Ann Larouche, conseillère en soins infirmiers et Marie-Ève Cloutier,directrice des soins infirmiers du CISSSO posent avec une équipe de prévention des infections.
Ann Larouche, conseillère en soins infirmiers et Marie-Ève Cloutier,directrice des soins infirmiers du CISSSO posent avec une équipe de prévention des infections.

Infirmières: « Le cœur à la bonne place »

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Quand tous les espoirs sont anéantis par la COVID-19 et que les visites des proches sont interdites, il reste des infirmières qui «ont vraiment le coeur à la bonne place», qui accompagnent les patients condamnés «jusqu’à la dernière seconde». Il y a aussi toutes celles qui travaillent dans l’ombre en prévention des infections, pour essayer de faire la vie dure à «une bibitte qui va vite» et qui frappe le monde entier.

Conseillère en soins infirmiers au centre désigné COVID-19 de l’Hôpital de Hull, Ann Larouche sait à quel point les proches des patients dont le coeur s’apprête à cesser de battre auraient voulu être présents. «Ce n’est pas facile pour le personnel, dit-elle. On est en pandémie, il n’y a rien d’habituel, mais on a des moyens technologiques.»

Certains optent pour un contact par vidéo permettant d’accompagner leur proche «jusqu’au dernier souffle, en FaceTime», grâce à l’équipe soignante. D’autres souhaitent juste pouvoir glisser quelques mots d’adieu à l’oreille de l’être aimé. «Les infirmières trouvent ça dur, mais elles voient quand même qu’elles font une différence dans tout ce processus-là, note Mme Larouche. Les personnes ne sont pas avec leur famille, mais elles ne sont pas seules. Les infirmières ont vraiment le coeur à la bonne place.»

En tant que conseillère en soins infirmiers, Ann Larouche s’assure que tout fonctionne rondement au sein de centre désigné de l’Hôpital de Hull, qui est depuis peu réparti sur deux unités. Avant d’en arriver là, elle a dû former tous les employés qui mettent les pieds dans ces zones rouges. Il fallait bien sûr apprendre à «connaître le virus», mais aussi les consignes bien précises qui doivent être suivies pour assurer la protection de tous, patients comme employés.

De concert avec des intensivistes et des spécialistes en maladies infectieuses, Mme Larouche a participé à l’élaboration de procédures et de protocoles «très clairs». «Toutes les procédures qu’on a établies, c’est comme un petit cran de plus que ce que l’Institut national de santé publique du Québec nous demandait, parce qu’on a vraiment le souci de protéger nos employés, de protéger toutes les personnes qui vont rentrer dans les unités rouges», ajoute la conseillère en soins.

L'équipe d'intervention à l'unité de COVID-19 de l'Hôpital de Hull.

Prévenir les infections

En parallèle avec ce travail effectué dans les zones rouges, l’équipe de prévention des infections fait aussi un travail indispensable, souligne la directrice des soins infirmiers du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Marie-Ève Cloutier.

«Cette équipe-là, depuis le début, est comme cachée, dit-elle. On n’en parle pas, on n’en entend pas parler. On parle de l’unité COVID, mais ces gens-là ont participé eux aussi, avec l’ensemble des infirmières et des médecins, à monter l’ensemble des protocoles.»

L’équipe de prévention des infections du CISSSO est de garde 24 heures sur 24. «Ils sont partout quand [des cas] arrivent sur une unité de soins, quand ça arrive à l’urgence, quand ça arrive dans les résidences privées pour aînés, quand ça arrive dans les CHSLD, expose Mme Cloutier. Ils se déplacent et font l’enquête épidémiologique avec la santé publique, mettent en place l’ensemble des mesures, mettent en place les zonages [les zones rouges, jaunes et vertes].»

De par leur travail, les membres de cette équipe composée d’infirmières et de médecins sont ainsi tout autant «au front» que les employés habillés «comme des astronautes» qui oeuvrent chaque jour auprès des patients porteurs ou susceptibles d’être porteurs du nouveau coronavirus, souligne Mme Cloutier.

L'entrée de l’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull.

Malgré les bonnes intentions de tout le monde au sein de l’organisation, le CISSSO a vu des dizaines d’employés recevoir un diagnostic de COVID-19 depuis le début de la pandémie. «C’est sûr que c’est toujours inquiétant, mais c’est pour ça aussi qu’il y a une grosse enquête épidémiologique qui est faite, que ce soit un patient ou un employé», note Marie-Ève Cloutier. Il est parfois difficile de savoir avec exactitude de quelle manière le virus a été contracté, de savoir «si la contamination est communautaire ou à l’intérieur de l’hôpital».

Médecins et employés doivent donc être «vraiment consciencieux», souligne Mme Cloutier, afin de limiter les risques de contamination de ce virus sournois, qu’elle n’hésite pas à qualifier de «bibitte qui va vite».