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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Si les milliards investis par les gouvernements dans les industries polluantes allaient vers les initiatives environnementales, la transition énergétique serait plus réaliste.
Si les milliards investis par les gouvernements dans les industries polluantes allaient vers les initiatives environnementales, la transition énergétique serait plus réaliste.

Les compromis verts

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CHRONIQUE / Depuis 1993, les températures moyennes annuelles au Canada ont constamment été égales ou supérieures à la valeur référence. De 1948 à 2019, on note un réchauffement moyen de 1,7° Celsius. Pourtant, on passe encore notre temps à faire des compromis pour les projets environnementaux. Comme si la situation climatique n’était pas déjà un problème.

Les changements climatiques ont déjà commencé. On est déjà dedans. La question n’est plus de l’empêcher, mais de freiner la tendance, de diminuer les impacts, d’éviter le pire. 

Il y a déjà des coins sur notre planète qui subissent la hausse des eaux. Des écosystèmes changent déjà. Pas seulement en Arctique où les ours polaires perdent leur habitat, il y a des oiseaux, des insectes et des plantes qu’on n’avait jamais vus au Québec et qui nous trouvent maintenant assez chauds pour s’établir. 

Si on regarde les données pour les Cantons, la région est dans les pires moyennes, avec des variations de plus de 1,9 °C à la station de Bonsecours et de 1,6 °C à celle de Sawyerville. Sur 100 ans, les trois derniers hivers estriens ont été les plus doux. Mars 2021 a été le cinquième mois consécutif plus chaud que la normale. 

On évoque souvent le danger des ouragans, avec raison, mais les canicules font plus de décès que les ouragans et le nombre de canicules par année ne cesse d’augmenter. Montréal a connu plus de canicules entre 2000 et 2020 qu’entre 1970 et 2000. Le GIEC estime que les vagues de chaleur vont doubler d’ici 2050.

Quand je vois des projets comme le pipeline Goldboro, pour transporter du gaz naturel de l’Alberta à la Nouvelle-Écosse en passant par l’Estrie, j’ai l’impression que plusieurs personnes ne comprennent pas l’urgence climatique. On ne devrait plus voir de tels projets. 

Les stratèges publicitaires ont trouvé l’astuce de prétendre que le gaz naturel est une transition énergétique. C’est peut-être moins polluant que le pétrole, mais ça reste une énergie polluante quand même.

Je n’offrirais pas de la bière à une personne qui veut arrêter de boire en lui disant que c’est de « l’alcool de transition », parce que c’est moins fort que du rhum. Notre société doit drastiquement diminuer son utilisation des énergies fossiles, pas en troquer une pour une autre.

On ne cesse pas une dépendance en se trouvant un nouveau fournisseur. Qui peut croire que développer de nouvelles infrastructures et de nouveaux marchés peut mener à la fin du gaz naturel? Un peu de sérieux! Si une transition doit se faire, qu’elle se fasse avec les infrastructures déjà en place, pas des nouvelles.

La prétention que le projet GNL Québec, qui concerne aussi le gaz naturel, aurait un impact sur le bilan mondial de gaz à effet de serre a été démonté pendant les audiences du BAPE. L’Agence internationale de l’énergie ne voit pas comment le gaz naturel peut être une transition énergétique. Difficile à croire quand on sait que GNL Québec produirait annuellement environ 45 mégatonnes de GES, alors que le Québec au complet produit en ce moment 80 mégatonnes par année. 

Indécent

Le plus indécent là-dedans, c’est que pendant que les industries les plus polluantes sont soutenues par les gouvernements, prêts à investir des milliards de dollars dans un pipeline incertain (TransMountain) ou dans un tunnel autoroutier dont aucune étude n’arrive à démontrer la nécessité, on pellette plusieurs responsabilités sur le dos de la population.

Par exemple, la voiture est un élément important dans les changements climatiques, mais il faut des infrastructures pour que l’automobile ne soit plus l’option par défaut pour les déplacements. Il faut encourager le transport actif et le transport en commun, sinon, on ne sortira pas de l’automobile.

Le cas de la future piste cyclable du la 12e Avenue Nord à Sherbrooke est un bon exemple. Afin de ne pas « nuire » à la « fluidité » des automobilistes, on nuit à celle des cyclistes en les faisant traverser trois fois la rue. 

Et si c’était les automobilistes qui cédaient le passage afin de ne pas nuire à la fluidité des cyclistes et des piétons?

Les milliards qu’on souhaite investir dans un seul tunnel autoroutier permettrait de financer la gratuité des transports en commun pendant des années. 

Au lieu de construire encore et encore de nouvelles autoroutes, de nouveaux stationnements, on pourrait réfléchir à comment diminuer le parc automobile – une voiture passe en moyenne 95 % de son temps immobile dans un stationnement. C’est quand même un gros gaspillage de ressources. L’autopartage, comme Communauto, est certainement une piste à explorer et à financer. Plus qu’une autoroute ou un gazoduc.

Les milliards que le gouvernement était prêt à investir dans un gazoduc permettrait la géothermie dans de nombreux bâtiments gouvernementaux. L’hydroélectricité économisée pourrait être redirigée vers l’électrification des transports sans devoir à bâtir de nouveaux barrages.

On lieu de se demander comment rentabiliser le recyclage et la revalorisation, les compagnies pourraient assumer le vrai coût de leurs produits, y compris la gestion de leurs déchets. Ce sont des millions qui sont assumées par les impôts. L’obsolescence programmée peut être interdite. 

Peu importe comment on peut trouver ces virages « radicaux », ils risquent d’être plus faciles à prendre que les changements climatiques. On attend tellement pour agir qu’il semble être trop tard pour plusieurs transitions. Je doute que les réchauffements pourront se vivre en douceur. 

Des industries et des partis politiques demandent des compromis aux environnementalistes, mais la vitesse des changements climatiques ne dépend pas de l’humeur des écolos. Ils et elles avertissent qu’une grosse claque s’en vient, mais ce ne sont pas eux ni elles qui contrôlent cette claque. Le climat ne fait pas de compromis.