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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Il devenait difficile pour le gouvernement de ne pas permettre la réouverture des terrasses des restaurants des bars.
Il devenait difficile pour le gouvernement de ne pas permettre la réouverture des terrasses des restaurants des bars.

La tentation des petits partys

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CHRONIQUE / C’était probablement une des conférences de presse les plus attendues. Celle qui allait enfin parler de déconfinement, d’une sortie de pandémie. Si tout se passe bien, en septembre prochain, ça serait le fameux « retour à la normale ». Si tout se passe bien.

Tranquillement, pendant l’été, les mesures se relâcheront. La Santé publique semble persuadée que la vaccination sera plus forte que les variants qui alimentent la vague actuelle. Du moins, avec deux doses vaccinales. Le risque est que la population ait de son côté un excès de confiance.

Visiblement, le gouvernement fait le pari que la population ne brûlera pas les étapes et résistera aux « petits partys » avant le 28 juin. Ou il fait le pari que la première dose est assez efficace pour absorber les personnes les moins patientes.

Il y a des mesures qui se gèrent plutôt bien dans les allègements. L’ouverture des terrasses pour les restos dès le 28 mai, par exemple. La fin du couvre-feu le 28 mai aussi, évidemment. Tout comme les activités avec un maximum de 25 personnes, c’est plutôt facile à compter. 

Ce sera un peu plus délicat de s’assurer que les rassemblements privés sans distanciation et sans masque, à partir du 25 juin, ne seront qu’avec des personnes qui ont bien reçu leurs deux doses vaccinales. On ne sait toujours pas si le QR code, ou la preuve de vaccination, sera adopté ni de quelle manière. Plusieurs personnes trouvent cette initiative invasive. C’est plus délicat que prouver son adresse, comme on faisait pour les bulles. 

Je m’inquiète aussi pour une certaine fatigue qui est visible dès qu’on sort de chez soi. La façon dont certaines épiceries ne font absolument plus rien pour nettoyer les paniers ou gérer le nombre de clients. La manière dont les gens agissent déjà dans les parcs. Le port du masque se fait de plus en plus lousse. Même les personnes qui défendaient les mesures les remettent en question. L’usure est là.

En fait, quand on regarde les allègements du 28 mai, soit la fin du couvre-feu, l’ouverture des terrasses des restaurants, les rassemblements sur les terrains privés, le déplacement entre régions et une plus grande capacité dans les salles et les stades, ce sont toutes des mesures qui auraient difficilement pu rester en place.

Avec la chaleur et les rayons du soleil qui se font sentir jusqu’au couvre-feu, c’était une lutte perdue de le maintenir. On s’explique déjà mal pourquoi les terrasses ne sont pas ouvertes, même chose avec les rassemblements extérieurs. Idem avec les camps de vacances et camps de jours dès le 25 juin, ça aurait été difficile de justifier l’inverse.

Même chose avec les écoles. À Sherbrooke, lundi, des élèves ont fait leurs cours à distance à partir de la cour de leur école secondaire. Une façon de démontrer au gouvernement le désir et le besoin de rester en classe jusqu’à la fin de l’année.

Difficile d’ailleurs de ne pas noter l’ironie pour la région de l’Estrie dont les élèves de la troisième, quatrième et cinquième secondaire sont retournés cette semaine en alternance, malgré les plaidoyers des psychoéducateurs, des parents, des élèves et de la Santé publique de l’Estrie, pour finalement revenir entièrement en classe le 31 mai. Pourquoi avoir tenu cette ligne dure pour deux semaines? On aurait tellement pu éviter tout ce stress pour le personnel, les familles et les élèves. En fait, ce n’est pas juste ironique, c’est un peu n’importe quoi. 

Zone arc-en-ciel

Ce qui m’a le plus frappé pendant ce point de presse, ce sont les commentaires. Habituellement, les messages négatifs, violents et haineux sont légion sur la page Facebook du premier ministre Legault. C’est à la fois troublant et fascinant. 

Mardi, c’était différent. Non seulement parce que c’était positif, mais on sentait réellement un effet libérateur. Il s’y enchainait des « YEAH!!!! », des « Super!!! » et autres « Merci!!! ». Des avalanches d’émoticons en forme de cœur et autres images affectueuses. Il y avait même des GIF de chaînes qui se brisent.

C’est très démonstratif de l’épuisement psychologique de la population. Ce n’est pas surprenant lorsqu’on suit les études sur l’évolution de la santé mentale depuis le début de la pandémie, mais c’était une manifestation très claire de cet accablement. 

Ça m’a fait repenser aux nombreux arcs-en-ciel du début de la pandémie, symbole d’espoir et du #ÇaVaBienAller qui a rapidement fini par ne plus vouloir rien dire. J’avais l’impression que de les voir reprendre vie, retrouver leur éclat de mars 2020.

Après avoir expliqué les changements de couleurs des régions, qui repasseront toutes en orange, puis en jaune et en vert pendant l’été, il y a eu cette question d’un journaliste : après la zone verte, ce sera quoi? Le retour à la normale? 

Et si après la zone verte, c’était la zone arc-en-ciel? Pas seulement comme symbole de l’espoir, mais comme symbole de solidarité et d’inclusion. Un agencement de couleurs qui témoigne de la force et de l’importance de la collectivité et du vivre ensemble. 

Il faudra que ce soit au cœur des prochaines décisions politiques, pour prévenir les prochaines épreuves – pandémie, crise financière, crise environnementale. C’est la chose que j’aimerais qu’on retienne de tout ça, après : l’importance de ne pas laisser tomber personne, l’importance de prendre soin de nous, des autres, de notre monde.