La vie sur la route

Baptiste Gissinger
Baptiste Gissinger
Collaboration spéciale - Alfred sommelier
J’écris ce texte depuis le siège avant de mon camper à Fort Courage en Arizona, une station-service abandonnée à côté d’un « Pancake House », tout aussi abandonné. Le soleil se lève lentement sur ce décor hollywoodien. Je me suis versé un thé, mis de la musique; l’atmosphère est en place pour une petite session d’écriture.

En chemin pour la Californie, je me suis arrêté à la Distillerie Hollerhorn, dans le nord de l’État de New York. Ouverte depuis moins d’un an, la distillerie se trouve dans la vallée de Naples, une belle vallée pleine de fermes biologiques et de vignobles. C'est l’endroit parfait pour établir une distillerie. Je suivais leur travail depuis le début, car ils avaient l’air de personnes authentiques et leurs « étiquettes » sont à couper le souffle.

Autant vous dire que je n’ai pas été déçu. Karl a monté la distillerie avec sa femme. Ils y ont mis toutes leurs économies; le projet d’une vie! Karl a construit la distillerie avec son père et des amis sur un terrain vague. Le travail qu'ils ont accompli est impressionnant. La distillerie comprend un restaurant, un bar avec une énorme scène accueillant des groupes de musique chaque semaine. Melissa, la femme de Karl, est la chef (ils ont déjà possédé un restaurant de la ferme à la table). Artiste peintre et dessinatrice, c’est aussi elle qui se charge de l'image de marque. Authentique et franc, Karl est pour sa part musicien, sculpteur et architecte.

Nous avons passé l’après-midi à échanger, tout en dégustant nos produits respectifs. Karl travaille fièrement les céréales, les vins et les sirops d’érable locaux. J’avais très hâte d’essayer son alcool d’érable, puisque nous avons maintenant notre appellation d’origine au Québec pour ce type de produit. Il y en a trois : blanc, 4 et 6 mois en ex-fûts de bourbon. Il travaille sa fermentation avec une levure spécifique qui lui permet de sortir des esters lors de la distillation (les esters sont des alcools au goût fruité prononcé). Le résultat est impressionnant; la texture douce et grasse révèle des notes de noix et de feuilles humides. L'alcool atteint son plein potentiel en bouche avec des notes fruitées de noix de coco et de mangue; un pur délice. Il reste quand même dangereux, car il coule tout seul, et ce, même à 50%. Le 4 mois est supporté par de belles notes de butterscotch, tandis que le 6 mois est plus boisé. J’ai eu la chance de goûter à leur Rye vieilli en sherry Solera (méthode de vieillissement) local. Le résultat est une bombe de sherry en bouche, mais n’occulte pas pour autant l’épicé du seigle et en fait un whisky merveilleusement bien équilibré.

La nourriture est divine (essayez le Goulasch aux champignons), les spiritueux sont exemplaires et les humains sont authentiques et généreux, mais ce qui m’a le plus marqué est cet esprit de communauté qu’il est difficile de ailleurs sur la planète. Et, même à 9h de route de Montréal, la visite vaut chaque minute de route!


Ce contenu a été produit par Alfred, expert en gestion de celliers et de caves à vin.