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Julie Myre-Bisaillon
Collaboration spéciale
Julie Myre-Bisaillon

Furieux

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CHRONIQUE / À propos de ce qui se passe dans nos écoles, Patrick Lagacé écrivait cette semaine dans sa chronique :  « Nous devrions être furieux de cette réalité, furieux en permanence. Furieux contre l’État, furieux contre la négligence qui s’est étalée sur des décennies, sur des années de compressions et de sous-investissements péquistes et libéraux ».

Je trouve le mot « furieux » juste et élégant. Je voudrais parfois qu’on soit plus mordants, plus crus. Plus… tabarouette, cinglants. Mais le mot est juste. On devrait être furieux. Collectivement. Furieux de l’état dans lequel on prépare l’avenir de nos enfants. Nos futurs employés, nos futurs collègues, ceux qui ultimement prendront, espérons-le, soin de nous quand nous serons vieux. Ceux qui prendront soin du Québec. 

Je viens d’une famille d’enseignants. Ma mère était enseignante. Mon père était enseignant. Le chum de ma mère était enseignant pis la blonde mon père était enseignante.

J’ai choisi l’enseignement. 

Je suis née lors du front commun de 1976, au cours duquel les centrales syndicales ont eu recours à divers moyens de pression et au moment aussi de l’obtention, entre autres, du congé de maternité sans solde de 17 semaines. Ma mère me le rappelle souvent. Le congé de maternité payé arrivera en 1979. Elle me l’a aussi souvent rappelé « Je me suis battue pour toi ma p’tite fille ».  

Merci maman pour ça. Merci Papa d’avoir tenu le porte-voix aussi. Merci à vous deux de m’avoir inculqué la fibre syndicale. 

J’ai appris très jeune qu’une ligne de piquetage, c’est sacré. J’ai le souvenir vague d’une photo de moi avec une pancarte et une grosse tuque avec un pompon bleu, sur la ligne, dans les années 1980 avec mes parents enseignants. J’aimerais bien retrouver cette photo. J’avais 4 ans. 

Déclenchement d’une grève générale par la Centrale des enseignants du Québec

28 janvier 1980

Les enseignants réclament : « un nombre d’élèves par classe acceptable au plan pédagogique à tous les niveaux, une diminution graduelle du nombre d’élèves par classe, un temps d’enseignement défini à dispenser auprès de tous les groupes, une amélioration de la tâche pour les enseignants, mais surtout pour ceux et celles qui œuvrent à la prématernelle, maternelle et l’élémentaire. » 

Le Devoir, 28 janvier 1980, p.14, 29 janvier 1980, p.1 et 6.

http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/2964.html

Ça fait 41 ans. 

Ainsi de suite, depuis des années, des moyens de pression, des grèves, des tentatives du Gouvernement avec des lois plus saugrenues les unes que les autres. La roue qui tourne. Un éternel recommencement. 

Je reviens aux propos de Lagacé :

« Nous devrions être furieux de cette réalité, furieux en permanence »

Ça devrait être à notre tour de faire des pancartes sur lesquelles on pourrait écrire : « Pour l’avenir de mon gars » « Pour l’avenir de ma grande » « Pour l’avenir de nos enfants ». Piqueter avec eux. 

Pas contre eux. 

Ben oui ça fout en l’air quelques heures de nos journées de travail. À peine. Ça nous donne un peu plus de temps pour être avec nos flots, et peut-être aussi du temps pour aller soutenir les enseignantes et les enseignants. Piqueter avec eux. 

Pas contre eux. 

Et si on mettait les employeurs dans le coup? Et si on mettait tout le monde dans le coup! Tout le monde! 

Si on faisait une grande révolution. Et qu’on se remettait les pendules à l’heure. Collectivement. 

La grève de mardi prochain a été suspendue. Parait que les négos avancent. Mais, il semble que « sur la tâche, on est loin d’avoir atteint l’ensemble des objectifs qu’on s’était donnés. » (Josée Scalabrini, présidente de la FSE dans La Presse de samedi). À suivre. 

Je me préparais à vous lancer cette idée folle de trouver ça important l’école, tellement important que peu importe où on se trouverait le 27, on sorte dehors à la même heure que les enseignantes et les enseignants, avec des pancartes. Pas juste avec des nouveaux profils Facebook. Parce que la qualité de l’éducation, ça devrait être l’affaire de tous.  

Ça aurait été fou. 

Les enseignantes et les enseignants ne prennent personne en otage comme certains le croient. C’est le gouvernement qui emprisonne leurs conditions de travail. Dans des écoles vétustes, dans des classes trop pleines. Dans des conditions qui n’ont pas changé.  

Depuis 41 ans. 

J’ai hâte devoir la suite. Des fois, j’aimerais ça qu’elles et ils résistent. Qu’on résiste collectivement.