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Votre journal, votre quotidien

« Sans La Tribune, qui va parler de nous ? »

Un journal. Qu’est-ce que c’est, au fond? Ce n’est ni du papier, ni une application numérique, ni un site où se côtoient les histoires du jour et les nouvelles de dernière heure. En fait, oui, un journal, c’est tout ça. Mais c’est beaucoup plus. Tellement plus. Un journal, c’est le point de rencontre d’une collectivité, de ses citoyens, de ses acteurs du milieu communautaire, étudiant, culturel, sportif, politique, institutionnel, entrepreneurial.

Le point de rencontre de leurs discussions, de leurs débats, de leurs réflexions, de leurs opinions, de leurs idées, de leurs projets, de leurs actions. Le point de rencontre d’une histoire qui s’écrit, d’une communauté qui se remet en question, qui se pense, qui se projette, qui s’unit, qui se bâtit. La Tribune est ce point de rencontre entre les Estriens, du Val vers le Haut, des Sources jusqu’au Granit, de la Coaticook au Memphrémagog, du Grand Sherbrooke au Sherbylove. Les Estriens écrivent leur histoire, dans nos pages. Nous écrivons ensemble notre histoire. Notre quotidien.

Si La Tribune n’y est plus, qui va parler du bon début de saison du Phœnix, du prochain concert de l’OSS, des campagnes de la Fondation du CHUS, des décisions, controversées ou non, du conseil municipal? 

Qui va faire connaître l’étoile montante en patinage de vitesse, les jeunes qui posent des gestes pour protéger la planète, l’organisme qui tient une soirée de financement vitale pour lui, le nouveau chanteur d’ici qu’on verra bientôt sur de grandes scènes?

« Si on n’a plus de journal local, qui va parler de nous autres, lance Jean Perrault. Si on n’a plus ça comme société sherbrookoise, on va mourir. »

Maire de Sherbrooke pendant 15 ans, l’homme estime pourtant s’être fait brasser « plus souvent qu’à son tour » par les journalistes, chroniqueurs et éditorialistes du quotidien de la rue Roy. Loin d’être revanchard, il s’est plutôt levé spontanément pour rallier une vingtaine de leaders du milieu prêts à soutenir la relance de La Tribune. Il a déposé un mémoire à la Commission parlementaire sur l’avenir des médias. Et depuis deux mois, il ne ménage aucun effort pour transformer ces appuis en aides concrètes.

« Je n’aurais jamais pensé dans ma vie professionnelle ou comme citoyen que le journal La Tribune serait en danger. Qu’un matin on n’aurait plus ce média régional. Un journal, plaide-t-il, c’est une écriture qui demeure. Notre histoire, on la trouve dans les pages du journal, dans tous les sujets qui y ont été écrits. »

Jean Perrault partage une longue histoire avec La Tribune. « Quand j’ai fini 6e au Championnat du monde de ski nautique en 1963, Denis Messier avait écrit un article grand comme ça », relate-t-il, en écartant deux doigts pour montrer la taille d’un entrefilet dans le journal. « J’étais tellement content de continuer à m’entraîner après ça! Quand je voyais ma photo sur le journal, j’étais fier, et ma mère aussi! »

Son nom est apparu dans une longue liste d’articles et d’entrefilets durant le demi-siècle qui a suivi, d’autant plus quand il a fait le saut à la mairie en 1994. Monsieur Sherbrooke, comme on aime le surnommer, pointe les murales de Murirs, le maintien de l’Hôtel-Dieu, la fusion municipale de 2002 et la Cité des rivières comme dossiers marquants.

Ce dernier projet a occupé deux campagnes électorales. Il fallait acheter des terrains et des immeubles autour du lac des Nations et sur les rives de la Magog, mais les contribuables argumentaient qu’il y avait des besoins plus pressants en ville. 

« On s’est fait brasser en tabarouette par le journal et par les citoyens, mais ce que j’ai compris à travers toute cette réflexion-là, c’est qu’on devait offrir l’accès au lac des Nations aux citoyens avant de l’offrir aux visiteurs. On n’avait jamais vu ça venir dans notre plan. À cause des échanges avec les médias, les consultations, les prises de position éditoriale, on est arrivé à un meilleur projet que les gens se sont approprié. (…) Aujourd’hui, les gens en sont fiers, ils vont prendre des marches, ils amènent des visiteurs, on a réussi avec l’aide de tout le monde », clame M. Perrault.

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10 décennies, 10 batailles

En bientôt 110 ans d’histoire, La Tribune a toujours été témoin et reflet de sa communauté, partie prenante aux petits débats comme aux grandes batailles. Coup d’œil sur 10 enjeux qui ont fait couler de l’encre durant le dernier siècle.

Après la municipalisation de l’électricité en 1908, les années 1910 voient le réseau croître de façon importante pour soutenir le développement industriel. En 1911 et en 1917, la Ville de Sherbrooke doit emprunter pour construire la centrale Rock Forest sur la rivière Magog, puis acquérir le barrage Weedon sur la rivière Saint-François. À ces deux occasions, au nom du progrès, La Tribune se prononce favorablement. Hydro-Sherbrooke est aujourd’hui le plus important réseau municipal d’électricité au Québec.

1920-1929

Devant le nombre grandissant d’accidents de la route, La Tribune monte au créneau en 1924 pour exiger des agents de circulation aux carrefours jugés dangereux de la ville, notamment à côté de l’édifice qu’elle occupe sur la rue Dufferin. Il faut dire qu’il est difficile de voir arriver les voitures, à moteur ou à cheval, ainsi que les piétons au coin des rues Frontenac et Marquette. L’indiscipline des conducteurs est aussi montrée du doigt. Sept poteaux de signalisation feront leur apparition cette année-là. Présentés comme une innovation, ils seront financés par le fabricant de cigarettes Rex.

1930-1939

Après le krach de 1929, les Cantons-de-l’Est sont aux prises avec un grave problème de chômage qui laisse des familles complètement démunies. Des soupes populaires, appelées « cuisines municipales », sont mises en place dans plusieurs localités. Les coûts de cette mesure soulèvent toutefois de chauds débats dans les hôtels de ville. La Tribune prendra part à la réflexion en ouvrant ses pages au tribun ecclésiastique Ira Bourassa, un grand pourfendeur de la bourgeoisie sherbrookoise, puis en proposant en éditorial une véritable politique de colonisation.

1940-1949

En pleine guerre, en 1942, le premier ministre Mackenzie King organise en référendum pancanadien pour se désengager de sa promesse de ne pas rendre la conscription obligatoire. Durant tout le mois d’avril les camps du oui et du non publient des pages de publicité dans La Tribune. Même si le journal ne prend pas position de manière officielle, il est facile de percevoir l’allégeance libérale de son propriétaire, Me Jacob Nicol. Le jour du plébiscite, La Tribune se permet d’insister sur les rumeurs d’invasion européenne. Le 27 avril, Mackenzie King obtient carte blanche malgré l’opposition de sept Québécois sur dix.

1950-1959

Trente ans après la traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh et les premières pressions de la Chambre de commerce de Sherbrooke pour que la région se dote d’une piste d’atterrissage, la Ville achète les terrains nécessaires pour se doter d’un aéroport. « Il est certain qu’un centre urbain comme Sherbrooke ne peut que voir s’accélérer son développement par suite de l’installation d’un aéroport à proximité de ses limites », écrit La Tribune en éditorial le 12 septembre 1957, alors que plusieurs citoyens jugent salée la facture de 135 000 $. Il faudra attendre 1964 avant que la piste soit inaugurée.

1960-1969

Menée par le président-éditeur de La Tribune Me Paul Desruisseaux, une délégation d’une quarantaine de politiciens municipaux et de manufacturiers se déplace à Québec, en 1960, pour convaincre le gouvernement de Jean Lesage d’aller de l’avant avec la construction de l’autoroute 10. Cela fait plus de trois ans que la région se tiraille sur le tracé à retenir, au risque de torpiller ses chances d’obtenir le projet. Cette pression politique menée par La Tribune a un effet immédiat. L’autoroute des Cantons-de-l’Est sera achevée en décembre 1964.

1970-1979

Dans la foulée de l’entrée en vigueur de la Loi sur les parcs, le gouvernement québécois tient des audiences publiques à Sherbrooke, en 1979, sur l’avenir du parc du Mont-Orford. Le Ministère veut exclure le centre de ski alpin, le terrain de golf et le Centre d’arts Orford des limites de l’aire protégée pour leur accorder un statut de centre touristique, tandis que les exploitants touristiques estiment que cette proposition manque d’envergure. Un éditorial de La Tribune invite le ministre Yves Duhaime à se rendre à la volonté régionale. À la fin de l’été, il annoncera un plan d’investissement de 4,7 M$ destiné à agrandir et à aménager le parc du Mont-Orford et confirme la vocation récréative du massif.

1980-1989

Tout Windsor est en alerte en 1985 : Domtar pourrait quitter la ville. La compagnie papetière caresse le projet de construire un complexe ultramoderne de 1,2 milliard $ mais réclame de l’aide financière. Un front commun des politiciens locaux, syndiqués, producteurs de bois et de la direction de l’usine mène une cabale à Québec et à Ottawa et La Tribune suit quotidiennement les tractations pendant plusieurs semaines, en plus de condamner, dans un éditorial, la lenteur et les tergiversations du gouvernement Mulroney dans ce dossier. Quand le dossier a débloqué en avril, le ministre québécois du Travail Raynald Fréchette a souligné la force du consensus régional. La nouvelle usine commencera à produire deux ans plus tard.

1990-1999

L’Estrie a longtemps rêvé d’une école universitaire de musique pour compléter son parcours musical coordonné qui allait du primaire au collégial. L’Université de Sherbrooke s’est lancée, mais son école de musique s’est heurtée à des mesures d’austérité et a dû fermer ses portes en 1985, après avoir accueilli à peine une dizaine d’élèves. La même année, l’UdeS profite du sommet socioéconomique de l’Estrie pour relancer son projet, mais même si les décideurs se rangent derrière cette proposition, elle tarde à se concrétiser. Il faudra attendre le début des années 1990 pour que les tractations politiques du rectorat et du député libéral André J. Hamel aient gain de cause. L’inauguration de l’école de musique a lieu le 6 février 1993, après 15 ans d’attente.

2000-2009

À l’automne 2000, le projet de rénovation de Saint-Vincent-de-Paul piétine. Depuis trois ans, les autorités régionales de la santé cherchent à convertir l’ancien hôpital en résidence pour personnes âgées, mais n’arrivent pas à obtenir l’argent nécessaire de Québec. En attendant, plus de 150 pensionnaires de la Résidence de l’Estrie vivent dans des installations désuètes. Le chroniqueur de La Tribune Mario Goupil sonne la charge le 12 décembre. Une série d’articles et d’éditoriaux suivent et donnent des munitions au chef de l’opposition et député de Sherbrooke Jean Charest pour attaquer le gouvernement péquiste. Le 21 décembre, l’annonce tant attendue arrive enfin. Près de 200 personnes déménageront dans l’hôpital reconverti à l’été 2002.

Extraits d’une rubrique intitulée « La bataille de l’époque », publiée dans l’édition de collection des 100 ans de La Tribune, le 17 février 2010.

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Une dénonciation qui mène au changement

Tout a commencé par un courriel anonyme. « Nous avons besoin de votre aide pour déclarer des incidents dans notre centre. Je suis employée au CSSS-IUGS pavillon Argyll de Sherbrooke. Nous avons deux hommes (des patients) qui agressent les dames de notre étage sans que nous puissions rien faire, car la gérance se fout la tête dans le sable et minimise cette situation. »

Le courriel est entré à 22 h 38 un jeudi. Il contenait quelques fautes de syntaxe. Mais le cri du cœur était franc. Le sentiment d’impuissance et d’injustice y était exprimé sans cachette.

Il était question de deux agresseurs présumés, des résidents, qui tripotaient les seins, les fesses ou le sexe de femmes vulnérables, des résidentes également. Les victimes comme les agresseurs présumés avaient des pertes cognitives allant de légères à sévères. Parfois ces mêmes résidents se masturbaient devant leurs victimes et un d’eux avait déjà été surpris alors qu’il incitait une d’entre elles, confuse, à le faire pour lui. 

Des femmes encore suffisamment lucides avaient tellement peur qu’elles n’osaient plus sortir de leur chambre. Certaines avaient fait mettre un gros « stop » rouge devant leur porte ou demandaient que leur demi-porte soit fermée. « Elles se mettent en contention elles-mêmes pour se protéger. Imaginez celles qui sont sans défense!!! »

Tout ça se déroulait sous les yeux d’employés. Des rapports d’incident étaient remplis par des membres du personnel sans que rien ne change. Et ce depuis des années. 

Le lendemain, je répondais à mon interlocutrice que je prenais son courriel très au sérieux et trouvais son geste très courageux. Je lui ai demandé comment je pouvais la contacter. Dès le deuxième courriel, elle me donnait son nom et son numéro de téléphone. L’histoire méritait d’être racontée, mais d’abord, je devais m’assurer que ma source était crédible. 

Pour donner du poids à son témoignage, je lui ai demandé de convaincre des collègues de se joindre à nous lors d’une rencontre dans un café en dehors des heures de pointe. La démarche a pris quelques semaines. Puis, trois employés ont pu être entendus.

Selon ces employés, la direction était au courant de la situation, à cause des rapports d’incident, notamment. Les témoins étaient aussi persuadés que les familles n’étaient pas toujours avisées lorsque des attouchements étaient commis sur leurs proches.  

« La seule règle qu’on a face à cela, c’est de les séparer quand on voit l’homme agresser une patiente et c’est tout. La gérance ne veut pas l’enfermer, car il crie tout le temps et c’est dérangeant pour les autres patients. LOL!!! On nous dit qu’il n’y a pas d’autre place pour lui. » 

« Je suis tannée de me mettre la tête dans le sable alors je vous déclare cette situation, aidez-nous svp en déclarant cette situation publiquement. On ne veut pas faire de plainte à la police parce qu’on a peur de perdre notre emploi. On n’a pas la solution, mais on souhaite que ça cesse. »

Après avoir recueilli le témoignage des trois employés, je suis allée en réactions auprès de Réjean Hébert, ancien ministre de la Santé et gériatre, et de Me Jean-Pierre Ménard, grand défenseur des usagers du système de santé au Québec.

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Se découvrir un frère par hasard

« Es-tu certain que ça intéressera les gens? » a demandé Jouhainna Lebel avant d’accorder une entrevue. Née à Macao, adoptée par une famille québécoise, elle était remuée d’un reportage de l’émission Deuxième Chance diffusé en janvier 2017. À l’écran, le journaliste Pascal Robidas, dont le parcours est semblable au sien, retrouvait sa mère biologique à Macao.

La Sherbrookoise songeait depuis une quinzaine d’années à se lancer sur les traces de sa famille biologique. Après deux visionnements des retrouvailles heureuses, Jouhainna Lebel a senti l’appel de ses origines. Profitant de l’année du coq, symbole du renouveau dans le calendrier chinois, elle a amorcé des recherches pour retrouver sa mère.

Selon les renseignements dont elle disposait, Jouhainna avait probablement un frère et une sœur. Celle qui lui a donné la vie, elle, était vraisemblablement décédée.

Un peu fébrile, un brin pudique, la Sherbrookoise se racontait attablée dans un café, par un matin pluvieux. Ses confidences ouvriraient pourtant la porte sur un pan énorme de sa propre histoire. Cherchant sa famille à Macao, elle a plutôt trouvé son frère… à Sherbrooke.

Paul-André Brissette était un ami de son ex-conjoint. Elle l’avait aussi déjà croisé dans un cours à l’université, 17 ans plus tôt. Mais Paul-André et Jouhainna n’avaient jamais eu que des discussions polies. 

C’est à la lecture de l’article de La Tribune que Paul-André Brissette a repris contact. Adopté à Macao lui aussi, il se croyait fils unique. En textant naïvement la photo du passeport de son enfance à Jouhainna, il suggérait surtout de mener des recherches parallèles pour retrouver leur famille respective.

Surprise! Le nom de famille sur le passeport Paul-André, Monteiro, était aussi celui apparaissant sur les documents de Jouhainna. « À la blague, je lui ai tout de suite écrit qu’il était mon frère », dit la jeune femme. 

Sauf que les faits concordaient un peu trop pour que ce ne soit qu’une coïncidence. Les deux Sherbrookois ont risqué le test d’ADN. Le 29 mars 2017, les résultats arrivent. Les probabilités que Jouhainna et Paul-André soient frère et sœur sont de 99,9 %.

Les événements se sont enchaînés. Le Québec en entier a raconté l’histoire improbable de cette fratrie. Le duo a foulé le plateau de Tout le monde en parle et s’est même envolé pour la France pour l’émission Mille et une vies. 

« L’ampleur médiatique m’a surprise. De ma perception, je suis quelqu’un d’ordinaire. C’est une histoire inusitée, mais il y a plusieurs autres belles histoires. Dans mon imaginaire, la Chine, c’était à l’autre bout du monde. Je n’avais pas fait de recherches avant parce que je ne savais pas comment m’y pendre. Grâce à La Tribune, les choses se sont enchaînées. J’ai reçu des messages de gens nés au Brésil, au Vénézuéla, de gens qui commençaient des recherches. Je leur ai donné des pistes. Je suis contente que ça crée une chaîne d’entraide parce que je ne suis pas toute seule à avoir cette quête » commente aujourd’hui Jouhainna Lebel. 

« Si je n’avais pas raconté mon histoire, Paul-André ne m’aurait jamais montré son passeport. Je ne pense pas que je serais arrivée à le retrouver, parce que la Croix-Rouge m’avait confirmé le décès de ma mère biologique et qu’il n’y avait pas de traces que mon frère avait été adopté au Québec… Je ne vois pas comment j’aurais pu le retrouver. »

Paul-André et Jouhainna ont appris à apprivoiser le lien qui les unit. « Nous nous voyons plus fréquemment, comme une vraie famille. Il n’y a rien de négatif jusqu’à maintenant. Tout s’est fait naturellement. La chimie est bonne. Je suis chanceuse qu’on s’entende bien. C’est certain qu’on n’a pas grandi ensemble, mais ce qui a aidé, c’est que je le connaissais un peu avant et que nous avons été élevés avec la même culture. Je trouve qu’on a pas mal les mêmes traits de personnalité. Je me retrouve beaucoup dans son attitude. On partage la même perception des choses. »

Les recherches se sont poursuivies. Aujourd’hui, le contact est régulier avec trois cousines vivant à Macao. Elles ont répondu à plusieurs questions. Jouhainna et Paul-André savent qu’ils ont deux autres sœurs. Depuis plus de deux ans, ils songent à visiter le pays qui les a vus naître.

« Nous gardons un intérêt d’aller voir notre famille en vrai, mais l’urgence est peut-être moins présente maintenant que nous avons des réponses. J’aimerais que mes enfants viennent, mais peut-être pas au début. Je veux prendre le temps d’absorber ce qui se passera. Ce ne sera peut-être pas en 2020, mais j’aimerais que ce soit avant cinq ans. Ma vie a changé du point de vue de ma quête identitaire. J’ai comblé ce besoin de ce savoir à qui je ressemblais. Je suis reconnaissante que ma mère ait choisi l’adoption. Je suis heureuse. »

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Mettre la lumière sur les enfants de la DPJ

Je me souviendrai toujours de cette conversation avec un jeune garçon, appelons-le Jonathan pour préserver son anonymat. Il avait alors huit ans, mais physiquement, il semblait bien plus jeune. Il était intrigué par ma visite dans son unité de réadaptation à Val-du-lac. Après un simple bonjour de ma part, il m’a lancé : « Moi j’ai besoin d’une famille. J’aimerais ça avoir une famille. Je m’ennuie. »

J’ai été sans mot. Les larmes aux yeux. Le cœur tordu. Et ma volonté de faire connaître ces enfants négligés, les plus vulnérables de l’Estrie, n’en a été que renforcée.

Quelques mois plus tôt, j’avais été invitée à assister à une fête de Noël avec des grands ados hébergés à Val-du-lac, le centre d’hébergement et de réadaptation en protection de la jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS qui héberge jusqu’à 250 enfants différents chaque année. Des jeunes souvent en crise qui peuvent sembler froids, baveux, qui pourraient avoir l’air difficiles à aimer au premier abord, mais que j’ai aussitôt perçus comme des êtres fragiles, sensibles, sur la défensive, craintifs.

« Pourquoi vous venez nous voir? C’est quoi l’intérêt pour le journal? On est juste des jeunes en réadapt », m’a lancé l’un d’entre eux.

L’intérêt, c’était de sortir ces enfants de l’ombre. De les mettre en lumière, même. De montrer à la population qu’il y a des enfants en difficultés ici, chez nous, peut-être même dans notre quartier, sinon dans celui d’à côté, ici, là, à Sherbrooke, à Magog, à Coaticook, à East Angus, chez nous, ici en Estrie.

Depuis la création du CIUSSS de l’Estrie-CHUS le 1er avril 2015, les hôpitaux ont en effet fait la manchette de La Tribune à de multiples reprises. Les CHSLD aussi. Les salles d’urgence et les supercliniques ont fait couler beaucoup d’encre. La vaccination des enfants et les pics d’influenza aussi. Et que dire du temps d’attente pour voir un médecin spécialiste ou pour subir une chirurgie?

Mais a-t-on entendu parler des services sociaux consacrés aux jeunes en particulier? Non. Avant le drame qui a coûté la vie à une fillette de Granby connue de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au printemps 2019, les médias québécois s’intéressaient bien trop peu à la réalité qui entoure ces enfants négligés, ces enfances blessées, ces jeunes si vulnérables.

Un silence que j’ai décidé de briser dans les pages de La Tribune. J’ai décidé d’aller voir ces enfants ainsi que les familles et les travailleurs qui les entourent, de leur offrir une vitrine, de travailler, article par article, pour aider la population à jeter un regard nouveau et bienveillant sur la réalité de ces enfants qui ont trop peu, qui n’ont rien parfois. J’ai voulu lever le voile sur des réalités méconnues et briser des tabous, un par un.

Au centre jeunesse comme ailleurs dans le système de santé, les problèmes liés à la pénurie de personnel ont fait mal ces dernières années. Ajoutez à ça un climat difficile lié au travail avec des jeunes qui contrôlent mal leur agressivité, et vous avez à Val-du-lac un milieu fragile.

Et c’est ainsi qu’après plusieurs mois d’enquête, j’ai présenté à l’automne 2018 un dossier intitulé « Le Centre jeunesse en crise » où j’abordais les conséquences, multiples, des employés qui quittaient en grande quantité en congés maladie.

Nous avons également parlé souvent et longuement des listes d’attente record pour l’évaluation des demandes à la DPJ.

Il faut parler de ces réalités difficiles qui font la manchette. Mais il y a aussi un autre volet encore plus méconnu. En effet, quand on parle d’un centre jeunesse comme Val-du-lac, on se rend bien compte qu’il s’agit du dernier filet social, l’endroit où l’on amène les enfants quand rien ne va plus ailleurs. Ils sont 

Mais sinon, où envoie-t-on les enfants et les ados qui ne fonctionnent plus dans leurs familles ou qui ont carrément connu l’abandon parental?

Les autres sont hébergés dans des familles d’accueil. Environ 450 adolescents, garçons et filles, ont besoin d’une famille d’accueil annuellement sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS afin de les aider à cheminer. C’est un peu moins que les enfants de 0 à 12 ans qui sont environ 550 à passer du temps auprès d’une famille d’accueil chaque année.

Savez-vous qu’il existe aussi des résidences d’accueil pour les adultes qui souffrent de déficiences physiques ou intellectuelles ou encore du trouble du spectre de l’autisme, des personnes adultes, peut-être, mais aussi fortement vulnérables? Ces familles-là aussi je les ai visitées. J’ai raconté des histoires de cœur, de nuits blanches, d’amour, de courage. Des histoires de revers et de bémols également.

Savez-vous qu’il est possible d’adopter un enfant québécois par le biais de ce qui est appelé dans le jargon des services sociaux la « banque mixte »? En effet, une quarantaine d’enfants pourraient être adoptés chaque année en Estrie.

Un enfant, c’est l’histoire de toute une société. Chacun peut faire une différence tout de suite et maintenant. « Comme société, on peut collaborer de bien des façons pour avoir un impact positif sur un enfant et une famille. Parfois, il suffit d’un seul adulte qui se préoccupe assez d’un enfant pour faire toute la différence pour cet enfant. On a tous des enfants dans notre entourage. Est-ce qu’on ne pourrait pas s’arrêter, cinq minutes, pour lui demander comment ça va et leur offrir notre aide s’ils en ont besoin? Il y a des gestes très simples qu’on peut poser pour aider des enfants et leurs parents dans des périodes plus difficiles », avait suggéré l’ancien directeur de la protection de la jeunesse Alain Trudel en entrevue à La Tribune.

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La pollution lumineuse, du ciel étoilé aux risques de cancers

Il y a quinze ans, l’expression « pollution lumineuse » dessinait parfois des points d’interrogation sur le visage des gens. La problématique soulevait des préoccupations pour la survie du ciel étoilé et, du même coup, pour les activités de l’Observatoire du Mont-Mégantic (OMM). Aujourd’hui, le sujet est devenu une préoccupation de santé publique : on ne s’inquiète pas seulement de voir la Voie lactée, mais aussi des liens qu’il pourrait y avoir avec l’apparition de certains cancers. La Tribune s’intéresse au sujet depuis un peu plus de 15 ans. Elle en a discuté avec Martin Aubé, professeur au Cégep de Sherbrooke et astrophysicien.

Si la pollution lumineuse a d’abord fait du bruit pour la survie du ciel étoilé et les craintes des scientifiques, l’absence d’obscurité a rapidement été soulevée en raison des impacts sur les troubles du sommeil, de même que des conséquences sur la migration de certaines espèces d’oiseaux, et même sur certains insectes et papillons. L’OMM est non seulement vu comme un outil de développement économique, il est aussi le symbole et la fierté de toute une région, rappelle M. Aubé. Or, la problématique environnementale dépassait la question des activités scientifiques de l’OMM.

Les craintes se sont fait entendre dans l’espace public. 

« C’est une concordance aussi avec l’arrivée des LED (diode électroluminescente, souvent appelée DEL). Il y avait quelques études sur la santé, mais il n’y avait pas grand-chose qui existait; assez pour dire qu’il y a quelque chose qui se passe là, mais pas beaucoup plus que ça. Même si ce n’était pas mon domaine, j’avais vu quelques articles là-dessus. Quand j’ai vu arriver les LED, j’ai tout de suite vu qu’il y avait un problème (...) »

« Quand la problématique des LED a été identifiée, ç’a explosé carrément. C’est encore un domaine pas si connu en recherche, mais par rapport à 2002, ça n’a rien à voir. Il y a beaucoup plus de chercheurs, surtout du côté biologique. » 

Le problème avec ce type d’éclairage, c’est la lumière bleue que l’on retrouve dans le spectre lumineux. La lumière bleue est entre autres montrée du doigt parce qu’elle favoriserait la suppression de la mélatonine, l’hormone du sommeil.

« L’arrivée des LED menaçait le ciel étoilé. On sentait que c’était comme une marée qui s’en venait (...) En santé, on devait appliquer le principe de précaution, parce qu’on ne savait pas tout à l’époque. » 

L’astrophysicien de formation ne s’intéressait pas à la santé initialement. « C’est là que j’ai fait mon coming out », lance-t-il en souriant. 

De plus en plus d’inquiétudes

Une étude internationale à laquelle a participé Martin Aubé montre que l’exposition nocturne à la lumière bleue pourrait être associée à un risque accru de souffrir d’un cancer du sein ou de la prostate. Les résultats ont été dévoilés l’année dernière. Les participants de l’enquête des zones plus exposées à Madrid et Barcelone avaient 1,5 fois plus de risques de souffrir du cancer du sein, et deux fois plus de risques d’être atteints d’un cancer de la prostate, a montré l’étude.

« On a trouvé le même résultat pour le cancer colorectal (1,6 fois) », ajoute M. Aubé, en soulignant que ces résultats sont en cours d’évaluation.

La possibilité d’éviter l’apparition de cancers motive énormément le chercheur. Parfois, les scientifiques ont peur de s’avancer parce qu’ils n’ont pas toute la preuve devant eux. « Des fois, c’est vrai que l’on n’a pas la preuve totale. En science, on aime ça avoir la preuve. Je me disais qu’on irait avec le principe de précaution. De mon point de vue, ce n’est pas vrai que quand tu détiens un savoir, même s’il n’est pas complet, et que tu suspectes telle affaire, tu ne vas pas en parler. » « Là-dessus, La Tribune a eu une importance majeure », dit-il au sujet de la diffusion des résultats. 

La pollution lumineuse s’est aussi mise à prendre de plus en plus de place dans l’espace public avec la création de la toute première réserve de ciel étoilé du parc national du Mont-Mégantic. L’initiative a fait rayonner la région et son expertise un peu partout sur la planète. 

La pollution lumineuse est maintenant une préoccupation de société. « Je pense qu’ici c’est bien intégré, en particulier en Estrie, et au Québec en général. Ça donne lieu à des débats intéressants; il y a des pays où c’est moins fort. Mais je dirais que globalement, c’est pas mal présent. » 

C’est un peu par hasard si Martin Aubé a orienté ses recherches dans ce domaine; au départ, il s’intéressait principalement aux polluants atmosphériques. C’est entre les murs du Cégep de Sherbrooke que des étudiants se sont mis à creuser la question, au sein du Groupe de recherche et d’applications en physique au Cégep de Sherbrooke (GRAPHYCS).

« Au niveau pédagogique, c’est extraordinaire. C’était quelque chose de nouveau. En sciences en général, on a un volet théorique et des laboratoires. Habituellement, on va vérifier des choses que l’on connaît depuis des lunes, lance-t-il en citant l’exemple de la gravité. Les étudiants sont confrontés à des problèmes nouveaux, ils se sont rendu compte que je ne peux pas répondre à leurs questions. » 

GRAPHYCS n’existe plus à proprement parler, mais les étudiants de Martin Aubé travaillent directement sur le terrain sur des aspects très concrets de cette problématique. Ses étudiants sont tellement motivés qu’ils en oublient de prendre des pauses pendant leurs cours, raconte en riant M. Aubé. Ces étudiants ont d’ailleurs régulièrement fait les manchettes grâce à différents projets. Parmi eux, le lancement d’un ballon stratosphérique l’été dernier en Ontario et la participation à des conférences internationales.

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Témoigner sur le terrain de la réalité internationale

Mali, Pérou, Haïti.

En allant à la rencontre de ces femmes, ces hommes, ces enfants qui vivent dans ces pays au sud, La Tribune a mis en lumière le travail de changement structurel qui s’opère petit à petit. 

Au fil des ans, j’ai eu le privilège de me rendre à ces endroits situés en dehors des sentiers battus où intervient le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke (CSI).

Que ce soit par les mots ou par les superbes photographies de Jessica Garneau, André Vuillemin ou Jocelyn Riendeau, les lecteurs ont pu découvrir les projets de ces communautés qui veulent avancer ou reconstruire. 

Dans la profonde jungle péruvienne l’été dernier, j’ai pu constater cet essentiel travail de prévention en santé réalisé dans des communautés autochtones machiguengas. 

Un projet qui favorise les suivis de grossesse, l’apport d’équipement médical, la mise en place de programmes de sensibilisation et qui permet aussi et surtout de réduire la mortalité infantile et des mères.

« Quand l’équipe de La Tribune a visité nos projets au Pérou, des gens qui ne savaient même pas que le CSI existait depuis 40 ans ont pu en apprendre sur les causes pour lesquelles nous luttons. Grâce à notre journal et son ancrage régional, on a pu faire de la sensibilisation à un niveau que les grosses organisations envient », avait expliqué le porte-parole du CSI, Félix Boudreault, au conseil municipal de Sherbrooke.

Si ce récent reportage en Amérique du Sud a permis de se rendre au cœur de l’Amazonie à plus de dix heures de route et de bateau des zones touristiques, celui de 2011 au Pérou visait à expliquer le travail réalisé en développement social notamment dans le bidonville de Collique situé au nord de la capitale, Lima.

Votre journal, votre quotidien

La résurrection d’un ancien champion

Un jeune journaliste qui débute dans le métier s’attend à couvrir des événements en tout genre. Mais certainement pas à assister à la résurrection d’une personne. Voilà pourtant l’expérience que j’ai eu l’impression de vivre en suivant les efforts du Magogois Sébastien Jacques pour recouvrer la santé et se reconstruire après la maladie.

Début vingtaine, Sébastien Jacques avait tout pour réussir. Il était beau, intelligent, talentueux. Il poursuivait des études à Virginia Tech et portait les couleurs de l’équipe de tennis de cette université américaine. Des problèmes de santé inattendus allaient cependant démolir ses rêves d’athlète.

La première fois que j’ai rencontré cet ancien champion canadien junior de tennis, il m’attendait au sous-sol de la résidence de Ronald Maheu, un homme bien connu à Magog qui avait décidé de le prendre sous son aile en compagnie de l’ex-député Robert Benoit.

Sébastien Jacques était amaigri et ne pouvait plus accomplir la moindre tâche physique pendant plus de 10 ou 15 minutes consécutives sans qu’une intense fatigue le gagne chaque fois. Il souhaitait vivement retrouver une vie normale et désirait donc amasser de l’argent pour une délicate intervention chirurgicale au cerveau.

À l’époque, l’histoire du Magogois d’origine était inconnue du grand public. Seuls deux médias, dont La Tribune, avaient été contactés par Ronald Maheu et Robert Benoit pour le lancement de la campagne de financement.

Une fois dévoilée au grand jour, l’histoire avait énormément circulé et plusieurs autres médias s’étaient penchés sur le cas de Sébastien Jacques, à qui les médecins québécois étaient incapables de proposer un traitement qui aurait pu le guérir de manière définitive. Les résultats de la campagne de financement avaient finalement été supérieurs aux attentes, plus de 80 000 $ avaient été recueillis.

La chirurgie

J’avais eu la chance de discuter avec Sébastien Jacques dans les jours précédant sa chirurgie. Il connaissait les risques d’une opération au cerveau, mais se montrait confiant.

Propriétaires d’une clinique en Californie, les deux médecins qui l’ont opéré lui inspiraient confiance, car ils avaient déjà plusieurs fois pratiqué des chirurgies au cerveau pour retirer des 

masses indésirables.

En apparence risqué, son pari s’avéra payant. L’ancien tennisman reprit en effet la forme avec une grande vitesse. J’étais là à nouveau quand il avait rencontré la presse, quelques mois après son opération, pour expliquer qu’il allait mieux. Ses parents et sa sœur étaient à ses côtés, leur joie d’avoir retrouvé un Sébastien en santé était palpable.

L’Australie et les États-Unis

Heureux d’avoir retrouvé la santé, le Magogois s’était exilé pendant un an en Australie pour enseigner le tennis à de jeunes talents.

Son mandat complété, Sébastien Jacques avait annoncé son projet un peu fou de traverser les États-Unis à pied, d’est en ouest, pour envoyer un message d’espoir aux gens vivant des épreuves en apparence insurmontables.

Cette expérience avait été intense et enrichissante. N’empêche, Sébastien m’avait admis, à son retour au Québec, qu’il en avait réellement bavé par moments pendant ce périple de plus de 5000 kilomètres. Mais fidèle à lui-même, il s’était à nouveau battu de toutes ses forces, car abandonner, ce n’est vraiment pas son truc!

Votre journal, votre quotidien

Une menace nommée Coventry

Pratiquement personne au Québec ne parlait du projet d’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry à la fin octobre 2017. À l’invitation de l’ex-député libéral Denis Paradis, j’avais tout de même accepté d’aller visiter ce dépotoir situé non loin de Newport, une municipalité américaine bordant le lac Memphrémagog. Et on connaît la suite, le projet a fait la manchette à de nombreuses reprises en 2018 et 2019.

Dans les semaines ayant précédé notre visite, M. Paradis avait invité plusieurs intervenants de l’Estrie à participer à une visite au site d’enfouissement de Coventry. Toutes les personnes conviées à la visite avaient décliné l’offre, à l’exception de votre humble serviteur.

Une fois arrivés au dépotoir, le député et moi-même avions été reçus par une dizaine de personnes, notamment des élus municipaux et des ingénieurs. Nos hôtes s’attendaient de toute évidence à une délégation québécoise plus importante, surtout que la précédente phase d’expansion avait suscité une levée de boucliers importante en Estrie une douzaine d’années plus tôt.

Les gens du Vermont étant d’une gentillesse presque inégalée, la minuscule délégation que nous formions avait eu droit à un accueil des plus cordiaux et obtenu des réponses à toutes ses questions.

La visite s’était effectuée à bord d’un petit autobus. J’avais alors pu constater à quel point ce site d’enfouissement, le seul toujours en exploitation au Vermont, était vaste et combien les techniques d’enfouissement s’étaient raffinées avec le temps.

Après notre visite, j’avais contacté des intervenants locaux et j’avais senti que personne ne songeait même à tirer la sonnette d’alarme. La collaboration établie entre le Vermont et le Québec concernant le site d’enfouissement de Coventry semblait avoir rassuré les rares intervenants interpellés par le dossier en sol estrien.

Pour sa part, Denis Paradis n’était pas encore prêt à déchirer sa chemise. Mais il m’avait partagé sa crainte. « J’avoue que ça fait peur. On parle tout de même de montagnes de déchets tout juste à côté d’une rivière qui s’écoule vers le lac Memphrémagog, un réservoir d’eau potable pour plein de monde au Québec », m’avait-il confié.

Le lixiviat

Le lundi 15 octobre 2018, j’étais à nouveau le seul journaliste québécois présent lors d’une assemblée publique à Newport pendant laquelle les dirigeants de la municipalité avaient décidé que leur usine ne traiterait plus de lixiviat, ou « jus de poubelle », en provenance du dépotoir de Coventry. Pourquoi? Parce qu’on craignait une grave contamination de l’eau du lac Memphrémagog. 

Cette décision n’avait malheureusement pas été maintenue pendant bien longtemps, mais on sentait alors que les Américains devenaient eux aussi préoccupés par les impacts environnementaux du fameux site d’enfouissement.

L’été dernier, une instance régionale au Vermont a finalement décrété que l’usine d’épuration de Newport devait cesser le traitement de lixiviat provenant de Coventry jusqu’à nouvel ordre. Il s’agit d’une grande victoire pour l’Estrie. Mais il faudra que le milieu demeure aux aguets, car la compagnie propriétaire du dépotoir, Casella Waste Systems, n’a pas dit son dernier mot. Comptez donc sur La Tribune pour rester à l’affût.

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Une vie de sports et de communautaire pour Denis Messier

« Le journal doit être là. C’est un must. » Parole de Denis Messier, ancien journaliste sportif et directeur des sports à La Tribune. Quelque 56 ans après être entré pour la première fois dans la salle de rédaction, le passionné appose encore sa plume dans son quotidien chéri. Le doyen du journal est maintenant échotier et parcourt les nombreux événements de la région.

« La Tribune est tatouée sur mon cœur depuis 1963 quand je suis entré ici, assure celui qui est né à Saint-Hyacinthe. Je n’ai pas regardé mon cœur dernièrement, mais elle doit encore y être! » 

Aujourd’hui, l’homme de 79 ans parcourt les événements des différents organismes. Toutes les semaines depuis 1992, le journaliste pond la page Messier en liberté. « J’en ai fait énormément, considère le vétéran journaliste. J’étais peut-être de la troisième édition du Panier de l’espoir. Ils sont rendus à 36. J’ai vu ça grossir. Heureusement que les gens sont généreux. Je n’en reviens pas de la générosité des gens. J’en fais combien de tournois de golf? Il y a 60 000 $ sur un bord, 75 000 $ de l’autre. Ils ont amassé 201 000 $ au cyclogolf. Le tournoi de Domtar, ils sont rendus au-dessus de 2 000 000 $. »

« Il y en a des plus petits comme les scouts, la loterie de Jevi, Moisson Estrie, poursuit-il. À Magog, c’est la même affaire. Il y a le tournoi de l’hôpital où ils amassent un gros montant. C’est incroyable les organismes. Ils ont besoin. Plusieurs n’ont pas beaucoup d’aide. La Tribune les aide. Je les aide. C’est l’une des raisons qui me motive à couvrir ces activités. Demain matin je ne suis plus là, qui va parler de la Fondation Scoute? Du Club Rotary? De Jevi? De Leucan? Des Vins de Sophie? De la sclérose en plaques? » 

Pour celui qui est surnommé le Chef, il est d’autant plus important de parler des bénévoles. « Ce sont eux les gros joueurs là-dedans. Si tu n’as pas de bénévoles, oublie ça. Je pense que je les aide. C’est pourquoi quand tu vois les pages, tu vois des gens de business plus souvent qu’autrement. S’ils donnent 1000 $, 5000 $ ou 10 000 $, est-ce qu’ils méritent d’avoir leur nom dans le journal? Et les bénévoles, ils restent parfois 5 h sur un trou de golf. Parfois, il ne fait pas beau. Est-ce qu’ils méritent d’avoir leur nom dans le journal? » demande-t-il.

Les sports

Outre la page Messier en liberté, Denis Messier a longtemps été considéré comme un « gars de sports ». Et à l’époque, les outils n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. « Les Google, les Twitter, Instagram et tout ça n’existaient pas. Ma première affectation était au Séminaire de Sherbrooke. Le meilleur joueur de tennis au Canada, Robert Bédard, jouait avec ses chums. Je ne le connaissais pas, moi. J’en avais déjà entendu parler, mais je ne connaissais pas le monsieur! Les journalistes d’aujourd’hui regardent les statistiques sur internet. Tu vois ce que le joueur a dit il y a deux ou trois jours. Il fallait questionner, tu t’informais à lui ou à du monde qui le connaissait », se rappelle-t-il tout sourire, ajoutant que les bureaux de l’époque se trouvaient sur la rue Dufferin.

Selon Denis Messier, La Tribune a été le premier journal de l’extérieur de Montréal à ouvrir ses pages au sport amateur et universitaire. « C’était important en ce sens où j’ai fait du sport. Ce sont nos lecteurs qui sont là. On en a fait beaucoup pour le hockey et le baseball mineur. Sylvie Daigle, je l’ai vu patiner et elle était toute petite. On l’a vue sur place. Maryse et Annie Perreault, on les a toutes vues. Même chose pour Jean Perrault. J’étais là à la Coupe du monde de ski nautique en 1967. Et on en parle encore », commente l’homme, toujours aussi souriant, mentionnant au passage que Robert Bédard était l’athlète numéro 1 en Estrie. 

« C’était important de parler de tous les sports, enchaîne Denis Messier. Ça fait partie d’un journal. Le sport universitaire, c’est pareil, ce sont des jeunes qui aboutissent quelque part. S’ils n’aboutissent pas dans le sport, ça demeure des professionnels de plusieurs domaines. »

« Vois-tu, si demain matin il n’y a plus de journal, qui va parler des athlètes régionaux? C’est une mine d’or. [...] Je suis convaincu que de parler d’eux, c’est un gros stimulant », pense l’expérimenté échotier. 

Abonnements

Denis Messier s’est toujours demandé pourquoi des Estriens n’étaient pas abonnés à La Tribune. « Je me suis toujours demandé si c’était possible qu’il y ait des gens qui ne soient pas abonnés au journal. Ça m’a toujours dépassé et ça me dépasse encore. Tu habites dans une ville, tu as un journal quotidien et tu n’es pas abonné. Il te donne l’information de ta ville et de ta région. Ça m’a toujours fasciné », martèle celui qui a officiellement pris sa retraite en 2005. 

« Le journal est important, car il y a d’autres batailles à gagner, résume-t-il. Il y a l’aéroport et le chemin de fer qui ne sont pas réglés. Le journal ne le réglera pas, mais il va mettre de la pression. »

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Il fallait se préparer le samedi soir

Avoir eu un impact sur la vie des gens au fil de ce quart de siècle de journalisme en Estrie? Pendant bien années, j’ai eu l’impression d’influencer le choix des gens voulant aller au restaurant le samedi soir.

Les lecteurs de longue date de La Tribune se souviennent certainement de la « chronique resto » qui meublait le cahier week-end du journal pendant plusieurs années. J’ai été affecté régulièrement à l’époque à ces reportages.

C’était pour moi l’occasion de présenter des hommes et des femmes d’affaires, des gens ayant envie de faire vivre des expériences culinaires à leurs clients.

Souvent, les recettes provenaient d’outre frontière. C’était donc l’occasion d’en apprendre plus sur différentes cultures venant enrichir la nôtre.

Souvent, à force de côtoyer les restaurateurs, on apprenait que les « textes resto » publiés le samedi matin provoquaient un surplus de travail le soir venu. C’est que nombre de lecteurs attendaient de dévorer la chronique pour choisir la table qui allait les recevoir au souper.

« Quand tu es dans la chronique restaurant de La Tribune le matin, tu es mieux de te préparer pour le soir. La salle à manger va se remplir », m’avait confié un restaurateur.

Un autre bien connu dans le domaine de la restauration à Sherbrooke voulait danser avec moi quand il m’a revu à la suite de la publication d’un article sur sa brasserie. J’avais pu écrire un bon portrait de l’homme qui s’était ouvert sur ses succès, mais aussi sur ses moins bons coups en affaires. 

Parce que les gestionnaires de ce type de commerce veulent inévitablement ne faire refléter que le bon côté de leur exploitation. Compréhensible, mais ça devient redondant avec la répétition lors des entrevues des « tout est fait maison » et « l’ambiance est décontractée ».

Il y avait eu aussi celui qui m’avait laissé entendre que sa satisfaction était de faire en sorte que le couple venant manger dans son restaurant pour souper puisse avoir été assez inspiré pour poursuivre la soirée en s’adonnant aux plaisirs charnels…

«Pourquoi pas?» avait-il demandé.

Et quoi dire de la belle époque de « La tournée des bars », une série de textes où on amenait les lecteurs dans les boîtes de nuit où ça swignait le plus? 

Fin des années 90, ma fraise s’est retrouvée coiffée du titre « Les plus belles filles sont au Pub! » alors que ce bar dont la terrasse donnait sur le lac des Nations faisait la pluie et surtout le beau temps dans le « nightlife sherbrookois ».

J’imagine que mon texte sur cette « forêt tropicale » remplie de « fauves » a su donner le goût à plusieurs fêtards d’enfiler leurs jeans délavés et une chemise fluo pour « aller veiller » ce soir-là!

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Se faire porte-voix

J’y suis né. Je vais peut-être y mourir. Mon épouse y reçoit présentement des soins et des services extraordinaires. Pour toutes ces raisons, j’ai un peu l’impression de boucler la boucle aujourd’hui en rappelant l’un des moments forts de ma longue carrière journalistique à La Tribune.

J’ai écrit plus d’une fois sur l’ancien hôpital St-Vincent-de-Paul transformé en CHSLD et en Centre de réadaptation à la suite de la fermeture de la Résidence de l’Estrie au début des années 2000.

La Tribune aura été à l’instigatrice de ce grand changement qui contribue depuis au mieux-être de la collectivité sherbrookoise et estrienne chez les personnes âgées et en perte d’autonomie.

L’une de mes chroniques ayant eu le plus d’impact, je crois et sans prétention aucune, aura été publiée le 12 décembre 2000. À la suite d’une visite à la Résidence de l’Estrie, où 147 personnes âgées vivaient dans des conditions abjectes dans l’édifice de l’ancien grand Séminaire de la rue Murray, j’avais dénoncé le bouquet d’odeurs et les conditions de vie épouvantables que j’y avais rencontrés. 

Mes haut-le-cœur avaient été transmis dans les jours suivants au parlement et aux députés de l’Assemblée nationale par le chef de l’opposition et député de Sherbrooke à l’époque, Jean Charest, qui avait cité mes propos en Chambre.

Même l’artiste Jean Lapointe, indigné par le contenu de cette chronique, avait repris ma dénonciation dans une chanson qu’il avait écrite puis gravée sur disque. 

Le vent de révolte avait soufflé si fort par la suite que le gouvernement de Lucien Bouchard n’avait pas eu le choix de bouger : la Résidence de l’Estrie a été fermée et l’ancien hôpital St-Vincent-de-Paul a été réaménagé en Centre d’hébergement et de soins de longue durée où les personnes âgées reçoivent depuis les soins appropriés à leur condition.

Ce que je ne savais pas quand j’ai plaidé cette cause comme chroniqueur de La Tribune au tournant des années 2000, c’est que le Centre de réadaptation de l’Estrie serait jumelé au centre d’hébergement. Le destin a voulu que je doive m’y rendre régulièrement cette année avec mon épouse qui souffre d’une maladie dégénérative incurable (SLA). Je peux témoigner qu’elle y reçoit un soutien et des soins extraordinaires.

La Tribune a aidé toute une population en publiant cette chronique du 12 décembre 2000. Et 19 années plus tard, je suis le premier à en bénéficier.

Mario Goupil a travaillé comme journaliste et chroniqueur pendant 38 ans.

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Du plaisir de se prêter la plume

On a en Estrie une sacrée belle gang de créateurs. Des faiseurs de magie, des inventeurs d’univers, des écrivains qui dessinent magnifiquement avec les mots, des artistes qui racontent des tas d’histoires jolies sur toiles, sur planches, sur disques.

Pour imager, on pourrait y aller d’un cliché : la région est une pépinière de talents créatifs, des artistes de tous horizons qui ajoutent de la couleur à notre paysage et du liant à notre colle collective.

Je le sais, je les côtoie de près. Depuis plusieurs années. 

Calepin et stylo en main, j’assiste à leurs soirées de première autant que je les rencontre avant le grand dévoilement de leur neuve création. Ils me racontent le pourquoi et le comment de leur nouvelle offrande. Ils me jasent de leur parcours, de leur vision, de l’élan qui les pousse, de ce qui nourrit leur imaginaire, de ce qu’ils espèrent transmettre à travers cette chanson, ce livre, cette pièce. 

J’essaie de tout capter, de retenir l’essentiel. La particularité de cette exposition, le noyau de ce roman, la beauté de cette œuvre dansée, la poésie imbriquée dans ce nouveau disque, la grandeur de cette nouveauté théâtrale.

Et à mon tour, je vous raconte. 

Concrètement, ça veut dire quoi?  

C’est vous exprimer à quel point était audacieuse cette création du Théâtre du Double signe et combien celle du Petit Théâtre de Sherbrooke a su toucher le cœur du jeune auditoire. C’est retracer les 20 ans de lumineuse création du Théâtre des Petites lanternes autant que les 90 ans d’histoire du Théâtre Granada. 

C’est vous faire découvrir les nouvelles productions des compagnies de danse sherbrookoises Axile et Sursaut, c’est vous parler du cinéaste sherbrookois Jérémy Comte avant, pendant et après son passage aux Oscar. C’est vous pointer l’expo qui s’installe au Musée des beaux-arts, à la Galerie du Centre culturel de l’UdeS, au Musée Beaulne de Coaticook, à la Maison des arts de et de la culture de Brompton, mais aussi dans tous ces autres lieux de diffusion où l’art visuel égaie les murs.  

C’est vous vanter les nouvelles créations des Adèle Blais, Mathieu Binette, Deborah Davis, Raphael Zweidler, Sandra Tremblay.

C’est vous chanter les louanges de la programmation du Centre culturel de l’UdeS, du Vieux Clocher de Magog, de la Petite Boîte noire et des nombreuses autres salles qui ouvrent leur scène et leur micro aux talents d’ici et d’ailleurs. C’est vous raconter les projets de Garou, Valaire, Hey Major, Alexandre Poulin, Tire le Coyote depuis les débuts de leur percée musicale. C’est vous parler des festivals nombreux qui animent nos rues et nos scènes extérieures, des productions qui traversent nos écrans pluriels, des nouveaux chapitres noircis par les Chantal Cadieux, Michèle Plomer, Robert Lalonde, Véronique Grenier, Patrick Nicol et tant d’autres voix littéraires d’ici. 

C’est vous amener dans les coulisses des Correspondances d’Eastman, tourner plume et projecteurs vers ceux qui écrivent. 

Et comme parler des auteurs, c’est nécessairement penser aux lecteurs, c’est encore répéter l’importance de la littérature et de tout ce que peuvent les mots. Ceux qu’on écrit à l’écran ou qu’on dépose dans un écrin de papier. Un roman, un journal quotidien, un essai, ce sont autant de clés pour mieux comprendre le monde autour. Pour voir plus loin, pour penser plus grand. 

L’enjeu, universel, touche les plus vieux autant que les tout petits, évidemment. C’est donc jaser un peu, beaucoup, intensément de l’ancrage que représentent les livres avec Yves Nadon et France Leduc, des Sherbrookois tellement convaincus qu’ils ont lancé leur propre maison d’édition jeunesse, D’eux, dont on suit la trajectoire tout étoile depuis ses débuts, il y a trois ans.

Je pourrais aligner les exemples encore et encore. Ce qu’on fait, au fond, c’est s’intéresser à tout ce qui fait l’actualité culturelle de la région. En suivant la parade, ça va de soi. Mais en essayant aussi de voir au-delà des locomotives dont tout le monde parle.

Un exemple? Déjà en 2012, bien avant que la machine médiatique s’emballe autour de David Goudreault, on vous jasait de l’écrivain alors qu’il faisait ses premiers pas d’auteur en signant un recueil de poésie. Avant ça, bien sûr, on vous avait vanté ses talents de slameur. Même chose pour Vincent Vallières, qu’on a découvert à l’époque de Trente arpents et qu’on a suivi, depuis. Suivi. Le mot est juste, je pense. Je regarde aller mes collègues, je jette un œil sur notre moteur collectif. On fait beaucoup ça, vous suivre. Pour relayer votre voix. Et vous faire entendre celles qui s’élèvent autour de vous. 

À coups d’idées et de mots, on tisse un pont à échelle humaine. Pour que le rendez-vous se passe. Pour que l’univers de tous ces bâtisseurs de beau puisse rencontrer le vôtre. 

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Du midget B à la coupe Stanley

Témoin du rêve d’une vie.

Être journaliste sportif pour un quotidien régional, c’est d’abord et avant tout relater les histoires, les résultats, les grandeurs et misères des jeunes athlètes de la région.

Et dans le lot, certains persévèrent et poussent leur passion à son paroxysme en réalisant leurs rêves.

Certains participent à des Championnats du monde, d’autres aux Jeux paralympiques ou aux Jeux olympiques, et certains remportent la coupe Stanley.

Et parfois, dans cette progression vers les plus hauts sommets, certains athlètes locaux avec qui on avait l’habitude de correspondre, s’éloignent. Sont plus difficiles à joindre, ou ne répondent plus aux textos ou au téléphone, ou ils ont quitté la région depuis longtemps.

C’est l’apanage de plusieurs. Pas par méchanceté, mais parce que c’est comme ça. C’est la vie.

David Perron a toujours été là.

J’ai écrit mon premier texte sur David Perron en 2006; il venait tout juste d’être nommé recrue par excellence du mois de novembre, lui qui évoluait avec les MAINEiacs de Lewiston (LHJMQ).

C’est dans ce premier texte que j’ai brossé le début de carrière un peu particulier du Sherbrookois; deux ans auparavant, Perron se voyait obligé d’évoluer dans le midget B. Son passage au hockey mineur sherbrookois fut parfois houleux, avouait-il.

En 2005, Perron a joué avec les Panthères de Saint-Jérôme, au sein de la LHJAAAQ, avant d’être choisi en sixième ronde (101e au total) par Lewiston. Le Sherbrookois avait alors 18 ans.

Sous la gouverne de Clément Jodoin, Perron s’est épanoui, et il a aidé son équipe à participer à la coupe Memorial en 2007.

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Nous ne sommes pas de glace

6 avril 2018. L’autocar des Broncos de Humboldt entre en collision avec un camion semi-remorque. Le bilan : 16 morts, 13 blessés et une équipe de hockey junior complètement décimée. La tragédie ébranle bien plus que ce petit village de 6000 personnes. Il touche droit au cœur toute la planète hockey.

Deux jours plus tard, le Phœnix de Sherbrooke se préparait à franchir 6000 km en deux semaines sur les routes enneigées du Québec et des Maritimes. De nuit comme de jour. Direction Rouyn-Noranda et ensuite Bathurst. J’y étais, dans l’autobus, entouré de tous ces jeunes joueurs qui avaient le même âge que la plupart des disparus de Humboldt.

Puisqu’il ne manquait que 5 km lors de la série Huskies/Phœnix pour que l’organisation sherbrookoise s’évite un voyage dans la Réserve faunique de La Vérendrye, le directeur général Jocelyn Thibault avait demandé une dérogation à la LHJMQ. Si le directeur général adverse acceptait, la série serait disputée sous la formule de deux parties à l’extérieur, trois à domicile et deux autres à Rouyn si nécessaire. Ce qui veut dire que dans le cas d’un sixième et septième match, les équipes évitaient ainsi un voyage aller-retour entre Sherbrooke et l’Abitibi.

Mais pour une question financière et pour conserver l’avantage de la glace, durement gagné avouons-le, le directeur général adverse a refusé. La même situation s’est répétée dans le cas de la série contre le Titan d’Acadie-Bathurst. À cause de 15 petits kilomètres, la formule utilisée était la même que celle contre les Huskies : deux matchs à l’extérieur, deux matchs à domicile, le match numéro 5 à l’étranger, la partie suivante au Palais des sports et dans le cas d’un match ultime, le Phœnix aurait dû retourner à Bathurst.

Près de 1600 kilomètres de route pour une simple partie de hockey. 

Dans ma tête, tout cela était complètement insensé. Il fallait que ça change. La sécurité des joueurs est beaucoup plus importante que l’avantage de la glace, que l’argent et qu’une simple partie de hockey. 

Surtout que ces joueurs ne sont pas des professionnels. Ils demeurent des athlètes-étudiants qui doivent aussi se présenter sur les bancs d’école. 

Avec la tragédie de Humboldt, je savais d’ores et déjà que la LHJMQ se montrerait sensible à ce sujet. C’est à ce moment que j’ai écrit ma chronique intitulée « La LHJMQ doit se réveiller ». D’abord, pour faire connaître à tous cette absurdité. Ensuite, pour tenter de faire bouger les choses rapidement auprès du circuit Courteau. 

La saison suivante, la formule des séries a été changée. Les divisions ont été modifiées. Tout cela afin que les joueurs se retrouvent moins souvent et moins longtemps sur la route pour ainsi réduire les chances d’accidents. Ce qui est logique. 

Est-ce que ma chronique avait fait toute la différence? Je n’ai pas cette prétention. Mais j’ose croire que le message a été entendu. 

Cette chronique est probablement le texte que j’ai écrit qui a été le plus lu et le plus partagé lors des dernières années.

Elle n’avait toutefois pas du tout plu au directeur général du Titan, qui croyait alors que je l’accusais de ne pas avoir à cœur la sécurité des joueurs, allant jusqu’à fulminer dans son journal local. C’était son interprétation, mais ce n’était pas mon intention. Le message s’adressait avant tout à la ligue. Mon but était atteint, la LHJMQ avait enfin compris.

Quelques semaines plus tard, j’apprenais que je me retrouvais parmi les trois derniers finalistes aux prix Judith-Jasmin dans la catégorie Chronique de l’année au gala de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, en compagnie de deux excellents chroniqueurs : François Cardinal de La Presse et Mylène Moisan du Soleil.

Si j’ai pu pondre cette chronique, c’est parce que La Tribune a toujours considéré qu’en suivant le Phœnix partout et qu’en étant sur place, on s’offre le luxe d’aller tout droit vers la nouvelle dans l’optique de mieux servir les lecteurs.

Notre couverture serrée du Phœnix et de la LHJMQ me permet en effet d’interviewer les joueurs sur la route, de parler aux entraîneurs, de m’adresser directement à l’adversaire et surtout, de vivre l’événement différemment. Comme celui entourant la tragédie de Humboldt. Ce drame avait jeté un lourd silence dans l’autobus du Phœnix, m’inspirant ainsi cette chronique, qui sans voulant faire de mauvais jeux de mots, avait fait beaucoup de chemin.

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Comeau en piste avec les grands

Même au terme d’une carrière de près de 40 ans marquée de nombreuses rencontres, j’apprécie toujours me rappeler ces moments de grands plaisirs que m’offrait la recherche de nouvelles susceptibles d’intéresser les lecteurs de la section des sports du journal La Tribune.

Non seulement ces rencontres me permettaient soit de faire le pont entre des individus, mais en plus, elles me fournissaient l’occasion de le raconter à nos lecteurs pour qu’ils profitent également de ces petits ou grands moments de pur plaisir.

Ici, j’ai le goût de vous rappeler ce jeune coureur automobile, qui au début des années 2000, devenait le premier pilote sherbrookois depuis le regretté Bertrand Fabi à tenir le volant d’une monoplace à un si haut niveau. Olivier Comeau courait en Formule 1600 et rêvait de rouler sur le circuit Gilles-Villeneuve dans le cadre du Grand Prix du Canada.

Pour inscrire sa voiture à cette épreuve dite nationale aux côtés des meilleurs pilotes canadiens de la série, Olivier Comeau avait besoin davantage que de bons résultats en course. Il lui fallait aussi une somme de 6000 $ pour assurer la préparation de son bolide. Lui, sa famille et toutes ces bonnes gens qui l’aidaient dans sa recherche de commandites n’avaient pu réunir plus de 2000 $.

Dans notre salle de rédaction, on se disait qu’il aurait été intéressant de lire les commentaires d’Olivier nous racontant sa course au Grand Prix du Canada ainsi que ces moments à côtoyer les meilleurs pilotes au monde en Formule Un, présents à Montréal pendant ce même week-end. Faute des sommes nécessaires, tout cela devenait impossible, Olivier ne pourrait prendre le départ en Formule 1600. 

Au journal, on s’est mis à rêver : il pourrait au moins représenter La Tribune aux abords du circuit Gilles-Villeneuve et nous faire part de ses commentaires et de ses sensations…

C’aurait été trop beau! Impossible que la FIA accepte de fournir un accès média à un individu s’improvisant journaliste. Toutes les demandes d’accréditation sont scrutées et aucun passe-droit ne peut être accordé, m’avait-on fait comprendre en haut lieu. Pourtant, on comprenait la situation dans laquelle se trouvait Comeau, qui avait même dû se résoudre à vendre les deux billets que Normand Legault, le grand patron du Grand Prix du Canada à l’époque, lui avait offerts pour assister aux courses du week-end. Ils les avaient bien monnayés, mais demeurait tout de même loin des 6000 $ recherchés!

Rien à faire. Jusqu’à ce qu’un amateur à qui je racontais les efforts déployés par Olivier me lance tout bonnement : « Dis-lui de m’appeler, il aura la somme nécessaire à la préparation de sa voiture, mais je tiens à ce que cela demeure confidentiel! »

Wow! Je ne pouvais pas identifier ce généreux donateur dans nos pages, mais rien ne m’empêchait d’annoncer que notre jeune pilote serait finalement de la course et de relater les délicieux moments de cette annonce.

Il me fallait donc le joindre pour lui parler, et le plus tôt serait le mieux. Pendant que mes efforts demeuraient vains, j’avisais notre photographe qu’il lui fallait être prêt à venir à la rencontre d’Olivier dès que je le trouverais et que je tenais à ce qu’il immortalise ce moment.

Quelques instants plus tard, c’est le photographe qui me rappelle. « Pierre, je te passe Olivier Comeau. » 

En assignation à une exposition de voitures modifiées, ce sapré photographe – Claude Poulin pour ceux qui s’en souviennent – avait croisé notre jeune pilote.

Je cours à leur rencontre et les retrouve dans le stationnement où une pluie légère commence à tomber. Sans détour ni préambule, j’annonce à Olivier qu’il peut téléphoner à son écurie. Il ne s’y attend tellement pas qu’il me faut lui préciser que son écurie peut commencer à préparer la voiture pour la course inscrite au Grand Prix du Canada à Montréal. 

Facile de voir la joie monter en lui, un plaisir toutefois géré par un tempérament de pilote capable de garder son calme peu importe les circonstances.

Personnellement, je venais d’avoir mon moment. Olivier a eu le sien quelques jours plus tard dans sa course de Formule 1600, mais aussi lors de ses visites dans les hangars des écuries de la Formule Un. 

« C’est mongol! C’est incroyable! » relatait le jeune pilote dans les heures suivantes. 

Près de 20 ans plus tard, c’est toujours mongol, et j’en frissonne encore!

Pierre Turgeon a été journaliste pendant 44 ans, dont 38 années à La Tribune où il a œuvré tout particulièrement à la section des sports jusqu’en mai 2014.

Votre journal, votre quotidien

Toujours à l’affût

En février prochain, La Tribune fêtera ses 110 de présence bien ancrée dans la communauté estrienne. Des décennies de nouvelles, d’histoires, de débats et d’avancées qui ont marqué et façonné notre région. La prochaine décennie s’annonce aussi riche en défis, en débats et en projets...

Développement régional

Le gouvernement du Québec vient d’annoncer une nouvelle enveloppe de 100 M$ pour permettre à 70 000 foyers en région d’avoir accès à internet haut débit. Le chiffre est impressionnant. Et pourtant, tous les Estriens n’auront pas accès à un service internet digne de 2019 dans les prochains mois, voire les prochaines années. La Tribune suivra donc avec intérêt le déploiement d’infrastructures numériques sur tout le territoire estrien qui s’avère un enjeu vital pour le développement économique. 

Une attention particulière sera également portée aux importantes compensations de 1,75 G$ qui seront versées aux agriculteurs pour atténuer les derniers accords de libre-échange signés par le Canada. 

Le développement des marchés publics, l’envol (ou pas) de l’aéroport de Sherbrooke et la vitalité des milieux de vie qui peuplent le Haut, le Val, le Granit, les Sources, la région de Memphrémagog et de Coaticook seront également des dossiers suivis de près par votre quotidien. Chloé Cotnoir

En première ligne face à la pénurie de main-d’œuvre

Les lecteurs du journal commencent à être des experts sur la pénurie de main-d’œuvre qui frappe le Québec, mais surtout l’Estrie. La Tribune a publié plusieurs articles sur des commerces de la région qui ont dû changer leurs heures d’ouverture ou tout simplement fermer en raison du manque de main-d’œuvre. La Tribune s’est aussi intéressée aux causes, mais surtout aux solutions à ce problème, parmi lesquelles l’immigration, l’inclusion ou l’automatisation. 

Et ce n’est pas terminé, le développement économique de l’Estrie passe par des entreprises fortes qui ont accès à une main-d’œuvre qualifiée. La Tribune restera en première ligne et ne laissera pas cette réalité tomber dans l’oubli, ou pire encore, devenir la norme loin des grands centres. Simon Roberge

La Tribune et l’économie

La Tribune suivra l’évolution de plusieurs dossiers économiques au cours des prochains mois, dont la concrétisation ou non du projet de 200 M$ de production de cannabis médicinal à Weedon par l’entreprise MYM Nutraceutials, l’implantation du nouveau système informatique de l’Université de Sherbrooke qui devrait se terminer en 2023 et qui coûtera au moins le double de ce qui était prévu au départ et le pourcentage des dons à la Fondation du CHUS qui est destiné à la bonne cause. 

On se penchera aussi sur l’impact du virage « vert » de la CAQ et sur les mesures zéro déchet mises en place par divers organismes d’ici, on suivra le développement d’un deuxième parc industriel à Sherbrooke, l’ouverture ou la fermeture de nouvelles entreprises dans la région ainsi que les moyens déployés pour compenser la pénurie de main-d’œuvre. Mélanie Noël

Des gros projets et des déchets

En matière de politique, les dossiers chauds se multiplient à vitesse grand V. Nous continuerons donc de vous tenir informés de l’évolution des grands projets qui toucheront le centre-ville de Sherbrooke. Le Quartier Well Sud apportera son lot de changements. Le pont des Grandes-Fourches et le redéveloppement du secteur situé entre la rue Terrill et la rivière Magog devraient aussi faire les manchettes, comme les bouleversements qu’entraînera le chantier de quatre à six mois sur la rue Galt Ouest. Comment Sherbrooke compte-t-elle redéployer son offre touristique? La mission et la gestion des organismes paramunicipaux seront-elles repensées? Comment Sherbrooke arrivera-t-elle à redresser, avec les MRC voisines, les activités du centre de valorisation des matières résiduelles Valoris? Quels changements la règlementation municipale apportera-t-elle à la gestion des déchets, à la réduction de la quantité des matières enfouies? Des vols commerciaux seront-ils offerts à partir de Sherbrooke et le modèle tiendra-t-il la route? La Tribune continuera par ailleurs à s’intéresser aux décisions qui se prennent derrière des portes closes afin de les exposer à la population. Jonathan Custeau

L’environnement ici et maintenant

Enjeu électoral, mobilisation à grande échelle, marches dans les rues, initiatives citoyennes, communautaires et organisationnelles, l’environnement s’inscrit parmi les priorités de la collectivité et de La Tribune.

Nous continuerons semaine après semaine de passer au peigne fin les plans d’action gouvernementaux, tant au fédéral et au provincial qu’au sein des municipalités de notre territoire. Chacun a un rôle à tenir dans cette équation complexe. Propositions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, désencombrement des sites d’enfouissement, protection des cours d’eau, transport collectif, mobilité durable, agriculture responsable, décroissance économique et achat local; les chantiers de réflexion et d’action s’annoncent nombreux. Et on les aura à l’œil afin de vous transmettre les dernières initiatives. Jasmine Rondeau

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Ces gens, ces histoires

Les gens. Toujours, les gens.

Quand je suis arrivée à La Tribune, c’était un peu avant le bogue de l’an 2000 qui n’a finalement pas eu lieu, j’ai d’abord été la fille à la section des sports. La fille au hockey, au volley, au basket, au ski, au football, à l’athlétisme, au cross-country, au cyclisme, au patinage, qu’il soit artistique ou de vitesse.

Mais j’étais surtout journaliste des sportifs. Les statistiques, les classements, les résultats, c’est bien, mais leurs efforts, leurs ambitions, leurs défaites, leurs dépassements, leur détermination, leurs histoires, très humaines en fait, c’est ce qui m’intéressait. C’est ce que j’avais envie de raconter.

Raconter Sarah Vaillancourt qui prédit sa carrière olympique alors qu’elle regarde les Canadiennes vaincre les Américaines, rivée sur la télé, dans le sous-sol de la maison familiale, entourée de ses amies des Faucons bantam. Raconter Josée Bélanger qui relève son lot de défis en route vers sa propre médaille, raconter Annie Perreault, Mathieu Turcotte, les frères Boisvert et Kim Boutin qui se relaient sur l’anneau de glace, raconter Alex Genest, Dominique Bilodeau ou les Foley sur piste, pelouse et sentiers accidentés, raconter Diane Roy, Carl Marquis et Jacques Martin qui brisent des records et des préjugés, raconter l’attitude et la précision parfaites des volleyeuses Mélissa Raymond, Annie Martin, Annie Lévesque, Marie-Christine Pruneau et compagnie du Vert & Or au championnat canadien universitaire, à Saskatoon, en 2005.

Raconter aussi des jeunes qui les observent, les admirent, s’en inspirent, les imitent, au gré de jeux du Québec d’hiver et d’été, de championnats, de tournois et de compétitions maison dont les honneurs sont peut-être moins célébrés, mais dont l’impact n’est jamais à négliger chez chaque humain en quête de repères et de modèles.

Quand j’ai quitté les sports, j’ai embrassé chaque mission qui me fût confiée, et j’ai gardé en moi ce désir des gens et de leurs histoires.

Vous êtes citoyens, artistes, créateurs, gens d’affaires, politiques, travailleurs du communautaire, agriculteurs, gens de la ville ou de la campagne, jeunes ou moins qu’avant, chacun dans sa vie et ses préoccupations, ses envies, ses doutes, ses avancées.

Vous vous battez pour votre vie, pour faire respecter vos droits ou ceux des autres, pour un monde meilleur, pour le pouvoir, pour la justice, pour le bien commun.

Vous cherchez la vérité, la sécurité, des problèmes, des solutions, le succès, un réseau, de l’approbation, le trouble aussi, parfois.

Vous créez de l’art, de la richesse, des œuvres, de l’emploi, des liens, de la beauté, des alliances, des remises en question, de la folie.

Vous réfléchissez votre quartier, votre ville, vos transports, votre rythme de vie, votre environnement, votre avenir, votre communauté.

Vous vous unissez pour une bonne cause, pour vous dépasser, pour faire front.

Vous proposez des débats, des pistes de réflexion, des produits locaux, des événements rassembleurs, des spectacles coup de cœur, des textes coup de poing, des coups de gueule publics, des visions différentes, des excuses, des réconciliations, des moyens auxquels on n’avait pas encore pensés.

Vous êtes ces gens, ces histoires, cette région qui s’anime, se coopère, se soutient, se complète, s’invente et se réinvente.

Vous êtes ce journal.

Et nous sommes saprement fiers de vous raconter.