Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Sherbrooke se trouve qu’à la 65e place des villes du bonheur selon un sondage Léger.
Sherbrooke se trouve qu’à la 65e place des villes du bonheur selon un sondage Léger.

Les villes du bonheur

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / En 2019, Sherbrooke trônait fièrement en deuxième place d’un palmarès des « villes où il fait bon vivre au Québec ». Étrangement, dans un sondage publié hier sur « l’indice du bonheur », Sherbrooke n’est qu’à la 65e place. Que s’est-il passé?

Depuis 2019, il y a eu une pandémie, le prix de l’immobilier à Sherbrooke a explosé. Entre autres. Mais bien avant ces facteurs, il faut mentionner que ces exercices sur le bonheur ou sur le « bon vivre » ne sont pas les palmarès les plus précis, en plus d’avoir des critères différents.

La firme Léger présente son « Indice du bonheur » comme son plus gros sondage jamais réalisé, mais évaluer le bonheur est plus subjectif que scientifique. Par curiosité, j’ai été répondre au questionnaire en ligne et ça repose beaucoup sur les perceptions personnelles.

Certes, le bonheur est en partie une question bien personnelle, un jeu de perception, de projection, de satisfaction. Néanmoins, ne pas être satisfait de sa situation avec un emploi stable bien rémunéré dans une maison peut-être pas assez grande à notre goût mais propre n’est pas la même chose que ne pas être satisfait de sa situation avec un emploi précaire au salaire minimum dans un logement sans balcon et insalubre. 

Pas obligé d’être riche pour être heureux ou heureuse, mais, comme par hasard, les milieux défavorisés ne sont jamais dans ces indices-là. Montréal-Nord n’est dans aucun de ces palmarès. Je sais, c’est maintenant un quartier, ce n’est plus une ville, mais si l’indice s’intéressait aux quartiers, il ne serait pas au sommet. Comme on n’y retrouve pas les municipalités dévalorisées.

Les résultats de 2021 sont marqués par la pandémie, où le besoin des grands espaces s’est fait sentir, donnant des points à Gaspé, St-Georges ou Shefford. Mais la tendance d’y voir souvent des villes de banlieue, avec des revenus moyens plus élevés, près de Montréal ou de Québec, se fait encore sentir, comme Lorraine, L’Île-Perrot ou Mont-Tremblant. C’était encore plus frappant dans le top de l’an dernier. 

Les magazines Maclean’s et L’actualité ont d’ailleurs donné un nom pour ce type de villes, souvent entre 10 000 et 30 000 personnes, près d’un grand centre urbain, et qui se retrouvent dans ces palmarès : petites villes survitaminées (supercharged small town). Ces villes profitent de la vitalité économique de la grande ville tout en offrant, en retrait, une relative tranquillité. Une tranquillité qui a un prix que tout le monde ne peut pas s’offrir. 

Choisir son lieu de vie

Le questionnaire de l’Indice du bonheur sonde par exemple notre inquiétude « face à l’avenir », notre stress devant les enjeux sociaux et environnementaux, notre satisfaction professionnelle et personnelle, notre état de santé. Toutes des réponses qui dépendent en bonne partie de notre profil sociodémographique.

L’avenir est plus inquiétant quand on a un revenu précaire. Ou lorsqu’on n’a pas un sou pour les traitements contre un cancer. Ou aucun fonds de pension. Ou lorsqu’on a grandi dans un environnement violent. Habituellement, pour ne pas se sentir concerné par un enjeu de société, c’est qu’on a les moyens de ne pas le subir. 

D’ailleurs, on ne trouve qu’une seule question sur la violence comme le harcèlement. Pourtant, une personne qui subit du harcèlement, qui se fait agresser ou qui subit du racisme, ça peut abîmer un bonheur assez rapidement et assez longtemps, même avec un bon revenu, même en étant en bonne santé. 

Je ne sais pas comment les réponses sont pondérées par la firme, mais on voit déjà, avec les questions, comment la situation sociale a une énorme influence sur l’indice du bonheur. Ces villes attirent une population qui a déjà plusieurs atouts pour scorer dans l’échelle du bonheur. Il y a de bonnes chances que ces personnes seraient aussi heureuses ailleurs. 

On peut se poser la question : ces villes sont-elles dans le palmarès parce qu’elles adoptent des politiques qui influencent le bonheur de leur population ou sont-elles dans le palmarès parce que des gens les choisissent et contribuent à leur essor? 

L’espérance de vie est encore très marquée par l’environnement urbain. On vit moins longtemps dans les quartiers défavorisés. Des quartiers qui sont habituellement plus pollués, avec moins de services, avec moins de transports. La majorité des gens n’y sont pas par choix. 

À l’inverse, la majorité des gens qui demeurent à Shefford y sont par choix. C’est rare qu’on achète une maison à 500 000 $ dans un lieu champêtre par dépit.

Aucun doute que des gens à plus faibles revenus aimeraient aussi profiter des beautés de Bromont ou d’Acton Vale, mais difficile d’y déménager sans faire l’achat d’une maison. Comme le soulignait mon collègue Simon Roberge en février, les petites communautés pleines de charme de l’Estrie manquent de logements.

Il y a aussi une contrainte très concrète : il y a une limite de maisons ou de logements qu’on peut mettre au pied d’une montagne ou au bord d’un lac. Ceci favorise encore les personnes les plus fortunées qui peuvent surenchérir pour acquérir le petit coin de paradis convoité. 

Collectivement, il faudrait se poser la question : ces coins de paradis devraient-ils être accessibles à tout le monde? Pourquoi l’accès à un lac n’appartiendrait qu’à ceux et celles qui ont les moyens de s’acheter une maison au bord du lac, de la rivière, du fleuve? On augmenterait l’indice du bonheur de plusieurs personnes si elles avaient, elles aussi, accès à la nature.

Politiques municipales

Je ne veux pas avoir l’air réducteur envers les conseils municipaux qui travaillent fort pour améliorer la qualité de vie de leur municipalité. L’emplacement géographique a une grosse influence sur l’attrait, mais si la municipalité qui a un paysage de cartes postales n’offre aucun service, aucun aménagement, ça va freiner l’élan. Plusieurs politiques ont un énorme impact sur la qualité de vie.

Mais il y a beau avoir près de 40 places d’écart entre L’Ancienne-Lorette (84e, 69,49) et Sainte-Julie (47e, 71,78), je ne vois pas de différences entre ces deux villes, la qualité de vie et le mode de vie sont très similaires, sauf que l’une est une banlieue de Québec et l’autre de Montréal.

Sainte-Julie a été la « ville du bonheur » plusieurs fois. A-t-elle vraiment changé au point d’expliquer le glissement de la 1ère place en 2014 à la 47e en 2021? Ou est-elle juste moins à la mode?