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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Si on regarde les risques de contagion et les bénéfices pour la santé mentale pour ces quelques semaines, on a plus à gagner que les élèves puissent terminer l’année en classe plutôt qu’en alternance.
Si on regarde les risques de contagion et les bénéfices pour la santé mentale pour ces quelques semaines, on a plus à gagner que les élèves puissent terminer l’année en classe plutôt qu’en alternance.

Rouge, sans exception

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CHRONIQUE / La semaine aura été stressante pour les milieux scolaires! Après que l’Estrie soit devenue zone rouge, samedi dernier, avec moins de 48 h d’avis, les classes de 3e, 4e et 5e secondaire ont passé la semaine à attendre si l’alternance dans les classes allait être mise en place ou non. La réponse est finalement tombée vendredi matin : oui, l’alternance sera imposée.

Décision difficile et les deux options ont leurs avantages et inconvénients et s’appuient sur des principes valables. Entre vous et moi, je n’aurais pas aimé avoir à trancher cette question.

Commençons avec l’option qui n’a pas été retenue : maintenir l’ensemble des élèves dans les classes pour le reste de l’année, malgré le changement en zone rouge. Même s’il a recommandé le changement de zonage devant un bond de cas et la montée des hospitalisations reliées à la COVID, le directeur de la Santé publique de l’Estrie, Alain Poirier, plaidait tout de même pour que l’alternance soit exclue.

C’est aussi ce que recommandent les pédopsychiatres de l’Estrie. Leur principal argument est la détresse des adolescents et adolescentes. Les demandes de consultation ont explosé. Une professeure mentionnait à La Tribune, jeudi qu’elle observait plus de cas d’automutilation, ce qui vient appuyer les propos des pédopsychiatres. 

Je cite l’une des professeures : « Il y en a qui pleurent, d’autres qui ont des troubles alimentaires. Les élèves se confient. Mais on s’entend que ce ne sont pas tous les profs qui sont capables ou qui veulent aller là. »

Pour quelques élèves, ne pas retourner en classe leur fait plaisir, mais les spécialistes et les écoles constatent que la majorité des jeunes veulent retourner en classe. Il ne reste que vingt jours à l’année scolaire et si on regarde les risques de contagion et les bénéfices pour la santé mentale pour ces quelques semaines, on a plus à gagner que les élèves puissent terminer l’année en classe plutôt qu’en alternance. Sans parler du stress sur les profs et les parents.

Le scénario le plus probable serait que d’ici l’été, plusieurs mesures sanitaires seront relâchées. Alors, pourquoi augmenter les risques de miner la santé mentale des jeunes en fin de parcours, se demandent plusieurs spécialistes et plusieurs parents. 

Maintenir l’alternance

De l’autre côté, si une exception avait été donnée à l’Estrie parce que son changement de couleur est près de la fin de l’année scolaire, les autres écoles secondaires du Québec situées en zone rouge auraient probablement demandé la même conciliation.

L’Estrie n’est pas la seule zone rouge à être sur la limite de l’orange. Plusieurs ont même, contrairement à l’Estrie, des tendances à la baisse. Ça devient difficile pour la Santé publique de justifier une exception à une région sans la donner à une autre. Déjà qu’elle n’arrive pas toujours à bien expliquer pourquoi elle maintient le rouge ou l’orange pour certaines régions. 

Un autre principe n’est pas à négliger : ne rien tenir pour acquis.

Oui, la vaccination va bien, les gens y vont en masse. Vendredi, 46 % de la population québécoise avait reçu l’un ou l’autre des vaccins. Oui, de manière générale, au Québec, les chiffres sont positifs et encourageants.

S’il y a toutefois une chose qu’il faut retenir des trois vagues que l’on a vécues, dont le soudain bond que l’Estrie a connu la semaine dernière, c’est que non seulement ce n’est pas terminé, mais qu’il ne faut pas prendre pour acquis qu’on a pris le dessus.

Difficile de reprocher la prudence alors qu’on a pu reprocher de justement relâcher trop vite lors des creux de vagues précédentes. 

Les variants demeurent inquiétants et tant qu’on n’aura pas atteint un taux élevé de vaccination qui permet une certaine immunité collective, tout peut facilement repartir. 

Peut-être que cette nouvelle vague ferait moins mal, en théorie les personnes âgées sont mieux protégées, tout comme les personnes qui ont reçu le vaccin, mais il reste un doute, il reste encore plusieurs questions sans réponses. On apprend à gérer le virus au fur et à mesure et on a connu un bon lot de surprises depuis mars 2020. 

Maintenir les mesures tant qu’on n’aura pas la certitude que la pandémie est mise en échec est une décision certes difficile, frustrante, mais néanmoins responsable.

Entre les deux, je n’aurais pas aimé trancher. Entre se donner un petit lousse alors que le scénario le plus probable est qu’on va prendre le dessus dans les prochaines semaines et ne rien relâcher le temps d’être certain qu’on prend le dessus, c’est dur. C’est le genre de décisions qui s’attirent les critiques, peu importe le choix final.