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Réjean Hébert
Collaboration spéciale
Réjean Hébert

COVID et fromage suisse

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On demande souvent aux autorités de santé publique les preuves scientifiques à l’appui des mesures mises en place pour contrer la pandémie de COVID-19. En début de pandémie l’an dernier, on se demandait l’utilité réelle du port du masque. À plusieurs reprises, on a questionné le Dr Arruda sur l’efficacité du couvre-feu ou de la fermeture des restaurants et salles de spectacle. Qu’en est-il?

Il s’agit là de questions difficiles. D’abord parce qu’il est pratiquement impossible de réaliser une étude expérimentale stricte sur chacune de ces mesures. On ne peut soumettre par exemple des individus à une exposition au virus et voir si le masque empêchera la contamination et dans quelle proportion. On ne peut diviser une ville en deux pour voir si la fermeture des restaurants ou des salles de spectacle diminuera les éclosions. Bien sûr, on peut avoir certaines données en contexte de laboratoire pour tester l’efficacité de différentes mesures barrières, mais l’extrapolation au contexte réel est parfois hasardeuse. 

Ensuite, même si on ne connaît pas l’efficacité de chacune de ces mesures, on sait très bien qu’aucune n’est efficace à cent pour cent, pas même la vaccination. Ce n’est pas chaque mesure individuelle qui importe, mais bien le cumul de mesures.

C’est le même problème que l’on observe quand on parle de qualité des soins de santé et de prévention des erreurs médicales. En 1990, le professeur James Reason de Manchester proposait sa théorie du fromage suisse. Les mesures de prévention sont comme des tranches de fromage avec des trous. Ce que l’on veut éviter, c’est qu’un événement indésirable survienne parce que les trous des tranches de fromage se sont alignés. C’est la tempête parfaite suite à la conjugaison inopinée d’une série de phénomènes rares. Pour diminuer l’incidence de tels événements, on multiplie les actions préventives : on ajoute des tranches de fromage, ce qui diminue le risque d’alignement des trous. C’est ainsi que lorsque vous serez opéré au genou par exemple, on vous demandera plusieurs fois votre identité et le côté à opérer. L’orthopédiste refera de même et marquera d’un X le côté sain. Le but est d’éviter l’erreur catastrophique.

C’est l’application de cette théorie qu’on retrouve dans la gestion de la pandémie. On multiplie les gestes individuels (masque, distanciation, lavage des mains) et collectifs (fermeture des endroits de rassemblement, couvre-feu, quarantaine) pour éviter que le virus profite de l’alignement des trous de fromage pour se propager. Il n’y a pas de preuve à l’appui de chacune de ses mesures sauf pour la vaccination, mais on sait que plus le nombre de mesures est élevé, moins il y a de risque d’éclosion et de propagation. Des études ont d’ailleurs comparé le type et le nombre des différentes mesures mises en place dans les pays à leur taux d’incidence de la COVID.

Le Dr Ian Mackay, qui a adapté cette théorie à la COVID (voir illustration), ajoute même la petite souris de la désinformation qui a pour effet de miner l’adhésion aux différentes mesures, favorisant ainsi la propagation du virus.

La prochaine fois que vous mangerez une tranche de fromage suisse, pensez au professeur Reason pour continuer de multiplier les mesures afin de vous protéger et de combattre la pandémie.