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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Les problèmes de circulation au coin de Lionel-Groulx et Laure-Conan n’est qu’un énième cas d’un problème d’urbanisme.
Les problèmes de circulation au coin de Lionel-Groulx et Laure-Conan n’est qu’un énième cas d’un problème d’urbanisme.

Juste un problème de lumières?

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CHRONIQUE / Il y a eu cet hiver l’absence d’un stop sur la rue Illinois. Il y a le cas de la rue Marini qui s’éternise. C’est maintenant l’intersection Lionel-Groulx et Laure-Conan qui s’impose dans les discussions du conseil municipal de Sherbrooke : faut-il un feu de circulation? Maintenant ou après les travaux prévus l’an prochain? Ce sera où le prochain cas? Sur Duplessis?

J’espère que quelque part, quelqu’un à la Ville de Sherbrooke prend note des erreurs d’urbanisme. C’est ça, en fait, le problème derrière les problèmes de circulation, un développement d’ilots indépendants alors qu’ils sont en relation. C’est le même problème des rues spaghettis dont j’avais parlé en janvier dernier

Chaque ilot est un comme un morceau d’un casse-tête, chaque morceau est bien cute, mais on ne semble pas trop s’attarder à l’image finale, une fois que les morceaux seront tous ensemble.

Prenons justement le boulevard Lionel-Groulx qui préoccupe ces jours-ci. Cette artère est la seule rue principale pour une multitude de rues secondaires et tertiaires. Sauf que plusieurs rues qui étaient peut-être secondaires agissent comme des rues principales, parce qu’il se crée plein de petits développements sur les rues tertiaires.

À l’image de ces rues qui ne cessent de s’ouvrir sur de nouvelles rues, j’ouvre cette parenthèse : je ne comprends toujours pas comment une rue comme Barbeau passe des critères d’urbanisme. Cette rue revient sur elle-même, pas comme un croissant, mais comme un 6. « Tourne à droite sur Barbeau et ensuite, tourne à droite sur Barbeau, encore. » Sérieusement?

Que dire de la rue Émile-Zola pas loin? Au carrefour avec Jean-de-La-Fontaine, on peut prendre à gauche ou à droite sur Émile-Zola, mais on peut aussi continuer tout droit sur Émile-Zola. On voudrait mêler des livreurs ou de la visite qu’on ne ferait pas mieux. Qui approuve ça?

Quand tu as besoin d’un GPS pour ne pas te perdre dans un quartier résidentiel, c’est qu’il est mal conçu. À la limite, ça pourrait être anecdotique si ça ne cachait les problèmes de circulation. 

La rue Laure-Conan reçoit donc la circulation de la rue Barbeau, qui n’a pas le choix de passer par la rue Nina-Owens, une rue tertiaire, qui, elle, n’a pas le choix de passer par Laure-Conan. On ajoute toute la circulation de l’école Plein Soleil, d’une partie de la rue Chardonnay, et probablement que des gens des rues Ralph-Steinman, Nicolas-Scheib et McCrea aussi l’utilisent, parce qu’elle est une rare rue avec un accès direct à Lionel-Groulx. Ça fait beaucoup pour une rue secondaire. Et ce n’est sûrement qu’un début, au rythme où le développement immobilier se fait.

Mais surtout, Laure-Conan n’est pas un cas unique, plusieurs rues accessibles par le boulevard ont un schéma similaire. Ça met beaucoup de pression sur Lionel-Groulx, comme Mi-Vallon qui vit exactement le même problème, mais à un stade plus avancé, ou Bertrand-Fabi. D’ici peu, René-Lévesque subira le même sort.

Si on continue à développer comme en ce moment, tous les six mois, une nouvelle intersection va nécessiter un stop ou un feu de circulation d’urgence. 

Des rues tranquilles

La dernière fois que j’ai parlé des rues spaghettis qui tournent sur elles-mêmes et qui ont le syndrome de la poupée russe – une rue en cache toujours une autre – plusieurs personnes m’ont écrit pour me dire qu’elles préfèrent vivre sur des rues tranquilles, ce que des rues en quadrilatères n’offrent pas, selon elles.

Mon expérience personnelle m’a montré le contraire, mes rues les plus tranquilles ont été des rues en quadrilatères plutôt que les modèles en spaghettis. Sauf que je ne veux pas insinuer que le modèle en quadrilatère est le seul valide. Loin de là. Ce n’est pas tant la forme le problème.

C’est un enjeu de connectivités. Il y a cette illusion qu’en limitant les accès, en isolant les rues ou en les faisant tourner sur elles-mêmes, on limite la circulation, surtout la circulation de transit. Sauf que ce n’est pas efficace en fait. Surtout si on développe de nouvelles rues avec le temps. Ça concentre la circulation sur le même itinéraire. La rue la plus profonde sera peut-être tranquille, mais plus on s’approche des points d’accès, plus la circulation devient lourde, voire dérangeante.

Si un quartier n’a qu’un seul point d’entrée, c’est normal que ça finisse par bloquer à ce point d’accès.

Le pire là-dedans, c’est qu’avec cette façon de faire, ni la Ville ni le promoteur ne respectent leurs engagements d’offrir une rue tranquille, puisque la conception ne le permet pas. 

L’organisme Vivre en ville propose cinq principes pour éviter les problèmes que l’on connait sur Lionel-Groulx ou Mi-Vallon : hiérarchiser la trame des rues, prévoir des parcours directs, prévoir de nombreux accès, multiplier les intersections et planifier en prévision des extensions potentielles. 

Plus il y a de points d’accès, plus les parcours seront courts, donc moins de circulation. Plus il y a de points d’accès, plus il y a des options de chemins pour les résidents et résidentes, ce qui évite la surcharge sur certaines rues secondaires. Ça permet aussi de mettre un transport en commun plus efficace et de faciliter le transport actif, deux façons de diminuer le nombre de voitures dans les rues.

Que les rues soient rectilignes ou en serpentins, ce n’est pas ça qui en fait nécessairement une rue tranquille, c’est la facilité à circuler dans un lotissement ou dans un quartier et la connectivité aux autres rues. 

L’ingénieur de projets à la Ville de Sherbrooke, Sébastien Dubuc, a mentionné lundi que « malgré tous les aménagements, la circulation demeura critique dans le secteur des commerces et au coin de Lionel-Goulx et Portland. Deux leviers peuvent nous aider à améliorer la situation : ajouter une troisième voie ou diminuer le nombre de véhicules sur la route. »

On ne pourra pas toujours ajouter des voies. Surtout qu’ajouter des voies ne fonctionne jamais – plus on en ajoute, plus il y a du trafic, c’est le phénomène du trafic induit. 

Planifions les développements sur le long terme, créons de meilleurs quartiers, améliorons la mixité, créons des commerces de proximité, arrêtons de tout concentrer sur le même coin de rue – les « power centre » viennent toujours avec des problèmes de trafic.

Les solutions, on les connait. Et dans ce cas-ci, un feu de circulation, ce n’est pas une solution, c’est un pansement sur une hémorragie.