Enceinte de 23 semaines, Jessica Brouillard a été réaffectée à de nouvelles tâches. Elle assure maintenant le pont entre les résidents et leurs proches en faisant des messages personnalisés à chacun.
Enceinte de 23 semaines, Jessica Brouillard a été réaffectée à de nouvelles tâches. Elle assure maintenant le pont entre les résidents et leurs proches en faisant des messages personnalisés à chacun.

Des ponts contre l’isolement et le chaos

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Sherbrooke — « Tu diras à ma mère que je l’aime et que je l’embrasse. »

Jessica Brouillard est infirmière au CHSLD d’Asbestos et comme elle est enceinte, la pandémie l’a forcée à abandonner ses tâches habituelles pour de nouvelles. Son rôle est maintenant de faire le pont entre les familles et les 80 résidents du CHSLD.

« Dis à mon père que je pense à lui tous les jours. » 

Au lieu de transmettre verbalement les messages des familles aux résidents et risquer d’en oublier des bouts, elle a décidé de faire des mémos écrits personnalisés et elle y ajoute des images en fonction des intérêts de chacun. Pour les résidents qui ont des pertes cognitives, ces messages ont une durée de vie beaucoup plus longue qu’un message verbal 

« On a hâte de te revoir et de te serrer dans nos bras. De ton fils qui t’aime. »

Les messages écrits peuvent se relire à l’infini. « Une résidente a accroché le mémo et le regarde tous les soirs avant de se coucher. D’autres le laissent sur leur table de chevet. »

Pour imager un message d’un proche, Jessica y a incorporé des chevaux. « Il était heureux, il pensait que c’était le cheval qu’il avait eu quand il était jeune. Mais c’est son fils qui m’avait décrit l’animal et m’avait parlé de l’amour de son père pour les chevaux. »

Un géranium a été incorporé sur le mémo d’amour d’une autre résidente, car c’est sa fleur préférée.

Le message des proches qui revient le plus souvent : « On ne t’oublie pas. »

« Les proches veulent s’assurer que leur mère, père ou conjoint comprend bien que s’ils ne viennent pas la ou le visiter, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, mais bien qu’ils ne peuvent pas », souligne l’infirmière de 32 ans.

Pour transmettre la bonne information en sens inverse, des résidents à leurs proches, Jessica contacte les infirmières des différents étages pour leur demander le rapport de santé de chacun des résidents. « Il y a leur état de santé, mais je veux aussi savoir s’ils mangent bien, dorment bien et s’ils gardent le moral », raconte Jessica, ajoutant qu’une collègue offre aussi aux résidents de faire des appels Facetime avec leurs proches. 

Plusieurs conjoints, conjointes, fils ou filles en profitent pour jaser avec l’infirmière qui prend le temps de les écouter.

Jessica aime rendre service, adore les gens et elle a une facilité à les aborder. « Il faut prendre soin des plus vulnérables. On doit les rassurer et les faire sentir bien. C’est important. »

Faire une différence

C’est aussi pour faire une différence dans la vie des gens qui vivent les pires moments de leur vie que Laurent-Xavier Breton est devenu infirmier. Il travaille en dépendance et en santé mentale au Centre Jean-Patrice Chiasson, à Sherbrooke. « Je suis devenu infirmier pour venir en aide. Être utile. »

« On travaille en équipe avec les usagers avec des objectifs. On parle de sevrage physique, de réadaptation, mais aussi de réappropriation de saines habitudes de vie et d’acquisition d’une certaine fonctionnalité ou autonomie », explique celui qui a terminé son baccalauréat en 2017.

« Je ne suis pas vieux, mais mon travail m’apporte une certaine expérience de vie humaine qui m’apprend beaucoup », ajoute le jeune homme de 26 ans.

Laurent-Xavier travaille à la préadmission. « Je vois les gens dans leur pire état. »

Les histoires ne se terminent pas toujours comme dans les films de Walt Disney. « On en voit plusieurs qui reviennent de nombreuses fois. Notre rôle est de les accueillir sans jugement et avec un certain lâcher-prise. Il ne faut pas prendre personnel ni leurs rechutes ni leurs victoires. Quand ça finit bien, ce sont eux qui ont repris leur vie en main. On était simplement là pour les accompagner », résume-t-il.

Une victoire peut ressembler à un usager qui arrive méfiant, craintif, confus, seul. Et qui repart après avoir tissé des liens avec un travailleur social ou un médecin, avoir renoué avec des membres de sa famille. Être en relation avec les autres de façon positive. 

La pandémie a aussi affecté le travail de Laurent-Xavier. « Bien sûr, le niveau d’anxiété de certains usagers a augmenté, surtout dans le département de santé mentale où le bouleversement de la routine a un impact. Le fait de ne pas pouvoir sortir du centre peut amener des idées noires. Comme tous les Québécois, les usagers vivent des inconforts liés à l’isolement. »

La tâche de travail a aussi augmenté pour Laurent-Xavier et ses collègues. « Il y a plusieurs éléments, comme les prélèvements sanguins, qui sont normalement faits par l’hôpital qui sont faits au centre pour éviter les déplacements et la contagion. »

Même les matins où il est plus fatigué, Laurent-Xavier trouve l’énergie de continuer avec l’idée en tête d’aider les gens dans le besoin. « Aider d’une manière concrète, ça vaut toutes les paies. »

Laurent-Xavier est aussi, à sa façon, un pont. Entre le chaos et l’accalmie. Sinon un espoir d’accalmie.