Olivier Comeau courait en Formule 1600 et rêvait de rouler sur le circuit Gilles-Villeneuve dans le cadre du Grand Prix du Canada.

Comeau en piste avec les grands

Même au terme d’une carrière de près de 40 ans marquée de nombreuses rencontres, j’apprécie toujours me rappeler ces moments de grands plaisirs que m’offrait la recherche de nouvelles susceptibles d’intéresser les lecteurs de la section des sports du journal La Tribune.

Non seulement ces rencontres me permettaient soit de faire le pont entre des individus, mais en plus, elles me fournissaient l’occasion de le raconter à nos lecteurs pour qu’ils profitent également de ces petits ou grands moments de pur plaisir.

Ici, j’ai le goût de vous rappeler ce jeune coureur automobile, qui au début des années 2000, devenait le premier pilote sherbrookois depuis le regretté Bertrand Fabi à tenir le volant d’une monoplace à un si haut niveau. Olivier Comeau courait en Formule 1600 et rêvait de rouler sur le circuit Gilles-Villeneuve dans le cadre du Grand Prix du Canada.

Pour inscrire sa voiture à cette épreuve dite nationale aux côtés des meilleurs pilotes canadiens de la série, Olivier Comeau avait besoin davantage que de bons résultats en course. Il lui fallait aussi une somme de 6000 $ pour assurer la préparation de son bolide. Lui, sa famille et toutes ces bonnes gens qui l’aidaient dans sa recherche de commandites n’avaient pu réunir plus de 2000 $.

Dans notre salle de rédaction, on se disait qu’il aurait été intéressant de lire les commentaires d’Olivier nous racontant sa course au Grand Prix du Canada ainsi que ces moments à côtoyer les meilleurs pilotes au monde en Formule Un, présents à Montréal pendant ce même week-end. Faute des sommes nécessaires, tout cela devenait impossible, Olivier ne pourrait prendre le départ en Formule 1600. 

Au journal, on s’est mis à rêver : il pourrait au moins représenter La Tribune aux abords du circuit Gilles-Villeneuve et nous faire part de ses commentaires et de ses sensations…

C’aurait été trop beau! Impossible que la FIA accepte de fournir un accès média à un individu s’improvisant journaliste. Toutes les demandes d’accréditation sont scrutées et aucun passe-droit ne peut être accordé, m’avait-on fait comprendre en haut lieu. Pourtant, on comprenait la situation dans laquelle se trouvait Comeau, qui avait même dû se résoudre à vendre les deux billets que Normand Legault, le grand patron du Grand Prix du Canada à l’époque, lui avait offerts pour assister aux courses du week-end. Ils les avaient bien monnayés, mais demeurait tout de même loin des 6000 $ recherchés!

Rien à faire. Jusqu’à ce qu’un amateur à qui je racontais les efforts déployés par Olivier me lance tout bonnement : « Dis-lui de m’appeler, il aura la somme nécessaire à la préparation de sa voiture, mais je tiens à ce que cela demeure confidentiel! »

Wow! Je ne pouvais pas identifier ce généreux donateur dans nos pages, mais rien ne m’empêchait d’annoncer que notre jeune pilote serait finalement de la course et de relater les délicieux moments de cette annonce.

Il me fallait donc le joindre pour lui parler, et le plus tôt serait le mieux. Pendant que mes efforts demeuraient vains, j’avisais notre photographe qu’il lui fallait être prêt à venir à la rencontre d’Olivier dès que je le trouverais et que je tenais à ce qu’il immortalise ce moment.

Quelques instants plus tard, c’est le photographe qui me rappelle. « Pierre, je te passe Olivier Comeau. » 

En assignation à une exposition de voitures modifiées, ce sapré photographe – Claude Poulin pour ceux qui s’en souviennent – avait croisé notre jeune pilote.

Je cours à leur rencontre et les retrouve dans le stationnement où une pluie légère commence à tomber. Sans détour ni préambule, j’annonce à Olivier qu’il peut téléphoner à son écurie. Il ne s’y attend tellement pas qu’il me faut lui préciser que son écurie peut commencer à préparer la voiture pour la course inscrite au Grand Prix du Canada à Montréal. 

Facile de voir la joie monter en lui, un plaisir toutefois géré par un tempérament de pilote capable de garder son calme peu importe les circonstances.

Personnellement, je venais d’avoir mon moment. Olivier a eu le sien quelques jours plus tard dans sa course de Formule 1600, mais aussi lors de ses visites dans les hangars des écuries de la Formule Un. 

« C’est mongol! C’est incroyable! » relatait le jeune pilote dans les heures suivantes. 

Près de 20 ans plus tard, c’est toujours mongol, et j’en frissonne encore!

Pierre Turgeon a été journaliste pendant 44 ans, dont 38 années à La Tribune où il a œuvré tout particulièrement à la section des sports jusqu’en mai 2014.