Vaccination obligatoire: une solution illusoire

Jean Hamann
Ordonner la vaccination ne garantirait pas une meilleure couverture vaccinale
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Les coûts sociaux et humains engendrés par la pandémie de COVID-19 sont tels que l'idée qu'une partie de la population puisse refuser de recevoir un éventuel vaccin en choque plusieurs. Les sondages montrent d'ailleurs qu'entre 60% et 75% de la population canadienne croit que le gouvernement devrait rendre ce vaccin obligatoire. «C'est une réaction qui peut se comprendre, mais dans les faits, la vaccination obligatoire ne donne pas forcément de meilleurs résultats», constate l'anthropologue de la santé, Eve Dubé.

La professeure du Département d'anthropologie, également chercheuse à l'Institut national de santé publique du Québec et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, en fait la démonstration avec deux autres experts dans un article publié dans le Canada Communicable Disease Report. Les chercheurs ont passé en revue les études synthèses portant sur la couverture vaccinale pour différentes maladies infantiles dans des juridictions où la vaccination est obligatoire – la France, l'Italie, la Californie et l'Ontario, par exemple – et dans celles où elle ne l'est pas, comme c'est le cas au Québec.

Voici leurs principales conclusions:

  • Il n'y a pas de différences importantes dans le taux de couverture vaccinale entre les pays où la vaccination est obligatoire et ceux où elle ne l'est pas
  • Rendre la vaccination obligatoire ne résout pas le problème de sous-vaccination pour certaines maladies infantiles
  • Il n'existe pas d'approche idéale pour accroître les taux de vaccination ou d'acceptation vaccinale

«Le cas du Québec et de l'Ontario illustre bien ces constats, souligne la professeure Dubé. Même si la vaccination des enfants est obligatoire chez nos voisins, les taux de couverture vaccinale sont similaires dans les deux provinces.» La raison? «La loi prévoit des exemptions pour des motifs médicaux, religieux ou philosophiques, et les parents s'en prévalent.»


« Nous avons toujours misé sur l'éducation et la sensibilisation, même lors de la pandémie de grippe H1N1 de 2009. Le pourcentage de la population québécoise qui avait reçu le vaccin cette année-là était tout de même parmi les plus élevés au monde. »
Eve Dubé

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière l'importance de la vaccination, poursuit la chercheuse. «Pour la plupart des gens, le retour à la vie normale passe par un vaccin. Comme la Loi sur la santé publique permet au gouvernement d'ordonner la vaccination de toute la population, plusieurs souhaitent qu'on utilise la manière forte pour obliger les récalcitrants à se faire vacciner.»

Cette disposition légale n'a jamais été utilisée au Québec, rappelle l'anthropologue. «C'est un moyen qui existe dans le coffre à outils politique, mais nous avons toujours misé sur l'éducation et la sensibilisation, même lors de la pandémie de grippe H1N1 de 2009. Le pourcentage de la population québécoise qui avait reçu le vaccin cette année-là était tout de même parmi les plus élevés au monde.»

Avant d'ordonner la vaccination obligatoire de la population et d'investir des ressources pour faire appliquer cette décision, il faut se demander ce que l'on espère produire comme résultat, souligne Eve Dubé. «Si les gens qui font partie des groupes les plus susceptibles d'attraper ou de propager la COVID-19 se font vacciner en masse, les coûts additionnels d'un programme obligatoire de vaccination constituent une dépense inutile. Il vaudrait mieux investir cet argent dans des programmes qui répondent aux préoccupations des gens qui hésitent à se faire vacciner.»