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Simon Roberge - Gamer
La Tribune
Simon Roberge - Gamer
Les eSports ont déjà été introduits lors des Jeux asiatiques en 2018 et ceux d’Asie du Sud-Est en 2019.
Les eSports ont déjà été introduits lors des Jeux asiatiques en 2018 et ceux d’Asie du Sud-Est en 2019.

L’hypocrisie olympienne face aux sports électroniques

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CHRONIQUE / Est-ce que les sports électroniques ont leur place aux Jeux olympiques? C’est une question franchement très difficile. Plusieurs athlètes québécois semblent toutefois partis en guerre contre l’idée même de voir les sports électroniques un jour aux JO. Et ils le font de la pire des façons.

Les Olympiens Jennifer Abel, Sylvie Bernier, Charlie Bilodeau, Alex Harvey, Jennifer Heil, Marie-Hélène Prémont, Marianne St-Gelais, Antoine Valois-Fortier, Alexandre Bilodeau, Jasey Jay Anderson, Kim Boutin, Pierre Harvey, Mikaël Kingsbury, Joannie Rochette et Kim St-Pierre ont signé au début du mois, en compagnie de plusieurs experts en santé, une lettre bourrée de préjugés envers la pratique du sport électronique. Dans la lettre, on peut lire que « la pratique du sport électronique favorise de toute évidence un mode de vie sédentaire, un facteur de risque significatif dans le développement de nombreuses maladies chroniques telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires ». Ils demandent donc au Mouvement olympique « de renoncer à tout projet visant l’introduction des eSports dans les Jeux olympiques ». 

Bon... par où commencer. Premièrement, on ne semble pas être en mesure de faire la différence entre jouer à NHL dans son sous-sol en finissant le sac de chips de la semaine passée et le sport électronique. Ce sont deux mondes complètement différents. Les joueurs professionnels de Starcraft 2 par exemple peuvent facilement atteindre 300 actions par minute. C’est 5 actions par seconde pendant 30 minutes tout en réagissant aux 5 actions par seconde du joueur adverse. Pour les jeux de tir, le bras des joueurs parcourt plusieurs kilomètres par partie. Je vous garantis qu’il faut être en bonne forme physique pour atteindre les plus hauts niveaux. La concentration et la discipline requises rivalisent facilement avec ceux de plusieurs sports déjà présents aux Olympiques. 

Deuxièmement, de mettre tous les jeux vidéo dans le même panier, c’est de ne pas comprendre l’industrie. Oui, plusieurs joueurs s’écraseront sur un divan, mais des millions d’autres utiliseront les jeux vidéo pour bouger. On a qu’à penser à Just Dance, ARMS, Ring Fit Adventure, Fitness Boxing ou même les dizaines de jeux à la Pokémon Go sur téléphone intelligent qui demandent aux joueurs de partir marcher. D’ailleurs, Wii Sports, Wii Fit et Wii Sports Resort font tous partie des 15 jeux les plus vendus de l’histoire des jeux vidéo. 

La malbouffe oui, les esports non

Mon titre parle d’hypocrisie et c’est justement ce qui est le plus difficile à comprendre dans cette lettre.

McDonald a été commanditaire des Jeux olympiques pendant plus de 40 ans. Coca-Cola a été associée sans interruption aux JO depuis 1928. À Sotchi, l’équipe olympique canadienne comptait, parmi ses « supporteurs officiels », plusieurs marques de biscuits (Oreo, Ritz, Feuille d’érable) et de céréales sucrées (Lucky Charms, Reese Puff, Cheerios au chocolat).

Alexandre Bilodeau a pris une célèbre photo chez McDonald tout juste après avoir remporté sa médaille d’or en 2010. Alex Harvey a été commandité par Red Bull pendant quelques années. Joannie Rochette a vanté les mérites du Nutella et Marianne-St-Gelais s’est associée à Coca-Cola. On dénonce les sports électroniques, mais on ne crache pas sur l’argent de la malbouffe par contre. Je ne commencerai pas à énumérer les conséquences désastreuses de la malbouffe sur notre société, des milliers de personnes l’ont déjà fait pour moi.

Et tant qu’à parler de santé, il n’y a pas de commotions cérébrales dans les eSports. Il n’y a personne qui se tue en dévalant une piste à toute allure sur un skeleton non plus. Je serais curieux de voir la santé d’un athlète en fin de carrière en eSport comparé à la santé des genoux d’un skieur acrobatique par exemple. 

Quand je vois ces athlètes faire une sortie publique pour rabaisser le sport électronique, je pense aux quelque 500 jeunes Québécois qui le pratiquent et qui rêveraient probablement de représenter le Canada aux Jeux olympiques. Ils viennent de voir peut-être un athlète qu’ils admirent leur dire que leur sport n’est pas compatible avec la « grande fête du sport que sont les Olympiques ».

Cette grande fête qui d’ailleurs baigne depuis des années dans le dopage et la corruption, qui laisse des villes avec des dettes incroyables et des infrastructures à l’abandon et qui est, bien franchement, un désastre environnemental.

Il me semble que le Mouvement olympique a 1001 autres priorités que de s’assurer que les sports électroniques ne soient pas admis.

Mais comprenez-moi bien, je ne dis pas que les eSports ont leur place. Ce n’était certainement pas ce que Pierre de Coubertin imaginait pour ses JO et on a déjà décidé que certains sports n’en faisaient tout simplement pas partie, comme le sport automobile par exemple. La moindre des choses serait toutefois d’en débattre avec de vrais arguments et non avec une lettre qui rabaisse un sport et ses athlètes.