Ces gens, ces histoires

Les gens. Toujours, les gens.

Quand je suis arrivée à La Tribune, c’était un peu avant le bogue de l’an 2000 qui n’a finalement pas eu lieu, j’ai d’abord été la fille à la section des sports. La fille au hockey, au volley, au basket, au ski, au football, à l’athlétisme, au cross-country, au cyclisme, au patinage, qu’il soit artistique ou de vitesse.

Mais j’étais surtout journaliste des sportifs. Les statistiques, les classements, les résultats, c’est bien, mais leurs efforts, leurs ambitions, leurs défaites, leurs dépassements, leur détermination, leurs histoires, très humaines en fait, c’est ce qui m’intéressait. C’est ce que j’avais envie de raconter.

Raconter Sarah Vaillancourt qui prédit sa carrière olympique alors qu’elle regarde les Canadiennes vaincre les Américaines, rivée sur la télé, dans le sous-sol de la maison familiale, entourée de ses amies des Faucons bantam. Raconter Josée Bélanger qui relève son lot de défis en route vers sa propre médaille, raconter Annie Perreault, Mathieu Turcotte, les frères Boisvert et Kim Boutin qui se relaient sur l’anneau de glace, raconter Alex Genest, Dominique Bilodeau ou les Foley sur piste, pelouse et sentiers accidentés, raconter Diane Roy, Carl Marquis et Jacques Martin qui brisent des records et des préjugés, raconter l’attitude et la précision parfaites des volleyeuses Mélissa Raymond, Annie Martin, Annie Lévesque, Marie-Christine Pruneau et compagnie du Vert & Or au championnat canadien universitaire, à Saskatoon, en 2005.

Raconter aussi des jeunes qui les observent, les admirent, s’en inspirent, les imitent, au gré de jeux du Québec d’hiver et d’été, de championnats, de tournois et de compétitions maison dont les honneurs sont peut-être moins célébrés, mais dont l’impact n’est jamais à négliger chez chaque humain en quête de repères et de modèles.

Quand j’ai quitté les sports, j’ai embrassé chaque mission qui me fût confiée, et j’ai gardé en moi ce désir des gens et de leurs histoires.

Vous êtes citoyens, artistes, créateurs, gens d’affaires, politiques, travailleurs du communautaire, agriculteurs, gens de la ville ou de la campagne, jeunes ou moins qu’avant, chacun dans sa vie et ses préoccupations, ses envies, ses doutes, ses avancées.

Vous vous battez pour votre vie, pour faire respecter vos droits ou ceux des autres, pour un monde meilleur, pour le pouvoir, pour la justice, pour le bien commun.

Vous cherchez la vérité, la sécurité, des problèmes, des solutions, le succès, un réseau, de l’approbation, le trouble aussi, parfois.

Vous créez de l’art, de la richesse, des œuvres, de l’emploi, des liens, de la beauté, des alliances, des remises en question, de la folie.

Vous réfléchissez votre quartier, votre ville, vos transports, votre rythme de vie, votre environnement, votre avenir, votre communauté.

Vous vous unissez pour une bonne cause, pour vous dépasser, pour faire front.

Vous proposez des débats, des pistes de réflexion, des produits locaux, des événements rassembleurs, des spectacles coup de cœur, des textes coup de poing, des coups de gueule publics, des visions différentes, des excuses, des réconciliations, des moyens auxquels on n’avait pas encore pensés.

Vous êtes ces gens, ces histoires, cette région qui s’anime, se coopère, se soutient, se complète, s’invente et se réinvente.

Vous êtes ce journal.

Et nous sommes saprement fiers de vous raconter.