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Karine Tremblay
La Tribune
Karine Tremblay
Joanie Vigneault a appris qu’elle était enceinte seulement cinq minutes avant d’accoucher, à l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, elle n’imagine pas son quotidien sans son petit Noah, qui a un peu plus d’un an et demi.
Joanie Vigneault a appris qu’elle était enceinte seulement cinq minutes avant d’accoucher, à l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, elle n’imagine pas son quotidien sans son petit Noah, qui a un peu plus d’un an et demi.

Devenir maman en cinq minutes

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Il y a les gens connus et ceux qui le sont moins.  

Ceux qui font du grandiose dans la lumière, et ceux qui font pousser du merveilleux dans l’ombre. 

Il y a ceux qui affrontent des tempêtes et bravent le crachin, ceux qui dessinent des arcs-en-ciel à partir de presque rien. 

Il y a les militants, les faiseurs de mieux, les déjoueurs d’ennui, les porteurs de projets, les rêveurs de grand.  

Il y a aussi les survivants. 

Puis il y a ceux qui ont déjà beaucoup vécu. Et ceux pour qui la route est encore à tracer.

Il y a tout ça, tous les jours, dans différentes sphères. Parce qu’il y a mille histoires qui s’écrivent autour de nous. 

De semaine en semaine, un dimanche sur deux, on filera à la croisée de l’un de ces chemins, on ira à la rencontre de ces géants de chaque jour qui sont parfois tout près de nous, parfois un peu plus loin.  

Il y aura des traversées migratoires. Des trajectoires d’exception. Des visages connus, de nouveaux minois. Du quotidien où l’extraordinaire frôle le banal et où les exploits se déploient à échelle humaine. 

Il y aura du doux, du franc, du grand, du beau, du triste parfois, du dérangeant aussi, de l’inspirant et du réconfortant, sûrement. 

Il y aura de tout, finalement. 

De semaine en semaine, je vais vous raconter des histoires. 

Les vôtres. 

Bienvenue chez vous.


Cinq minutes. Peut-être six. 

C’est le temps qui s’est écoulé entre le moment où Joanie Vigneault a appris qu’elle était enceinte et celui où est né son petit Noah. 

Cinq minutes, peut-être six, il y a un peu plus d’un an et demi. 

Retour en arrière, juste avant la pandémie. Automne 2019. La jeune Sherbrookoise avait alors 17 ans et entamait son parcours collégial en techniques policières à Trois-Rivières. Premier appart, première session. Un rêve prenait doucement forme pour la jeune fille qui avait le métier de policière dans sa mire depuis de nombreuses années. 

Disons que devenir maman n’était vraiment pas dans ses plans immédiats. Jusqu’à cette nuit d’octobre où elle a ressenti de violents maux de ventre. Si violents qu’elle pensait mourir. 

« Mon chum, Arnaud, n’habitait pas avec moi à ce moment-là, mais comme c’était sa mi-session, il était venu me rejoindre pour la semaine, à Trois-Rivières. Il était là quand je me suis mise à avoir mal. »

Pendant quatre ou cinq heures, c’était encore tolérable. 

« À un moment donné, ça s’est intensifié et là, la douleur était terrible. On a filé à l’hôpital et j’ai passé tout de suite au triage parce que ça faisait mal à un point tel que je criais dans la salle d’urgence. J’étais couchée sur une civière et je me souviens qu’une infirmière est venue me demander d’arrêter de hurler. »

Le médecin de garde a vite réalisé une échographie pour voir ce qui n’allait pas. 

« Ça se peut que vous soyez enceinte? », a-t-il demandé en regardant l’écran. 

« Non, bien sûr que non », a répondu Joanie.

« Eh bien, moi je pense que oui. Et vous êtes en train d’accoucher. »

Une phrase, un séisme; l’onde de choc. 

« Je pesais 120 livres, je prenais la pilule et je n’avais vraiment pas l’air d’une femme qui attendait un bébé. Bref, je n’avais eu aucun signe, je ne pouvais pas savoir que j’étais enceinte. »

Après ça, tout est allé très vite. 

« Ils m’ont montée en courant à la salle d’accouchement. Je suis entrée à 7 h 50 et à 7 h 56, mon garçon était né. »

Noah était un bébé surprise pour Joanie, qui a vécu toute sa grossesse sans savoir qu’elle était enceinte.

Joanie raconte tout ça avec un calme olympien et un sourire dans la voix, mais les moments qui ont suivi l’arrivée de son bébé sont nimbés d’un certain brouillard. 

« Ils l’ont déposé sur moi lorsqu’il est né, mais l’infirmière a bien vu que je ne tripais pas, alors ils l’ont amené en observation. Pendant les deux premiers jours, mon fils n’a pas cohabité dans la chambre avec moi. »

Au cours de ces 48 heures, Joanie n’a pratiquement pas parlé.

« Je n’y croyais pas, je n’arrivais pas à me figurer que ce bébé de 4 livres et quelques était sorti de moi. Je ne pouvais pas m’imaginer que c’était arrivé. Dix minutes avant la naissance, je ne savais même pas que j’étais enceinte! Mon chum était resté dans la salle d’attente. Je ne savais pas comment lui annoncer ça, mais il a compris quand je lui ai dit au téléphone de venir me rejoindre au département d’obstétrique. »

À l’hôpital, ils ont respecté le rythme des nouveaux parents. Une équipe multidisciplinaire les a accompagnés dans le processus.   

« Ils nous ont offert plein d’options et nous ont dit qu’avant tout, on devait être à l’aise avec notre choix. »

L’adoption était l’une des avenues envisagées par le jeune couple, mais elle n’est pas restée longtemps sur la table des possibles. 

« Quand j’ai dit à l’infirmière que j’étais prête à aller à la rencontre de mon garçon, intérieurement, je savais déjà que j’allais le garder. Et quand je l’ai eu dans les bras… le déclic s’est fait. Je suis passée en mode mère. »

La vie de Joanie Vigneault et Arnaud Laflamme a pris un virage inattendu, en octobre 2019. Le jeune couple a plongé à plein dans la vie de famille après l’arrivée surprise de Noah, bébé qui avait fait son nid en catimini. Jusqu’à l’accouchement, Joanie ignorait être enceinte.

Annoncer la nouvelle à sa mère à elle, au téléphone, a été une première étape. Qui s’est bien passée. 

« Elle a pris ça avec philosophie et a vite dédramatisé la situation à sa façon à elle, avec douceur et humour. Elle a pris les choses en main et elle a appelé mon père, qui demeure à Victoriaville. »

L’appui de l’un et l’autre, dès le départ, a été plus que précieux. 

« Quand mon père a su qu’on avait décidé de le garder, il est arrivé avec la poussette et absolument tout ce qu’il fallait pour le bébé. On n’a rien eu à acheter. »

Chez sa mère autant que chez son père, tout comme chez les parents de son amoureux, Joanie s’est sentie accueillie et accompagnée pendant les mois qui ont suivi. 

« On a eu de l’aide de partout et c’est certain que ça a fait une différence. Parce que du jour au lendemain, toute notre vie a changé. »

La session tout juste entamée a dû être abandonnée. L’appartement fraîchement décoré aussi. 

« On est revenu vivre chez ma mère pendant les premiers mois. C’est une période où j’ai beaucoup lu sur le déni de grossesse pour essayer de comprendre ce qui m’était arrivée », dit celle qui a passé tous les tests physiques d’admission en techniques policières en étant enceinte sans le savoir. 

« J’étais très active, je ne me suis pas ménagée. Même que tout l’été, j’ai joué une dizaine de parties de deck-hockey par fin de semaine! À rebours, je me suis rappelé que je ressentais une grande fatigue pendant la fin de mon secondaire, sans doute normale étant donné mon état… Mais sinon, je n’avais pas d’indice sur ma grossesse, je n’avais pas le ventre d’une future maman. C’est fou comme le bébé arrive à ne pas prendre de place, comme le corps s’adapte et peut nous déjouer! »

Personne autour n’a eu de soupçon. Même pas sa belle-mère ostéopathe spécialisée dans le suivi de grossesse. 

« Je l’avais consultée parce que je me sentais parfois un peu gonflée, je pensais avoir une intolérance au lactose. »

Jamais l’idée d’une grossesse ne lui a traversé l’esprit. Plonger à plein dans la maternité quand on n’a pas eu le temps de s’y préparer, c’est un gros virage. La dernière année et demie en a été une de grande adaptation pour Joanie et Arnaud. Il y a quelques mois, le jeune couple a emménagé ensemble à Sherbrooke et apprivoisé la vie de famille au quotidien. 

« Tout ça a été très intense, mais ça s’est vraiment bien passé, ça nous a rapprochés, mon chum et moi. Après un an et demi avec notre petit garçon, très franchement, je ne vois pas notre vie sans lui. Tout est pour le mieux », me raconte Joanie pendant la sieste de Noah.  

Difficile à concilier, la vie de famille et les études à temps plein? 

« La plupart du temps, je ne trouve pas. On a beaucoup de soutien, nos parents s’assurent qu’on n’est pas débordés ou dépassés. Et dès le départ, Noah était un bébé facile, comme on dit. Un petit ange qui dormait bien, qui ne pleurait pas beaucoup. Comme s’il avait senti à quel point c’était nouveau pour nous. »

Son arrivée surprise a tout changé. Absolument tout. Mais certaines choses n’ont pas bougé d’un poil. 

« Je n’ai pas renoncé à ce que j’avais prévu pour mon avenir. J’ai repris mes études pour devenir policière et je compte bien aller au bout de ma formation. Le côté humain de ce métier-là m’appelle. »

Après le DEC, il y aura donc Nicolet. Et après ça, plus loin dans le temps, il y aura sans doute d’autres enfants, confie Joanie : « La vie avec Noah me donne envie d’éventuellement agrandir la famille. Je l’aime tellement, je veux multiplier l’amour. »


Une histoire à raconter? Écrivez-moi : karine.tremblay@latribune.qc.ca


S’ils n’avaient pas prévu devenir parents aussi tôt, Joanie Vigneault et Arnaud Laflamme n’imaginent aujourd’hui pas leur quotidien sans leur petit Noah.