Le deuxième hôpital du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été fondé en 1918. Les Augustines fondatrices de l’établissement apparaissent sur cette photo de la Société historique du Saguenay.
Le deuxième hôpital du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été fondé en 1918. Les Augustines fondatrices de l’établissement apparaissent sur cette photo de la Société historique du Saguenay.

Histoire du système hospitalier: un réseau porté par les religieuses

Une main-d’oeuvre féminine, non rémunérée et dédiée à un travail collectif, a porté le déploiement du réseau hospitalier au Québec. Les congrégations religieuses ont joué un rôle de premier plan dans son essor, de la colonisation jusqu’aux années 1960, moment où leur influence s’est effondrée, alors que le vaste réseau qu’elles avaient érigé atteignait son apogée.

L’implication des congrégations religieuses dans le réseau hospitalier remonte aux débuts de la colonisation de la Nouvelle-France, à Québec, à Montréal et à Trois-Rivières. « Dans les temps de la colonie, c’était les trois endroits où on trouvait des hôpitaux. Il va falloir attendre jusqu’au 19e siècle avant qu’on voie apparaître des hôpitaux dans d’autres localités », explique l’historien François Guérard, professeur associé à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) spécialisé en histoire de la santé.

En 1639, les Augustines fondent le premier hôpital de la colonie, l’Hôtel-Dieu de Québec. Peu après, en 1645, l’Hôtel-Dieu de Montréal voit le jour, sous l’impulsion de Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal. Elle sera ensuite soutenue par les Hospitalières de Saint-Joseph. En 1697, Trois-Rivières obtient à son tour son Hôtel-Dieu, géré par les Ursulines.

Il faudra attendre la fin du 19e siècle, et les progrès de la chirurgie pour assister à une accélération du déploiement du réseau à travers le Québec par les religieuses hospitalières, moment qui marque également la transformation du système hospitalier. 

« L’hôpital devient alors une espèce de grande machine à guérir et cela va attirer de plus en plus de gens. Les prouesses de la chirurgie vont contribuer à changer la perception que les gens ont de l’hôpital », mentionne le professeur. 

Des personnes de toutes les conditions sociales sont alors soignées à l’hôpital, qui n’est plus vu comme « un lieu où aller mourir ».

Des « empires immobiliers »

Le nombre d’institutions gérées par les soeurs hospitalières augmente considérablement dans les deux premiers tiers du 20e siècle, couvrant un territoire de plus en plus vaste. De 1901 à 1961, les congrégations féminines assureront la direction d’établissements qui prendront parfois la forme « d’empires immobiliers ». Le nombre de soeurs travaillant dans les hôpitaux passe de 1000 à 5000 pendant cette période.

Les hôpitaux généraux hors de Québec et de Montréal se retrouvent alors presque tous aux mains des congrégations catholiques francophones, exposent François Guérard et Aline Charles, professeure à l’Université Laval, dans un chapitre de l’ouvrage L’incontournable caste des femmes : histoire des services de soins de santé au Québec et au Canada.

Au sommet de leurs activités, les religieuses sont propriétaires de 37 000 lits et berceaux, seulement au Québec, alors que les communautés élargissent également leurs activités à l’extérieur des frontières de la province et du pays.

Un héritage oublié

À partir des années 1960, les religieuses hospitalières, bien qu’elles soient plus nombreuses que jamais, sont en nombre insuffisant pour répondre aux besoins des institutions, lesquelles engagent de plus en plus de laïques formés, infirmières et médecins.

La prise de contrôle par l’État du système de la santé, dans la foulée de la Révolution tranquille, et la syndicalisation du personnel sonneront le glas de la mainmise de plus d’une trentaine de congrégations sur le système hospitalier au Québec.

Cet héritage aujourd’hui méconnu, ou souvent oublié, peut s’expliquer par l’idée de modernisation mise alors de l’avant par l’État, avance le professeur François Guérard. 

« Le peu d’importance que les gens apportent peut-être, aujourd’hui, à ce rôle majeur qu’ont joué les religieuses peut être lié à cette période de la Révolution tranquille, où on a jeté, en quelque sorte, une bonne partie de ce qui avait été assuré par l’Église pour le remplacer par une prise en charge de l’État. »

La communauté religieuse des Augustines de Québec est à l’origine de la fondation des cinq hôpitaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean, dont le premier a été l’Hôtel-Dieu de Saint-Vallier, en 1884. L’année de cette photographie, publiée dans <em>Histoire de l’Hôtel-Dieu Saint-Vallier 1884-1934</em>, est estimée à 1934.

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UN MONOPOLE AU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN

Alors que différentes communautés féminines religieuses ont assuré la gestion des établissements hospitaliers au Québec, une seule congrégation, celle des Augustines, exerçait un monopole sur les hôpitaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une situation peu commune.

La communauté des Augustines de Québec, fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Québec au 17e siècle, a fondé un premier hôpital régional à Chicoutimi en 1884, où elles prendront aussi la charge d’un orphelinat et hébergeront des personnes âgées.

À l’Hôtel-Dieu Saint-Vallier se sont ensuite ajoutés les hôpitaux de Roberval en 1918, d’Alma en 1954, et de Jonquière et de Dolbeau en 1955. Selon les données disponibles dans Le Canada ecclésiastique, les cinq hôpitaux régionaux comptaient 264 Augustines en 1957 et 291 en 1962.

« Il n’y a pas de région, ailleurs, où il y a une seule communauté. C’est particulier au Saguenay–Lac-Saint-Jean », souligne François Guérard, professeur associé à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). 

Sans pouvoir expliquer précisément ce qui serait à l’origine de cette situation dans la région, l’historien précise que les autorités religieuses pouvaient avoir tendance à faire affaire avec une même communauté déjà établie, alors qu’à l’époque, il existait « un certain sens du territoire » chez les congrégations.

Plus généralement, au Québec, une division est-ouest à partir de Trois-Rivières pouvait être observée. À l’est, les soeurs de la Charité de Québec et les Augustines étaient les congrégations les plus importantes, tandis que dans l’ouest, les trois principales congrégations de religieuses hospitalières étaient les soeurs de la Charité de la Providence, les Soeurs Grises de Montréal et les Hospitalières de Saint-Joseph.