmation du Centre culturel de l’UdeS, du Vieux Clocher de Magog, de la Petite Boîte noire et des nombreuses autres salles qui ouvrent leur scène et leur micro aux talents d’ici et d’ailleurs. C’est vous raconter les projets de Garou, Valaire, Hey Major, Alexandre Poulin, Tire le Coyote depuis les débuts de leur percée musicale. C’est vous parler des festivals nombreux qui animent nos rues et nos scènes extérieures, des productions qui traversent nos écrans pluriels, des nouveaux chapitres noircis par les Chantal Cadieux, Michèle Plomer, Robert Lalonde, Véronique Grenier, Patrick Nicol et tant d’autres voix littéraires d’ici. 

C’est vous amener dans les coulisses des Correspondances d’Eastman, tourner plume et projecteurs vers ceux qui écrivent. 

Et comme parler des auteurs, c’est nécessairement penser aux lecteurs, c’est encore répéter l’importance de la littérature et de tout ce que peuvent les mots. Ceux qu’on écrit à l’écran ou qu’on dépose dans un écrin de papier. Un roman, un journal quotidien, un essai, ce sont autant de clés pour mieux comprendre le monde autour. Pour voir plus loin, pour penser plus grand. 

L’enjeu, universel, touche les plus vieux autant que les tout petits, évidemment. C’est donc jaser un peu, beaucoup, intensément de l’ancrage que représentent les livres avec Yves Nadon et France Leduc, des Sherbrookois tellement convaincus qu’ils ont lancé leur propre maison d’édition jeunesse, D’eux, dont on suit la trajectoire tout étoile depuis ses débuts, il y a trois ans.

Je pourrais aligner les exemples encore et encore. Ce qu’on fait, au fond, c’est s’intéresser à tout ce qui fait l’actualité culturelle de la région. En suivant la parade, ça va de soi. Mais en essayant aussi de voir au-delà des locomotives dont tout le monde parle.

Un exemple? Déjà en 2012, bien avant que la machine médiatique s’emballe autour de David Goudreault, on vous jasait de l’écrivain alors qu’il faisait ses premiers pas d’auteur en signant un recueil de poésie. Avant ça, bien sûr, on vous avait vanté ses talents de slameur. Même chose pour Vincent Vallières, qu’on a découvert à l’époque de Trente arpents et qu’on a suivi, depuis. Suivi. Le mot est juste, je pense. Je regarde aller mes collègues, je jette un œil sur notre moteur collectif. On fait beaucoup ça, vous suivre. Pour relayer votre voix. Et vous faire entendre celles qui s’élèvent autour de vous. 

À coups d’idées et de mots, on tisse un pont à échelle humaine. Pour que le rendez-vous se passe. Pour que l’univers de tous ces bâtisseurs de beau puisse rencontrer le vôtre.