La vérificatrice générale Guylaine Leclerc.

Guylaine Leclerc: gardienne de la confiance

Ce sont des gestionnaires de formation, ou qui le sont devenus pour répondre à l’une de leurs passions. Leur parcours nous révèle une belle et heureuse dualité créative. Découvrez ces personnes qui savent lier passion et gestion. Un défi inspirant. Aujourd'hui: Guylaine Leclerc (2e portrait de 5).

Les politiciens occupent l’avant-scène de l’actualité. Mais derrière eux, des institutions veillent à ce que la population reçoive l’information la plus exacte possible. C’est le cas du bureau du vérificateur général, dirigé par Guylaine Leclerc. Cette dernière croit que ce bureau peut faire une différence dans la façon de percevoir la fonction publique québécoise.

«C’est une institution qui apporte beaucoup à la démocratie. On a eu la preuve cette année avec l’examen que nous avons fait du rapport préélectoral», indique Mme Leclerc. «Je crois que le rôle du vérificateur général est d’apporter de la confiance au sein de la population. Je tiens à dire que les parlementaires, avec qui j’ai travaillé au sein de l’administration publique, sont des personnes extrêmement dévouées, qui travaillent de longues heures.»

Nominée en 2016 après un vote des parlementaires à l’Assemblée nationale, la vérificatrice générale a droit à un mandat de dix ans dans cette fonction. Si ce nombre d’années peut paraître long, Mme Leclerc estime qu’il s’agit de la durée idéale pour accomplir le meilleur travail possible.

«Si j’avais eu un sept ans, c’est un peu court. Pour être suffisamment à l’aise avec la fonction et les enjeux, ça prend un certain temps. La première année, on vit avec les legs du passé, on regarde la manière dont nos prédécesseurs ont géré cette institution, ainsi que la vision qu’ils avaient. Par la suite, dès la deuxième année, on peut mettre en place des choses favorisant notre propre vision. Vers la fin lors des deux ou trois dernières années, on doit déjà commencer à préparer notre succession. Donc dix ans c’est le temps nécessaire pour réaliser tous les projets.»

En acceptant le poste de vérificatrice générale, Guylaine Leclerc a fait un retour aux sources, alors qu’elle avait été stagiaire dans ce bureau à la fin de ses études à la Faculté des sciences de l'administration de l’Université Laval.

Cette expérience passée lui a énormément servi au moment de prendre ses nouvelles fonctions.

L’influence de la juricomptabilité

Juricomptable de formation, Guylaine Leclerc a exercé son métier dans différents secteurs à la suite de son passage au vérificateur général. Elle a entre autres travaillé pour le ministère de Sécurité publique

«Quand j’ai quitté le vérificateur général, ce n’était pas une question de bonheur personnel au travail. En fait, j’ai vu une possibilité de devenir juricomptable au ministère de la Sécurité publique, une chose qui me passionnait. »

Femme ambitieuse, elle a fondé le premier cabinet indépendant de juricomptabilité au Québec dans les années 2000. Cette entreprise fusionnera éventuellement avec une grande société cotée à la Bourse de New York.

Ces expériences ont placé Mme Leclerc dans des situations rares pour une femme à l’époque. Façonnant par le fait même sa vision du rôle qu’elle pouvait apporter au sein de la société.

«Ç’a été une expérience très enrichissante, mais pas toujours facile, car j’ai été une des premières femmes à être à la tête d’une organisation de juricomptabilité. Développer sa clientèle et sa réputation en cour a été un défi de tous les instants.»

Être juricomptable est un travail de détails, qui nécessite un sens de la rigueur supérieure à la moyenne. Une qualité qui aidé Guylaine Leclerc non seulement dans ses anciennes expériences professionnelles, mais aussi dans son travail actuel de vérificatrice générale. 

«En étant juricomptable, je devais travailler sur des dossiers complexes, tout en devant les rendre simples à comprendre. C’est exactement ce qu’on fait quotidiennement au vérificateur général. L’information devait être extrêmement validée, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de place pour l’erreur. Le jour où tu te présentes en cour avec des chiffres erronés, ta carrière est terminée. C’est la même chose au sein de cette institution. »

Heureusement, elle dit travailler avec des équipes composées de gens ayant le même souci qu’elle pour le détail et la rigueur au travail.

La chance d’une vie

Son expérience en comptabilité et gestion aurait pu l’envoyer davantage vers le secteur privé. Mme Leclerc a toujours eu à cœur de servir l’intérêt public, et aussi à s’assurer de l’intégrité de cette fonction si importante au sein de la société.

«La vie nous amène là où elle doit nous amener. C’est souvent une série d’éléments de hasard qui nous amène à tel endroit. Le fait de m’avoir retrouvé à faire un stage au vérificateur général m’a ouvert les yeux sur cette fonction. En travaillant une dizaine d’années dans la fonction publique, j’ai vu toute la passion qui anime les gens qui travaillent dans ce secteur. »

Malgré son scepticisme à accepter cette nomination au début, elle réalise maintenant qu’il s’agissait d’une chance unique pour sa carrière. 

«Je me suis dit que j’avais la chance d’améliorer la gouvernance, un rôle très important. D’avoir une fonction politique, sans être partisane. Quand Philippe Couillard a annoncé ma candidature, et que j’ai vu chaque parlementaire approuvé ma nomination, j’ai ressenti toute la pression qui venait avec cette position. Ma vie venait de changer, et je devais assumer ce nouveau rôle.»

 Aujourd’hui elle se dit comblée par son rôle au quotidien. Malgré la pression et les obstacles qui viennent avec ce poste.

«Je suis toujours heureuse de venir travailler, et même avec mon agenda chargé, je ne sais jamais ce qui peut arriver pendant la journée. Je me fis beaucoup sur mon équipe. Je dois régler des problèmes très rapidement, trouver de pistes de solutions et orienter mes équipes. Ça va à l’opposé de ma première pensée quand on m’a proposé ce poste, car je pensais que ça pouvait être ennuyant. »

De plus, la vérificatrice générale estime que les gens travaillant dans la fonction publique méritent une grande reconnaissance pour le travail acharné qu’ils font à longueur d’année pour favoriser le bon fonctionnement de la gouvernance du Québec.

«C’est une institution qui apporte beaucoup à la démocratie», souligne Guylaine Leclerc à propos du bureau du vérificateur général.

DANS LA TÊTE DE GUYLAINE LECLERC 

Un livre...
Il y en a deux. Le premier c’est L’histoire du vérificateur général, parce que j’aime l’histoire et ça raconte tout le parcours historique de cette institution. L’autre livre serait L’Alchimiste. J’ai dit que je croyais au hasard, je pense qu’il faut faire confiance à la vie et ne pas bousculer les choses et ce livre explique bien ça. L’important n’est pas d’aller chercher le trésor, mais laisser la vie nous guider dans nos succès comme dans nos échecs. Cela va nous mener quelque part, où on va être encore plus grand.

Un sport... 
Le vélo, car ça peut être à la fois dynamique et détendu. Il faut un bon esprit d’équipe quand on fait de la compétition. Ça demande un don de soi en laissant passer quelqu’un devant toi pour le bien de l’équipe. Le vélo englobe tous les aspects de ma vie.

Une personne admirée...
Ma mère, qui était une femme d’affaires bien avant son temps. Elle était féministe, un terme qui, je crois, n’existait pas à l’époque dans mon village natal. Elle a décidé que ses filles seraient instruites, ce qui était rare à l’époque où presque personne ne faisait d’études dans le village. Mais ma mère avait une sixième année, et elle a fondé une entreprise avec mon père qui l’a amené à faire des ventes avec Toronto et les États-Unis. Elle recevait des partenaires d’affaires à la maison, car il n’y avait pas des restaurants dans le village. Et aujourd’hui l’entreprise Charbon de bois feuille d’érables existe toujours.

Un rêve...
Mon but est de rendre le vérificateur général là où je veux l’amener d’ici la fin de mon mandat. Mes prédécesseurs ont accompli tellement de grandes choses, donc je trouverais prétentieux de dire que je vais laisser une empreinte plus grande qu’eux sur cette institution. Je veux simplement suivre leur lignée.

Un chiffre...
Le 7, parce qu’il représente la chance. Il n’est pas aussi lourd que le 10, et pas faible comme le 1, donc il est en haut de la moyenne, mais ce n’est pas lui qui ressort en premier.