Les universités signataires de la Charte ont un rôle majeur à jouer en investissements responsables en raison des milliards de dollars qu’elles gèrent en fonds d’actifs.
Les universités signataires de la Charte ont un rôle majeur à jouer en investissements responsables en raison des milliards de dollars qu’elles gèrent en fonds d’actifs.

Voici venue l’ère des placements écoresponsables

Quinze établissements universitaires, dont l’Université Laval, adoptent une charte pour revoir la gestion de leurs portefeuilles d’investissements et ainsi contribuer à la transition vers une économie sobre en carbone
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Charte des universités canadiennes pour des placements écoresponsables à l’heure des changements climatiques. C’est à l’occasion de la publication de cet important document stratégique, le jeudi 18 juin, que 15 universités canadiennes et québécoises ont annoncé qu’elles s’unissaient pour faire face à l’enjeu planétaire que constituent les changements climatiques. Cette lutte se fera par la recherche, par l’enseignement et, au besoin, par le retrait des investissements universitaires dans des entreprises émettrices de gaz à effet de serre, les principaux responsables du dérèglement du climat, qui n’adopteraient pas des pratiques de fonctionnement qui réduisent les émissions de carbone.

«Les universités signataires de la Charte ont un rôle majeur à jouer en investissements responsables en raison des milliards de dollars qu’elles gèrent en fonds d’actifs, explique le vice-recteur à l’administration, André Darveau. À l’Université Laval, notre portefeuille d’investissements a un actif de 250 millions de dollars.»

Cet engagement de l’établissement s’inscrit dans le droit fil de la stratégie d’investissement responsable annoncée par l’Université Laval dès décembre 2019. Ce plan d’investissement prévoyait la réduction de 30% d’ici 2025 et de 50% d’ici 2030 de l'empreinte carbone du portefeuille de titres de participation de l’Université et de sa Fondation.

«Nous avons fait d’importants progrès, souligne le vice-recteur. Depuis décembre, nous avons déjà atteint la moitié de la cible de 2025, soit 15%.»

Selon lui, ce plan d’investissement responsable peut aller de pair avec la Charte. «Notre politique demeure, dit-il. Elle prévoit notamment la participation à des initiatives collectives d'investisseurs responsables. À ce jour, nous participons à trois regroupements qui nourrissent notre réflexion. Quant au regroupement offert par la Charte, il aura un impact certain de par la force du nombre. Les universités deviendront des acteurs de premier plan dans le domaine.»

Une charte, quatre axes

Les signataires de la Charte s’engagent à adopter quatre grands principes et pratiques. Ces axes consistent, entre autres, à définir un cadre responsable pour guider la prise de décisions de placement, à mesurer régulièrement l’intensité carbonique du portefeuille de placements et à en faire la divulgation.

Au Mouvement Desjardins, Pauline D’Amboise pilote l’implantation de l’approche en finance responsable avec le concours des différentes unités d’affaires. L’actif financier de ce géant s’élève à 313 milliards de dollars. Avec les professionnels de renom Mark Carney, Michael Sabia et Barbara Zvan, Pauline D’Amboise forme un comité consultatif dont le rôle consistera à réviser périodiquement la Charte, à partager son expertise et à participer à une conférence tous les six mois avec les signataires de la Charte.

«Les universités signataires ont posé un geste très important, affirme-t-elle. Cette décision sera très mobilisante et va certainement créer un effet d’entraînement.»

Selon elle, cet engagement des universités est de nature à susciter le dialogue sur les questions climatiques et à alimenter l’objectivité dans les débats. La Charte peut aussi avoir comme retombées d’encourager l’innovation technologique, d'influencer les décideurs, d'éduquer sur la transition énergétique juste, de générer la mobilisation de la jeunesse et de la société civile, de créer des pôles d’attraction de nouveaux talents, d'harmoniser les pratiques et de développer une capacité à résoudre les dilemmes éthiques.

«Les universités, dit-elle, ont un rôle de pédagogues dans la société pour assurer la compréhension des principes de développement durable et des enjeux climatiques. Comme propriétaires d’installations d’envergure, elles peuvent réduire les émissions de carbone produites par leurs propres activités. À titre de gestionnaires de placements à long terme, les universités ont la responsabilité de gérer leurs fonds de manière à accélérer la prise en compte des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Mais l’adhésion à cette charte a beaucoup plus de signification et peut générer plus d’impacts parce que nous sommes dans un contexte où la contribution de la science est de plus en plus recherchée. À titre d’exemple, les universités effectuent des travaux de recherche essentiels à la progression du savoir en matière de changements climatiques et à l’élaboration de solutions efficaces.»

Une évolution vers une finance responsable

Les milieux financiers, eux, multiplient les signes d’une évolution vers la finance responsable et d’une prise de conscience du risque climatique. Au Canada, le ministère des Finances a créé un groupe d’experts sur la finance durable. La Banque du Canada a inclus les changements climatiques parmi les cinq plus grandes vulnérabilités du secteur financier canadien. À l’échelle internationale, les Nations unies ont édicté des principes de finance responsable. En 2019, l’ancien gouverneur de la Banque du Canada et plus récemment de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, était nommé envoyé spécial des Nations unies sur les changements climatiques.

Pauline D’Amboise insiste sur les ESG. «Il faut toujours penser ESG de façon intégrée, affirme-t-elle. Le cadre de placement responsable prôné par la Charte va en ce sens. De ce fait, il visera à encourager l’établissement d’un dialogue avec les entreprises pour les inciter à adopter des pratiques de fonctionnement qui réduisent leurs émissions de carbone et améliorent leur performance sur le plan social et de la gouvernance.»

Selon elle, les différentes approches en finance responsable reposent sur une combinaison de stratégies d’exclusion et de dialogue entre les gestionnaires financiers et les entreprises dans lesquelles ils investissent.

L’exemple de Desjardins est éclairant à ce chapitre. Son approche première consiste à analyser ses placements sous l’angle de l'ESG. Il est également ouvert au dialogue avec les sociétés en portefeuille. Chez cet acteur financier de premier plan, l’investissement responsable signifie, entre autres, que sa gamme de 17 fonds de placement SociéTerre offerte à ses membres ne comporte plus de titres d’entreprises qui exploitent les combustibles fossiles, comme le pétrole et le gaz naturel. De plus, pour toutes ses activités financières (investissement, financement et assurance), au 31 décembre prochain, Desjardins sera entièrement sorti du charbon thermique, une des sources d’énergie parmi les plus polluantes. Mentionnons qu’il s’est aussi totalement retiré de l’industrie du tabac.

«La stratégie de nos gestionnaires de fonds consiste d’abord à fixer une cible de décarbonisation de leur portefeuille de placements, explique Pauline D’Amboise. Dans le cadre de la Charte, les universités devront faire de même en posant des jalons, certains investisseurs se donnant même l’ambition d’atteindre le “zéro net carbone” d’ici 2050. Pour réduire l’empreinte carbone de leurs portefeuilles, les gestionnaires de fonds de ces universités seront appelés à se départir de titres d’entreprises qui sont intenses en carbone pour les remplacer par d’autres ayant un faible indice carbone. Ils useront aussi de leur influence pour amener les directions d’entreprises à se donner une stratégie de réduction de leur empreinte carbone. De cette façon, ces entreprises pourront continuer de faire partie de l’univers de placements des universités. Il faut se rappeler que le virage vers la finance responsable implique d’accompagner les entreprises, leurs travailleurs et les communautés. Celles qui seront réfractaires au virage vert se verront éventuellement écartées.»